Confirmation d e la catastrophe romaine…

http://benoit-et-moi.fr/2018/actualite/un-cri-de-douleur-en-provenance-de-rome.html

 

Il s’agit d’un courrier que le site (italien, malgré son nom) <Cronicas de Papa Francisco> (CPF) a reçu au printemps 2017 et que pour diverses raisons, il avait décidé de ne pas publier à l’époque.
L’expéditrice – qui « n’est pas anonyme », mais que CPF publie sous anonymat, pour des raisons très compréhensibles -, est une « opératrice pastorale » qui travaillait au Vicariat de Rome et qui depuis lors a changé d’affectation.
Ce témoignage doit bien sûr être pris avec les précautions d’usage dans ce genre de situation, mais il a l’accent de la vérité, et de nombreux évènements aujourd’hui sous les yeux de tous viennent le confirmer.
En outre, il convient de souligner que CPF est un site fiable. Une conviction certes personnelle, mais étayée par une assez longue fréquentation de ma part (j’ai même traduit plusieurs excellentes analyses) et le site a pignon sur rue depuis suffisamment lontemps pour qu’on puisse être raisonnablement assuré qu’il n’a pas l’habitude de divulguer des bobards, mais seulement de fournir une information alternative, celle qui ne se contente pas de reproduire la doxa officielle et est de ce fait disqualifiée d’office.

DE ROME, UN CRI DE DOULEUR
cronicasdepapafrancisco.com
16 février 2018
Ma traduction

* * *

(…)
Au début je ne supportais pas ce blog, trop irrévérencieux me disais-je, que des articles négatifs, ce n’est pas de l’information, mais de la vraie méchanceté qui vise à décrire seulement les aspects négatifs de ce pontificat, alors que – pensais-je – il y a aussi beaucoup de nouvelles positives. J’ai recommencé à le lire quand le titre a été changé [ndt: au début <bergoglionate>, puis <Cronicas de papa Francisco], pensant que l’approche aussi avait changé, et en effet, tout en restant le même en ce qui concerne les chroniques, j’ai tout de suite remarqué un changement de ton que j’ai commencé à apprécier.

Le meilleur, c’est qu’à la longue, ce que je lisais là et qui me dérangeait, je commençai désormais à le constater dans mon activité au sein de la paroisse et en tant que collaboratrice du Vicariat [de Rome].

Ce pontificat divise l’intérieur de l’Eglise, sa révolution endommage la structure doctrinale à l’intérieur de l’Eglise, sa pastorale est utilisée – à tort ou à raison – pour se venger de ceux qui opéraient sous les pontificats précédents, spécialement avec Benoît XVI, et qui le soutenaient dans son Magistère; ces personnes, si elles ne s’adaptent pas, sont systématiquement chassées ou déplacées, en leur retirant des postes importants, ou en tout cas des missions importantes pour le maintien de la pastorale doctrinale de l’Église. Toute personne qui manifeste un léger désaccord avec ce Pontife est éloignée en silence, déplacée sans préavis.

Il y a des personnes qui sont chargées d’enquêter sur les prêtres: ces personnes vont, entrent dans les circuits paroissiaux et recueillent des informations comportementales sur le curé. Et pas pour savoir si c’est un bon prêtre, moralement parlant, mais s’il critique le pape.

Je me rends compte que la seule odeur du complotisme me ferait immédiatement perdre ma crédibilité, mais je ne raconte pas ces faits par ouïe-dire. On commence à s’épancher avec des prêtres, dans une sorte de régime de catacombes, en secret, craignant qu’il y ait des espions dans le coin. Il ne faut pas se laisser saisir par ces peurs parce que c’est précisément ce qu’ils veulent, porter à l’exaspération, tout confiner dans la légende du complot, nous faire passer pour des obsédés, et nous pousser ainsi à démissionner, à partir de nous-mêmes.

Les paroisses se sont jetées avec frénésie dans le progressisme le plus débridé. Tout ce que Benoît XVI avait réussi à freiner, s’est évanoui en quatre ans. J’ai vu des paroisses transpirer pour mettre en pratique Sacramentum Caritatis, tout comme je les ai vues céder ces dernières années à toutes les formes de permissivité, à commencer par les milieux liturgiques du vicariat.

Il y a une sorte de frénésie collective, une ivresse qui me fait peur: j’ai même découvert que, pour augmenter l’affluence au Vatican lors des audiences du mercredi, on a recours à une sorte de bouche-à-oreille pour recruter de tout, je ne vais pas vous dire quoi ou qui, mais tout est organisé. Le bouche-à-oreille – ou l’ordre du Soviet si vous voulez mieux comprendre – est de la « propagande », et l’annihilation de ceux qui oseraient déplacer ne serait-ce qu’une seule virgule.

Je ne fais pas partie des épurés, mais par souci de cohérence et après avoir essayé de résister le plus longtemps possible, après avoir vu des équipes entières chassées et remplacées par des pro-avortements, des pédérastes, et même des gens soupçonnés de pédophilie, je suis repartie avec les larmes aux yeux et au cœur.

J’aime tous les papes, et je ne connaissais pas du tout Bergoglio. J’appréciais son impact, bien que je l’ai découvert timide seulement en apparence; et je l’ai même rencontré à trois reprises à Sainte Marthe où, soit dit en passant, il est faux de dire qu’on peut accéder librement. L’entrée à ses messes du matin, ou seulement pour le rencontrer, ou pour une audience, requiert des contrôles très stricts, beaucoup plus sévères et beaucoup plus difficiles et moins compréhensibles que ceux pour rencontrer Benoît XVI – auquel j’ai également rendu visite quatre fois dans le cadre de mes activités.

Le contrôle est basé non sur le fait que vous pouvez être un terroriste, mais sur le fait que vous ne partagez pas ses idées. Parce que c’est de ça qu’il s’agit. Bergoglio ne poursuit pas de théologie patristique, il n’a aucune pastorale ecclésiale associée à la vraie tradition, il révolutionne simplement l’Eglise avec ses idées, pour lesquelles il a appelé les Jésuites [ndt, vivants: Spadaro, Sosa, Martin – mais aussi morts: Arupe, Rahner, cf. cronicasdepapafrancisco.com…] à la rescousse, et dont il a convaincu la curie et les différents services pour mettre en place le nouveau cours au Vatican,.

Les laïcs qui ne connaissent rien à la théologie et rien non plus à la doctrine, mais qui, ayant un emploi au Vatican, s’intéressent davantage à leur poste, ont subi une sorte de contrôle du fait qu’il y a eu beaucoup de licenciements depuis l’arrivée du nouveau pape, et donc chacun d’entre eux a pensé normal de céder à tout cela si on leur demandait de le faire, afin de conserver leur place. Bien sûr, ce n’est pas Bergoglio en personne qui fait tout cela, mais c’est le climat et, ceux qui le font, ce sont les gens en qui il a confiance, appelés par lui à exercer ce pouvoir.

Je considérais sa réforme comme une véritable inspiration céleste, mais je me suis vite rendu compte que nous étions confrontés à un véritable despote qui de « doux » ne conserve que les attitudes extérieures à réserver aux caméras ou aux gens qu’il croit dignes de confiance, pour se faire dire comment vont les choses dans le monde.

Alors qu’il dénonce le bavardage dans les paroisses, Bergoglio est le roi du bavardage, il s’informe sur les individus, il veut connaître les faits et les détails, il veut connaître les tendances ecclésiales des gens et ceux qui ne figurent pas dans ses registres sont épurés.

La même méthode est également utilisée au Vicariat, qui commence à subir des contrôles de l’autorité fédérale y compris par des moyens informatiques. Comme je figure dans les listes avec nom et prénom, c’est une des raisons pour lesquelles je ne vous écris jamais publiquement. Et je ne veux pas vous effrayer, mais il est certain que votre nom a été signalé parmi les « ennemis du pape », la liste est là, elle existe vraiment, mais elle n’est pas transmise au pape, sauf si c’est important, toutefois, elle sert pour voir comment on peut vous faire taire, ou comment ils peuvent réagir.

Je travaille au sein de l’Église depuis trente ans, fournissant des services dans de nombreux secteurs. Il y a beaucoup de luttes, il y en a toujours eu, mais je n’avais jamais vu une chose pareille. Jamais vu de patrouilles aussi acharnées, destinées à faire taire le magistère des papes prédédents et faire de la propagande sans retenue pour le magistère actuel, le tournant comme une toupie, lui attribuant même des choses qu’il ne dit pas, mais pour lesquelles ils ont la certitude que le pape ne démentira jamais, car il est en quelque sorte consentant.

J’ai écrit deux lettres à ce pape, et une à Benoît XVI, je n’ai reçu de réponse d’aucun.

J’ai rencontré Mgr ***: j’ai pu lui expliquer ce qui se passait (l’année dernière), mais à ses réponses et à son embarras, j’ai seulement compris qu’il ne pouvait pas parler – quand il m’a vu pleurer, peut-être dans un élan de compassion, il m’a embrassée et m’a dit: «Persévérer, il faut persévérer, ceci aussi passera et ce sera le Seigneur qui jugera tout, priez beaucoup…».

Cependant, il m’a aidée à rencontrer Benoît près de la grotte de Lourdes dans les jardins du Vatican, une brève rencontre, je n’ai pas pu lui parler comme j’aurais voulu, mais j’ai eu l’impression qu’il souffrait beaucoup, mais qu’il aurait pu continuer à régner, car il est toujours très lucide et attentif à tout. En pleurant, j’ai pu seulement lui demander: «Sainteté, pourquoi tout cela, pourquoi? Que se passe-t-il et à quoi devons-nous nous attendre?». Et lui, s’arrêtant et me caressant l’épaule:
«Tout est entre les mains de Jésus et de Marie, ayez confiance et prions beaucoup. Des sacrifices pour cette humanité à la dérive, pour l’Église, pour le Pape, mais tout est entre les mains du Christ, ayez confiance…».

J’ai vu que l’année dernière vous avez cité dans un post ******** [??]: une excellents personne, un saint prêtre, mais ne lui posez jamais de questions sur le pape, il est pointé du doigt, suivi et espionné et on n’attend que l’occasion pour le chasser, il est haï par les bergogliens et personne ne comprend pourquoi le pape a voulu le garder à son poste, ils le détestent, et à l’exception de quelques amis de confiance, il est complètement isolé.

Je ne sais pas si vous connaissez le Cardinal Müller, une personne de grande efficacité mais surtout un saint prêtre, un homme qui prie beaucoup. Lui aussi est dans le collimateur, ses jours sont comptés, les rumeurs qui le veulent bientôt chassé de la CdF sont absolument fondées (ndr: le Cardinal Muller a été chassé de la CdF le 1er Juillet 2017). Le Pape veut transformer la Congrégation « de la Doctrine de la Foi » en « pastorale de la foi« , comme cela a été dit depuis un certain temps dans les hautes sphères, avec à sa tête un jésuite fidèle au Pape (ndr: comme par hasard, le Jésuite Luis Francisco Ladaria Ferrer a pris la tête de la CDF).

Je ne sais pas s’il faut rendre public un tel témoignage, il pourrait alimenter la discorde parce que personne ne croirait en ce qui y est écrit, et la chasse à l’auteur commencerait, même s’il est publié anonymement. Tandis que la majorité des gens se diviseraient en différents partis pour et contre son contenu, il y aurait ces « agents fédéraux » qui commenceraient leur enquête pour découvrir le « traître ». Du reste, je peux le comprendre, car si je n’avais pas été un témoin direct de ce que je vous ai dit, je n’y aurais pas cru moi-même, en le lisant d’autres.

Ce qui me blesse le plus, c’est la division qui est intervenue dans ma vie, entre des gens avec qui je travaille depuis des années.
On n’avait jamais vu auparavant un climat aussi sombre et menaçant. Des amis de 15, 20… 30 ans, qui se retrouvent ennemis en quelques mois et pas pour Dieu sait quoi, mais seulement parce qu’ils avaient exposé des critiques et des doutes sur certaines positions du pape, alors que sous Benoît XVI ou même Jean-Paul II on pouvait dire de tout, pourtant la doctrine nous unissait tous, parce qu’avec elle on avait le dernier mot; mais maintenant, la mode veut que la doctrine ne commande plus, et la victoire est à ceux qui, indépendamment de toute raison saine et légitime, défendent le plus l’icône du pape, de ce pape.

Je ne peux interpréter l’étreinte de Mgr *** ou les paroles de Benoît XVI qu’à la lumière de révélations privées comme celles de la Bienheureuse Emmerich sur l’Église et la grave apostasie, ou de La Salette, ou de Fatima dans son troisième secret incomplet; il n’y a pas d’autre explication que cette résistance et cette persévérence dans la croyance que le Cœur Immaculé de Marie triomphera le plus tôt possible. Du reste, je ne peux pas douter que celui qui tient les rênes de l’église, je veux dire le vrai, est le Christ en personne.

Je pense que seuls ceux qui auront persévéré et souffert en ce temps (voir les Franciscains de l’Immaculée) recevront la juste récompense, d’ailleurs en Occident les persécutions contre les chrétiens sont seulment « blanches » [ndt: i.e. sans effusion de sang] et il y en a des milliers, un massacre silencieux, passé sous silence, parce que les persécuteurs, les bourreaux ne sont pas ceux de l’extérieur, ce n’est pas l’Isis [Daesch], mais ce sont des évêques, des cardinaux, du personnel ecclésiastique, clérical et séculier, qui détiennent un pouvoir vertigineux, depuis les télécommunications, jusqu à des diocèses entiers, offices ecclésiastiques et paroisses. Je le répète, en trente ans, je n’ai jamais vu une telle catastrophe dans l’Église

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Nouvelle-Zélande comme refuge pour notre apocalypse à venir ? Un peu de retard sur Nicolas Bonnal ?

https://www.egaliteetreconciliation.fr/Inquiets-de-l-apocalypse-des-milliardaires-se-refugient-en-Nouvelle-Zelande-49852.html

https://reseauinternational.net/apocalypse-pourquoi-la-nouvelle-zelande-fascine-wall-street/

Apocalypse Island : c’est ainsi qu’un rédacteur de Lewrockwell.com nomme la Nouvelle-Zélande. Le paradis tempéré du Seigneur des Anneaux est devenu depuis une dizaine d’années une capitale immobilière d’un genre particulier : on achète des îles hors de prix, des grandes propriétés, des haciendas comme en Patagonie. Mais la Nouvelle-Zélande précise l’article est avantagée car son archipel est loin de tout (la Patagonie n’est qu’à deux mille kilomètres du Brésil ou de Buenos Aires…) et qu’il ne figure pas sur les cibles nucléaires. Le cinéaste  Peter Jackson a joué un rôle aussi ici en filmant ce paradis pseudo-médiéval propre à attirer les milliardaires. Les plus négligents oublieront de lire Jared Diamond et sa description du massacre cannibale des îles Chatham : toute une tribu fut exterminée et dévorée au début du dix-neuvième siècle par ses voisins maoris (1).

Parc National de Patagonie

On sait qu’en Patagonie (2) les Soros, Benetton, Joe Lewis, Ted Turner (aujourd’hui tous bien vieux) ont acheté, pour des raisons spéculatives, sportives, esthétiques ou écologiques. Le fondateur de North Face Douglas Thompson avait même coupé le Chili en deux pour créer sa réserve Pumalin. Avec les gouvernements actuels rien de plus simple ! Les bons Bush eux contrôlent une partie du Pantanal paraguayen.

Cela fait longtemps que des bloggeurs de la peur comme le sympathique Michael Snyder décrivent les mouvements de capitaux en direction du Pacifique. L’angoisse, la guerre nucléaire à venir, les emportements de John McCain et des psychopathes néocons, la fragilité financière européenne ou américaine, l’agressivité russophobe et les folies antichinoises nous dessinent un futur aux contours de moins en moins incertains : une bonne guerre d’extermination avec un parfum écologique et élitiste propre  aux élites qui nous contrôlent. Jared Diamond parle aussi de ces ranchs du Montana remplis le week-end par les banquiers et les traders de Wall Street. Les îles connues sont trop peuplées ou polluées comme Oahu (70% de la population de l’archipel hawaïen), donc on a tendance à chercher le plus austral, présumé moins tiers-mondiste. On a acheté aussi beaucoup du côté des îles Fidji.

On peut voir l’affaire de trois manières. Commençons par la plus rassurante : une marotte de riches dans un monde de plus en plus ridicule, où il ne reste plus que ces îles paumées et  pas très belles (j’y ai vécu) pour se défouler. Ensuite une peur de stars lucides ou de milliardaires convaincus que l’on va vers un bain de sang dans nos cités (voyez Rio ou Chicago). Enfin une connaissance calculatrice et malthusienne, reliée à un projet au long cours d’éliminer la plus grande partie de l’humanité, considérée trop polluante, populiste et incontrôlable.

Nicolas Bonnal

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Notes

  • Jared Diamond (Guns, germs and steel, chapter 2, p.53). l’événement eut lieu en novembre -décembre 1835. La tribu dévorée était celle des Moriori.
  • La bataille des champs patagoniques (sur Amazon_Kindle)

Photo: Lac Tekapo – Nouvelle Zélande

Le gauchiste Luis Buñuel contre le chaos prétentieux du monde moderne (dans le Tex) : « je suis athée, mais grâce à Dieu ! »

Luis Buñuel et le chaos du monde moderne

 

Hoy en Calanda ya no hay pobres que se sienten los viernes junto a la pared de la iglesia para pedir un pedazo de pan. El pueblo es relativamente próspero, la gente vive bien. Hace tiempo que desapareció el traje típico, la faja, el cachirulo a la cabeza y el pantalón ceñido.

Las calles están asfaltadas e iluminadas. Hay agua corriente, alcantarillas, cines y bares. Como en el resto del mundo, la televisión contribuye eficazmente a la despersonalización del espectador. Hay coches, motos, frigoríficos, un bienestar material cuidadosamente elaborado, equilibrado por esta sociedad nuestra, en la que el progreso científico y tecnológico ha relegado a un territorio lejano la moral y la sensibilidad del hombre. La entropía —el caos— ha tomado la forma, cada día más aterradora, de la explosión demográfica.

Yo tuve la suerte de pasar la niñez en la Edad Media, aquella época «dolorosa y exquisita» como dice Huysmans. Dolorosa en lo material. Exquisita en lo espiritual. Todo lo contrario de hoy.

La Hyre en remet une couche sur notre VIDE !

Un impérieux déplacement dans le métro m’a conduit à une étonnante proximité avec un jeune couple d’allemands. Pensez, celui qui devait être le jeune homme était assis tandis que la walkyrie était debout, tout est normal, a priori, si ce n’est

qu’il a fallu qu’ils s’expriment suffisamment fort pour que leur langue gutturale couvre le vacarme du métropolitain pour que je m’aperçoive qu’il étaient boches.

Ils avaient pourtant l’air aussi cons que les autres, et les autres avaient l’air aussi ahuris qu’eux.

Jeunes et touristes, le vilain cumul de la bêtise crasse.

Nous ne ressemblons plus à rien, et plus rien ne nous distingue (a première vue) de rien – il y a encore le barrage de la langue qui est en train de sauter sous les coups de butoir du globish américain.

Je m’étais déplacé pour voir un film russe. Dans ce film, il y a avait des acteurs qui avaient de vraies gueules. Et ces vraies gueules ils les devaient à leur vraie personnalité. Ils étaient vrais dans leur beauté, comme dans leur laideur (au cinéma la frontière est ténue entre ces deux là), il y avait une vie intérieure.

Ce n’était pas que des coques de portables customisées et standardisées.

Et puis le film somme-toute récent, la première décennie du siècle m’a fait m’interroger sur le cinéma français, qui aurait pu jouer tel ou untel, et je ne voyais que Depardieu pour tout les rôles. Non pas que je l’aime outre mesure, mais je ne voyais que lui. Je suis incapable de citer un acteur ou un actrice française de moins de 50 ans qui ne soit interchangeable. Pas un seul. Tous la même voix, le même visage, le même jeu interchangeable, la même fadeur.

Ce ne sont plus nos qualités nationales qui nous diffèrent encore les uns des autres, elles ne sont plus, c’est le fait d’être en vie, d’avoir une vie intérieure, autre que celle qui tient dans la carte mémoire d’un téléphone, autre que celle de la carte d’identité, de la carte de crédit, de la carte blanche à se fondre dans la laideur du monde.

La vie intime des gens, leur profondeur est proportionnelle à l’épaisseur de leur matériel technologique, l’écran en est le miroir déformant, plein d’artifices et d’illusion.

Le tout en un est mortifère, imaginez une vanité hollandaise, une coupe de fruit, un insecte, une bulle de savon, la mort, une bougie, une fleur qui fane ou un violon, un dessin d’anatomie ou d’architecture, un livre de science, des pièces de monnaie, vous aviez mille pensées à la simple contemplation d’une telle composition, aujourd’hui un iphone suffirait à remplacer tout cela, à ceci près qu’il est devenu indispensable, si ne qua non.

La beauté gratuite du savoir et des arts, de la vie aura été remplacée par la nécessité de la vanité comme seule condition pour avoir le droit de vivre pour être vivant.

Le virtuel a pris irrémédiablement le dessus et la pensée, la morale prise de vertige s’est agenouillée devant l’esbroufe du savoir et de la connaissance, elles aussi devenues virtuelles.

Deefensa.org, Nicolas Bonnal et la dystopie ! Ici chez mon Tex Avery on sort et on entre par un écran nommé tableau !

Comment Internet et l’informatique ont créé notre dystopie

Pendant que nous avons le nez plongé dans nos portables ou nos écrans d’ordinateur, le monde s’endette, s’enlaidit et s’appauvrit. Les huit hommes les plus riches du monde ont autant que les quatre ou cinq milliards les plus pauvres, et cent millions de gamines pas forcément idiotes s’extasient tous les jours de la page Instagram de la fille Jenner. On peut continuer pendant des pages…

Les hommes les plus riches du monde sont souvent jeunes et sortis de la nouvelle économie. Ils hypnotisent ou contrôlent des milliards d’hommes (Alfred Hitchcock parle d’une orgue dont les touches sont l’humanité, et que les malins font résonner à volonté), emploient des milliers ou des millions de personnes en Inde ou ailleurs, et payés au lance-pièces. La globalisation est néo-féodale et divise le monde en deux castes principales : les brainlords, lesmanipulateurs de symboles, qui ont détruit les classes moyennes en occident par le « progrès technologique » (défense d’exploser de rire) et les techno-serfs. On va tout expliquer.

Voici comment j’annonçais la situation présente à la fin de mon livre sur Internet nouvelle voie initiatique (les Belles lettres, 2000), traduit en portugais et recensé par Roger-Pol Droit dans le Monde.

« Si le programme de la nouvelle économie est la richesse et l’information pour tout le monde, la réalité est tout autre. Robert Reich avait déjà remarqué en 1990 que l’informatique ne nourrissait pas du tout son homme. Il distingue une élite, des cadres et des mainteneurs, chargés de vider ou de recharger les machines. L’assemblage des ordinateurs ne coûte guère non plus, quand il est fait au Mexique ou en Malaisie.

L’externalisation vers les pays les plus pauvres est contemporaine de cette explosion de richesses soudaines concentrée entre les mains de quelques-uns. 85 % de la croissance boursière américaine est restée entre les mains de 10 % de la population. En France même, paradis autoproclamé du socialisme, les richesses boursières ont décuplé en dix ans ; et pendant que les médias célèbrent les stock-options et les richesses en papier des créateurs de start-up, ils passent sous silence les difficultés de dix millions de personnes.

L’émergence d’une nouvelle économie techno-féodale qui distingue les information rich et les information-poor (et certes il ne suffit pas de se connecter sur le réseau pour être information rich) fait les délices des polémistes. Le gourou du management moderne Peter Drucker dénonce cette société qui fonctionne non plus à deux mais à dix vitesses : « Il y a aujourd’hui une attention démesurée portée aux revenus et à la richesse. Cela détruit l’esprit d’équipe. » Drucker comme le stupide Töffler, qui devraient se rappeler que Dante les mettrait au purgatoire en tant que faux devins, font mine de découvrir que la pure compétition intellectuelle génère encore plus d’inégalités que la compétition physique. C’est bien pour cela que les peuples dont les cultures symboliques sont les plus anciennes se retrouvent leaders de la Nouvelle Économie.

C’est encore un artiste, un écrivain de science-fiction, qui a le mieux décrit le monde féodal en train d’émerger, et qui disloque les schémas keynésiens archaïques.

William Gibson, l’inventeur du cyberspace, imaginait en 1983 une société duale gouvernée par l’aristocratie des cyber-cowboys naviguant dans les sphères virtuelles. La plèbe des non-connectés était désignée comme la viande. Elle relève de l’ancienne économie et de la vie ordinaire dénoncée par les ésotéristes. La nouvelle élite vit entre deux jets et deux espaces virtuels, elle décide de la consommation de tous, ayant une fois pour toutes assuré le consommateur qu’il n’a jamais été aussi libre ou si responsable. Dans une interview diffusée sur le Net, Gibson, qui est engagé à gauche et se bat pour un Internet libertaire, dénonce d’ailleurs la transformation de l’Amérique en dystopie (deux millions de prisonniers, quarante millions de travailleurs non assurés…).

Lui-même souffre d’agoraphobie cyber-spatiale et ne se connecte jamais ; mais il encourage les pauvres, I’underclass, à le faire pour oublier ou dépasser le cauchemar social américain. Et de regretter que pendant les émeutes de Los Angeles les pauvres ne volaient pas d’ordinateurs, seulement des appareils hi-fi … Comme nos progressistes, Gibson n’admet pas que les pauvres ne veuillent pas leur bien. Une classe de cyber-shérifs obligera sans doute un jour les pauvres et les autres à se connecter pour leur bien.

Pour Michael Vlahos, dans la Byte City de l’an 2020 qu’il décrit sur le Web, les castes dirigeantes regrouperont les gens les mieux informés. Ce sont les brainlords. Viennent ensuite les cyber-yuppies puis les cyber-serfs, le peuple perdu (on retrouve cette division chez Reich, Huxley, et mon ami Raymond Abellio avait recyclé les castes hindoues dans sesromans du huitième jour). L’inégalité n’est ici pas dénoncée avec des larmes de crocodiles, elle est au contraire encouragée et célébrée avec cynisme. Pendant longtemps – avant la révolution industrielle – les forts en thème et en maths n’ont pas été riches ; ils le deviennent avec le réseau, la technologie et le néocapitalisme qui ne récompense plus seulement les meilleurs, mais les plus intelligents. C’est à une domination néo-cléricale qu’il faut s’attendre maintenant. Abellio me parlait du retour de la caste sacerdotale ; lui-même écrivit deux livres sur la bible comme document chiffré (voyez mon chapitre sur la technognose).

Les rois de l’algorithme vont détrôner les rois du pétrole. Les malchanceux ont un internaute fameux, Bill Lessard, qui dénonce cette nouvelle pauvreté de la nouvelle économie. Lessard évoque cinq millions de techno-serfs dans la Nouvelle Économie, qui sont à Steve Case ce que le nettoyeur de pare-brise de Bogota est au patron de la General Motors. Dans la pyramide sociale de Lessard, qui rappelle celle du film Blade Runner (le roi de la biomécanique trône au sommet pendant que les miséreux s’entassent dans les rues), on retrouve les « éboueurs » qui entretiennent les machines, les travailleurs sociaux ou webmasters, les « codeurs » ou chauffeurs de taxi, les cow-boys ou truands de casino, les chercheurs d’or ou gigolos, les chefs de projet ou cuisiniers, les prêtres ou fous inspirés, les robots ou ingénieurs, enfin les requins des affaires. Seuls les quatre derniers groupes sont privilégiés. Le rêve futuriste de la science-fiction est plus archaïque que jamais. Et il est en train de se réaliser, à coups de bulle financière et de fusions …

Gibson reprend dans son roman le thème gnostique du rejet du corps. Case « taille des ouvertures dans de riches banques de données », il est donc un hacker. Puni, il voit son système nerveux endommagé par une myxotonine russe (toujours ces Russes ! Sont-ils utiles tout de même !), et c’est « la Chute. Dans les bars qu’il fréquentait du temps de sa gloire, l’attitude élitiste exigeait un certain mépris pour la chair. Le corps, c’était de la viande. Case était tombé dans la prison de sa propre chair. »

Gibson a popularisé le cyberspace. Le héros Case, un cow-boy donc, avait « projeté sa conscience désincarnée au sein de l’hallucination consensuelle qu’était la matrice ». L’expression « hallucination consensuelle » évoque les univers conditionnés de Philip K. Dick, elle évoque surtout le réseau des réseaux, paramétré pour nous faire vivre une seconde et meilleure vie. « La matrice tire ses origines des jeux vidéo, explique Gibson, des tout premiers programmes holographiques et des expérimentations militaires … une guerre spatiale en deux dimensions s’évanouit derrière une forêt de fougères générées de manière mathématique, démontrant les possibilités spatiales de spirales logarithmiques … le cyberspace est une représentation graphique extraite des mémoires de tous les ordinateurs du système humain … des traits de lumière disposés dans le non-espace de l’esprit. »

Cet univers algorithmique et non-spatial est dominé par des Modernes, « version contemporaine des grands savants du temps de ses vingt ans … des mercenaires, des rigolos, des techno-fétichistes nihilistes ». Gibson nous fait comprendre de qui ces Modernes sont les héritiers : « Pendant des milliers d’années, les hommes ont rêvé de pactes avec les démons. »

Sur ces questions lisez Erik Davies.

Le monde techno-paranoïaque de Gibson, où l’on est identifié par son code de Turing, est dirigé par des multinationales à qui il donne le fameux nom nippon de zaibatsu. Ces derniers, « qui modèlent le cours de l’histoire humaine, avaient transcendé les vieilles barrières. Vus comme des organismes, ils étaient parvenus à une sorte d’immortalité ». Le Neuromancien s’achève par la vision d’une araignée cybernétique qui tisse sa toile pendant le sommeil de tous (…).

Les brainlords nous laissent miroiter la noosphère, et accaparent la bonne terre. Ils sont les dignes héritiers des évêques médiévaux. Evoquons la résistance maintenant.

L’injustice moderne génère alors ses hérétiques et ses rebelles, les hackers. Les hackers, ou pirates du Web, sont les nouveaux brigands de la société techno-féodale. Sans scrupules et surdoués, ils reproduisent les archétypes des voleurs de Bagdad et des Mandrins d’antan. C’est sans doute pour cela qu’ils sont rarement condamnés sévèrement : ils suscitent trop d’admiration. Ils sont susceptibles d’autre part de pirater les puissants, sociétés, administrations, portails importants, et donc de venger l’internaute moyen. Ils font peur, comme le dieu Loki de la mythologie scandinave qui passe des farces et attrapes au Ragnarok ; car ils peuvent déclencher l’apocalypse virtuelle qui fascine tout le monde et justifient les stocks d’or ou les garde-manger des milices et des paranoïaques.

Le hacker représente le dernier bandit de l’histoire, et le premier criminel du cyberspace. Il y a une mystique du hacker qui recoupe celle du Graal. C’est le très professionnel Mark Pesce qui l’affirme dans un texte baptisé Ignition et adressé aux world movers, aux cyber-nomades du Grand Esprit. L’inventeur du langage virtuel énonce les vérités suivantes : « Commençons par l’objet de notre désir. Il existe, il a existé de tout temps, et il continuera éternellement. Il a retenu l’attention des mystiques, des sorcières et des hackers de toutes les époques. C’est le Graal. La mythologie du Sangraal – du Saint-Graal – est l’archétype de l’illumination retirée.

La révélation du Graal est toujours une expérience personnelle et unique … Je sais – parce que je l’ai entendu d’innombrables fois de beaucoup de gens dans le monde – que le moment de la révélation est l’élément commun de notre expérience en tant que communauté. Le Graal est notre ferme fondation. »

(…)

Le cyberspace de Pesce correspond à l’espace sacré antérieur décrit par Mircea Eliade. Dans un monde pollué et réifié par la consommation touristique, le cyberspace devient le nec plus ultra du pèlerinage mystique.

Pesce présente ici le hacker comme un mystique hérétique en quête du Graal. Le Graal est lié au centre sacré, Montsalvat ou le château du roi-pêcheur. Il est père nourricier, donne vie éternelle et santé, et la connaissance absolue du monde : tout ce qui est attendu par les prêtres du cyberspace et du Net, censés résoudre toutes les contradictions de l’humanité. Le hacker dans ce cadre fait figure de chevalier sauvage. L’expression chevalier sauvage désigne le guerrier initié, soumis à la solitude et à l’effroi des lieux les plus sinistres, mais également à la volonté du Bien, celui qui comme Lancelot n’a pas un sillon de terre et qui sillonne toute la terre pour quérir les aventures les plus étranges et merveilleuses. Comme le jongleur (joker de Batman, homme qui rit de Hugo), initié mué en bouffon, l’extraordinaire Lancelot se déplace sans cesse dans un espace-temps où rien ne le retient, si ce n’est ce lien particulier qui le relie à l’Esprit, et qui est figuré par sa Dame la Reine, source de de vie et de sagesse pour tout chevalier sauvage, tout Fidèle d’ Amour. Montsalvat est un lieu où l’espace rejoint le temps, comme dit Wagner. L’ère numérique répond ainsi à des aspirations immémoriales.

 

Bibliographie

Nicolas Bonnal – Perceval et la reine (alchimie et ésotérisme dans la littérature arthurienne, préface de Nicolas Richer, professeur à l’EN.S., Amazon.fr) – Internet nouvelle voie initiatique (Amazon.fr, Avatar éditions) – Comment les peuples sont devenus jetables (Amazon.fr)

William Gibson – Le neuromancien (Editions j’ai lu)

Erik Davies – Techgnosis

Roger-Pol Doit, les démons du web (29.09.2000). Je cite un extrait de son article :

« Nicolas Bonnal brosse le portrait de cette résurgence de vieilles terreurs sur les réseaux nouveaux. D’après lui, nous serions en pleine croissance de la technognose. Ainsi, le « w » correspondant en hébreu au chiffre 6, beaucoup se préoccuperaient aujourd’hui que le World Wide Web (www) équivale à 666, soit le chiffre de la Bête dans l’Apocalypse de Jean. Le Net, ce serait le filet contre lequel Job se battait déjà. Dans la kabbale, il n’est question, comme sur Internet, que de portails, de codes, de nœuds. Comme dans la gnose, la vieille lutte contre le corps, ses pesanteurs et ses incohérences, est à l’ordre du jour : certains rêvent d’entrer dans le réseau, de devenir téléchargeables, de survivre comme pure information. Pour ces anges New Age, évidemment, notre viande est une gêne. Ils rêvent de n’être que lumière, instantanément diffusée dans un monde sans pesanteur ni animalité.

Les hackers, ces pirates qui contournent les barrières et les mesures de sécurité des systèmes informatiques, sont les chevaliers d’Internet, selon Nicolas Bonnal. Déjouer les plus retorses défenses est leur quête du Graal, aussi interminable que celle des compagnons du roi Arthur. Ce ne serait donc pas un hasard si les jeux de rôles – donjons, dragons et autres occasions de mortels combats – se sont développés sur la Toile de manière spectaculaire. Les ordinateurs se délectent d’anciennes légendes. Ils brassent allégrement Pythagore et la Kabbale, des secrets chiffrés et des mœurs médiévales. On les croyait postmodernes. Ils risquent de se révéler préclassiques.

…Nicolas Bonnal, en dépit de certaines imperfections, met le doigt sur une question importante : le monde hypertechnique est aussi un univers mythologique, régressif, crédule, traversé éventuellement de toutes les hantises et les phobies des âges les plus anciens, celles que l’on avait cru trop vite révolues. Sans doute ne faut-il pas noircir aussitôt le tableau. Il n’est pas vrai que nos disques durs soient truffés de signes maléfiques et nos modems peuplés de gremlins prêts à bondir. Mais il y a une tendance. Une sorte de boucle possible entre l’avenir et le passé. Le futur risque d’être archaïque. On pense à ce mot attribué à Einstein : “Je ne sais pas comment la troisième guerre mondiale sera menée, mais je sais comment le sera la quatrième : avec des bâtons et des pierres.” »