Confirmation d e la catastrophe romaine…

http://benoit-et-moi.fr/2018/actualite/un-cri-de-douleur-en-provenance-de-rome.html

 

Il s’agit d’un courrier que le site (italien, malgré son nom) <Cronicas de Papa Francisco> (CPF) a reçu au printemps 2017 et que pour diverses raisons, il avait décidé de ne pas publier à l’époque.
L’expéditrice – qui « n’est pas anonyme », mais que CPF publie sous anonymat, pour des raisons très compréhensibles -, est une « opératrice pastorale » qui travaillait au Vicariat de Rome et qui depuis lors a changé d’affectation.
Ce témoignage doit bien sûr être pris avec les précautions d’usage dans ce genre de situation, mais il a l’accent de la vérité, et de nombreux évènements aujourd’hui sous les yeux de tous viennent le confirmer.
En outre, il convient de souligner que CPF est un site fiable. Une conviction certes personnelle, mais étayée par une assez longue fréquentation de ma part (j’ai même traduit plusieurs excellentes analyses) et le site a pignon sur rue depuis suffisamment lontemps pour qu’on puisse être raisonnablement assuré qu’il n’a pas l’habitude de divulguer des bobards, mais seulement de fournir une information alternative, celle qui ne se contente pas de reproduire la doxa officielle et est de ce fait disqualifiée d’office.

DE ROME, UN CRI DE DOULEUR
cronicasdepapafrancisco.com
16 février 2018
Ma traduction

* * *

(…)
Au début je ne supportais pas ce blog, trop irrévérencieux me disais-je, que des articles négatifs, ce n’est pas de l’information, mais de la vraie méchanceté qui vise à décrire seulement les aspects négatifs de ce pontificat, alors que – pensais-je – il y a aussi beaucoup de nouvelles positives. J’ai recommencé à le lire quand le titre a été changé [ndt: au début <bergoglionate>, puis <Cronicas de papa Francisco], pensant que l’approche aussi avait changé, et en effet, tout en restant le même en ce qui concerne les chroniques, j’ai tout de suite remarqué un changement de ton que j’ai commencé à apprécier.

Le meilleur, c’est qu’à la longue, ce que je lisais là et qui me dérangeait, je commençai désormais à le constater dans mon activité au sein de la paroisse et en tant que collaboratrice du Vicariat [de Rome].

Ce pontificat divise l’intérieur de l’Eglise, sa révolution endommage la structure doctrinale à l’intérieur de l’Eglise, sa pastorale est utilisée – à tort ou à raison – pour se venger de ceux qui opéraient sous les pontificats précédents, spécialement avec Benoît XVI, et qui le soutenaient dans son Magistère; ces personnes, si elles ne s’adaptent pas, sont systématiquement chassées ou déplacées, en leur retirant des postes importants, ou en tout cas des missions importantes pour le maintien de la pastorale doctrinale de l’Église. Toute personne qui manifeste un léger désaccord avec ce Pontife est éloignée en silence, déplacée sans préavis.

Il y a des personnes qui sont chargées d’enquêter sur les prêtres: ces personnes vont, entrent dans les circuits paroissiaux et recueillent des informations comportementales sur le curé. Et pas pour savoir si c’est un bon prêtre, moralement parlant, mais s’il critique le pape.

Je me rends compte que la seule odeur du complotisme me ferait immédiatement perdre ma crédibilité, mais je ne raconte pas ces faits par ouïe-dire. On commence à s’épancher avec des prêtres, dans une sorte de régime de catacombes, en secret, craignant qu’il y ait des espions dans le coin. Il ne faut pas se laisser saisir par ces peurs parce que c’est précisément ce qu’ils veulent, porter à l’exaspération, tout confiner dans la légende du complot, nous faire passer pour des obsédés, et nous pousser ainsi à démissionner, à partir de nous-mêmes.

Les paroisses se sont jetées avec frénésie dans le progressisme le plus débridé. Tout ce que Benoît XVI avait réussi à freiner, s’est évanoui en quatre ans. J’ai vu des paroisses transpirer pour mettre en pratique Sacramentum Caritatis, tout comme je les ai vues céder ces dernières années à toutes les formes de permissivité, à commencer par les milieux liturgiques du vicariat.

Il y a une sorte de frénésie collective, une ivresse qui me fait peur: j’ai même découvert que, pour augmenter l’affluence au Vatican lors des audiences du mercredi, on a recours à une sorte de bouche-à-oreille pour recruter de tout, je ne vais pas vous dire quoi ou qui, mais tout est organisé. Le bouche-à-oreille – ou l’ordre du Soviet si vous voulez mieux comprendre – est de la « propagande », et l’annihilation de ceux qui oseraient déplacer ne serait-ce qu’une seule virgule.

Je ne fais pas partie des épurés, mais par souci de cohérence et après avoir essayé de résister le plus longtemps possible, après avoir vu des équipes entières chassées et remplacées par des pro-avortements, des pédérastes, et même des gens soupçonnés de pédophilie, je suis repartie avec les larmes aux yeux et au cœur.

J’aime tous les papes, et je ne connaissais pas du tout Bergoglio. J’appréciais son impact, bien que je l’ai découvert timide seulement en apparence; et je l’ai même rencontré à trois reprises à Sainte Marthe où, soit dit en passant, il est faux de dire qu’on peut accéder librement. L’entrée à ses messes du matin, ou seulement pour le rencontrer, ou pour une audience, requiert des contrôles très stricts, beaucoup plus sévères et beaucoup plus difficiles et moins compréhensibles que ceux pour rencontrer Benoît XVI – auquel j’ai également rendu visite quatre fois dans le cadre de mes activités.

Le contrôle est basé non sur le fait que vous pouvez être un terroriste, mais sur le fait que vous ne partagez pas ses idées. Parce que c’est de ça qu’il s’agit. Bergoglio ne poursuit pas de théologie patristique, il n’a aucune pastorale ecclésiale associée à la vraie tradition, il révolutionne simplement l’Eglise avec ses idées, pour lesquelles il a appelé les Jésuites [ndt, vivants: Spadaro, Sosa, Martin – mais aussi morts: Arupe, Rahner, cf. cronicasdepapafrancisco.com…] à la rescousse, et dont il a convaincu la curie et les différents services pour mettre en place le nouveau cours au Vatican,.

Les laïcs qui ne connaissent rien à la théologie et rien non plus à la doctrine, mais qui, ayant un emploi au Vatican, s’intéressent davantage à leur poste, ont subi une sorte de contrôle du fait qu’il y a eu beaucoup de licenciements depuis l’arrivée du nouveau pape, et donc chacun d’entre eux a pensé normal de céder à tout cela si on leur demandait de le faire, afin de conserver leur place. Bien sûr, ce n’est pas Bergoglio en personne qui fait tout cela, mais c’est le climat et, ceux qui le font, ce sont les gens en qui il a confiance, appelés par lui à exercer ce pouvoir.

Je considérais sa réforme comme une véritable inspiration céleste, mais je me suis vite rendu compte que nous étions confrontés à un véritable despote qui de « doux » ne conserve que les attitudes extérieures à réserver aux caméras ou aux gens qu’il croit dignes de confiance, pour se faire dire comment vont les choses dans le monde.

Alors qu’il dénonce le bavardage dans les paroisses, Bergoglio est le roi du bavardage, il s’informe sur les individus, il veut connaître les faits et les détails, il veut connaître les tendances ecclésiales des gens et ceux qui ne figurent pas dans ses registres sont épurés.

La même méthode est également utilisée au Vicariat, qui commence à subir des contrôles de l’autorité fédérale y compris par des moyens informatiques. Comme je figure dans les listes avec nom et prénom, c’est une des raisons pour lesquelles je ne vous écris jamais publiquement. Et je ne veux pas vous effrayer, mais il est certain que votre nom a été signalé parmi les « ennemis du pape », la liste est là, elle existe vraiment, mais elle n’est pas transmise au pape, sauf si c’est important, toutefois, elle sert pour voir comment on peut vous faire taire, ou comment ils peuvent réagir.

Je travaille au sein de l’Église depuis trente ans, fournissant des services dans de nombreux secteurs. Il y a beaucoup de luttes, il y en a toujours eu, mais je n’avais jamais vu une chose pareille. Jamais vu de patrouilles aussi acharnées, destinées à faire taire le magistère des papes prédédents et faire de la propagande sans retenue pour le magistère actuel, le tournant comme une toupie, lui attribuant même des choses qu’il ne dit pas, mais pour lesquelles ils ont la certitude que le pape ne démentira jamais, car il est en quelque sorte consentant.

J’ai écrit deux lettres à ce pape, et une à Benoît XVI, je n’ai reçu de réponse d’aucun.

J’ai rencontré Mgr ***: j’ai pu lui expliquer ce qui se passait (l’année dernière), mais à ses réponses et à son embarras, j’ai seulement compris qu’il ne pouvait pas parler – quand il m’a vu pleurer, peut-être dans un élan de compassion, il m’a embrassée et m’a dit: «Persévérer, il faut persévérer, ceci aussi passera et ce sera le Seigneur qui jugera tout, priez beaucoup…».

Cependant, il m’a aidée à rencontrer Benoît près de la grotte de Lourdes dans les jardins du Vatican, une brève rencontre, je n’ai pas pu lui parler comme j’aurais voulu, mais j’ai eu l’impression qu’il souffrait beaucoup, mais qu’il aurait pu continuer à régner, car il est toujours très lucide et attentif à tout. En pleurant, j’ai pu seulement lui demander: «Sainteté, pourquoi tout cela, pourquoi? Que se passe-t-il et à quoi devons-nous nous attendre?». Et lui, s’arrêtant et me caressant l’épaule:
«Tout est entre les mains de Jésus et de Marie, ayez confiance et prions beaucoup. Des sacrifices pour cette humanité à la dérive, pour l’Église, pour le Pape, mais tout est entre les mains du Christ, ayez confiance…».

J’ai vu que l’année dernière vous avez cité dans un post ******** [??]: une excellents personne, un saint prêtre, mais ne lui posez jamais de questions sur le pape, il est pointé du doigt, suivi et espionné et on n’attend que l’occasion pour le chasser, il est haï par les bergogliens et personne ne comprend pourquoi le pape a voulu le garder à son poste, ils le détestent, et à l’exception de quelques amis de confiance, il est complètement isolé.

Je ne sais pas si vous connaissez le Cardinal Müller, une personne de grande efficacité mais surtout un saint prêtre, un homme qui prie beaucoup. Lui aussi est dans le collimateur, ses jours sont comptés, les rumeurs qui le veulent bientôt chassé de la CdF sont absolument fondées (ndr: le Cardinal Muller a été chassé de la CdF le 1er Juillet 2017). Le Pape veut transformer la Congrégation « de la Doctrine de la Foi » en « pastorale de la foi« , comme cela a été dit depuis un certain temps dans les hautes sphères, avec à sa tête un jésuite fidèle au Pape (ndr: comme par hasard, le Jésuite Luis Francisco Ladaria Ferrer a pris la tête de la CDF).

Je ne sais pas s’il faut rendre public un tel témoignage, il pourrait alimenter la discorde parce que personne ne croirait en ce qui y est écrit, et la chasse à l’auteur commencerait, même s’il est publié anonymement. Tandis que la majorité des gens se diviseraient en différents partis pour et contre son contenu, il y aurait ces « agents fédéraux » qui commenceraient leur enquête pour découvrir le « traître ». Du reste, je peux le comprendre, car si je n’avais pas été un témoin direct de ce que je vous ai dit, je n’y aurais pas cru moi-même, en le lisant d’autres.

Ce qui me blesse le plus, c’est la division qui est intervenue dans ma vie, entre des gens avec qui je travaille depuis des années.
On n’avait jamais vu auparavant un climat aussi sombre et menaçant. Des amis de 15, 20… 30 ans, qui se retrouvent ennemis en quelques mois et pas pour Dieu sait quoi, mais seulement parce qu’ils avaient exposé des critiques et des doutes sur certaines positions du pape, alors que sous Benoît XVI ou même Jean-Paul II on pouvait dire de tout, pourtant la doctrine nous unissait tous, parce qu’avec elle on avait le dernier mot; mais maintenant, la mode veut que la doctrine ne commande plus, et la victoire est à ceux qui, indépendamment de toute raison saine et légitime, défendent le plus l’icône du pape, de ce pape.

Je ne peux interpréter l’étreinte de Mgr *** ou les paroles de Benoît XVI qu’à la lumière de révélations privées comme celles de la Bienheureuse Emmerich sur l’Église et la grave apostasie, ou de La Salette, ou de Fatima dans son troisième secret incomplet; il n’y a pas d’autre explication que cette résistance et cette persévérence dans la croyance que le Cœur Immaculé de Marie triomphera le plus tôt possible. Du reste, je ne peux pas douter que celui qui tient les rênes de l’église, je veux dire le vrai, est le Christ en personne.

Je pense que seuls ceux qui auront persévéré et souffert en ce temps (voir les Franciscains de l’Immaculée) recevront la juste récompense, d’ailleurs en Occident les persécutions contre les chrétiens sont seulment « blanches » [ndt: i.e. sans effusion de sang] et il y en a des milliers, un massacre silencieux, passé sous silence, parce que les persécuteurs, les bourreaux ne sont pas ceux de l’extérieur, ce n’est pas l’Isis [Daesch], mais ce sont des évêques, des cardinaux, du personnel ecclésiastique, clérical et séculier, qui détiennent un pouvoir vertigineux, depuis les télécommunications, jusqu à des diocèses entiers, offices ecclésiastiques et paroisses. Je le répète, en trente ans, je n’ai jamais vu une telle catastrophe dans l’Église

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Splendeur du classicisme américain : Péché mortel (1946) de John Stahl avec l’incomparable Gene Tierney

Nouvelle-Zélande comme refuge pour notre apocalypse à venir ? Un peu de retard sur Nicolas Bonnal ?

https://www.egaliteetreconciliation.fr/Inquiets-de-l-apocalypse-des-milliardaires-se-refugient-en-Nouvelle-Zelande-49852.html

https://reseauinternational.net/apocalypse-pourquoi-la-nouvelle-zelande-fascine-wall-street/

Apocalypse Island : c’est ainsi qu’un rédacteur de Lewrockwell.com nomme la Nouvelle-Zélande. Le paradis tempéré du Seigneur des Anneaux est devenu depuis une dizaine d’années une capitale immobilière d’un genre particulier : on achète des îles hors de prix, des grandes propriétés, des haciendas comme en Patagonie. Mais la Nouvelle-Zélande précise l’article est avantagée car son archipel est loin de tout (la Patagonie n’est qu’à deux mille kilomètres du Brésil ou de Buenos Aires…) et qu’il ne figure pas sur les cibles nucléaires. Le cinéaste  Peter Jackson a joué un rôle aussi ici en filmant ce paradis pseudo-médiéval propre à attirer les milliardaires. Les plus négligents oublieront de lire Jared Diamond et sa description du massacre cannibale des îles Chatham : toute une tribu fut exterminée et dévorée au début du dix-neuvième siècle par ses voisins maoris (1).

Parc National de Patagonie

On sait qu’en Patagonie (2) les Soros, Benetton, Joe Lewis, Ted Turner (aujourd’hui tous bien vieux) ont acheté, pour des raisons spéculatives, sportives, esthétiques ou écologiques. Le fondateur de North Face Douglas Thompson avait même coupé le Chili en deux pour créer sa réserve Pumalin. Avec les gouvernements actuels rien de plus simple ! Les bons Bush eux contrôlent une partie du Pantanal paraguayen.

Cela fait longtemps que des bloggeurs de la peur comme le sympathique Michael Snyder décrivent les mouvements de capitaux en direction du Pacifique. L’angoisse, la guerre nucléaire à venir, les emportements de John McCain et des psychopathes néocons, la fragilité financière européenne ou américaine, l’agressivité russophobe et les folies antichinoises nous dessinent un futur aux contours de moins en moins incertains : une bonne guerre d’extermination avec un parfum écologique et élitiste propre  aux élites qui nous contrôlent. Jared Diamond parle aussi de ces ranchs du Montana remplis le week-end par les banquiers et les traders de Wall Street. Les îles connues sont trop peuplées ou polluées comme Oahu (70% de la population de l’archipel hawaïen), donc on a tendance à chercher le plus austral, présumé moins tiers-mondiste. On a acheté aussi beaucoup du côté des îles Fidji.

On peut voir l’affaire de trois manières. Commençons par la plus rassurante : une marotte de riches dans un monde de plus en plus ridicule, où il ne reste plus que ces îles paumées et  pas très belles (j’y ai vécu) pour se défouler. Ensuite une peur de stars lucides ou de milliardaires convaincus que l’on va vers un bain de sang dans nos cités (voyez Rio ou Chicago). Enfin une connaissance calculatrice et malthusienne, reliée à un projet au long cours d’éliminer la plus grande partie de l’humanité, considérée trop polluante, populiste et incontrôlable.

Nicolas Bonnal

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Notes

  • Jared Diamond (Guns, germs and steel, chapter 2, p.53). l’événement eut lieu en novembre -décembre 1835. La tribu dévorée était celle des Moriori.
  • La bataille des champs patagoniques (sur Amazon_Kindle)

Photo: Lac Tekapo – Nouvelle Zélande

Luis Segura et le totalitarisme actuel (rejeton d’Huxley ?)

Luis Segura et le totalitarisme actuel (rejeton d’Huxley ?)

 

LA TERRIBLE FENÊTRE D’OVERTON (COMMENT LÉGALISER N’IMPORTE QUOI)

Luis Segura
15 février 2018
adelantelafe.com
Traduction de Carlota

* * *
La Fenêtre d’Overton est une théorie politique qui décrit avec une exactitude qui fait frémir comment l’on peut changer la perception de l’opinion publique pour que des idées qui auparavant étaient considérées comme insensées soient acceptées au fil du temps.

En principe aucun tabou n’échapperait à l’efficacité de cette technique. De sorte que l’on pourrait changer radicalement la valeur que la société donne actuellement à l’euthanasie, l’inceste, la zoophilie (ndt l’auteur emploie le mot bestialisme), la pédérastie ou le cannibalisme, pour ne donner que quelques exemples. Pour ce faire, on n’appliquerait pas directement un lavage de cerveau, mais une série de techniques avancées dont la société ne se rendrait pas compte du déploiement.
Pour montrer de quelle manière cette théorie explique comment atteindre les effets désirés, il convient de nous centrer sur un tabou concret. Par exemple le cannibalisme. Donc, comment serait-il possible de rendre acceptable l’ingestion de personnes ? Comment s’opère ce changement dans les consciences depuis la phase d’aversion jusqu’à la pleine conformité ? Nous allons le décrire dans la suite de ce texte en cinq étapes successives.

PREMÈRE ÉTAPE: DE L’IMPENSABLE AU RADICAL

À ce premier stade, l’approbation du cannibalisme est encore quelque chose d’impensable. La pratique qui consiste à manger la chair de sa propre espèce se trouve au niveau le plus bas de l’acceptation de la fenêtre de possibilités d’Overton (une fenêtre très étroite encore, pour ne dire fermée à double tour), étant donnée que la société considère cette action comme répugnante et étrangère à la morale publique. C’est-à-dire que pour le moment la fenêtre est fermée.

Pour modifier cette appréciation, – et en s’abritant sous la liberté d’expression -, on transposera cette question à la sphère scientifique, en suggérant que pour les scientifiques il ne devrait exister de sujets tabous. Dans ce cas, on pourrait organiser un symposium ethnologique sur les rituels exotiques des cultures ancestrales, pour obtenir des déclarations autorisées sur des coutumes cannibales, en forçant ainsi la transition depuis l’attitude négative et intransigeante d’origine de la société à une attitude plus positive et ouverte.

En même temps, on créera un groupe radical de cannibales afin d’être remarqué et mentionné par de nombreux médias. Avec cela on aura déjà atteint l’objectif de la première phase: le tabou est éliminé puisque l’on commence à discuter de la question à l’origine inacceptable.

SECONDE ÉTAPE: DU RADICAL À L’ACCEPTABLE

Dans cette seconde étape, on recherche déjà ouvertement l’approbation du cannibalisme. Pour qu’il puisse être accepté il faut continuer à faire connaître les conclusions des « scientifiques » et insister sur la pertinence de ne pas avoir de préjugés sur le sujet en traitant d’intransigeants ceux qui ne veulent pas acquérir un savoir sur le sujet traité.
Ceux qui résistent doivent commencer à être vus comme des fanatiques qui s’opposent à la science et à l’esprit des Lumières. Alors que les intolérants sont condamnés publiquement, il faut créer un euphémisme dans le but de faire perdre la signification trop directe du terme d’origine et ses connotations négatives, en remplaçant l’expression cannibalisme par anthropophagie, d’abord, puis par finalement, anthropophilie.

En parallèle, on créera un précédent, historique, mythologique, ou inventé, qui servira de référence et pourra être utilisé comme preuve que l’anthropophilie est parfaitement légitime.
L’utilisation combiné des médias et de groupes de pressions transformera en acceptable, plus vite qu’on ne l’aurait cru, le fait qu’il y ait des personnes qui incluent dans leur menu quotidien de la chair (ndt en espagnol le mot peut être le même pour viande et chair !) de sa propre espèce. Ce qui au début était complètement inacceptable. La sentence appropriée pourra être la suivante : «un homme libre a le droit de décider ce qu’il mange».

TROISIÈME ÉTAPE: DE L’ACCEPTABLE AU RAISONNABLE

Pour transformer en raisonnable ce qui, en principe est totalement inacceptable, la suite ce sera de proposer que l’ingestion de chair humaine soit un droit de tout homme libre.
Simultanément il s’en suivra qu’il deviendra absolument nécessaire de marginaliser ceux qui pensent différemment, c’est à dire, tant qu’ils contestent la consolidation de ce prétendu droit. De sorte que l’on traitera de radicales ces personnes qui haïssent l’anthrophilie, on les traitera de réactionnaires qui jetteraient au bûcher s’ils le pouvaient, non seulement les cannibales, mais aussi les membres de n’importe quelle minorité.
Comme nous vous en avions avertis, le but de cette troisième étape est que le cannibalisme soit considéré comme une coutume raisonnable.

QUATRIÈME ÉTAPE: DU RAISONNABLE AU POPULAIRE

Ensuite, on doit mettre toute la machine du pouvoir au service de l’idéal suprême. À cet instant les médias secondés par les gens célèbres et les autorités parlent ouvertement de l’anthrophilie . Le cannibalisme est désormais devenu un sujet de prédilection de l’industrie du divertissement. Le phénomène pointe pour la première fois son nez dans les films, les textes des chansons commerciales, des romans et des spectacles télévisuels. Aussitôt se produit l’apologie des personnages en vue qui dans l’histoire ont pratiqué l’anthropophilie, en servant de modèle aux masses.
Le phénomène devient rapidement incontrôlable et collectif. En outre, pour renforcer son image positive, les cannibales sont présentés devant l’opinion publique comme des victimes de la société répressive, une société qui les empêche de satisfaire leurs appétits et de manger ce que leur corps leur demande. L’idéal est déjà à portée de main.

CINQUIÈME ÉTAPE: DU POPULAIRE AU POLITIQUE

Dans sa dernière étape, la fenêtre des possibilités d’Overton, totalement fermée au début, est désormais à quelques centimètres de l’ouverture de part en part. L’accélération brutale et définitive consiste à prépare la législation pour légaliser le phénomène. Les partisans de la légalisation du cannibalisme, incorporés à des groupes de pression, se consolident dans le pouvoir et créent des enquêtes afin de montrer un haut pourcentage de partisans de la légalisation du phénomène. Et de façon automatique, comme le fruit mûr qui tombe de lui-même de l’arbre, ils finissent pas établir dans la conscience collective de nouveaux dogmes incontestables : «Est interdite l’interdiction de manger des personnes»; «manger des personnes est un droit» ; «qui s’oppose à l’anthropophilie encourt un délit d’anthropophobie »…

Comme nous le voyons, le mouvement des fenêtres est une stratégie parfaitement définie. Nous avons vu l’arc complet qui va du rejet absolu du cannibalisme (comme un usage totalement étranger à la morale publique) à sa légalisation et son approbation populaire et politique.

Nous disions au départ que la Fenêtre d’Overton est une théorique politique qui décrit avec une épouvantable exactitude comment l’on peut changer la perception de l’opinion publique pour que des idées auparavant considérées comme insensées soient acceptées au fil du temps. Et nous avons décrit comment cela est possible. En effet le mouvement des fenêtres, – qui, comme il apparaît évident, est extrapolable à tout phénomène, non seulement a été expérimenté avec succès dans le passé, mais continue à être appliqué avec succès dans le présent…

Postscriptum: qu’on pense, au minimum, que parmi les très graves conséquences qu’entraîne avec elle cette diabolique stratégie de manipulation avancée des masses, il y a celle de provoquer une fracture sociale pratiquement irrécupérable. Son corollaire le plus nuisible, étant, cependant, la dégradation de la société moyennant l’exaltation des aberrations en tout genre, qui finissent, comme nous l’avons vu, par être assumées et même être considérées comme naturelles.

Luis Segura

 

Gustave Le Bon et la bêtise européenne

Gustave Le Bon et la bêtise européenne

 

Il a toujours eu raison sur tout, même s’il n’est pas Tocqueville et qu’il est parfois un tantinet irritant. N’importe, on cite encore et toujours notre bon Gustave, car on l’aime tant…

Les mêmes problèmes (dénatalité, déclin culturel, militarisme, étatisme) se posent vers 1890. Le savant français Gustave Le Bon remarque alors dans un grand livre :

« Le principe des nationalités, si cher jadis aux hommes d’État et dont ils faisaient tout le fondement de leur politique, peut être encore cité parmi les idées directrices dont il a fallu subir la dangereuse influence. Sa réalisation a conduit l’Europe aux guerres les plus désastreuses, l’a mise sous les armes et conduira successivement tous les États modernes à la ruine et à l’anarchie. Le seul motif apparent qu’on pouvait invoquer pour défendre ce principe était que les pays les plus grands et les plus peuplés sont les plus forts et les moins menacés. Secrètement, on pensait aussi qu’ils étaient les plus aptes aux conquêtes ».

Comme Léopold Kohr, le très habile Le Bon, qui a tout annoncé parce qu’il a tout étudié, fait l’éloge du Small is beautiful :

« Or, il se trouve aujourd’hui que ce sont précisément les pays les plus petits et les moins peuplés : le Portugal, la Grèce, la Suisse, la Belgique, la Suède, les minuscules principautés des Balkans, qui sont les moins menacés. L’idée de l’unité a ruiné l’Italie, jadis si prospère, au point qu’elle est aujourd’hui à la veille d’une révolution et d’une faillite. Le budget annuel des dépenses de tous les États italiens, qui, avant la réalisation de l’unité italienne, s’élevait à 550 millions, atteint 2 milliards aujourd’hui. »

Et Le Bon souligne aussi la faiblesse des pays latins, corrompus depuis des lustres selon lui par le verbalisme, le socialisme, l’anarchie et le césarisme ! Mais c’est plus compliqué. Car ce siècle de l’unification fut celui du règne de la quantité au sens guénonien, et l’on peut dire que l’Allemagne de la musique et de la philosophie, de la poésie et du romantisme, mourut comme l’Italie des musiciens, du chant, avec son unité qui déboucha sur l’industrialisme, le socialisme et le bellicisme ultra !

Gustave Le Bon encore, car il avait prévu le nazisme :

« L’Allemagne moderne, malgré de trompeuses apparences de prospérité, en sera sans doute la première victime, à en juger par le succès des diverses sectes qui y pullulent. Le socialisme qui la ruinera sera sans doute revêtu de formules scientifiques rigides, bonnes tout au plus pour une société idéale que l’humanité ne produira jamais, mais ce dernier fils de la raison pure sera plus intolérant et plus redoutable que tous ses aînés. Aucun peuple n’est aussi bien préparé que l’Allemagne à le subir. Aucun n’a plus perdu aujourd’hui l’initiative, l’indépendance et l’habitude de se gouverner. »