Frithjof Schuon : comment la culture humaniste bourgeoise a décapité l’homme occidental

Frithjof Schuon : comment la culture humaniste bourgeoise a décapité l’homme occidental

 

la culture humaniste, en tant qu’elle fait fonction d’idéologie et partant de religion, consiste essentiellement à ignorer trois choses : premièrement, ce qu’est Dieu, car elle ne lui accorde pas la primauté ; deuxièmement, ce qu’est l’homme, car elle le met à la place de Dieu ; troisièmement, ce qu’est le sens de la vie, car cette culture se borne à jouer avec les choses évanescentes et à s’y enfoncer avec une criminelle inconscience. En définitive, il n’y a rien de plus inhumain que l’humanisme du fait qu’il décapite pour ainsi dire l’homme : voulant en faire un animal parfait, il arrive à en faire un parfait animal ; non dans l’immédiat — car il a le mérite fragmentaire d’abolir certains traits de barbarie – mais en fin de compte, puisqu’il aboutit inévitablement à « rebarbariser » la société, tout en la « déshumanisant » ipso facto en profondeur. Mérite fragmentaire, avons-nous dit, car l’adoucissement des mœurs n’est bon qu’à condition de ne pas corrompre l’homme, de ne pas déchaîner la criminalité ni d’ouvrir la porte à toutes les perversions possibles.

Au XIXe siècle on pouvait encore croire à un progrès moral indéfini ; au XXe siècle ce fut le réveil brutal, il fallut se rendre à l’évidence qu’on ne peut améliorer l’homme en se contentant de la surface tout en détruisant les fondements.

 

Frithjof Schuon, Avoir un centre, p.30.

Publicités

Nicolas Bonnal passe sur lesakerfrancophone.fr avec son « meurtre oublié de la langue française » ! Jacuzzi quelqu’un encore ?

Sur le meurtre oublié de la langue française


Par Nicolas Bonnal − Le 6 novembre 2017 − Source nicolasbonnal.wordpress.com via dedefensa.org

Résultat de recherche d'images pour "images langue francaise"

On nous parle de la couche d’ozone et du reste, mais on se moque de nos langues triturées par des pouvoirs démocratiques dégénérés.

Tout le monde se fout de la langue que nous parlons et écrivons (en hébreu le même mot désigne l’abeille et la parole, et l’on constate qu’elles disparaissent ensemble) ; il n’en fut pas toujours de même, même au cours de cette cinquième république, mais nous sommes maintenant tombés trop bas pour nous en rendre compte. Je ne suis pas styliste, et donc suis fidèle à Philippe Grasset (lisez son « Nietzsche au Kosovo ») comme je l’ai été à Jean Parvulesco, pour des questions de talent et de personnalité métapolitique et littéraire. Le reste recycle, régurgite, reproduit et surtout barbouille de la bouillabaisse à base d’anglicismes, de comique croupier, de journalisme industriel et de jargon techno-syphilitique.

Les langues disparaissent partout, y compris en Orient. J’avais rappelé il y a peu ce juste passage d’Ortega Y Gasset dans son légendaire ouvrage sur les masses, plus que jamais au pouvoir aujourd’hui (un milliard de clics par chanson de Lady Gaga ou Jennifer Lopez, avec un million de commentaires, voyez Youtube pour vous faire une idée enfin !).

« Mais le symptôme et, en même temps le document le plus accablant de cette forme à la fois homogène et stupide – et l’un par l’autre – que prend la vie d’un bout à l’autre de l’Empire se trouve où l’on s’y attendait le moins et où personne, que je sache, n’a encore songé à le chercher : dans le langage. Le premier est l’incroyable simplification de son organisme grammatical comparé à celui du latin classique… « 

Sur l’effondrement de la langue, qui m’intéresse plus spécifiquement aujourd’hui, alors que son usage n’était déjà plus très fameux sous Giscard et qu’il a disparu des écrans et des discours politiques (comparons Macron à de Gaulle), Sénèque écrivait alors :

« Enfin partout où tu verras réussir un langage corrompu, les mœurs aussi auront déchu de leur pureté, n’en fais aucun doute (Itaque ubicumque videris orationem corruptam placere, ibi mores quoque a recto descivisse non erit dubium). Et comme le luxe de la table et des vêtements dénote une civilisation malade ; de même le dérèglement du discours, pour peu qu’il se propage, atteste que les âmes aussi, dont le style n’est que l’écho, ont dégénéré. »

Mais j’ai toujours été fasciné depuis mon adolescence par les inactuelles de Nietzsche, en particulier par la méconnue dissertation sur David Strauss. Nietzsche assiste alors à la chute libre de la langue allemande-journaliste. Et l’ironique de tempêter…

« Tous les jugements (de Strauss) sont uniformément livresques, ou même, au fond, simplement journalistiques. Les réminiscences littéraires remplacent les idées véritables (ici je serais visé, mais je reste sans complexe) et l’entendement pratique des choses ; une modération affectée et une phraséologie vieillotte doivent compenser pour nous le manque de sagesse et de maturité dans la pensée. Comme tout cela correspond à l’esprit qui anime les chaires bruyantes de la science allemande dans les grandes villes ! »

Nietzsche fait le lien avec une complainte de son maître Schopenhauer, connu pour l’impeccabilité supposée de sa prose classique-romantique (comme on sait par mes textes sur le cinéma, pour moi le sommet de la prose allemande est Heinrich Von Kleist, en particulier sa réflexion sur la vie des marionnettes, fondement de notre modernité qui n’a jamais fini de remâcher de l’arbre de la connaissance, « müßten wir wieder von dem Baum der Erkenntniß essen », devenu l’arbre de la méconnaissance, pour fabriquer un postmoderne  progrès vide à l’état plutôt impur).

Nietzsche donc et son maître :

« C’est cette dilapidation illimitée de la langue allemande actuelle que Schopenhauer a décrite avec tant d’énergie. ‘Si cela continue ainsi, disait-il un jour, en 1900 on ne comprendra plus très bien les classiques allemands, car on ne connaîtra plus d’autre langage que le misérable jargon de la noble ‘actualité’ — dont le caractère fondamental est l’impuissance.’ Et, de fait, des critiques et des grammairiens allemands élèvent déjà la voix : dans les plus récents périodiques, pour proférer que nos classiques ne peuvent plus servir de modèles pour notre style, car ils emploient une grande quantité de mots, de tournures et d’enchaînements syntactiques dont nous avons perdu l’usage. »

Quand je parle de présent permanent, je parle bien sûr de celui qui masque et caractérise notre décadence séculaire.

Une fois de plus on se consolera avec Sénèque qui tape sur notre infatigable et presque, finalement, réconfortante décadence romaine – linguistique ici :

« Le choix de la pensée peut être vicieux de deux manières : si elle est mesquine et puérile, ou inconvenante et risquée jusqu’à l’impudence ; puis, si elle est trop fleurie, trop doucereuse ; si elle se perd dans le vide, et, sans nul effet, n’amène que des sons.

Pour introduire ces défauts, il suffit d’un contemporain en possession du sceptre de l’éloquence : tous les autres l’imitent et se transmettent ses exemples. Ainsi, quand florissait Salluste, les sens mutilés, les chutes brusques et inattendues, une obscure concision étaient de l’élégance. Arruntius, homme d’une moralité rare, qui a écrit l’histoire de la guerre Punique, fut de l’école de Salluste et s’efforça de saisir son genre. »

Et Sénèque de conclure :

« J’ai voulu te donner un échantillon : tout le livre est tissu de ces façons de parler. Clairsemées dans Salluste, elles fourmillent dans Arruntius, et presque sans interruption. La raison en est simple : le premier y tombait par hasard ; le second courait après (ille enim in haec incidebat, at hic illa quaerebat…). »

J’avais cité jeune un jour Salluste à leur télé ; je ne vous dis pas les sifflets… Pour le reste, Voltaire, Benjamin Constant et notre Chateaubriand furent journalistes aussi ; méditons donc avant de tonner contre… le choix de ces grands hommes qui se déclaraient héritiers et non novateurs.

Pensons Tite-Live qui déjà dénonce « cette foule d’écrivains sans cesse renaissants, qui se flattent, ou de les présenter avec plus de certitude, ou d’effacer, par la supériorité de leur style, l’âpre simplicité de nos premiers historiens ».

Nicolas Bonnal sur Amazon.fr

Les grands auteurs et la théorie de la conspiration Chroniques sur la Fin de l'Histoire LA CULTURE COMME ARME DE DESTRUCTION MASSIVE Machiavel et les armes de migration massive: Chroniques apocalyptiques

Sources

  • Tite-Live – Ab urbe condita
  • Sénèque – Lettres à Lucilius (CXIV)
  • Nietzsche – Considérations inactuelles
  • Ortega Y Gasset – Révolte des masses
  • Kleist – Scènes de la vie des marionnettes

 

Les meilleurs épisodes de Star Trek (Nicolas Bonnal prépare un livre sur Star Trek – et sur Sénèque d’ailleurs)

Star trek – les meilleurs épisodes

 

Créée par des as de l’aviation, des services secrets et de la maçonnerie initiatique (on évoqua les bnai’brith, chapeau si c’est vrai !), la série Star Trek nous a toujours émerveillés, au moins de 1967 à 1969. Enfin disponible à un prix raisonnable sur Amazon.co.uk., nous l’avons acquise et décidé d’écrire un livre sur cette série légendaire (la meilleure avec le prisonnier, tourné la même années), qui mêlera tout, ésotérisme, mythologie, bible, histoire, épopée, érotisme et même (pourquoi pas ?) raison. Embarquement immédiat pour les utopies gnostiques de la télé vision !

Mise en bouche avec nos dix épisodes préférés :

 

La ménagerie I et II

Un capitaine mutilé et handicapé veut revivre de superbes aventures amoureuses dans la planète des illusions. Spock décide de mutiner pour l’y emmener, car la vie n’est-elle pas un rêve (baroque en l’occurrence) ?

Métamorphose – Cochrane

Sublime épisode où l’on voit un nuage posséder un cosmonaute amoureusement. Il le fait survivre pendant des centaines d’années avant de pouvoir reprendre une forme humaine avec une belle mourante amenée par Kirk. « Je t’apparaîtrai sous la forme de la nuée », dit la Bible.

Charlie X

Un adolescent perdu, frustré aux grands pouvoirs devient tyran à bord du vaisseau. Son nom est-il une allusion à notre histoire de France ?

Fraternitaire

Une planète nazie, ni plus ni moins, créée par l’ancien professeur d’histoire de Kirk. Spock ajoute que ce fut «le système le plus efficace de l’histoire du monde ». Episode censuré en Allemagne.

Amok time – mal du pays

Saison des amours pour Spock. On découvre enfin la planète Vulcain, mélange de génie juif et chinois, et qui dégage pourtant une bonne barbarie ressourçant Kirk.

Apollon – Adonis

Notre préféré. Apollon existe et il regrette les hommes qu’il avait dessiné pour l’adorer, il tente alors de retenir l’équipage sur sa planète. Mais le capitaine Kirk n’est pas d’accord, avant de regretter sa prompte décision !

Unité M. Computer – Daystrom

Episode central, proche de 2001 ! L’ordinateur-Golem est installé à bord du vaisseau, et il détraque tout. Mais qui diable nous débarrasser de ces Golems dit-il nez perché dix heures par jours sur son écran d’ordinateur ?

Les derniers tyrans – space seed

Episode superbe avec l’acteur hispano-mexicain Montalban. Une race de surhommes rebelles est retrouvée et s’empare du vaisseau. On les en chasse, mais ils sortent la tête haute. Encore un épisode terriblement politiquement incorrect. Mais pourquoi donc ?

Requiem pour Mathusalem

L’homme éternel existe, il a été Brahms et Leonard de Vinci et d’autres aussi. Il a créé une planète de rêve mais souffre de solitude, alors il se fabrique des Schéhérazade. Mais comme les machines  blondes deviennent sentimentales…

La route de l’Eden.

On recrute des hippies de l’espace qui sèment la pagaille à bord. Spock ne les apprécie pas mais il aime et comprend leur quête spirituelle. Tous à Katmandou ! Nota : on se moque d’un certain Herbert, figure autoritaire, allusion rigolote à Marcuse bien sûr.

 

Sherlock Holmes (par Billy Wilder) : il se drogue, il prend homo les bonnes questions, et il se lamente de son époque : un dépressif des années 70 ?

La vie privée de Sherlock Holmes. BIllyWilder. 1970. Musique de Miklos Rozsa.

Chris Hedges et la dégénérescence américaine

 

Est-ce inévitable, et surtout est-ce forcément un bien ? On lit cette synthèse compétente et un petit peu trop dramatique :

 

L’empire américain prend fin. L’économie américaine est drainée par les guerres au Moyen-Orient et une vaste expansion militaire dans le monde entier. Il en résulte des déficits croissants, ainsi que les effets dévastateurs de la  désindustrialisation et les accords commerciaux mondiaux. Notre démocratie a été capturée et détruite par des entreprises qui demandent constamment plus de réductions d’impôts, plus de déréglementation et d’impunité des poursuites pour des actes massifs de fraude financière, tout en pillant des trillions du trésor américain sous la forme de renflouements. La nation a perdu le pouvoir et le respect nécessaires pour inciter les alliés en Europe, en Amérique latine, en Asie et en Afrique à faire leur travail.

 

 

.

 

L’empire continuera à perdre de l’influence jusqu’à ce que le dollar tombe en tant que  monnaie de réserve mondiale, plongeant les États-Unis dans une dépression paralysante et forçant instantanément une contraction massive de sa machine militaire.

 

Le vide global que nous laisserons derrière nous sera comblé par la Chine, qui s’établit déjà en tant que géant économique et militaire, ou peut-être qu’il y aura un monde multipolaire gravé entre la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil, la Turquie, l’Afrique du Sud et quelques autres États.

 

Dans chaque domaine, de la croissance financière et de l’investissement dans les infrastructures à la technologie de pointe, y compris les superordinateurs, l’armement spatial et la cyber-guerre, nous sommes rapidement dépassés par les Chinois.

La Chine est devenue la deuxième économie mondiale en 2010, la même année, elle est devenue la principale nation manufacturière du monde, écartant les États-Unis qui ont dominé la fabrication mondiale depuis un siècle.

 

Le ministère de la Défense a émis un rapport sobre intitulé « À notre propre péril : l’évaluation du risque de DoD dans un monde post-Primacy». Il a constaté que l’armée américaine «ne jouit plus d’une position inattaquable par rapport aux concurrents de l’État» et «il ne peut plus … générer automatiquement une supériorité militaire locale cohérente et soutenue à portée de main. « McCoy prédit que l’effondrement sera prévu d’ici 2030.

 

Les empires en désintégration embrassent un suicide presque volontaire. Aveuglés par leur ardeur et incapables de faire face à la réalité de leur puissance décroissante, ils se retirent dans un monde fantastique où les faits durs et désagréables ne s’immiscent plus. Ils remplacent la diplomatie, le multilatéralisme et la politique par des menaces unilatérales et par l’instrument brutal de la guerre.

Cette auto-illusion collective a vu les États-Unis faire la plus grande erreur stratégique dans son histoire, qui a sonné comme le glas de l’empire, l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak. Les architectes de la guerre dans la Maison Blanche George W. Bush et la série d’idiots utiles dans la presse et les milieux universitaires qui les ont animés, connaissaient très peu les pays envahis, étaient incroyablement naïfs sur les effets de la guerre industrielle et ont été aveuglés par le retour féroce. Ils ont déclaré, et ont probablement cru, que Saddam Hussein avaient des armes de destruction massive, bien qu’elles n’avaient aucune preuve valable pour étayer cette affirmation. Ils ont insisté pour que la démocratie soit implantée à Bagdad et répandue dans tout le Moyen-Orient. Ils ont assuré au public que les troupes américaines seraient saluées par les Irakiens et les Afghans reconnaissants en tant que libérateurs. Ils ont promis que les recettes pétrolières couvriraient le coût de la reconstruction. Ils ont insisté pour que la grève militaire audacieuse et rapide – «choc et émoi» – restaurerait l’hégémonie américaine dans la région et la domination dans le monde. Il a fait le contraire. Comme l’a  noté Zbigniew Brzezinski  , cette « guerre unilatérale de choix contre l’Irak a précipité une délégitimation généralisée de la politique étrangère des États-Unis ».

 

Les historiens de l’empire appellent ces fiascos militaires, une caractéristique de tous les empires tardifs, des exemples de «micro-militarisme». Les athéniens engagés dans le micro-militarisme lors de la guerre du Péloponnèse (431-404 av. J.-C.) ont envahi la Sicile et ont subi la perte de 200 des navires et des milliers de soldats et déclenchant des révoltes dans tout l’empire. La Grande-Bretagne l’a fait en 1956 quand elle a attaqué l’Égypte dans un conflit sur la nationalisation du canal de Suez et a rapidement dû se retirer en humiliant, habilitant une série de leaders nationalistes arabes tels que l’Egyptien Gamal Abdel Nasser et condamnant la domination britannique sur les quelques restes de la nation colonies. Aucun de ces empires ne s’est rétabli.

 

« Alors que les empires croissants sont souvent judicieux, même rationnels dans leur application de la force armée pour la conquête et le contrôle des dominions d’outre-mer, les empires qui s’écoulent sont enclins à considérer les émotions de pouvoir, en souriant des frappes militaires audacieuses qui récupéreraient le prestige et le pouvoir perdus, « Écrit McCoy. « Souvent irrationnel, même d’un point de vue impérial, ces opérations micro-militaires peuvent entraîner des dépenses d’hémorragie ou des défaites humiliantes qui n’accélèrent que le processus déjà en cours ».

Les empires ont besoin de plus que de la force pour dominer d’autres nations. Ils ont besoin d’une mystique. Cette mystique, un masque pour le pillage, la répression et l’exploitation impériaux, séduit certaines élites indigènes, qui sont disposées à faire l’appel du pouvoir impérial ou au moins restent passives. Et il fournit une patine de civilité et même de noblesse pour justifier à la maison les coûts du sang et de l’argent nécessaires pour maintenir l’empire.

La perte de la mystique est paralysante. Il est difficile de trouver des suppléants souples pour administrer l’empire, comme nous l’avons vu en Irak et en Afghanistan. Les photographies d’abus physique et d’humiliation sexuelle imposées aux prisonniers arabes à Abu Ghraib ont enflammé le monde musulman et ont nourri Al-Qaïda et plus tard l’Etat islamique avec de nouvelles recrues. L’assassinat d’ Osama bin Laden et d’une foule d’autres dirigeants djihadistes, y compris le citoyen américain  Anwar al-Awlaki, se moquait ouvertement de la notion de règle de droit. Les centaines de milliers de morts et millions de réfugiés qui fuient nos débats au Moyen-Orient, ainsi que la menace presque constante des drones aériens militarisés, nous ont exposés en tant que terroristes d’état. Nous avons exercé au Moyen-Orient le penchant de l’armée américaine pour des atrocités répandues, des violences indiscriminées, des mensonges et des erreurs de calcul, des actions qui ont mené à notre défaite au Vietnam.

 

La brutalité à l’étranger s’accompagne d’une brutalité croissante à la maison. Les armes de police militarisées sont en grande partie désarmées, les pauvres de couleur et remplissent un système de pénitenciers et de prisons qui représentent 25% des prisonniers du monde, bien que les Américains ne représentent que 5% de la population mondiale. Beaucoup de nos villes sont en ruine. Notre système de transport public est une honte. Notre système éducatif est fortement en baisse et privatisé. La dépendance aux opioïdes, le suicide, les fusillades de masse, la dépression et l’obésité morbide nuisent à une population qui est tombée dans un profond désespoir. La profonde désillusion et la colère qui ont conduit à Donald Trump – une réaction au coup d’état corporatif et à la pauvreté qui touchent au moins la moitié du pays – ont détruit le mythe d’une démocratie fonctionnelle. Les tweets et la rhétorique présidentiels célèbrent la haine, le racisme et provoquent les faibles et les vulnérables. Le président dans une adresse devant les Nations Unies a  menacé d’effacer  une autre nation en un acte de génocide. Nous sommes des objets mondiaux de ridicules et de haines. Le pressentiment pour le futur s’exprime dans l’émoi de films dystopiques, de films qui ne perpétuent plus la vertu et l’exceptionnalité américaines ni le mythe du progrès humain.

 

« La disparition des États-Unis comme la puissance mondiale prééminente pourrait venir beaucoup plus rapidement que ne l’imagine », écrit McCoy. « En dépit de l’aura de l’omnipotence, les empires se projettent souvent, la plupart sont étonnamment fragiles, sans la force inhérente même à un État-nation modeste. En effet, un coup d’œil à leur histoire devrait nous rappeler que les plus grands sont susceptibles d’être effondrés de diverses causes, les pressions fiscales étant habituellement un facteur primordial.

Lorsque les revenus diminuent ou s’effondrent, McCoy souligne que « les empires deviennent fragiles ».

« Si délicat est leur écologie du pouvoir qui, lorsque les choses commencent à se tromper, les empires se déroule régulièrement avec une vitesse impie: juste un an pour le Portugal, deux ans pour l’Union soviétique, huit ans pour la France, onze ans pour les Ottomans, dix-sept pour la Grande-Bretagne et, selon toute vraisemblance, seulement vingt-sept ans pour les États-Unis, compte tenu de l’année cruciale de 2003 [lorsque les États-Unis ont envahi l’Irak] », écrit-il.

Beaucoup des 69 empires estimés qui ont existé au cours de l’histoire ont manqué de leadership compétent dans leur déclin, ayant cédé le pouvoir à des monstruosités telles que les empereurs romains Caligula et Nero. Aux États-Unis, les rênes de l’autorité peuvent être à la portée du premier dans une ligne de démagogues dépravés.

« Pour la majorité des Américains, les années 2020 seront probablement rappelés comme une décennie décennale de la hausse des prix, des salaires stagnants et de la flambée de la compétitivité internationale », écrit McCoy.

Une élite discréditée, suspecte et même paranoïde dans un âge de déclin, verra les ennemis partout. L’éventail d’instruments créés pour la surveillance mondiale de la domination-gros, l’éviscération des libertés civiles, les techniques de torture sophistiquées, la police militarisée, le système pénitentiaire massif, les milliers de drones et de satellites militarisés seront employés dans la patrie…

 

On pourra relire Après l’empire d’Emmanuel Todd, qui évoque ce micro-militarisme théâtral…

 

Magouilles et spéculation : les bonnes pages du Bossu de Paul Féval

 

Les bonnes pages du Bossu

 

 

Ce fut une étrange époque. Je ne sais si on peut dire qu’elle ait été calomniée. Quelques écrivains protestent çà et là contre le mépris où généralement on la tient, mais la majorité des porteplumes cria haro ! Avec un ensemble étourdissant. Histoire et mémoires sont d’accord.

En aucun autre temps, l’homme, fait d’un peu de boue, ne se souvint mieux de son origine. L’orgie régna, l’or fut Dieu.

En lisant les folles débauches de la spéculation acharnée aux petits papiers de Law, on croit en vérité assister aux goguettes financières de notre âge.

Seulement, le Mississipi était l’appât unique. Nous avons maintenant bien d’autres amorces ! La civilisation n’avait pas dit son dernier mot. Ce fut l’art enfant, mais un enfant sublime.

 

Nous sommes au mois de septembre de l’année 1717.

Dix-neuf ans se sont écoulés depuis les événements que nous venons de raconter aux premières pages de ce récit.

Cet inventeur qui institua la banque de la Louisiane, le fils de l’orfèvre Jean Law de Lauriston, était alors dans tout l’éclat de son succès et de sa puissance. La création de ses billets d’État, sa banque générale, enfin sa Compagnie d’Occident, bientôt transformée en Compagnie des Indes, faisaient de lui le véritable ministre des finances du royaume, bien que M. d’Argenson eût le portefeuille.

Le Régent, dont la belle intelligence était profondément gâtée par l’éducation d’abord, ensuite par

les excès de tout genre, le Régent se laissa prendre, dit-on, de bonne foi, aux splendides mirages de ce poème financier. Law prétendait se passer d’or et changer tout en or.

Par le fait, un moment arriva où chaque spéculateur, petit Midas, put manquer de pain avec des millions en papier dans ses coffres.

Mais notre histoire ne va pas jusqu’à la culbute de l’audacieux Écossais, qui, du reste, n’est point un de nos personnages. Nous ne verrons que les débuts éblouissants de sa mécanique.

 

Au mois de septembre 1717, les actions nouvelles de la Compagnie des Indes, qu’on appelait des filles, par opposition aux mères qui étaient les anciennes, se vendaient à cinq cents pour cent de prime.

Il nous faut bien dire un mot de cette fête. C’était l’Écossais Law qui en avait eu l’idée, et c’était aussi l’Écossais Law qui en faisait les frais énormes. Ce devait être le triomphe symbolique du système, comme on disait alors, la constatation officielle et bruyante de la victoire du crédit sur les espèces monnayées. Pour que cette ovation eût plus de solennité, Law avait obtenu que Philippe d’Orléans lui prêtât les salons et les jardins du Palais-Royal.

Bien plus, les invitations étaient faites au nom du Régent, et, pour ce seul fait, le triomphe du dieu-panier devenait une fête nationale.

 

Law avait mis, dit-on, des sommes folles à la disposition de la maison du régent, pour que rien ne manquât au prestige de ces réjouissances. Tout ce que la prodigalité la plus large peut produire en fait de merveilles devait éblouir les yeux des invités. On parlait surtout du feu d’artifice et du ballet. Le feu d’artifice, commandé au cavalier Gioia, devait représenter le palais gigantesque bâti, en projet, par Law sur les bords du Mississipi. Le monde, on le savait bien, ne devait plus avoir qu’une merveille : c’était ce palais de marbre, orné de tout l’or inutile que le crédit vainqueur jetait hors de la circulation.

Un palais grand comme une ville, où seraient prodiguées toutes les richesses métalliques du globe !

L’argent et l’or n’étaient plus bons qu’à cela.

Le ballet, œuvre allégorique dans le goût du temps, devait encore représenter le crédit, personnifiant le bon ange de la France et la plaçant à la tête des nations. Plus de famines, plus de misère, plus de guerres ! Le crédit, cet autre messie envoyé par Dieu clément, allait étendre au globe entier les délices reconquis du paradis terrestre.

Après la fête de cette nuit, le crédit déifié n’avait plus besoin que d’un temple. Les pontifes existaient d’avance.

Il ouvrit son portefeuille, et jeta sur la table un gros paquet de lettres roses, ornées de ravissantes vignettes qui toutes représentaient, parmi des Amours entrelacés et des fouillis de fleurs, le Crédit, le grand Crédit, tenant à la main une corne d’abondance. On fit le partage.

 

 

A ces époques où règne la contagion de l’agio, l’agio se fourre partout, rien n’échappe à son envahissante influence. De même que vous voyez dans les bas quartiers du négoce les petits enfants, marchant à peine, trafiquer déjà de leurs jouets et faire l’article en bégayant sur un pain d’épice entamé, sur un cerf-volant en lambeaux, sur une demi douzaine de billes ; de même, quand la fièvre de spéculer prend un peuple, les grands enfants se mettent à survendre tout ce qu’on recherche, tout ce qui a vogue : les cartes du restaurant à la mode, les stalles du théâtre heureux, les chaises de l’église encombrée. Et ces choses ont lieu tout uniment, sans que personne ne s’en formalise.

 

Gonzague fut jaloux. Pour le consoler, au sortir d’un autre souper, le Régent lui accorda, pour l’hôtel de Gonzague, le monopole des échanges d’actions contre marchandises, C’était un cadeau étourdissant. Il y avait là-dedans des montagnes d’or.

Ce qu’il fallait d’abord, c’était faire de la place pour tout le monde, puisque tout le monde devait payer et même très cher. Le lendemain du jour où la concession fut octroyée, l’armée des démolisseurs arriva, On s’en prit d’abord au jardin. Les statues prenaient de la place et ne payaient point, on enleva les statues ; les arbres ne payaient point et prenaient de la place, on abattit les arbres.

 

Ce matin où nous entrons pour la première fois à l’hôtel, l’œuvre de dévastation était à peu près achevée. Un triple étage de cages en planches s’élevait tout autour de la cour d’honneur. Les vestibules étaient transformés en bureaux, et les maçons terminaient les baraques du jardin. La cour était littéralement encombrée de loueurs et d’acheteurs.

 

– C’est que la fête sera splendide, messieurs, dit Gonzague ; tous ceux qui seront là auront leur brevet de fortune ou de noblesse. Je ne pense pas qu’il soit entré dans la pensée de monsieur le Régent de livrer ces crédules à la spéculation ; mais ceci est le petit malheur des temps, et, ma foi ! je ne vois point de mal à ce que Bois- Rosé ou l’abbé fassent leurs affaires avec ces bagatelles.

– Dussent les salons du Régent, fit observer Chaverny, s’emplir cette nuit de courtiers et de trafiquants !

– C’est la noblesse de demain, répliqua Gonzague, le mouvement est là ! Chaverny frappa sur l’épaule d’Oriol.

 

Saint Augustin et la catastrophe spectaculaire-télévisuelle

Saint Augustin et la catastrophe spectaculaire

 

Nous passons environ neuf heures par jour devant un artéfact électronique à voir des spectacles, jeux, messages, infos (Snyder). Dans les trains on ne voit que des gens colletés à un écran, même de téléphone (on les y enferme). Dans les maisons et dans les bars, les télés sont tout le temps allumées pour ahurir à coups de météo ou de menace russe.

L’occidental est abreuvé et/ou vidé de lui-même devant un miroir éternel. On ne va pas épiloguer sur cet abrutissement général qui ne frappe plus personne, ou presque, on va parler de l’attitude des saints face à cela. Aujourd’hui le clergé branché s’en fout, mais les docteurs de l’Eglise non. Dans l’antiquité romaine, si souvent comparée à la nôtre, on évoque le théâtre, les jeux, le cirque, les courses de char (F1, tiercé…). Chrysostome évoque même la pornographie (fantasmer avec une actrice absente contre laquelle l’épouse ne peut rien faire, il l’écrit tel quel).

 

On a cité ici Chrysostome, mais on se répètera :

 

« Et il reprend la même argumentation de l’amollissement par le spectacle dans une autre homélie :

 » Ne voyez-vous pas que ceux qui reviennent du théâtre sont amollis? Cela vient de ce qu’ils font une grande attention à ce qui s’y passe: ils sortent delà après avoir gravé dans leur âme ces tournements d’yeux, ces mouvements de mains, ces ronds de jambes, les images enfin de toutes ces poses qu’ils ont vues produites par les contorsions d’un corps assoupli. S’ils se montrent si préoccupés de perdre leur âme, et s’ils conservent ensuite le souvenir bien net de ces spectacles, ne serait-il pas insensé que nous, qui, en imitant ce que nous voyons ici; nous rendrons semblables aux anges, nous n’apportions pas autant de zèle à en conserver les bienfaits que les spectateurs en apportent aux représentations théâtrales ?  »

 

Ailleurs :

 

 » Au retour de la place publique, des théâtres, des autres réunions mondaines, nous traînons après nous la foule des soucis, des découragements, des maladies de l’âme; nous les rapportons dans nos maisons…  »

 

L’acédie se développe via la médiocrité sociale et la fréquentation bas de gamme : comme Chrysostome a raison !

 

Ici on va citer saint Augustin et sa cité de Dieu (livre I, XXX). Epoque grave, fin de Rome :

 

 

« O esprits en délire! quel est donc ce prodige d’erreur ? Que dis-je? de frénésie ? Quoi ? tous les peuples de l’Orient pleurent la perte de Rome ! Aux extrémités de la terre, dans les plus grandes cités, c’est une consternation profonde, un deuil public ! »

 

Il rappelle la nuisance du théâtre qui frappait Scipion :

 

« Et vous, vous courez aux théâtres, vous les assiégez, vous les encombrez, et votre folie irrite encore la malignité de leur influence ! C’est cette maladie, ce fléau des âmes Hanc animorum labem ac pestera, cette entière subversion de probité et d’honneur que Scipion redoutait pour vous, quand il s’opposait aux théâtres, quand il prévoyait quelle facilité l’heureuse fortune aurait à vous corrompre et à vous perdre, quand il ne voulait pas vous affranchir de la peur de Carthage; car il ne croyait pas à la félicité d’une ville, où les murailles sont debout et les mœurs en ruines.

On répète (pour Simon !) en latin cette merveille :

 

Neque enim censebat ille felicem esse rempublicam stantibus moenibus, ruentibus moribus

 

 

Le combat est souvent perdu, reconnait le saint ; Il rappelle ce qu’on fait de la tranquillité-prospérité (Juvénal en a parlé ainsi, je l’ai évoqué dans mon livre sur Rome) :

 

« Mais les esprits de perversité ont eu sur vous plus de crédit pour vous séduire, que les hommes de prévoyance pour vous sauver. Aussi vous ne vous laissez pas imputer le mal que vous faites, et vous imputez au christianisme le mal que vous souffrez; car, dans la sécurité, ce n’est pas la paix de la république, c’est l’impunité du désordre que vous aimez ; la prospérité vous a dépravés, et l’adversité vous trouve incorrigibles. »

 

Et comme je citai Juvénal, sa satire :

 

« Aujourd’hui nous souffrons des maux d’une longue paix, plus cruelle que les armes ; la luxure nous a assaillis pour la revanche de l’univers vaincu. Aucun crime ne nous manque, aucun des forfaits qu’engendre la débauche, depuis que la pauvreté romaine a péri ».

 

Saint-Augustin achève sa belle vague de reproches (son latin est magnifique) :

 

« Il voulait, ce grand Scipion, que la crainte de l’ennemi vous préservât de la défaillance dans le vice; et vous brisés par l’ennemi, vous ne vous êtes pas même retournés contre le vice ; vous perdez le fruit du malheur, devenus les plus misérables sans cesser d’être les plus méchants des hommes. Et vous vivez pourtant; et c’est un bienfait de Dieu, lui dont la clémence vous invite à vous corriger par la pénitence, lui qui a déjà permis à votre ingratitude d’échapper, sous le nom de ses serviteurs, dans les monuments de ses martyrs à la fureur de vos ennemis. »