Anniversaire du supplice de Louis XVI : un texte de Bonald

De Bonald et de la grandeur de notre noblesse

 

Je continue avec cet immense grand homme, le vicomte de Bonald donc, que mon oncle chartreux m’avait jadis fait découvrir. Les dix-sept volumes de cette œuvre grandiose et hors du temps (nous y sommes vraiment, hors du temps, carrez-le vous dans la tête) sont bien sûr disponibles sur archive.org ; encore merci aux américains qui par leur générosité et leur compétence ont plus fait pour la culture française traditionnelle que tous nos éditeurs-censeurs-accapareurs actuels. Echappez du mieux que vous pouvez au web français et à google.fr.

 

Bonald définit la noblesse :

« Ainsi la noblesse, en France, était un corps de familles dévouées héréditairement au service de l’État, dans les deux seules professions qui soient publiques ou politiques, la justice et la force. »

Le lien entre le roi et les nobles était celui d’une famille ; il y avait donc un destin familial, comme à l’époque de la cité antique si admirablement décrite par Fustel de Coulanges (encore un aristocrate, le dix-neuvième siècle fut un siècle admirable d’aristocrates littéraires, Tocqueville, Senancour, Chateaubriand, Vigny, succédant à la roture anglophile des Lumières) :

« Cette destination était actuelle pour la famille, éventuelle pour les individus ; elle était moins une obligation imposée à tous les membres, qu’une disponibilité générale de la famille. »

 

Sublime définition ici :

« La noblesse était donc une milice politique, dont le roi, en qualité de chef suprême de la justice et de la force, était le chef; et comme le général d’une armée a sur ses subalternes une autorité de juridiction qu’il n’a pas sur les autres citoyens, le roi avait sur les nobles une juridiction qu’il n’avait pas sur les autres sujets. »

Différence d’avec l’Angleterre dont certains se méfient enfin :

« Ceci nous ramène à la constitution de l’Angleterre, où il n’y a pas de corps de noblesse destinée à servir le pouvoir, mais un patriciat destiné à l’exercer. »

J’ai glané ces citations il y a longtemps, et je les retrouve par hasard.

Mais je poursuis car Bonald établit une différence entre la noblesse terrienne et la noblesse moderne, fondée sur l’argent et sa mobilité :

« L’accumulation des terres a un terme; celle des richesses mobilières n’en a pas, et le même négociant peut faire le commerce des quatre parties du monde. Mais le luxe arrive à la suite des richesses ; et le négociant enrichi, peu pressé de vendre, met à haut prix ses denrées et force le consommateur à payer le luxe de madame et les plaisirs de monsieur. »

Bonald pressent ce que vaudra la nouvelle oligarchie fondée sur l’argent :

« Et peut-être ne faudrait-il pas remonter jusqu’aux maximes d’Epictète, pour trouver que la distinction de l’argent n’est pas la plus morale de toutes celles qui peuvent exister entre les hommes… »

Il ne met pas haut la liberté de la presse :

« J’en dirai autant de la liberté de la presse, qui n’est une liberté que pour le petit nombre de ceux qui écrivent. »

Voici ce qu’en dit le génial roturier Gautier, de cette liberté de la presse :

 

« Charles X avait seul bien compris la question. En ordonnant la suppression des journaux, il rendait un grand service aux arts et à la civilisation (….)  Si Louis- Philippe, une bonne fois pour toutes, supprimait tous les journaux littéraires et politiques je lui en saurais un gré infini, et je lui rimerais sur-le-champ un beau dithyrambe échevelé en vers libres et à rimes croisées ; signé : votre très humble et très fidèle sujet etc. »

Bonald remet aussi en doute les lois modernes, qui pullulent et rendent la vie quotidienne intolérable :

« Et encore faut-il savoir ce qu’on entend par une loi. Je ne connais de lois que les lois générales et constitutives de l’État ou de la famille, lois politiques, civiles ou criminelles ; et c’est profaner ce beau nom que de le donner à des règlements temporaires, variables, sur les douanes, les sels et les tabacs, les passeports, etc., etc. »

Et de remettre en cause ces corps de fonctionnaires payés par l’Etat, qui ont fini aussi par pulluler pour rien :

« Ne sait-on pas que si la famille est mieux servie à mesure qu’elle paye davantage ceux qui la servent, l’Etat est mieux servi à mesure qu’il les paye moins, et qu’il fait de l’honneur de le servir le premier mobile et la plus haute récompense ? »

Je laisse conclure notre maître à tous :

« Tout ce que l’Europe a connu de noblesse, — noblesse de la sensibilité, du goût, des mœurs, noblesse en tous sens élevés du mot — tout cela est l’œuvre et la citation propre de la France ; et la vulgarité européenne, la médiocrité plébéienne des idées modernes est l’œuvre de l’Angleterre. »

 

Bibliographie

Bonnal – Comment les Français sont morts ; essais sur la fin de l’histoire (Amazon.fr)

Bonald – Œuvres complètes (archive.org)

Gautier – Préface de mademoiselle de Maupin

Nietzsche – Par-delà le bien et le mal, § 253

 

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