Roger Moore et le crépuscule des riches

 

 

 

J’ai écrit que Roger Moore aura été un Bond sous-estimé, mais que sans doute le meilleur Bond fut George Lazenby. Ce top model australien était le préféré des secrétaires des producteurs ! Athlète, élégant, naturel, Lazenby a été splendide au service secret de sa majesté avec notre Emma Peel préférée Diana Rigg. Ce film traitait aussi du contrôle mental dans les Alpes suisses à trois mille mètres d’altitude. Mais on y reviendra, car Bond était amoureux, marié et même veuf. Et son prodigieux beau-père (il le paie en or) qui lui demande de bien tenir et corriger sa fille…

On revient à Roger Moore qui lui avait plutôt à dealer avec la révolution sexuelle et la décennie Play boy. L’épisode de la Nouvelle Orléans m’avait dégouté, car on apprécie bien plus le jazz et Louis Armstrong dans le service secret de sa majesté. Contrairement à ce qu’on dit, les gadgets ne tuent pas notre agent secret. On avait misé sur l’humour, le bon mot (et ses rapports avec l’inconscient), l’élégance vestimentaire, le très méchant oligarque, la séduction facile et surtout sur un luxe du voyage planétaire. La belle Sardaigne dans l’espion qui m’aimait…

 

Chaque voyage était un must. Je me souviens encore – avec Frédéric – de ce rocher du James Bond Island à Phuket où notre exceptionnel homme au pistolet d’or, divinement incarné (car l’homme incarnait, il ne jouait pas) par Christopher Lee, était censé vivre. Ou des belles pyramides au pied desquels une foule bien sapée (c’était à l’époque où je vis le son et lumière écrit par Gaston Bonheur) assiste à un gentil spectacle. Venise aussi était très bien filmée, que l’on voit crouler depuis sous le poids du tourisme mondialisé et des réparations lépreuses. Roger Moore incarnait comme dans Amicalement vôtre une époque où il faisait bon voyager, avoir de l’argent sur les Riviera. Cet heureux temps n’est plus.

C’était également le goût des belles automobiles quand elles ne ressemblaient pas à un Cayenne ou à un tank. Connery avait profité de la sainte Aston Martin DB5, Lord Sinclair possédait une DBS dans Amicalement vôtre, et on se souvenait encore de la Volvo élégante du Saint. En réalité Moore incarnait une époque où on ne prenait pas le riche pour un plouc.

J’ai connu la Riviera française depuis toujours et j’ai assisté à son délitement terminal. Le milliardaire est paupérisé, les villes sont des parkings, un appartement mal foutu coûte une fortune, on n’a plus de domesticité, de classe, d’éducation, de maître d’hôtel, tout a fichu le camp. La prolétarisation du milliardaire (pour risquer un GN oxymore)  frappe tout le monde, alors qu’on voit aussi la prolétarisation des classes moyennes avec nos trains et bus de transports bourrés. On n’en a plus pour son argent, et ce n’est pas terminé !

 

Roger Moore a incarné la classe britannique, le gentleman dans un monde qui grouille de grossiums pris pour des cons. C’est sans doute pour cela que sa mort a ému les plus sensibles d’entre nous.

 

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