Un lecteur commente les Who mieux que nous !

 

 

Les Who sont les seuls à avoir cru à la Musique qu’ils faisaient. Elle est tellement au dessus de celle des scarabées et des pierres que quarante ans après c’est une évidence. Je ne les trouvent même pas trop précurseurs, seulement des génies. Ils incarnent comme aucun groupe les épopées du rock anglais passant par le psychédélique, pour finir en phénomène de foire, là où ils s’arrêtèrent d’ailleurs.

 

https://en.wikipedia.org/wiki/Who%27s_Next

https://en.wikipedia.org/wiki/Pete_Townshend

Hollywood et le révolte des petits blancs

Hollywood et le révolte des petits blancs

 

Il faut de la vaseline pour tout le monde (Serge de Beketch).

Il y a un marché pour tout (Patrick Ravarino)

Déclin de la classe moyenne blanche, sacrifiée par son élite sur le grand hôtel – sic – de la mondialisation… Figurez-vous qu’Hollywood est bonne mère et qu’elle pense à tous les petits blancs laissés-pour-compte de la mondialisation. La comédie est romantique pour la quadra (qui rêve de se remarier, voyez must love dogs, Rodanthe) et elle est noire, satirique pour les ex-machos qui voient dans la vie moderne comme un désert des tartares qui mérite son nom…

Abonnés au nouvel observateur, ouvrez enfin les yeux ! Votre vie est minable, et vos aspirations aussi ! Bernanos avait raison, votre monde dit moderne est un monde de ratés !

 

Remarquez, on avait commencé avec Rusty James, alias Rumble Fish, où notre père à tous, Dennis Hopper, se plaignait que son fils Mickey Rourke eût trop d’acuité de perception et manquât d’espace vital (tel quel dans ce script extrémiste)…

 

Commençons notre énumération donc.

 

Hot Tub time machine : un trio de bien ratés retourne au Colorado dans une minable station de ski. Ils remontent le temps dans un jacuzzi et le plus déjanté (un vrai cochon joué par un acteur anglais digne de Trainspotting) d’entre eux prendra sa revanche. A recommander à ceux qui comme moi ont détesté les années Reagan et Mitterrand dont on voit ici qu’il ne reste pas grand-chose. Ce monde libéral trop avancé  ne laissera rien que des débris sur son passage. Ce film est de très mauvais goût et ne peut être conseillé qu’aux lecteurs à l’estomac solide (grand moment avec un écureuil qui se prend la gerbe du siècle)…

 

Wedding crashers : deux avocats plus ou moins véreux, quadras mal requinqués et surtout adulescents mal réveillés, vont à des mariages mal se comporter. Mais la chance tourne  et ils vont pouvoir épouser deux vaches de sœurs, les propres filles du secrétaire d’Etat aux finances. Ce film unique jouit de dialogues paillards et insolents, de Christopher Walken, réalisation de Steven Dobkin, docteur ès-chutzpah.

 

The ugly truth, avec l’ineffable acteur écossais Gérard Butler, le Léonidas de 300 : un macho rigolo réussit à monter dans les sondages grâce à un programme télé de mauvais goût et provocant. Sa productrice BCBG ne s’en remettra pas et tombe raide !

 

The good girl : une caissière fatiguée de supermarché du Midwest (Jennifer Aniston en personne) pète un câble, trompe son beauf de mari à bière et part avec un raté. On vous rassure, tout se passe au plus mal, mais est-ce si grave ?

 

The bounty hunter : toujours avec Butler, soutien efficace du lobby AIPAC… Ici, un chasseur de primes crado fait la chasse à son ex pour récupérer ses dettes. On découvre la laideur presque comique d’Atlantic City et des casinos de ce presque pauvre Donald Trump ; et rien que pour cela on recommande ce nanar de troisième catégorie !

 

Moralité : Happy days, c’est lointain !

Diabolisation ; que se passera-t-il quand les États-Unis gèleront les actifs en dollars russes ?

Que se passera-t-il si les États-Unis gèlent les actifs en dollars russes ?

La position russe par rapport à l’irréelle agressivité occidentale et américaine est parfois incompréhensible. Mes collaborateurs de pravdareport.com posent alors cette juste question : les banquiers russes proches du FMI se laisseront-ils plumer sans réagir et pourquoi ?

La Banque de Russie détient un tiers de ses actifs en devises aux États-Unis. Les États-Unis peuvent imposer des sanctions à la banque. Auparavant, les États-Unis avaient gelé les avoirs du Fonds national du Kazakhstan, ce qui laisse supposer que les réserves de la Russie pourraient également se trouver dans une situation similaire.

Compte tenu de la situation actuelle dans les relations américano-russes, les investissements de la Banque de Russie en actifs en dollars semblent risqués. Cependant, si les actifs d’or et de devises russes sont gelés à cause de sanctions, cela deviendra une déclaration de guerre, a déclaré le président de la Fondation pour la recherche économique, l’économiste et publiciste Mikhaïl Khazine dans une interview à Pravda.Ru.

« Environ un tiers des actifs en or et en devises de la Banque de Russie se trouvent aux États-Unis, peuvent-ils être gelés en raison de nouvelles sanctions? »

« Techniquement, ils peuvent l’être, et le Kazakhstan est un exemple: pratiquement, une telle décision sera la déclaration de guerre, et la déclaration de guerre déclenchera immédiatement toute une série de problèmes divers. »

« Les Etats-Unis peuvent-ils le faire? »

« Ils l’ont fait au Kazakhstan. »

« Pourquoi la Russie n’anticipe-t-elle pas un tel développement? »

« C’est une question difficile, il faut comprendre que les gens du gouvernement russe et de la banque centrale choisissent toujours le FMI entre le FMI et les intérêts russes. »

« Que devrions-nous faire pour ne pas les laisser geler nos actifs? »

« C’est un système de manœuvres très complexe, mais il est possible de surmonter cela. »

« Les experts disent qu’il est inutile pour la Russie d’abandonner complètement les investissements aux États-Unis, car cela pourrait ruiner la cote d’investissement. »

« Nous avons besoin de la notation de l’investissement pour recevoir des investissements étrangers – c’est ce qui compte pour l’économie russe: c’est une erreur, car il est déjà clair que l’investissement étranger ne fait pas bouger l’économie russe. où la notation jouera un rôle auxiliaire.

« Le système, dans lequel nous avons été délibérément implantés, pour que nous accordions la priorité à l’investissement étranger, s’appelle le Consensus de Washington, il a été inventé spécialement pour les anciens pays socialistes, il est temps que la Russie s’en retire. des personnes occupant des postes clés en Russie, qui placent les intérêts du FMI au-dessus des intérêts de la Russie.
See more at http://www.pravdareport.com/russia/economics/12-01-2018/139687-0/

Frithjof Schuon : comment la culture humaniste bourgeoise a décapité l’homme occidental

Frithjof Schuon : comment la culture humaniste bourgeoise a décapité l’homme occidental

 

la culture humaniste, en tant qu’elle fait fonction d’idéologie et partant de religion, consiste essentiellement à ignorer trois choses : premièrement, ce qu’est Dieu, car elle ne lui accorde pas la primauté ; deuxièmement, ce qu’est l’homme, car elle le met à la place de Dieu ; troisièmement, ce qu’est le sens de la vie, car cette culture se borne à jouer avec les choses évanescentes et à s’y enfoncer avec une criminelle inconscience. En définitive, il n’y a rien de plus inhumain que l’humanisme du fait qu’il décapite pour ainsi dire l’homme : voulant en faire un animal parfait, il arrive à en faire un parfait animal ; non dans l’immédiat — car il a le mérite fragmentaire d’abolir certains traits de barbarie – mais en fin de compte, puisqu’il aboutit inévitablement à « rebarbariser » la société, tout en la « déshumanisant » ipso facto en profondeur. Mérite fragmentaire, avons-nous dit, car l’adoucissement des mœurs n’est bon qu’à condition de ne pas corrompre l’homme, de ne pas déchaîner la criminalité ni d’ouvrir la porte à toutes les perversions possibles.

Au XIXe siècle on pouvait encore croire à un progrès moral indéfini ; au XXe siècle ce fut le réveil brutal, il fallut se rendre à l’évidence qu’on ne peut améliorer l’homme en se contentant de la surface tout en détruisant les fondements.

 

Frithjof Schuon, Avoir un centre, p.30.

Les meilleurs épisodes de Star Trek (Nicolas Bonnal prépare un livre sur Star Trek – et sur Sénèque d’ailleurs)

Star trek – les meilleurs épisodes

 

Créée par des as de l’aviation, des services secrets et de la maçonnerie initiatique (on évoqua les bnai’brith, chapeau si c’est vrai !), la série Star Trek nous a toujours émerveillés, au moins de 1967 à 1969. Enfin disponible à un prix raisonnable sur Amazon.co.uk., nous l’avons acquise et décidé d’écrire un livre sur cette série légendaire (la meilleure avec le prisonnier, tourné la même années), qui mêlera tout, ésotérisme, mythologie, bible, histoire, épopée, érotisme et même (pourquoi pas ?) raison. Embarquement immédiat pour les utopies gnostiques de la télé vision !

Mise en bouche avec nos dix épisodes préférés :

 

La ménagerie I et II

Un capitaine mutilé et handicapé veut revivre de superbes aventures amoureuses dans la planète des illusions. Spock décide de mutiner pour l’y emmener, car la vie n’est-elle pas un rêve (baroque en l’occurrence) ?

Métamorphose – Cochrane

Sublime épisode où l’on voit un nuage posséder un cosmonaute amoureusement. Il le fait survivre pendant des centaines d’années avant de pouvoir reprendre une forme humaine avec une belle mourante amenée par Kirk. « Je t’apparaîtrai sous la forme de la nuée », dit la Bible.

Charlie X

Un adolescent perdu, frustré aux grands pouvoirs devient tyran à bord du vaisseau. Son nom est-il une allusion à notre histoire de France ?

Fraternitaire

Une planète nazie, ni plus ni moins, créée par l’ancien professeur d’histoire de Kirk. Spock ajoute que ce fut «le système le plus efficace de l’histoire du monde ». Episode censuré en Allemagne.

Amok time – mal du pays

Saison des amours pour Spock. On découvre enfin la planète Vulcain, mélange de génie juif et chinois, et qui dégage pourtant une bonne barbarie ressourçant Kirk.

Apollon – Adonis

Notre préféré. Apollon existe et il regrette les hommes qu’il avait dessiné pour l’adorer, il tente alors de retenir l’équipage sur sa planète. Mais le capitaine Kirk n’est pas d’accord, avant de regretter sa prompte décision !

Unité M. Computer – Daystrom

Episode central, proche de 2001 ! L’ordinateur-Golem est installé à bord du vaisseau, et il détraque tout. Mais qui diable nous débarrasser de ces Golems dit-il nez perché dix heures par jours sur son écran d’ordinateur ?

Les derniers tyrans – space seed

Episode superbe avec l’acteur hispano-mexicain Montalban. Une race de surhommes rebelles est retrouvée et s’empare du vaisseau. On les en chasse, mais ils sortent la tête haute. Encore un épisode terriblement politiquement incorrect. Mais pourquoi donc ?

Requiem pour Mathusalem

L’homme éternel existe, il a été Brahms et Leonard de Vinci et d’autres aussi. Il a créé une planète de rêve mais souffre de solitude, alors il se fabrique des Schéhérazade. Mais comme les machines  blondes deviennent sentimentales…

La route de l’Eden.

On recrute des hippies de l’espace qui sèment la pagaille à bord. Spock ne les apprécie pas mais il aime et comprend leur quête spirituelle. Tous à Katmandou ! Nota : on se moque d’un certain Herbert, figure autoritaire, allusion rigolote à Marcuse bien sûr.

 

Sherlock Holmes (par Billy Wilder) : il se drogue, il prend homo les bonnes questions, et il se lamente de son époque : un dépressif des années 70 ?

La vie privée de Sherlock Holmes. BIllyWilder. 1970. Musique de Miklos Rozsa.

Chris Hedges et la dégénérescence américaine

 

Est-ce inévitable, et surtout est-ce forcément un bien ? On lit cette synthèse compétente et un petit peu trop dramatique :

 

L’empire américain prend fin. L’économie américaine est drainée par les guerres au Moyen-Orient et une vaste expansion militaire dans le monde entier. Il en résulte des déficits croissants, ainsi que les effets dévastateurs de la  désindustrialisation et les accords commerciaux mondiaux. Notre démocratie a été capturée et détruite par des entreprises qui demandent constamment plus de réductions d’impôts, plus de déréglementation et d’impunité des poursuites pour des actes massifs de fraude financière, tout en pillant des trillions du trésor américain sous la forme de renflouements. La nation a perdu le pouvoir et le respect nécessaires pour inciter les alliés en Europe, en Amérique latine, en Asie et en Afrique à faire leur travail.

 

 

.

 

L’empire continuera à perdre de l’influence jusqu’à ce que le dollar tombe en tant que  monnaie de réserve mondiale, plongeant les États-Unis dans une dépression paralysante et forçant instantanément une contraction massive de sa machine militaire.

 

Le vide global que nous laisserons derrière nous sera comblé par la Chine, qui s’établit déjà en tant que géant économique et militaire, ou peut-être qu’il y aura un monde multipolaire gravé entre la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil, la Turquie, l’Afrique du Sud et quelques autres États.

 

Dans chaque domaine, de la croissance financière et de l’investissement dans les infrastructures à la technologie de pointe, y compris les superordinateurs, l’armement spatial et la cyber-guerre, nous sommes rapidement dépassés par les Chinois.

La Chine est devenue la deuxième économie mondiale en 2010, la même année, elle est devenue la principale nation manufacturière du monde, écartant les États-Unis qui ont dominé la fabrication mondiale depuis un siècle.

 

Le ministère de la Défense a émis un rapport sobre intitulé « À notre propre péril : l’évaluation du risque de DoD dans un monde post-Primacy». Il a constaté que l’armée américaine «ne jouit plus d’une position inattaquable par rapport aux concurrents de l’État» et «il ne peut plus … générer automatiquement une supériorité militaire locale cohérente et soutenue à portée de main. « McCoy prédit que l’effondrement sera prévu d’ici 2030.

 

Les empires en désintégration embrassent un suicide presque volontaire. Aveuglés par leur ardeur et incapables de faire face à la réalité de leur puissance décroissante, ils se retirent dans un monde fantastique où les faits durs et désagréables ne s’immiscent plus. Ils remplacent la diplomatie, le multilatéralisme et la politique par des menaces unilatérales et par l’instrument brutal de la guerre.

Cette auto-illusion collective a vu les États-Unis faire la plus grande erreur stratégique dans son histoire, qui a sonné comme le glas de l’empire, l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak. Les architectes de la guerre dans la Maison Blanche George W. Bush et la série d’idiots utiles dans la presse et les milieux universitaires qui les ont animés, connaissaient très peu les pays envahis, étaient incroyablement naïfs sur les effets de la guerre industrielle et ont été aveuglés par le retour féroce. Ils ont déclaré, et ont probablement cru, que Saddam Hussein avaient des armes de destruction massive, bien qu’elles n’avaient aucune preuve valable pour étayer cette affirmation. Ils ont insisté pour que la démocratie soit implantée à Bagdad et répandue dans tout le Moyen-Orient. Ils ont assuré au public que les troupes américaines seraient saluées par les Irakiens et les Afghans reconnaissants en tant que libérateurs. Ils ont promis que les recettes pétrolières couvriraient le coût de la reconstruction. Ils ont insisté pour que la grève militaire audacieuse et rapide – «choc et émoi» – restaurerait l’hégémonie américaine dans la région et la domination dans le monde. Il a fait le contraire. Comme l’a  noté Zbigniew Brzezinski  , cette « guerre unilatérale de choix contre l’Irak a précipité une délégitimation généralisée de la politique étrangère des États-Unis ».

 

Les historiens de l’empire appellent ces fiascos militaires, une caractéristique de tous les empires tardifs, des exemples de «micro-militarisme». Les athéniens engagés dans le micro-militarisme lors de la guerre du Péloponnèse (431-404 av. J.-C.) ont envahi la Sicile et ont subi la perte de 200 des navires et des milliers de soldats et déclenchant des révoltes dans tout l’empire. La Grande-Bretagne l’a fait en 1956 quand elle a attaqué l’Égypte dans un conflit sur la nationalisation du canal de Suez et a rapidement dû se retirer en humiliant, habilitant une série de leaders nationalistes arabes tels que l’Egyptien Gamal Abdel Nasser et condamnant la domination britannique sur les quelques restes de la nation colonies. Aucun de ces empires ne s’est rétabli.

 

« Alors que les empires croissants sont souvent judicieux, même rationnels dans leur application de la force armée pour la conquête et le contrôle des dominions d’outre-mer, les empires qui s’écoulent sont enclins à considérer les émotions de pouvoir, en souriant des frappes militaires audacieuses qui récupéreraient le prestige et le pouvoir perdus, « Écrit McCoy. « Souvent irrationnel, même d’un point de vue impérial, ces opérations micro-militaires peuvent entraîner des dépenses d’hémorragie ou des défaites humiliantes qui n’accélèrent que le processus déjà en cours ».

Les empires ont besoin de plus que de la force pour dominer d’autres nations. Ils ont besoin d’une mystique. Cette mystique, un masque pour le pillage, la répression et l’exploitation impériaux, séduit certaines élites indigènes, qui sont disposées à faire l’appel du pouvoir impérial ou au moins restent passives. Et il fournit une patine de civilité et même de noblesse pour justifier à la maison les coûts du sang et de l’argent nécessaires pour maintenir l’empire.

La perte de la mystique est paralysante. Il est difficile de trouver des suppléants souples pour administrer l’empire, comme nous l’avons vu en Irak et en Afghanistan. Les photographies d’abus physique et d’humiliation sexuelle imposées aux prisonniers arabes à Abu Ghraib ont enflammé le monde musulman et ont nourri Al-Qaïda et plus tard l’Etat islamique avec de nouvelles recrues. L’assassinat d’ Osama bin Laden et d’une foule d’autres dirigeants djihadistes, y compris le citoyen américain  Anwar al-Awlaki, se moquait ouvertement de la notion de règle de droit. Les centaines de milliers de morts et millions de réfugiés qui fuient nos débats au Moyen-Orient, ainsi que la menace presque constante des drones aériens militarisés, nous ont exposés en tant que terroristes d’état. Nous avons exercé au Moyen-Orient le penchant de l’armée américaine pour des atrocités répandues, des violences indiscriminées, des mensonges et des erreurs de calcul, des actions qui ont mené à notre défaite au Vietnam.

 

La brutalité à l’étranger s’accompagne d’une brutalité croissante à la maison. Les armes de police militarisées sont en grande partie désarmées, les pauvres de couleur et remplissent un système de pénitenciers et de prisons qui représentent 25% des prisonniers du monde, bien que les Américains ne représentent que 5% de la population mondiale. Beaucoup de nos villes sont en ruine. Notre système de transport public est une honte. Notre système éducatif est fortement en baisse et privatisé. La dépendance aux opioïdes, le suicide, les fusillades de masse, la dépression et l’obésité morbide nuisent à une population qui est tombée dans un profond désespoir. La profonde désillusion et la colère qui ont conduit à Donald Trump – une réaction au coup d’état corporatif et à la pauvreté qui touchent au moins la moitié du pays – ont détruit le mythe d’une démocratie fonctionnelle. Les tweets et la rhétorique présidentiels célèbrent la haine, le racisme et provoquent les faibles et les vulnérables. Le président dans une adresse devant les Nations Unies a  menacé d’effacer  une autre nation en un acte de génocide. Nous sommes des objets mondiaux de ridicules et de haines. Le pressentiment pour le futur s’exprime dans l’émoi de films dystopiques, de films qui ne perpétuent plus la vertu et l’exceptionnalité américaines ni le mythe du progrès humain.

 

« La disparition des États-Unis comme la puissance mondiale prééminente pourrait venir beaucoup plus rapidement que ne l’imagine », écrit McCoy. « En dépit de l’aura de l’omnipotence, les empires se projettent souvent, la plupart sont étonnamment fragiles, sans la force inhérente même à un État-nation modeste. En effet, un coup d’œil à leur histoire devrait nous rappeler que les plus grands sont susceptibles d’être effondrés de diverses causes, les pressions fiscales étant habituellement un facteur primordial.

Lorsque les revenus diminuent ou s’effondrent, McCoy souligne que « les empires deviennent fragiles ».

« Si délicat est leur écologie du pouvoir qui, lorsque les choses commencent à se tromper, les empires se déroule régulièrement avec une vitesse impie: juste un an pour le Portugal, deux ans pour l’Union soviétique, huit ans pour la France, onze ans pour les Ottomans, dix-sept pour la Grande-Bretagne et, selon toute vraisemblance, seulement vingt-sept ans pour les États-Unis, compte tenu de l’année cruciale de 2003 [lorsque les États-Unis ont envahi l’Irak] », écrit-il.

Beaucoup des 69 empires estimés qui ont existé au cours de l’histoire ont manqué de leadership compétent dans leur déclin, ayant cédé le pouvoir à des monstruosités telles que les empereurs romains Caligula et Nero. Aux États-Unis, les rênes de l’autorité peuvent être à la portée du premier dans une ligne de démagogues dépravés.

« Pour la majorité des Américains, les années 2020 seront probablement rappelés comme une décennie décennale de la hausse des prix, des salaires stagnants et de la flambée de la compétitivité internationale », écrit McCoy.

Une élite discréditée, suspecte et même paranoïde dans un âge de déclin, verra les ennemis partout. L’éventail d’instruments créés pour la surveillance mondiale de la domination-gros, l’éviscération des libertés civiles, les techniques de torture sophistiquées, la police militarisée, le système pénitentiaire massif, les milliers de drones et de satellites militarisés seront employés dans la patrie…

 

On pourra relire Après l’empire d’Emmanuel Todd, qui évoque ce micro-militarisme théâtral…

 

Magouilles et spéculation : les bonnes pages du Bossu de Paul Féval

 

Les bonnes pages du Bossu

 

 

Ce fut une étrange époque. Je ne sais si on peut dire qu’elle ait été calomniée. Quelques écrivains protestent çà et là contre le mépris où généralement on la tient, mais la majorité des porteplumes cria haro ! Avec un ensemble étourdissant. Histoire et mémoires sont d’accord.

En aucun autre temps, l’homme, fait d’un peu de boue, ne se souvint mieux de son origine. L’orgie régna, l’or fut Dieu.

En lisant les folles débauches de la spéculation acharnée aux petits papiers de Law, on croit en vérité assister aux goguettes financières de notre âge.

Seulement, le Mississipi était l’appât unique. Nous avons maintenant bien d’autres amorces ! La civilisation n’avait pas dit son dernier mot. Ce fut l’art enfant, mais un enfant sublime.

 

Nous sommes au mois de septembre de l’année 1717.

Dix-neuf ans se sont écoulés depuis les événements que nous venons de raconter aux premières pages de ce récit.

Cet inventeur qui institua la banque de la Louisiane, le fils de l’orfèvre Jean Law de Lauriston, était alors dans tout l’éclat de son succès et de sa puissance. La création de ses billets d’État, sa banque générale, enfin sa Compagnie d’Occident, bientôt transformée en Compagnie des Indes, faisaient de lui le véritable ministre des finances du royaume, bien que M. d’Argenson eût le portefeuille.

Le Régent, dont la belle intelligence était profondément gâtée par l’éducation d’abord, ensuite par

les excès de tout genre, le Régent se laissa prendre, dit-on, de bonne foi, aux splendides mirages de ce poème financier. Law prétendait se passer d’or et changer tout en or.

Par le fait, un moment arriva où chaque spéculateur, petit Midas, put manquer de pain avec des millions en papier dans ses coffres.

Mais notre histoire ne va pas jusqu’à la culbute de l’audacieux Écossais, qui, du reste, n’est point un de nos personnages. Nous ne verrons que les débuts éblouissants de sa mécanique.

 

Au mois de septembre 1717, les actions nouvelles de la Compagnie des Indes, qu’on appelait des filles, par opposition aux mères qui étaient les anciennes, se vendaient à cinq cents pour cent de prime.

Il nous faut bien dire un mot de cette fête. C’était l’Écossais Law qui en avait eu l’idée, et c’était aussi l’Écossais Law qui en faisait les frais énormes. Ce devait être le triomphe symbolique du système, comme on disait alors, la constatation officielle et bruyante de la victoire du crédit sur les espèces monnayées. Pour que cette ovation eût plus de solennité, Law avait obtenu que Philippe d’Orléans lui prêtât les salons et les jardins du Palais-Royal.

Bien plus, les invitations étaient faites au nom du Régent, et, pour ce seul fait, le triomphe du dieu-panier devenait une fête nationale.

 

Law avait mis, dit-on, des sommes folles à la disposition de la maison du régent, pour que rien ne manquât au prestige de ces réjouissances. Tout ce que la prodigalité la plus large peut produire en fait de merveilles devait éblouir les yeux des invités. On parlait surtout du feu d’artifice et du ballet. Le feu d’artifice, commandé au cavalier Gioia, devait représenter le palais gigantesque bâti, en projet, par Law sur les bords du Mississipi. Le monde, on le savait bien, ne devait plus avoir qu’une merveille : c’était ce palais de marbre, orné de tout l’or inutile que le crédit vainqueur jetait hors de la circulation.

Un palais grand comme une ville, où seraient prodiguées toutes les richesses métalliques du globe !

L’argent et l’or n’étaient plus bons qu’à cela.

Le ballet, œuvre allégorique dans le goût du temps, devait encore représenter le crédit, personnifiant le bon ange de la France et la plaçant à la tête des nations. Plus de famines, plus de misère, plus de guerres ! Le crédit, cet autre messie envoyé par Dieu clément, allait étendre au globe entier les délices reconquis du paradis terrestre.

Après la fête de cette nuit, le crédit déifié n’avait plus besoin que d’un temple. Les pontifes existaient d’avance.

Il ouvrit son portefeuille, et jeta sur la table un gros paquet de lettres roses, ornées de ravissantes vignettes qui toutes représentaient, parmi des Amours entrelacés et des fouillis de fleurs, le Crédit, le grand Crédit, tenant à la main une corne d’abondance. On fit le partage.

 

 

A ces époques où règne la contagion de l’agio, l’agio se fourre partout, rien n’échappe à son envahissante influence. De même que vous voyez dans les bas quartiers du négoce les petits enfants, marchant à peine, trafiquer déjà de leurs jouets et faire l’article en bégayant sur un pain d’épice entamé, sur un cerf-volant en lambeaux, sur une demi douzaine de billes ; de même, quand la fièvre de spéculer prend un peuple, les grands enfants se mettent à survendre tout ce qu’on recherche, tout ce qui a vogue : les cartes du restaurant à la mode, les stalles du théâtre heureux, les chaises de l’église encombrée. Et ces choses ont lieu tout uniment, sans que personne ne s’en formalise.

 

Gonzague fut jaloux. Pour le consoler, au sortir d’un autre souper, le Régent lui accorda, pour l’hôtel de Gonzague, le monopole des échanges d’actions contre marchandises, C’était un cadeau étourdissant. Il y avait là-dedans des montagnes d’or.

Ce qu’il fallait d’abord, c’était faire de la place pour tout le monde, puisque tout le monde devait payer et même très cher. Le lendemain du jour où la concession fut octroyée, l’armée des démolisseurs arriva, On s’en prit d’abord au jardin. Les statues prenaient de la place et ne payaient point, on enleva les statues ; les arbres ne payaient point et prenaient de la place, on abattit les arbres.

 

Ce matin où nous entrons pour la première fois à l’hôtel, l’œuvre de dévastation était à peu près achevée. Un triple étage de cages en planches s’élevait tout autour de la cour d’honneur. Les vestibules étaient transformés en bureaux, et les maçons terminaient les baraques du jardin. La cour était littéralement encombrée de loueurs et d’acheteurs.

 

– C’est que la fête sera splendide, messieurs, dit Gonzague ; tous ceux qui seront là auront leur brevet de fortune ou de noblesse. Je ne pense pas qu’il soit entré dans la pensée de monsieur le Régent de livrer ces crédules à la spéculation ; mais ceci est le petit malheur des temps, et, ma foi ! je ne vois point de mal à ce que Bois- Rosé ou l’abbé fassent leurs affaires avec ces bagatelles.

– Dussent les salons du Régent, fit observer Chaverny, s’emplir cette nuit de courtiers et de trafiquants !

– C’est la noblesse de demain, répliqua Gonzague, le mouvement est là ! Chaverny frappa sur l’épaule d’Oriol.

 

Saint Augustin et la catastrophe spectaculaire-télévisuelle

Saint Augustin et la catastrophe spectaculaire

 

Nous passons environ neuf heures par jour devant un artéfact électronique à voir des spectacles, jeux, messages, infos (Snyder). Dans les trains on ne voit que des gens colletés à un écran, même de téléphone (on les y enferme). Dans les maisons et dans les bars, les télés sont tout le temps allumées pour ahurir à coups de météo ou de menace russe.

L’occidental est abreuvé et/ou vidé de lui-même devant un miroir éternel. On ne va pas épiloguer sur cet abrutissement général qui ne frappe plus personne, ou presque, on va parler de l’attitude des saints face à cela. Aujourd’hui le clergé branché s’en fout, mais les docteurs de l’Eglise non. Dans l’antiquité romaine, si souvent comparée à la nôtre, on évoque le théâtre, les jeux, le cirque, les courses de char (F1, tiercé…). Chrysostome évoque même la pornographie (fantasmer avec une actrice absente contre laquelle l’épouse ne peut rien faire, il l’écrit tel quel).

 

On a cité ici Chrysostome, mais on se répètera :

 

« Et il reprend la même argumentation de l’amollissement par le spectacle dans une autre homélie :

 » Ne voyez-vous pas que ceux qui reviennent du théâtre sont amollis? Cela vient de ce qu’ils font une grande attention à ce qui s’y passe: ils sortent delà après avoir gravé dans leur âme ces tournements d’yeux, ces mouvements de mains, ces ronds de jambes, les images enfin de toutes ces poses qu’ils ont vues produites par les contorsions d’un corps assoupli. S’ils se montrent si préoccupés de perdre leur âme, et s’ils conservent ensuite le souvenir bien net de ces spectacles, ne serait-il pas insensé que nous, qui, en imitant ce que nous voyons ici; nous rendrons semblables aux anges, nous n’apportions pas autant de zèle à en conserver les bienfaits que les spectateurs en apportent aux représentations théâtrales ?  »

 

Ailleurs :

 

 » Au retour de la place publique, des théâtres, des autres réunions mondaines, nous traînons après nous la foule des soucis, des découragements, des maladies de l’âme; nous les rapportons dans nos maisons…  »

 

L’acédie se développe via la médiocrité sociale et la fréquentation bas de gamme : comme Chrysostome a raison !

 

Ici on va citer saint Augustin et sa cité de Dieu (livre I, XXX). Epoque grave, fin de Rome :

 

 

« O esprits en délire! quel est donc ce prodige d’erreur ? Que dis-je? de frénésie ? Quoi ? tous les peuples de l’Orient pleurent la perte de Rome ! Aux extrémités de la terre, dans les plus grandes cités, c’est une consternation profonde, un deuil public ! »

 

Il rappelle la nuisance du théâtre qui frappait Scipion :

 

« Et vous, vous courez aux théâtres, vous les assiégez, vous les encombrez, et votre folie irrite encore la malignité de leur influence ! C’est cette maladie, ce fléau des âmes Hanc animorum labem ac pestera, cette entière subversion de probité et d’honneur que Scipion redoutait pour vous, quand il s’opposait aux théâtres, quand il prévoyait quelle facilité l’heureuse fortune aurait à vous corrompre et à vous perdre, quand il ne voulait pas vous affranchir de la peur de Carthage; car il ne croyait pas à la félicité d’une ville, où les murailles sont debout et les mœurs en ruines.

On répète (pour Simon !) en latin cette merveille :

 

Neque enim censebat ille felicem esse rempublicam stantibus moenibus, ruentibus moribus

 

 

Le combat est souvent perdu, reconnait le saint ; Il rappelle ce qu’on fait de la tranquillité-prospérité (Juvénal en a parlé ainsi, je l’ai évoqué dans mon livre sur Rome) :

 

« Mais les esprits de perversité ont eu sur vous plus de crédit pour vous séduire, que les hommes de prévoyance pour vous sauver. Aussi vous ne vous laissez pas imputer le mal que vous faites, et vous imputez au christianisme le mal que vous souffrez; car, dans la sécurité, ce n’est pas la paix de la république, c’est l’impunité du désordre que vous aimez ; la prospérité vous a dépravés, et l’adversité vous trouve incorrigibles. »

 

Et comme je citai Juvénal, sa satire :

 

« Aujourd’hui nous souffrons des maux d’une longue paix, plus cruelle que les armes ; la luxure nous a assaillis pour la revanche de l’univers vaincu. Aucun crime ne nous manque, aucun des forfaits qu’engendre la débauche, depuis que la pauvreté romaine a péri ».

 

Saint-Augustin achève sa belle vague de reproches (son latin est magnifique) :

 

« Il voulait, ce grand Scipion, que la crainte de l’ennemi vous préservât de la défaillance dans le vice; et vous brisés par l’ennemi, vous ne vous êtes pas même retournés contre le vice ; vous perdez le fruit du malheur, devenus les plus misérables sans cesser d’être les plus méchants des hommes. Et vous vivez pourtant; et c’est un bienfait de Dieu, lui dont la clémence vous invite à vous corriger par la pénitence, lui qui a déjà permis à votre ingratitude d’échapper, sous le nom de ses serviteurs, dans les monuments de ses martyrs à la fureur de vos ennemis. »

 

 

 

Nicolas Bonnal évoque Georges Sorel sur Dedefensa.org

Georges Sorel et la montée de la médiocrité moderne

Les carnets de Nicolas Bonnal

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Georges Sorel et la montée de la médiocrité moderne

Rien de tel qu’un bon classique pour nous consoler de vivre en l’an 2017 ! Dans Les illusions du progrès, publiées à la fin du dix-neuvième siècle, (archive.org) Georges Sorel décrit des temps qui traînassaient déjà. Florilège :

« Depuis que la démocratie se croit assurée d’un long avenir et que les partis conservateurs sont découragés, elle n’éprouve plus le même besoin qu’autrefois de justifier son droit au pouvoir par la philosophie de l’histoire. »

Politique ? Finance ? : « Le spectacle écœurant donné au monde par les écumeurs de la finance et de la politique explique le succès qu’obtinrent assez longtemps les écrivains anarchistes. »

La déception de la démocratie parlementaire fut rapide. Bakounine observait qu’elle n’avait mis que cinq ans à anéantir l’Italie (Bakounine (Œuvres, 1911, Tome V).

Religion délavée ? Pape François ? :

« Un clergé, plus ou moins incrédule, qui travaille de concert avec les administrations publiques, pour améliorer le sort des hommes ; voilà ce dont se contente fort bien la médiocrité. »

Mais la source du sublime se tarit : « Les personnes religieuses vivent d’une ombre. Nous vivons de l’ombre d’une ombre. De quoi vivra-t-on après nous ? »

Sorel remarque chez les scientifiques un développement de tartuferie religieuse qui a depuis gagné tous les croyants pépères :

« Nous assistons à un spectacle qui paraît, au premier abord, paradoxal : des savants qui ont rejeté tout ce que l’Église considère comme formant le dépôt de la foi, prétendent cependant demeurer dans l’Église. »

L’Église est déjà une ONG chargée du contrôle social et de la moralisation publique :

« Aujourd’hui les catholiques sociaux voudraient que le clergé organisât des associations à la fois éducatives et économiques, propres à amener toutes les classes à comprendre leurs devoirs sociaux. L’ordre que les audaces du capitalisme troublent gravement, suivant leur petit jugement, arriverait à se rétablir.

En définitive, toute cette religion sociale manquait de valeur religieuse ; les catholiques sociaux songent à faire rétrograder le christianisme vers cette médiocrité. »

Comme Huysmans, Sorel souligne la nullité de l’art chrétien (appétit de laideur, dit Huysmans). Reconnaissez-la, dessillez-vous enfin comme ces grands esprits :

« L’extrême bassesse de l’esthétique catholique actuelle gênera beaucoup toute tentative de renaissance religieuse. »

Sur la démocratie encore Sorel ajoute :

 « Il suffit de regarder autour de nous pour reconnaître que la démocratie est une école de servilité, de délation et de démoralisation.

Nous sommes descendus aux boniments électoraux, qui permettent aux démagogues de diriger souverainement leur armée et de s’assurer une vie heureuse ; parfois d’honnêtes républicains cherchent à dissimuler l’horreur de cette politique sous des apparences philosophiques, mais le voile est toujours facile à déchirer. »

La ploutocratie est plus dangereuse que l’aristocratie. Et pour cause :

« L’expérience paraît montrer que les abus de pouvoir commis au profit d’une aristocratie héréditaire sont, en général, moins dangereux pour le sentiment juridique d’un peuple que ne sont les abus provoqués par un régime ploutocratique ; il est absolument certain que rien n’est aussi propre à ruiner le respect du droit que le spectacle de méfaits commis, avec la complicité des tribunaux, par des aventuriers devenus assez riches pour pouvoir acheter les hommes d’État. »

La richesse est boursière, artificielle, déjà détachée de l’économie réelle. Sorel constate avant Gramsci et l’indice US à 22 000 :

« Dans la formation des grosses fortunes actuelles, les spéculations à la Bourse ont joué un rôle bien autrement considérable que les heureuses innovations introduites dans la production par d’habiles chefs d’industrie. Ainsi la richesse tend de plus en plus à apparaître comme étant détachée de l’économie de la production progressive et elle perd ainsi tout contact avec les principes du droit civil. »

Sorel établit alors une psychologie de la médiocrité moderne (pas besoin de Juppé ou de Lady Gaga) :

« Or, au fur et à mesure que nous avons considéré des régions dans lesquelles notre intelligence se manifeste plus librement, nous avons reconnu que la médiocrité exerce son empire d’une manière plus complète.

Ce que dans cette étude on a appelé du nom péjoratif de médiocrité, est ce que les écrivains politiques nomment démocratie ; il est donc démontré que l’histoire réclame l’introduction de la démocratie. »

À l’époque les râleurs ne sont plus les socialistes, récupérés par le système parlementaire, mais les anarchistes :

« Cette apologie de la démocratie n’est pas sans offrir des dangers sérieux ; elle a conduit à l’anarchie beaucoup de jeunes gens, il y a une vingtaine d’années… il a montré que les esprits étaient, en France, désireux de trouver de la grandeur ; il ne faut pas s’étonner si de nombreux anarchistes se jetèrent dans le syndicalisme révolutionnaire qui leur parut propre à réaliser de la grandeur. »

Et de terminer par un petit reproche à Karl Marx :

« La grande erreur de Marx a été de ne pas se rendre compte du pouvoir énorme qui appartient à la médiocrité dans l’histoire ; il ne s’est pas douté que le sentiment socialiste (tel qu’il le concevait) est extrêmement artificiel ; aujourd’hui, nous assistons à une crise qui menace de ruiner tous les mouvements qui ont pu être rattachés idéologiquement au marxisme. »

Souriez, ce n’est pas terminé !