Flaubert et la pseudo-religion catholique

 

Flaubert et la pseudo-religion catholique

 

« On ne peut tuer ce qui est mort »

Michelet

 

On a déjà évoqué cette fausse religion distraite et bourgeoise, anglo-saxonne et victorienne ici, sulpicienne et antimaçonnique là, qui prend le relais de la religion chrétienne au dix-neuvième siècle.

Les grands esprits concordent : Dostoïevski, Nietzsche, Feuerbach, Flaubert, Michelet, qui dit que le moyen âge est mort, mais que tout cela reste, par l’habitude et par l’éducation ; puis même les meilleurs des chrétiens, de Bloy à Bernanos.

Feuerbach :

 

« Apparence, mensonge, hypocrisie, masque, voilà le caractère du temps présent ; masque notre politique, masque notre moralité, masque notre religion et masque notre science. »

 

Le philosophe allemand ajoutait :

« Depuis longtemps la religion a disparu et sa place est occupée par son apparence, son masque, c’est-à-dire par l’Eglise, même chez les protestants, pour faire croire au moins à la foule ignorante et incapable de juger que la foi chrétienne existe encore, parce qu’aujourd’hui comme il y a mille ans les temples son encore debout, parce qu’aujourd’hui comme autrefois les signes extérieurs de la croyance sont encore en honneur et en vogue. Ce qui n’a plus d’existence dans la foi, — et la foi du monde moderne, comme cela a été prouvé à satiété par moi et par d’autres, n’est qu’une foi apparente, indécise, qui ne croit pas ce qu’elle se figure croire ; — ce qui n’existe plus dans la foi, doit, on le veut à toute force, exister dans l’opinion; ce qui en vérité et par soi-même n’est plus saint doit au moins le paraître encore. »

 

La religion comme masque et illusion ? Voyons chez Flaubert (Bouvard et Pécuchet, chapitre neuf) :

 

« L’Évangile dilata leur âme, les éblouit comme un soleil. Ils apercevaient Jésus, debout sur la montagne, un bras levé, la foule en dessous l’écoutant – ou bien au bord du Lac, parmi les Apôtres qui tirent des filets – puis sur l’ânesse, dans la clameur des alléluias, la chevelure éventée par les palmes frémissantes – enfin au haut de la croix, inclinant sa tête, d’où tombe éternellement une rosée sur le monde. Ce qui les gagna, ce qui les délectait, c’est la tendresse pour les humbles, la défense des pauvres, l’exaltation des opprimés. – Et dans ce livre où le ciel se déploie, rien de théologal ; au milieu de tant de préceptes, pas un dogme ; nulle exigence que la pureté du cœur. »

Notre auteur ajoute :

 

« Ici plus de paraboles, de fleurs, d’oiseaux – mais des plaintes, un resserrement de l’âme sur elle-même. Bouvard s’attrista en feuilletant ces pages, qui semblent écrites par un temps de brume, au fond d’un cloître, entre un clocher et un tombeau.

Notre vie mortelle y apparaît si lamentable qu’il faut, l’oubliant, se retourner vers Dieu ; – et les deux bonshommes, après toutes leurs déceptions, éprouvaient le besoin d’être simples, d’aimer quelque chose, de se reposer l’esprit. »

 

Après on ironise sur les bourgeois, car la religion catho devient une religion de possédants européens – et l’est restée (ah, la candidature Fillon !) :

 

« Un jour, ils se rendirent à la messe, puis y retournèrent.

C’était une distraction au bout de la semaine. Le comte et la comtesse de Faverges les saluèrent de loin, ce qui fut remarqué.

Le juge de paix leur dit, en clignant de l’œil : – Parfait ! Je vous approuve. Toutes les bourgeoises, maintenant leur envoyaient le pain bénit. »

 

Notre Flaubert avait déjà le vu le vent venir avec madame Bovary, que je viens juste de relire. Et cela donne (Madame Bovary, p. 121, ebooksgratuits.com):

 

« À ce tintement répété, la pensée de la jeune femme s’égarait dans ses vieux souvenirs de jeunesse et de pension. Elle se rappela les grands chandeliers, qui dépassaient sur l’autel les vases pleins de fleurs et le tabernacle à colonnettes. Elle aurait voulu, comme autrefois, être encore confondue dans la longue ligne des voiles blancs, que marquaient de noir çà et là les capuchons raides des bonnes sœurs inclinées sur leur prie-Dieu ; le dimanche, à la messe, quand elle relevait sa tête, elle apercevait le doux visage de la Vierge parmi les tourbillons bleuâtres de l’encens qui montait. »

 

Une petite volonté d’annihilation saisit notre bonne Emma :

 

« Alors un attendrissement la saisit ; elle se sentit molle et tout abandonnée, comme un duvet d’oiseau qui tournoie dans la tempête ; et ce fut sans en avoir conscience qu’elle s’achemina vers l’église, disposée à n’importe quelle dévotion, pourvu qu’elle y absorbât son âme et que l’existence entière y disparût. »

 

Angélus et campagne ?

« Elle rencontra, sur la place, Lestiboudois, qui s’en revenait ; car, pour ne pas rogner la journée, il préférait interrompre sa besogne puis la reprendre, si bien qu’il tintait l’Angelus selon sa commodité. D’ailleurs, la sonnerie, faite plus tôt, avertissait les gamins de l’heure du catéchisme. »

 

Tout cela pour expliquer que ce n’est pas par hasard que le peuple catho aura avalé Vatican II et qu’on ne sera pas sortis de l’auberge après le départ de Bergoglio.

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s