La sainte enfance et la vieillesse honorable (par Frithjof Schuon)

La sainte enfance et la vieillesse honorable (par Frithjof Schuon)

 

 

Ce qui importe pour l’homme virtuellement libéré de la chute, c’est de rester dans la sainte enfance. D’une certaine manière, Adam et Ève étaient « enfants » avant la chute et ne sont devenus « adultes » que par elle et après elle ; l’âge adulte reflète en effet le règne de la chute ; la vieillesse, dans laquelle les passions se sont tues, rapproche de nouveau de l’enfance et du Paradis, dans les conditions spirituelles normales tout au moins. Il faut combiner l’innocence et la confiance des tout petits avec le détachement et la résignation des tout vieux ; les deux âges se rencontrent dans la contemplativité, puis dans la proximité de Dieu : l’enfance est « encore » proche de Lui, et la vieillesse l’est « déjà ». L’enfant peut trouver son bonheur dans une fleur, et de même le vieillard ; les extrêmes se touchent, et le cercle spiroïdal se referme dans la Miséricorde.

Pourquoi Nicolas Bonnal aime Magnum

Entre la croix de Lorraine, les noms bien français et le retour de Jules Verne, célébrons nos émois des îles ! Saint Thomas tend la main à Nicolas, et Tahiti se berce au songe d’Hawaï ! heureusement que les séries américaines sont là pour vous rappeler d’être français !

Cette série a été créée par un ancien marine, Donald Bellisario. Il en a écrit lui-même les meilleurs épisodes. J’aimais bien Magnum (un peu trop loser parfois), et surtout ses copains, le british arrogant Higgins et le fidèle black en hélico. Hawaï était sur le point de crever comme toute île, mais il restait quelque chose. Très néo-noire d’inspiration, la série rendait hommage aux classiques du cinéma US (qui n’avaient que trente ans d’âge alors), et elle me plaisait pour la relation Orson Welles-Robin Masters et sa voix off. J’ai tout revu, et quelle qualité de dialogues ou de narration…

 

L’épisode avec Sharon Stone : j’en parlai au micro du regretté Gilbert Denoyan sur France-Inter, pour présenter ma damnation des stars (éditions Filipacchi). L’épisode dure une heure trente et il est nommé Echoes of the minds. La jeune actrice et belle, fascinante. Le personnage fait croire qu’il a une sœur qui la menace avant de se tuer sous les yeux de Thomas. Le thème du sosie, du double, (William Wilson de Poe, mais aussi la reine Guenièvre et le meilleur Hitchcock Vertigo) m’a toujours fasciné.

Le 4 juillet (Home from the sea) : magnifique épisode de survie. Thomas est renversé de son kayak en pleine mer et il survit vingt-quatre heures avant qu’on ne le récupère.  Il repense aux épreuves que lui infligeait son père militaire enfant. Cela lui maintient le moral et Higgins vient le sauver à temps.

Kapu : petite ile préservée ou vivent les indigènes. Mais une jeune hawaïenne s’éprend bien sûr du beau Thomas réfugié (!)  et blessé, et cela sème la zizanie au village. Ah, si on pouvait vivre vraiment en marge. Mais toujours un élément perturbateur, comme on dit à l’école, vient troubler notre situation pacifique (sic) initiale.

Paper war_ L’ascenseur : Thomas est coincé dans l’ascenseur avec Higgins qu’il accuse d’être Robin Masters. Il le prouve aussi. Robin est un dieu gnostique caché, celui auquel croit le grec quand saint Paul arrive à Athènes. Le non-personnage est fabuleux. Voix off d’Orson Welles dans les premiers épisodes. Et comme je parle de religion, je me demande si notre Higgins à tête de clergyman maniaque et tortionnaire n’a pas inventé Robin Masters, comme ces clergés qui inventent leurs dieux pour nous fouetter et pour nous soutirer…

Mad Buck Gibson : un écrivain vieux et toqué ne cesse de se casser le cou. Nihilisme et sport de l’extrême. Son ex-femme est jouée par Vera Miles, une actrice de John Ford, qui n’a pas la patience des anciennes femmes (je pense à son personnage dans la prisonnière du désert, et qui attend pendant cinq ans un rigolo qui ne revient pas, et ne lui écrit pas, ah les hommes ! Monde moderne… En attendant, en quelques secondes Vera Miles crève l’écran. Plusieurs stars antiques viennent renforcer l’atmosphère magique de la série, comme s’il s’agissait de dieux descendus de l’Olympe, en qui on ne croit plus, mais qui restent des dieux quand même. Hölderlin écrivait que les dieux existent peut-être, mais dans un autre monde, au-dessus de nos têtes…

Texas Ligthning : une hilarante aventurière, espionne soviétique, plus américaine que nature, tente de survivre, avec Thomas, à un milliardaire fou puis à la vie sauvage. Cette chevalière d’industrie-Potemkine est explosive. Quel dommage que Thomas ne l’épouse pas… Les personnages féminins sont souvent remarquables (Digger Doyle), et les amours ne durent pas.

J’ai vécu à Tahiti et j’ai retrouvé dans Magnum cette notion de solitude insulaire, tropicale, qu’on a dans les romans des plus grands – ceux du Joseph Conrad.

 

Magnum c’était aussi une manière élégante et discrète de dire adieu à la tradition cinématographique américaine (il y a même Sinatra dans un des épisodes). Depuis on patauge où l’on sait. Mais qui le sait ?

Nous acceptons la réalité parce que nous n’y croyons pas, dit Borges dans l’immortel. C’est le sujet des meilleurs Magnum.

J’espère vous avoir donné envie de reprendre ces drôles de recherches…

Nicolas Bonnal publie encore… C’est trop, arrêtez, Nicolas Bonnal !!!

Les paganismes au cinéma

 

Le paganisme au cinéma : vaste sujet, car le paganisme a  inspiré tous les cinémas populaires depuis un siècle. Les épopées, les grandes histoires d’amour, les récits d’aventures initiatiques ou de navigation (pour ne pas parler des voyages), les contes de fées, les récits fantastiques ont tous bien sûr une belle origine païenne que nous étudions ici.

Ce gros livre rassemble nos différentes études sur le paganisme au cinéma. Il démarre par une étude du phénomène culturel païen aux temps modernes de la culture industrielle, puis il étudie les cinématographies que nous avons jugées les plus intéressantes pour approcher ce sujet vaste et complexe, et surtout ignoré. On trouvera donc une étude des cinématographies française, anglo-saxonne et américaine ; et aussi une étude des cinémas soviétiques germanique et nippon, ces derniers nous ayant semblé les plus appropriés pour comprendre le phénomène païen.

 

Les lecteurs amateurs de science-fiction attendront un prochain ouvrage que nous consacrerons à ce genre important, que nous avons déjà évoqué dans nos livres sur Kubrick et sur Ridley Scott.

Le condor andin salue les belles argentines avec un conte à dormir debout de Nicolas Bonnal : entretien avec un toucan (contes de la série III, Iguaçu)

Entretiens avec un toucan

 

 

Je prenais un soir le train pour la Garganta. J’étais à la deuxième station, entouré des rares touristes qui prennent l’ultime train de cinq heures. Il est vrai qu’à ce moment on a dépassé l’horaire de travail, et donc de l’affluence métropolitaine. C’est l’heure où la forêt recommence à vivre de sa vie autonome, alors que justement les spectateurs disparaissent presque tous. Les cuys sortent de leurs arbustes et commencent à ronger ce qu’ils trouvent, les singes cai se promènent librement sur la passerelle du circuit supérieur, les cormorans mbiguas se sèchent tranquillement au soleil sur la passerelle de la Garganta cette fois. Avec un peu de chance, on voit des rapaces caracoleros (mangeurs d’escargots) et bien sûr les si actifs martins-pêcheurs bondir de prise en prise ou de branche en branche.

Je somnolais un peu sur mon siège en bois, me concentrant sur  ma future contemplation (il n’y a  rien de pire que d’arriver distrait à la Garganta), lorsque je fus tiré de ma rêverie par les gesticulations des touristes. Ils bondissaient tous hors du train ou de la jungle avec leurs appareils de prise vue au bout de leurs bras frénétiques et tendus.  Le toit de la petite estacion m’empêchait de voir ce qu’ils filmaient ; mais j’entendais des jacasseries familières, auxquelles je n’avais pas jusque là prêté attention. Et d’ailleurs ces jacasseries n’étaient pas familières ; elles étaient sévères. Je compris enfin que ce qui se passait était important

Je descendis à mon tour du petit train écologique et je m’approchais de la scène théâtrale : un toucan était arrivé et s’en prenait aux yeux des boyeros, ou culs-rouges.

Je m’explique : le populaire oiseau avec son bec géant et polychrome est un mangeur d’oeufs. Et il s’attaque aux oeufs des culs-rouges ou boyeros caciques. Ces derniers vivent en groupe et construisent, ou plutôt tissent de très beaux nids suspendus au tronc des pindòs. Le pindò est ce beau palmier omniprésent dans le la selva misionera, qui peut atteindre vingt mètres de hauteur, et sert de lieu de séjour et de garde-manger aux insectes, alors qu’il produit de petits fruits toute l’année. Tout le monde mange sur le pindò : les perroquets calancates, les pies, et même les mammifères, comme le singe ou le coati.

C’est sur cet arbre donc que nidifie le boyero cacique, plumage noir et dos rouge.  Ce dernier est bon tisseur et bien excité aussi. Ils se déplace en groupes et nidifie en colonie : c’est ainsi que l’on voit ses nids pendre comme de gros fruits incroyables aux branches du pindò.

Le cacique n’est pas méchant : il laisse même le tordo géant, variété de grive, déposer ses oeufs dans son nid. Mais le tordo est moins convivial : il remplace les oeufs des caciques par les siens. Voilà présentés la scène et les faits.

 

Un employé du chemin de fer me dit que la scène était habituelle : elle se reproduisait presque chaque soir, au risque de voir un jour les boyeros abandonner cet arbre et leurs oeufs. D’habitude les boyeros se contentent de piailler à l’arrivée du toucan.  Mais ce soir la tragédie avait remplacé la comédie. Un grand toucan au bec gigantesque était arrivé, se posant paisiblement sur une branche du pindò. Les boyeros affolés, craignant déjà pour leur couvée, ne cessaient de crier et de le harceler, mais si timidement qu’il s’en riait. Les bestioles voletaient mais ne le touchaient pas, avec raison sans doute, car il pouvait en tuer une d’un seul coup de bec : le toucan peut même mettre en fuite un singe ou un coati.

Au-dessous de lui crépitaient les flashes, les touristes étaient tout absorbés par leur filmation, si j’ose dire. Le toucan semblait fier, et presque même se rengorgeait.

Enfin vint le moment tant redouté des uns et désiré des autres. Le grand oiseau prit son élan et se posa sur un nid qu’il commença à démolir de son bec si puissant. Ce ne fut que stridences : les boyeros terrifiés entouraient et harcelaient le monstre, mais lui n’en avait cure. Les boyeros ont pourtant de bons petits becs, avec lesquels ils peuvent rompre l’écorce des fruits. Mais ils ne s’en servaient pas cette fois. En outre ils nidifient parfois au milieu des ruches d’abeilles pour mieux se protéger des incursions du maître Toucan.

Le dit toucan ouvrit enfin un nid. Nous le vîmes fendre des oeufs, nous le vîmes surtout arracher un oisillon du nid et le frapper à coups de bec. Je me reculais, ne pouvant plus supporter le spectacle. Je lui aurais jeté des pierres. Mais les flashes continuaient de crépiter, les touristes raffolaient de la scène. Je me rappelais de cette naïve remarque d’une guide qui disait que les boyeros exposent leurs nids au grand public humain pour justement empêcher l’agression du grand toucan, Mais comment pouvait-elle imaginer qu’une humanité habituée à consommer et adorer la souffrance des autres à la télévision pouvait se sentir concernée par la sort d’un oisillon infortuné ?

 

Le train partit enfin. Je restais mélancolique devant la Garganta ce soir-là. Au retour, il faisait presque nuit. Les touristes s’en étaient allés, les uns pour retrouver leur bus, les autres leur taxi, les boyeros s’étaient tus. Mais qui ne vis-je pas là, trônant comme sur l’azur au sommet du pindò ? Mon grand toucan, promu roi et prédateur de la contrée. Je descendis du train, car j’avais résolu de gagner le Sheraton où m’attendait une personnalité locale. Cette promenade m’a toujours plu : les animaux adorent les gazons fraîchement tondus du Sheraton. J’y ai même vu des oiseaux nommés teros, familiers des parages hauturiers de la Patagonie, y pondre leurs oeufs, comme s’ils avaient naïvement cru pouvoir échapper à tous les prédateurs de la selva. Il est vrai que ce sont des oiseaux sentinelles.

En me voyant, le toucan baissa les yeux avec beaucoup de condescendance. Je sentais même comme une nuance d’arrogance, et même de mépris. Cela m’incita à réagir.

 

Eh bien, vous pouvez être fier de vous…

Je le suis en effet, fit-il en se rengorgeant et en montrant son plus beau plumage.

Vous êtes d’une cruauté…

Mais non. C’est le monde qui est cruel, je suis à l’image du monde.

Tout cela ce sont des banalités… Vous ne pouvez prendre exemple sur le monde pour justifier votre conduite.

Mais je ne fais que m’alimenter, nom d’un toucan ! Vous êtes carnivore ?

Oui, fis-je en ronchonnant…

Vous croyez que vous traitez mieux les vaches ou les porcelets que moi je ne traite les oisillons ? Vous les engraissez, vous les terrorisez, vous les emmenez à l’abattoir, et là, clac ! Vous les sacrifiez !

Mais….

Taisez-vous, nom d’un bec ! j’en ai assez du moralisme humain ! Vous avez détruit toutes nos forêts d’Amérique latine, pour y planter du soja ou du maïs que vous allez donner à ce même bétail que vous sacrifiez !

 

Je ne savais plus que dire. Mais mon toucan était lancé comme une pierre. Je l’avais lancé, je dois dire. Quel dommage que personne n’ait filmé notre rencontre !

 

Sans compter ces forêts sacrifiées pour les soi-disant biocombustibles et autres éthanol, qui vous servent  de carburant pour visiter tous ces territoires auxquels vous n’entendez rien, ajouta-t-il sarcastique. Nous, nous servons de nos ailes.

Bon, je reconnais, fis-je un peu pois, pardon un peu pantois…

 

Il vola de son arbre, effectua un ou deux ronds dans le ciel, et descendit vers moi. Il se posa sur un banc, tout près. Son bec semblait encore plus grand qu’auparavant.

Vous savez qui je suis ? Je suis un distributeur de graines. Je féconde tout le parc en les dispersant en même temps que les fruits. Vous, vous ne dispersez que votre consommation et vos objets idiots.

Oh, oh….

Et sur la question humanitaire qui vous obsède, je vais vous dire ce que je suis en réalité. Je suis un régulateur de populations. Vous croyez que le parc se porterait mieux sans moi ? Que ces innombrables boyeros, bruyants et fatigants, seraient mieux s’ils étaient plus nombreux ? Je suis là pour veiller au grain, si j’ose dire… Sans moi, tout pullulerait ou grouillerait, comme sur vos plages.

 

Il était de plus en plus content de lui. Je ne m’avouais pas vaincu, et j’eus tort comme on va voir.

 

Régulateur de populations, voilà un titre bien pompeux. Vous êtes un exterminateur, voilà ce que vous êtes.

Et vous, vous n’en avez pas des politiques de régulations de populations ? Vous n’avez pas eu vos famines, vos tyrannies, vos épidémies, et aujourd’hui votre contrôle des naissances ?

Ce n’est pas la même chose de tuer un oisillon devant sa mère et de…

Cela c’est vous qui le dites, ce ne sont pas vos églises.

 

Il était décidément bien fort, ce toucan. Je le voyais regarder les alentours de son oeil brillant.

 

C’est que j’ai moi aussi mes prédateurs, qui s’en prennent au nid douillet de mes oisillons. Je m’en vais picorer quelques fruits.

Après tout ce que vous avez mangé ?

Mais cela m’a coûté des efforts, et même quelques coups de bec de ces sots de boyeros. Ce n’est pas vous qui m’auriez aidé. On vous verrait transpirer autrement si vous n’aviez pas vos billets verts et votre carte de crédit… Et…

 

Cette fois j’en avais assez. Je reconnaissais ma défaite, mais il fallait qu’il me laisse quand même souffler.

 

Basta ! Je le reconnais, vous avez toujours raison. Mais… qui vous a enseigné à vous exprimer de telle manière ?

De là-haut, quand on gobe des oeufs et des oisillons, on entend beaucoup de choses, fit-il avec malice. Et on en retient… par ailleurs, par ailleurs…

 

Il vola à nouveau, alors que la nuit était tombée, et il s’approcha tout près de moi. Je redoutais son bec.

 

Par ailleurs j’ai eu un bon professeur.

Qui donc ? une harpie, un yaguareté ?

Non…. fit-il avec affectation. J’en sais beaucoup plus qu’eux sur ces thèmes.

Alors ?…

Un… guardaparque ! mais pas un de ceux avec vous discutez là dans le parc. Un guardaparque plus lointain, plus mystérieux, le vrai gardien de la selva… je vais vous dire son nom…

 

Un flash nous interrompit. Nous fûmes tout surpris, comme aveuglés. Mon toucan s’envola, avec son ultime secret. C’était un touriste attardé (si j’ose dire), un client du Sheraton qui nous avait ainsi surpris. Pendant que je le morigénais, il s’ingéniait à me dire qu’il avait pris la photo du siècle, et qu’il me l’enverrait par courrier électronique. Mais j’étais bien décidé à revoir mon toucan et à en savoir plus sur ce guardaparque.

 

 

Je suis la plus belle femme du monde, et Nicolas Bonnal va parler de moi dans son livre ésotérique, alchimiste et mythologique sur Star Trek ! Mon nom est Barbara Bouchet et je suis sudète, pas simplette…

Découvrez Manuel Orazi,illustrateur de Huon de Bordeaux, chanson de geste initiatique

Manuel Orazi

 Ne doit pas être confondu avec Orazi.
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Manuel Orazi
Manuel Orazi - L'Atlantide.jpg
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Emmanuel Joseph Raphaël Orazi, dit Manuel Orazi, né à Rome en 1860, mort à Paris en 1934, est un peintreillustrateuraffichiste et décorateur français d’origine italienne, de style Art nouveau.

Biographie[modifier | modifier le code]

En l’état actuel des connaissances, la vie de cet artiste de naissance italienne reste assez mystérieuse : on garde cependant trace de son énorme activité.

Après avoir illustré des partitions musicales pour l’Officine Grafiche Ricordi (1883-1884), il produisit, en France essentiellement, à partir de 1892 [?], un certain nombre d’affiches remarquables, d’illustrations pour des ouvrages, de décors pour l’opéra et le cinématographe (L’Atlantide), et même des bijoux (pour la Maison de l’Art nouveau).

On connaît de lui des affiches pour les marques JOB, la source Contrexéville, les Chemins de fer de l’Ouest, la Maison moderne, la Ligue vinicole de France, les éditions Pierre Lafitte ; des lieux de spectacle et des artistes comme l’Hippodrome du boulevard Clichy, l’Olympia, le Palais de la danse, le Théâtre de Loïe Fuller, le Théâtre de la Porte-Saint-MartinSarah Bernhardt, Teddy-Ted & Partner, etc. Son affiche pour le drame de Victorien SardouThéodora, est reproduite dans la revue Les Maîtres de l’affiche (1895-1900).

Fin 1895, il produit avec le lyonnais Austin de Croze le curieux Calendrier magique aux Éditions de l’Art nouveau dirigées par Siegfried Bing, un ouvrage tiré à 777 exemplaires comprenant de nombreuses interventions graphiques ésotériques.

En tant qu’artiste du livre, il collabore au Figaro illustré (pour La Belle sans nom de Jean Rameau, 1900) à la Revue illustrée pour de remarquables compositions autour des contes de Jean Lorrain (1898-1900) qui semble l’apprécier particulièrement et le recommande à Jérôme Doucet1.

Orazi poursuivit son travail d’illustrateur pour d’autres maisons d’édition comme Didot frèresPaul OllendorffP. Lafitte & Cie (couverture de la revue Femina, publication d’illustrations de feuilletons dans Je sais tout), FayardE. Sansot & Cie (collections d’Adolphe Van Bever).

En 1908, il est mentionné comme habitant La Varenne-Saint-Hilaire, rue Hoche.

Durant la Première Guerre mondiale, Orazi quitte Paris pour se réfugier à Montgivray et travaille sur un projet d’édition et d’adaptation théâtrale des Amours des Anges(The Loves of the Angels) du poète irlandais Thomas Moore2. En 1915, il publie un script intitulé Attila, scénario cinématographique en 22 tableaux3.

En 1921, il exécute l’affiche du film L’Atlantide de Jacques Feyder, pour lequel il est mentionné comme décorateur et costumier au générique : ce film fut longtemps le plus gros budget de l’après-guerre pour un film français.

Affiches conservées dans les collections publiques[modifier | modifier le code]

Affiche pour La Maison moderne(1901-1902).

Aux États-Unis
En France
  • Paris :
    • département des Estampes et de la Photographie de la Bibliothèque nationale de France :
      • Théodora. Théâtre de la Porte Saint-Martin, drame en 5 actes et huit tableaux, Paris, Affiches artistiques Éd. Monnier & Cie, 1884 [?] avec Auguste F. Gorguet6 ;
      • Aben Hamet, opéra de MM Léonce Détroyat & A. Lauziéres. Musique de Théodore Dubois, [vers 1890]7 ;
      • Académie Nationale de Musique. Thaïs. Comédie lyrique en trois actes et sept tableaux de Mr Louis Gallet d’après le roman de Mr Anatole France. Musique J. Massenet, 18958 ;
      • Olympia. Rêve de Noël, pantomime en 3 tableaux [avec] Liane de Pougy et Rose Demay, 18959 ;
      • La Maison moderne, 2 rue de la Paix et 2 rue des Petits-Champs, l’habitation, l’ameublement et la parure au XXe siècle, 190110 ;
    • musée Carnavalet : L’Hippodrome boulevard de Clichy, Société d’impressions et d’art industriel, 1905.

Ouvrages illustrés[modifier | modifier le code]

L’une des nombreuses couvertures de livres conçues par Orazi (La Morphine, 1906).

  • (it) Francesco Paolo FrontiniEco della Sicilia. Cinquanta canti popolari siciliani, Milan, Ediz. Ricordi, 1883.
  • François CoppéeHenriette, Paris, Alphonse Lemerre éditeur, coll. Lemerre illustrée, 1894.
  • Gaston ParisAventures merveilleuses de Huon de Bordeaux. Pair de France et de la Belle Escalarmonde ainsi que du Petit roi de Féerie Auberon, Paris, Didot, 1898.
  • Jean LorrainMa petite ville. Le veuvage de Bretagne. Un miracle d’amour, contes, Paris, Société française d’édition d’art L.-Henry May, 1898, avec des vignettes de Léon Rudnicki.
  • Jean Lorrain, Princesses d’Italie, Paris, Coll. Édouard Guillaume, Librairie Borel, 1898.
  • Antonio de TruebaContes du pays basque, traduction et préface d’Albert Savine, Tours, A. Mame et fils, 1900.
  • Pierre LouÿsAphrodite. Mœurs antiques, édition définitive, Paris, coll. Modern-Bibliothèque, Arthème Fayard, [1900].
  • Jean BertheroyLes Vierges de Syracuse, Paris, Société d’éditions littéraires et artistiques (Librairie Paul Ollendorff), 1902.
  • Jean Lorrain, Princesses d’ivoire et d’ivresse, Paris, Librairie Ollendorff, 1902.
  • Charles DiehlThéodora impératrice de Byzance, Paris, L’édition d’Art Henri Piazza et Cie, 1904.
  • Album Lefèvre-UtileLes Contemporains célèbres1re série, Publications Octave Beauchamp, 1904.
  • Émile Morel, Névrose, couverture et 24 hors-textes, Bibliothèque internationale d’édition, 1904.
  • Jean Bertheroy, La Danseuse de Pompéi, Paris, Arthème Fayard, 1905.
  • Victorien du Saussay, La Morphine. Vices et passions des morphinomanes, couverture et 22 hors-textes, Paris, Albert Méricant, 1906.
  • Jean Lorrain, Le Tréteau. Roman de mœurs théâtrales et littéraires, Paris, Jean Bosc, 1906.
  • Félicien ChampsaurLe Butineur, Paris, Bosc et Cie, 1907.
  • Paul Adam, Irène et les eunuques, Paris, Éd. Ollendorff, 1907.
  • J.-H Rosny aînéLa Guerre du feu, Paris, Éd. Pierre Lafitte, [1909].
  • Victorien de Saussay, À vendre, à louer. Roman passionnel, Paris, Publications modernes, [1910].
  • Jules LemaitreUn Martyr sans la foi, Paris, coll. Modern-Bibliothèque, Arthème Fayard, 1910.
  • Henryk SienkiewiczQuo Vadis, traduction de B. Kozakiewicz et J.-L. Janasz, Paris, coll. Idéal-Bibliothèque, Éd. Pierre Lafitte, [1910].
  • Henri LavedanLe Nouveau Jeu (roman dialogué), Paris, coll. Modern-Bibliothèque, Arthème Fayard, [1910].
  • Général Bruneau, Debout les Morts !, poème, Paris, D’Alignan éditeur, 1919.
  • Pierre LotiLa Troisième Jeunesse de madame Prune, suivi de Le mariage de Loti, Paris, co-illustré avec André DevambezRené Lelong, Aimery Lobel-Riche et Raymond Woog, Éd. Pierre Lafitte, 1923.
  • Pierre Loti, Ramuntcho, suivi de Aziyadé, Paris, Éd. Pierre Lafitte, 1923.
  • Edmond Rostand, Le Vol de la Marseillaise, suivi de Les Deux Pierrots, Paris, Éd. Pierre Lafitte, 1923.
  • [collectif] L’Amour et l’esprit gaulois à travers l’histoire du XVe au XXe siècle, préface d’Edmond Haraucourt, 4 vol., Paris, Éd. Martin-Dupuis, 1927.
  • Oscar WildeSalomé. Drame en un acte, Paris, Société des amis du livre moderne, 1930.
  • Jean et Jérôme Tharaud, L’an prochain à Jérusalem, Paris, Plon, Collection Byblis, 1933.
  • Jean et Jérôme Tharaud, Un royaume de Dieu, Paris, Plon, Collection Byblis, 1933.
  • Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, Paris, Le Vasseur et Cie éditeurs, 1934.

Décorateur et directeur artistique de films[modifier | modifier le code]

Galerie[modifier | modifier le code]

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Maelduin, le celtisme et la littérature de science-fiction

Maelduin, le celtisme et la littérature de science-fiction

 

En revoyant l’épisode Métamorphose (un nuage s’éprend d’un cosmonaute et le préserve pendant deux siècles avant de revêtir une apparence féminine) de Star Trek je repense à Maelduin. Et je m’invite à me relire.

 

 

Il est difficile de dire comment le celtisme a concrètement influencé notre littérature. Chrétien cite lui les auteurs latins, comme d’ailleurs les auteurs du Mabinogion ou de Maelduin qui sont des fans (comme nous) de Virgile ou bien d’Ovide. Nous nous contentons ici de marquer des points communs et ou des épisodes signifiants dans nos contes celtiques souvent contemporains de ceux du Graal.

Voyons le Mabinogion traduit en anglais facile par l’érudite lady Guest au milieu du dix-neuvième siècle. Elle est citée par notre génie de l’érudition nationale, Henri d’Arbois de Jubainville dans sa monumentale étude sur la littérature irlandaise. Dans Peredur on trouve quelques éléments intéressants, mais ce texte est très inférieur au Perceval de Chrétien.

 

– Peredur est le rescapé d’une famille déchue. Il est le septième fils. Les autres sont morts. Le nombre sept, comme celui du Poucet, évoque celui de la maturité (ou de la chance ici).

– Peredur est mêlé à une affaire de lignage. Il est cousin, neveu, frère de tout le monde, y compris de la malheureuse sœur échevelée – proche de la demoiselle hideuse de Chrétien- qui l’accuse de n’être pas à la hauteur de son destin. L’ermite est son oncle, le roi-pêcheur un proche aussi…

– Toute son histoire est liée à une vengeance personnelle et familiale : il doit prendre sa revanche sur les trois sorcières dignes de Macbeth qui ont frappé sa famille (le roi Lear est présent avec ses filles dans les histoires de Geoffrey de Monmouth).

– La lance sanglante est liée au meurtre d’un parent mort.

– Enfin, un échiquier remplace le champ de bataille. Lorsque Peredur le jette par la fenêtre, il doit aller lutter contre un chevalier noir (notre gaffeur devra encore retourner sous les reproches féminins pour le tuer enfin !).

 

 

Maelduin est un Imrama, une navigation hauturière. Il devrait donc nous intéresser moins pour comprendre Chrétien par exemple. Mais ce conte génial est bien plus riche pour nous ; il est du niveau de l’Odyssée par l’inspiration de ses épisodes. On sait qu’il va inspirer le fade saint Brendan. Cette narration extraordinaire a bien sûr déjà sa tonalité chrétienne, qui annonce la Quête du saint Graal de Boron : récit magique, horrifique, fantastique, au service de la bonne cause !

– Maelduin est encore un enfant caché et réfugié. Il a été élevé par une reine. Il doit venger son père tué par des pirates.

– Il part en bateau suivant les conseils d’un druide magicien, mais il ne part pas à dix-sept – nombre important lié aux 153 (9 fois 17) poissons évangéliques -, mais à vingt, à cause de trois ses frères de lait (penser à Keu qui porte guigne) qui montent à bord au dernier moment. Mais D’Arbois de Jubainville relie cet interdit aux nombres celtes et au dépassement ici du double de neuf, nombre bénéfique.

– Bien sûr tous ces mauvais nombres entraîneront ses péripéties maritimes. Son mauvais départ annonce celui de Perceval, rappelle celui des Grecs partant pour Troie.

– Les îles sont de toute sorte. Il y a une île avec des monstres, une autre avec des oiseaux, un autre avec un corps animal tournoyant (chair et os, ou peau seule !). Souvenir de nos îles fortunées, on trouve une, deux même îles aux pommes d’or.

– Il y a aussi une île avec une hôtesse remarquable, un autre avec une fontaine nourricière. Des ermites légèrement chrétiens évoquent leur vie auprès de ces fontaines d’immortalité.

– Il y a des châteaux énigmatiques : un qui s’agrandit de l’intérieur et nourrit tout son équipage. Un autre doté des métaux à forte signification : or, argent, cuivre, et même verre.

– Il y a des gardiens : un chat magique qui réduit en cendres un matelot désobéissant de Maelduin.

– Il y a une île de la joie, une autre de l’acédie. Elles jouent sur les humeurs de nos voyageurs. Elles sont peuplées de joyeux et de tristes.

Rabelais n’est déjà plus très loin, et son fabuleux livre V.

– On trouve aussi un moulin effrayant qui moud mystérieusement « tout ce qui cause plainte et murmure » ! Ce moulin crissant annonce Don Quichotte et tous nos temps modernes.

– Une île est divisée en quatre par quatre palissades magiques (or, argent, cuivre et verre). Guénon parle de cette division du mystérieux royaume. Nous citons :

 

« Cette division de l’Irlande en quatre royaumes, plus la région centrale qui était la résidence du chef suprême, se rattache à des traditions extrêmement anciennes. En effet, l’Irlande fut, pour cette raison, appelée l’ «île des quatre Maîtres», mais cette dénomination, de même d’ailleurs que celle d’ «île verte» (Erin), s’appliquait antérieurement à une autre terre beaucoup plus septentrionale, aujourd’hui inconnue, disparue peut-être, Ogygie ou plutôt Thulé, qui fut un des principaux centres spirituels, sinon même le centre suprême d’une certaine période (7)».

 

– Ogygie est l’île de Calypso dont on trouve un écho chez Maelduin. Maelduin gagne un royaume doté de dix-sept femmes, dirigées par une belle reine veuve qui l’aime. Il reste six mois dans ce royaume où l’immortalité lui est promise, comme dans l’Odyssée. On est dans le Sidh, et il est souvent fait mention de brouillard.

– Il préfère rentrer bien sûr (une main amputée de matelot scelle cette rupture), et un grand banquet final l’attend au village (8).

 

L’errance des Fianna (groupes de jeunes aventureux d’origine aristocratique) a été bien expliquée par Jean Haudry. Cet auteur souligne aussi l’importance des conflits lignagers dans les cycles héroïques. Notons que les cycles grecs décrits par Arnold Van Gennep marquent comme pour Gauvain et Perceval les chevauchements d’exploits (Hercule, Thésée, etc.) et se caractérisent par deux types de hauts faits : lutte contre les animaux extraordinaires (dragon, lion…), et exploits merveilleux (labyrinthes…). Tout cela se retrouve dans la Quête.

 

Sources

 

Perceval et la reine (Amazon.fr