Pourquoi il faut lire Sénèque (et à Cordoue si possible, comme ici Nicolas Bonnal !)

Pourquoi il faut lire Sénèque

 

Précepteur de Néron, Sénèque fut bien placé pour savoir que les bons conseils n’ont pas de bons suiveurs. Pourtant, à vingt siècles de là, et dans les temps postmodernes, désabusés et désertiques où nous vivons, nous ne pouvons que nous émerveiller de la justesse de ses analyses et parfois de ses conseils.

Je lui laisse la parole :

 

Sur les temps obsédés par l’argent et par l’insatisfaction : « les riches sont plus malheureux que les mendiants; car les mendiants ont peu de besoins, tandis que les riches en ont beaucoup ».

Sur l’obsession des comiques et de la dérision, si sensible depuis les années Coluche et Mitterrand : « certains maîtres achètent de jeunes esclaves effrontés et aiguisent leur impudence, afin de leur faire proférer bien à propos des paroles injurieuses que nous n’appelons pas insultes, mais bons mots. »

Sur la dépression, ce fameux mal de vivre, Sénèque écrit ces lignes lumineuses : »De là cet ennui, ce mécontentement de soi, ce va-et-vient d’une âme qui ne se fixe nulle part, cette résignation triste et maussade à l’inaction…, cette oisiveté mécontente. » Avec cette cerise sur le gâteau, qui s’applique si bien à la mentalité française : « On désire voir tout le monde échouer parce que l’on n’a pas pu réussir »

 

De la société de consumation (sic), Sénèque écrit : « Toute occasion de sortir de soi, de s’échapper à soi-même lui est agréable, surtout aux esprits les plus médiocres qui adorent se laisser dévorer par leurs occupations ». Son contemporain, le poète Lucrèce, écrivait aussi : « Ainsi chacun ne cesse de se fuir lui-même.

Sur le tourisme de masse et les croisières, Sénèque remarque : »On entreprend des voyages sans but; on parcourt les rivages; un jour sur mer, le lendemain, partout on manifeste la même instabilité, le même dégoût du présent. »

Extraordinaire aussi, cette allusion au délire immobilier qui a détruit le monde et son épargne : « Nous entreprendrons alors de construire des maisons, d’en démolir d’autres, de reculer les rives de la mer, d’amener l’eau malgré les difficultés du terrain… »

 

Une société comme la nôtre ou celle de Sénèque ne manque pas d’esquinter les gens, de les réduire à l’état de légumes. Sénèque le sait déjà, à son époque de pain et de jeux, de cirque et de sang : « Curius Dentatus disait qu’il aimerait mieux être mort que vivre mort ».

L’obsession du « people », amplifiée par l’apparition d’Internet, dont tous les portails se préoccupent, est aussi décrite par le penseur stoïcien : « De la curiosité provient un vice affreux : celui d’écouter tout ce qui se raconte, de s’enquérir indiscrètement des petites nouvelles, tant intimes que publiques, et d’être toujours plein d’histoires. »

 

Je terminerais sur l’insupportable obsession humanitaire de nos temps médiatiques et misérables, dont Chesterton disait qu’ils étaient la marque d’idées chrétiennes devenues folles : « C’est une torture sans fin que de se laisser tourmenter des maux d’autrui. »

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s