Alphonse Daudet et la Suisse artificielle et touristique (Tartarin dans les Alpes)

Et en plus c’est laid !

Voici le texte de Daudet (extrait des grands écrivains et la conspiration)

 

Comment la Suisse devint un parc d’attractions (par Alphonse Daudet)

 

Daudet décrit les aventures micro de son sympathique héros en Suisse. Il va en apprendre de bonnes. Comme aux temps baroques, le monde est faux, stuc et toc, tout factice :

 

 

« La Suisse, à l’heure qu’il est, vé ! monsieur Tartarin, n’est plus qu’un vaste Kursaal, ouvert de juin en septembre, un casino panoramique, où l’on vient se distraire des quatre parties du monde et qu’exploite une compagnie richissime à centaines de millions de milliasses, qui a son siège à Genève et à Londres. Il en fallait de l’argent, figurez-vous bien, pour affermer, peigner et pomponner tout ce territoire, lacs, forêts, montagnes et cascades, entretenir un peuple d’employés, de comparses, et sur les plus hautes cimes installer des hôtels mirobolants, avec gaz, télégraphes, téléphones !… »

 

Cette Suisse bien peignée, ces pistes de balade, tout devient une illusion comique comme dans la pièce de Corneille ou la tempête de Shakespeare. Référence théâtrale oblige (on dirait aujourd’hui les « effets spéciaux ») :

 

– Si c’est vrai !… Mais vous n’avez rien vu… Avancez un peu dans le pays, vous ne trouverez pas un coin qui ne soit truqué, machin comme les dessous de l’Opéra ; des cascades éclairées à giorno, des tourniquets à l’entrée des glaciers, et, pour les ascensions, des tas de chemins de fer hydrauliques ou funiculaires.

Toutefois, la Compagnie, songeant à sa clientèle d’Anglais et d’Américains grimpeurs, garde à quelques Alpes fameuses, la

Jungfrau, le Moine, le Finsteraarhorn, leur apparence dangereuse et farouche, bien qu’en réalité, il n’y ait pas plus de risques là qu’ailleurs.

– Pas moins, les crevasses, mon bon, ces horribles crevasses…

Si vous tombez dedans ?

– Vous tombez sur la neige, monsieur Tartarin, et vous ne vous faites pas de mal ; il y a toujours en bas, au fond, un portier, un chasseur, quelqu’un qui vous relève, vous brosse, vous secoue et gracieusement s’informe : « Monsieur n’a pas de bagages ?…

– Qu’est-ce que vous me chantez là, Gonzague ? »

Et Bompard redoublant de gravité :

« L’entretien de ces crevasses est une des plus grosses dépenses de la Compagnie. »

 

Daudet ajoute plus loin car Tartarin a des doutes :

« – Mais, l’année dernière encore, l’accident du Wetterhorn, ces deux guides ensevelis avec leurs voyageurs !…

– Il faut bien, té, pardi !… pour amorcer les alpinistes…

Une montagne où l’on ne s’est pas un peu cassé la tête, les Anglais n’y viennent plus… Le Wetterhorn périclitait depuis quelque temps ; avec ce petit fait-divers, les recettes ont remonté tout de suite.

– Alors, les deux guides ?…

– Se portent aussi bien que les voyageurs ; on les a seulement fait disparaître, entretenus à l’étranger pendant six mois…

Une réclame qui coûte cher, mais la Compagnie est assez riche pour s’offrir cela. »

 

Si la compagnie est en effet assez riche pour s’offrir des attentats false flag, histoire de booster les ventes…

 

Sources

Tartarin sur les Alpes, ebooksgratuits.com, pp. 66-67, ebooksgratuits.com

Nicolas Bonnal, les grands écrivains et la conspiration, Amazon.fr

 

 

 

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