Le symbolisme (texte du docteur François Plantey)

Le symbolisme (texte du docteur François Plantey)

 

Pour l’homme des civilisations traditionnelles, l’univers est le livre qui lui racontent les merveilles de son Créateur et son histoire .En contemplant la nature, il est, selon Saint Grégoire le grand « dans les pas de Dieu » Les cieux lui « racontent la gloire de Dieu et l’étendue donne à connaître l’ouvrage de ses mains1. « Pour lui l’univers est une présence mystérieuse mais familière ; c’est ce grand livre qui est selon saint Thomas d’Aquin est la deuxième source de la connaissance après l’écriture. L’univers est pour lui, selon la profonde expression de Urs von Balthazar, une théophanie immédiate. Cette théophanie a une force de conviction majeure. Le verbe ngd en hébreu, outre son sens de dire, raconter, déclarer, inclut aussi par sa racine une idée de présence résistante, inévitable, irrévocable. La même idée appartient au mot raquiha. Nul ne peut révoquer en doute la présence de Dieu, de ses armoiries en quelque sort ; chacun est tenu de blasonner ces merveilles.

Comme Dieu écrit l’homme sur les trois feuillets de l’embryon, Il écrit l’histoire de sa création sur le grand livre du cosmos ; » Il écrit ses pensées sur les pages de ce vaste univers, mais il a établi une harmonie secrète entre chacune de ces parties ». C’est précisément la science sacrée de la symbolique qui est la clé ouvrant ce «  mutus liber ».

 

Depuis la nuit des temps et dans toutes les civilisations, la contemplation des cieux fascine et émerveille l’homme.

Saint Basile le bienheureux l’exprime de façon grandiose , s’efforçant d’exprimer l’ineffable ; «  Si quelquefois , par une nuit sereine, fixant les yeux sur les beautés inexprimables des astres, tu as pensé à l’auteur de l’univers, en te demandant qui, de ces fleurs, a brodé le firmament, et comment toutefois, dans le monde visible, l’agrément cède le pas à la nécessité ; si, au contraire, tu as pendant le jour considéré d’un esprit réfléchi les merveilles du jour, tu viens en auditeur préparé » ; de même Victor Hugo : «  l’Univers, c’est un livre et des yeux qui le lisent »

Emerson exprime la même pensée avec une saisissante originalité évoquant Chesterton :

« one might think the atmosphere was made transparent with the design, to give man, in the heavenly bodies, the perpetual presence of the sublime… If the stars should appear one night in a thousand years, how would man believe and adore, and preserve for many generations the remembrance of the city of God which had been shown » (4).

 

 

L’homme des civilisations anciennes s’est nourri de ce pouvoir du symbole, pour tirer les hommes des habitudes de la vie commune et les élever à de hautes pensées : «  ce que nous pressentons seulement dit Démétrius, laisse en nous une impression plus formidable que ce qui s’offre sans voile à nos regards » (5). «  L’arbre ne ressemble pas à une idée de Dieu » écrit le père Sertillanges, » il ressemble à Dieu » (6 ).

A partir de la fin du Moyen âge, ce livre va insidieusement redevenir muet (ici développement sur la renaissance). Avant d’analyser la nature du symbole, on ne peut se passer d’une lecture critique de la science contemporaine. Nous emprunterons l’essentiel de l’argumentation suivante à Fernand Brunner (Science et réalité ? Aubier 1954 ). Saint Ambroise sur l’épitre aux Colossiens dit : «  la science des choses célestes et des choses terrestres trouve tout son fondement en Celui qui en est le chef et l’auteur, caput et auctor. »

Aussi qui le connaît n’a rien à rechercher en dehors de lui, car en lui est la perfection de toute vertu et de toute sagesse, et ce qu’il chercherait ailleurs, il le trouvera mieux en lui. »

De même Rober Bacon dans l’opus majus : « il n’y a qu’une seule sagesse parfaite et | [ qu’]elle est contenue dans les écritures où toute vérité trouve ses racines ».

 

«  Si l’on entend par vérité de l’univers ce que l’univers est absolument plutôt que la vérité limitée et perfectible que la mesure et le calcul nous permettent de saisir, il faut dire que la vérité du monde  ne peut se concevoir que par rapport au principe de monde.7 La science parfaite, si elle existe a donc sa racine… dans la réflexion sur le principe de l’univers. La science parfaite, si elle existe, n’est pas comme la science moderne, une démarche de la raison individuelle, liée au données limitées de l’expérimentation et du calcul ;…sa propriété est d’être toute entière suspendue à la connaissance du principe d l’univers » Connaitre ce principe c’est pouvoir déchiffrer les hiéroglyphes sacrés du symbolisme ; c’est rendre la parole au «  mutus liber ». La science moderne en renonçant à s’élever vers un monde supérieur à la conscience ordinaire dépouille le monde de toute signification transcendante. «  Nous avons découvert l’étrange empreinte d’un pas sur le rivage de l’Inconnu, écrit Eddington. Pour expliquer son origine vous avons bâti théories sur théories, toutes plus ingénieuses les unes que les autres. Nous avons enfin réussi à reconstituer l’être qui laissa cette empreinte, et cet être, il se trouve que c’est nous même. »

 

 

1PS.19 (18), 2. 2 Joubert T II p33

3 Saint Basile, Homélie 33

4 the portable Emerson Nature I, page 9

5 Demetrius De Elocut ? 100Sqq ? Cité par Creuzer Religion de l’antiquité.

6 Père AD Sertillange. Dieu ou rien Flammario ; 1965.p.48

7Fernand Brunner op.cit.p7

 

Une réflexion sur « Le symbolisme (texte du docteur François Plantey) »

Répondre à snakysissy Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s