Pourquoi les USA n’auraient jamais dû exister… (publié par N.B. sur Dedefensa.org il y a trois mois)

Pourquoi les USA n’auraient jamais dû exister

Un article d’Adam Gopnik dans The New Yorker a mis en rage les énergumènes de Prisonplanet.com (vive Trump, mais vive la guerre avec les russes). Il ne fait pourtant que reprendre à sa manière gauchiste les arguments des libertariens et de quelques traditionalistes dont je suis sur une question importante : l’existence-même des USA.

Nous aurions pu être le Canada. We could have been Canada.

On n’avait donc pas besoin de faire une guerre d’indépendance cruelle et dangereuse contre l’Angleterre. L’Amérique aurait été moins peuplée, serait restée un dominion tranquille comme le Canada et l’Australie, et l’Angleterre aurait continué de trôner pragmatiquement sur le monde. L’Allemagne n’aurait bien sûr pas osé la défier, et nous n’aurions pas connu les horreurs mondiales de nos guerres germano-britanniques.

Gopnik ajoute qu’on aurait aboli l’esclavage sans passer par cette folle et sanglante guerre de Sécession. C’est une évidence : l’Angleterre a aboli dans la belle foulée de sa révolution industrielle l’esclavage dans toutes ses colonies. Je pense aussi qu’il y aurait eu une immigration  anglo-irlandaise dans ce grand pays, et cela aurait été mieux. Je suis arrivé à cette conclusion en lisant Poe, Melville, Kipling, Grant, Stoddard, Ross et quelques dizaines d’autres.

Thomas di Lorenzo dans son livre sur Lincoln a révélé le personnage que c’était. Un radical, un whig, comme ceux qui voulaient la révolution de 1776 aux relents Illuminati. J’ai souligné dans un texte précédent que Lincoln dénonce d’un côté la barbarie de la populace américaine (crimes racistes, lynchages, pendaisons ; comparez au Canada) et cette adoration de la loi qui confine aujourd’hui au totalitarisme, avec 42% de la population carcérale mondiale.

La nation indispensable d’Obama (qui vient de palper 3 .2 millions pour pérorer en jet sur l’effet de serre) n’aurait pas détruit (ou défiguré) la moitié du monde et l’Asie, et n’aurait pas hypocritement géré la question noire après l’esclavage (un million de jeunes noirs tués en trente ans là-bas), n’aurait pas détruit la culture européenne et même mondiale par sa sous-culture déracinée. Elle ne serait pas en train de nous préparer à une guerre d’extermination contre la Russie pour satisfaire son ego.

Oui, je pense aussi que l’on pouvait se passer de l’Amérique et que la France aurait pu garder la Louisiane, l’Espagne la Californie, et la Russie l’Alaska. La destruction de la planète par l’Américanisme depuis deux-cent-quarante ans maintenant est certainement la plus grande catastrophe eschatologique de l’histoire du monde. Ajoutez que si nous n’avions pas aidé cette anti-nation à chasser les gentlemen Anglais, nous n’aurions pas connu la révolution et son cortège de catastrophes. Il est vrai qu’il y en a que cela motive.

 

Sources

We could have been Canada – The New Yorker – 05/15/2017

Samuel Johnson – The patriot (1774)

Nicolas Bonnal – La culture comme arme de destruction massive (Amazon_Kindle)

 

Abraham Lincoln et l’inquiétante barbarie américaine…

Charlottesville, Abraham Lincoln et la barbarie américaine

Deux choses frappaient toujours le nouvel arrivant en Amérique (voyez Louis-Ferdinand Céline) : la brutalité du pays, de sa population et de ses mœurs, la brutalité du terrain en fait ; la cruauté ensuite des contrôles et de cette police qui arrive à tuer 1200 citoyens par an tout en en contrôlant six millions (l’expression de camp de concentration électronique n’est plus métaphorique). C’est la brutalité de la matrice US qui se répand dans le monde, en particulier en Europe. Enfin l’Amérique enferme 2.3 millions de prisonniers, soit la plus grande population carcérale du monde (43% du total). Les chiffres sont comparables en pourcents à ceux de la dépense militaire US dans le monde (42%), et ce n’est certainement pas par hasard.
Comment en est-on arrivé là ? J’ai déjà évoqué les historiens libertariens : Thomas di Lorenzo, auteur du vrai livre sur Lincoln (The Real Lincoln) ; Raph Raico, auteur du si pertinent Libertarian rebuttal (si vous voulez devenir un grand président, faites la guerre, et même – dans le cas du Donald – faites le guignol) ; et deux recueils exceptionnels : Americas’ pyrrhic victories et Perpetual war for perpetual peace, tous disponibles gratuitement sur le site Mises.org. On ajoutera les Wizards of Ozymandia de Butler, qui montre (The Hitler Test) que les étudiants d’aujourd’hui préfèrent Hitler à Jefferson. Écolo, végétarien, européiste, réglementateur, interventionniste, anti-tabac, obsédé de contrôle routier et de safe-sex, Hitler reste le modèle à suivre, y compris dans sa rage antirusse.

On va citer Lincoln. Lui incarne la barbarie juridique américaine, la rage de gagner n’importe quelle guerre, y compris civile, à n’importe quel prix. Les rebelles furent écrasés car ils n’obéissaient pas assez à l’Union et aux lois.
Mais voici pourquoi Lincoln est devenu fou du droit : l’état de nature aux USA consiste à exterminer rouges, blancs et noirs. Dans sa fameuse Lyceum Address, si souvent citée par Philippe Grasset à propos du « suicide US », voici ce qu’il écrit des folles vagues de lynchages :

« Il serait fastidieux et inutile de raconter toutes ces horreurs. Celles qui se passent dans l’État du Mississippi et à Saint-Louis sont peut-être les plus dangereuses par leur exemple et révoltantes pour l’humanité. Dans l’affaire du Mississippi, ils ont d’abord commencé par pendre les joueurs réguliers ; un ensemble d’hommes, n’ayant pas, pour se nourrir, une profession très utile ou très honnête, mais qui, loin d’être interdits par les lois, sont en fait autorisés à agir ainsi par un acte de l’Assemblée législative, passé il y a un an seulement. Ensuite, des nègres, soupçonnés de conspirer pour fomenter une insurrection, furent pris et pendus dans tous les coins de l’État ; puis des hommes blancs, supposés être liés aux nègres. Et, finalement, des étrangers, venant des États voisins, y allant pour affaires, ont, dans de nombreux cas, subi le même sort. Ainsi, se déroula ce processus de pendaison, des joueurs aux nègres, des nègres aux citoyens blancs, et des blancs aux étrangers. Jusqu’à ce que les hommes morts soient visibles partout, pendus aux branches des arbres de chaque côté de la route, et en un nombre presque suffisant pour rivaliser avec la mousse espagnole native du pays, comme drapant la forêt. »

Et on se plaint de la violence à la télé…

Le problème est celui-ci, la populace américaine :

Les récits d’outrages commis par les foules constituent les nouvelles quotidiennes des temps.Ils ont pénétré le pays, de la Nouvelle-Angleterre à la Louisiane – ils ne sont ni propres aux neiges éternelles de la Nouvelle-Angleterre, ni aux soleils brûlants de la Louisiane –,–ils ne sont pas la créature du climat – ils ne se limitent pas aux États promouvant l’esclavage, ni aux autres. De la même manière, ils apparaissent parmi les maîtres du Sud, chasseurs d’esclaves pour le plaisir et parmi les citoyens du Nord aimant l’ordre sur des terre aux habitudes régulières. Quelle que soit leur cause, ils sont communs à tout le pays.

Si on se met à lyncher aussi les Blancs…

Nous sommes en 1850, douze ans après le discours de Springfield. On va laisser la parole à un certain Charles Dickens qui écrit dans ses si belles American notes, les petites annonces à l’américaine. Et cela donne :
« Voici quelques spécimens de petites annonces publiées dans les journaux publics. Il n’y a que quatre ans que la plus ancienne d’entre elles est apparue, et d’autres de même nature continuent à être publiées tous les jours, par pages entières.

En fuite, Négresse Caroline. Avait un collier avec un clou retourné.
En fuite, Femme noire, Betsy. Avait une barre de fer sur sa jambe droite.
En fuite, Nègre Manuel. Très marqué par les fers.
En fuite, Négresse Fanny. Avait un collier de fer autour de son cou. »

Quatre pages comme ça… Dickens conclut, aussi pince-sans-rire que Philippe Grasset quand il parle des porte-avions US situés à trois mille milles de leur cible :

« Je devrais dire, peut-être, pour expliquer cette dernière description que, parmi les autres bénédictions que l’opinion publique assure aux Noirs, il y a la pratique courante de frapper leurs dents violemment, de leur faire porter des colliers de fer de jour comme de nuit et de les harceler avec des chiens, des pratiques presque trop ordinaires pour mériter d’être mentionnées. »

Quel humour… noir ! Et comme on sait aussi, le « collier électronique » a remplacé le « collier de fer » pour un sixième des jeunes Noirs.

Lincoln rend ensuite compte de l’atrocité suivante :

« Pensez donc à cette scène horrible à St. Louis. Une seule victime a été sacrifiée là-bas. Son histoire est très courte et elle est peut-être la plus tragique, si quelque chose d’aussi horrible a jamais pu exister dans la vie réelle. Un homme mulâtre, nommé McIntosh, a été saisi dans la rue, traîné dans la banlieue de la ville, enchaîné à un arbre, et effectivement brûlé jusqu’à la mort. Le tout en une seule heure à partir du moment où il était encore un homme libre, s’occupait de ses affaires et était en paix avec le monde. »

Revoyez le film Furie de Fritz Lang ou La Nuit du chasseur de Laughton ; ils évoquent aussi ces comportements, sans oublier l’incident d’Ox-Bow de William Wellmann.

Or tout cela permet à mon sens de bien comprendre le fonctionnement de la diplomatie impériale américaine. La diplomatie de Trump-Tillerson ou de Bush-Clinton repose aussi sur le lynchage, lynchage collectif des présumés « rogue states » isolés, avec les vassaux européens et les Zabulon de l’Otan. Le  Tillerson prétend aujourd’hui lancer le monde contre l’Iran après la Corée.
Donc on lynche l’Amérique centrale, l’Irak, la Libye, la Syrie, la Corée en attendant l’Iran, la Chine et la Russie, même si nos missionnaires ont ici tendance à faire du surplace… Mais la logique est celle de la foule des lyncheurs qui accusent sans preuve, se chauffent les uns les autres à coups de Bible et de whisky, et ensuite exterminent.

Malheureusement la réponse de Lincoln me fait peur. On l’écoute :

Que la révérence aux lois soit murmurée par chaque mère américaine à son petit qui zézaye et babille sur ses genoux ; qu’elle soit enseignée dans les écoles, les séminaires, les universités ; qu’elle soit écrite dans les premiers livres, les livres d’orthographe, les almanachs ; qu’elle soit prêchée depuis la chaire, proclamée dans les assemblées législatives, et imposée par les cours de justice. Et en bref, qu’elle devienne la religion politique de la nation ; que vieux et jeunes, riches et pauvres, graves et joyeux, de tous sexes et de toutes langues, couleurs et conditions, se sacrifient sans relâche sur ses autels.

On ne devrait pas avoir besoin de loi contre le lynchage, non ?

C’est au nom de cette religion politique que Sherman va exterminer les sudistes, leurs femmes, leurs enfants, ravager et ruiner leurs terres. Et qu’on va emprisonner trente-quatre millions d’Américains, pour des durées indéterminées, au cours des deux derniers siècles.

Après notre barbu père fondateur va diviniser la loi :

« Quand je réclame avec tant de pressions un strict respect de toutes les lois, ne pensez pas que je veuille dire qu’il n’y a pas de mauvaise loi, ni que des problèmes ne se posent pas, pour lesquels aucune disposition légale n’a été prise –pour ne dire que cela. Je veux dire que de mauvaises lois, si elles existent, devraient être abrogées le plus tôt possible, mais si elles restent en vigueur, pour des raisons d’exemple, elles devraient être observées religieusement. »

Nous vivons dans un monde gnostique d’inspiration américaine farci de lois, monde contre lequel nous mettait un garde un certain chinois nommé Lao Tse il y a plus de deux mille ans.

« Plus le roi multiplie les prohibitions et les défenses, et plus le peuple s’appauvrit ;
Plus le peuple a d’instruments de lucre, et plus le royaume se trouble ;
Plus le peuple a d’adresse et d’habileté, et plus on le voit fabriquer des objets bizarres ;
Plus les lois se manifestent, et plus les voleurs s’accroissent. »
L’Amérique avant la guerre de Sécession était un pays flanqué par la violence brute d’un côté (qu’on ne limitera certainement pas à l’esclavage) et la démence juridique qui allait devenir une des manifestations de l’effrayante époque où nous vivons, marquée par le camp de concentration évoqué plus haut et le présent permanent annoncé par Kojève.

Lincoln est contemporain de Beaumont, qui souligne ici :

« Il y a dans le caractère de l’Américain un mélange de violence et de froideur qui répand sur ses passions une teinte sombre et cruelle ; il ne cède point, quand il se bat en duel, à l’entraînement d’un premier mouvement ; il calcule sa haine, il délibère ses inimitiés, et réfléchit ses vengeances.

On trouve, dans l’Ouest, des États demi-sauvages où le duel, par ses formes barbares, se rapproche de l’assassinat ; et même dans les États du Sud, où les mœurs sont plus polies, on se bat bien moins pour l’honneur que pour se tuer. »

Sur les Noirs et les Blancs, Beaumont ajoutait :

« C’est assurément un fait étrange de voir tant de servitude au milieu de tant de liberté : mais ce qui est peut-être plus extraordinaire encore, c’est la violence du préjugé qui sépare la race des esclaves de celle des hommes libres, c’est-à-dire les nègres des blancs. La société des États-Unis fournit, pour l’étude de ce préjugé, un double élément qu’on trouverait difficilement ailleurs. La servitude règne au sud de ce pays, dont le nord n’a plus d’esclaves. On voit dans les États méridionaux les plaies que fait l’esclavage pendant qu’il est en vigueur, et, dans le Nord, les conséquences de la servitude après qu’elle a cessé d’exister. Esclaves ou libres, les nègres forment partout un autre peuple que les blancs. »

Laissons les Noirs… Car sur la barbarie juridique américaine, Gustave de Beaumont n’était pas en reste avec son compagnon Tocqueville :

« Voyant qu’ils n’obtenaient rien par l’adresse et la ruse, les Américains ont eu recours à la violence. Non à la violence des armes, mais à celle des décrets ; car ce peuple, faiseur de lois, placé en face de sauvages ignorants, leur livre une guerre de procureur ; et, comme pour couvrir son iniquité d’un simulacre de justice, les expulse des lieux par acte en bonne forme. »

Tocqueville disait lui :

« Les Espagnols… n’ont pu parvenir à exterminer la race indienne, ni même à l’empêcher de partager leurs droits ; les Américains des États-Unis ont atteint ce double résultat avec une merveilleuse facilité, tranquillement, légalement, sans répandre de sang, sans violer un seul des grands principes de la morale aux yeux du monde. »

Au nom de cette morale, on sait ce qui se prépare.

Nicolas Bonnal

Bibliographie

Gustave de Beaumont – Marie (abu.cnam.fr)
Nicolas Bonnal – Chroniques sur la fin de l’Histoire ; Céline, le pacifiste enragé (Kindle)
Charles Dickens – American notes (archive.org)
Lao Tse – Tao Te King, §57
Abraham Lincoln, the Lyceum Address – The Perpetuation of Our Political Institutions – Address before the Young Men’s Lyceum of Springfield, Illinois
January 27, 1838
Tocqueville, de la démocratie en Amérique I – 2ème partie, chapitre X (races)

 

Ita fac, mi Lucili: vindica te tibi, et tempus quod adhuc aut auferebatur aut subripiebatur aut excidebat collige et serva.

Tout Sénèque est sur Wikisource… Tout Nicolas Bonnal parle de Sénèque.

 

 

Très busy Pokémon, moi gros con, vive l’ancien Japon ! La Boétie parle de l’aliénation des peuples par les jeux débiles, dans la cité de Lydie, ainsi contrôlée par Cyrus !

La route de la servitude (de La Boétie au micron)

 

Il n’y aurait pas besoin de théorie de la conspiration. Le peuple n’est pas un gentil innocent, une victime naïve. Le peuple, cette somme d’atomes agglomérés, de solitudes sans illusions (Debord) aime naturellement être mené à l’étable ou à l’abattoir. Et peut-être que le monologue de Figaro disait tout finalement… On y reviendra un beau jour !

Telle est l’éternelle leçon de la Boétie qui s’extasie devant l’infinie capacité des hommes à s’aplatir devant l’autorité. Chouchou des libertariens et de notre cher Murray Rothbard, l’adolescent prodige s’écœure lui-même en écrivant ces lignes, en rappelant ces faits :

« Il n’est pas croyable comme le peuple, dès lors qu’il est assujetti, tombe si soudain en un tel et si profond oubli de la franchise, qu’il n’est pas possible qu’il se réveille pour la ravoir, servant si franchement et tant volontiers qu’on dirait, à le voir, qu’il a non pas perdu sa liberté, mais gagné sa servitude. Il est vrai qu’au commencement on sert contraint et vaincu par la force ; mais ceux qui viennent après servent sans regret et font volontiers ce que leurs devanciers avaient fait par contrainte. »

Dostoïevski observe dans sa maison des morts (qui est plutôt une maison des vivants, son roman le plus drôle) que l’on s’habitue en effet à tout. La Boétie :

« C’est cela, que les hommes naissant sous le joug, et puis nourris et élevés dans le servage, sans regarder plus avant, se contentent de vivre comme ils sont nés, et ne pensent point avoir autre bien ni autre droit que ce qu’ils ont trouvé, ils prennent pour leur naturel l’état de leur naissance. »

C’est la vraie conspiration dont parle aussi en prison le fasciste non repenti Rebatet : nous nous soumettons au joug de la bagnole, de la salle de bains américaine, des artefacts électroniques. La Boétie explique ensuite comment on développe les jeux, l’esprit ludique, et dans quel but politique :

« Mais cette ruse de tyrans d’abêtir leurs sujets ne se peut pas connaître plus clairement que Cyrus fit envers les Lydiens, après qu’il se fut emparé de Sardis, la maîtresse ville de Lydie, et qu’il eut pris à merci Crésus, ce tant riche roi, et l’eut amené quand et soi : on lui apporta nouvelles que les Sardains s’étaient révoltés ; il les eut bientôt réduits sous sa main ; mais, ne voulant pas ni mettre à sac une tant belle ville, ni être toujours en peine d’y tenir une armée pour la garder, il s’avisa d’un grand expédient pour s’en assurer : il y établit des bordels, des tavernes et jeux publics, et fit publier une ordonnance que les habitants eussent à en faire état. Il se trouva si bien de cette garnison que jamais depuis contre les Lydiens il ne fallut tirer un coup d’épée. Ces pauvres et misérables gens s’amusèrent à inventer toutes sortes de jeux, si bien que les Latins en ont tiré leur mot, et ce que nous appelons passe-temps, ils l’appellent ludi, comme s’ils voulaient dire Lydi. »

Les bordels et les tavernes : comptez le nombre de sites porno sur le web pour voir un peu (Snyder parle de quatre millions); et comparez aux sites anti-conspiration. Vous verrez que nous sommes peu de chose. Un milliard de vues pour une chanson Gaga ou Rihanna.

La Boétie dénonce l’effémination des cités et des Etats soumis à la tyrannie. Elle fonctionne avec la servilité et la soumission. Avec la culture aussi, comme le verra Rousseau.

« Tous les tyrans n’ont pas ainsi déclarés exprès qu’ils voulussent efféminer leurs gens ; mais, pour vrai, ce que celui ordonna formellement et en effet, sous-main ils l’ont pourchassé la plupart… Les théâtres, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes étranges, les médailles, les tableaux et autres telles drogueries, c’étaient aux peuples anciens les appâts de la servitude, le prix de leur liberté, les outils de la tyrannie. Ce moyen, cette pratique, ces allèchements avaient les anciens tyrans, pour endormir leurs sujets sous le joug. Ainsi les peuples, rendus sots, trouvent beaux ces passe-temps, amusés d’un vain plaisir, qui leur passait devant les yeux, s’accoutumaient à servir aussi niaisement, mais plus mal, que les petits enfants qui, pour voir les luisantes images des livres enluminés, apprennent à lire. »

Puis La Boétie compare les méthodes éducatives, et ce n’est pas piqué des vers. Lui aussi promeut et aime Sparte – comme Rousseau et comme d’autres.

« Lycurgue, le policier de Sparte, avait nourri, ce dit-on, deux chiens, tous deux frères, tous deux allaités de même lait, l’un engraissé en la cuisine, l’autre accoutumé par les champs au son de la trompe et du huchet, voulant montrer au peuple lacédémonien que les hommes sont tels que la nourriture les fait, mit les deux chiens en plein marché, et entre eux une soupe et un lièvre : l’un courut au plat et l’autre au lièvre. « Toutefois, dit-il, si sont-ils frères ». Donc celui-là, avec ses lois et sa police, nourrit et fit si bien les Lacédémoniens, que chacun d’eux eut plus cher de mourir de mille morts que de reconnaître autre seigneur que le roi et la raison. »

Ensuite La Boétie est encore plus révolutionnaire, il est encore plus provocateur et méprisant pour le populo ; il remarque que comme sur Facebook on aime jouer à Big Brother, qu’on aime participer à son propre emprisonnement (empoisonnement) moral et physique – et qu’on paierait même pour. C’est le Panopticon de Bentham à la carte :

« Celui qui vous maîtrise tant n’a que deux yeux, n’a que deux mains, n’a qu’un corps, et n’a autre chose que ce qu’a le moindre homme du grand et infini nombre de nos villes, sinon que l’avantage que vous lui faites pour vous détruire. D’où a-t-il pris tant d’yeux, dont il vous épie, si vous ne les lui baillez ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s’il ne les prend de vous ? Les pieds dont il foule vos cités, d’où les a-t-il, s’ils ne sont des vôtres ? Comment a-t-il aucun pouvoir sur vous, que par vous ? Comment vous oserait-il courir sus, s’il n’avait intelligence avec vous ? Que vous pourrait-il faire, si vous n’étiez receleurs du larron qui vous pille, complices du meurtrier qui vous tue et traîtres à vous-mêmes ? »

 

Le citoyen participe à sa propre aliénation. On n’a jamais autant payé d’impôts en Amérique ou en France en 2016. L’Etat haï des pauvres libertariens n’a jamais été aussi sûr ! Quant au monstre froid européen… No comment.

Puis le jeune auteur parle des réseaux de la tyrannie qui sont sur une base six, comme le web (WWW_666, voyez mon livre qui d’ailleurs va être republié). On pense à Musset et à Lorenzaccio qui eux-mêmes répètent déjà la redoutable antiquité gréco-romaine :

« Toujours il a été que cinq ou six ont eu l’oreille du tyran, et s’y sont approchés d’eux-mêmes, ou bien ont été appelés par lui, pour être les complices de ses cruautés, les compagnons de ses plaisirs, les maquereaux de ses voluptés, et communs aux biens de ses pilleries. Ces six adressent si bien leur chef, qu’il faut, pour la société, qu’il soit méchant, non pas seulement par ses méchancetés, mais encore des leurs. Ces six ont six cents qui profitent sous eux, et font de leurs six cents ce que les six font au tyran. Ces six cents en tiennent sous eux six mille, qu’ils ont élevé en état, auxquels ils font donner ou le gouvernement des provinces, ou le maniement des deniers, afin qu’ils tiennent la main à leur avarice et cruauté et qu’ils l’exécutent quand il sera temps, et fassent tant de maux d’ailleurs qu’ils ne puissent durer que sous leur ombre, ni s’exempter que par leur moyen des lois et de la peine. »

Enfin La Boétie se méfie de l’architecture civile et il a raison. Voici comment il la dénonce, bien sobrement :

« De là venait la crue du Sénat sous Jules, l’établissement de nouveaux États, érection d’offices ; non pas certes à le bien prendre, réformation de la justice, mais nouveaux soutiens de la tyrannie. »

 

Bibliographie

Bloy – Exégèse des lieux communs

Dostoïevski – Souvenirs de la maison des morts

La Boétie – Discours sur la servitude volontaire

Nicolas Bonnal – Littérature et conspiration (sur Amazon.fr)

 

Le temple bouddhiste, jonché de bitume, qui ne fait « rien ressentir » à la jeune voyageuse, qui ne sait d’ailleurs plus qui est son mari (un photographe de mode, je crois). mais qu’est-ce-ce que c’est que cet existentialisme honnête à la noix ?

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Le Japon soixante après Nagasaki, par Sofia Coppola. Comment le monde moderne anéantit et pollue tout, vitrifie, salope et crétinise. Un bref rappel de Guy Debord :

Hormis un héritage encore
important, mais destiné à se réduire toujours, de livres et de bâtiments anciens, qui
du reste sont de plus en plus souvent sélectionnés et mis en perspective selon les
convenances du spectacle, il n’existe plus rien, dans la culture et dans la nature, qui
n’ait été transformé, et pollué, selon les moyens et les intérêts de l’industrie
moderne.

 

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