Eugène Aroux et les conspirations de la littérature médiévale

Aroux et les conspirations de la littérature médiévale

Eugène Aroux est un fervent érudit catholique du dix-neuvième siècle, partisan de la théorie de la conspiration culturelle. Il est critiqué et repris par le fameux universitaire Luigi Valli qui décortiqua la poésie initiatique italienne, Dante y compris, pour prouver qu’elle était hérétique.

Aroux, comme Valli, est cité par Guénon. Cet érudit paranoïaque avait décidé que toute l’histoire de notre littérature médiévale était codée, que toute la culture médiévale en fait était le fruit d’une conspiration albigeoise. La dimension ésotérique est très claire, je l’étudie depuis trente ans maintenant et elle montre, cette théorie d’Aroux qu’aucune culture n’est gratuite, que toute culture est calculée. Souvenez-vous ce qu’on a dit de Shakespeare comme projet d’intelligence, à l’époque impériale-atlantiste-occultiste de Bacon, de Vere, Marlowe et Dee.

Mais je ne ferai pas trop long. Trop peu de lecteurs !

Quelques extraits d’Aroux à propos de la chevalerie d’amour pour les Happy Few (l’expression vient du Henry V de Shakespeare) :

« La chevalerie, que nous appellerons amoureuse, pour la distinguer de l’autre, est née sur le sol français ; elle dérive de l’Évangile par l’albigéisme, et elle eut pour pères les troubadours.

De l’excessive compression naît la dissimulation, et celle-ci engendre la fiction, l’allégorie, les habiletés de langage plus ou moins raffinées.

C’est précisément ce qui se passa au moyen âge, dans les pays de langue d’oc, où l’opposition avait établi son quartier général. »

 

On utilisa la culture pour répandre un message (lisez Jérémy Lehut sur les comics ou le fameux Jules Verne initié et initiateur de Gilbert Lamy) :

 

« Déchus du droit de parler, ils se mirent à chanter, el bientôt la chaumière comme le château répétèrent leurs compositions; la polémique leur était interdite sur le dogme et sur les institutions : ils embouchèrent la trompette épique ou firent résonner les pipeaux champêtres. Traitant des sujets tantôt légers, tantôt gracieux, tantôt satiriques, ils eurent toujours soin de se mettre à la portée des masses, en s’exprimant dans leur langage, en éveillant leur curiosité ou leurs sympathies. »

 

Aroux évoque la gaie science comme Nietzsche, qui lui évidemment savait de quoi il en retournait. Tiens, citons Nietzsche (Ecce homo) :

 

« Les chants du prince Hors-la-loi, composés pour la plupart en Sicile, rappellent expressément la conception provençale de la Gaya Scienza et cette fusion du troubadour, du chevalier et de l’esprit libre qui distingue la précoce et merveilleuse civilisation de Provence de toutes les civilisations équivoques. Le dernier poème surtout, cette farandole « Pour le Mistral » qui va dansant joyeusement sur la morale, est de la vraie veine des Provençaux. »

 

 

Revenons à Aroux :

 

« Exclus des chaires doctorales, ils se firent professeurs de Gaie science et enseignèrent l’art d’amour, c’est-à-dire à suivre les lois de l’Evangile, à pratiquer la vertu et la charité, cette première loi de Dieu, qui est amour. »

 

Parlons de la dame, aussi importante que la Béatrice de Dante :

 

« La dame, unique objet des pensées des chevaliers, n’était, on l’a déjà vu, et bientôt d’autres preuves en feront foi, que leur paroisse ou leur diocèse, selon qu’ils avaient le rang d’évêques ou de simples pasteurs. Cette dame les requérait d’amour, ou ils prenaient eux-mêmes l’initiative, selon que cette église, paroisse on diocèse, manifestait d’abord le désir de répudier la religion de haine pour la foi d’amour, ou que le Parfait cherchait à s’en faire bien venir pour opérer sa conversion. »

 

Arous précise comment s’organise cette entreprise de subversion spirituelle, cette véritable révolution culturelle :

 

« Au moment où la propagande sectaire est complètement organisée, c’est-à-dire de 1150 à 1200, période la plus brillante de la littérature provençale, Fauriel signale avec raison différents ordres de troubadours et jongleurs, la nécessité même des choses ayant dû les diviser en deux classes distinctes. Les uns, en effet, s’adressant plus particulièrement aux sommités sociales, ne chantaient que pour les cours et les châteaux ; les autres, s’attaquant davantage aux instincts populaires, composaient pour la place publique, pour la classe des marchands et des travailleurs, pour la population des campagnes. »

 

Aroux évoque cette étrange et belle féodalité hérétique qui va inspirer toute notre grande littérature épique-érotique :

 

 

« Ces nobles sectaires, types du Roland chevaleresque, étaient bien en effet des seigneurs féodaux, de véritables chevaliers. En cette qualité, ils n’hésitaient pas à conférer au besoin, d’après les idées du temps, et surtout dans les loges masseniques, l’ordre de chevalerie aux membres distingués de leur communion qu’un intérêt religieux ou politique appelait dans les pays étrangers.

Voyez, d’une autre part, avec quelle libéralité certains empereurs d’Allemagne, comme les Conrad, les Othon, les deux Frédéric, se prêtaient, une fois descendus en Italie, à donner l’ordre de chevalerie aux bourgeois de Milan, aux marchands et banquiers de Gênes et de Florence. C’était pour eux un moyen de recruter contre la papauté et de fortifier en Italie une opposition qu’ils savaient au mieux ne pas être seulement politique. »

 

Il évoque enfin les chevaliers sauvages :

 

« D’autres chevaliers sont signalés à la même époque dans les monuments historiques du midi de la France et de la Catalogne sous le nom de chevaliers sauvages. Le roman intitulé Guidon le Sauvage offre la personnification poétique de ces guides ou pasteurs des lieux alpestres. Il figure dans le Roland de l’Arioste, que nous annoterons probablement un jour, avec des héros dont la valeur symbolique n’est pas plus difficile à déterminer. »

 

Comme Nietzsche, Aroux parle du gai savoir – mais pas dans les mêmes termes :

 

« Voici en quels termes il adressait à ce prince sa supplique au nom des jongleurs et troubadours, après un éloge de la Gaie science, qui lui a valu, dit-il, plus d’honneur que de biens : « La jonglerie a été instituée par des hommes de savoir, pour mettre les bons dans le chemin de joie et de l’honneur. Ensuite vinrent les troubadours, pour chanter les histoires des temps passés, et pour exciter le courage des vaillants. »

 

Je conseillerai son chapitre sur le roman de Renart…

 

 

 

Bibliographie

 

Aroux – LES MYSTERES DE LA CHEVALERIE ET DE L’AMOUR PLATONIQUE AU MOYEN AGE ; Dante hérétique révolutionnaire et socialiste (archive.org)

Bonnal – Perceval et la reine (préface de Nicolas Richer) – Amazon.fr ; la chevalerie hyperboréenne et le Graal (Dualpha) ; Lancelot et la reine (Claire Vigne)

Evola – Le mythe du Graal et l’idée impériale gibeline

Fulcanelli – Le mystère des cathédrales (sur Tristan) ; les demeures philosophales

Guénon – Aperçus sur l’ésotérisme chrétien ; l’ésotérisme de Dante

Nietzsche – Ecce Homo

Luigi Valli – Il linguaggio segreto di Dante e dei «Fedeli d’Amore»

 

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