Nev le bureaucrate, écrit à 22 ans en 1983, prose poétique et fantaisie cosmique : « à mi-chemin entre la science-fiction et le document sociologique » (comité de lecture des éditions Grasset).

« Tout homme qui aspire à se distinguer du reste des animaux doit faire tous ses efforts pour ne point traverser silencieusement la vie, comme la brute que la nature a courbée vers le sol et asservie à ses appétits. »

La phrase du jour de Salluste

Tout homme qui aspire à se distinguer du reste des animaux doit faire tous ses efforts pour ne point traverser silencieusement la vie, comme la brute que la nature a courbée vers le sol et asservie à ses appétits.

 

Omnis homines, qui sese student præstare ceteris animalibus, summa ope niti decet vitam silentio ne transeant, veluti pecora, quæ natura prona³ atque ventri obedientia finxit.

 

PS la plupart des connards pompent chaque jour les milliards de phrases ennuyeuses qui traînent dans les innombrables dicos de citations américanisées.

Nicolas Bonnal relit lui chaque jour avant d’écrire  un traité civilisé de grand ancien dans le texte ; et vous le transmet.

Veillez, lecteurs ! Demain, Nicolas Bonnal, le khan gourou de La Corogne, vous délivre les secrets étalés de la guerre des étoiles !

Matinée ! Le Hyre en pleine forme bande son arc à Jeanne…

Cher ami,

vous êtes vous déjà penché sur Rennes le Château et son abbé friqué ? C’était le bon temps presque.

Vos jeux de mots sont délicieux, et avec les photos, là on atteint le sublime, jacuzzi, couchers de soleils aux relents de création du monde, c’est Altdörfer et sa Bataille d’Alexandre, le réveil de l’oxydent.

Il faudrait que je fasse votre portrait tiens, cela fait trop longtemps que je me suis détaché de la figure humaine. Alors autant prendre un bon modèle.
C’est drôle d’assister à un tel croupissement accéléré de notre monde blanc. L’europe se délite, et en fait cela me fait ni chaud ni froid que les nations se dépècent toutes seules, enfin avec l’aide de la télécommande. C’est mérité. On a tué nos rois, déserté nos églises et élisons nos bourreaux et nos maquereaux et on donne des leçons de liberté et de mœurs etc…
Les nouvelles révélations sur Las Vegas sont croquignolettes, le monde est choupinou, on fait de faux massacres pour s’émouvoir de voir que notre monde finalement n’est pas moins bien que la téloche… C’est rassurant. Pas étonnant que les Simpsons soient des devins et des prophètes alors.
Quand on veut ressembler à tout prix à ce que l’on fait, on se dit que la boucle est bouclée, foin de Pygmalion et Galatée, foin de Narcisse et de son reflet humide, foin de l’art de la religion, on s’aime soi au travers de ce qu’on produit. Qu’en dirait Freud ?
Le sentimentalisme envers soi comme nouvelle altérité, dès lors plus de secret, plus de mythe, plus de magie. Le sentiment et l’hygiène dans la corruption des corps et des âmes, l’orgie aseptisée, clinique.
Et à cela pas une voix, pas une réponse. Un prêtre en chaire pour évoquer Bernanos ? Bossuet ? Cassien ? Non pas, ou mal.
Il y a quelques temps je demandais à un jeune prêtre de la frat’ pourquoi on donnait du sel aux bébé lors du baptême, j’attends encore sa réponse.
Je la trouvais enfin avec Fénelon, encore un ancien : Nous mettons du sel dans la bouche de cette personne, afin qu’elle conserve, par le sel de la sagesse évangélique, la pureté de la foi[Fénelont. XVIII, p. 169]
Lorsque je lui disais que j’étais orthodoxe, il me demandais inquiet si j’étais un de ses hérétiques qui sont avec Rome. Je le rassurais avec bienveillance, je crois qu’il n’avais jamais entendu parler des schismatiques orthodoxes. Dans son ultramontanisme paradoxal, il ne peut s’imaginer d’église hors de Rome, lui qui en est pourtant exclus. Va comprendre Charles.
Après on va accuser Cassien de semi-pélagianisme, car on a rien compris à la grâce et à l’homme. Tout est mécanique, tout les chemins mènent à Rome. Pourtant l’état de l’église romaine actuelle donne raison à Cassien, sans volonté de l’homme, sans sa persévérance, la foi « n’augmente » pas, et point de grâce. C’est un vase clos, un circuit imprimé relié à une diode qui tant qu’elle brille croit qu’elle sert à quelque chose, alors que la machine est en veille. L’homme n’est pas pour rien dans son salut. Comme le possédé venu librement, malgré la « légion » qui le tourmentait à la rencontre de son Sauveur.
Tout cela manque de sel, plein d’humeurs, d’hémoglobine, et je ne sais quoi d’autre, mais point de Sel. Fénelon s’en retourne dans sa tombe. Et après on va vous parler de la grâce ? Grâce à qui ? Grâce à quoi ?
C’est triste de se dire que l’église est devenue si terrestre et si mondialiste qu’elle en a non seulement oublié son universalité et son message. Il reste quelques bribes, ça et là, quelques foyers, mais sans la plénitude, on reproduit quelques rites anciens, parce qu’il sont plus beau, mais on ne les comprends pas, le formalisme, qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse. Mais l’ivresse avec du vin coupé, de la flotte, ce n’est pas très grisant.
Trotski voulait que le cinéma rivalise avec la liturgie comme spectacle, il n’en pouvait percer le secret du contenu. Maintenant que l’église a perdu le sel, en effet, le cinoche et la télé rivalisent et battent à plat de couture les célébrations mal interprétées, pauvres, besogneuses, ringardes, et honteuses du sacrifice dominical. Le public ne pardonne pas les erreur de production, et les mauvais castings, les mauvais doublage, et une mauvaise bande originale. On attend les lunettes 3D, et les hologrammes pour venir aider les piètres applaudissements et le tournage de serviettes qui sévissent dans nos paroisses (vérifier sur internet c’est édifiant).
Les prêtres n’ont pas de pognon, il se sont gauchisés et prolétarisés, mais sans le goût prolétarien soviétique nourri de Chostakovitch et de Pouchkine, pourtant le vatican est bourré de fric, connait pas la crise, les églises tombent en ruine, le culte aussi, c’est à croire que l’appel de Léon XIII était prémédité, comprenant qu’on pourrait sauvegarder le pactole avec in fine la séparation de l’église et de l’état et la spoliation des biens de l’église.
Je vais peut-être un peu loin, mais ça sonne tellement bien, si non e vero e bene trovato.

Sinon une perle dénichée par un ami prêtre orthodoxe : « Sois semblable à Dieu est le commandement de l’humilité »
(Alphonse de Chateaubriant * La réponse du Seigneur) à méditer.

Star trek ? Que le grand cric me croque si je crois ce Bonnal sur ces stères qui me craquent !

Star trek – les meilleurs épisodes

 

Créée par des as de l’aviation, des services secrets et de la maçonnerie initiatique (on évoqua les bnai’brith, chapeau si c’est vrai !), la série Star Trek nous a toujours émerveillés, au moins de 1967 à 1969. Enfin disponible à un prix raisonnable sur Amazon.co.uk., nous l’avons acquise et décidé d’écrire un livre sur cette série légendaire (la meilleure avec le prisonnier, tourné la même années), qui mêlera tout, ésotérisme, mythologie, bible, histoire, épopée, érotisme et même (pourquoi pas ?) raison. Embarquement immédiat pour les utopies gnostiques de la télé vision !

Mise en bouche avec nos dix épisodes préférés :

 

La ménagerie I et II

Un capitaine mutilé et handicapé veut revivre de superbes aventures amoureuses dans la planète des illusions. Spock décide de mutiner pour l’y emmener, car la vie n’est-elle pas un rêve (baroque en l’occurrence) ?

Métamorphose – Cochrane

Sublime épisode où l’on voit un nuage posséder un cosmonaute amoureusement. Il le fait survivre pendant des centaines d’années avant de pouvoir reprendre une forme humaine avec une belle mourante amenée par Kirk. « Je t’apparaîtrai sous la forme de la nuée », dit la Bible.

Charlie X

Un adolescent perdu, frustré aux grands pouvoirs devient tyran à bord du vaisseau. Son nom est-il une allusion à notre histoire de France ?

Fraternitaire

Une planète nazie, ni plus ni moins, créée par l’ancien professeur d’histoire de Kirk. Spock ajoute que ce fut «le système le plus efficace de l’histoire du monde ». Episode censuré en Allemagne.

Amok time – mal du pays

Saison des amours pour Spock. On découvre enfin la planète Vulcain, mélange de génie juif et chinois, et qui dégage pourtant une bonne barbarie ressourçant Kirk.

Apollon – Adonis

Notre préféré. Apollon existe et il regrette les hommes qu’il avait dessiné pour l’adorer, il tente alors de retenir l’équipage sur sa planète. Mais le capitaine Kirk n’est pas d’accord, avant de regretter sa prompte décision !

Unité M. Computer – Daystrom

Episode central, proche de 2001 ! L’ordinateur-Golem est installé à bord du vaisseau, et il détraque tout. Mais qui diable nous débarrasser de ces Golems dit-il nez perché dix heures par jours sur son écran d’ordinateur ?

Les derniers tyrans – space seed

Episode superbe avec l’acteur hispano-mexicain Montalban. Une race de surhommes rebelles est retrouvée et s’empare du vaisseau. On les en chasse, mais ils sortent la tête haute. Encore un épisode terriblement politiquement incorrect. Mais pourquoi donc ?

Requiem pour Mathusalem

L’homme éternel existe, il a été Brahms et Leonard de Vinci et d’autres aussi. Il a créé une planète de rêve mais souffre de solitude, alors il se fabrique des Schéhérazade. Mais comme les machines  blondes deviennent sentimentales…

La route de l’Eden.

On recrute des hippies de l’espace qui sèment la pagaille à bord. Spock ne les apprécie pas mais il aime et comprend leur quête spirituelle. Tous à Katmandou ! Nota : on se moque d’un certain Herbert, figure autoritaire, allusion rigolote à Marcuse bien sûr.

 

 

Téléchargement réussi ! Vulcanologues de tout poêle et de toute nation alitée, n’oubliez pas de lire et de bouillir avec Nicolas Bonnal !!! Thus spoke Don Nicolas., la stère sans trac, euh…

Exclusif : Harvey Weinstein consolé par des stars à sa sortie de prison ! Il va financer une remake de Prédateur !

Voyez ce que Miles en pense.

Cliquer pour accéder à wein.pdf

Le bluff Strogonoff de la bébête immonde Donald Buck : et si le taquin roué râlait pour n’attaquer personne ?

Le discours du président états-unien sur l’Iran a été précédé d’un point de presse au département d’État accusant le Hezbollah d’exporter le terrorisme dans le monde entier pour le compte de Téhéran [1]. Joignant l’acte à la parole, une récompense a été offerte pour l’arrestation de deux de ses commandants. Mais —surprise !— pas un mot ni sur ses victoires face aux jihadistes, ni sur les 800 millions de dollars que le Guide Ali Khamenei vient d’offrir à la Résistance libanaise [2].

Puis, prenant la parole, le président Trump n’a pas manqué d’insulter autant que faire se peut l’héritage de l’imam Rouhollah Khomeini, les Gardiens de la Révolution et le Guide [3].

Il a relayé toutes sortes d’accusations anciennes dont ils ont pourtant été blanchis il y a longtemps et a jeté les bases pour les accuser d’animer la résurgence d’Al-Qaïda.

Avant même la fin de son discours, le pétrole était déjà en hausse de 85 cents le baril, le marché misant sur un arrêt des investissements pétroliers iraniens. Dans les heures qui suivirent, la totalité des États occidentaux et la Russie déplorèrent l’agressivité de Donald Trump, tandis qu’Israël et l’Arabie saoudite l’applaudissaient.

Or, les seules décisions annoncées par le président Trump et le département d’État sont la récompense mentionnée plus haut et l’arrêt de la certification de l’accord 5+1 devant le Congrès [4] ; cette dernière décision ne relève pas des relations internationales, mais exclusivement de la politique intérieure états-unienne. L’accord du 14 juillet 2015 a été adopté par le Conseil de sécurité des Nations Unies et ne peut être défait que par lui. Bien sûr, tous les diplomates savent que derrière cet accord multilatéral, les États-Unis et l’Iran sont convenus d’un protocole bilatéral secret qui régit leurs rôles respectifs au Moyen-Orient élargi. Au moment où j’écris, personne n’est capable de dire si le président Trump a remis en cause ou non ce protocole. Par conséquent toutes les réactions aux annonces du département d’État et à son discours du 13 octobre sont du pur théâtre.

Les classes dirigeantes des États-Unis et de l’Iran ont toujours été passionnées à propos de leurs relations respectives. Déjà, lors de la Révolution de 1979, l’administration Carter était divisée si profondément que le secrétaire d’État, Cyrus Vance, et le conseiller de Sécurité, Zbigniew Brzeziński, s’affrontèrent et menacèrent l’un et l’autre de démissionner si le président ne les écoutait pas. C’est finalement le second qui l’emporta sur le premier, non sans avoir travesti l’arrestation des espions de l’ambassade de Téhéran en une séquestration d’« otages » et sans s’être ridiculisé en échouant à les libérer [5]. À partir de cet incident, les relations de Washington avec Téhéran sont une succession de mensonges médiatiques n’ayant aucun rapport avec la réalité.

Du point de vue iranien, le Royaume-Uni et les États-Unis sont des prédateurs et des menteurs qui ont colonisé et exploité leur pays. Ils continuent à écraser d’autres États qui ne se sont pas encore révoltés. C’est pourquoi, les Iraniens les désignent communément sous les sobriquets de « Petit Satan » et de « Grand Satan ». Selon l’ayatollah Ali Khamenei, chaque homme digne de ce nom se doit de lutter contre leurs agissements pervers. D’un autre côté, tout n’est pas mauvais chez les Anglo-Saxons et il n’y a pas de raison de ne pas faire d’affaires avec eux.

Durant l’administration Bush Jr., le vice-président Dick Cheney ne cessa de comploter avec Londres et Tel-Aviv pour attaquer Téhéran. Il créa le très secret Groupe pour la Politique et les Opérations en Iran et en Syrie («  Iran Syria Policy and Operations Group  ») autour de sa fille, Liz Cheney, et d’un vieux routier des opérations secrètes, Elliott Abrams. Il envisagea successivement de bombarder atomiquement ce pays, puis de soutenir une attaque israélienne depuis des aéroports loués à la Géorgie. Cependant, c’est exactement l’inverse qui advint : le président iranien Mahmoud Ahmadinejad et le chef d’état-major interarmes US, l’amiral Mike Mullen, se rencontrèrent secrètement le 2 mars 2008 à Bagdad. En renversant les Talibans afghans et le président iraquien Saddam Hussein, les États-Unis éliminèrent les ennemis de l’Iran à sa place et favorisèrent son influence régionale.

Durant l’administration Obama, la Maison-Blanche tenta de renverser le président Mahmoud Ahmadinejad en organisant la révolution colorée de 2009. Tirant les conclusions de son échec, elle prit contact avec ses opposants réunis autour de l’ancien président Hachemi Rafsandjani. Il se trouve que, dans la période 1983-86, le Conseil national de sécurité US organisa l’opération Iran-Contras. À l’époque le colonel Oliver North et l’éternel Elliott Abrams s’appuyèrent sur un député, cheikh Hassan Rohani, qui les introduisit auprès de l’hodjatoleslam Rafsandjani. C’est donc avec eux que l’administration Obama commença à discuter à Oman, en mars 2013. Et grâce à un tour de passe-passe, le candidat d’Ahmadinejad ne fut pas autorisé à se présenter à l’élection présidentielle que cheikh Rohani remporta cinq mois plus tard. Dès son arrivée au pouvoir ce dernier commença à négocier officiellement l’accord 5+1 qu’il avait imaginé lors des négociations d’Oman.

Donald Trump, quant à lui, n’a pas cessé de tenir un discours violemment anti-iranien durant sa campagne électorale. C’était aussi la position de son premier conseiller de Sécurité, le général Michaël Flynn. Depuis son arrivée à la Maison-Blanche, en janvier dernier, le président a pourtant éliminé un à un tous ceux de ses conseillers anti-Iraniens (à l’exception de Mike Pompeo, l’actuel directeur de la CIA). Au contraire ses trois principaux conseillers sont pro-Iraniens (son directeur de cabinet le général John Kelly, son secrétaire à la Défense le général James Mattis et son secrétaire d’État Rex Tillerson).

Il est d’ailleurs intéressant d’observer que lors de la nomination du secrétaire d’État, la presse pro-Obama annonçait comme une certitude que le poste échoirait à Elliott Abrams —encore lui—. Le président le reçut longuement, l’interrogea sur ses relations avec cheikh Rohani, puis le raccompagna à la porte et nomma Tillerson.

Il est tout à fait possible que le président Trump détruise l’accord irano-US sur un coup de tête et —beaucoup plus grave— s’en prenne aux Gardiens de la Révolution, mais il est bien plus probable qu’il joue une nouvelle fois la comédie pour apaiser ses alliés israéliens et saoudiens. Nous devons conserver à l’esprit que Donald Trump n’est pas un politicien professionnel, mais un promoteur immobilier, et qu’il agit comme tel. Il a réussi professionnellement en semant la panique par des propos excessifs et en observant les réactions qu’ils provoquaient chez ses concurrents et ses partenaires.

Pour trancher entre ces deux hypothèses, nous devons attendre les sanctions contre les Gardiens de la Révolution. Nous verrons alors si elles sont sérieuses ou relèvent uniquement à la fois de la manière de faire de Donald Trump et de la mascarade traditionnelle des États-Unis face à l’Iran.

Source
Al-Watan (Syrie)

[1] « Point de presse sur les mesures prises par les États-Unis pour lutter contre le Hezbollah », par Nathan Sales, Réseau Voltaire, 10 octobre 2017. Voir aussi la tribune libre de Tom Bossert dans Le Monde : « Les États-Unis continueront à isoler l’Iran et son allié le Hezbollah ».

[2] « Le Guide suprême de la Révolution a distribué en 2016 plus d’1 milliard de dollars dans le monde », Réseau Voltaire, 16 septembre 2017.

[3] “Remarks by Donald Trump on Iran Strategy”, Voltaire Network, 13 October 2017.

[4] « Nouvelle stratégie du président Donald Trump concernant l’Iran », Note de synthèse de la Maison-Blanche, Réseau Voltaire, 13 octobre 2017.

[5] Il n’y a jamais eu d’otages de l’ambassade US à Téhéran, mais des espions arrêtés en flagrant délit dans l’ambassade. D’ailleurs, malgré ses cris d’orfraie, Washington n’a jamais demandé de réparation pour cet incident.

Julius Evola et la desquamation du langage

 

 

Julius Evola et la desquamation du langage

 

Un des grands passages de l’œuvre de Julius Evola est celui sur l’affaiblissement des mots. Le mot italien Sfaldamento est d’une grande richesse, et le maître l’utilise dans d’autres ouvrages.  La desquamation  me parait un bon équivalent (décollage, écaillage même). La nullité de nos langues postmodernes et la déformation sémantique (vertu, honneur, honnêteté, humilité) de termes essentiels sont l’objet de ce chapitre superbe du recueil l’Arc et la massue.

Citons le maître :

 

« Une des preuves que le cours de l’histoire n’a pas suivi, en dehors du plan purement matériel, une direction de progrès, c’est la pauvreté des langues modernes par rapport à de nombreuses langues anciennes. Pas une seule des «langues vivantes » occidentales ne peut soutenir la comparaison, en matière d’organicité, de précision et de souplesse, avec, par exemple, le latin ou le sanskrit. Parmi toutes les langues européennes, il n’y a peut-être que l’allemand qui ait conservé quelque chose de la structure archaïque, alors que la langue anglaise et celles des peuples scandinaves ont également subi un processus d’érosion et d’affaiblissement. »

 

Puis Evola précise sa conception du relâchement de la langue :

 

« D’une manière générale, on peut dire que les langues anciennes étaient tridimensionnelles, tandis que les langues modernes sont bidimensionnelles. Le temps a agi, ici aussi, dans un sens corrosif ; il a rendu les langues « fluides » et « pratiques » au détriment, justement, du caractère organique. Ceci n’est qu’un reflet de ce qui s’est vérifié dans bien d’autres domaines de la culture et de l’existence. »

 

Langue liquide donc. Maistre évoque dans la Deuxième Soirée la stérilisation des langues européennes ; Nietzsche aussi décrit la pollution journalistique des styles.

Evola encore :

 

« … il serait intéressant de comparer le sens qu’eurent certains mots dans la vieille langue latine et le sens propre à des termes, restés pratiquement les mêmes, de la langue italienne et d’autres langues romanes également. On observe généralement une chute de niveau. Le sens le plus ancien a été perdu, ou ne survit sous une forme résiduelle que dans certaines acceptions ou locutions particulières, mais ne correspond plus au sens désormais courant ou, encore, semble tout à fait déformé et fréquemment banalisé ».

 

Je donnerai un seul terme auquel Evola rend ses lettres de noblesse (consultez le reste) : le mot Otium, qui a donné oisiveté.

 

« Otium. Ce terme a subi le sort exactement contraire du précédent. Il a de nos jours, pratiquement sans exception, un sens négatif. Est oisif, selon l’acception moderne, celui qui est inutile à lui-même et aux autres. Etre oisif et être indolent, distrait, inattentif, paresseux, enclin au « dolce farniente » de l’Italie des mandolines pour touristes, reviennent plus ou moins au même aujourd’hui. Le latin otium avait par contre le sens de temps libre, correspondant essentiellement à un état de recueillement, de calme, de contemplation transparente. »

 

Et Evola cite la phrase de Salluste : l’Etat se portera mieux du fait mon oisiveté (ex otio meo) que de l’affairisme des autres (ex aliorum negotiis). C’est la phrase que j’avais citée à une émission de Dechavanne ; je ne vous dis pas comment elle fut reçue !

La belle lui fait une déclaration d’amour intellectuel : c’est Abélard et Héloïse en Ecosse. Elle sera fusillée au japon après avoir emprunté un nom… d’empreinte. Plus beau film de Wilder, le plus romantique, le plus platonique, et le plus nostalgique. Ach, la vieille Europe, les bonnes manières…

La vie privée de Sherlock Holmes. Billy Wilder. 1970. Musique de Miklos Rozsa.