Houellebecq excellent (merci au Wolf) marche sur nos brisées : « La France rappelle parfois ces vieillards hypocondriaques qui ne cessent de se plaindre…On n’a pas affaire à un « suicide français », pour reprendre un titre d’Éric Zemmour, mais au moins à un suicide occidental, et plutôt à un suicide moderne, les pays asiatiques ne sont pas épargnés ; ce qui est spécifique­ment, authentique­ment français, c’est la conscience de ce suicide…Les Français vont-ils prendre les armes pour défendre leur religion ? De religion, ils n’en ont plus depuis longtemps ; et, de toute façon, leur ancienne religion serait plutôt du genre à tendre sa gorge au couteau du boucher. » Relisez notre texte sur Freud politiquement incorrect et cette « grande fatigue » de la culture occidentale.

Michel Houellebecq : « La conséquence du progrès, c’est l’autodestruction »

PAR THE WOLF LE  • ( 1 COMMENTAIRE )

Michel Houellebecq : « La conséquence du progrès, c’est l’autodestruction »

By artofuss artofuss.blog 9 min View Original

La France rappelle parfois ces vieillards hypocondriaques qui ne cessent de se plaindre.

On voit que nous n’en sommes pas encore au même niveau, enfin pas tout à fait, en France. En réalité, la délectation française pour l’idée de déclin est loin d’être neuve. Jean-Jacques Rousseau affirme quelque part (ou bien est-ce Voltaire ? j’ai la flemme de vérifier, ces auteurs sont d’une lecture fastidieuse, enfin c’est l’un des deux) que nous serons tôt ou tard, « la chose est certaine », asservis par la Chine. La France rappelle parfois ces vieillards hypocondriaques qui ne cessent de se plaindre de leur état de santé, de répéter que cette fois ils ont vraiment un pied dans la tombe, et qui provoquent en général le sarcasme suivant : « Celui-là, vous verrez qu’il nous enterrera tous. »

Les États-Unis d’Amérique semblent au contraire avoir érigé l’optimisme en principe ; on peut douter du bien-fondé de cette attitude. Lorsque Joe Biden affirme que « l’Amérique est de nouveau prête à diriger le monde » (là aussi, j’ai la flemme de retrouver la citation exacte ; Biden est encore plus fastidieux que Voltaire), je traduis immédiatement par :

– l’Amérique ne va pas tarder à se lancer dans une nouvelle guerre ;

– elle va, comme d’habitude, se ramasser comme une merde ;

– ça va lui faire perdre beaucoup d’argent, tout en accentuant la détestation quasi universelle dont elle est l’objet ; ce qui va permettre à la Chine de renforcer ses positions.

Suicide moderne

On n’a en réalité pas affaire à un « suicide français », pour reprendre un titre d’Éric Zemmour, mais au moins à un suicide occidental, et plutôt à un suicide moderne, les pays asiatiques ne sont pas épargnés ; ce qui est spécifique­ment, authentique­ment français, c’est la conscience de ce suicide. Mais si l’on consent à s’écarter un instant du cas particulier de la France (et, vraiment, cela vaudrait mieux), la conclusion apparaît, limpide : la conséquence inéluctable de ce qu’on appelle le progrès (sur tous les plans : économique, politique, scientifique, technologique), c’est l’auto­destruction.

En refusant toute forme d’immigration, les pays asiatiques ont opté pour un suicide simple, sans complications ni troubles. Les pays d’Europe du Sud sont dans le même cas, à ceci près qu’on peut se demander s’ils ont choisi. Les migrants débarquent en effet en Italie, en Espagne, en Grèce, mais ils ne font que les traverser, sans nullement contribuer à redresser leur balance démographique, alors que les femmes de ces pays sont souvent super bonnes ; mais non, ils sont invinciblement attirés par les fromages les plus gras, les pays d’Europe du Nord.

Je dois mentionner pour mémoire l’opinion progressiste/humaniste/de gauche : nous n’avons pas affaire à un suicide, mais à une régénération. La composi­tion ethnique, certes, se modifie, mais tout le reste, l’essentiel, reste inchan­gé : notre république (en général en Europe c’est plutôt une monarchie, d’ailleurs), notre culture, nos valeurs, notre « état de droit », et toutes ces choses. J’entends parfois soutenir cette opinion (de plus en plus rarement, il est vrai).

Les 45 % de Français qui croient par contre à l’imminence d’une guerre civile (encore un chiffre étonnant, tiré d’un sondage récent) tendent à montrer (et c’est presque mignon) que la France reste, quelque part, un peuple de matamores (sauf au sens étymologique du terme, bien entendu). Pour faire une guerre, il faut être deux. Les Français vont-ils prendre les armes pour défendre leur religion ? De religion, ils n’en ont plus depuis longtemps ; et, de toute façon, leur ancienne religion serait plutôt du genre à tendre sa gorge au couteau du boucher. Sera-ce alors pour défendre leur culture, leurs mœurs, leur système de valeurs ? Mais de quoi parle-t-on exactement ? Et, à supposer que cela existe, cela mérite-t-il d’être défendu ? Notre « civilisation » a-t-elle encore vraiment matière à s’enorgueillir ? L’Europe me semble être à la croisée des chemins. La lecture de Pascal m’aide beaucoup : mais, comme lui, je ne vois rien en ce moment « qui ne soit matière de doute et d’inquiétude ».

https://leblogalupus.com/2021/06/10/michel-houellebecq-la-consequence-du-progres-cest-lautodestruction/

http://www.dedefensa.org/article/sigmund-freud-politiquement-incorrect

Sigmund Freud politiquement incorrect

Sigmund Freud incorrect ? Dans son petit texte sur la guerre, voici ce que le vieux sage viennois écrit sur la culture :

« Et voici ce que j’ajoute : depuis des temps immémoriaux, l’humanité subit le phénomène du développement de la culture (d’aucuns préfèrent, je le sais, user ici du terme de civilisation.) C’est à ce phénomène que nous devons le meilleur de ce dont nous sommes faits et une bonne part de ce dont nous souffrons. Ses causes et ses origines sont obscures, son aboutissement est incertain, et quelques-uns de ses caractères sont aisément discernables. »

Voici les conséquences de ce développement culturel si nocif à certains égards, et auxquelles nos élites actuelles se consacrent grandement :

 « Peut-être conduit-il à l’extinction du genre humain, car il nuit par plus d’un côté à la fonction sexuelle, et actuellement déjà les races incultes et les couches arriérées de la population s’accroissent dans de plus fortes proportions que les catégories raffinées. »

Vous avez bien lu : les races incultes et les couches arriérées de la population qui s’accroissent plus que les autres. Dans son essai décalé sur Freud, le penseur amateur Michel Onfray avait indiqué que Freud aimait le césarisme autoritaire au point d’envoyer un exemplaire dédicacé d’un sien bouquin à Mussolini !

On sait que Nietzsche a parlé de l’Eglise médiévale comme d’une ménagerie (c’est dans le Crépuscule des idoles). Voici ce que dit Freud, lui :

« Peut-être aussi ce phénomène est-il à mettre en parallèle avec la domestication de certaines espèces animales ; il est indéniable qu’il entraîne des modifications physiques ; on ne s’est pas encore familiarisé avec l’idée que le développement de la culture puisse être un phénomène organique de cet ordre. »

Les modifications physiques on les connaît : la mollesse, l’absence de résistance, l’obésité, la lâcheté qui va avec. Tout cela se nommera humanitarisme et n’empêchera d’ailleurs pas les guerres.

Mais Freud a compris que nous étions arrivés au bout du processus de la civilisation. Et cela donne :

« On ajoutera en outre que la guerre, sous sa forme actuelle, ne donne plus aucune occasion de manifester l’antique idéal d’héroïsme et que la guerre de demain, par suite du perfectionnement des engins de destruction, équivaudrait à l’extermination de l’un des adversaires, ou peut-être même des deux ».

On connait le chant XI de l’Arioste sur effets de la poudre recensé ici, auquel je reviendrai toujours, n’en déplaise à certains commentateurs. La liquidation de l’idéal guerrier comme de l’idéal courtois ou de l’idéal chevaleresque a sonné le glas de l’humanité (de l’humanité au sens Platon-Villard de Honnecourt-Machaut, pas de l’humanité au sens Obama-Gaga-surgelés Picard), et cela dès la fin du mal nommé Moyen Age.

Et Freud encore sur notre ramollissement général, sur notre désensibilisation universelle :

« Les transformations psychiques qui accompagnent le phénomène de la culture, sont évidentes et indubitables. Elles consistent en une éviction progressive des fins instinctives, jointe à une limitation des réactions impulsives. Des sensations qui, pour nos ancêtres, étaient chargées de plaisir nous sont devenues indifférentes et même intolérables ; il y a des raisons organiques à la transformation qu’ont subie nos aspirations éthiques et esthétiques. »

Dans son Malaise dans la civilisation, il écrivait ceci, que nous avons utilisé pour interpréter la féline de Tourneur, le film-phare des années quarante :

« Si la civilisation impose d’aussi lourds sacrifices, non seulement à la sexualité mais encore à l’agressivité, nous comprenons mieux qu’il soit si difficile à l’homme d’y trouver son bonheur.»

Il ajoutait cette remarque stupéfiante :

« Que nous importe enfin une longue vie, si elle nous accable de tant de peines, si elle est tellement pauvre en joies et tellement riche en souffrance que nous saluons la mort comme une heureuse délivrance ? »

Et dans des lignes magnifiques de son Inquiétante étrangeté (qui nous  servis elle pour décrypter Dersou Ouzala), Freud ajoutait :

« L’analyse de ces divers cas d’inquiétante étrangeté nous a ramenés à l’ancienne conception du monde, à l’animisme, conception caractérisée par le peuplement du monde avec des esprits humains, par la surestimation narcissique de nos propres processus psychiques, par la toute-puissance des pensées et la technique de la magie basée sur elle, par la répartition de forces magiques soigneusement graduées entre des personnes étrangères et aussi des choses (Mana), de même que par toutes les créations au moyen desquelles le narcissisme illimité de cette période de l’évolution se défendait contre la protestation évidente de la réalité. »

Bibliographie

Sigmund Freud – L’inquiétante étrangeté ; Pourquoi la guerre ; Malaise dans la civilisation (tous disponibles sur le site universitaire québécois classiques.uqac.ca)

Nicolas Bonnal – La chevalerie hyperboréenne et le Graal ; le paganisme au cinéma (Edititons Dualpha)

http://www.greekcrisis.fr/2021/06/Fr0893.html

5 réflexions sur « Houellebecq excellent (merci au Wolf) marche sur nos brisées : « La France rappelle parfois ces vieillards hypocondriaques qui ne cessent de se plaindre…On n’a pas affaire à un « suicide français », pour reprendre un titre d’Éric Zemmour, mais au moins à un suicide occidental, et plutôt à un suicide moderne, les pays asiatiques ne sont pas épargnés ; ce qui est spécifique­ment, authentique­ment français, c’est la conscience de ce suicide…Les Français vont-ils prendre les armes pour défendre leur religion ? De religion, ils n’en ont plus depuis longtemps ; et, de toute façon, leur ancienne religion serait plutôt du genre à tendre sa gorge au couteau du boucher. » Relisez notre texte sur Freud politiquement incorrect et cette « grande fatigue » de la culture occidentale. »

  1. 11 juin 2021, colonie schwabienne ‘fronsse’, 1/2 finale Nadal-Djokovic à golland-rarros (super match, super spectacle comme d’habitude entre ces deux-là), on arrive sur 23heures, le couvre-feu arrive!, allé ouste la populace, on rentre chez soi, le-terrible-virus-qui-va-tous-nous-tuer-arrive!, sauf qu’une dérogation du régime autorise les deux gladiateurs de continuer à taper sur la balle, les petits-bourgeois (qui se prennent pour des Grands Bourgeois du Grand Prix de Diane) dans les tribunes, ont, parait-il, crié en coeur ‘merci micron! merci micron de nous accorder le droit de violer le couvre-feu imposé à la vile populace’

    la fronsse, 2021 🙂

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  2. Bonjour,

    M. H. « … leur ancienne religion serait plutôt du genre à tendre sa gorge au couteau du boucher. »
    Encore du protestantisme ! Et du pire … Le libre examen consiste à interpréter soi-même librement la Bible. Ce qui revient strictement à lui dénier toute valeur objective par viol du principe de non-contradiction. Or, le viol du principe de non-contradiction, qui est d’essence satanique, est la marque même de la modernité que prétend critiquer notre éternel fatigué. « Moderne » vient en effet de modus = mode (chacun à sa façon, les tripes à la mode Caen et à celle de Lyon), c’est-à-dire la subjectivisation universelle. Et cette subjectivisation universelle est très précisément une neutralisation des alarmes permettant à l’Adversaire de pénétrer dans le temple de la pensée intelligente humaine pour commettre son forfait.
    La Bible n’est PAS la source prochaine de la foi, mais en est seulement la source lointaine (à destination des théologiens avant approbation éventuelle par par le (vrai) Pape). Or la doctrine catholique immuable, en aucun cas, ne prescrit de ne pas se défendre. La légitime défense proportionnée et sans intention de vengeance – réservée à Dieu, et on peut lui faire confiance, l’enfer est là pour ça -, est permise et même requise pour préserver sa propre vie ou celle du prochain, qui ne nous appartient pas et dont nous avons la garde.
    M. H., ni personne d’autre, ne peut pas utiliser une erreur factuelle de cette énormité, concoctée par les ennemis de Dieu, aux fins affichées de combattre les erreurs du temps.
    Il fallait le dire …
    L. M.

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