Chateaubriand et la princesse Louise de France

Chateaubriand et la princesse Louise de France

 

On a parlé ici de la relation brève et sacrée entre le plus grand écrivain français et la princesse Louise, petite-fille de notre Charles X. Cela se passe lorsque notre royaliste impénitent va voir notre roi en exil à Prague. Voici comment notre styliste incomparable la décrivait :

« Mademoiselle rappelle un peu son père ; ses cheveux sont blonds, ses yeux bleus ont une expression fine : petite pour son âge, elle n’est pas aussi formée que le représentent ses portraits. Toute sa personne est un mélange de l’enfant, de la jeune fille, de la princesse : elle regarde, baisse les yeux, sourit avec une coquetterie naïve mêlée d’art ; on ne sait pas si on doit lui dire des contes de fées, lui faire une déclaration ou lui parler avec respect comme à une reine »

D’une certaine manière c’est comme cela qu’il faudrait parler à toutes les femmes en général, mais comme nos temps sont plus mous… Comme disait Edmund Burke, The age of chivalry is gone

 

 

Mais voici aussi une lettre sublime de la mère de notre princesse au grand maître :

 » Je vous demande, ô monsieur de Chateaubriand, de porter à mes chers enfants l’expression de toute ma tendresse pour eux. Dites bien à Henri que je compte plus que jamais sur tous ses efforts pour devenir de jour en jour plus digne de l’admiration et de l’amour des Français. Dites à Louise combien je serais heureuse de l’embrasser et que ses lettres ont été pour moi ma seule consolation. Mettez mes hommages aux pieds du Roi et offrez mes tendres amitiés à mon frère et à ma bonne sœur. Je les prie de vous communiquer leurs intentions pour l’avenir. Je vous demande de me rapporter partout où je serai les vœux de mes enfants et de ma famille. Renfermée dans les murs de Blaye, je trouve une consolation à avoir un interprète tel que monsieur le vicomte de Chateaubriand ; il peut à tout jamais compter sur mon attachement.

 » Marie−Caroline.  »

Evoquons donc ce lien intellectuel et spirituel qui se noue en quelques secondes à Prague entre l’auteur d’Atala et la jeune et savante princesse :

« Madame de Gontaut a pris la parole :  » M. de Chateaubriand est allé en Egypte et à Jérusalem.  »

Mademoiselle a frappé des mains et s’est encore rapprochée de moi.  » M. de Chateaubriand, m’a−t−elle dit, contez donc à mon frère les pyramides et le tombeau de Notre Seigneur. « 

J’ai fait du mieux que j’ai pu un récit des pyramides, du saint tombeau, du Jourdain, de la Terre−Sainte. L’attention des enfants était merveilleuse : Mademoiselle prenait dans ses deux mains son joli visage, les coudes presque appuyés sur mes genoux, et Henri perché sur un haut fauteuil remuait ses jambes ballantes.

Après cette belle conversation de serpents, de cataracte, de pyramides, de saint tombeau, Mademoiselle m’a dit :  » Voulez−vous me faire une question sur l’histoire ? − Comment, sur l’histoire ? − Oui, questionnez−moi sur une année, l’année la plus obscure de toutes… »

 

Mais quid de cette princesse ? Eh bien sachez qu’elle aurait pu être votre reine.

Les experts nous enseignent :

 

« Petite-fille de Charles X, frère et successeur du roi de France Louis XVIII, Louise d’Artois est le premier enfant survivant de Charles-Ferdinand d’Artois(17781820), duc de Berry et de sa jeune épouse Marie-Caroline de Naples et de Sicile. Le 13 février 1820, son père Charles-Ferdinand est assassiné en sortant de l’ancien opéra de Paris par Louvel, un opposant au régime qui souhaite l’ « extinction de la maison de Bourbon ». Louis XVIII songea à abolir la loi salique, à son profit et à un mariage avec Ferdinand-Philippe d’Orléans ».

Mais ce ne fut pas possible grâce à l’enfant du miracle, le petit Henri dont parle Chateaubriand dans les Mémoires (lui-même finit maladroitement ou providentiellement) ;

« Cependant, quelque temps plus tard, la duchesse de Berry fait part d’une nouvelle grossesse et en septembre 1820, naît « l’enfant du miracle » un garçon qui reçoit le titre de duc de Bordeaux. Le projet est abandonné ; la petite Louise ne sera pas reine de France. »

 

La destinée de la douce Louise est alors tracée ; elle sera triste et tragédienne, et la princesse mourra peu après quarante ans, non sans avoir été épouillée de ses miettes de principauté :

« Le mari de Louise accède donc au trône en 1849, mais est assassiné cinq ans plus tard. Louise devient régente pour son fils Robert Ier de Parme. En 1859, la famille ducale est chassée par les armées du roi Victor-Emmanuel II de Sardaigne. Après un référendum, les duchés de Parme et de Plaisance sont rattachés au nouveau royaume d’Italie. Dans une note officielle, Louise protesta et affirma que le référendum était truqué. Elle meurt en exil cinq ans plus tard. »

Le père et le mari furent donc assassinés. Louise fut chassée, elle finit malade et obèse quelques années plus loin…

Cette princesse Louise, elle est une autre fée aux miettes, à qui Chateaubriand rendit ses lettres d’éternité. Rencontre d’une reine impossible, et de son écrivain. Mais il fallait que tout fût accompli.

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