La blonde la plus bête de la galaxie, dans le plus mauvais épisode de la série Star Trek ! La belle est la bête ! Bébête immonde, va ! Quel grand blond en arrière ! En échange, du Nicolas Bonnal : celtisme et science-fiction !

Maelduin, le celtisme et la littérature de science-fiction

 

En revoyant l’épisode Métamorphose (un nuage s’éprend d’un cosmonaute et le préserve pendant deux siècles avant de revêtir une apparence féminine) de Star Trek je repense à Maelduin. Et je m’invite à me relire.

 

 

Il est difficile de dire comment le celtisme a concrètement influencé notre littérature. Chrétien cite lui les auteurs latins, comme d’ailleurs les auteurs du Mabinogion ou de Maelduin qui sont des fans (comme nous) de Virgile ou bien d’Ovide. Nous nous contentons ici de marquer des points communs et ou des épisodes signifiants dans nos contes celtiques souvent contemporains de ceux du Graal.

Voyons le Mabinogion traduit en anglais facile par l’érudite lady Guest au milieu du dix-neuvième siècle. Elle est citée par notre génie de l’érudition nationale, Henri d’Arbois de Jubainville dans sa monumentale étude sur la littérature irlandaise. Dans Peredur on trouve quelques éléments intéressants, mais ce texte est très inférieur au Perceval de Chrétien.

 

– Peredur est le rescapé d’une famille déchue. Il est le septième fils. Les autres sont morts. Le nombre sept, comme celui du Poucet, évoque celui de la maturité (ou de la chance ici).

– Peredur est mêlé à une affaire de lignage. Il est cousin, neveu, frère de tout le monde, y compris de la malheureuse sœur échevelée – proche de la demoiselle hideuse de Chrétien- qui l’accuse de n’être pas à la hauteur de son destin. L’ermite est son oncle, le roi-pêcheur un proche aussi…

– Toute son histoire est liée à une vengeance personnelle et familiale : il doit prendre sa revanche sur les trois sorcières dignes de Macbeth qui ont frappé sa famille (le roi Lear est présent avec ses filles dans les histoires de Geoffrey de Monmouth).

– La lance sanglante est liée au meurtre d’un parent mort.

– Enfin, un échiquier remplace le champ de bataille. Lorsque Peredur le jette par la fenêtre, il doit aller lutter contre un chevalier noir (notre gaffeur devra encore retourner sous les reproches féminins pour le tuer enfin !).

 

 

Maelduin est un Imrama, une navigation hauturière. Il devrait donc nous intéresser moins pour comprendre Chrétien par exemple. Mais ce conte génial est bien plus riche pour nous ; il est du niveau de l’Odyssée par l’inspiration de ses épisodes. On sait qu’il va inspirer le fade saint Brendan. Cette narration extraordinaire a bien sûr déjà sa tonalité chrétienne, qui annonce la Quête du saint Graal de Boron : récit magique, horrifique, fantastique, au service de la bonne cause !

– Maelduin est encore un enfant caché et réfugié. Il a été élevé par une reine. Il doit venger son père tué par des pirates.

– Il part en bateau suivant les conseils d’un druide magicien, mais il ne part pas à dix-sept – nombre important lié aux 153 (9 fois 17) poissons évangéliques -, mais à vingt, à cause de trois ses frères de lait (penser à Keu qui porte guigne) qui montent à bord au dernier moment. Mais D’Arbois de Jubainville relie cet interdit aux nombres celtes et au dépassement ici du double de neuf, nombre bénéfique.

– Bien sûr tous ces mauvais nombres entraîneront ses péripéties maritimes. Son mauvais départ annonce celui de Perceval, rappelle celui des Grecs partant pour Troie.

– Les îles sont de toute sorte. Il y a une île avec des monstres, une autre avec des oiseaux, un autre avec un corps animal tournoyant (chair et os, ou peau seule !). Souvenir de nos îles fortunées, on trouve une, deux même îles aux pommes d’or.

– Il y a aussi une île avec une hôtesse remarquable, un autre avec une fontaine nourricière. Des ermites légèrement chrétiens évoquent leur vie auprès de ces fontaines d’immortalité.

– Il y a des châteaux énigmatiques : un qui s’agrandit de l’intérieur et nourrit tout son équipage. Un autre doté des métaux à forte signification : or, argent, cuivre, et même verre.

– Il y a des gardiens : un chat magique qui réduit en cendres un matelot désobéissant de Maelduin.

– Il y a une île de la joie, une autre de l’acédie. Elles jouent sur les humeurs de nos voyageurs. Elles sont peuplées de joyeux et de tristes.

Rabelais n’est déjà plus très loin, et son fabuleux livre V.

– On trouve aussi un moulin effrayant qui moud mystérieusement « tout ce qui cause plainte et murmure » ! Ce moulin crissant annonce Don Quichotte et tous nos temps modernes.

– Une île est divisée en quatre par quatre palissades magiques (or, argent, cuivre et verre). Guénon parle de cette division du mystérieux royaume. Nous citons :

 

« Cette division de l’Irlande en quatre royaumes, plus la région centrale qui était la résidence du chef suprême, se rattache à des traditions extrêmement anciennes. En effet, l’Irlande fut, pour cette raison, appelée l’ «île des quatre Maîtres», mais cette dénomination, de même d’ailleurs que celle d’ «île verte» (Erin), s’appliquait antérieurement à une autre terre beaucoup plus septentrionale, aujourd’hui inconnue, disparue peut-être, Ogygie ou plutôt Thulé, qui fut un des principaux centres spirituels, sinon même le centre suprême d’une certaine période (7)».

 

– Ogygie est l’île de Calypso dont on trouve un écho chez Maelduin. Maelduin gagne un royaume doté de dix-sept femmes, dirigées par une belle reine veuve qui l’aime. Il reste six mois dans ce royaume où l’immortalité lui est promise, comme dans l’Odyssée. On est dans le Sidh, et il est souvent fait mention de brouillard.

– Il préfère rentrer bien sûr (une main amputée de matelot scelle cette rupture), et un grand banquet final l’attend au village (8).

 

L’errance des Fianna (groupes de jeunes aventureux d’origine aristocratique) a été bien expliquée par Jean Haudry. Cet auteur souligne aussi l’importance des conflits lignagers dans les cycles héroïques. Notons que les cycles grecs décrits par Arnold Van Gennep marquent comme pour Gauvain et Perceval les chevauchements d’exploits (Hercule, Thésée, etc.) et se caractérisent par deux types de hauts faits : lutte contre les animaux extraordinaires (dragon, lion…), et exploits merveilleux (labyrinthes…). Tout cela se retrouve dans la Quête.

 

Sources

 

Perceval et la reine (Amazon.fr)

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