Victor Hugo et les deux ambitions

 

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« Ses partisans le mettent volontiers en parallèle avec son oncle, le premier Bonaparte. Ils disent : « L’un a fait le 18 brumaire, l’autre a fait le 2 décembre ; ce sont deux ambitieux. » Le premier Bonaparte voulait réédifier l’empire d’occident, faire l’Europe vassale, dominer le continent de sa puissance et l’éblouir de sa grandeur, prendre un fauteuil et donner aux rois des tabourets, faire dire à l’histoire : Nemrod, Cyrus, Alexandre, Annibal, César, Charlemagne, Napoléon, être un maître du monde. Il l’a été. C’est pour cela qu’il a fait le 18 brumaire. Celui-ci veut avoir des chevaux et des filles, être appelé monseigneur, et bien vivre. C’est pour cela qu’il a fait le 2 décembre. Ce sont deux ambitieux ; la comparaison est juste. »

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« L’Amérique, fébrile, joue son va-tout pour renverser la vapeur d’un ordre international qu’elle ne contrôle plus mais qu’elle veut encore dominer coûte que coûte. Elle veut l’affrontement pour réinstaller sa préséance face à Moscou, Téhéran et Pékin, cible ultime de l’intimidation. C’est là pourtant un combat profondément à contresens de l’évolution du monde. Affligés du syndrome postmoderne de la vue basse et celui de l’hybris technologique, nous oublions que la vie est longue. »

Caroline Galactéros: «Pourquoi la France ne doit pas s’associer aux frappes en Syrie»

Philippe réagit à l’attaque chimique en Syrie
Les alliés du régime de Damas ont une «responsabilité particulière» dans les «deux» attaques «chimiques» qui «ont eu lieu» contre la ville de Douma, a affirmé mardi le Premier ministre Edouard Philippe, visant notamment sans la nommer la Russie.
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FIGAROVOX/TRIBUNE – Alors que la France s’apprête vraisemblablement à frapper la Syrie, en représailles aux attaques chimiques supposées, Caroline Galactéros plaide pour un sursaut d’indépendance nationale. Selon elle, la France ne doit pas s’aventurer dans une nouvelle coalition.


Docteur en science politique et colonel au sein de la réserve opérationnelle des Armées, Caroline Galactéros est présidente du think tank Geopragma. Auteur du blog Bouger Les Lignes, elle a notamment publié Guerre, Technologie et société (éd. Nuvis, 2014).


La messe semble dite et une atmosphère de veillée d’armes plane sur Paris, tandis que le jeune prince d’Arabie Saoudite quitte la capitale et que notre président est en étroit dialogue avec son homologue américain. La France pourrait, en coordination avec Washington, frapper de manière imminente les forces du régime syrien en représailles d’une nouvelle attaque chimique imputée de manière «très probable» mais en amont de toute enquête, aux forces de l’abominable tyran Assad soutenu par les non moins affreux régimes russe et iranien.

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Il faudrait agir vite, se montrer ferme, intraitable, juste! Il s’agirait là d’un «devoir moral»! On a bien entendu et lu. Le discours moralisateur sur la sauvegarde des civils innocents, pourtant inaudible après sept ans de guerre et de déstabilisation de la Syrie, est toujours le même. C’est là le comble du cynisme en relations internationales, que nous pratiquons pourtant sans états d’âme depuis des décennies. Pendant ce temps, la guerre silencieuse du Yémen continue. Ces civils-là n’existent pas, ne comptent pas.

Mais certaines images de guerre et de civils otages d’une sauvagerie généralisée irritent plus que d’autres nos consciences lasses d’Européens déshabitués de la violence et gonflés d’une prétention à connaître, dire et faire le Bien. Soit.

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Mais agir contre qui? Qui faut-il punir? Le régime de «l’animal Assad», comme l’a appelé Trump? L’Iran? La Russie? Vraiment? Et si ce trio noir que l’on désigne exclusivement depuis des mois à la vindicte populaire internationale n’était qu’un leurre, proposé à notre indignation sélective pour ne pas réfléchir à nos propres incohérences?

Quel serait l’intérêt de la Russie de laisser perpétrer une telle attaque ?

Personne ne se demande pourquoi cette nouvelle attaque chimique arrive maintenant, au moment même où la Ghouta orientale repasse sous contrôle gouvernemental syrien et parachève sa reconquête territoriale, face à des groupuscules rebelles rivaux globalement en déroute et plus que jamais prêts à se vendre au plus offrant pour survivre et espérer compter? Personne ne s’autorise à douter un instant, quand le ministre russe des affaires étrangères rapporte que les observateurs du Croissant rouge syrien envoyés sur place n’ont rien vu ressemblant à une attaque? Serguei Lavrov ment-il carrément au Conseil de Sécurité des Nations unies ou bien faut-il penser que Moscou ne contrôle pas tout ce qui se fait au plan militaire sur le théâtre? Ou que des éléments de l’armée syrienne elle-même agiraient en électrons libres ou auraient été «retournés»? À qui profite le crime? C’est cette vieille question, mais toujours pertinente, qui paraît désormais indécente.

Quel serait pourtant l’intérêt de la Russie de laisser perpétrer une telle attaque, alors que, ne nous en déplaise, bien davantage que notre «Coalition internationale», elle cherche la paix, l’organise pragmatiquement, et est la seule depuis sept ans à engranger quelques résultats qui évidemment contreviennent à nos intérêts et à ceux de nos alliés régionaux?

On semble aussi avoir totalement oublié une donnée fondamentale du conflit: les malheureux civils de la Ghouta, comme ceux des ultimes portions du territoire syrien encore aux mains des «rebelles» djihadistes ou de Daech, sont des boucliers humains, peut-être même, en l’espèce, sacrifiés par ces mêmes apprentis démocrates suppôts d’al-Qaïda et consorts pour entraîner l’Occident dans une guerre ouverte avec Moscou et Téhéran.

Faut-il frapper en Syrie ?
Controverse sur le plateau de Points de Vue après les bombardements chimiques en Syrie.
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Car si l’on quitte le microscope pour la longue-vue, il est permis de décrire à partir de cette dernière séquence syrienne un contexte stratégique global infiniment préoccupant pour l’Europe, et singulièrement pour la France, qui risque de prendre les avant-postes d’une guerre qui n’est pas la sienne, dont elle fera les frais et qui neutralisera durablement l’ambition présidentielle affirmée de prendre le leadership politique et moral de l’Union européenne. Nos amis allemands ou italiens sont d’ailleurs moins cynico-idéalistes, mais plus prosaïques que nous. Ils avancent prudemment, vont et viennent entre Beyrouth et Damas pour pousser leurs pions en cette phase douloureuse et recueilleront les fruits de notre marginalisation radicale quand la reconstruction syrienne arrivera.

La guerre en Syrie a été gagnée militairement par l’armée gouvernementale. Militairement, mais pas politiquement.

La ficelle est si grosse et la pelote si bien déroulée depuis des mois qu’on ne la voit plus en effet. On punit la Russie. On la punit d’être la Russie, déjà, et d’avoir réussi son retour sur la scène mondiale. On la punit de vouloir la paix en Syrie et de chercher à la mettre en musique politiquement à Astana ou à Sotchi. On la punit d’avoir sauvé Damas et son régime diabolisé du dépècement qu’on leur promettait et qui s’est fracassé sur la résilience populaire et gouvernementale syrienne et a déjoué partiellement au moins la confessionnalisation des affrontements politiques et sociaux que l’Occident encourage, sans en comprendre le danger insigne pour ses propres sociétés, et notamment en Europe.

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La guerre en Syrie a été gagnée militairement par l’armée gouvernementale. Militairement, mais pas politiquement. Cette victoire sur le terrain au prix d’une guerre brutale (comme toutes les guerres, même celles menées depuis les airs et qui n’ont de chirurgicales que le nom), nous est proprement insupportable car cela nous force à faire la paix, ce que nul ne veut mis à part… Moscou. Ah, Moscou! L’impudent Vladimir Poutine trop bien réélu qui nous nargue avec sa coupe du monde, où des millions de gens vont découvrir un visage de la Russie qui ne les terrifiera pas.

Et puis derrière Moscou, on vise évidemment Téhéran, dont Israël, en pleine idylle officielle avec le centre mondial du salafisme – l’Arabie saoudite – qui a toutefois opportunément décidé de faire peau neuve, ne peut tolérer l’émergence régionale, tant le niveau sociétal, culturel, technologique et commercial de ce pays lui fait de l’ombre bien au-delà de la seule crainte d’un (dés)équilibre stratégique modifié par sa nucléarisation ultime.

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Bref, nous sommes en train de tomber dans un vaste piège qui se joue sur plusieurs fronts, et de nous ruer, en croyant ainsi exister, sur le premier os qu’on nous jette. De ce point de vue, l’affaire Skripal pourrait bien n’avoir été que le hors-d’œuvre de la séquence actuelle. Elle a posé le premier étage d’une repolarisation politique et sécuritaire de l’Europe autour de Londres, et surtout sous la bannière de l’OTAN. Car c’est là l’ultime manœuvre: remettre au garde-à-vous les Européens qui, depuis l’arrivée de Donald Trump et le Brexit, s’étaient pris à rêver d’une autonomie européenne en matière de politique et de défense… Péril suprême pour le leadership américain sur le Vieux Continent, heureusement contrebalancé par les rodomontades de quelques nouveaux européens qui refusent leur arasement identitaire et mettent à mal tout projet d’affranchissement sécuritaire collectif. Le Secrétaire américain à la défense, le général Mattis, a d’ailleurs été très clair: les Européens doivent en effet consacrer 2 % de leur PIB à la défense, mais pour acheter des armes américaines et demeurer dans l’orbite otanienne évidemment, l’Alliance constituant le cadre naturel et nécessaire de la défense de l’Europe. Fermez le ban!

Nous sommes en train de tomber dans un vaste piège qui se joue sur plusieurs fronts.

Nous sommes donc en train d’être clairement repris en main par l’OTAN, mais on ne s’en rend pas compte car on nous vend la nécessité d’une solidarité sans failles, donc manichéenne, face à une «offensive russe» pour diviser l’Europe (comme si nous n’étions pas assez grands pour nous diviser nous-mêmes) et dominer le Levant. C’était probablement l’objet de l’affaire Skripal comme de la présente montée au front sur la Syrie. La volte-face aujourd’hui même d’Angela Merkel sur le projet Northstream-2 ne fait qu’amplifier cette polarisation. Moscou est poussé à se crisper donc à s’isoler par tous les moyens. Par les sanctions, par les vrais faux empoisonnements d’espions en plein Londres et jusqu’à cette décision allemande qui ne peut que durcir la position russe en Syrie et assurer la montée des tensions, le Kremlin n’ayant plus d’autre alternative que de jouer le tracé Qatari qui passe par la Syrie… Redoutable manœuvre anglo-américaine donc, à laquelle Paris et Berlin semblent ne voir que du feu.

Il faut donc s’y résoudre: l’Amérique d’Obama a vécu. Celle de Trump et de ceux – néoconservateurs de toutes obédiences – qui l’environnent très fermement désormais, a radicalement changé de posture. Certes le président américain annonce son souhait de quitter la Syrie, mais il avoue pouvoir changer d’avis si l’Arabie saoudite payait le coût de cette présence! On ne peut être plus clair et c’était aussi tout le sens de son premier voyage à Riyad au printemps dernier: réassurer l’allié du Quincy (dont le Pacte éponyme était rendu caduc par la nouvelle indépendance énergétique américaine) contre 400 milliards de dollars de contrats pour l’économie américaine. Et puis, tandis qu’il déclare au grand dam de ses généraux et pour tromper son monde qu’il veut partir, il se consolide une vaste zone d’influence américaine à l’est de l’Euphrate avec les FDS arabo-kurdes.

Washington, dans le vaste mouvement de repolarisation du monde, entend en tout état de cause demeurer le môle principal d’arrimage d’un Occident qui doute face à une Chine qui structure à son rythme et via un affrontement de basse intensité mais tous azimuts, un véritable «contre-monde». L’Amérique, fébrile, joue son va-tout pour renverser la vapeur d’un ordre international qu’elle ne contrôle plus mais qu’elle veut encore dominer coûte que coûte. Elle veut l’affrontement pour réinstaller sa préséance face à Moscou, Téhéran et Pékin, cible ultime de l’intimidation. C’est là pourtant un combat profondément à contresens de l’évolution du monde. Affligés du syndrome postmoderne de la vue basse et celui de l’hybris technologique, nous oublions que la vie est longue.

Au-delà, cette affaire, comme d’innombrables autres, met en évidence une évolution dangereuse: la substitution à la réalité non d’une image déformée, mais carrément d’une autre réalité et le retour de la tentation de la guerre préventive préemptive, qui évite d’enquêter. La question est vraiment très grave pour l’essence même de la politique internationale. Préfère-t-on l’image au réel, les fake news à l’analyse, le sensationnalisme à la rigueur?

Alors que voulons-nous? Ce sera bientôt clair: si nous voulons sauver la Syrie, il nous faut surtout ne pas nous joindre à une coalition qui agira hors de tout mandat de l’ONU et qui portera le poids d’une guerre dont le peuple syrien est la dernière roue du carrosse et sera la victime immédiate. La grande question est donc: mais que vient faire Paris dans cette galère? On se trompe comme souvent d’ennemi, d’allié, de posture, de tout en somme. Et si l’on essayait l’audace, le courage et la singularité? Notre siège au Conseil de Sécurité, que guigne l’Allemagne de plus en plus ouvertement, en serait relégitimé. Nous posons-nous seulement la question de notre intérêt national (qui ne se réduit pas à des contrats d’armement) et des raisons pour lesquelles on nous sert ainsi l’injonction d’un alignement sur le thème du Bien contre le Mal et de la guerre préventive?

Dans ce nouveau grand jeu, la France a encore l’opportunité inespérée de compter plus que son poids démographique ou même économique ne le lui permet.

La France est désormais, en Syrie comme ailleurs, au pied du mur. Elle a l’occasion inespérée de faire valoir une approche prudente et rigoureuse, une voix pour la paix, une singularité. Nous avons déjà une influence au plus bas dans la région. Si nous voulons compter de nouveau, nous devons regarder la réalité dans les yeux et admettre que «nous avons eu tout faux» depuis 2011. Il n’est jamais trop tard et notre président peut encore choisir de compter véritablement au regard de l’Histoire et dans le cœur des peuples

Une guerre contre l’Iran et la Russie n’est pas la nôtre. Elle ne correspond nullement aux intérêts stratégiques français, ni à ceux de l’Europe. Nous avons déjà si naïvement collé aux Britanniques qui veulent quitter l’Union, sans preuve et par principe, dans l’affaire Skripal. Pourquoi cette fuite en avant?

Dans ce nouveau grand jeu, la France a encore l’opportunité inespérée de compter plus que son poids démographique ou même économique ne le lui permet, en affirmant une singularité et une cohérence. Plus que jamais le réalisme, aux antipodes du cynisme, doit être le bouclier et la lance de notre nouvelle posture internationale. Il nous rapproche non d’une justice abstraite mais de l’équité et de la clairvoyance. La France n’a pas le droit et aucun intérêt à être malhonnête dans son interprétation des faits. Elle a tout à gagner à la lucidité et elle doit d’urgence montrer au monde comme aux peuples et pouvoirs du Moyen-Orient qu’on ne l’égare ni ne la soumet si facilement.

H. de Balzac : « Eh ! bien, Son Excellence a maintenant la certitude la plus complète que le prétendu Vautrin, logé dans la Maison-Vauquer, est un forçat évadé du bagne de Toulon, où il est connu sous le nom de Trump-la-Mort. »

 

https://beq.ebooksgratuits.com/balzac/Balzac-39.pdf

Et Philippe :

La désolation de Raimondo est à considérer subjectivement et objectivement. Subjectivement, on comprend toute l’amertume du commentateur qui, avec la résurgence du slogan America Firstavait cru à un tournant vers ses conceptions et sa perception du monde, et la sauvegarde de l’Amérique telle qu’il la conçoit et qu’il l’aime… Et il voit ce qu’il en reste ! Objectivement, c’est-à-dire pour notre cas et notre jugement qui sont ceux de l’antiSystème se référant à lui-même, – Delenda Est Systema, – Trump est plus que jamais ce personnage sans la moindre substance, sans la moindre conception, préoccupé de l’immédiat sans s’intéresser à la conséquence, ce président défini d’abord par l’“esprit de la télé-réalité” ; ce président pour lequel chaque observation rimant avec l’accentuation du désordre de l’entité dans laquelle il se trouve, grâce à son comportement, garde toute son actualité. Ceci par exemple, dans le Journal-dde.crisisdu 16 septembre 2017

« Cela a été fait et le “cocktail Molotov humain” fait son travail avec un naturel à ne pas croire : alimenter sans arrêt le désordre. Trump ne réussit rien, il trahit tout, il met tout le monde en fureur et introduit un effet de blocage dans toutes les politiques du fait de ce désordre, une paralysie par excès d’humeur dans “D.C.-la-folle”. Le Rien continue son œuvre de déstructuration par ses semailles sans fin des graines du désordre. »

Pour nous, cela vaudra demain encore, si et quand il aura fait tirer ses cruise missiles sur la Syrie, ou même s’il ne le fait pas. Nous sommes dans une tragédie-bouffe, certes, et la Syrie, et les tromperies sanglantes, et les menaces de guerre en sont la partie tragique ; Trump, lui, c’est la partie-bouffe, et son rôle n’est pas inutile, loin de là.

dedefensa.org

La phrase du jour : « la construction d’un présent où la mode elle-même, de l’habillement aux chanteurs, s’est immobilisée, qui veut oublier le passé et qui ne donne plus l’impression de croire à un avenir, est obtenue par l’incessant passage circulaire de l’information, revenant à tout instant sur une liste très succincte des mêmes vétilles, annoncées passionnément comme d’importantes nouvelles ; alors que ne passent que rarement, et par brèves saccades, les nouvelles véritablement importantes, sur ce qui change effectivement » (Guy Debord).

Tic-tac et Titanic : cela sent le roussi pour les porte-avions US (par Philippe Grasset) !!!

Le Pentagone panique pour ses porte-avions

C’est évidemment à la lumière des déclarations de Poutine du 1er mars dans ce qu’elles disent de la posture actuelle des USA en matière de puissance militaire qu’il faut considérer l’avertissement extrêmement préoccupé que vient de lancer Michael Griffin, le sous-secrétaire à la défense pour la recherche et l’ingénieurerie. Griffin s’attache particulièrement à la Chine, à propos des systèmes d’armes de la catégorie des missiles d’attaque hypersoniques (volant à plus de Mach 5), justement l’un des systèmes d’armes dont Poutine a révélé le développement très avancé sinon sur le point d’être achevé au sein des forces russes.

Griffin prend le cas chinois parce qu’il parle de la vulnérabilité nouvelle et extrême des grands porte-avions d’attaque de l’US Navy face à cette arme, – ce qui semble être une des préoccupations majeures et justifiées de l’US Navy aujourd’hui. Les Chinois sont particulièrement furieux du rôle et des pressions intrusives des groupes de porte-avions US dans les mers qui bordent leurs côtes et ils ont déjà fait largement savoir qu’ils développaient, sinon disposaient d’armes capables de réduire ces monstres de 100 000 tonnes au rôle de sitting ducks exposés au coup fatal qui les enverrait par le fond. Griffin vient donc confirmer aimablement tout cela en lançant un cri d’alarme extrêmement significatif.

C’est le Washington Examiner qui rapporte les propos de cet officiel de très haut rang, lors la conférence annuelle de McAleese-Credit Suisse, consacrée cette année à la défense

« L’ère du porte-avions américain en tant que première puissance militaire navale et de projection de force pourrait prendre fin à moins que les Etats-Unis ne développent des défenses contre la prochaine génération d’armes hypersoniques hyper rapides et très manœuvrables en cours de développement en Russie et en Chine, a annoncé mardi un haut fonctionnaire du Pentagone.

» Michael Griffin, sous-secrétaire à la Défense pour la recherche et l’ingénierie, a déclaré que la Chine consacrait de très gros budgets au développement de versions équipées d’armes conventionnelles de ce système, qui pourraient rendre les porte-avions américains vulnérables aux attaques. “Selon le point de vue budgétaire, on peut évaluer que la Chine a effectué 20 fois plus de tests d’armes hypersoniques que les Etats-Unis au cours de la dernière décennie”, a déclaré M. Griffin lors de la conférence annuelle de McAleese-Credit Suisse sur la défense.

» La Chine en particulier, a-t-il dit, est sur la voie de devenir une puissance mondiale et l’adversaire principal de l’Amérique. “Lorsque les Chinois pourront déployer des systèmes hypersoniques tactiques ou régionaux, ils mettront en péril nos groupements tactiques de combat, ils tiendront toute notre flotte de surface sous la menace d’une destruction, ils mettront en péril nos forces terrestres projetées et déployées sur l’avant”.

» Griffin, qui occupe ses fonctions depuis moins de deux semaines, a déclaré que le développement de défenses contre la menace hypersonique est sa première priorité technique au Pentagone. “Étant sans une capacité de défense adéquate et sans une capacité d’intervention offensive au moins égale, ce que nous avons ainsi laissé faire est la possibilité du développement d’une situation où nos forces déployées [dans le monde] sont directement menacées. Nous ne pouvons pas actuellement créer par nos moyens la même situation chez nos adversaires, nous ne pouvons pas les tenir en respect, et donc notre seule réponse est soit de leur laisser faire ce qu’ils veulent, soit de passer au nucléaire. Eh bien, cela devrait être considéré comme une situation inacceptable pour les États-Unis.” […]

» “L’avantage des systèmes hypersoniques est, en général, quelle que soit leur portée, qu’ils trop rapides pour la défense antimissile et au-delà des capacités de la défense antiaérienne. C’est un créneau auquel nous avons consacré fort peu de moyens ces dernières années et si je devais choisir ma plus haute priorité technique en considérant tous les problèmes existants, cela serait évidemment ces systèmes”, a déclaré Griffin. “Si notre seule réaction est soit de les laisser gagner soit de passer au nucléaire, nous sommes dans de beaux draps. Cela invite nos adversaires à avoir un comportement très dommageable pour nous”. »

Il faut bien mesurer le cas : il s’agit d’une déclaration publique, au cours d’un séminaire de conférences, et d’une de ces conférences ; il s’agit donc d’un texte mûrement préparé et pesé, reflétant une préoccupation majeure et fondamentale. Le poste et la position de Griffin vont aussi dans ce sens de témoigner de la gravité de la préoccupation : le poste de sous-secrétaire pour la recherche et l’ingénieurerie, qu’on peut voir comme un quasi-n°3 du Pentagone, est essentiel dans ce sens qu’il gouverne les choix et l’évolution du développement des nouveaux systèmes et des nouvelles armes. D’autre part, la très récente arrivée de Griffin à ce poste (une dizaine de jours) semble montrer que le texte ne vient pas directement de lui, même s’il l’endosse complètement et effectue la mission de “lanceur d’alerte” (whistleblower !), donc qu’il s’agit d’une préoccupation qui concerne le Pentagone dans son entièreté. Tout cela nous permet de mesurer le degré de préoccupation-panique du susdit Pentagone.

On tiendra comme plus importante cette déclaration que la révélation qui s’est faite progressivement, depuis plusieurs années, des capacités chinoise (tenons-nous en au cas chinois) de plus en plus affirmées de faire peser un danger mortel d’anéantissement de la flotte US, au milieu des querelles, des tensions, des provocations, bref de la situation crisique endémique régnant dans les mers bordant la Chine où la VIIème Flotte de l’US Navy croise en permanence. Il s’agit par ailleurs, quelles que soient les responsabilités chinoises, d’une situation générale du monde créée par l’affirmation ex abrupto et assurée d’une unctio divina que les USA, et particulièrement l’US Navy, ont à la fois le droit et le devoir de faire régner l’ordre, – leur ordre, dit Pax Americana, – partout dans le monde, notamment sur les mers du globe, notamment près des côtés de leurs adversaires potentiels les plus puissants. Mais aujourd’hui, les énormes monstres de 100 000 tonnes paradant au large des côtes des uns et des autres commencent à avoir des allures de monstrueux sitting ducks, à la fois ridicules et pathétiques, et le Pentagone commence à geindre selon son habitude… Si on lui demande, au Pentagone, “Qui t’a fait roi ?”, – et ici, ce serait plutôt “Qui t’a fait cocu ?”, – il ne comprend tout simplement pas le sens de la question…

Sa responsabilité est pourtant considérable. Le Pentagon n’a rien vu venir parce que le Pentagone est incapable de voir et de faire deux choses à la fois. Redirigé complètement avec 9/11 sur “la guerre contre la Terreur” avec toutes ses magouilles, il a laissé en friche le champ de développement des systèmes conventionnels, au contraire de ses rivaux chinois et russes qu’il observait distraitement, avec un mépris écrasant et une arrogance à mesure, estimant que les porte-avions d’attaque et le JSF/F-35 suffiraient à faire se tenir tranquille cette basse-cour de sauvages-barbares reculés pendant qu’on les ferait basculer dans la musette exceptionnaliste-US grâce aux “révolutions de couleur”/regime change et à la guerre de communication que l’Amérique mène depuis l’origine, étant communication et guerre en-soi et en substance, –  si l’on peut parler de substance dans son cas…

Le Pentagone est donc pris une fois de plus au dépourvu. La “nouvelle stratégie” déterminée par l’administration Trump (par le Pentagone) déclare terminée “la guerre contre la Terreur”, et décidé le retour aux possibles-probables (inévitables ?) conflits de haut niveau, conventionnel avec frôlements nucléaires éventuels, contre le couple diabolique Chine-Russie. C’est justement ce qu’évoque Griffin : actuellement, si l’US Navy est confrontée à cette menace qui existe quasiment d’ores et déjà, elle ne pourra rien faire, sinon passer au nucléaire. Partout, la situation est semblable, parce que partout les USA se sont laissés distancer dans ce domaine des armes conventionnelles de haut niveau.

Aussitôt se pose la question à $64 000 : au fait, pourront-ils rattraper leur retard ? Et notre réponse est bien entendu que nous en doutons fortement. Deux arguments fondamentaux alimentent ce doute : l’argent et le technologisme.

• L’argent d’abord, the money, les $billions & $trillions si chers au cœur et à l’esprit de l’époque. Le Pentagone déborde de fric : plus de $700 milliards officiels, autour de $1 200 milliards réels l’an. Même si on l’alimente encore plus après la formidable augmentation (+15%) de l’année fiscale qui commence en octobre, on ne changera pas grand’chose pour le développement et la production de moyens de défense dont nul ne sait quelle forme ils pourraient prendre, sinon éventuellement les ralentir. On sait que le pic d’efficacité ayant été atteint et dépassé depuis longtemps pour la pente du gaspillage et de la corruption, toute augmentation du budget relève aujourd’hui du phénomène de la “croissance vide que nous définissions de la sorte :

« Il y a donc surtout, selon nous, ce phénomène non encore identifié et d’ailleurs difficilement quantifiable de perversion fondamentale, qui est que l’apport d’argent supplémentaire a conduit à l’accroissement des facteurs négatifs (redondances, gaspillages, corruption, etc.) et a contribué à réduire encore les capacités existantes ; nous parlerions alors de “croissance créatrice de vide”, ce qui implique un renversement subversif du processus habituel du Système, rencontrant à ce niveau, et dans les conditions propres au processus, le désormais habituel parallélisme entre surpuissance et autodestruction du Système, avec le renforcement constant du facteur “autodestruction”. »

• Les limites désormais atteintes du technologisme dans sa fonction d’efficacité de fonctionnement pour des systèmes soumis aux grandes contraintes de la nature du monde (le vent, les nuages, le ciel, la pluie, etc.), hors de l’environnement encoconné et sanitized de l’ensemble informatique-réseau, – ce qu’on pourrait nommer “technologisme-sanitized ou technologisme-simulacre. Ces limites ont été atteintes sans aucun doute et pour l’instant exclusivement aux USA et au Pentagone, premiers en tout, comme on le voit avec les catastrophiques avatars du F-35, de la frégate DDG-1000 classe Zumwalt, du nouveau porte-avions USS Gerald Ford dont la principale innovation, les catapultes construites à partir des technologies-sanitized, a montré un fonctionnement si erratique que le gros bateau est pour l’instant d’une opérationnalité plus que douteuse. Pour cette raison, nous ne croyons plus, ni le Pentagone, ni les USA capables d’un “crash program” comme la bombe atomique pendant la guerre, ou le programme Apollo des années 1960. Par conséquent, selon nous, aucune chance, ni de rattraper leur retard sur leurs concurrents, ni et encore moins de créer une défensive efficace contre leurs capacités.

Ce qui est étrange, et si américaniste finalement, c’est que Griffin n’a évoqué que deux possibilités : ou bien observer les Chinois faisant ce qu’ils veulent dans les eaux proches de leurs côtes, sans pouvoir intervenir alors qu’on se trouve soi-même dans ces “eaux proches” ; ou bien monter au nucléaire. Il n’en a pas évoqué une troisième : que les USA se retirent d’où personne ne veut d’eux et que l’U.S. Navy se contente de faire des ronds dans l’eau dans le Golfe du Mexique ou au large de San Diego, dans le cadre d’une doctrine Monroe réduite aux acquêts postmodernes. Les USA étant un empire sérieux, celui de Rome en mieux, il n’est pas question de s’attarder à ces broutilles. Aucune des options ne sera donc retenue et l’on continuera à se chamailler, à hurler dans le désordre, à accuser les Russes, à faire des auditions au Congrès, et le processus de l’effondrement se poursuivra. Le prochain grand porte-avions sera baptisé USSCollapsus, ce qui fait plus sérieux que USS Titanic.

 

Mis n ligne le 8 mars 2018 à 10H04