Crooke : « à la suite de la grande crise financière de 2008, toutes sortes de filets de sécurité ont été sacrifiés et la richesse privée a été «appropriée»… Les gens sont devenus des «individus» – laissés à eux-mêmes – pour régler leur propre austérité… Les gens se sentent appauvris humainement par une nouvelle ère de servitude… le principe «il n’existe pas d’alternative» est en train de devenir une raison pour les manifestants de «brûler le système» pour l’abattre.? »

Nous avons déjà noté comment les États-Unis avaient cherché à tirer parti des conséquences uniques de deux guerres mondiales et du fardeau de la dette que celles-ci ont légué, pour s’attribuer l’hégémonie du dollar, ainsi que la capacité exceptionnelle à émettre gratuitement du crédit fiduciaire dans le monde entier –  les États-Unis ont simplement «imprimé» leurs billets. Les institutions financières américaines pouvaient obtenir des crédits pour investir partout dans le monde à un coût pratiquement nul, et vivre du loyer que ces investissements leur rapportaient. Mais cela a finalement eu un prix : la limitation – d’être le rentier global – est devenue évidente à cause des disparités de richesse et de l’appauvrissement progressif des classes moyennes américaines provoqué par la délocalisation concomitante. Les emplois bien rémunérés se sont évaporés, alors même que le bilan bancaire des États-Unis gonflait à travers le monde.Mais il y avait peut-être un autre aspect à cet Âge de colère actuel. C’est TINA (There is no alternative) « Il n’y a pas d’alternative ». Non pas à cause d’une absence de principe – mais parce que les alternatives ont été étouffées. Après les deux guerres mondiales, on comprenait qu’il était nécessaire d’adopter un mode de vie différent, d’en finir avec l’ère précédente de servitude, il fallait une nouvelle société, un nouveau contrat social. Mais cela a été de courte durée.Et, pour faire brève une longue histoire, le désir d’équité – peu importe ce que cela voulait dire – de l’après-guerre a été étouffé. Toute «autre politique ou économie», quelle que soit sa couleur, a été considérée comme une «infox» – et à la suite de la grande crise financière de 2008, toutes sortes de filets de sécurité ont été sacrifiés et la richesse privée a été «appropriée» pour la reconstitution des bilans des banques, en préservant l’intégrité de la dette et en maintenant les taux d’intérêt bas. Les gens sont devenus des «individus» – laissés à eux-mêmes – pour régler leur propre austérité. Est-ce alors étonnant que les gens se sentent à la fois appauvris matériellement par cette austérité et appauvris humainement par une nouvelle ère de servitude ?Le Moyen-Orient pourrait traverser – ou non – les crises d’aujourd’hui, mais sachez que, dans le désespoir de l’Amérique latine, le principe «il n’existe pas d’alternative» est en train de devenir une raison pour les manifestants de «brûler le système» pour l’abattre. C’est ce qui se produit lorsque les alternatives sont exclues – même si c’est dans l’intérêt de nous préserver de l’effondrement du système.Par Alastair Crooke − Le 4 novembre 2019 − Source Strategic CultureTraduit par jj, relu par San pour le Saker Francophone

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