Ave Donald, ceux qui vont mourir de rire te saluent !

Texte du 9 novembre dernier, soir de son élection (dedefensa.org)

Le triomphe de Trump et la faillite du système

86% des Français seraient hostiles à Trump. Quel peuple mal informé… Ceci dit, la belle victoire de Donald Trump a été rendue possible par trois facteurs :

• La rage du peuple américain, que j’ai décrite dans mon livre. La rage et la misère sont totales : 70% des gens n’ont pas mille dollars devant eux, et les chiffres du chômage sont ignominieusement truqués.

• La classe des sites US antimondialisation ou anti-système (Zerohedge, Breitbart, The economic collapse, etc.) que l’on ne cesse de citer avec Philippe Grasset. C’est la victoire du petit peuple bien informé du web contre la presse aux ordres qui braille dans le vide, comme Friedman l’autre jour (Hear me out ? Mais pour qui se prend ce drôle payé par Carlos Slim ?). 60 000 commentaires pour un article de Breitbart ce soir. Voilà un peuple liquide bien mobilisé, vous ne croyez pas ? Ah, en France…

• L’aveuglement du système lui-même. C’est le facteur le plus important bien sûr. On ne croit pas que l’on puisse perdre. Or Hillary a bien perdu contre Obama, non ? Ce n’est donc pas un bon cheval Hillary, et pourtant le système la choisit… Une aberration stratégique de plus. On citera Debord toujours : « un État, dans la gestion duquel s’installe durablement un grand déficit de connaissances historiques, ne peut plus être conduit stratégiquement. »

Cet aveuglement est à l’image de la faillite économique, humaine, politique, spirituelle. Le système triche tout le temps, il est devenu nu et nul. Le roi est nu, marquais-je dans le premier chapitre de mon Mal à droite, en référence au fabuleux conte d’Andersen (un tailleur très Goldman déshabille le roi en l’endettant, en prétendant l’habiller). Le coup du FBI est à la hauteur, coup médiatique s’entend. Et le système des médias a pensé que cela suffirait.

Le système inepte a ignoré le Brexit, et la ministre May, affreuse Merkel bis (ô nursery de Chesterton dont j’ai parlé ici-même) a tout fait pour le couler en le retardant, car ces dames – voyez Lagarde – sont autoritaires mais serviles. Mais en 2016, les peuples anglo-saxons se sont enfin réveillés après avoir servi la Bête qui concentre 90% de la richesse mondiale entre les mille personnes qui financent avec Soros (cercueil, en grec ancien) la houri Hillary.

Le système est aussi aveugle parce qu’il a cru à ses sondages. D’Amérique mon ami de toujours Dean Mamas, optimiste qui enchantait SDB, mais qui est surtout Phd en physique et légèrement plus informé que nos couillons de journalistes d’ici, n’a cessé de me le dire et de me le redire. Trump allait gagner.

Voyez les Twitter : Trump avait dix fois plus de lecteurs tous les jours. Et comme l’a souligné l’éconoclaste Philippe Béchade, il y avait plein de messages anti-Clinton (elle a beau être un monstre eschatologique, elle n’est pas populaire) sur son Twitter. Les gens n’aiment pas la chouchoute des médias et du fric de la pensée inique.

L’autre critère était les meetings. Les meetings du Donald (comme je suis content d’avoir écrit sur lui, d’avoir cru en lui) étaient pleins d’un monde enthousiaste, sympa, la belle Amérique traditionnelle que nous aimons et qui avait disparu depuis les années de Clinton Bill, élu par des minorités qui pensaient en avait fini avec tout. Cette foule bien élevée et dynamique était énorme et elle était toujours là, et on sentait qu’elle n’en voulait plus du système, et qu’elle n’en pouvait plus du système (guerres, impôts, tartuferie, satanisme, privilèges, invasions).

Ici il nous reste à liquider les socialos, l’euro, l’Europe, l’Otan, la masse spongieuse des affairistes qui veulent nous enfoncer un peu plus. Au travail Donald, va tendre la main à Vladimir et aplatissez Bruxelles, Goldman et Stoltenberg.

On laisse conclure Dirty Harry qui attendait son Homme :

I hate the goddamn system. But until someone comes along…with some changes that make sense, I’ll stick with it.

Eh bien c’est fait. Ce quelqu’un est venu, et il s’appelle Donald

Jules Michelet et le monde moderne (en quelques phrases)

C’est un appel aux forces vives.

Celle de l’Antiquité tenait, je pense, à ce qu’elle crut que l’homme fait son destin lui-même (fabrum suæ quemque esse fortunæ). Ce temps-ci, au contraire, frappé des grandes puissances collectives qu’il a créées, s’imagine que l’individu est trop faible contre elles. Ces temps-là crurent à l’homme ; nous croyons à l’individu.

Il en résulte cette chose fâcheuse : nos progrès tournent contre nous. L’énormité même de notre œuvre, à mesure que nous l’exhaussons, nous ravale et nous décourage. Devant cette pyramide nous nous trouvons imperceptibles, nous ne nous voyons plus nous-mêmes. Et qui l’a bâtie, sinon nous ?

L’industrie que nous avons créée hier, elle nous semble déjà notre embarras, notre fatalité. L’histoire, qui n’est pas moins, que l’intelligence de la vie, elle devait nous vivifier, elle nous a alanguis au contraire, nous faisant croire que le temps est tout, et la volonté peu de chose.

 

Nous avons évoqué l’histoire, et la voici partout ; nous en sommes assiégés, étouffés, écrasés ; nous marchons tout courbés sous ce bagage, nous ne respirons plus, n’inventons plus. Le passé tue l’avenir. D’où vient que l’art est mort (sauf de si rares exceptions) ? C’est que l’histoire l’a tué.

 

L’état bizarre et monstrueux, prodigieusement artificiel, qui fut celui du Moyen-âge, n’a d’argument en sa faveur que son extrême durée, sa résistance obstinée au retour de la nature.

Mais n’est-elle pas naturelle, dira-t-on, une chose qui, ébranlée, arrachée, revient toujours ? La féodalité, voyez comme elle tient dans la terre. Elle semble mourir au treizième siècle, pour refleurir au quatorzième. Même au seizième siècle encore, la Ligue nous en refait une ombre, que continuera la noblesse jusqu’à la Révolution. Et le clergé, c’est bien pis. Nul coup n’y sert, nulle attaque ne peut en venir à bout. Frappé par le temps, la critique et le progrès des idées, il repousse toujours en dessous par la force de l’éducation et des habitudes. Ainsi dure le Moyen-âge, d’autant plus difficile à tuer qu’il est mort depuis longtemps. Pour être tué, il faut vivre.

Tocqueville et la dure conquête de l’Algérie

 

 

Le sujet est passionnant, Tocqueville et la conquête algérienne, qui fit un tiers de victimes d’après mon livre d’histoire d’enfance (collection Monnier, éditions Nathan, 1961).

Je cite le livre de Monnier et Jardin (mon comparse Richer, professeur à la Sorbonne, et qui a préfacé mon livre sur Perceval, le confirme, collection d’exception) :

« La plupart des expéditions consistèrent en longues courses où l’on razziait récoltes et troupeaux des tribus soumises à l’ennemi, les réduisant à la famine et au désespoir. La population indigène de l’Algérie a peut-être alors diminué d’un tiers (Classe de seconde, 1789-1848, p.426). »

 

Je méprise de toute ma hauteur la sous-culture de la repentance mais je souligne. Les Français ont fait des dégâts là-bas. Et les occidentaux qui « ont inventé les droits de l’homme » la ramèneront toujours.

C’est génétique ?

Pas de polémique !

Je préfète citer Tocqueville (voyez son premier rapport, chez nos amis québécois, sur uqac.classiques.ca). Je cite Tocqueville parce que le Monde diplomatique (Tocqueville facho, raciste, etc.) et même Wikipédia ont dit n’importe quoi sur lui. Alors je lis les textes.

Tocqueville commence :

« On ne peut étudier les peuples barbares que les armes à la main. »

Tocqueville annonce le Vietnam avec l’Algérie :

 

« Il est très difficile, sans doute, on doit le reconnaître, de savoir où l’on doit s’arrêter dans l’occupation d’un pays barbare. Comme on n’y rencontre d’ordinaire devant soi ni gouvernement constitué, ni population stable, on ne parvient presque jamais à y obtenir une frontière respectée. La guerre qui recule les limites de votre territoire ne termine rien ; elle ne fait que préparer un théâtre plus lointain et plus difficile à une nouvelle guerre. »

 

Il explique comment affamer les populations colonisées :

 

« L’expérience a aussi fini par nous apprendre de quels moyens il fallait se servir pour comprimer le peuple arabe. Ainsi, nous n’avons pas tardé à découvrir que les populations qui repoussaient notre empire n’étaient point nomades, comme on l’avait cru longtemps, mais seulement beaucoup plus mobiles que celles d’Europe. Chacune avait son territoire bien délimité dont elle ne s’éloignait pas sans peine, et où elle était toujours obligée de revenir. Si on ne pouvait occuper les maisons des habitants, on pouvait donc s’emparer des récoltes, prendre les troupeaux et arrêter les personnes. »

 

La dangerosité de l’administration française est éternelle et incurable (Gustave le Bon dira la même chose, et même Jules Verne qui prévoit notre perte de l’Algérie) :

« Les villes indigènes ont été envahies, bouleversées, saccagées par notre administration plus encore que par nos armes. Un grand nombre de propriétés individuelles ont été, en pleine paix, ravagées, dénaturées, détruites. Une multitude de titres que nous nous étions fait livrer pour les vérifier n’ont jamais été rendus. Dans les environs même d’Alger, des terres très fertiles ont été arrachées des mains des Arabes et données à des Européens qui, ne pouvant ou ne voulant pas les cultiver eux-mêmes, les ont louées à ces mêmes indigènes qui sont ainsi devenus les simples fermiers du domaine qui appartenait à leurs pères. »

 

Un peu de Jules Verne, ce méconnu, dans un roman crypté (Clovis Dardentor) consacré à Rennes-le-Château :

 

« Comment se fait-il que l’Algérie, avec ses ressources naturelles, ne puisse se suffire à elle-même ?…

– Il y pousse trop de fonctionnaires, répondit Jean Taconnat, et pas assez de colons, qui y seraient étouffés d’ailleurs. C’est une question d’échardonnage ! »

 

Revenons à Tocqueville.

Les pauvres arabes ont du souci à se faire :

 

« Non seulement on a déjà enlevé beaucoup de terres aux anciens propriétaires, mais, ce qui est pis, on laisse planer sur l’esprit de toute la population musulmane cette idée qu’à nos yeux la possession du sol et la situation de ceux qui l’habitent sont des questions pendantes qui seront tranchées suivant des besoins et d’après une règle qu’on ignore encore. »

 

Tocqueville estime la société arabe, dont il rappelle la piété et la solidarité.

 

« La société musulmane, en Afrique, n’était pas incivilisée ; elle avait seulement une civilisation arriérée et imparfaite. Il existait dans son sein un grand nombre de fondations pieuses, ayant pour objet de pourvoir aux besoins de la charité ou de l’instruction publique. »

 

Il souligne la perversion de notre apport :

 

« C’est ce qui n’a pas eu lieu toujours ni partout, et l’on a pu nous accuser quelquefois d’avoir bien moins civilisé l’administration indigène que d’avoir prêté à sa barbarie les formes et l’intelligence de l’Europe. »

 

Ce qui manque à ces guénoniens arabes c’est la justice :

 

« Les peuples à demi-civilisés comprennent malaisément la longanimité et l’indulgence ; ils n’entendent bien que la justice. La justice exacte, mais rigoureuse, doit être notre seule règle de conduite vis-à-vis des indigènes quand ils se rendent coupables envers nous. »

 

Plus important, Tocqueville veut préserver l’originalité arabe et interdire l’assimilation comme on dit :

 

« Sans doute, il serait aussi dangereux qu’inutile de vouloir leur suggérer nos mœurs, nos idées, nos usages. Ce n’est pas dans la voie de notre civilisation européenne qu’il faut, quant à présent, les pousser, mais dans le sens de celle qui leur est propre ; il faut leur demander ce qui lui agrée et non ce qui lui répugne. »

 

Pas même d’écoles françaises pour les indigènes !

 

« Ne forçons pas les indigènes à venir dans nos écoles, mais aidons-les à relever les leurs, à multiplier ceux qui y enseignent, à former les hommes de loi et les hommes de religion, dont la civilisation musulmane ne peut pas plus se passer que la nôtre. »

 

Tocqueville rappelle :

 

« En conquérant l’Algérie, nous n’avons pas prétendu, comme les Barbares qui ont envahi l’empire romain, nous mettre en possession de la terre des vaincus. Nous n’avons eu pour but que de nous emparer du gouvernement. »

 

Il faudrait respecter les indigènes :

 

« … il importe à notre propre sécurité, autant qu’à notre honneur, de montrer un respect véritable pour la propriété indigène, et de bien persuader à nos sujets musulmans que nous n’entendons leur enlever sans indemnité aucune partie de leur patrimoine, ou, ce qui serait pis encore, l’obtenir à l’aide de transactions menteuses et dérisoires dans lesquelles la violence se cacherait sous la forme de l’achat, et la peur sous l’apparence de la vente. »

 

Les Algériens risquent selon Tocqueville de connaître un destin indien (lisez ici mes textes sur Tocqueville et le problème racial vers 1839) :

 

« Les peuples civilisés oppriment et désespèrent souvent les peuples barbares par leur seul contact, sans le vouloir, et pour ainsi dire sans le savoir : les mêmes règles d’administration et de justice qui paraissent à l’Européen des garanties de liberté et de propriété, apparaissent au barbare comme une oppression intolérable ; les lenteurs qui nous gênent l’exaspèrent ; les formes que nous appelons tutélaires, il les nomme tyranniques, et il se retire plutôt que de s’y soumettre. C’est ainsi que, sans recourir à l’épée, les Européens de l’Amérique du Nord ont fini par pousser les Indiens hors de leur territoire. Il faut veiller à ce qu’il n’en soit pas ainsi pour nous. »

 

Il conclue avec grandiloquence :

 

« Ne recommençons pas, en plein XIXe siècle, l’histoire de la conquête de l’Amérique. N’imitons pas de sanglants exemples que l’opinion du genre humain a flétris. »

 

La suite, on connaît. Mais le jour où l’occidental foutra la paix à son prochain, il ne sera plus chrétien…

Flaubert appelle Jésus à l’aide

Flaubert invoque Jésus

 

Mais quelle canaille ! quelle modestie ! quel bon père de famille ! quelle mise de caissier ! La probité se hérissait jusque sur les poils de sa redingote. Il ne cherchait pas à briller, celui−là, à éblouir les sots, mais à les flouer, ce qui est bien plus magistral ! Oh Jésus, Jésus, redescends donc pour chasser les vendeurs du temple ! Et que les lanières dont tu les cingleras soient faites de boyaux de tigre ! Qu’on les ait trempées dans du vitriol, dans de l’arsenic ! Qu’elles les brûlent comme des fers rouges ! Qu’elles les hachent comme des sabres et qu’elles les écrasent comme ferait le poids de toutes tes cathédrales accumulées sur ces infâmes !

 

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Car la hideur dans les sujets bourgeois doit remplacer le tragique qui leur est incompatible.