Un lecteur écrit… sur Maupassant et Tartarin !

J’ai attaqué votre conseil lecture, Les dimanches d’un bourgeois à Paris, et ça me fait beaucoup penser à Tartarin de Tarascon, que j’ai lu récemment.
On y trouve déjà du proto-Debord, le plaisir spectaculaire de l’accumulation de marchandises :
« Puis il étendit sur des chaises toutes ses emplettes, qu’il considéra longtemps »
Chez Tartarin,

« Imaginez-vous une grande salle tapissée de fusils et de sabres, depuis en haut jusqu’en bas ; toutes les armes de tous les pays du monde : carabines, rifles, tromblons, couteaux corses, couteaux catalans, couteaux-revolvers, couteaux-poignards, kriss malais, flèches caraïbes, flèches de silex, coups-de-poing, casse-tête, massues hottentotes, lassos mexicains, est-ce que je sais !

Par là-dessus, un grand soleil féroce qui faisait luire l’acier des glaives et les crosses des armes à feu, comme pour vous donner encore plus la chair de poule… Ce qui rassurait un peu pourtant, c’était le bon air d’ordre et de propreté qui régnait sur toute cette yataganerie. Tout y était rangé, soigné, brossé, étiqueté comme dans une pharmacie, de loin en loin, un petit écriteau bonhomme sur lequel on lisait :

Flèches empoisonnées, n’y touchez pas !

Ou :

Armes chargées, méfiez-vous !

Sans ces écriteaux, jamais je n’aurais osé entrer.

Au milieu du cabinet, il y avait un guéridon. Sur le guéridon, un flacon de rhum, une blague turque les Voyages du capitaine Cook, les romans de Cooper, de Gustave Aimard, des récits de chasse, chasse à l’ours, chasse au faucon, chasse à l’éléphant, etc. »

Patissot aussi est un grand lecteur : « Ses dimanches étaient généralement passés à lire des romans d’aventures et à régler avec soin des transparents qu’il offrait ensuite à ses collègues. »

Les deux décident un jour de partir à l’aventure, déguisés en aventuriers, et jouant à fond leur rôle (et quand on dit que tout ce qui était auparavant directement vécu s’est éloigné dans une représentation, il y a ça aussi : l’artificialité, et ce regard sur soi-même qui n’a rien à voir avec l’examen de conscience, mais relève purement des mécanismes narcissiques : car Lasch et Debord parlent de la même chose), se rendant ridicules aux yeux des autochtones.

Tous deux sont mythomanes dès que l’occasion s’en présente, et se font dépouiller par des femmes.

Dans les deux cas, on se fait croire qu’on est grâce au paraître, qui se base d’une part sur l’imitation de modèles fictifs, littéraires (aujourd’hui c’est télévisuel / cinématographique – mais c’est forcément un modèle outrancier, stéréotypé comme on dirait aujourd’hui, théâtral) et d’autre part sur l’accumulation de camelote, de déguisements. Ces deux bases qui semblent à la fin du XIXe accessibles aux seuls bourgeois, c’est ce qui est développé à l’infini et proposé à l’ensemble des « occidentaux » avec la société de consommation.

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Pourquoi la monarchie a disparu en France…

Pourquoi la monarchie a disparu en France

 

Un Allemand écrivait naguère : « Il y a quinze ans que le roi Louis-Philippe sert de paratonnerre révolutionnaire à ces marchands d’écus qui règnent et gouvernent en France… Eh bien! qu’on fasse entendre à tous ces bourgeois gorgés d’or, qu’ils gagneraient seulement demi pour cent à échanger leur roi

constitutionnel contre un président de république, l’échange aurait lieu dès demain. »

Cet Allemand-là connaissait bien la France.

Catastrophe britannique et farce statistique

Plus de 4 millions de personnes en difficultés financières au Royaume-Uni

C’est une dépêche de Reuters revenant sur le “miracle” anglais qui, loin d’être aussi miraculeux que cela, montre bien à quel point la pauvreté et la précarité partout dans le monde progressent inexorablement.

“Plus de quatre millions de personnes en Grande-Bretagne ont du mal à faire face à leurs échéances mensuelles, selon un rapport publié mercredi par la Financial Conduct Authority (FCA), l’autorité de tutelle du secteur financier britannique.

Les jeunes consommateurs et les locataires sont les plus exposés à ces difficultés financières, précise la FCA. L’étude souligne une situation particulièrement sensible alors que l’inflation est supérieure à la progression des salaires.

D’après ses conclusions, près de la moitié des locataires rencontreraient par ailleurs des difficultés si leur loyer mensuel devait augmenter de moins de 100 livres (environ 110 euros).

L’étude doit permettre à la FCA de moduler les règles encadrant les crédits à la consommation et les prêts hypothécaires.”

Ce que vous voyez encore là c’est que la précarisation se fait terriblement à partir du prix du logement qui, partout, devient de plus en plus cher.

C’est là qu’il faut savoir exercer son libre arbitre et devenir capable de raisonner différemment. Souvent mieux vaut habiter dans une région nettement moins chère avec un “boulot” alimentaire que de courir après des chimères dans certaines capitales par exemple.

Si cette tendance concerne par exemple en France les gens au smic qui habitent l’Île-de-France, cela va s’aggraver dans les années qui viennent et toucher vraisemblablement les “petits cadres”

Nicolas Bonnal, Draghi et les marchés (sur reseauinternational.net)

Les marchés montent contre les prévisions apocalyptiques des antisystèmes

Les marchés montent contre les prévisions apocalyptiques des antisystèmes

Un sympathique micro-expert est venu expliquer pourquoi les marchés peuvent (peuvent ou doivent ?) continuer de monter. Voici le lien :

https://www.businessbourse.com/2017/10/20/voici-marches-boursiers-nont-fini-de-monter/

En ce qui me concerne, je ne cesse de dire que ceux qui vous disent d’acheter de l’or se trompent (ou vous trompent) pour trois raisons :

  • Ces sites appartiennent tous à des marchands d’or : cherchez à qui profite la prime !
  • Le pouvoir a toujours triché. Montesquieu se plaint déjà – mais avec humour lui – des manipulations monétaires des rois de France (« ils sont de grands magiciens », mais le public les croit !).

« D’ailleurs, ce roi est un grand magicien : il exerce son empire sur l’esprit même de ses sujets ; il les fait penser comme il veut. S’il n’a qu’un million d’écus dans son trésor, et qu’il en ait besoin de deux, il n’a qu’à leur persuader qu’un écu en vaut deux ; et ils le croient. S’il a une guerre difficile à soutenir, et qu’il n’ait point d’argent, il n’a qu’à leur mettre dans la tête qu’un morceau de papier est de l’argent ; et ils en sont aussitôt convaincus (lettre persane, XXIV). »

Les empereurs romains n’ont cessé de corrompre leurs monnaies (lisez Piganiol, Rostovzeff), comme le roi Philippe le Bel hostile aux banquiers-templiers. La bagarre est vieille comme le monde. Le pouvoir corrompt absolument, surtout la monnaie.

  • Enfin, l’or ne vous sauvera en rien. Si tout craque (mais que veut-ce dire ?), on pourra vous prendre votre or en échange de votre liberté. Hitler et Roosevelt l’ont fait (Gold reserve Act en Amérique, dix ans de prison si vous ne régaliez pas votre or à l’Etat). Enfin, si tout craque, c’est l’ambiance Mad Max et on vous grillera les pieds comme pendant la guerre de trente ans (voyez les gravures de Callot) pour savoir où vous cachez vos économies.

Le catastrophisme est comme le pire : il n’est jamais sûr. Hillary Clinton l’a dit un jour où elle était inspirée : « il n’y a pas eu de troisième guerre mondiale, et il y a eu croissance généralisée. » Et même si cela produit un monde bête, surexploité et dépoétisé, c’est ce que veulent les électeurs, qui courent après les jobs mal payés, la croissance percluse et la spéculation immobilière.

Ce que ne disait pas le micro-expert c’est que le CAC est toujours 20% plus bas qu’en l’an 2000, il faut le faire tout de même ! Qu’il était à 2000 à la fin des années 80, c’est-à-dire qu’il a crû de moins de 2% par an en une génération. N’importe quel studio est plus rentable à Paris. J’ai montré que pour l’or il en était de même. Un actif pas très sûr depuis 1980, très fiscalisé et très surveillé par nos dirigeants devenus fous.

Enfin, le micro-expert ajoutait que les GAFA US (Apple, Facebook, Amazon, Google) valent plus que la bourse française ! C’est hélas normal, car on a tous le nez dessus dix heures par jour !

Nicolas Bonnal

Flaubert et nos déplacements inutiles

Flaubert et nos déplacements inutiles

 

« Rien ne prouve mieux le caractère borné de notre vie humaine que le déplacement. Plus on la secoue, plus elle sonne creux. Puisque, après s’être remué, il faut se reposer ; puisque notre activité n’est qu’une répétition continuelle, quelque diversifiée qu’elle ait l’air, jamais nous ne sommes mieux convaincus de l’étroitesse de notre âme que lorsque notre corps se répand. On se dit : «Il y a dix ans j’étais là», et on est là, et on pense les mêmes choses, et tout l’intervalle est oublié. Puis il vous apparaît, cet intervalle, comme un immense précipice où le néant tournoie. Quelque chose d’indéfini vous sépare de votre propre personne et vous rive au non−être. Ce qui prouve peut−être que l’on vieillit, c’est que le temps, à mesure qu’il y en a derrière vous, vous semble moins long.

 

Autrefois, un voyage de six heures en bateau à vapeur (en pyroscaphe, comme dirait le pharmacien) me paraissait démesuré ; j’y avais des ennuis abondants. Aujourd’hui, ça a passé en un clin d’œil. J’ai des souvenirs de mélancolie et de soleil qui me brûlaient tout, accoudé sur ces bastingages de cuivre et regardant l’eau.

Celui qui domine tous les autres est un voyage de Rouen aux Andelys avec Alfred (j’avais seize ans). Nous avions envie de crever, à la lettre. Alors, ne sachant que faire, et par ce besoin de sottises qui vous prend dans les états de démoralisation radicale, nous bûmes de l’eau−de−vie, du rhum, du kirsch et du potage (c’était un riz au gras). Il y avait sur ce bateau toutes sortes de beaux messieurs et de belles dames de Paris. Je vois encore un voile vert que le vent arracha d’un chapeau de paille et qui vint s’embarrasser dans mes jambes. Un monsieur en pantalon blanc le ramassa… Elle était à Trouville, la femme d’Alfred, avec son nouveau mari. Je ne l’ai pas vue. »

 

Notre bonhomme a des ressources :

 

« Dès lundi je me livre à une Bovary furibonde. »

Chris Hedges : « Nous vivons dans une nation ou les médecins détruisent la vie, les avocats la justice, les universités la connaissance, la presse l’information, la religion la morale et les banques l’économie. » Phrase du jour !