Humour&apocalypse : Louis-Ferdinand Céline, Adolf et le derrière de la pharmacienne (1944)

Louis-Ferdinand Céline, Adolf et le derrière de la pharmacienne (1944)

 

Un des sommets érotiques de l’œuvre de Céline c’est la piscine allemande à la fin de la guerre avec la pharmacienne – pendant l’attentat contre Adolf. C’est au début de Nord. Les camps d’un côté, la piscine de l’autre. L’horreur érotico-comique du monde en lapsus.

 

« En fait, notre demoiselle avait tout fait depuis son arrivée, trois semaines, que tous les mâles de la piscine deviennent intenables… un nouveau maillot tous les jours, de plus en plus provocant… oh, des superbes fesses, j’admets… mais ce qu’elle pouvait faire avec !… de ces déhanchements… appels de reins dès le plongeoir !… et puis en nageant… une manière de crawl qui lui faisait dix croupes à la fois… tapant dans les mousses… sur l’eau, sous l’eau… de quoi bien retourner la piscine… je veux dire les clients… »

 

On a compris que les eaux de la piscine seront troublées. Tout le monde commence à loucher vers la belle et notre Céline évoque alors, irrésistible et culotté, l’attentat contre Adolf et la montée de la température qui en résulte si logiquement et géopolitiquement. C’est le sommet du rire car on sait que le cul et le nazisme restent ce qui fait le mieux monter la température. Hitler sera toujours plus populaire que Lénine ou que Trudeau, c’est comme ça.

 

«…coiffeurs, croupiers, garçons de bains… et les désœuvrés de notre hôtel… officiers en convalescence… bien sûr, bien sûr, les nerfs à bout… cet attentat contre Adolf avait fait monter la température… mais en plus elle là, son derrière ! sans Mme von Seckt elle se faisait lyncher… d’un mot le calme est revenu… nous repassons devant cette horde, masseurs, maîtres de bains, cuisiniers, clique bien sournoise, courbettes partout ! »

 

La demoiselle pharmacienne (elle est préparatrice ?) en fait est une calculatrice. C’est une conquérante avec un livre de comptes. En se marrant Céline poursuit toujours dans cette atmosphère de fin du monde et puis de débandade politique, métapolitique, idéologique, sexuelle, militaire :

 

«… en prenant ses bains, elle avait fait la conquête de toute l’Ambassade d’Allemagne en étape de repli vers Francfort… plus les croupiers de Monte-Carlo qui devaient ouvrir à Stuttgard une autre école, filiale d’ici… puisqu’elle n’avait plus d’officine, plus de maison, plus de grand-mère, plus que des voyous partout autour qui la recherchaient pour la scalper, la demoiselle, pas sotte, s’était rendue plus qu’aimable avec les messieurs des deux bords, croupiers gaullistes, nazis d’ambassades… toutefois peut-être un peu trop de croupe pour des gens jeunes et sur les nerfs… surtout du plongeoir !… la preuve, vous avez entendu cette basse bataille, entre les loufiats de Vichy « résistants occultes » au « Brenner » et les habitants de Baden-Baden, mutilés boches, boscos, tordus, des hôpitaux, qui venaient aussi à la piscine, s’offrir un « strip-tease » à l’œil… »

 

Car même les blessés et les mutilés accourent. Et comme un Guitry enfin un peu plus décoincé, un Guitry rajeuni et en goguette enfin, on a Céline évoquant Monaco, casinos, croupiers, grand Reich le tout dans une brasserie verbale onirique-comique :

 

« Les mêmes croupiers qu’à Monte-Carlo, exactement… tous soi-disant « déportés »… les mèches gominées, les mêmes… nez busqués, les mêmes… smokings, poches cousues… comme à Ostende, Zopott, Enghien… des voix de couperets doux… « faites vos jeux »… en somme une seule nouveauté, rééducation de culs-de-jatte par les spécialistes monégasques… le Grand Reich pensait à tout… on lui trouve maintenant des défauts ! voire !… ce qu’on raconte maintenant des Gaulois, de Louis XIV, même de Félix Faure !… tous les vaincus sont des ordures !… je le sais… très bien… »

 

Oui il n’a pas tort. L’histoire est toujours écrite par les vainqueurs même l’histoire de la Gaule (sic). Quant à « faites vos jeux », on a compris de quoi il en retournait… à la James bande…

 

Et Céline explique ensuite comment les guerres facilitent et promeuvent les sexuelles révolutions. Eros et Thanatos sont de petits frères jumeaux !

Passage extraordinaire exsudant l’érotisme guerrier avec rappel de 14 :

« Pour nous il était pas question La Vigue moi… sages… sages pour toujours !… terrible le dada des beautés ! plus les villes brûlent, plus on massacre, pend, écartèle plus elles sont folles d’intimités… l’article n° 1 du monde : foutre !… moi qui n’oublie pas grand-chose (nulle flatterie), je me souviens très bien qu’en octobre 14, le régiment pied à terre, sur la rive droite de la Lys, attendant l’aube sous le feu continu des batteries d’en face, plein de demoiselles et de dames, bourgeoises, ouvrières, profitaient du noir pour venir nous tâter, relevaient leurs jupes, pas une parole dite, pas un mot de perdu, pas un visage vu, d’un cavalier pied à terre l’autre… »

 

Avec Céline la révolution textuelle ne termine jamais…

 

Sources

NB – Céline, le pacifiste enragé

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