« Romanus sum » inquit, « civis; C. Mucium vocant. Hostis hostem occidere volui, nec ad mortem minus animi est, quam fuit ad caedem; et facere et pati fortia Romanum est.

Autorisé par le sénat, il cache un poignard sous ses vêtements, et part. (6) Dès qu’il est arrivé, il se jette dans le plus épais de la foule qui se tenait près du tribunal de Porsenna. (7) On distribuait alors la solde aux troupes ; un secrétaire était assis près du roi, vêtu à peu près de la même manière, et, comme il expédiait beaucoup d’affaires, que c’était à lui que les soldats s’adressaient, Mucius, craignant que s’il demandait qui des deux était Porsenna, il ne se fît découvrir en laissant voir son ignorance, s’abandonna au caprice de la fortune, et tua le secrétaire au lieu du prince. (8) Il se retirait au milieu de la foule effrayée, s’ouvrant un chemin avec son fer ensanglanté, lorsque, au cri qui s’éleva au moment du meurtre, les gardes du roi accoururent, le saisirent, et le menèrent devant le tribunal. Là, sans défense et au milieu des plus terribles menaces du destin, bien loin d’être intimidé, il était encore un objet de terreur. (9) « Je suis un citoyen romain, dit-il ; on m’appelle Gaius Mucius. Ennemi, j’ai voulu tuer un ennemi, et je ne suis pas moins prêt à recevoir la mort que je ne l’étais à la donner. Agir et souffrir en homme de cœur est le propre d’un Romain. (10) Et je ne suis pas le seul que ces sentiments animent. Beaucoup d’autres, après moi, aspirent au même honneur. Apprête-toi donc, si tu crois devoir le faire, à combattre pour ta vie à chaque heure du jour. Tu rencontreras un poignard et un ennemi jusque sous le vestibule de ton palais. (11)Cette guerre, c’est la jeunesse de Rome, c’est nous qui te la déclarons. Tu n’as à craindre aucun combat, aucune bataille. Tout se passera de toi à chacun de nous. »

(12) Alors le roi, tout à la fois enflammé de colère et épouvanté du danger qu’il court, ordonne que Mucius soit environné de flammes, et le menace de l’y faire périr s’il ne se hâte de lui découvrir le complot mystérieux dont il cherche à l’effrayer. (13) « Vois, lui répliqua Mucius, vois combien le corps est peu de chose pour ceux qui n’ont en vue que la gloire. » Et en même temps il pose sa main sur un brasier allumé pour le sacrifice, et la laisse brûler comme s’il eût été insensible à la douleur. Étonné de ce prodige de courage, le roi s’élance de son trône, et, ordonnant qu’on éloigne Mucius de l’autel : (14) « Pars, lui dit-il, toi qui ne crains pas de te montrer encore plus ton ennemi que le mien. J’applaudirais à ton courage s’il était destiné à servir ma patrie. Va, je n’userai point des droits que me donne la guerre : je te renvoie libre, ta personne est désormais inviolable. » (15) Alors Mucius, comme pour reconnaître tant de générosité : « Puisque tu sais, dit-il, honorer le courage, tu obtiendras de moi, par tes bienfaits, ce que tu n’as pu obtenir par tes menaces. Nous sommes trois cents, l’élite de la jeunesse romaine, qui avons juré ta mort. (16) Le sort m’a désigné le premier ; les autres viendront à leur tour, et tu les verras tous successivement, jusqu’à ce que l’un d’eux ait trouvé l’occasion favorable. »

Nicolas Bonnal publie encore… C’est trop, arrêtez, Nicolas Bonnal !!!

Les paganismes au cinéma

 

Le paganisme au cinéma : vaste sujet, car le paganisme a  inspiré tous les cinémas populaires depuis un siècle. Les épopées, les grandes histoires d’amour, les récits d’aventures initiatiques ou de navigation (pour ne pas parler des voyages), les contes de fées, les récits fantastiques ont tous bien sûr une belle origine païenne que nous étudions ici.

Ce gros livre rassemble nos différentes études sur le paganisme au cinéma. Il démarre par une étude du phénomène culturel païen aux temps modernes de la culture industrielle, puis il étudie les cinématographies que nous avons jugées les plus intéressantes pour approcher ce sujet vaste et complexe, et surtout ignoré. On trouvera donc une étude des cinématographies française, anglo-saxonne et américaine ; et aussi une étude des cinémas soviétiques germanique et nippon, ces derniers nous ayant semblé les plus appropriés pour comprendre le phénomène païen.

 

Les lecteurs amateurs de science-fiction attendront un prochain ouvrage que nous consacrerons à ce genre important, que nous avons déjà évoqué dans nos livres sur Kubrick et sur Ridley Scott.

Les meilleurs épisodes de Star Trek (Nicolas Bonnal prépare un livre sur Star Trek – et sur Sénèque d’ailleurs)

Star trek – les meilleurs épisodes

 

Créée par des as de l’aviation, des services secrets et de la maçonnerie initiatique (on évoqua les bnai’brith, chapeau si c’est vrai !), la série Star Trek nous a toujours émerveillés, au moins de 1967 à 1969. Enfin disponible à un prix raisonnable sur Amazon.co.uk., nous l’avons acquise et décidé d’écrire un livre sur cette série légendaire (la meilleure avec le prisonnier, tourné la même années), qui mêlera tout, ésotérisme, mythologie, bible, histoire, épopée, érotisme et même (pourquoi pas ?) raison. Embarquement immédiat pour les utopies gnostiques de la télé vision !

Mise en bouche avec nos dix épisodes préférés :

 

La ménagerie I et II

Un capitaine mutilé et handicapé veut revivre de superbes aventures amoureuses dans la planète des illusions. Spock décide de mutiner pour l’y emmener, car la vie n’est-elle pas un rêve (baroque en l’occurrence) ?

Métamorphose – Cochrane

Sublime épisode où l’on voit un nuage posséder un cosmonaute amoureusement. Il le fait survivre pendant des centaines d’années avant de pouvoir reprendre une forme humaine avec une belle mourante amenée par Kirk. « Je t’apparaîtrai sous la forme de la nuée », dit la Bible.

Charlie X

Un adolescent perdu, frustré aux grands pouvoirs devient tyran à bord du vaisseau. Son nom est-il une allusion à notre histoire de France ?

Fraternitaire

Une planète nazie, ni plus ni moins, créée par l’ancien professeur d’histoire de Kirk. Spock ajoute que ce fut «le système le plus efficace de l’histoire du monde ». Episode censuré en Allemagne.

Amok time – mal du pays

Saison des amours pour Spock. On découvre enfin la planète Vulcain, mélange de génie juif et chinois, et qui dégage pourtant une bonne barbarie ressourçant Kirk.

Apollon – Adonis

Notre préféré. Apollon existe et il regrette les hommes qu’il avait dessiné pour l’adorer, il tente alors de retenir l’équipage sur sa planète. Mais le capitaine Kirk n’est pas d’accord, avant de regretter sa prompte décision !

Unité M. Computer – Daystrom

Episode central, proche de 2001 ! L’ordinateur-Golem est installé à bord du vaisseau, et il détraque tout. Mais qui diable nous débarrasser de ces Golems dit-il nez perché dix heures par jours sur son écran d’ordinateur ?

Les derniers tyrans – space seed

Episode superbe avec l’acteur hispano-mexicain Montalban. Une race de surhommes rebelles est retrouvée et s’empare du vaisseau. On les en chasse, mais ils sortent la tête haute. Encore un épisode terriblement politiquement incorrect. Mais pourquoi donc ?

Requiem pour Mathusalem

L’homme éternel existe, il a été Brahms et Leonard de Vinci et d’autres aussi. Il a créé une planète de rêve mais souffre de solitude, alors il se fabrique des Schéhérazade. Mais comme les machines  blondes deviennent sentimentales…

La route de l’Eden.

On recrute des hippies de l’espace qui sèment la pagaille à bord. Spock ne les apprécie pas mais il aime et comprend leur quête spirituelle. Tous à Katmandou ! Nota : on se moque d’un certain Herbert, figure autoritaire, allusion rigolote à Marcuse bien sûr.

 

Que se passe-t-il, lecteurs, dans le château de vos âmes ? Devinez, et ne confessez pas ! Le dieu, dont l’oracle est à Delphes, ne parle, ne se dédie pas : il signifie (Héraclite)

Comment Fulcanelli explique Siegfried et son dragon (alchimie et mythologie au cinéma)

Cinéma initiatique : Siegfried et le dragon vus par le génie de Fulcanelli

 

Un peu de Fulcanelli pour comprendre le cinéma et la littérature à la Nicolas Bonnal…

Ici Fulcanelli nous dévoile quelques arcanes de la lutte contre le dragon. Pages glanées dans les Mystère des cathédrales, livre de chevet des éveillés. Vous vous référerez aux livres de Nicolas Bonnal sur le paganisme (au sens ésotérique) au cinéma.

L’artiste a cheminé longtemps ; il a erré par les voies fausses et les chemins douteux ; mais sa joie éclate enfin ! Le ruisseau d’eau vive coule à ses pieds ; il sourd, en bouillonnant, du vieux chêne creux. Notre Adepte a frappé le but. Aussi, dédaignant l’arc et les flèches avec lesquelles, a l’instar de Cadmus, il transperça le dragon, il regarde ondoyer la source limpide dont la vertu dissolvante et l’essence volatile lui sont attestées par un oiseau perché sur l’arbre (pl. IV).

 

Le mythe de Tristan est une réplique de celui de Thésée. Tristan combat et tue le Morholt, Thésée le Minotaure. Nous retrouvons ici l’hiéroglyphe de fabrication du Lion vert, — d’ou le nom de Léonois ou Léonnais porte par Tristan, — laquelle est enseignée par Basile Valentin sous la lutte des deux champions, l’aigle et le dragon.

Ce combat singulier des corps chimiques dont la combinaison procure le dissolvant secret, a fourni le sujet de quantité de fables profanes et d’allégories sacrées. C’est Cadmos perçant le serpent contre un chêne ; Apollon tuant a coups de flèches le monstre Python et Jason le dragon de Colchide ; c’est Horus

combattant le Typhon du mythe osirien ; Hercule coupant les têtes de l’Hydre et Persée celle de la Gorgone ; saint Michel, saint Georges, saint Marcel terrassant le Dragon, répliques chrétiennes de Persée, tuant le monstre gardien d’Andromède, monte sur son cheval Pégase ; c’est encore le combat du renard et du coq, dont nous avons parlé en décrivant les médaillons de Paris ; celui de l’alchimiste et du dragon (Cyliani), de la remore et de la salamandre (de Cyrano Bergerac), du serpent rouge et du serpent vert, etc.

 

Dans l’iconographie chrétienne, nombre de saints ont auprès d’eux le dragon agressif ou soumis, parmi lesquels nous pouvons nommer :

Jean l’Evangeliste, Jacques le Majeur, Philippe, Michel, Georges et Patrice. Cependant, Saint Marcel est le seul qui touche, de sa crosse, la tête du monstre, dans le respect que peintres et sculpteurs, au temps passé, eurent toujours pour sa légen

Découvrez les origines françaises des grands super-héros américains !

Les récits mythologiques ou légendaires mettent couramment en scène des personnages principaux accomplissant des exploits surhumains : c’est le cas de certains dieux ou demi-dieux païens comme Hercule dans la mythologie gréco-romaine, ou Thor dans la mythologie germaniquel’un et l’autre ayant d’ailleurs été plus tard mis en scène comme personnages de comics. Des héros comme ceux de l’Iliade d’Homère, de la légende arthurienne, ou de Roland furieux de Ludovico Ariosto se voient prêter des capacités au-delà de la normale, sans être nécessairement présentés comme surhumains. La figure du justicier est par ailleurs un archétype des récits légendaires et populaires, à travers des personnages familiers comme Robin des Bois.

Le personnage du surhomme en tant que héros moderne se retrouve en germe dans les romans-feuilletons du xixe siècle, comme Edmond Dantès dans Le Comte de Monte-Cristo et Rodolphe dans Les Mystères de Paris, qui trouvent leur prolongement dans d’autres personnages de la littérature populaire comme Sir Percy Blakeney dans Le Mouron rouge, ou Fantômas (ce dernier étant un antihéros4Umberto Eco voit tout particulièrement dans le Comte de Monte-Cristo un prototype du héros surhumain, en tant que personnage « aux qualités exceptionnelles, [qui] dévoile les injustices du monde et tente de les réparer par des actes de justice privée. [Le surhomme] superpose sa propre justice à la justice commune : il détruit les méchants, récompense les bons et rétablit l’harmonie perdue »5. Monte-Cristo a en commun avec le superhéros le fait d’user d’une double identité et de posséder des capacités extraordinaires, bien que celles-ci ne soient pas surnaturelles et découlent de sa ruse comme de son immense fortune6Rocambole, un personnage de malfaiteur devenu justicier créé par Pierre Alexis de Ponson du Terrail, appartient à cette même catégorie de « surhomme » littéraire issu du roman-feuilleton7.

D’autres personnages de fiction archétypaux et présentant des capacités d’exception, comme Sherlock Holmes8 ou Tarzan9peuvent également être considérés comme des précurseurs de la figure du super-héros. On peut également citer le Capitaine Nemo et Robur le Conquérant, créés par Jules Verne, qui ont en commun des doubles identités et un équipement futuriste qui leur permet d’accomplir des exploits fantastiques10.

Au début du xxe siècle, les exploits du Mouron rouge — héros d’une série de romans, également adaptés au théâtre — popularisent, dans les pays anglo-saxons, le concept d’un héros rendant la justice sous une identité secrète9. La littérature populaire de l’époque présente d’autres personnages assimilables à des super-héros : c’est le cas, en France, de L’Oiselle, une femme aux ailes mécaniques créée en 1909 par la romancière Renée Gouraud d’Ablancourt (dite René d’Anjou)11. En 1911Jean de La Hire crée dans un de ses romans-feuilletons le personnage du Nyctalope, qu’il met ensuite en scène dans toute une série de romans. Parfois présenté comme l’un des « premiers super-héros »12, le Nyctalope présente plusieurs caractéristiques associées à ce type de personnage : des « super-pouvoirs » (dont le principal est la vision nocturne) et un nom de code. Il n’a cependant pas d’identité secrète — son vrai nom étant connu de tous — et tient, du moins à ses débuts, davantage de l’aventurier que du justicier13Fantômas, créé en France à la même époque par Marcel Allain et Pierre Souvestre, se rapproche plutôt du super-vilain14. Vite adaptées par le cinéma muet, les aventures de Fantômas inspirent, toujours au cinéma, celles de Judex, un justicier conçu comme une version positive de Fantômas. Le film Judex s’étant exporté aux États-Unis, contribue — avec Ravengar, un autre film qui en est le plagiat — à y inspirer le personnage de The Shadow, créé en 1930. Apparu dans des romans publiés par des pulp magazines, The Shadow — dont le costume rappelle celui de Judex — poursuit ses aventures dans un feuilleton radiophonique, puis dans des bandes dessinées. Cumulant activité de justicier, costume, double identité et super-pouvoir (en l’occurrence l’invisibilité), The Shadow est une source d’inspiration importante pour les super-héros, et notamment pour le personnage de Batman15. Un autre héros de pulps, Doc Savage— aventurier intrépide qui excelle dans toutes les disciplines physiques et intellectuelles — se rapproche également du super-héros et a pu constituer une source d’inspiration pour certains personnages de comic books16.

Pourquoi passer la nuit avec Nicolas Bonnal et Apocalypse now (plus le colonel Kurz et TS Eliot)

Apocalypse now, Trump et le colonel Kurtz

 

 

La Saker dans son commentaire du rocambolesque et grotesque speech de Trump à l’ONU écrit qu’il recherche la stratégie chez les Américains. Il n’y en a pas.

Souvenez-vous du commentaire du capitaine Villard arrivé dans le bunker dingo : « mon colonel, vous ne faites preuve d’aucune méthode ! »

 

Cela n’empêche pas Trump et les américains de toujours claironner victoire. Et cela nous ramène à Apocalypse now, comme toujours.

 

 

Un des films les plus importants du cinéma postmoderne : folie et brutalité militaire US, guerre-spectacle, initiation foireuse orientale ; exotisme tropical remixé ; sexe, drogue et rock’n’roll ; dégénérescence et nihilisme occidental, tout y est.

On commence par Baudrillard que je n’ai retrouvé qu’en anglais, un anglais bien simple :

 

“The war as technological and psychedelic fantasy, the war as a succession of special effects, the war become film even before being filmed. The war abolishes itself in its technological test…”

 

Simulacre de film pour un simulacre de guerre, le film avait tout pour plaire au gourou français !

 

“The war in Vietnam « in itself » perhaps in fact never happened, it is a dream, a baroque dream of napalm and of the tropics, a psychotropic dream that had the goal neither of a victory nor of a policy at stake, but, rather, the sacrificial, excessive deployment of a power already filming itself as it unfolded, perhaps waiting for nothing but consecration by a superfilm, which completes the mass-spectacle effect of this war.”

 

La guerre comme conditionnement médiatique ? Baudrillard remarque justement un qu’avec ce film Washington et le complexe ont gagné la guerre !

 

Apocalypse now is a global victory.”

 

La guerre n’avait pas d’enjeux, d’ailleurs les vietnamiens se sont vite soumis après. On bosse pour Gap, on hait les chinois, et on signe les traités de commerce d’Obama.

 

A la fin mystérieuse et initiatique du voyage, Eliot est lu par Kurz. Le baba cool cite aussi Eliot, grand poète réactionnaire américain, devenu anglican :

 

« WE are the hollow men

We are the stuffed men

Leaning together

Headpiece filled with straw…

 

Shape without form, shade without colour,

Paralysed force, gesture without motion”.

 

Le baba cool explique que notre monde postmoderne ne crèvera pas dans un boom, mais dans un murmure (ou pleurnichement plutôt). Toute la vérité du monde après le monde. C’est encore du Eliot:

 

“This is the way the world ends

This is the way the world ends

This is the way the world ends

Not with a bang but a whimper.”

 

Le baba cool cite un autre poème du maître, the love song of John Prufock, en évoquant le crabe agitant ses pinces au fond des mers :

 

« I should have been a pair of ragged claws

Scuttling across the floors of silent seas.”

 

A la fin du film, on découvre les livres de chevet du colonel :

 

Jessie Weston – From ritual to romance

Sir John Frazer – The golden bough

 

J’ai évoqué ces deux livres (que j’ai découverts à dix-sept ans grâce au film) dans plusieurs de mes livres. La thèse de Weston, une grande érudite qui traduisit le Wolfram, est passionnante ! Quant au rameau d’or, inspiré du chant VI de l’Enéide,  à qui encore le présenter ? Rappelons que Guénon la juge très mal.

Dans le film qui nous intéresse ici, cette référence prépare le sacrifice du colonel. Il est sacrifié comme un buffle pour se concilier les dieux et qu’un monde nouveau apparaisse. Mais Villard ne veut pas lui succéder et laisse tomber son épée, come Conan dans le film du grand scénariste fasciste zen John Milius.

 

Enfin, je cite un de mes passages sur le livre, extrait de mon Hollywood et le paganisme :

 

La veine païenne de Coppola va s’affirmer dans les films suivants : Apocalypse now bien sûr, Rusty James et plus tard Dracula.

Apocalypse now offre de nombreux points de rencontre avec le paganisme – pas le néo-paganisme. Le bateau de Villard se nomme le « patrouilleur loubard », il n’obéit plus au… tout-puissant ! L’inspiration est de Conrad bien sûr, lui-même inspiré dans son Cœur des ténèbres par Homère et Virgile. Ce beau roman d’aventures contre-initiatiques critique le colonialisme, le progrès, la civilisation, marquant surtout une remontée vers les ténèbres affolantes (voir l’analyse de Todorov).

Coppola suit la trame des épopées gréco-romaines de la manière suivante : les playmates sont les comme les sirènes, les canoës sur le fleuve comme les barques des Enfers, Kurz comme Pluton avec  quelque chose d’orphique tout de même.

Conrad a toujours aimé décrire aussi la folie – ou la stupidité imbibée de whisky – de l’homme blanc des colonies. Dans le supplément, le colon français explique que les Américains ont créé les Viêt-Cong pour lutter contre… les japonais. Coppola défend à travers les Français une colonisation enracinée et tellurique contre la conquête virtuelle de type américain.

Le film attaque la matrice américaine, sa foire, son Barnum et Disneyland (voir la lettre que reçoit le surfeur) tout en célébrant le Viet discret « qui n’a pas besoin de cirque et avale ses boulettes de rat ». On rarement été aussi dur pour le modèle de papa et maman.

Le caractère dérisoire devient caricatural au moment des playmates (les sirènes donc) qui montrent l’Amérique s’effondrer dans le stupre de sa révolution sexuelle et de sa pornographie de masse.

A l’inverse Kurz a proposé – avant de sombrer romantiquement dans la folie – un modèle de soldat tellurique, enraciné, frugal et motivé. Il est devenu l’objet de culte de la part de son peuple –et il est sacrifié comme le pauvre buffle à la fin, dans cette jungle philippine, dans ce temple bouddhiste où Villard apprend à renaître. La cruauté, le sang ici ne sont pas choquants. Ils font partie d’un rituel, d’une vision du monde. Même la tête de l’excellent cuisinier finit par prendre tout son sens. Kurz transforme Villard en grand sacrificateur, il veut être tué. A ses côtés le baba cool incarne la génialité naïve de cette époque qui adorait tout à sa manière décalée et déphasée. On sait la part maintenant que prirent les services secrets américains dans l’orientation de cette jeunesse vers la dérive des drogues et de l’errance. Ken Kesey qui écrivit le Vol au-dessus d’un nid de coucous, hommage bizarre à l’indianité et au rebelle selon Jünger, essayait au début des années 60 des drogues pour les programmes de la CIA (lire Estulin, le Tavistock Institute).

A la fin du film – qui s’est un peu fait attendre, le cirque américain prenant parfois trop d’ampleur -, le manifeste païen devient littéraire. Kurz lit le poème de TS Eliot, chrétien nihiliste et eschatologique, sur la Fin de Hommes, devenus des Hommes creux (Hollow men), la caboche pleine de paille. Le baba cool reprend dans son rapide monologue la fin du texte cette idée géniale d’un fin du monde qui se termine pas dans un boom, dans un murmure – plus exactement dans un pleurnichement.

 

Pas dans un boum dans un pleurnichement.

Dans cette belle scène d’illumination intellectuelle, qui échappe presque à tout le monde, un lent panoramique découvre deux classiques : le Rameau d’or de sir John Frazer, d’inspiration comme on sait virgilienne. Frazer aime le thème du sacrifice du dieu pour la moisson. Et on a un ouvrage plus discret, Du Rituel à la Romance de Jessie Weston, titre inspirateur pour toute l’industrie du cinéma… On sait que ces deux titres arthuriens ont inspiré l’autre grand poème d’Eliot, the Waste Land, la terre gaste, titre qu’il a bien pris à notre littérature du Graal.

La dimension déjantée du film (le colonel sadique et surfeur Kilgore), Wagner (qui déjà accompagnait les attaques allemandes dans les docus nazis), le chaos continu et progressif contiennent une dimension d’Endkampf (…). »

 

Enfin on remonte un fleuve. Alors on termine avec Guénon, sur le symbolisme du passage des eaux…

 

« Ananda K. Coomaraswamy a signalé que, dans le bouddhisme comme dans le brahmanisme, la « Voie du Pèlerin », représentée comme un « voyage », peut être mise de trois façons différentes en rapport avec la rivière symbolique de la vie et de la mort : le voyage peut être accompli, soit en remontant le courant vers la source des eaux, soit en traversant celles-ci vers l’autre rive, soit enfin en descendant le courant vers la mer.

 

Dans ces conditions, la « remontée du courant » pourra être considérée comme s’effectuant en deux phases : la première, dans le plan horizontal, conduit au centre de ce monde ; la seconde, à partir de là, s’accomplit verticalement suivant l’axe, et c’est celle-ci qui était envisagée dans le cas précédent ; ajoutons que ces deux phases successives ont, au point de vue initiatique, leur correspondance dans les domaines respectifs des « petits mystères » et des « grands mystères ».

 

Sources

 

René Guénon – Symboles de la science sacrée

TS Eliot – Complete poems (the hollow men)

Baudrillard – Simulations and simulacra

Bonnal – Hollywood et le paganisme (Amazon.fr)

 

 

Hommage au Vietnam (II) : Chaliand célèbre les Viets et remet les bobos parisiens à leur place

Chaliand remet le bobo français à sa place

 

Gérard Chaliand vient d’être interviewé par comptoir.org. Le moins qu’on puisse dire est qu’il n’avait pas sa langue dans sa poche.

A propos des attentats, des réactions françaises et (donc surtout) médiatiques :

 

« L’autre jour, je suis passé à la pharmacie et la pharmacienne me disait que les clients défilent, depuis le 13 novembre, pour prendre des calmants. Les gens se demandent ce qui va se passer ; ils ont peur. Les médias nous pourrissent la vie avec leur audimat. Ils rendent service à Daech ; ils font leur propagande : si je relaie six fois un crime de guerre de l’ennemi, je lui rends cinq fois service. C’est la société du spectacle. C’est minable. Mais, non, contrairement à ce que raconte Hollande, nous ne sommes pas en guerre : une guerre, ce serait comme ça tous les jours ; on est dans une situation conflictuelle. » Plus loin, vous rajoutez : « En l’espace de trente ans, les gens se sont ramollis. Ils ont peur. Mes compatriotes, dans l’ensemble, ont peur de tout. » 

Après il ajoute les remarques d’usage :

 

« Il y a eu des statistiques très intéressantes, publiées l’année dernière : 97,5 % des attentats ont eu lieu en dehors des pays occidentaux. En somme, pour nous, c’est un spectacle. Quand on est frappés, on a l’impression que c’est l’apocalypse. Shakespeare avait dit que la prospérité et la paix produisent des couards. Autrement dit, des trouillards. On a vécu une longue période de paix – très bien, j’en suis très content – mais ça ramollit. »

 

Juvénal écrit dès sa première satire :

« Aujourd’hui nous souffrons des maux d’une longue paix, plus cruelle que les armes ; la luxure nous a assaillis pour la revanche de l’univers vaincu. Aucun crime ne nous manque, aucun des forfaits qu’engendre la débauche, depuis que la pauvreté romaine a péri ».

Chaliand souligne le danger de la sécurité. Elle crée l’ennui et la mort, l’anesthésie, dit l’historien américain Payne sur l’Espagne où je vis. Cette prospérité entraîne l’acédie dont je vous parle en ce moment avec Cassien.

 

« Comme je l’ai dit, c’est le prix de la paix et de la prospérité. C’est aussi le vieillissement de la population qui engendre le conservatisme. L’espèce humaine cherche la sécurité, hélas, à tout prix. Je l’ai fui car c’est le début de la mort. »

Eh oui, comme disait Bernanos, « la vie est un risque à courir, pas un problème à résoudre ». C’est pour cela que plus personne n’a d’enfants en occident, à part une poignée de héros, alors que la population de l’Afghanistan a doublé depuis 1979.

Chaliand enfonce le clou :

 

« Mais les sociétés européennes sont d’une sensiblerie quasi-maladive : on ne peut plus rien supporter. À la campagne, jadis, égorger un poulet, c’était aussi normal qu’aller faucher le blé. Aujourd’hui, vous dîtes à un type de n’importe quelle université, « On va manger un poulet mais il faut l’égorger ». Il vous répondra « Ah non ! Pas moi ! » Inutile de dire que si vous aimez la tauromachie, on vous soupçonne d’être “facho”. Je le reconnais : j’aime la tauromachie. Et alors ? »

 

Chaliand fait l’éloge des Vietnamiens et remet les pleurnichards algériens et islamiques à leur place (pourquoi n’y aurait-il que les Français qui en prennent dans la gueule ?) :

« Les Viêts, qui constituent une petite nation de 80 millions d’habitants, sont nationalistes, avec une élite de despotes éclairés. Ils ont battu les Français ; ensuite, ils ont battu les Américains ; ils ont tenu tête aux Chinois. Ils ne font aucun reproche aux Français, contrairement aux Algériens, qui sont en train de pleurnicher. Et ils se sont mis avec les Américains, qui les ont bombardés comme jamais, parce qu’ils ont compris que l’ennemi était au nord : la Chine. Et ils font 7 %, par an, de croissance économique. Je tire mon chapeau. Je dis « Voilà une élite de despotes éclairés, qui savent où ils vont ». À côté de ça, les types de l’État islamique, ce sont des charlots. »

Il résume les Français en une formule :

« L’Allemagne a progressé. Pourquoi ? Parce qu’ils ont fait les réformes indispensables pour relancer la dynamique interne. Nous, on n’a rien fait. Nous, Français, on s’est révélé d’un conservatisme fabuleux. Nous sommes des imposteurs de la révolte. Les gens qui descendent dans la rue, c’est uniquement pour défendre les droits acquis. »

C’est ce que j’ai aussi remarqué dans mon livre sur les antisystèmes. Mais Bakounine nous avait précédés dès 1871 !

Pas de réforme du travail ? Oui, mais le mariage homo !

 

« La réforme du droit du travail, ils auraient dû la faire en début de mandat, quand François Hollande a fait le mariage dit pour tous. »

Chaliand termine en se marrant :

« On manque de dynamisme. Et on est prétentieux, en plus. Qu’on soit arrogants en 1912, en 1918, voire dans les années 1920, car tout le monde venait chez nous pour peindre, faire l’amour et écrire son bouquin, d’accord. Puis, 1940, ça a été une torchée fabuleuse et je trouve qu’on ne l’a pas bien assumée. Charles de Gaulle nous l’a fait oublier. Mais on s’est effondrés comme des minables. On a tenu une semaine de plus que l’armée belge. C’est un truc qu’il faut rappeler aux Français. Il y a maintenant trente ans qu’on est vraiment en train de descendre. La capitale de l’Europe, aujourd’hui, c’est Berlin. La capitale financière, c’est Londres. On est devenu un splendide musée culturel. »

 

On l’est déjà, depuis longtemps. Relisez Montesquieu, Gérard :

« Ils avouent de bon cœur que les autres peuples sont plus sages, pourvu qu’on convienne qu’ils sont mieux vêtus ; ils veulent bien s’assujettir aux lois d’une nation rivale, pourvu que les perruquiers français décident en législateurs sur la forme des perruques étrangères. Rien ne leur paraît si beau que de voir le goût de leurs cuisiniers régner du septentrion au midi, et les ordonnances de leurs coiffeuses portées dans toutes les toilettes de l’Europe. »

 

La suite au prochain attentat qui fera remonter nos responsables dans les sondages…

 

 

Sources

 

Bonnal – Le livre noir de la décadence romaine ; pourquoi les Français sont morts (Amazon_Kindle)

Gérard Chaliand : « Pour les pays occidentaux, les attentats, c’est du spectacle »

Pourquoi Hitler sauva les Anglais à Dunkerque

Pourquoi Hitler sauva les Anglais à Dunkerque

Oublions le déshonorant navet des Nolan.

J’espère que mes lecteurs savent pourquoi Hitler a perdu la guerre. S’ils ne le savent pas, seuls les anglophones le sauront, car je cite un texte de Liddell Hart en anglais. Le chapitre est intitulé comment Hitler battit la France et sauva l’Angleterre ! Comme on sait, le führer, qui ne cesse d’encenser les britishs dans Mein Kampf, décida d’épargner leurs troupes à Dunkerque :

 

“At that moment,” Rundstedt told me, “a sudden telephone   call came from Colonel von Grieffenberg at O.K.H., saying that Kleist’s forces were to halt on the line of the canal. It was the Fuhrer’s direct order— and contrary to General Haider’s view. I questioned it in a message of protest, but received a curt telegram in reply, saying: ‘The armoured divisions are to remain at medium artillery range from Dunkirk’ (a distance of eight or nine miles). ‘Permission is only granted for reconnaissance and protective movements.’

Kleist said that when he got the order it seemed to make no sense to him.”

Qu’aurait fait le Churchill avec les 200 000 prisonniers britanniques ? La guerre encore ? Certainement, mais difficilement.

Liddell Hart en tout cas ne se dégonfle pas dans ce maître-ouvrage,The Generals talk.

Et deux pages plus loin, Hitler donne ses raisons :

 

“He then astonished us by speaking with admiration of the British Empire, of the necessity for its existence, and of the civilization that Britain had brought into the world. He remarked, with a shrug of the shoulders, that the creation of its Empire had been achieved by means that were ten harsh, but ‘where there is planning, there are shavings flying.’ He compared the British Empire with the Catholic Church — saying they were both essential elements of stability in the world.

He said that all he wanted from Britain was that she should acknowledge Germany’s position on the Continent. The return of Germany’s lost colonies would be desirable but not essential, and he would even offer to support Britain with troops if she should be involved in any difficulties anywhere. He remarked that the colonies were primarily a matter of prestige, since they could not be held in war, and few Germans could settle in the tropics.

 

“He concluded by saying that his aim was to make peace with Britain on a basis that she would regard as compatible  with her honour to accept.

 

“Field-Marshal von Rundstedt, who was always for agreement with France and Britain, expressed his satisfaction, and later, after Hitler’s departure, remarked with a sigh of relief— ‘Well if he wants nothing else, then we shall have peace at last.’”

 

Quel sentimental tout de même ! On comprend pourquoi ensuite la guerre en Méditerranée a été bâclée, malgré le possible soutien fasciste latin, avec Vichy, Franco et Mussolini. L’Angleterre peu reconnaissante extermina un million de civils allemands sous les bombes.

Le bilan de la seconde guerre mondiale est vénéré aujourd’hui sous peine de prison. Je le vénère donc. Quelle belle victoire sur le totalitarisme ! Quelle belle victoire ! Vite, attaquons avec les néocons la Chine et la Russie, l’Iran et la Corée du Nord…

Or voici ce bilan de la seconde guerre mondiale selon le capitaine Liddell Hart :

« Non seulement les alliés occidentaux ne purent empêcher l’écrasement de la Pologne et son partage entre l’Allemagne et l’URSS, mais, après six ans de guerre apparemment couronnés par la victoire, ils furent contraints d’accepter la domination soviétique en Pologne, en dépit des engagements qu’ils avaient pris envers les Polonais qui avaient combattu à leurs côtés ».

Sir Basil ajoutait cette audacieuse et dangereuse (pour sa carrière) observation :

« Tous les efforts consacrés à la destruction de l’Allemagne hitlérienne dévastèrent et affaiblirent l’Europe à un tel point que son pouvoir de résistance s’en trouva très réduit face à la montée d’un nouveau et plus grand péril. Et l’Angleterre, tout comme ses voisins européens, se retrouva appauvrie et à la remorque des Etats-Unis ».

 

En réalité Hitler idolâtrait l’Angleterre. Il voulait la paix avec son modèle aryen-impérial. Et Liddell Hart de le reconnaître. A propos justement du britannique « miracle de Dunkerque », Liddell rappelle qu’Hitler arrête ses armées deux jours durant :

 

« Son initiative sauva les forces britanniques alors que plus rien d’autre n’aurait pu les sauver. Ce faisant, il fut à l’origine de sa chute et de celle de l’Allemagne ».

Liddell Hart enfonce le clou :

« Si Hitler fut vaincu, une Europe libre ne fut jamais restaurée… »

 

Le reste est dans le livre de mon ami Guido Preparata. Hitler a tout bâclé contre les anglo-saxons pour se consacrer à la liquidation de l’URSS, au génocide des juifs et de slaves ! Mais l’objectif impérial était atteint : la division européenne, la guerre germano-russe et le maintien de la domination anglo-américaine sur l’île-monde. Comme on sait, il est en ce moment compromis, alors gare !

 

Je cite pour finir mon livre « Le salut par Tolkien », qui en a dit de belles au moment de la prise de Berlin en 45 :

 

‘The destruction of Germany, be it 100 times merited, is one of the most-appalling world catastrophes.’

 

Tolkien ajoute dans sa lettre à son fils préféré Christopher :

 

« in the Germans we have enemies whose virtues (and they are virtues) of obedience and patriotism are greater than ours in the mass.”

 

Les vertus allemandes maintenues (malgré une dénatalité entretenue par un pouvoir irresponsable, et la supériorité industrielle de la gent teutonique) n’ont d’ailleurs pas fini de répandre une certaine inégalité et un certain déséquilibre en Europe…

 

Mais arrêtons d’en dire trop…

 

 

Bibliographie

 

Nicolas Bonnal – Le salut par Tolkien (Avatar) – Hitler et Versailles (Amazon_Kindle)

Liddell Hart – The German Generals talk (archive.org) – La seconde Guerre Mondiale (Marabout), préface du général Beaufre, qui dénonce « les voies conformistes de la hiérarchie », qui « empêchent de trouver la vérité qui compte, celle du futur ».

Guido Preparata – Conjuring Hitler (Pluto press)