La répression de la parole ukrainienne à travers les âges (Tetyana veut répondre à ceux qui estiment que la nation ukrainienne n’existe pas et n’est qu’une vue de l’esprit).

Certains prétendent que l’Ukraine n’existe pas, que les ukrainiens n’existent pas et qu’ils sont une simple création de l’ingénierie sociale austro-hongroise ou bolchevique ; ce sont les mêmes qui d’ailleurs approuvent l’actuelle « chasse aux nazis » qui détruit mon pays avec l’aide des islamistes tchétchènes. Ce type de raisonnement d’ailleurs pourrait nier l’existence de quelque nation que ce soit, nation qui deviendrait la création agitée d’ingénieurs sociaux à travers les âges. Il semble d’ailleurs que les soldats russes mal accueillis en Ukraine découvrent que les Ukrainiens même russophones ne les apprécient pas armés tout comme les belges ou les Suisses n’appréciaient pas les conquêtes républicaines et napoléoniennes. Je vais donc de donner une liste des écrivains ukrainiens qui montreront à ces personnes que l’Ukraine existe depuis des siècles avec sa culture et sa civilisation et qu’elle est différente de la grande Russie à laquelle tout le monde voudrait la raccrocher.

Evidemment certains pourront toujours prétendre que ces écrivains étaient hypnotisés et qu’ils croyaient être Ukrainiens alors qu’ils sont en fait Russes : mais là je jette l’éponge !

Commençons par une époque « bénie » quand le pays des Cosaques s’est joint au « protectorat » militaire russe en 1654 pour fuir le «protectorat » polonais. C’était comme de tomber de la poêle à la braise… En fuyant les catholiques on s’est retrouvés avec les orthodoxes qui en 1688 ont ordonné de brûler les livres qui « étaient différents des livres moscovites », les livres écrits par le haute clergé kiévien, les livres dont les titres étaient comme celui-ci : « La couronne du Christ des sermons du dimanche », « Le petit jardin de Marie Mère de Dieu », « Le discours pour les guerriers chrétiens contre les turcs ». Entre les écrivains dont les livres ont été brûlés nous citons Petro Mohyla (exarque du patriarche de Constantinople et l’archimandrite du monastère Kievo-Petchersky), Antony Radivilovsky (le gouverneur du monastère cité dessus) etc…

Le 18ème siècle commence assez tristement pour la parole et l’imprimerie ukrainienne. La censure moscovite interdit tout, on exproprie les livres ukrainiens pour mettre à leur place les livres russes, on interdit l’enseignement en ukrainien etc… Une des lumières de ce siècle pour les ukrainiens était Grygory Skovoroda (de la région de Kharkiv), philosophe, écrivain, musicien, mystique. L’éducateur des générations qui ont été inspirées par lui, des écrivains et des poètes, les scientifiques, les fondateurs des universités. Il réussit à rester en marge de l’empire, et même de l’église, il ne fut jamais édité de son vivant, son « Jardin des chants divins » se propageait entre les amis en manuscrits…

Par rapport à cette époque il faut évoquer aussi l’instruction secrète de l’impératrice Anne au gouverneur de l’Ukraine prince Chakhovski de 1734 où elle ordonnait d’empêcher les Ukrainiens d’épouser les Polonais ou les Biélorusses « en les motivant et en les amenant habillement dans les mariages aves les Grand-Russes »….     

 Plus tard, en passant par la terrible censure, la littérature ukrainienne nous donne ses chef d’œuvres de la fin du 18ème – début du 19ème siècle qui sont sortis du cœur de Poltava et de Kharkiv : la géniale et burlesque « Eneide » cosaque (1798) de Kotlarevsky et son éternelle « Natalka Poltavka » (vers 1830). Kvitka Osnovyanenko nous donne ses romans sentimentaux (« Maroussia » 1832, « Oksana la pauvrette », « Un amour véritable ») ou satiriques et nationalistes à la fois (« La sorcière de Konotop », « Pan Khaliavsky »). Houlak-Artemovsky dès le 1817 publie ses fables et des traductions du Goethe, Rousseau, Milton. Eugene Grebinka nous laisses ses poésies et ses romans.

La suite du siècle fut plus dure pour l’élite de la littérature et la science ukrainienne.  Par exemple l’historien, le poète et l’ethnographe Mykola Kostomarov, le membre correspondent de l’académie des sciences de Saint-Pétersbourg – il a été arrêté et envoyé en prison forteresse et puis interdit de vivre à Kiev, seulement à Saint-Petersbourg, capitale-prison pour écrivains..   

Notre célèbre Taras Chevtchenko – né dans le servage, le peintre prodigieux et le poète le plus charismatique de l’Ukraine, racheté du servage grâce à la participation des plusieurs amis – arrêté et envoyé comme un soldat à la mer d’Aral, pour 10 ans, avec l’interdiction de peindre et d’écrire ! Mort à 47 ans comme la conséquence du rhumatisme, du scorbut, de la malaria…

Sans oublier Gogol, tombé dans la folie loin de sa patrie grâce à laquelle il a gagné son génie dans la littérature.

Les répressions sévères se renforcent vers la deuxième moitié du 19ème siècle, alors les écrivains trouvent une seule issue – ils passent des thèmes romantiques vers les thèmes du mouvement de « narodnik » (qui soutenait la démocratie paysanne). Malgré tout, les perquisitions et les arrêts continuent. A ce propos nous pouvons évoquer la famille de la poétesse Lessia Ukrainka de la noble famille Kosatch Dragomanov – les arrêts et des fouilles de sa mère, ses oncles sont envoyés en Siberie. Enfin elle-même et sa sœur sont arrêtées et mises en prison ; dans la même cellule où les agresseurs ont gardé Boris Grintchenko, l’écrivain et le lexicographe, l’auteur du Dictionnaire raisonné de la langue ukrainienne. Enfin un autre exemple – Ivan Franko, un cerveau génial, docteur en philosophie, le docteur habilitatis des universités autrichiens, le docteur honoris causa de l’université de Kharkiv, poète, philosophe, traducteur ; ses œuvres sont éditées en 50 volumes ! – plusieurs arrestations par les pouvoirs autrichiennes, impossibilité de travailler, la misère…

Passons au 20ème siècle. L’Ukraine à cette époque a des dizaines des génies en poésie et en prose, on a des impressionnistes, des futuristes, des symbolistes, des néoclassiques… Soyons brefs, juste les chiffres : de 259 écrivains publiés vers 1930 il ne restait que 36 en 1938 ; les investigations précisent : 192 disparus, 223 jetés dans les fers et ensuit fusillés, environ 8  se sont suicidés…  Cette période on appelle maintenant la Renaissance fusillée…

Et si on pense qu’après la mort de Staline ou de Khrouchtchev c’était la liberté pour tous, un seul et dernier exemple (entre une multitude des autres) : le poète Vassyl Stous, de Donetsk (ville soit disant russe…) mort dans un camp de concentration en… 1985 ! Oui, Gorbatchev est là, le monstre soviétique se décompose, mais les GULAG continuent de tuer les gens en 1985 !

Tout cela confirme la haine impérialiste et soviétique, et la volonté de détruire la parole, l’intelligence et l’esprit slave. Et j’ai évoqué uniquement les confrères de plume ; combien d’autre ont souffert le même destin ?!   

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