Quand Himmler écrit à de Gaulle…

Quand Himmler proposait la réconciliation franco-allemande à de Gaulle

 

Les mémoires de guerre sont pleines de pages fantastiques, romantiques et eschatologiques comme celle que nous allons citer, et que nous connûmes grâce à Jean Parvulesco et Pierre Messmer. Le général reçoit donc une missive d’Himmler :

« A moi-même, Himmler fait parvenir officieusement un mémoire qui laisse apparaître la ruse sous la détresse. « C’est entendu ! Vous avez gagné », reconnaît le document. « Quand on sait d’où vous êtes parti, on doit, général de Gaulle, vous tirer très bas son chapeau… »

 

Himmler évoque un futur proche qui n’est pas très rassurant : la botte soviétique ou la férule anglo-saxonne, à laquelle les élites prirent vite goût.

 

« Mais, maintenant, qu’allez- vous  faire ? Vous en remettre aux Anglo-Saxons? Ils vous traiteront en satellite et vous feront perdre l’honneur. Vous associer aux Soviets? Ils soumettront la France à leur loi et vous liquideront vous-même… »

 

Himmler propose avec trois quarts de siècle de retard une réconciliation franco-allemande (oh Delcassé…). Cette dernière ne vaut plus grand-chose puisque nous restons les caniches de l’agonisant et belliqueux empire américain.

 

« En vérité, le seul chemin qui puisse mener votre peuple à la grandeur et à l’indépendance, c’est celui de l’entente avec l’Allemagne vaincue. Proclamez-le tout de suite ! Entrez en rapport, sans délai, avec les hommes qui, dans le Reich, disposent encore d’un pouvoir de fait et veulent conduire leur pays dans une direction nouvelle… Ils y sont prêts. Ils vous le demandent… Si vous dominez l’esprit de la vengeance, si vous saisissez l’occasion que l’Histoire vous offre aujourd’hui, vous serez le plus grand homme de tous les temps. »

 

Le général commente, et ceux qui ne le connaissent pas et surtout ne le lisent jamais vont être surpris :

 

« Mise à part la flatterie dont s’orne à mon endroit ce message du bord de la tombe, il y a, sans doute, du vrai dans l’aperçu qu’il dessine. »

 

La grande réconciliation est remise à une date ultérieure. Evidemment ce n’est pas le moment de conclure des deals avec Heinrich Himmler…

 

« Mais le tentateur aux abois, étant ce qu’il est, ne reçoit de moi aucune réponse, non plus que des gouvernements de Londres et de Washington. D’ailleurs, il n’a rien à offrir. »

 

Plus loin de Gaulle (ma plume fourchait, entre gueule et Gaule) souligne cette dimension romantique…

 

« L’entreprise d’Hitler fut surhumaine et inhumaine. Il la soutint sans répit. Jusqu’aux dernières heures d’agonie au fond du bunker berlinois, il demeura indiscuté, inflexible, impitoyable, comme il l’avait été dans les jours les plus éclatants. Pour la sombre grandeur de son combat et de sa mémoire, il avait choisi de ne jamais hésiter, transiger ou reculer. Le Titan qui s’efforce à soulever le monde ne saurait fléchir, ni s’adoucir. »

 

Plus loin de Gaulle ajoute avec le panache qu’on lui connaît, et qui contraste tant avec les microbes actuels (on tombe de l’être dans le néant, comme dit Chateaubriand après Napoléon) :

 

« C’est le suicide, non la trahison, qui mettait fin à l’entreprise d’Hitler. Lui-même l’avait incarnée. Il la terminait lui-même.

Pour n’être point enchaîné, Prométhée se jetait au gouffre.

Cet homme, parti de rien, s’était offert à l’Allemagne au moment où elle éprouvait le désir d’un amant nouveau. Lasse de l’empereur tombé, des généraux vaincus, des politiciens dérisoires, elle s’était donnée au passant inconnu qui représentait l’aventure, promettait la domination et dont la voix passionnée remuait ses instincts secrets. D’ailleurs, en dépit de la défaite enregistrée naguère à Versailles, la carrière s’ouvrait largement à ce couple entreprenant. Dans les années 1930, l’Europe, obnubilée ici par l’attrait, là par la peur, du communisme ou du fascisme, énervée de démocratie et encombrée de vieillards, offrait au dynamisme allemand de multiples occasions (1).

 

 

Et comme j’ai cité Chateaubriand, homme de lettres et grand diplomate, qui sait que notre vie vaut plus à l’époque d’un grand homme :

Paris, 1839. − Changement du monde. Retomber de Bonaparte et de l’empire à ce qui les a suivis, c’est tomber de la réalité dans le néant, du sommet d’une montagne dans un gouffre. Tout n’est−il pas terminé avec Napoléon ? Aurais−je dû parler d’autre chose ? Quel personnage peut intéresser en dehors de lui ? De qui et de quoi peut−il être question, après un pareil homme ? Dante a eu seul le droit de s’associer aux grands poètes qu’il rencontre dans les régions d’une autre vie. Comment nommer Louis XVIII en place de l’empereur ? Je rougis en pensant qu’il me faut nasillonner à cette heure d’une foule d’infimes créatures dont je fais partie, êtres douteux et nocturnes que nous fûmes d’une scène dont le large soleil avait disparu (2).

 

  • Mémoires de guerre, III, p. 176-sq, 265)
  • 3 L25 Chapitre 1

 

 

 

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