Sapientia vero ubi invenitur? Hommage à notre prophète Job dont c’est la Fête (calendrier orthodoxe) : sapientia vero ubi invenitur ? Et qui est locus intelligentiae ? Mais la sagesse du monde, où se trouve-t-elle ? Et où est le lieu de l’intelligence ?

 Il y a pour l’argent une mine d’où on le fait sortir, Et pour l’or un lieu d’où on l’extrait pour l’affiner;

Le fer se tire de la poussière, Et la pierre se fond pour produire l’airain.

L’homme fait cesser les ténèbres; Il explore, jusque dans les endroits les plus profonds, Les pierres cachées dans l’obscurité et dans l’ombre de la mort.

Il creuse un puits loin des lieux habités; Ses pieds ne lui sont plus en aide, Et il est suspendu, balancé, loin des humains.

La terre, d’où sort le pain, Est bouleversée dans ses entrailles comme par le feu.

Ses pierres contiennent du saphir, Et l’on y trouve de la poudre d’or.

L’oiseau de proie n’en connaît pas le sentier, L’oeil du vautour ne l’a point aperçu;

Les plus fiers animaux ne l’ont point foulé, Le lion n’y a jamais passé.

L’homme porte sa main sur le roc, Il renverse les montagnes depuis la racine;

10 Il ouvre des tranchées dans les rochers, Et son oeil contemple tout ce qu’il y a de précieux;

11 Il arrête l’écoulement des eaux, Et il produit à la lumière ce qui est caché.

12 Mais la sagesse, où se trouve-t-elle? Où est la demeure de l’intelligence?

Traduction Louis Segond.

 http://jesusmarie.free.fr/bible_lethielleux_job.pdf

https://en.wikipedia.org/wiki/Job_(biblical_figure)

https://www.bvoltaire.fr/elisabeth-borne-la-assure-il-ny-aura-pas-de-coupures-delectricite-eh-bien-si-tous-les-jours-pendant-6-mois-top-depart-le-15-octobre/

La situation devient une catastrophe bien française, le tout dans la relaxation générale : les petits vieux, bobos, boomers, smart siphonnés ne se rendent compte de rien. Explosion des dépenses électriques pour les communes qui vont se retrouver sur la paille incognito (Sannat), famine généralisée. Les médias rempliront jusqu’au bout leur rôle de fabrique de l’hébétude collective (Baudrillard). Macron n’est pas fou et rassure à sa manière son électorat de fantômes nécrosés : la fille de notre éditeur se fait contrôler dans un bus RATP par quatre flics armés. Nous sommes retournés à l’âge des cavernes révolutionnaires (anarchie et gendarmes) : la masse abrutie s’en tape. Revoir (conseils de Tetyana) Grégoire Moulin contre l’humanité, film testamentaire d’Artus de Penguern sur l’ensauvagement de la France républicaine il y a vingt ans déjà, via le foot multiculturel. L’Allemagne de Papa Scholz pas en reste. Lagarde kaput.

https://www.businessbourse.com/2022/10/05/energie-multipliee-par-31-les-communes-toutes-en-faillite-ledito-de-charles-sannat/

https://www.businessbourse.com/2022/10/05/allemagne-leconomie-plombee-par-linflation-et-des-patrons-incapables-de-sen-sortir/

https://www.businessbourse.com/2022/10/05/elle-semble-depassee-par-les-evenements-inflation-difficile-de-dire-si-la-hausse-des-prix-a-atteint-un-pic-selon-christine-lagarde/

https://www.businessbourse.com/2022/10/05/enedis-limite-votre-consommation-grace-aux-compteurs-linky/

Tocqueville et Gobineau : entretiens sur notre décadence. « Un peuple soumis à l’intervention de l’Etat aura toujours le même gouvernement sous différents noms… »

J’ai beaucoup écrit et publié sur la Fin de l’Histoire. La notion est aristocratique : Chateaubriand, Tocqueville et Poe qui abominait la démocratie (voyez ses Entretiens avec une momie). J’ai enfin trouvé la correspondance de Tocqueville et Gobineau, qui évoquent tous les deux ce point expliqué au même moment par le mathématicien et historien Cournot. Le Second Empire c’est la prostration de notre histoire : étatisme, malthusianisme, chauvinisme et consumérisme.

Gobineau a travaillé jeune sous les ordres de Tocqueville. Ce dernier abomine ses théories mais le rejoint dans une certaine dimension, comme on verra tout à l’heure. Il écrit le 11 octobre 1853 :

« Je ne vous ai jamais caché, du reste, que j’avais un grand préjugé contre ce qui me paraît votre idée mère, laquelle me semble, je l’avoue, appartenir à la famille des théories matérialistes et en être même un des plus dangereux membres, puisque c’est la fatalité de la constitution appliquée non plus à l’individu seulement, mais à ces collections d’individus qu’on nomme des races et qui vivent toujours. »

Sur le racisme il dénonce un risque matérialiste et note le  17 novembre 1853 :

« Ainsi, vous parlez sans cesse de races qui se régénèrent ou se détériorent, qui prennent ou quittent des capacités sociales qu’elles n’avaient pas par une infusion de sang différent, je crois que ce sont vos propres expressions. Cette prédestination-là me paraît, je vous l’avouerai, cousine du pur matérialisme… »

En bon visionnaire humaniste, il pressent une doctrine horrible et dangereuse :

« Encore, si votre doctrine, sans être mieux établie que la leur, était plus utile à l’humanité ! Mais c’est évidemment le contraire. Quel intérêt peut-il y avoir à persuader à des peuples lâches qui vivent dans la barbarie, dans la mollesse ou dans la servitude, qu’étant tels de par la nature de leur race il n’y a rien à faire pour améliorer leur condition, changer leurs mœurs ou modifier leur gouvernement ? Ne voyez-vous pas que de votre doctrine sortent naturellement tous les maux que l’inégalité permanente enfante, l’orgueil, la violence, le mépris du semblable, la tyrannie et l’abjection sous toutes ses formes ? »

Tocqueville, 14 janvier 1857, écrira encore sur ce racisme honni par le christianisme :

« Le christianisme a évidemment tendu à faire de tous les hommes des frères et des égaux. Votre doctrine en fait tout au plus des cousins dont le père commun n’est qu’au ciel ; ici-bas, il n’y a que des vainqueurs et des vaincus, des maîtres et des esclaves par droit de naissance, et cela est si vrai que vos doctrines sont approuvées, citées, commentées, par qui ? par les propriétaires de nègres et en faveur de la servitude éternelle qui se fonde sur la différence radicale de la race.

Je sais que, à l’heure qu’il est, il y a dans les Etats-Unis du Sud des prêtres chrétiens et peut-être de bons prêtres (propriétaires d’esclaves pourtant) qui prêchent en chaire des doctrines qui, sans doute, sont analogues aux vôtres. »

Et, comme s’il annonçait Vatican II : « le gros des chrétiens ne peut pas éprouver la moindre sympathie pour vos doctrines. »

Mais il y a des accointances entre les deux esprits : la fatigue du monde. Tocqueville donc reprend son approche pessimiste et triste (le troupeau, la puissance tutélaire et douce) ; et cela donne  un certain 20 décembre 1853 :

« Le siècle dernier avait une confiance exagérée et un peu puérile dans la puissance que l’homme exerçait sur lui-même et dans celle des peuples sur leur destinée. C’était l’erreur du temps ; noble erreur après tout, qui, si elle a fait commettre bien des sottises, a fait faire de bien grandes choses, à côté desquelles la postérité nous trouvera très petits. La fatigue des révolutions, l’ennui des émotions, l’avortement de tant d’idées généreuses et de tant de vastes espérances nous ont précipités maintenant dans l’excès opposé. »

Le monde est déjà fatigué ; idée essentielle chez Gobineau qui recherche une explication raciale (on la retrouve chez Gunther). Mais Ibn Khaldun avait déjà tout dit, et cent fois mieux, sur le sujet : voyez mes trois textes sur le maître de Tunis et celui sur Glubb. Tocqueville et la fatigue des enfants du siècle :

« …Nous croyons aujourd’hui ne pouvoir rien et nous aimons à croire que la lutte et l’effort sont désormais inutiles et que notre sang, nos muscles et nos nerfs seront toujours plus forts que notre volonté et notre vertu. C’est proprement la grande maladie du temps, maladie tout opposée à celle de nos parents. »

15 octobre 1854 : la parole est à Gobineau, qui évoque comme Musset cette lassitude du monde (qu’on retrouve chez Maurice Joly…) :

« Ensuite, je suis si convaincu que l’hébétement actuel des esprits est, d’une part, universel, dans tous les pays, de l’autre sans remède, sans ressource et en croissance indéfinie, qu’il n’y a, pour moi, que deux partis à prendre, ou me jeter à l’eau, ou suivre mon chemin sans m’occuper nullement de ce qu’on appelle l’opinion publique. Je me suis arrêté au second point et ne prends souci que de quelques centaines d’esprits qui se tiennent encore vivants au-dessus de l’atonie générale. »

Le moins qu’on puisse est que cet oublié a fait du bruit ensuite, et que les décadents occidentaux se sont bien ranimés dans la première moitié du siècle suivant…

Tocqueville taquine son subordonné alors :

« Vous voilà au cœur du monde asiatique et musulman ; je serais bien curieux de savoir à quoi vous attribuez la rapide et en apparence inarrêtable décadence de toutes les races que vous venez de traverser, décadence qui a déjà livré une partie et les livrera toutes à la domination de notre petite Europe qu’elles ont fait tant trembler autrefois. Où est le ver qui ronge ce grand corps ? Les Turcs sont des soudards…(13 novembre 1855). »

Gobineau adore Téhéran (où il est en poste) et ces persans (derniers aryens pêchus avec nos afghans ?) qui donnent depuis Montesquieu tant de fil à retordre à nos thalassocraties occidentales. Et le 20 Mars 1856 Gobineau prend sa revanche :

« Allez tourmenter les Chinois chez eux, achevez la Turquie, entraînez la Perse dans votre mouvement, tout cela est possible, bien plus, inévitable. Je n’y contredis pas, mais, au bout de compte, les causes de votre énervement s’accumulent et s’accumuleront par toutes ces actions mêmes et il n’y a plus personne au monde pour vous remplacer quand votre dégénération sera complète. »

Dans une longue et belle missive (30 juillet 1856) Tocqueville retourne à sa mélancolie : c’est la fin des forces de l’Esprit…

« Vous vous plaignez avec raison du silence qu’on garde en France sur votre livre. Mais vous auriez tort de vous en affecter, car la raison principale naît de causes très générales que je vous ai déjà indiquées, et qui ne sont pas de nature à vous diminuer personnellement en rien. Il n’y a place aujourd’hui en France à aucune attention durable et vive pour une œuvre quelconque de l’esprit. Notre tempérament, qui a été si littéraire, pendant deux siècles surtout, achève de subir une transformation complète qui tient à la lassitude, au désenchantement, au dégoût des idées, à l’amour du fait et enfin aux institutions politiques qui pèsent comme un puissant soporifique sur les intelligences. »

On est déjà sous la Ve république :

« La classe qui en réalité gouverne, ne lit point et ne sait pas même le nom des auteurs ; la littérature a donc entièrement cessé de jouer un rôle dans la politique, et cela l’a dégradée aux yeux de la foule. »

Mais Tocqueville (quel voyant tout de même) voit quel peuple va lire et aimer Gobineau :

« Les Allemands, qui ont seuls en Europe la particularité de se passionner pour ce qu’ils regardent comme la vérité abstraite, sans s’occuper de ses conséquences pratiques, les Allemands peuvent vous fournir un auditoire véritablement favorable, et dont les opinions auront tôt ou tard du retentissement eu France, parce que de nos jours tout le monde civilisé ne forme qu’un pays. Chez les Anglais et les Américains, si on s’occupe de vous, ce sera dans des vues éphémères de parti. »

En Amérique Gobineau aura ses partisans ; parce que, lui explique le Maître :

« C’est ainsi que les Américains dont vous me parlez et qui vous ont traduit me sont très connus comme des chefs très ardents du parti antiabolitionniste. »

Enfin une lettre géniale de Gobineau, qui annonce Guénon et son Autorité spirituelle et pouvoir temporel. Gobineau écrit :

« Vous avez admirablement montré que la révolution française n’avait rien inventé et que ses amis comme ses ennemis ont également tort de lui attribuer le retour à la loi romaine, la centralisation, le gouvernement des comités, l’absorption des droits privés dans le droit unique de l’État, que sais-je encore ? L’omnipotence du pouvoir individuel ou multiple, et ce qui est pire, la conviction générale que tout cela est bien et qu’il n’y a rien de mieux. Vous avez très bien dit que la notion de l’utilité publique qui peut du jour au lendemain mettre chacun hors de sa maison, parce que l’ingénieur le veut, tout le monde trouvant cela très naturel, et considérant, républicain ou monarchique, cette monstruosité comme de droit social, vous avez très bien dit qu’elle était de beaucoup antérieure à 89 et, de plus, vous l’avez si solidement prouvé, qu’il est impossible aujourd’hui, après vous, de refaire les histoires de la révolution comme on les a faites jusqu’à présent. Bref, on finira par convenir que le père des révolutionnaires et des destructeurs fut Philippe le Bel. »

Qui dit mieux ? La montée de l’Etat, du bourgeois de Taine et de cette classe moyenne honnie par Guénon tancées en une seule phrase !

Gobineau lit le livre de Tocqueville sur l’Ancien régime et la révolution (ô France sinistre, voyez mon coq hérétique) ; voici ses commentaires cruels :

« Il y a d’ailleurs, je l’avoue, quelque chose d’assez vil dans cette assemblée qui avait applaudi aux premières violences, à cette sotte comédie de la prise de la Bastille, à ces premiers massacres, à ces incendies de châteaux, pensant que tout cela ne l’atteindrait pas, et simplement parce qu’elle n’avait pas prévu que l’on couperait aussi la tête à ses membres. Vous pensez qu’on peut qualifier le mal qu’elle a fait du nom d’erreurs généreuses ? Pourquoi généreuses ? Je hais certainement plus les Montagnards que les Constituants, mais je ne sais s’ils méritent davantage le mépris, et quant aux Girondins, j’en suis sûr. »

Et il résume, assez génialement je dois dire, le présent perpétuel des Français (Lettre de Téhéran, le 29 novembre 1856) :

« Un peuple qui, avec la République, le gouvernement représentatif ou l’Empire, conservera toujours pieusement un amour immodéré pour l’intervention de l’Etat en toutes ses affaires, pour la gendarmerie, pour l’obéissance passive au collecteur, au (illisible), à l’ingénieur, qui ne comprend plus l’administration municipale, et pour qui la centralisation absolue et sans réplique est le dernier mot du bien, ce peuple-là, non seulement n’aura jamais d’institutions libres, mais ne comprendra même jamais ce que c’est. Au fond, il aura toujours le même gouvernement sous différents noms…

Tocqueville résume alors la France moderne (16 septembre 1858) :

« Voilà ce qui m’attriste et ce qui m’inquiète, parce que le fait est nouveau et que, par conséquent, il est impossible encore de prévoir quelle sera sa durée. Il tient, je crois, en partie à l’extrême fatigue des âmes et aux nuages qui remplissent et alanguissent tous les esprits. Il faut de fortes haines, d’ardents amours, de grandes espérances et de puissantes convictions pour mettre l’intelligence humaine en mouvement et, pour le quart d’heure, on ne croit rien fortement, on n’aime rien, on ne hait rien et on n’espère rien que de gagner à la Bourse. »

Cela tombe bien, le CAC remonte et la presse est contente du prince-président.

Soyons ironiques pour terminer. Voici ce que Tocqueville écrit du métis dans ses Quinze jours dans le désert (un des textes les plus beaux qui soient ; on y reviendra) :

« Enfant des deux races, élevé dans l’usage de deux langues, nourri dans des croyances diverses et bercé dans des préjugés contraires, le métis forme un composé aussi inexplicable aux autres qu’à lui-même. Les images du monde, lorsqu’elles viennent se réfléchir sur son cerveau grossier, ne lui apparaissent que comme un chaos inextricable, dont son esprit ne saurait sortir. Fier de son origine européenne, il méprise le désert, et pourtant il aime la liberté sauvage qui y règne; il admire la civilisation, et ne peut complètement se soumettre à son empire. Ses goûts sont en contradiction avec ses idées, ses opinions avec ses mœurs. Ne sachant comment se guider au jour incertain qui l’éclaire, son âme se débat péniblement dans les langes d’un doute universel : il adopte des usages opposés, il prie à deux autels, il croit au rédempteur du monde et aux amulettes du jongleur, et il arrive au bout de sa carrière sans avoir pu débrouiller le problème obscur de son existence. »

Ce métis, c’est notre petit français postmoderne, non ?

Sources

https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_entre_Alexis_de_Tocqueville_et_Arthur_de_Gobineau/02

https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_entre_Alexis_de_Tocqueville_et_Arthur_de_Gobineau/01

http://www.dedefensa.org/article/ibn-khaldun-et-le-modele-arabe-de-la-liberte-1

https://www.dedefensa.org/article/sir-john-glubb-et-la-decadence-imperiale

https://www.dedefensa.org/article/maurice-joly-et-le-gouvernement-par-le-chaos-vers-1864

Le col roulé dans la farine, le froncé de souche va se retrouver sans eau, sans électricité, sans nourriture et sans droit, mais avec un petit brevet de citoyenneté : relire notre texte sur l’Anglaise de Taine sous la Terreur révolutionnaire. En réalité, Macron a été envoyé là pour les punir. 0% (ou 0.5% c’est-à-dire rien) de résistance, pas plus contre la privation énergétique que contre le vaccin, les confinements, la guerre ou les sanctions, c’est extraordinaire. « Je laisserai aller le bras de mon Fils », disait Notre Dame à La Salette. Là, c’est « je laisserai aller le bras de mon vice ». Premier hiver d’une série noire. Que les plus jeunes et courageux sans chandail s’en aillent avec des dollars en liquide, et que le reste s’écrase. Sur les réseaux sociaux les cigales se moquent de Macron : on sait comment elles finissent. Le froncé climato-génocidaire va mal finir, et en laideur. Panagiotis stocke.

https://www.businessbourse.com/2022/10/04/inflation-record-a-10-dans-la-zone-euro-des-coupures-delectricite-et-de-telephone-en-europe-cet-hiver-pierre-jovanovic-la-revolution-approche/

https://echelledejacob.blogspot.com/2022/10/ce-quils-ne-saisissent-pas-cest-quils.html

https://www.dedefensa.org/article/taine-et-le-cretinisme-du-francais-de-souche

http://www.greekcrisis.fr/2022/10/Fr0986.html

Poutine a détruit la réputation militaire russe (Craig Roberts). Standing ovation pour l’ambassadeur d’Ukraine à l’Assemblée nationale (on pouvait compter sur le RN et sur LFI)  ; il faut dire que la Russie fatiguée voire hagarde de Poutine n’en manque pas une, qui recule, rend le vaccin obligatoire à ses 300 000 conscrits (ils se retrouvent en pleine nature sans tente et sans ration) et n’a été capable de fournir aucune réponse au sabotage de son gazoduc (sabotage dont elle est accusée EN RIANT) ; jamais opération militaire n’aura été si mal conçue et si mal réalisée. Le gros fils Kadyrov bouffonne. Désarroi russe sinon (NYT), menaces de désertions et mécontentement militaire. Pendant ce temps Macron et Borne préparent au troupeau euphorique une société de pénurie et de coupures de courant via Linky et Enedis ; Apocalypse à notre image minable. Petraeus menace ricanant.

https://edwardslavsquat.substack.com/p/russia-begins-vaccinating-mobilized

https://henrymakow.com/

https://www.themoscowtimes.com/2022/10/03/we-cannot-win-russias-military-veterans-opposing-the-ukraine-war-a78876

https://www.themoscowtimes.com/2022/10/03/in-photos-russians-fleeing-putins-draft-queue-at-georgian-border-a78957

https://www.themoscowtimes.com/2022/10/03/chechen-leader-kadyrov-says-sending-teenage-sons-to-ukraine-war-a78958

https://www.zerohedge.com/geopolitical/ex-cia-chief-petraeus-says-us-will-lead-nuclear-response-take-out-russias-military-if

https://echelledejacob.blogspot.com/2022/10/un-plan-sans-accroc-et-des-coupures.html

https://echelledejacob.blogspot.com/2022/10/vivez-dans-la-peur-meteo-de-lelectricite.html

https://www.lefigaro.fr/international/les-etats-unis-detruiraient-les-troupes-russes-en-ukraine-si-poutine-utilisait-l-arme-nucleaire-selon-l-ex-directeur-de-la-cia-20221003

https://lesakerfrancophone.fr/finalement-le-crash-financier-attendu-est-a-nos-portes

https://lesakerfrancophone.fr/poutine-se-lache-a-propos-de-leurope

https://lesakerfrancophone.fr/revue-de-presse-rt-du-25-septembre-au-1er-octobre-2022

https://lesakerfrancophone.fr/escalade-les-evenements-recents-laissent-entrevoir-un-danger-economique-croissant

https://lesakerfrancophone.fr/ukraine-comment-expliquer-les-recents-replis-russes

« Le bon sens des foules c’est toujours plus con » : Frédéric Bernays et Louis-Ferdinand Céline face au conditionnement moderne (chapitre de notre livre Les grands écrivains et la théorie de la conspiration).

Avant d’étudier Bernays on rappellera Céline. Apparemment, tout les oppose, mais sur l’essentiel ils sont d’accord : le monde moderne nous conditionne !

« Nous disions qu’au départ, tout article à « standardiser »: vedette, écrivain, musicien, politicien, soutien-gorge, cosmétique, purgatif, doit être essentiellement, avant tout, typiquement médiocre. Condition absolue. Pour s’imposer au goût, à l’admiration des foules les plus abruties, des spectateurs, des électeurs les plus mélasseux, des plus stupides avaleurs de sornettes, des plus cons jobardeurs frénétiques du Progrès, l’article à lancer doit être encore plus con, plus méprisable qu’eux tous à la fois. »

Bernays… C’est un des personnages les plus importants de l’histoire moderne, et on ne lui a pas suffisamment rendu hommage ! Il est le premier à avoir théorisé l’ingénierie du consensus et la définition du despotisme éclairé. Reprenons Normand Baillargeon :

Edouard Bernays est un expert en contrôle mental et en conditionnement de masse. C’est un neveu viennois de Freud, et comme son oncle un lecteur de Gustave Le Bon. Il émigre aux États-Unis, sans se préoccuper de ce qui va se passer à Vienne… Journaliste (dont le seul vrai rôle est de créer une opinion, de l’in-former au sens littéral), il travaille avec le président Wilson au Committee on Public Information, au cours de la première Guerre Mondiale. Dans les années Vingt, il applique à la marchandise et à la politique les leçons de la guerre et du conditionnement de masse ; c’est l’époque du spectaculaire diffus, comme dit Debord. A la fin de cette fascinante et marrante décennie, qui voit se conforter la société de consommation, le KKK en Amérique, le fascisme et le bolchévisme en Europe, le surréalisme et le radicalisme en France, qui voit progresser la radio, la presse illustrée et le cinéma, Bernays publie un très bon livre intitulé Propagande (la première congrégation de propagande vient de l’Eglise catholique, créée par Grégoire XV en 1622) où le plus normalement et le plus cyniquement du monde il dévoile ce qu’est la démocratie américaine moderne : un simple système de contrôle des foules à l’aide de moyens perfectionnés et primaires à la fois ; et une oligarchie, une cryptocratie plutôt où le sort de beaucoup d’hommes, pour prendre une formule célèbre, dépend d’un tout petit nombre de technocrates et de faiseurs d’opinion. C’est Bernays qui a imposé la cigarette en public pour les femmes ou le bacon and eggsau petit déjeuner par exemple : dix ans plus tard les hygiénistes nazis, aussi forts que lui en propagande (et pour cause, ils le lisaient) interdisent aux femmes de fumer pour raisons de santé. Au cours de la seconde guerre mondiale il travaille avec une autre cheville ouvrière d’importance, Walter Lippmann. 

Avec un certain culot Bernays dévoile les arcanes de notre société de consommation. Elle est conduite par une poignée de dominants, de gouvernants invisibles. Rétrospectivement on trouve cette confession un rien provocante et –surtout – imprudente. A moins qu’il ne s’agît à l’époque pour ce fournisseur de services d’épater son innocente clientèle américaine ?

“Oui, des dirigeants invisibles contrôlent les destinées de millions d’êtres humains. Généralement, on ne réalise pas à quel point les déclarations et les actions de ceux qui occupent le devant de la scène leur sont dictées par d’habiles personnages agissant en coulisse.”

Bernays reprend l’image fameuse de Disraeli dans Coningsby: l’homme-manipulateur derrière la scène. C’est l’image du parrain, en fait un politicien, l’homme tireur de ficelles dont l’expert russe Ostrogorski a donné les détails et les recettes dans son classique sur les partis politiques publié en 1898, et qui est pour nous supérieur aux Pareto-Roberto Michels. Nous sommes dans une société technique, dominés par la machine (Cochin a récupéré aussi l’expression d’Ostrogorski) et les tireurs de ficelles, ou wire-pullers (souvenez-vous de l’affiche du Parrain, avec son montreur de marionnettes) ; ces hommes sont plus malins que nous, Bernays en conclut qu’il faut accepter leur pouvoir. La société sera ainsi plus smooth. On traduit ?

Comme je l’ai dit, Bernays écrit simplement et cyniquement. On continue donc:

“Les techniques servant à enrégimenter l’opinion ont été inventées puis développées au fur et à mesure que la civilisation gagnait en complexité et que la nécessité du gouvernement invisible devenait de plus en plus évidente.”

La complexité suppose des élites techniques, les managers dont parle Burnham dans un autre classique célèbre (l’ère des managers, préfacé en France par Léon Blum en 1946). Il faut enrégimenter l’opinion, comme au cours de la première guerre mondiale, qui n’aura servi qu’à cela : devenir communiste, anticommuniste, nihiliste, consommateur ; comme on sait le nazisme sera autre chose, d’hypermoderne, subtil et fascinant, avec sa conquête spatiale et son techno-charisme – modèle du rock moderne (lisez ma damnation des stars). 

L’ère des masses est aussi très bien décrite – mais pas comprise – par Ortega Y Gasset (il résume tout dans sa phrase célèbre ; « les terrasses des cafés sont pleines de consommateurs »…). Et cette expression, ère des masses, traduit tristement une standardisation des hommes qui acceptent humblement de se soumettre et de devenir inertes (Tocqueville, Ostrogorski, Cochin aussi décrivaient ce phénomène).

“Nous acceptons que nos dirigeants et les organes de presse dont ils se servent pour toucher le grand public nous désignent les questions dites d’intérêt général ; nous acceptons qu’un guide moral, un pasteur, par exemple, ou un essayiste ou simplement une opinion répandue nous prescrivent un code de conduite social standardisé auquel, la plupart du temps, nous nous conformons.” 

Pour Bernays bien sûr on est inerte quand on résiste au système oppressant et progressiste (le social-corporatisme dénoncé dans les années 80 par Minc & co).

La standardisation décrite à cette époque par Sinclair Lewis dans son fameux Babbitt touche tous les détails de la vie quotidienne : Babbitt semble un robot humain plus qu’un chrétien (il fait son Church-shopping à l’américaine d’ailleurs), elle est remarquablement rendue dans le cinéma comique de l’époque, ou tout est mécanique, y compris les gags. Bergson a bien parlé de ce mécanisme plaqué sur du vivant. Il est favorisé par le progrès de la technique :

« Il y a cinquante ans, l’instrument par excellence de la propagande était le rassemblement public. À l’heure actuelle, il n’attire guère qu’une poignée de gens, à moins que le programme ne comporte des attractions extraordinaires. L’automobile incite nos compatriotes à sortir de chez eux, la radio les y retient, les deux ou trois éditions successives des quotidiens leur livrent les nouvelles au bureau, dans le métro, et surtout ils sont las des rassemblements bruyants. »

La capture de l’esprit humain est l’objectif du manipulateur d’opinion, du spécialiste en contrôle mental, cet héritier du magicien d’Oz.

“La société consent à ce que son choix se réduise aux idées et aux objets portés à son attention par la propagande de toute sorte. Un effort immense s’exerce donc en permanence pour capter les esprits en faveur d’une politique, d’un produit ou d’une idée.”

Concernant la première guerre mondiale, Bernays “révise” simplement l’Histoire en confiant que la croisade des démocraties contre l’Allemagne s’est fondée sur d’habituels clichés et mensonges ! Il a d’autant moins de complexes que c’est lui qui a mis cette propagande au point…

“Parallèlement, les manipulateurs de l’esprit patriotique utilisaient les clichés mentaux et les ressorts classiques de l’émotion pour provoquer des réactions collectives contre les atrocités alléguées, dresser les masses contre la terreur et la tyrannie de l’ennemi. Il était donc tout naturel qu’une fois la guerre terminée, les gens intelligents s’interrogent sur la possibilité d’appliquer une technique similaire aux problèmes du temps de paix.”

On n’a jamais vu un cynisme pareil. Machiavel est un enfant de chœur. La standardisation s’applique bien sûr à la politique. Il ne faut pas là non plus trop compliquer les choses, écrit Bernays. On a trois poudres à lessive pour laver le linge, qui toutes appartiennent à Procter & Gamble (les producteurs de soap séries à la TV) ou à Unilever ; et bien on aura deux ou trois partis politiques, et deux ou trois programmes simplifiés !

Bernays reprend également l’expression demachinede Moïse Ostrogorski (voir notre étude sur ce chercheur russe, qui disséqua et désossa l’enfer politique américain), qui décrit l’impeccable appareil politique d’un gros boss. La machine existe déjà chez le baroque Gracian. Ce qui est intéressant c’est de constater que la mécanique politique – celle qui a intéressé Cochin – vient d’avant la révolution industrielle. Le mot industrie désigne alors l’art du chat botté de Perrault, celui de tromper, d’enchanter – et de tuer ; l’élite des chats bottés de la politique, de la finance et de l’opinion est une élite d’experts se connaissant, souvent cooptés et pratiquant le prosélytisme. Suivons le guide :

“Il n’en est pas moins évident que les minorités intelligentes doivent, en permanence et systématiquement, nous soumettre à leur propagande. Le prosélytisme actif de ces minorités qui conjuguent l’intérêt égoïste avec l’intérêt public est le ressort du progrès et du développement des États-Unis. Seule l’énergie déployée par quelques brillants cerveaux peut amener la population tout entière à prendre connaissance des idées nouvelles et à les appliquer.”

Comme je l’ai dit, cette élite n’a pas besoin de prendre de gants, pas plus qu’Edouard Bernays. Il célèbre d’ailleurs son joyeux exercice de style ainsi :

“Les techniques servant à enrégimenter l’opinion ont été inventées puis développées au fur et à mesure que la civilisation gagnait en complexité et que la nécessité du gouvernement invisible devenait de plus en plus évidente.”

La démocratie a un gouvernement invisible qui nous impose malgré nous notre politique et nos choix. Si on avait su…

Après la Guerre, Bernays inspire le méphitique Tavistock Institute auquel Daniel Estulin a consacré un excellent et paranoïaque ouvrage récemment.

Mais en le relisant, car cet ouvrage est toujours à relire, je trouve ces lignes définitives sur l’organisation conspirative de la vie politique et de ses partis :

« Le gouvernement invisible a surgi presque du jour au lendemain, sous forme de partis politiques rudimentaires. Depuis, par esprit pratique et pour des raisons de simplicité, nous avons admis que les appareils des partis restreindraient le choix à deux candidats, trois ou quatre au maximum. »

Et cette conspiration était n’est-ce pas très logique, liée à l’esprit pratique et à la simplicité :

« Les électeurs américains se sont cependant vite aperçus que, faute d’organisation et de direction, la dispersion de leurs voix individuelles entre, pourquoi pas, des milliers de candidats ne pouvait que produire la confusion ». 

Pour le grand Bernays il n’y a de conspiration que logique. La conspiration n’est pas conspirative, elle est indispensable. Sinon tout s’écroule. L’élite qu’il incarne, et qui œuvre d’ailleurs à l’époque de Jack London, ne peut pas ne pas être. Et elle est trop souple et trop liquide pour se culpabiliser. N’œuvre-t-elle pas à la réconciliation franco-allemande après chaque guerre qu’elle a contribué à déclencher, et que la Fed a contribué à financer au-delà des moyens de tous ?

Elle est aussi innocente que l’enfant qui vient de naître.

Un qui aura bien pourfendu Bernays sans le savoir dans ses pamphlets est Louis-Ferdinand Céline. Sur la standardisation par exemple, voici ce qu’il écrit :

« Standardisons! le monde entier! sous le signe du livre traduit! du livre à plat, bien insipide, objectif, descriptif, fièrement, pompeusement robot, radoteur, outrecuidant et nul. »

Et d’ajouter sur un ton incomparable et une méchanceté inégalable :

« le livre pour l’oubli, l’abrutissement, qui lui fait oublier tout ce qu’il est, sa vérité, sa race, ses émotions naturelles, qui lui apprend mieux encore le mépris, la honte de sa propre race, de son fond émotif, le livre pour la trahison, la destruction spirituelle de l’autochtone, l’achèvement en somme de l’œuvre bien amorcée par le film, la radio, les journaux et l’alcoolisme. »

La standardisation (j’écris satan-tardisation…) rime avec la mort (mais n’étions-nous pas morts avant, cher Ferdinand ? Vois Drumont, Toussenel même, ce bon Cochin, ce génial Villiers…). Le monde est mort, et on a pu ainsi le réifier et le commercialiser ;

« Puisque élevés dans les langues mortes ils vont naturellement au langage mort, aux histoires mortes, à plat, aux déroulages des bandelettes de momies, puisqu’ils ont perdu toute couleur, toute saveur, toute vacherie ou ton personnel, racial ou lyrique, aucun besoin de se gêner! Le public prend ce qu’on lui donne. Pourquoi ne pas submerger tout! simplement, dans un suprême effort, dans un coup de suprême culot, tout le marché français, sous un torrent de littérature étrangère? Parfaitement insipide?… »

Divaguons sur ce thème de la civilisation mortelle – et sortons du Valéry pour une fois. A la même époque Drieu la Rochelle écrivait dans un beau libre préfacé par Halévy, Mesure de la France :

« Il n’y a plus de conservateurs, de libéraux, de radicaux, de socialistes. Il n’y a plus de conservateurs, parce qu’il n’y a plus rien à conserver. Religion, famille, aristocratie, toutes les anciennes incarnations du principe d’autorité, ce n’est que ruine et poudre. »

Puis Drieu enfonce plus durement le clou (avait-il déjà lu Guénon ?) :

« Tous se promènent satisfaits dans cet enfer incroyable, cette illusion énorme, cet univers de camelote qui est le monde moderne où bientôt plus une lueur spirituelle ne pénétrera. »

Le gros shopping planétaire est mis en place par la matrice américaine, qui va achever de liquider la vieille patrie prétentieuse :

« Il n’y a plus de partis dans les classes, plus de classes dans les nations, et demain il n’y aura plus de nations, plus rien qu’une immense chose inconsciente, uniforme et obscure, la civilisation mondiale, de modèle européen. »

Drieu affirme il y a cent ans que le catholicisme romain est zombie :

« Le Vatican est un musée. Nous ne savons plus bâtir de maisons, façonner un siège où nous y asseoir. A quoi bon défendre des banques, des casernes, et les Galeries Lafayette ? »

Enfin, vingt ans avant Heidegger ou Ellul, Drieu désigne la technique et l’industrie comme les vrais conspirateurs :

« Il y aura beaucoup de conférences comme celle de Gênes où les hommes essaieront de se guérir de leur mal commun : le développement pernicieux, satanique, de l’aventure industrielle. »

Revenons à Céline, qui avec ferveur et ire dépeint la faune nouvelle de l’art pour tous :

« Les grands lupanars d’arts modernes, les immenses clans hollywoodiens, toutes les sous-galères de l’art robot, ne manqueront jamais de ces saltimbanques dépravés… Le recrutement est infini. Le lecteur moyen, l’amateur rafignolesque, le snob cocktailien, le public enfin, la horde abjecte cinéphage, les abrutis-radios, les fanatiques envedettés, cet international prodigieux, glapissant, grouillement de jobards ivrognes et cocus, constitue la base piétinable à travers villes et continents, l’humus magnifique le terreau miraculeux, dans lequel les merdes publicitaires vont resplendir, séduire, ensorceler comme jamais. »

Et de conclure avec son habituelle outrance que l’époque de l’inquisition et des gladiateurs valait bien mieux :

« Jamais domestiques, jamais esclaves ne furent en vérité si totalement, intimement asservis, invertis corps et âmes, d’une façon si dévotieuse, si suppliante. Rome? En comparaison?… Mais un empire du petit bonheur! une Thélème philosophique! Le Moyen Age?… L’Inquisition?… Berquinades! Epoques libres! d’intense débraillé! d’effréné libre arbitre! le duc d’Albe? Pizarro? Cromwell? Des artistes! »

Dans son très bon livre sur Spartacus, l’écrivain juif communiste Howard Fast établit lui aussi un lien prégnant entre la décadence impériale et son Amérique ploutocratique. C’est que l’homme postmoderne et franchouillard a du souci à se faire (ce que Léon Bloy nommait sa capacité bourgeoise à avaler – surtout de la merde) :

« Plus c’est cul et creux, mieux ça porte. Le goût du commun est à ce prix. Le « bon sens » des foules c’est : toujours plus cons. L’esprit banquiste, il se finit à la puce savante, achèvement de l’art réaliste, surréaliste. Tous les partis politiques le savent bien. Ce sont tous des puciers savants. La boutonneuse Mélanie prend son coup de bite comme une reine, si 25.000 haut-parleurs hurlent à travers tous les échos, par-dessus tous les toits, soudain qu’elle est Mélanie l’incomparable… Un minimum d’originalité, mais énormément de réclame et de culot. L’être, l’étron, l’objet en cause de publicité sur lequel va se déverser la propagande massive, doit être avant tout au départ, aussi lisse, aussi insignifiant, aussi nul que possible. La peinture, le battage-publicitaire se répandra sur lui d’autant mieux qu’il sera plus soigneusement dépourvu d’aspérités, de toute originalité, que toutes ses surfaces seront absolument planes. Que rien en lui, au départ, ne peut susciter l’attention et surtout la controverse. » 

Et comme s’il avait lu et digéré Bernays Céline ajoute avec le génie qui caractérise ses incomparables pamphlets :

« La publicité pour bien donner tout son effet magique, ne doit être gênée, retenue, divertie par rien. Elle doit pouvoir affirmer, sacrer, vociférer, mégaphoniser les pires sottises, n’importe quelle himalayesque, décervelante, tonitruante fantasmagorie… à propos d’automobiles, de stars, de brosses à dents, d’écrivains, de chanteuses légères, de ceintures herniaires, sans que personne ne tique… ne s’élève au parterre, la plus minuscule naïve objection. Il faut que le parterre demeure en tout temps parfaitement hypnotisé de connerie. 

Le reste, tout ce qu’il ne peut absorber, pervertir, déglutir, saloper standardiser, doit disparaître. C’est le plus simple. Il le décrète. Les banques exécutent. Pour le monde robot qu’on nous prépare, il suffira de quelques articles, reproductions à l’infini, fades simulacres, cartonnages inoffensifs, romans, voitures, pommes, professeurs, généraux, vedettes, pissotières tendancieuses, le tout standard, avec énormément de tam-tam d’imposture et de snobisme La camelote universelle, en somme, bruyante, juive et infecte… »

Et de poursuivre sa belle envolée sur la standardisation :

« Le Standard en toutes choses, c’est la panacée. Plus aucune révolte à redouter des individus pré-robotiques, que nous sommes, nos meubles, romans, films, voitures, langage, l’immense majorité des populations modernes sont déjà standardisés. La civilisation moderne c’est la standardisation totale, âmes et corps. »

La violence pour finir :

« Publicité ! Que demande toute la foule moderne ? Elle demande à se mettre à genoux devant l’or et devant la merde !… Elle a le goût du faux, du bidon, de la farcie connerie, comme aucune foule n’eut jamais dans toutes les pires antiquités… Du coup, on la gave, elle en crève… Et plus nulle, plus insignifiante est l’idole choisie au départ, plus elle a de chances de triompher dans le cœur des foules… mieux la publicité s’accroche à sa nullité, pénètre, entraîne toute l’idolâtrie… Ce sont les surfaces les plus lisses qui prennent le mieux la peinture. »

Céline est incomparable quand il s’attaque à la foule, discutable quand il reprend le lemme du juif comme missionnaire du mal dans le monde moderne. Mais c’est cette folie narrative qui crée la tension géniale de son texte. De toute manière, ce n’est pas notre sujet. Et puis c’est Disraeli et c’est Bernays qui ont joué à l’homme invisible un peu trop visible. Comme dit Paul Johnson dans sa fameuse Histoire des Juifs (p. 329): “Thus Disraeli preached the innate superiority of certain races long before the social Darwinists made it fashionable, or Hitler notorious.”

Bibliographie

Nicolas Bonnal – Littérature et conspiration (Dualpha, Amazon.fr)

Frédéric Bernays/Normand Baillargeon – Propagande

Céline – Bagatelles…

Drieu la Rochelle – Mesure de la France

Johnson (Paul) – A History of the Jews

https://lesakerfrancophone.fr/linevitable-chute-de-la-france-sous-de-gaulle-avec-michel-debre

https://lesakerfrancophone.fr/poutine-se-lache-a-propos-de-leurope

https://lesakerfrancophone.fr/le-dernier-combat-de-joe-biden

Tocqueville et la destruction du Nouveau Monde par ses conquérants

« A mesure que nous avancions, le but de notre voyage semblait fuir devant nous.»

Tocqueville n’a pas fait que de l’analyse en voyageant en Amérique ; il a aussi fait du tourisme avec son ami Beaumont et son bref journal de voyage est un des plus beaux et plus durs qui soient ; car le style incomparable de notre artiste romantique se heurte au mur de briques du puritain américain qui va détruire le monde.

Chercher la nature façon Thomas Cole et Alfred Bierstadt (découvrez l’école de Hudson) est déjà dur ; en effet :

« Une des choses qui piquaient le plus notre curiosité en venant en Amérique, c’était de parcourir les extrêmes limites de la civilisation européenne, et même, si le temps nous le permettait, de visiter quelques-unes de ces tribus indiennes qui ont mieux aimé fuir dans les solitudes les plus sauvages que de se plier à ce que les blancs appellent les délices de la vie sociale ; mais il est plus difficile qu’on ne croit de rencontrer aujourd’hui le désert. A partir de New-York, et à mesure que nous avancions vers le nord-ouest, le but de notre voyage semblait fuir devant nous. Nous parcourions des lieux célèbres dans l’histoire des Indiens, nous rencontrions des vallées qu’ils ont nommées, nous traversions des fleuves qui portent encore le nom de leurs tribus; mais partout la hutte du sauvage avait fait place à la maison de l’homme civilisé, les bois étaient tombés, la solitude prenait une vie. »

Les indiens eux-mêmes sont déjà des êtres qui rétrécissent, comme dans le film éponyme de Jack Arnold. Tocqueville ajoute sans concession :

« Les Indiens que je vis ce jour-là avaient une petite stature; leurs membres, autant qu’on en pouvait juger sous leurs vêtements, étaient grêles; leur peau, au lieu de présenter une teinte rouge cuivré, comme on le croit communément, était bronze foncé, de telle sorte qu’au premier abord elle semblait se rapprocher beaucoup de celle des mulâtres. Leurs cheveux noirs et luisants tombaient avec une singulière raideur sur leurs cous et sur leurs épaules. Leurs bouches étaient en général démesurément grandes, l’expression de leur figure ignoble et méchante. Leur physionomie annonçait cette profonde dépravation qu’un long abus des bienfaits de la civilisation peut seul donner. On eût dit des hommes appartenant à la dernière populace de nos grandes villes d’Europe, et cependant c’étaient encore des sauvages. Aux vices qu’ils tenaient de nous se mêlait quelque chose de barbare et d’incivilisé qui les rendait cent fois plus repoussants encore. »

Le contact avec l’Occident souille. On ne saurait être plus guénonien. Et pourtant on n’a pas affaire à des inconnus :

« Ces êtres faibles et dépravés appartenaient cependant à l’une des tribus les plus renommées de l’ancien monde américain. Nous avions devant nous, et c’est pitié de le dire, les derniers restes de cette célèbre confédération des Iroquois, dont la mâle sagesse n’était pas moins connue que le courage, et qui tinrent longtemps la balance entre les deux plus grandes nations de l’Europe. »

L’égoïsme froid de l’Américain frappe Tocqueville (il a bouleversé et révolté Beaumont) :

« D’autres avouaient que probablement l’Indien mourrait; mais on lisait sur leurs lèvres cette pensée à moitié exprimée : qu’est-ce que la vie d’un Indien? C’était là le fond du sentiment général. Au milieu de cette société si jalouse de moralité et de philanthropie, on rencontre une insensibilité complète, une sorte d’égoïsme froid et implacable lorsqu’il s’agit des indigènes de l’Amérique. Les habitants des États-Unis ne chassent pas les Indiens à cor et à cri ainsi que faisaient les Espagnols du Mexique; mais c’est le même instinct impitoyable qui anime ici comme partout ailleurs la race européenne. »

On ne peut pas dire qu’il la porte dans son cœur cette race européenne qui a rompu déjà avec ses racines spirituelles et le règne de la qualité.

Il ne faut pas lui parler de promenade romantique à notre pionnier US :

« Traverser des forêts presque impénétrables, passer des rivières profondes, braver les marais pestilentiels, dormir exposé à l’humidité des bois, voilà des efforts que l’Américain conçoit sans peine s’il s’agit de gagner un dollar, car c’est là le point; mais qu’on fasse de pareilles courses par curiosité, c’est ce qui n’arrive pas jusqu’à son intelligence. Ajoutez qu’habitant d’un désert il ne prise que l’œuvre de l’homme. Il vous enverra volontiers visiter une route, un pont, un beau village; mais qu’on attache du prix à de grands arbres et à une belle solitude, cela est pour lui absolument incompréhensible. Rien donc de plus difficile que de trouver quelqu’un en état de vous comprendre. »

Après Tocqueville se lance dans de belles descriptions méditatives et presque transcendantales. On pense à Chateaubriand, Senancour, à Maurice de Guérin :

« Il est difficile de se figurer le charme qui environne ces jolis lieux où l’homme n’a point fixé sa demeure, où règnent encore une paix profonde et un silence non interrompu. J’ai parcouru dans les Alpes des solitudes affreuses où la nature se refuse au travail de l’homme, mais où elle déploie jusque dans ses horreurs mêmes une grandeur qui transporte l’âme et la passionne. Ici la solitude n’est pas moins profonde, mais elle ne fait pas naître les mêmes impressions. Les seuls sentiments qu’on éprouve en parcourant ces déserts fleuris, où, comme dans le Paradis de Milton, tout est préparé pour recevoir l’homme, c’est une admiration tranquille, une émotion douce et mélancolique, un dégoût vague de la vie civilisée, une sorte d’instinct sauvage qui fait penser avec douleur que bientôt cette délicieuse solitude aura cessé d’exister. »

Mais le blanc va arriver :

« …déjà, en effet, la race blanche s’avance à travers les bois qui l’entourent, et dans peu d’années l’Européen aura coupé les arbres qui se réfléchissent dans les eaux limpides du lac et forcé les animaux qui peuplent ses rives de se retirer vers de nouveaux déserts. »

Il y a quand même des mavericks chez ces blancs, des artistes, des coureurs des bois comme on disait :

« …ce sont les Européens qui, en dépit des habitudes de leur jeunesse, ont fini par trouver dans la liberté du désert un charme inexprimable. Tenant aux solitudes de l’Amérique par leur goût et leurs passions, à l’Europe par leur religion, leurs principes et leurs idées, ils mêlent l’amour de la vie sauvage à l’orgueil de la civilisation, et préfèrent à leurs compatriotes les Indiens, dans lesquels cependant ils ne reconnaissent pas des égaux. »

Mais il n’y a rien affaire contre le blanc destructeur :

« …ce peuple immense qui, comme tous les grands peuples, n’a qu’une pensée, et qui marche à l’acquisition des richesses, unique but de ses travaux, avec une persévérance et un mépris de la vie qu’on pourrait appeler héroïque, si ce nom convenait à autre chose qu’aux efforts de la vertu; peuple nomade que les fleuves et les lacs n’arrêtent point, devant qui les forêts tombent et les prairies se couvrent d’ombrages, et qui, après avoir touché l’Océan-Pacifique, reviendra sur ses pas pour troubler et détruire les sociétés qu’il aura formées derrière lui… »

Avant de détruire ou de bombarder le reste du monde ! Comme dit Beaumont l’Amérique est le seul pays qui n’ait pas eu d’enfance mystérieuse ! Sa mission était de nous engloutir dans la matrice mafieuse, matérialiste et numérique.
Puis notre voyageur redevient poète et évoque la similitude cette forêt et du grand océan. On pense à Melville, à Moby Dick, ou à l’essai de Jacques Cabau sur la Prairie perdue, qui insiste sur la haine qu’inspire aux intellectuels américains leur civilisation :

« Il nous est souvent arrivé d’admirer sur l’Océan une de ces soirées calmes et sereines, alors que les voiles, flottant paisiblement le long des mâts, laissent ignorer au matelot de quel côté s’élèvera la brise. Ce repos de la nature entière n’est pas moins imposant dans les solitudes du Nouveau-Monde que sur l’immensité des mers. »

Et plus loin :

« Ce n’est pas au reste dans ce seul cas que nous avons remarqué la singulière analogie qui existe entre la vue de l’Océan et l’aspect d’une forêt sauvage. Dans l’un comme dans l’autre spectacle, l’idée de l’immensité vous assiège. La continuité, la monotonie des mêmes scènes étonne et accable l’imagination. »

On a déjà évoqué nos coureurs des bois si français (redécouvrez en ce sens la captive aux yeux clairs de Hawks, film tourné avec des acteurs canadiens) ; ils reviennent sous la plume de notre indien :

« Pénétrez sous cette cabane de feuillage; vous y rencontrerez un homme dont l’accueil cordial et la figure ouverte vous annonceront dès l’abord le goût des plaisirs sociaux et l’insouciance de la vie. Dans le premier moment, vous le prendrez peut-être pour un Indien. Soumis à la vie sauvage, il en a volontairement adopté les habits, les usages et presque les mœurs : il porte des mocassins, le bonnet de loutre et le manteau de laine. Il est infatigable chasseur, couche à l’affût, vit de miel sauvage et de chair de bison. »

Or cet homme est français :

« Cet homme n’en est pas moins resté un Français gai, entreprenant, fier de son origine, amant passionné de la gloire militaire, plus vaniteux qu’intéressé, homme d’instinct, obéissant à son premier mouvement moins qu’à sa raison, préférant le bruit à l’argent. Pour venir au désert, il semble avoir brisé tous les liens qui l’attachaient à la vie. On ne lui voit ni femme ni enfants. »

Et de le comparer au rude américain enfant de Caïn :

« A quelques pas de cet homme habite un autre européen qui, soumis aux mêmes difficultés, s’est raidi contre elles. Celui-ci est froid, tenace, impitoyable argumentateur. Il s’attache à la terre et arrache à la vie sauvage tout ce qu’il peut lui ôter. Il lutte sans cesse contre elle, il la dépouille chaque jour de quelques-uns de ses attributs. Il transporte, pièce à pièce, dans le désert ses lois, ses habitudes, ses usages, et, s’il se peut, jusqu’aux moindres recherches de sa civilisation avancée. L’émigrant des États-Unis n’estime de la victoire que ses résultats… »

Tocqueville sent le danger du métissage surtout culturel ; et il écrit à ce sujet :

« Ne sachant comment se guider au jour incertain qui l’éclaire, son âme se débat péniblement dans les langes d’un doute universel : il adopte des usages opposés, il prie à deux autels, il croit au rédempteur du monde et aux amulettes du jongleur, et il arrive au bout de sa carrière sans avoir pu débrouiller le problème obscur de son existence. »

Ce qu’il ressent dans son voyage (la région de Détroit et du lac Erié donc) c’est l’effrayant et rapide bouleversement en cours – Fenimore Cooper découvrira et dénoncera ces mêmes changements :

« Cinquante lieues séparent encore cette solitude des grands établissements européens, et nous sommes peut-être les derniers voyageurs auxquels il ait été donné de la contempler dans sa primitive splendeur : tant est grande l’impulsion qui entraîne la race blanche vers la conquête entière du Nouveau-Monde! C’est cette idée de destruction, cette arrière-pensée d’un changement prochain et inévitable qui donne, suivant nous, aux solitudes de l’Amérique un caractère si original et une si touchante beauté. »

On est presque chez Tolkien (chez Fenimore Cooper il règne une aura elfique dans les descriptions d’indiens) ; mais l’homme capitaliste possède un trop grand pouvoir de destruction. Tocqueville :

« On les voit avec un plaisir mélancolique. On se hâte en quelque sorte de les admirer. L’idée de cette grandeur naturelle et sauvage qui va finir se mêle aux magnifiques images que la marche de la civilisation fait naître. On se sent fier d’être homme, et l’on éprouve en même temps je ne sais quel amer regret du pouvoir que Dieu vous a accordé sur la nature. L’âme est agitée par des idées, des sentiments contraires; mais toutes les impressions qu’elle reçoit sont grandes, et laissent une trace profonde. »

La défaite des indiens préfigurait la nôtre : un beau jour nous finirions comme eux.

Sources :

Tocqueville – Journal de voyage

Fenimore Cooper – Le Dernier des Mohicans

Bonnal – Tolkien ; les grands westerns américains

Cabau – La prairie perdue

Nouvelle retraite de Russie confirmée lundi (Lyman, voir rt.com) : cela sent le roussi et Kadyrov (repris sur E&R) tacle Poutine affaibli en critiquant l’Etat-major russe (général Lapine) ; Edouard Husson fait le point sur le Courrier des stratèges. Revoir Craig Roberts, qui trouvait Poutine mou, et nos citations de Clausewitz. La mobilisation russe se passe mal avec des troupes mal équipées, impréparées, peu motivées. Disparition du PDG allemand responsable de l’entretien des gazoducs : son avion a eu un trou d’air – car le diable ne se gêne plus (cf. la Floride). La masse des vieux européens se prépare à mourir de peur et de froid cet hiver. Grand Reset comme à la parade et possibilité de renforcement du N.O.M. Nous avions prévenu sur cette roulette russe dont les USA sortiraient vainqueurs (émission). Relire Vincent Held sur l’économie russe. Effondrement prochain de toute l’Europe. Le capital va fuir en Amérique (Tétreau, Armstrong).

https://www.reuters.com/world/europe/ukraine-celebrates-capturing-key-town-putin-ally-mulls-possible-nuclear-response-2022-10-02/

https://www.rt.com/russia/563866-krasny-liman-withdrawal-troops/

https://www.rt.com/russia/563799-ukraine-half-encircles-liman/

https://www.wionews.com/world/mysterious-route-of-german-businessmans-aircraft-baffles-authorities-after-it-crashes-into-baltic-sea-513102

https://www.egaliteetreconciliation.fr/Ramzan-Kadyrov-Il-faut-mener-a-bien-l-operation-speciale-et-ne-pas-s-amuser-69755.html

https://www.themoscowtimes.com/2022/09/28/russia-to-send-conscripts-to-ukraine-with-little-training-old-equipment-a78901

https://echelledejacob.blogspot.com/2022/10/120000-militaires-supplementaires.html

La Russie patine donc– et Clausewitz explique pourquoi les ukrainiens pourraient gagner cette guerre (ils veulent la guerre, l’autre la paix seulement) ; pour Clausewitz la guerre sans trop verser de sang n’a aucune chance ; et pour René Girard, « celui qui se défend est le roi de la guerre et peut toujours préparer une contre-attaque décisive « . On pourra aussi rappeler Baudrillard pour qui les guerres n’ont plus lieu, mangées qu’elles sont par les médias. Le virtuel tue le réel et même notre triste apocalypse. Girard encore : « le conquérant veut la paix, le défenseur la guerre ». Cela sent le roussi pour notre paix et notre électricité, sinon. La vingt-cinquième heure se rapproche incontinent sur fond de dérive des cerveaux. Rappel : André Bercoff se demandait en 1982 dans De la reconquête s’il était moral d’acheter du gaz aux soviétiques… – nicolasbonnal.com (wordpress.com)

https://www.reuters.com/world/europe/ukraine-celebrates-capturing-key-town-putin-ally-mulls-possible-nuclear-response-2022-10-02/

https://lesakerfrancophone.fr/revue-de-presse-rt-du-25-septembre-au-1er-octobre-2022

https://www.themoscowtimes.com/2022/09/21/i-dont-want-to-be-cannon-fodder-panic-and-fear-as-russia-begins-mobilization-a78853

https://www.themoscowtimes.com/2022/10/01/ukraine-recaptures-key-eastern-town-of-lyman-a78944

https://www.lefigaro.fr/international/ukraine-les-forces-russes-partiellement-encerclees-a-lyman-dans-l-est-20220930

https://lesakerfrancophone.fr/linevitable-chute-de-la-france-sous-de-gaulle-avec-michel-debre

https://www.moscowtimes.ru/2022/09/30/matvienko-dogovorilas-obratstve-sparlamentom-zimbabve-a24882

https://www.zerohedge.com/markets/2023-will-be-year-hell-martin-armstrong-warns-europe-could-suck-rest-world-down-tubes

https://livre.fnac.com/a3470414/Edouard-Tetreau-Quand-le-dollar-nous-tue

https://lesakerfrancophone.fr/poutine-se-lache-a-propos-de-leurope

Retour du masque en Allemagne, pays ruiné et anéanti – puisque soumis. Une deuxième piqure de rappel donc. Affamée mais soumise : pourquoi la masse aphasique, aboulique et asexuée se laissera faire et tondre. Un rappel de notre génie verbal Louis-Ferdinand Céline : « Les Français subiront leur sort, ils seront mis, un jour, à la sauce vinasse… Ils le sont déjà. Pas d’erreur !… Le conquérant doit être sûr de ses esclaves en tous lieux, toujours en mains, sordidement soumis, il doit être certain de pouvoir les lancer, au jour choisi, parfaitement hébétés… dociles… jusqu’ aux os… gâteux de servitude, dans les plus ronflants, rugissants fours à viande… sans que jamais ils regimbent, sans qu’un seul poil de ce troupeau ne se dresse d’hésitation, sans qu’il s’échappe de cette horde le plus furtif soupçon de plainte… » Lecteur, métamorphose-toi donc en hirondelle !

Beaucoup d’apprentis-rebelles font mine de croire que « ventre affamé n’a pas d’oreilles », qu’on va voir ce qu’on va voir et que le populo va se révolter en Europe – comme si siffler Macron au Touquet était un acte de révolution. Rien n’est moins sûr. Je donne cinq raisons.

  • Le roi Schwab et sa cour ont compris une chose : plus on prive la masse, moins elle bouge. Nietzsche écrit dans Volonté de puissance (§ 154) : « chez le petit peuple l’appétit vient en mangeant. ». Comme Tocqueville ou plus tard Soljenitsyne, Nietzsche, qui connait mieux l’Histoire que les pékins déjà cités, sait que si l’on prive le petit peuple de nourriture ou autre il bouge moins. Les grandes grèves des années 60 et 70 se faisaient dans le cadre de la société de consommation. Les tzars comme Louis XVI traitaient trop bien leur peuple. La masse  manipulée bougea contre eux pour récolter pire (Robespierre-Napoléon-Trotski-Staline…).
  • Le perfectionnement du dressage social : l’homme cybernétique de Klaus Schwab et d’Hariri a fait des progrès au bout de trente ans de technologie, de smartphone, de connexion, de conditionnement cyber et autre. Quand il vit dans un sept mètres carrés pour 600 euros comme un de mes vieux amis (chanteur, comédien et comique), il passe son temps à consulter sa machine. Regardez les jeunes dans le minable métro parisien. Il est distrait le rebelle.
  • Le détournement de la rébellion. Un de mes vieux lecteurs nommé David a brillamment résumé ce trait : « ils ne se mobilisent que pour des conneries ». On est parfaitement d’accord : le migrant, le vaccin obligatoire, le changement climatique (la débile Christine Lagarde semble y croire, aussi sotte et dangereuse que Dame Greta), la cause LGBTQ, le lexique trop masculin, la langue fasciste de Roland Barthes, tout les motive pour, disait Flaubert, « tonner contre ». Et ils se foutent et de bouffer et d’être en liberté nos bougres.
  • L’écroulement intellectuel : après un siècle de radio, de télé, et vingt ans de réseaux sociaux, on y est arrivés. Les soixante-huitards ont crétinisé la population un peu partout en occident. Ce trait est le plus connu de tous ceux que je viens de citer. Donc je vais donner un élément vernaculaire supplémentaire : il est devenu impossible d’ouvrir les yeux de quelqu’un pour parler comme Isaïe ou d’éveiller un esprit. La masse est devenue trop conne. Nous ne pouvons communiquer qu’avec nos lointains (comme le veut le système), pas avec nos proches ou notre voisin de palier qui sont imbibés de télé et de chaines News non pas six mais quinze heures par jour.
  • L’acceptation. Confusément, l’homme occidental  vieux et fatigué a déjà accepté son extermination. Tocqueville disait bien que le projet de la démocratie était de faire des chrétiens que nous sommes des turcs.

En fait nous sommes tombés plus bas. Regardez ces italiens à Milan…

https://echelledejacob.blogspot.com/2022/09/tolkien-et-la-grande-rebellion.html#more

https://www.rtl.be/info/monde/europe/l-allemagne-remet-en-place-des-mesures-sanitaires-pour-l-automne-et-l-hiver-1405822.aspx

https://baslesmasques.com/o/TextContent/covid-19-l-allemagne-reintroduit-certaines-restrictions-sanitaires_tco_14631070

https://www.lesoir.be/468704/article/2022-10-01/coronavirus-lallemagne-remet-des-mesures-sanitaires-en-place-pour-lautomne-et

Craig Roberts sur les responsabilités juives dans ce conflit :

https://lesakerfrancophone.fr/revue-de-presse-rt-du-25-septembre-au-1er-octobre-2022

Chine, Inde et Brésil refusent de condamner la Russie pour le rattachement de ses provinces ; l’Allemagne enquête ; le Pentagone insiste et arme plus l’Ukraine, rendant Craig Roberts plus pessimiste encore (la culture puritaine-judéo-biblique américaine est essentiellement apocalyptique) ; les européens par contre – bobos, migrants, antiracistes, féministes ou retraités écolos – s’enfoncent goulument dans le Grand Reset, Reset auquel ils ont été préparés depuis cinquante ans (club de Rome/Soleil vert/Ecologie/Crise du pétrole, etc.) : notre texte le plus lu de l’année relu et remixé. 250 000 lecteurs pour l’instant en 2022. Record aussi de ventes de livres, notamment de prières ! On vous comprend ! Nous aussi on n’arrête pas de prier ! Contactez-nous ici en cas (compréhensible) d’amazonaphobie. Confirmation par Michael Snyder que l’ouragan Ian qui a frappé la Floride a été conçu pour anéantir l’Etat résistant numéro un aux USA.

1970-2020 : Pourquoi le Grand Reset se termine (et ne commence pas)…

Il y a ceux, presque mignons et amusants, comme les journalistes du NYT, qui prétendent que le Grand Reset est une théorie du complot, alors que Davos s’en vante benoitement sur son site, et puis il y a ceux qui redoutent le Grand Reset à venir, comme s’il n’était déjà là. Rappel pour les distraits alors.

Je suis assez vieux pour avoir vu le Grand Reset commencer au début des années 70 : c’était les années de la crise du pétrole, du club de Rome, de Soleil vert et de Roller ball, tout ce qu’il fallait pour rassurer les enfants et préparer un Grand Reset : vous allez obtempérer sinon voilà ce qui va se passer… Et comme cela ne s’est pas passé, on va le provoquer, l’ordinateur bien nommé rendant facile la gestion totalitaire de la société. Tous les films hollywoodiens dénonçaient il y a peu encore les « control freaks » dans leurs scénarios mais comme on ne les croit jamais…


Dans les années 80, lorsque j’ai commencé à m’intéresser à ces questions, j’ai rencontré un spécialiste nommé Yann Moncomble, disparu prématurément, qui décrivait la stratégie des mondialistes depuis le début du vingtième siècle. Jacques Bordiot l’avait précédé quelques années avant avec un excellent livre nommé Une main cachée dirige. On sentait que tout se mettait en place par les banques au milieu du dix-neuvième siècle (c’est la grande transformation du génial Polanyi ou le manifeste communiste de Karl Marx) et depuis nous sommes conduits par ces bons bergers, en bon troupeau. Exercices d’ingénierie physique et mentale, les deux guerres mondiales ont encadré le mouvement et précipité la montée de la technocratie dirigeante (Burnham) et celle du troupeau apeuré dont a parlé Tocqueville sur un ton effrayé.


1945 et la pseudo-déclaration des droits de l’homme marquèrent une avancée vers le totalitarisme planétaire. François Furet, l’homme qui a redécouvert Augustin Cochin, dont j’ai parlé tant de fois, la trouvait trop précise cette déclaration. Et pour cause : elle est indiscrète, elle contrôle, elle commande, elle oriente et elle sert une élite dirigeante à venir et qui est passé au contrôle de tout vers la fin des années soixante. Comme dit Watzlawick elle a besoin du malheur des hommes pour mieux les gouverner.

Les élites qui dirigent maintenant (voyez le rabbin Amnon Itshak qui en parle très bien) sont impitoyables : ils veulent plumer, ficher, vacciner, contrôler. En 1967 Brzezinski présente son livre sur la société technétronique. Lui non plus ne se paie pas de mots, certain qu’il est de n’être dénoncé que par les plus lucides vite redéfinis théoriciens du complot ! Et il écrit le bougre :


«Une autre menace, moins manifeste mais non moins fondamentale, est celle de la démocratie libérale. Plus directement liée à l’impact de la technologie, elle implique l’apparition progressive d’une société plus contrôlée et dirigée. Une telle société serait dominée par une élite dont la prétention au pouvoir politique reposerait sur un savoir-faire scientifique prétendument supérieur. Libérée des contraintes des valeurs libérales traditionnelles, cette élite n’hésiterait pas à atteindre ses objectifs politiques en utilisant les dernières techniques modernes pour influencer le comportement public et maintenir la société sous étroite surveillance et contrôle. »

L’élite qui bosse avec Macron est une conséquence du bonapartisme dont j’ai parlé maintes fois ici et ailleurs (voyez mon Coq hérétique publié en 1997 aux Belles Lettres). Mais elle a été sélectionnée pour aller jusqu’au bout et elle le fera. Elle est payée et motivée pour. Dans les années 80 toujours on a vu cette caste mondialiste de hauts fonctionnaires et de soixante-huitards se mettre aux ordres de Bruxelles et du Capital, quand il est apparu que l’U.R.S.S. ne représentait plus une menace (voyez mon texte sur Zinoviev) et qu’on aurait enfin les coudées franches pour se remplir les poches et mettre au pas le populo.
Guy Debord écrivait en cette fin des années 80 :


« Il faut conclure qu’une relève est imminente et inéluctable dans la caste cooptée qui gère la domination, et notamment dirige la protection de cette domination. En une telle matière, la nouveauté, bien sûr, ne sera jamais exposée sur la scène du spectacle. Elle apparaît seulement comme la foudre, qu’on ne reconnaît qu’à ses coups. Cette relève, qui va décisivement parachever l’oeuvre des temps spectaculaires, s’opère discrètement, et quoique concernant des gens déjà installés tous dans la sphère même du pouvoir, conspirativement. Elle sélectionnera ceux qui y prendront part sur cette exigence principale : qu’ils sachent clairement de quels obstacles ils sont délivrés, et de quoi ils sont capables. »

On voit avec Macron, Leyen ou Grisham (gouverneure démocrate de l’Etat du Nouveau Mexique qui avait ordonné la fermeture des magasins… d’alimentation) que plus aucun obstacle ne les gêne et qu’ils sont capables de tout. Une fois, ajoute Debord que l’on peut « mesurer le point qu’avait pu atteindre la capacité d’hébétude et de soumission des habitants », on peut tout se permettre. Désolé, mais c’est ainsi. Relisez Bernays ou Céline ou même le Loup des steppes pour comprendre. Il ne parle pas d’autre chose le Loup de steppes.


L’élite mondialiste voulue par Wilson ou le pseudo-colonel Mandel House s’est constituée en 1945 donc, et est arrivée à maturité à la fin des années soixante : ce sont les années Rockefeller, Giscard et Trilatérale dont parlait notre ami Moncomble. Cette élite est totalement déracinée, technophile et gavée de paradigmes (Nizan a très bien vu sa source bourgeoise, j’en ai parlé ici). C’est une élite gnostique élevée par des écrans dans des Babel de verre, comme du reste son troupeau innombrable. En Europe on a pu voir l’émergence de cette élite en partie nazie d’ailleurs (voyez mon texte sur Hallstein) dès les années soixante. L’immigration, la société de consommation et la liquidation des enseignements allait créer une nouvelle population technophile, nomade et soumise.


Et puis Gorbatchev est arrivé. Tout est allé depuis en s’amplifiant et en s’accélérant, la bêtise et la lâcheté de la masse ne faisaient rien pour écouter les Cassandre muées en théoriciens du complot. Le contrôle des élites asiatiques ou russes est allé de pair, quoiqu’en pensent certains naïfs préoccupés la route de la soie ou le modèle chinois. Modèle chinois qui exige vaccination, contrôle biométrique et gestion informatique de son milliard et quelques d’habitants. Ici encore les oligarques du capitalisme et du communisme se seront merveilleusement tendu la main. C’est bien Kissinger et Nixon qui ont voulu ce rapprochement avec la Chine de Mao, non ?


Je ne suis pas là pour parler de l’an prochain, tout le monde antisystème le fait, en vain d’ailleurs (« Théorie du complot ! Théorie du complot ! »). Je voulais dire seulement que les choses sont dans une logique terminale. Qui en a fait tant ne peut pas s’arrêter en route (la route du club de Rome et de Soleil vert) et qui en a fait aussi peu pour se défendre à part cliquer depuis vingt ans (moi y compris, ce n’est pas le problème) ne doit pas s’étonner de ce qui va lui arriver.

Bibliographie très sommaire :


Zbigniew Brzezinski : l’ère technétronique
Guy Debord : Commentaires
Paul Watzlawick : Faites vous-même votre malheur
Nicolas Bonnal : si quelques résistants (à télécharger gratuitement sur reseauinternational.net)

https://lesakerfrancophone.fr/ukraine-quatre-oblasts-rejoignent-la-russie

https://lesakerfrancophone.fr/inquietudes-existentielles-la-guerre-financiere-contre-loccident-commence-a-couter-cher

https://www.egaliteetreconciliation.fr/Top-50-des-juifs-les-plus-influents-1-2-quelle-difference-avec-le-complotisme-antisemite-69733.html

Worse Than Katrina? It Appears That We Just Witnessed The Most Costly Natural Disaster In U.S. History By A Wide Margin

https://www.geopolitika.ru/fr/article/de-leffondrement-de-la-russie-comme-clef-de-lhistoire-universelle

https://lesakerfrancophone.fr/revue-de-presse-rt-du-25-septembre-au-1er-octobre-2022