Le mythe de Faust (imprimerie) et la planche à billets

Le mythe de Faust et la planche à billets

 

 

 

Economie, crise, Brexit, chute des monnaies, fin chaotique ou provoquée de la zone euro, énième krach boursier, gestion de Trump, nous avons tous peur de ce qui va se passer. L’oligarchie voulait jusque-là survivre électoralement en pratiquant ses mensonges éhontés ou en exploitant platement la panique, et c’est pourtant l’instant retardé tant en Angleterre qu’en Amérique. Il ne lui reste que la tyrannie soft, comme on s’y essaye ici et là, en nous prévenant que « l’on a été que trop bon jusque-là » (Debord).

 

Or les mêmes qui veulent la guerre contre la Russie au nom de la sécurité nationale sont ceux qui nient la crise financière et notre dette immonde. Il suffit de toujours faire bonne impression, disent-ils en clignant de l’œil à la façon du dernier homme.

 

La parole est à Goethe et son Deuxième Faust, adapté au cinéma par René Clair. Certains se moquent du papier-monnaie et lui préfèreraient l’or ? Ainsi le fou de Goethe admiré du reste par Méphisto (car ce diable est bien moins sot que nos banquiers ou que leurs journalistes en papier mâché).

Citons cet étonnant et reluisant passage :

 

« Alors, pendant le reste de la nuit, mille artistes ont rapidement reproduit quelques mots écrits de sa main, indiquant seulement : ce papier vaut dix ; cet autre vaut cent ; cet autre, mille, ainsi de suite. Votre signature est apposée, en outre, sur tous ces papiers. Depuis ce moment, tout le peuple se livre à la joie, l’or circule et afflue partout ; l’empire est sauvé.

— Quoi ! dit l’empereur, mes sujets prennent cela pour argent comptant ? L’armée et la cour se contentent d’être payées ainsi ? C’est un miracle que je ne puis trop admirer.

 

Ici, Méphistophélès, qui vient de jouer ce rôle de Law dans une cour du moyen âge, en inspirant ces idées au chancelier, développe la théorie des banques et du papier-monnaie ; et l’empereur, pour reconnaître le service que le docteur et lui viennent de lui rendre, les crée à tout jamais surintendants des finances et directeurs des mines dans toute l’étendue de ses possessions. Le fou qu’on avait cru mort, et que Méphistophélès avait remplacé, reparaît à la fin de cette scène. On lui apprend tout ce qui s’est passé, et l’empereur, joyeux de le retrouver vivant, le comble de richesses en papier. Le fou, seul de toute la cour, ne fait pas grand cas de ces billets de banque, et les veut faire servir à quelque usage inférieur. On se moque de lui, et on le laisse seul avec Méphistophélès, qui lui jure que ce papier vaut de l’or.

— Mais, dit le fou, me le changera-t-on bien contre de l’or ?

— Sans doute, tout de suite, dit Méphistophélès.

— Je vais le changer, dit le fou. Mais, avec de l’or puis-je acquérir comme autrefois une terre, une maison, un bois autour, de la maison ?

— Sans nul doute.

— Je vais vite changer le papier contre l’or, et l’or contre la maison et la terre. Dès ce soir, je vivrai tranquillement dans ma propriété !

— Pas si fou ! dit Méphistophélès seul, en quittant la scène ; pas si fou ! »

 

Deux siècles plus tard l’économiste suisse Egon Von Greyerz s’exprime comme ce fou.
« Les gouvernements essaient constamment de tromper les gens en dévaluant la monnaie. C’est pour cela que les gouvernements haïssent l’or : l’or révèle la vérité en exposant leur mauvaise gestion de l’économie. Le prix de l’or est aussi manipulé, surtout sur le marché papier, mais il reste encore la meilleure mesure de la performance réelle. Pour la simple et bonne raison que l’or est la seule monnaie qui ne soit pas produite par l’homme. L’or est la monnaie de la nature et continuera d’être la seule monnaie à survivre à travers l’histoire ».

 

Egon Von Greyerz a expliqué que la bourse n’a pas monté en Amérique (elle a même gentiment chuté en France comme on sait, passant de 7000 à moins de 5000), même depuis l’an 2000 !

« 55% sur 16 ans ne représente, en fait, que 2,8% par année (plus les dividendes), ce qui n’a rien de remarquable… Or par rapport au franc suisse, le dollar a perdu 77% depuis 1971 et 37% depuis 2000. Si l’on mesure la performance du S&P en francs suisses depuis janvier 2000, il a baissé de 4% !

Et de conclure logiquement :

« Ainsi, ce gain de 55% n’en est pas un ; il n’est qu’une mesure de l’inflation. »

Inflation qui a pris des proportions inouïes, ignorées ou niées en Occident, et de la manière la plus irresponsable qui soit. L’immobilier a décuplé en vingt ans à Paris, Hawaï, Londres, Monaco ou Manhattan. Il a parfois centuplé- en Chine.

L’Or sera le révélateur de la performance réelle. Le seul pays à l’avoir compris est d’ailleurs la Russie. Cette simple observation de fou goethéen n’étonnera que les débiles des médias.

PS : j’ai déjà rappelé qu’il n’est pas certain non plus qu’on vous laisse cet or si vous en acquérez – voyez Roosevelt, Blum, Hitler et quelques autres dans le même cas.

 

Sources

 

Goethe – Le Deuxième Faust (traduit par Gérard de Nerval). Sur feedbooks.fr

Egon Von Greyerz – Kingworldnews.com, businessbourse.com

La beauté du diable (1950)

 

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