Les territoires protocolaires (extrait)

Extrait
Au commencement William s’intéressa aux soldats de plomb. Il organisait des batailles et concevait des stratégies. Il s’intéressa ensuite aux wargames et se prit de passion pour l’informatique et les jeux en réseau.
William était né dans une banlieue française qui n’a plus de nom. Il décida après une élection de se rendre en Amérique, fasciné par le culte de la puissance, la barbarie, la liberté. William écrivit aussi des chants barbares. Il ne se départit jamais de ses tentations littéraires. Mais il avait compris dans un dessein animé que le monde avait changé de socle.
William exerçait un puissant ascendant sur ses proches, hommes ou femmes, dont il jouait à loisir. Il étudia le monde des affaires et créa sa première société, qu’il baptisa Nemrod. Doué pour le jeu, la théorie des jeux et les mathématiques, il commença à s’imposer dans la bourse. Fasciné par les enjeux virtuels, il créa l’un des premiers éditeurs de software en Europe.
Une nuit, il s’aventura par sa fenêtre intérieure, et son écran d’ordinateur. Et là il vit son monde, il vit le monde, celui que l’on ne touche pas, mais qui commande au monde palpable. Il s’enivra de ce grand vide durant des heures. Avec ses associés, Fred et Dieter, il engendra des sociétés d’informatique, de jeux mythiques et de télécommunications. Il attendait son heure, sachant qu’un jour son heure viendrait. La conversion du monde en numérique, le passage à l’autre côté qui l’avait tenté ce soir du 23 novembre. Ma saint Clément, mes pleurs de joie, disait-il ricanant en ressassant son langage Pascal. Il écrivit un hymne baptisé par ses proches le Domesday Book, l’hymne à la conversion du monde en data. Le data monde de William. La chronique dit qu’il n’y eut pas un yard de terrain, ni une vache ni un porc qui ne fussent inscrits dans son registre.
Mais un jour William disparut.
Nul ne sait où se cache William, dans quelle mansion, dans quel cybergarden, dans quelle nef ivrogne. William navigue, et puis c’est tout. Il commande son monde, dirige ses affaires, mais comme un docteur absent (son pseudo d’initié) ; il n’est pas de ce monde.
On recherche William ; certains l’accusent de blanchir des espèces, d’autres de trafiquer des organes, d’autres enfin, mieux informés (?) de préparer le recyclage du monde en commandant aux climats. Car le monde est le cabinet de curiosités de William, et en changeant la disposition de ces pièces, William peut tout bouleverser.
Les parents de William sont morts dans un accident de la route, suite à une panne informatique. Des associés de William disparaissent, d’autres renaissent sous de nouvelles identités. Ce monde est mort pour William, qui ne voit que des démons incarnés, mais William n’est pas mort pour le monde, guettant remplacement. William a imposé sa puce. Et il a recréé la Hanse. Un de ses lieutenants est surnommé Hans. Il vit rue du temple.

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