Marianne : « Dieu n’abandonne pas ses créatures, et encore moins ses combattantes ! »

Extrait de Perceval et la reine

Saint Bernard est l’initiateur du culte de la Vierge en Occident, de ce privilégié Medium par où s’écoule selon lui le message divin. Dans de très beaux propos, notre saint populaire (mais redouté par les mères qui redoutaient son passage dans les villages et les départs d’enfants mâles qui s’ensuivaient) invite ses contemporains à « contempler et invoquer l’étoile », « le canal par où la Grâce a coulé », « et par où elle remonte au donateur ». Il consacre aussi le prestigieux ordre des Templiers à la Vierge, ordre dont la destruction déchaîne l’ire les ésotéristes et traditionalistes de toutes les époques ! Comme cette destruction enchante les profs d’histoire ! Ainsi au chant XXXI, le lien entre le grand savant et la Béatrice, symbole suprême de l’intelligence purement spirituelle, est-il établi :

 

« J’attendais une voix, une autre répondit :

car je pensais trouver Béatrice, et je vis

un vieillard habillé comme on l’est dans la gloire ».

 

Retournons à ce cher Luigi Valli, découvert par Guénon, et qui tentait vainement de lutter contre les préjugés rationalistes de son université italienne ! Voici comment lui aussi évoque ces madones pleines d’intelligence dans un italien très clair :

 

“Di queste donne sapientissime e distributrici di dottrina, ma tuttavia raffigurate nelle liriche come vere donne, ben due, non una sola, ne ritroviamo a un certo punto trasformate nettamente e chiaramente in simboli della Sapienza, e sono: l’Intelligenza di Dino Compagni e la Beatrice della Divina Commedia (47)”.

 

On est loin de la femme savante de Molière, ce plus nuisible ennemi de notre Intelligence traditionnelle ! Valli établit bien sûr le lien entre cette poésie italienne et les traditions grecques (Platon, la Cérès des Mystères d’Eleusis et la Pistis Sophia ou sagesse divine personnifiée à Byzance) et salomoniennes. Au moyen âge aussi, Ibn Arabi écrit un somptueux traité de l’Amant. L’Amant, et non le philosophe, aura accès au paradis et à la connaissance. Valli toujours :

 

“Questo poeta ci confessa chiaramente che questa donna non è niente affatto una donna ma è «l’amorosa Madonna Intelligenza», nella quale è impossibile non riconoscere proprio quella Sapienza di platonica e salomonica memoria che si immedesima, come vedremo, con l’Intelletto attivo e che perciò rappresenta il raggio dell’intelletto divino disceso all’uomo, il vero legame tra Dio e l’uomo, che conduce l’uomo a Dio (48)”.

 

La Dame du roman de chevalerie accomplit tout ou partie de cette fonction suprême : l’intellect actif (la Buddhi en sanscrit, où cette notion existe) et le rayon de l’intellect divin qui mène l’homme à Dieu. La demoiselle aux petites manches qui n’a pas ses dix ans, la demoiselle à l’alchimique mule sans frein, la reine Guenièvre au peigne d’or, la dame aux tresses d’or du Papegau, la reine au cercle d’or du grandiose Perlesvaus sont autant de Béatrice et de madones Intelligence dans la quête chevaleresque. A la fin du Perceval, Chrétien écrit même que la reine Ygerne a une fonction cosmique : « c’est d’elle que dépend tout le bien, elle en est l’origine et le mouvement ».

 

« La reïne Ygerne vint

an cest païs; si aporta

tot son tresor et si ferma

sor cele roche le chastel

et le palés si riche et bel… »

 

On ne saurait mieux dire. Dante, ses derniers vers :

 

« Mais déjà mon envie avec ma volonté

Tournaient comme une roue aux ordres de l’amour

Qui pousse le soleil et les autres étoiles (49)».

 

Merveilleux et moderne dernier vers, et qui donne en italien : l’amor che move il sole et l’altre stelle…

 

Il nous reste à évoquer le lien entre la femme et le Graal dans nos récits, après avoir récapitulé toute la somme des autres. Le plus important comme toujours est le plus évident : la présence du Graal près de la femme (ou de la femme près du Graal). Le Graal est présenté par des jeunes filles dont le caractère hermaphrodite a pu être souligné par certains (en tout cas sexuellement moins polarisé) mais dont surtout la pureté est associée à l’objet précieux.

On écoute Chrétien :

 

« .I. graal antre ses .ii. mains

une dameisele tenoit

et avoec les vaslez venoit,

bele et jointe et bien acesmee.

Quant ele fu leanz antree

atot le graal qu’ele tint,

une si granz clartez an vint,

ausi perdirent les chandoiles

lor clarté come les estoiles

qant li solauz lieve et la lune (50)».

 

Cette demoiselle est belle et ce n’est pas une fillette. Elle est bien acesmée, c’est-à-dire bien parée. Enfin son Graal produit une lumière qui efface toutes les autres, qui noie bien toutes les nôtres. Derrière elle va apparaître une autre demoiselle qui porte un tailloir en argent. Le Graal est lui en or, couvert de pierres précieuses. Dans Perlesvaus c’est aussi une fille qui porte la lance qui saigne. La femme apporte le mystère. Le Graal est une nourriture, on peut alors penser qu’il y a association (prosaïque, mais il faut toujours l’être – comme l’Evangile) entre la nourricière et la nourriture. Les plats au Moyen Age, nous rappelle Robert Delort, étaient présentés aussi par des jeunes filles ; le repas de midi durait d’ailleurs jusqu’au soir, il remplissait la journée. Par ailleurs nous savons le lien secret entre la femme et la force (ici la régénération), la proximité de la Vierge, de son lait, et des tresses solaires qui aussi irradient la clarté. Chez Wolfram, le Graal est un plat merveilleux présenté par une demoiselle Répanse de Schoye qui part à la fin en voyage aux Indes. Elle devient la mère du prêtre Jean, ce mystérieux avatar du Roi du Monde…

Et si Nicolas Bonnal s’intéressait enfin à la vie sexuelle du capitaine Kirk au lieu de nous ennuyer avec la vie textuelle de Star Trek ? Alchimie mon oeil !

http://geekleagueofamerica.com/2014/04/24/captains-log-the-10-hottest-captain-kirk-conquests/

Découvrez dans Tite-Live la prodigieuse épopée de Mucius Scaevola

Découvrez dans Tite-Live la prodigieuse épopée de Mucius Scaevola

 

 

Découvrez dans Tite-Live la prodigieuse épopée de Mucius Scaevola. La fin du somptueux texte de Tite-Live célèbre même la valeureuse attitude des femmes guerrières, Clélia ici !

 

 

Autorisé par le sénat, il cache un poignard sous ses vêtements, et part. (6) Dès qu’il est arrivé, il se jette dans le plus épais de la foule qui se tenait près du tribunal de Porsenna. (7) On distribuait alors la solde aux troupes ; un secrétaire était assis près du roi, vêtu à peu près de la même manière, et, comme il expédiait beaucoup d’affaires, que c’était à lui que les soldats s’adressaient, Mucius, craignant que s’il demandait qui des deux était Porsenna, il ne se fît découvrir en laissant voir son ignorance, s’abandonna au caprice de la fortune, et tua le secrétaire au lieu du prince. (8) Il se retirait au milieu de la foule effrayée, s’ouvrant un chemin avec son fer ensanglanté, lorsque, au cri qui s’éleva au moment du meurtre, les gardes du roi accoururent, le saisirent, et le menèrent devant le tribunal. Là, sans défense et au milieu des plus terribles menaces du destin, bien loin d’être intimidé, il était encore un objet de terreur. (9) « Je suis un citoyen romain, dit-il ; on m’appelle Gaius Mucius. Ennemi, j’ai voulu tuer un ennemi, et je ne suis pas moins prêt à recevoir la mort que je ne l’étais à la donner. Agir et souffrir en homme de cœur est le propre d’un Romain. (10) Et je ne suis pas le seul que ces sentiments animent. Beaucoup d’autres, après moi, aspirent au même honneur. Apprête-toi donc, si tu crois devoir le faire, à combattre pour ta vie à chaque heure du jour. Tu rencontreras un poignard et un ennemi jusque sous le vestibule de ton palais. (11)Cette guerre, c’est la jeunesse de Rome, c’est nous qui te la déclarons. Tu n’as à craindre aucun combat, aucune bataille. Tout se passera de toi à chacun de nous. »

(12) Alors le roi, tout à la fois enflammé de colère et épouvanté du danger qu’il court, ordonne que Mucius soit environné de flammes, et le menace de l’y faire périr s’il ne se hâte de lui découvrir le complot mystérieux dont il cherche à l’effrayer. (13) « Vois, lui répliqua Mucius, vois combien le corps est peu de chose pour ceux qui n’ont en vue que la gloire. » Et en même temps il pose sa main sur un brasier allumé pour le sacrifice, et la laisse brûler comme s’il eût été insensible à la douleur. Étonné de ce prodige de courage, le roi s’élance de son trône, et, ordonnant qu’on éloigne Mucius de l’autel : (14) « Pars, lui dit-il, toi qui ne crains pas de te montrer encore plus ton ennemi que le mien. J’applaudirais à ton courage s’il était destiné à servir ma patrie. Va, je n’userai point des droits que me donne la guerre : je te renvoie libre, ta personne est désormais inviolable. » (15) Alors Mucius, comme pour reconnaître tant de générosité : « Puisque tu sais, dit-il, honorer le courage, tu obtiendras de moi, par tes bienfaits, ce que tu n’as pu obtenir par tes menaces. Nous sommes trois cents, l’élite de la jeunesse romaine, qui avons juré ta mort. (16) Le sort m’a désigné le premier ; les autres viendront à leur tour, et tu les verras tous successivement, jusqu’à ce que l’un d’eux ait trouvé l’occasion favorable. »

Exploit de Clélie[modifier]

13[modifier]

(1) En renvoyant Mucius, à qui la perte de sa main droite fit donner, dans la suite, le nom de Scaevola, Porsenna ordonne à des ambassadeurs de le suivre à Rome. (2) Le danger qu’il venait de courir, et dont la méprise de son meurtrier l’avait seule préservé, et plus encore ce combat qu’il aurait à soutenir tant qu’il resterait un seul des conjurés, l’avaient tellement ému qu’il fit, de son propre mouvement, des propositions de paix aux Romains. (3) Il chercha vainement à mettre au nombre des conditions le rétablissement de la famille royale, et, s’il le fit, ce fut plutôt parce qu’il ne pouvait refuser cette démarche aux Tarquins, que dans la conviction qu’il n’éprouverait point un refus. (4) La restitution du territoire de Véies fut consentie, et les Romains se virent obligés de livrer des otages pour obtenir l’évacuation du Janicule. La paix conclue à ces conditions, Porsenna retira ses troupes de ce poste, et sortit du territoire de Rome.

(5) Le sénat, pour récompenser l’héroïsme de Gaius Mucius, lui donna, au-delà du Tibre, des terres qui, depuis, ont été appelées de son nom, Prés de Mucius. (6) Cet honneur, accordé au courage, excita les femmes à mériter aussi les distinctions publiques. Comme le camp des Étrusques n’était pas très éloigné des bords du Tibre, Clélie, l’une des jeunes Romaines livrées en otage, trompe les sentinelles, et, se mettant à la tête de ses compagnes, traverse le fleuve au milieu des traits ennemis, et, sans qu’aucune d’elles eût été blessée, elle les ramène à Rome, et les rend à leurs familles. (7) À la nouvelle de cette évasion, le roi, indigné, envoie à Rome pour réclamer Clélie, sans paraître tenir beaucoup aux autres ; (8) mais bientôt, passant de la colère à l’admiration, et mettant ce trait d’audace au-dessus des actions des Coclès et des Mucius, il déclare que si on ne lui rend pas son otage, il regardera le traité comme rompu ; mais que si on la remet en son pouvoir, il la renverra à ses concitoyens sans lui faire essuyer aucun mauvais traitement. (9) On tint parole de part et d’autre : les Romains, conformément au traité, rendirent à Porsenna les gages de la paix ; et de son côté, le roi des Étrusques voulut que non seulement la vertu fût en sûreté auprès de lui, mais qu’elle y fût même honorée. Après avoir donné des éloges à Clélie, il lui fit présent d’une partie des otages, et lui en abandonna le choix.

 

Alimentaire, mon cher Watson, je prépare des sablés orthodoxes pour mon cher mari, et avec lui nous écoutons Guillaume de macho…. N’oubliez pas ma gastronomie magique et chrétienne sur Amazon.fr

Je suis la plus belle femme du monde, et Nicolas Bonnal va parler de moi dans son livre ésotérique, alchimiste et mythologique sur Star Trek ! Mon nom est Barbara Bouchet et je suis sudète, pas simplette…

Les meilleurs épisodes de Star Trek (Nicolas Bonnal prépare un livre sur Star Trek – et sur Sénèque d’ailleurs)

Star trek – les meilleurs épisodes

 

Créée par des as de l’aviation, des services secrets et de la maçonnerie initiatique (on évoqua les bnai’brith, chapeau si c’est vrai !), la série Star Trek nous a toujours émerveillés, au moins de 1967 à 1969. Enfin disponible à un prix raisonnable sur Amazon.co.uk., nous l’avons acquise et décidé d’écrire un livre sur cette série légendaire (la meilleure avec le prisonnier, tourné la même années), qui mêlera tout, ésotérisme, mythologie, bible, histoire, épopée, érotisme et même (pourquoi pas ?) raison. Embarquement immédiat pour les utopies gnostiques de la télé vision !

Mise en bouche avec nos dix épisodes préférés :

 

La ménagerie I et II

Un capitaine mutilé et handicapé veut revivre de superbes aventures amoureuses dans la planète des illusions. Spock décide de mutiner pour l’y emmener, car la vie n’est-elle pas un rêve (baroque en l’occurrence) ?

Métamorphose – Cochrane

Sublime épisode où l’on voit un nuage posséder un cosmonaute amoureusement. Il le fait survivre pendant des centaines d’années avant de pouvoir reprendre une forme humaine avec une belle mourante amenée par Kirk. « Je t’apparaîtrai sous la forme de la nuée », dit la Bible.

Charlie X

Un adolescent perdu, frustré aux grands pouvoirs devient tyran à bord du vaisseau. Son nom est-il une allusion à notre histoire de France ?

Fraternitaire

Une planète nazie, ni plus ni moins, créée par l’ancien professeur d’histoire de Kirk. Spock ajoute que ce fut «le système le plus efficace de l’histoire du monde ». Episode censuré en Allemagne.

Amok time – mal du pays

Saison des amours pour Spock. On découvre enfin la planète Vulcain, mélange de génie juif et chinois, et qui dégage pourtant une bonne barbarie ressourçant Kirk.

Apollon – Adonis

Notre préféré. Apollon existe et il regrette les hommes qu’il avait dessiné pour l’adorer, il tente alors de retenir l’équipage sur sa planète. Mais le capitaine Kirk n’est pas d’accord, avant de regretter sa prompte décision !

Unité M. Computer – Daystrom

Episode central, proche de 2001 ! L’ordinateur-Golem est installé à bord du vaisseau, et il détraque tout. Mais qui diable nous débarrasser de ces Golems dit-il nez perché dix heures par jours sur son écran d’ordinateur ?

Les derniers tyrans – space seed

Episode superbe avec l’acteur hispano-mexicain Montalban. Une race de surhommes rebelles est retrouvée et s’empare du vaisseau. On les en chasse, mais ils sortent la tête haute. Encore un épisode terriblement politiquement incorrect. Mais pourquoi donc ?

Requiem pour Mathusalem

L’homme éternel existe, il a été Brahms et Leonard de Vinci et d’autres aussi. Il a créé une planète de rêve mais souffre de solitude, alors il se fabrique des Schéhérazade. Mais comme les machines  blondes deviennent sentimentales…

La route de l’Eden.

On recrute des hippies de l’espace qui sèment la pagaille à bord. Spock ne les apprécie pas mais il aime et comprend leur quête spirituelle. Tous à Katmandou ! Nota : on se moque d’un certain Herbert, figure autoritaire, allusion rigolote à Marcuse bien sûr.

 

Découvrez les extra-terrestres beautés de Star Trek, ici Barbara Bouchet, actrice sudète (et déportée à huit mois) présente aussi dans le phénoménal et décalé Casino royale !

Barbara Bouchet, de son vrai nom Barbara Gutscher, est une actrice américaine naturalisée italienne, née le  à Reichenberg (dans la région des Sudètes alors annexée à l’Allemagne, actuellement Liberec, en République tchèque).

Biographie[modifier | modifier le code]

La famille de Barbara Bouchet émigra aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale. La carrière de l’actrice commença par quelques petits rôles dans le cinéma américain (Papa play-boyMadame Croque-MarisLes SéducteursPrête-moi ton mariUne vierge sur canapéJohn Goldfarb, Please Come HomePremière VictoireLe Mur des espions et Sweet Charity) et des rôles ponctuels dans des séries télévisées américaines ((en) The Rogues (en)Voyage au fond des mersDes agents très spéciauxLe VirginienTarzan et Star Trek).

En 1967, Barbara Bouchet interprète le rôle de Miss Moneypenny du film britannique Casino Royale, version parodique de James Bond. Elle tourna un autre film en Grande-Bretagne : Le Coup du lapin ; puis un film philippin : Surabaya Conspiracy.

Puis à partir de 1969, l’actrice partit faire carrière en Italie, où elle joua dans de très nombreux films, parmi lesquels Un prêtre à marierLa Tarentule au ventre noirLa Vie sexuelle de Don JuanLes Mille et Une Nuits érotiquesMilan calibre 9Maison de rendez-vous(it) La dame rouge tua sept foisLa longue nuit de l’exorcismeLe Canard à l’orangeVertigesL’Ombre d’un tueurDeux idiots à Monte CarloDiamants de sangLes Zizis baladeursJe suis photogénique

Elle joua aussi dans les téléfilms américains Cool Million (1972) et La Pourpre et le Noir (1983) et dans le film américain Gangs of New York (2002).

N’oubliez pas que Tatiana traduit, joue, cuisine, conseille, et qu’elle écrit un français délicieux (dixit le mari génial) ! Les secrets du borchtch ce matin !!!

Les secrets de mon borchtch en Ukraine

 

On est en octobre, le mois de la bonne récolte et des produits les plus savoureux. C’est le temps idéal pour préparer le meilleur borchtch, ce plat unique et millénaire qui vient de ces contrées ukrainiennes si riches en fruits de la terre.

Ce plat est connu, du moins par son nom, partout au monde ; en Europe, depuis des siècles, il a gagné un vaste territoire nommé aujourd’hui par les scientifiques « le fuseau » ou « la zone du borchtch », qui s’étend du cœur de l’Ukraine jusqu’aux dernières frontières de la Pologne à l’ouest et jusqu’au fleuve Don à l’est. C’est un plat si versatile qu’on n’ose lui donner le nom d’une simple soupe, car les certaines recettes du borchtch exigent au moins vingt ingrédients pour sa préparation.

Le borchtch – c’est le roi du repas. Nos ancêtres commençaient avec lui le repas sacré après les cérémonies funèbres, et les nobles cosaques zaporogues éprouvaient les novices avec un borchtch extraordinairement poivré. Les livres de recettes ont gardé pour nous au moins 36 ou 40 variétés (très différentes dans la préparation) de borchtch. Il est cité par Gogol et il était adoré par la Grande Katherine.

Un des plus pittoresques écrivains ukrainiens de la fin du XVIIIe et du début du XIX siècle, Grigoriy Kvitka-Osnovyanenko, en décrivant un festin de nobles zaporogues, festin digne des exigences du bon héros français des Visiteurs Hubert de Montmirail (« ces boustifailles m’ont mis en appétit ! »), nous raconte « qu’en terminant un borchtch on servait déjà un borchtch d’une autre espèce.  Il y avait tant d’espèces des borchtchs à cette époque que c’en était une merveille ! Il y avait donc le borchtch au bœuf, le borchtch avec de l’oie bien engraissée, le borchtch au porc, le borchtch de Sobiewski (qui était le roi en Pologne), le borchtch de Skoropadsky, hetman cosaque de la Petite Russie. Il y avait aussi le borchtch au poisson du monastère Petchersky, le bikous, le borchtch avec du canard bien gavé… je ne me souviens pas tous les noms des borchtch servis ! ».

 

 

Borchtch ukrainien aux pampouchkis. Source : Picantecooking

 

Mais alors – quel est le secret de ce plat et comment peut-on le préparer à la maison ?

D’abord il faut remarquer la particularité générale de la cuisine ukrainienne, qui consiste en un traitement thermique assez complexe de la plupart des plats. Ici souvent les ingrédients se cuisent séparément, et par des méthodes différentes. Cette bonne nourriture était destinée à donner des forces et à remonter le moral après une longue journée de travail, dans le froid comme dans la chaleur (car oui ! il existe une variante froide de ce bon plat !).

L’élément indispensable de presque tous les borchtchs – c’est la betterave qui donne à ce plat sa couleur incomparable, son goût doux et délicat, et crée une stimulation parfaite pour la digestion.

La base du borchtch – c’est le viandox ou le bouillon de légumes ou de champignons. Et ensuite – c’est comme dans un poème ! On fait cuire à part et à l’étouffée les morceaux d’une betterave avec quelques gouttes de vinaigre, les carottes avec les oignons bien coupés et la farine se font roussir dans une autre poêle ; on met tout cela dans le bouillon avec des patates (on peut aussi bien mettre des haricots blancs cuits), le chou est rajouté plus tard – presque vers la fin, et enfin – liaison typique et savoureuse : le lard nature, un peu vieux, bien écrasé dans un mortier avec de l’ail ! Un peu de persil, de l’aneth et… on attend ! Parce que plus on attend, plus de sublime goût notre plat national aura!

A Lemberg dans l’est de l’Ukraine on vous propose un borchtch plus liquide et avec des saucisses, à Poltava, ville et lieu de la grande bataille, – un borchtch aux haricots et aux galouchkis (voir les chapitres précédents), plus au sud – avec du kvas (nous parlerons des boissons plus bas), pendant les carêmes – ce sera le borchtch tiède au poisson grillé ou aux champignons. Au printemps le borchtch devient vert et se prépare avec des épinards, ou à l’oseille et avec les œufs durs. Pendant les jours de canicule, on prépare le borchtch froid où on fait cuire uniquement la betterave, et où, au lieu de bouillon, on utilise le kvas (sorte de bière à base de pain et sans alcool), le petit-lait ou la crème fraiche, en rajoutant beaucoup d’herbes aromatiques et rafraichissantes.

Borchtch poltavien aux galouchkis. Source ЕТНОХАТА

 

Borchtch vert à l’oseille . Source  womanonly.com.ua

 

 

Ma mère Helena a son secret pour servir ce plat – en été elle adore rajouter dans un borchtch froid une cuillère de millet bien chaud et en hiver à l’inverse – dans le borchtch chaud elle pense qu’il faut mettre un morceau bien ferme de polenta faite avec du millet !

Chaque bonne ménagère a sa recette personnelle pour ce plat délicieux, et les débats sur ses ingrédients peuvent êtres infinis, car le borchtch est toujours diffèrent et toujours reconnaissable, il s’adapte à tous les goûts et trouve l’unisson avec une plénitude de produits, du piment jusqu’à la prune et de l’œuf jusqu’au bœuf. Mais mon borchtch m’appelle, et que ce plat millénaire ne cesse jamais de nous réunir et de nous nourrir !

 

                     

 

 

 

 

 

 

 

Recettes de borchtch à l’ancienne :

 

Un élément souvent indispensable pour la préparation d’un borchtch authentique c’est le kvas de betterave ou le kvas syrivets. Le kvas syrivets est décrit dans le chapitre sur les boissons ukrainiennes, ici nous proposons la recette du kvas de betterave.

Il faut nettoyer et éplucher les betteraves, on les coupe en lames et on les met dans un tonneau et on les mélange avec des autres betteraves entières en rajoutant de l’eau. Dans deux semaines le kvas est prêt ; il est bon pour vous fournir le liquide de betterave tout l’hiver.

 

 

Une des plus anciennes recettes de borchtch on trouve dans le livre de Nikolay Markovytch :

On met dans un pot du chou, des betteraves, de la viande, on rajoute du bon lard écrasé et on verse du kvas des betteraves. Quand le borchtch se met à bouillir on enlève le liquide, on rajoute encore du lard et des oignons, (on rajoute le liquide), on le sert avec de la smétana. Pendant le carême à la place de la viande, la smétana et le lard on met du poisson et de l’huile de chènevis avec des oignons dorés.

 

Les proportions des ingrédients pour le borchtch classique ukrainien :

Pour 400 gr de viande de bœuf – 400 gr de chou, 500 gr de patates, 200 gr de betteraves, ½ verre de smétana et ½ verre de la purée de tomate, une racine de carotte et une de persil, 1 oignon, 20 gr de lard, 2 cuillers de beurre, 1 cuiller de vinaigre de 9%, 1 cuiller de farine et 1 cuiller de sucre, 1-2 gousse d’ail, 2 grains de poivre, 1 feuille de laurier.