Découvrez Manuel Orazi,illustrateur de Huon de Bordeaux, chanson de geste initiatique

Manuel Orazi

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Manuel Orazi
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Emmanuel Joseph Raphaël Orazi, dit Manuel Orazi, né à Rome en 1860, mort à Paris en 1934, est un peintreillustrateuraffichiste et décorateur français d’origine italienne, de style Art nouveau.

Biographie[modifier | modifier le code]

En l’état actuel des connaissances, la vie de cet artiste de naissance italienne reste assez mystérieuse : on garde cependant trace de son énorme activité.

Après avoir illustré des partitions musicales pour l’Officine Grafiche Ricordi (1883-1884), il produisit, en France essentiellement, à partir de 1892 [?], un certain nombre d’affiches remarquables, d’illustrations pour des ouvrages, de décors pour l’opéra et le cinématographe (L’Atlantide), et même des bijoux (pour la Maison de l’Art nouveau).

On connaît de lui des affiches pour les marques JOB, la source Contrexéville, les Chemins de fer de l’Ouest, la Maison moderne, la Ligue vinicole de France, les éditions Pierre Lafitte ; des lieux de spectacle et des artistes comme l’Hippodrome du boulevard Clichy, l’Olympia, le Palais de la danse, le Théâtre de Loïe Fuller, le Théâtre de la Porte-Saint-MartinSarah Bernhardt, Teddy-Ted & Partner, etc. Son affiche pour le drame de Victorien SardouThéodora, est reproduite dans la revue Les Maîtres de l’affiche (1895-1900).

Fin 1895, il produit avec le lyonnais Austin de Croze le curieux Calendrier magique aux Éditions de l’Art nouveau dirigées par Siegfried Bing, un ouvrage tiré à 777 exemplaires comprenant de nombreuses interventions graphiques ésotériques.

En tant qu’artiste du livre, il collabore au Figaro illustré (pour La Belle sans nom de Jean Rameau, 1900) à la Revue illustrée pour de remarquables compositions autour des contes de Jean Lorrain (1898-1900) qui semble l’apprécier particulièrement et le recommande à Jérôme Doucet1.

Orazi poursuivit son travail d’illustrateur pour d’autres maisons d’édition comme Didot frèresPaul OllendorffP. Lafitte & Cie (couverture de la revue Femina, publication d’illustrations de feuilletons dans Je sais tout), FayardE. Sansot & Cie (collections d’Adolphe Van Bever).

En 1908, il est mentionné comme habitant La Varenne-Saint-Hilaire, rue Hoche.

Durant la Première Guerre mondiale, Orazi quitte Paris pour se réfugier à Montgivray et travaille sur un projet d’édition et d’adaptation théâtrale des Amours des Anges(The Loves of the Angels) du poète irlandais Thomas Moore2. En 1915, il publie un script intitulé Attila, scénario cinématographique en 22 tableaux3.

En 1921, il exécute l’affiche du film L’Atlantide de Jacques Feyder, pour lequel il est mentionné comme décorateur et costumier au générique : ce film fut longtemps le plus gros budget de l’après-guerre pour un film français.

Affiches conservées dans les collections publiques[modifier | modifier le code]

Affiche pour La Maison moderne(1901-1902).

Aux États-Unis
En France
  • Paris :
    • département des Estampes et de la Photographie de la Bibliothèque nationale de France :
      • Théodora. Théâtre de la Porte Saint-Martin, drame en 5 actes et huit tableaux, Paris, Affiches artistiques Éd. Monnier & Cie, 1884 [?] avec Auguste F. Gorguet6 ;
      • Aben Hamet, opéra de MM Léonce Détroyat & A. Lauziéres. Musique de Théodore Dubois, [vers 1890]7 ;
      • Académie Nationale de Musique. Thaïs. Comédie lyrique en trois actes et sept tableaux de Mr Louis Gallet d’après le roman de Mr Anatole France. Musique J. Massenet, 18958 ;
      • Olympia. Rêve de Noël, pantomime en 3 tableaux [avec] Liane de Pougy et Rose Demay, 18959 ;
      • La Maison moderne, 2 rue de la Paix et 2 rue des Petits-Champs, l’habitation, l’ameublement et la parure au XXe siècle, 190110 ;
    • musée Carnavalet : L’Hippodrome boulevard de Clichy, Société d’impressions et d’art industriel, 1905.

Ouvrages illustrés[modifier | modifier le code]

L’une des nombreuses couvertures de livres conçues par Orazi (La Morphine, 1906).

  • (it) Francesco Paolo FrontiniEco della Sicilia. Cinquanta canti popolari siciliani, Milan, Ediz. Ricordi, 1883.
  • François CoppéeHenriette, Paris, Alphonse Lemerre éditeur, coll. Lemerre illustrée, 1894.
  • Gaston ParisAventures merveilleuses de Huon de Bordeaux. Pair de France et de la Belle Escalarmonde ainsi que du Petit roi de Féerie Auberon, Paris, Didot, 1898.
  • Jean LorrainMa petite ville. Le veuvage de Bretagne. Un miracle d’amour, contes, Paris, Société française d’édition d’art L.-Henry May, 1898, avec des vignettes de Léon Rudnicki.
  • Jean Lorrain, Princesses d’Italie, Paris, Coll. Édouard Guillaume, Librairie Borel, 1898.
  • Antonio de TruebaContes du pays basque, traduction et préface d’Albert Savine, Tours, A. Mame et fils, 1900.
  • Pierre LouÿsAphrodite. Mœurs antiques, édition définitive, Paris, coll. Modern-Bibliothèque, Arthème Fayard, [1900].
  • Jean BertheroyLes Vierges de Syracuse, Paris, Société d’éditions littéraires et artistiques (Librairie Paul Ollendorff), 1902.
  • Jean Lorrain, Princesses d’ivoire et d’ivresse, Paris, Librairie Ollendorff, 1902.
  • Charles DiehlThéodora impératrice de Byzance, Paris, L’édition d’Art Henri Piazza et Cie, 1904.
  • Album Lefèvre-UtileLes Contemporains célèbres1re série, Publications Octave Beauchamp, 1904.
  • Émile Morel, Névrose, couverture et 24 hors-textes, Bibliothèque internationale d’édition, 1904.
  • Jean Bertheroy, La Danseuse de Pompéi, Paris, Arthème Fayard, 1905.
  • Victorien du Saussay, La Morphine. Vices et passions des morphinomanes, couverture et 22 hors-textes, Paris, Albert Méricant, 1906.
  • Jean Lorrain, Le Tréteau. Roman de mœurs théâtrales et littéraires, Paris, Jean Bosc, 1906.
  • Félicien ChampsaurLe Butineur, Paris, Bosc et Cie, 1907.
  • Paul Adam, Irène et les eunuques, Paris, Éd. Ollendorff, 1907.
  • J.-H Rosny aînéLa Guerre du feu, Paris, Éd. Pierre Lafitte, [1909].
  • Victorien de Saussay, À vendre, à louer. Roman passionnel, Paris, Publications modernes, [1910].
  • Jules LemaitreUn Martyr sans la foi, Paris, coll. Modern-Bibliothèque, Arthème Fayard, 1910.
  • Henryk SienkiewiczQuo Vadis, traduction de B. Kozakiewicz et J.-L. Janasz, Paris, coll. Idéal-Bibliothèque, Éd. Pierre Lafitte, [1910].
  • Henri LavedanLe Nouveau Jeu (roman dialogué), Paris, coll. Modern-Bibliothèque, Arthème Fayard, [1910].
  • Général Bruneau, Debout les Morts !, poème, Paris, D’Alignan éditeur, 1919.
  • Pierre LotiLa Troisième Jeunesse de madame Prune, suivi de Le mariage de Loti, Paris, co-illustré avec André DevambezRené Lelong, Aimery Lobel-Riche et Raymond Woog, Éd. Pierre Lafitte, 1923.
  • Pierre Loti, Ramuntcho, suivi de Aziyadé, Paris, Éd. Pierre Lafitte, 1923.
  • Edmond Rostand, Le Vol de la Marseillaise, suivi de Les Deux Pierrots, Paris, Éd. Pierre Lafitte, 1923.
  • [collectif] L’Amour et l’esprit gaulois à travers l’histoire du XVe au XXe siècle, préface d’Edmond Haraucourt, 4 vol., Paris, Éd. Martin-Dupuis, 1927.
  • Oscar WildeSalomé. Drame en un acte, Paris, Société des amis du livre moderne, 1930.
  • Jean et Jérôme Tharaud, L’an prochain à Jérusalem, Paris, Plon, Collection Byblis, 1933.
  • Jean et Jérôme Tharaud, Un royaume de Dieu, Paris, Plon, Collection Byblis, 1933.
  • Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, Paris, Le Vasseur et Cie éditeurs, 1934.

Décorateur et directeur artistique de films[modifier | modifier le code]

Galerie[modifier | modifier le code]

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Aroux et les conspirations de la littérature médiévale

 

 

Aroux et les conspirations de la littérature médiévale

Eugène Aroux est un auteur du milieu du dix-neuvième siècle, partisan de la théorie de la conspiration culturelle. Il est critiqué et repris par le fameux universitaire Luigi Valli qui décortiqua la poésie initiatique italienne, Dante y compris, pour prouver qu’elle était hérétique.

Aroux, comme Valli, est cité par Guénon. Cet érudit paranoïaque avait décidé que toute l’histoire de notre littérature médiévale était codée, que toute la culture médiévale en fait était le fruit d’une conspiration albigeoise. La dimension ésotérique est très claire, je l’étudie depuis trente ans maintenant et elle montre, cette théorie d’Aroux qu’aucune culture n’est gratuite, que toute culture est calculée. Souvenez-vous ce qu’on a dit de Shakespeare comme projet d’intelligence, à l’époque impériale-atlantiste-occultiste de Bacon, de Vere, Marlowe et Dee.

Mais je ne ferai pas trop long. Trop peu de lecteurs !

Quelques extraits d’Aroux à propos de la chevalerie d’amour pour les Happy Few (l’expression vient du Henry V de Shakespeare) :

« La chevalerie, que nous appellerons amoureuse, pour la distinguer de l’autre, est née sur le sol français ; elle dérive de l’Évangile par l’albigéisme, et elle eut pour pères les troubadours.

De l’excessive compression naît la dissimulation, et celle-ci engendre la fiction, l’allégorie, les habiletés de langage plus ou moins raffinées.

C’est précisément ce qui se passa au moyen âge, dans les pays de langue d’oc, où l’opposition avait établi son quartier général. »

 

On utilisa la culture pour répandre un message (lisez Jérémy Lehut sur les comics ou le fameux Jules Verne initié et initiateur de Gilbert Lamy) :

 

« Déchus du droit de parler, ils se mirent à chanter, el bientôt la chaumière comme le château répétèrent leurs compositions; la polémique leur était interdite sur le dogme et sur les institutions : ils embouchèrent la trompette épique ou firent résonner les pipeaux champêtres. Traitant des sujets tantôt légers, tantôt gracieux, tantôt satiriques, ils eurent toujours soin de se mettre à la portée des masses, en s’exprimant dans leur langage, en éveillant leur curiosité ou leurs sympathies. »

 

Aroux évoque la gaie science comme Nietzsche, qui lui évidemment savait de quoi il en retournait. Tiens, citons Nietzsche (Ecce homo) :

 

« Les chants du prince Hors-la-loi, composés pour la plupart en Sicile, rappellent expressément la conception provençale de la Gaya Scienza et cette fusion du troubadour, du chevalier et de l’esprit libre qui distingue la précoce et merveilleuse civilisation de Provence de toutes les civilisations équivoques. Le dernier poème surtout, cette farandole « Pour le Mistral » qui va dansant joyeusement sur la morale, est de la vraie veine des Provençaux. »

 

 

Revenons à Aroux :

 

« Exclus des chaires doctorales, ils se firent professeurs de Gaie science et enseignèrent l’art d’amour, c’est-à-dire à suivre les lois de l’Evangile, à pratiquer la vertu et la charité, cette première loi de Dieu, qui est amour. »

 

Parlons de la dame, aussi importante que la Béatrice de Dante :

 

« La dame, unique objet des pensées des chevaliers, n’était, on l’a déjà vu, et bientôt d’autres preuves en feront foi, que leur paroisse ou leur diocèse, selon qu’ils avaient le rang d’évêques ou de simples pasteurs. Cette dame les requérait d’amour, ou ils prenaient eux-mêmes l’initiative, selon que cette église, paroisse on diocèse, manifestait d’abord le désir de répudier la religion de haine pour la foi d’amour, ou que le Parfait cherchait à s’en faire bien venir pour opérer sa conversion. »

 

Arous précise comment s’organise cette entreprise de subversion spirituelle, cette véritable révolution culturelle :

 

« Au moment où la propagande sectaire est complètement organisée, c’est-à-dire de 1150 à 1200, période la plus brillante de la littérature provençale, Fauriel signale avec raison différents ordres de troubadours et jongleurs, la nécessité même des choses ayant dû les diviser en deux classes distinctes. Les uns, en effet, s’adressant plus particulièrement aux sommités sociales, ne chantaient que pour les cours et les châteaux ; les autres, s’attaquant davantage aux instincts populaires, composaient pour la place publique, pour la classe des marchands et des travailleurs, pour la population des campagnes. »

 

Aroux évoque cette étrange et belle féodalité hérétique qui va inspirer toute notre grande littérature épique-érotique :

 

 

« Ces nobles sectaires, types du Roland chevaleresque, étaient bien en effet des seigneurs féodaux, de véritables chevaliers. En cette qualité, ils n’hésitaient pas à conférer au besoin, d’après les idées du temps, et surtout dans les loges masseniques, l’ordre de chevalerie aux membres distingués de leur communion qu’un intérêt religieux ou politique appelait dans les pays étrangers.

Voyez, d’une autre part, avec quelle libéralité certains empereurs d’Allemagne, comme les Conrad, les Othon, les deux Frédéric, se prêtaient, une fois descendus en Italie, à donner l’ordre de chevalerie aux bourgeois de Milan, aux marchands et banquiers de Gênes et de Florence. C’était pour eux un moyen de recruter contre la papauté et de fortifier en Italie une opposition qu’ils savaient au mieux ne pas être seulement politique. »

 

Il évoque enfin les chevaliers sauvages :

 

« D’autres chevaliers sont signalés à la même époque dans les monuments historiques du midi de la France et de la Catalogne sous le nom de chevaliers sauvages. Le roman intitulé Guidon le Sauvage offre la personnification poétique de ces guides ou pasteurs des lieux alpestres. Il figure dans le Roland de l’Arioste, que nous annoterons probablement un jour, avec des héros dont la valeur symbolique n’est pas plus difficile à déterminer. »

 

Comme Nietzsche, Aroux parle du gai savoir – mais pas dans les mêmes termes :

 

« Voici en quels termes il adressait à ce prince sa supplique au nom des jongleurs et troubadours, après un éloge de la Gaie science, qui lui a valu, dit-il, plus d’honneur que de biens : « La jonglerie a été instituée par des hommes de savoir, pour mettre les bons dans le chemin de joie et de l’honneur. Ensuite vinrent les troubadours, pour chanter les histoires des temps passés, et pour exciter le courage des vaillants. »

 

Je conseillerai son chapitre sur le roman de Renart…

 

 

 

Bibliographie

 

Aroux – LES MYSTERES DE LA CHEVALERIE ET DE L’AMOUR PLATONIQUE AU MOYEN AGE ; Dante hérétique révolutionnaire et socialiste (archive.org)

Bonnal – Perceval et la reine (préface de Nicolas Richer) – Amazon.fr ; la chevalerie hyperboréenne et le Graal (Dualpha) ; Lancelot et la reine (Claire Vigne)

Evola – Le mythe du Graal et l’idée impériale gibeline

Fulcanelli – Le mystère des cathédrales (sur Tristan) ; les demeures philosophales

Guénon – Aperçus sur l’ésotérisme chrétien ; l’ésotérisme de Dante

Nietzsche – Ecce Homo

Luigi Valli – Il linguaggio segreto di Dante e dei «Fedeli d’Amore»

Maelduin, le celtisme et la littérature de science-fiction

Maelduin, le celtisme et la littérature de science-fiction

 

En revoyant l’épisode Métamorphose (un nuage s’éprend d’un cosmonaute et le préserve pendant deux siècles avant de revêtir une apparence féminine) de Star Trek je repense à Maelduin. Et je m’invite à me relire.

 

 

Il est difficile de dire comment le celtisme a concrètement influencé notre littérature. Chrétien cite lui les auteurs latins, comme d’ailleurs les auteurs du Mabinogion ou de Maelduin qui sont des fans (comme nous) de Virgile ou bien d’Ovide. Nous nous contentons ici de marquer des points communs et ou des épisodes signifiants dans nos contes celtiques souvent contemporains de ceux du Graal.

Voyons le Mabinogion traduit en anglais facile par l’érudite lady Guest au milieu du dix-neuvième siècle. Elle est citée par notre génie de l’érudition nationale, Henri d’Arbois de Jubainville dans sa monumentale étude sur la littérature irlandaise. Dans Peredur on trouve quelques éléments intéressants, mais ce texte est très inférieur au Perceval de Chrétien.

 

– Peredur est le rescapé d’une famille déchue. Il est le septième fils. Les autres sont morts. Le nombre sept, comme celui du Poucet, évoque celui de la maturité (ou de la chance ici).

– Peredur est mêlé à une affaire de lignage. Il est cousin, neveu, frère de tout le monde, y compris de la malheureuse sœur échevelée – proche de la demoiselle hideuse de Chrétien- qui l’accuse de n’être pas à la hauteur de son destin. L’ermite est son oncle, le roi-pêcheur un proche aussi…

– Toute son histoire est liée à une vengeance personnelle et familiale : il doit prendre sa revanche sur les trois sorcières dignes de Macbeth qui ont frappé sa famille (le roi Lear est présent avec ses filles dans les histoires de Geoffrey de Monmouth).

– La lance sanglante est liée au meurtre d’un parent mort.

– Enfin, un échiquier remplace le champ de bataille. Lorsque Peredur le jette par la fenêtre, il doit aller lutter contre un chevalier noir (notre gaffeur devra encore retourner sous les reproches féminins pour le tuer enfin !).

 

 

Maelduin est un Imrama, une navigation hauturière. Il devrait donc nous intéresser moins pour comprendre Chrétien par exemple. Mais ce conte génial est bien plus riche pour nous ; il est du niveau de l’Odyssée par l’inspiration de ses épisodes. On sait qu’il va inspirer le fade saint Brendan. Cette narration extraordinaire a bien sûr déjà sa tonalité chrétienne, qui annonce la Quête du saint Graal de Boron : récit magique, horrifique, fantastique, au service de la bonne cause !

– Maelduin est encore un enfant caché et réfugié. Il a été élevé par une reine. Il doit venger son père tué par des pirates.

– Il part en bateau suivant les conseils d’un druide magicien, mais il ne part pas à dix-sept – nombre important lié aux 153 (9 fois 17) poissons évangéliques -, mais à vingt, à cause de trois ses frères de lait (penser à Keu qui porte guigne) qui montent à bord au dernier moment. Mais D’Arbois de Jubainville relie cet interdit aux nombres celtes et au dépassement ici du double de neuf, nombre bénéfique.

– Bien sûr tous ces mauvais nombres entraîneront ses péripéties maritimes. Son mauvais départ annonce celui de Perceval, rappelle celui des Grecs partant pour Troie.

– Les îles sont de toute sorte. Il y a une île avec des monstres, une autre avec des oiseaux, un autre avec un corps animal tournoyant (chair et os, ou peau seule !). Souvenir de nos îles fortunées, on trouve une, deux même îles aux pommes d’or.

– Il y a aussi une île avec une hôtesse remarquable, un autre avec une fontaine nourricière. Des ermites légèrement chrétiens évoquent leur vie auprès de ces fontaines d’immortalité.

– Il y a des châteaux énigmatiques : un qui s’agrandit de l’intérieur et nourrit tout son équipage. Un autre doté des métaux à forte signification : or, argent, cuivre, et même verre.

– Il y a des gardiens : un chat magique qui réduit en cendres un matelot désobéissant de Maelduin.

– Il y a une île de la joie, une autre de l’acédie. Elles jouent sur les humeurs de nos voyageurs. Elles sont peuplées de joyeux et de tristes.

Rabelais n’est déjà plus très loin, et son fabuleux livre V.

– On trouve aussi un moulin effrayant qui moud mystérieusement « tout ce qui cause plainte et murmure » ! Ce moulin crissant annonce Don Quichotte et tous nos temps modernes.

– Une île est divisée en quatre par quatre palissades magiques (or, argent, cuivre et verre). Guénon parle de cette division du mystérieux royaume. Nous citons :

 

« Cette division de l’Irlande en quatre royaumes, plus la région centrale qui était la résidence du chef suprême, se rattache à des traditions extrêmement anciennes. En effet, l’Irlande fut, pour cette raison, appelée l’ «île des quatre Maîtres», mais cette dénomination, de même d’ailleurs que celle d’ «île verte» (Erin), s’appliquait antérieurement à une autre terre beaucoup plus septentrionale, aujourd’hui inconnue, disparue peut-être, Ogygie ou plutôt Thulé, qui fut un des principaux centres spirituels, sinon même le centre suprême d’une certaine période (7)».

 

– Ogygie est l’île de Calypso dont on trouve un écho chez Maelduin. Maelduin gagne un royaume doté de dix-sept femmes, dirigées par une belle reine veuve qui l’aime. Il reste six mois dans ce royaume où l’immortalité lui est promise, comme dans l’Odyssée. On est dans le Sidh, et il est souvent fait mention de brouillard.

– Il préfère rentrer bien sûr (une main amputée de matelot scelle cette rupture), et un grand banquet final l’attend au village (8).

 

L’errance des Fianna (groupes de jeunes aventureux d’origine aristocratique) a été bien expliquée par Jean Haudry. Cet auteur souligne aussi l’importance des conflits lignagers dans les cycles héroïques. Notons que les cycles grecs décrits par Arnold Van Gennep marquent comme pour Gauvain et Perceval les chevauchements d’exploits (Hercule, Thésée, etc.) et se caractérisent par deux types de hauts faits : lutte contre les animaux extraordinaires (dragon, lion…), et exploits merveilleux (labyrinthes…). Tout cela se retrouve dans la Quête.

 

Sources

 

Perceval et la reine (Amazon.fr

Aventures ? Art de conter ? Millénarisme ? Art de survivre ? N’oubliez pas les chants patagoniques !

https://www.amazon.fr/BATAILLE-CHAMPS-PATAGONIQUES-Roman-daventures/dp/1521242194

Petite gâterie du soir aux fidèles lecteurs (le blog bat ses records) : CONTE DU CONDOR ET DU PUMA ALORS !

J’étais né dans une famille d’indiens quechua, au sud d’un grand pays que les Blancs appellent le Pérou. On dit que des condors survolèrent durant plusieurs jours le village de Calchanqui où ma mère, une pauvre artisane, me mit au monde. Certains virent dans ce survol un signe du ciel et les yatiris lurent les feuilles de coca. Ils décrétèrent que je serai un grand prêtre du condor. Mais que je souffrirais beaucoup avant. Ma mère trembla et fit des offrandes. Elle était veuve et craignait un destin redoutable. Elle alla aussi voir le curé qui se moqua de ses craintes païennes. Mais il me bénit et promit la protection de San Expedito, le saint patron de causes désespérées, centurion arménien au service de l’empire romain, et que les gringos ont oublié, s’ils l’ont jamais connu.

 

 

Mon père était un homme peu travailleur mais original. Il aimait les sources et les cimes. Il gardait des lamas, les abandonnait parfois, poussait plus loin dans les canyons et dans les quebradas. Il n’était pas un bon mari, j’ignore s’il eût été un bon père. Mais il devait être un homme redouté, à qui l’on avait prêté des pouvoirs, des aventures avec les esprits. J’eus toujours de l’admiration pour sa réputation peut-être imméritée.

Il était mort au cours d’une rixe peu de temps après ma naissance. Il avait agonisé toute la nuit près d’une rivière glacée au milieu des détritus oubliés du village. Apparemment il avait été frappé par des tumi et des arbres en forme de crocs. Son visage était déchiqueté, une partie de son corps aussi, comme si on avait voulu le dévorer. Au tour de lui traînaient des poils de félin. On ne retrouva jamais l’assassin, il n’y avait d’ailleurs pas d’enquête en ces temps déjà reculés. Wilhelmina – ma mère- me consacra alors aux condors car elle pensait qu’ils pourraient me protéger un jour. Il me poussa les dents sans que je crie une fois.

 

Ma mère avait vendu le peu de lamas que nous avions pu retrouvé avec l’aide des villageois. Eux la respectaient beaucoup plus qu’ils n’avaient respecté mon père disparu. Pour nous permettre de survivre, elle fabriquait et vendait des objets artisanaux. Elle me portait dans un awayu, la couverture multicolore. J’étais blotti heureux dans ce petit monde chaud et confortable. Je ne cessais de dormir que pour téter. Puis elle laissait mes grands yeux scruter le regard des passants et me replongeait dans ce cocon protecteur.

Je me tenais bien sagement tandis que les touristes marchandaient avec elle. Et puis, quand ils partaient enfin déjeuner, elle me donnait le sein. Plus tard on m’habilla pour plaire aux photographes et nous retirâmes de justes profits de notre lama familial transformé en modèle. Mais toujours je regardais vers le ciel attendant la saison du printemps où dans les canyons des Andes les condors viennent se reproduire. Pour eux c’est l’occasion de montrer toute leur puissance surnaturelle, et ce vol souverain qui rappelle à l’homme sa juste petitesse.

Avec le temps je devins beau et toujours bien vêtu pour complaire aux touristes. J’aidais ma mère à pousser notre petit chariot chargé des différentes marchandises qu’elle confectionnait la nuit. Nous nous levions très tôt et nous nous couchions bien tard dans le froid des montagnes. J’aspirais cependant à une autre destinée : je m’éloignais lorsque je le pouvais sur les sentiers multicolores qui entouraient le village. Puis je montais vers les cimes, je retrouvais des sentiers oubliés, je voyais d’anciens refuges tombés en ruines. J’écoutais le silence du temps.

 

Un jour que je redescendais de mes labyrinthes de couleur, je croisais un couple de touristes américains. Avec peine, ils me parlèrent dans ma langue natale, qui n’est pas ma langue maternelle. Ils cherchaient un chemin menant à la cueva de las chullpas, les

momies d’une caverne isolée. Je les y menais. Nous contemplâmes avec crainte et déférence les formes sèches et tordues par le soleil et par les siècles, qui étaient gardées par deux anciens. Ces derniers me reprochèrent en quechua d’avoir mené les gringos en ce lieu. Mais ils acceptèrent leur propina. Lorsque nous redescendîmes, les Américains m’offrirent un pourboire généreux, ce qui devait rester à ma mère au bout d’une semaine de vente et de travail. En rentrant, ma mère me reprocha ma longue absence. Je lui montrai l’argent, je lui dis comment je l’avais gagné. Elle me dit que j’avais trouvé ma voie, mais que je ne devrais plus montrer des lieux sacrés, de Huacas, aux gringos à l’avenir. Les villageois, et qui sait les ennemis de notre famille nous en tiendraient rigueur. Je lui promis de lui obéir. Mais non seulement je continuai de montrer aux gringos les Huacas qui seuls les intéressaient pour sortir des sentiers battus, mais j’appris la langue des gringos, ainsi que d’autres idiomes à monnaie forte.

 

 

Il y avait parfois de simples promeneurs que j’emmenais pour des promenades en montagne. Un jour un d’entre eux à qui je contais l’histoire de ma famille me dit qu’il ne fallait pas être un homme dans un pays pauvre, mais un animal appartenant à une espèce protégée. C’est ainsi que dans ces contrées je rencontrai les condors et me faisais des ennemis, sans savoir s’ils étaient les mêmes que ceux de mon père. On me raillait, on mutilait mes animaux. Ma mère mourut de maladie, me laissant seul dans un monde des hommes de plus en plus petit, de plus en plus hostile.

Un jour, ils m’attendaient à mon tour J’errais seul avec mon lama sur un sentier montagneux, de ceux qu’usaient les chasqui (les courriers de l’inca) dans les Andes. J’effectuais une reconnaissance qui pourrait me servir plus tard. Je leur demandai ce qu’ils me voulaient, et pourquoi ils pourchassaient ainsi ma famille de génération en génération. Mais ils se turent, exhibèrent leurs couteaux comme des crocs et bondirent. Je courus vers le sommet. J’eus le temps d’entendre mon compagnon placide choir dans l’abyme. Moi-même je parvins au sommet assiégé. Ils m’entourèrent et se rapprochèrent.
J’étais perdu. Je les vis avec des armes étranges, des lames tordues et crochues, celles avec lesquelles ils avaient déchiqueté mon père. Deux d’entre eux portaient des fourrures de puma. M’encerclant, ils se saisirent de moi.

Mais au moment où leur chef allait me frapper le premier, une ombre fondit sur lui. Puis une autre. Tous nous levâmes la tête. Les condors fondirent sur mes assaillants. Mais les condors n’ont pas de serres. Ce ne sont pas des rapaces, mais des vautours. Mes assaillants allaient se reprendre, une fois passé l’effet de surprise. Et avec d’autant plus de haine qu’ils m’accusaient de sorcellerie.

J’appris alors que mon père était surnommé El Brujo, le sorcier. Et qu’ils l’avaient

tué parce qu’ils ne voulaient pas laisser échapper un sorcier dangereux.

 

 

 
Je bondis hors du cercle périlleux, profitant de la confusion. Je courus mais ils me poursuivirent.. Je parvins près du précipice. Je me crus perdu, mais soudain je sentis l’ombre à nouveau, l’ombre protectrice du condor. Une pierre m’atteignit et je sautai

Dans le vide, en prenant mon envol. J’entendis de vagues cris, et puis plus rien. Je montai vers le ciel.

Je ressentis un plaisir profond et douloureux dans mon corps. Ce ne fut tout d’abord qu’une sensation : je me sentis plus léger, plus fluide, plus aérodynamique : je fondis dans l’azur blanc des cimes. Je ne vis plus mes mains, je vis des voiles noirs et blancs qui s’étendaient loin de ma tête. Ma vue devint perçante : je distinguai tout de loin, hommes, maisons et troupeaux. Je ne ressentis plus le froid : je m’élevai

, après la seconde de panique due à la peur de la chute. C’est à peine si je pus me dévisager et deviner que j’étais un oiseau, le plus grand, le plus puissant du monde. J’étais plus qu’un oiseau d’ailleurs : j’étais le dieu vivant des Andes.

Au bout de quelque temps – mais je n’ai plus la même notion du temps -, je devine que je suis un condor, entouré de mes seuls vrais amis. Ce qui n’avait pu sauver mon père m’a sauvé. Le miracle prédit par ma mère s’est accompli.

 

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Je n’ai plus rien su du monde des hommes par la suite. Je vole, je prends les vents ascensionnels, j’affronte les pics glacés et les cimes, je vois à des milliers de mètres mes petites proies mortes, je cherche une compagne et je deviens le capitaine des vents. Parfois quelques fourmis d’en bas me prennent en photo et je me rappelle les propos de ce voyageur d’avant ma métamorphose : car il est interdit de jouer avec la vie du condor comme on joue avec la vie de l’homme. Et je remercie le Dieu Viracocha de m’avoir transformé ainsi. Je retrouve mon père qui m’apprend que moi aussi j’ai perdu la grossière enveloppe charnelle des humains.

 

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