Révolution sexuelle et bombe atomique, atoll bikini et essai nucléaire : la révolution sexuelle bat son plein avec le patriotique chanteur ! Cest kissing cousins, un de nos préférés. L’armée apporte civilisation et maillots de bain aux petites cousines hillbillies du Kentucky ! On en sait plus à quel gros saint se vouer !

Amateurs de Conan et d’Oliver Stone, n’oubliez pas son classique célinien sur le Vietnam ! Les meilleures pages du Voyage y sont citées en voix off…

Conte monégasque : l’école des… princes charmants !

L’école des princes charmants

 

 

 

Il était une fois un gentil royaume, à la fois sorti des contes de fées, d’une histoire séculaire et d’une série de fortunes que l’on pourrait bien dire divines. C’est ainsi qu’il avait traversé l’Histoire, ses vicissitudes, ses tribulations, ses avanies et qu’il en était sorti rutilant, triomphant, presque insolent au regard de ce que l’on voit dans le monde. Il était très moderne : on y voyait des tours de toutes sortes, des constructions étranges, et plein d’électronique. C’était un petit royaume très avancé. Le roi et la reine avaient eu plusieurs enfants, ce qui était normal, puisque l’on dit bien que les princes vivent lontemps, sont d’habitude heureux et ont beaucoup d’enfants. C’est ainsi qu’ils avaient eu trois garçons, dont l’aîné serait prince, et trois filles.

 

La troisième petite princesse, la plus jeune de la famille, était une originale. On la voyait souvent errer dans les vieux quartiers épargnés de son royaume, que l’on rebaptise depuis zones historiques, et que l’on protège, mais pas de tout… Elle invoquait les vieux fantômes, tel un antique prince danois, elle sautait lestement sur les remparts, et surtout elle descendait dans le jardin zoologique pour parler avec les animaux qui lui étaient chers… On dit que l’on l’entendait murmurer avec les oiseaux mandarins, l’hippopotame et les charmants petits chiens des prairies, si injustement nommés ; par contre elle n’aimait ni les aras, qu’elle trouvait trop bruyants, ou les singes, qu’elle considérait trop proches des hommes, et donc loin du royaume des anges…

Et notre belle émancipée aimait aussi se promener dans des jardins bien exotiques : là elle dégustait du regard des aloès, des yuccas, toutes sortes de cactus et de plantes dites succulentes.

 

Un beau jour, alors que notre princesse arborait sa tenue la plus folklorique, elle se promenait dans son beau jardin orné de plantes rares. Celles-ci étaient en fleur, et l’on sait que rien ne vaut les grands cactus en fleurs. Tout à coup, alors qu’elle s’approchait d’une belle euphorbe que les savants nomment Euphorbia canariensis, elle vit un oiseau minuscule.

Il était vibrant d’énergie, rayonnant de lumière. Ses ailes battaient si vite qu’on aurait dit qu’il vrombissait comme un puissant petit moteur. Il était multicolore, bien sûr, mais de teintes bien rares, et presque mystérieuses.

L’oiseau n’était pas d’ici, bien sûr, mais surtout il vous transportait Ailleurs. La princesse approcha sa main : la bestiole ne la fuit pas, et au contraire vint se poser. Puis il s’envola et gagna une autre plante.

Alors notre princesse commit un petit geste qui devait lui coûter cher, et grâce auquel nous pouvons vous conter cette histoire. Elle approcha sa belle main de notre euphorbe et se piqua.

Elle eut mal, et regarda son doigt piqué, d’où s’écoulait du sang. Inquiète, elle sentit monter une forte douleur. Et elle s’évanouit.

 

C’est ainsi que notre Princesse, comme d’autres avant elle, s’évanouit presque morte et le demeura longtemps. Elle ne demeura pas endormie durant cent ans, mais elle le demeura longtemps en tout état de cause. On l’amena à l’hôpital, ou de savants médecins et ingénieurs des corps lui prodiguèrent toutes sortes de soins. Mais notre Belle endormie demeura endormie.

Ses parents désolés ne surent plus que faire. Ils jurèrent de ne plus laisser sortir leurs autres enfants. La presse, bien nommée, s’en prit aux médecins, aux jardiniers, au cactus même, que l’on menaça de couper. On voulut même fermer le jardin, on préleva un peu de ce cactus, pas connu jusque là pour s’en prendre à la santé humaine ; mais on ne trouva rien. La princesse s’était piquée toute seule, et s’était endormie non moins seule. Quant à l’oiseau, personne n’en parla, et l’on ignore – même ce conte – si cette merveilleuse créature reparut dans le jardin à un autre enfant.

 

Toujours est-il qu’une princesse endormie fait du bruit, et ce depuis toujours. On commença à se demander ce qu’on pourrait faire d’elle et de son pauvre petit corps au repos : les médecins garantissaient en tout cas qu’il resterait en bon état, et avec peu d’assistance. Ensuite il se passa ce qui se passe toujours dans c type de conte : un prince vint, des plus fameux, des plus illustres, un vrai chevalier à la rose, et il l’embrassa en temps voulu. Mais la princesse ne se réveilla pas.

 

Et l’on se demanda ce que l’on pourrait faire ; certains parlèrent de voyages, d’autres de miracles, d’autres enfin de vieilles recettes : il fallait faire venir des princes charmants.

On le claironna fort : et il en vint, des princes charmants, professionnels ou amateurs, héritiers, oligarques, pauvres ou simples millionnaires. Ils vinrent de tous les pays du monde, et ce fut une bonne affaire pour le petit royaume, car ses hôtels se remplirent. De partout des journalistes arrivèrent pour attendre un heureux événement : le réveil de la princesse par un baiser charmant.

Un ou deux proches, croit-on savoir, l’embrassèrent : mais cela ne donna rien. On imagine ainsi un beau prince de grande famille s’approcher de la douce endormie. Mais le baiser ne donna rien, et la pauvre chérie demeura dans les bras de son prince d’alors, le dieu-sommeil nommé Morphée.

On ne trouve pas de prince charmant sous le sabot d’un cheval ! Mais la famille ne l’entendait pas de cette oreille, comme on le comprendra aisément. La reine déclara qu’elle ne laisserait pas sa fille à demi-morte se faire embrasser par tous les inconnus de la planète. Elle pourrait même tomber malade ! Et ce ne serait ni hygiénique ni éthique ! Le roi demanda aussi à ce que l’on sélectionnât un peu mieux les princes. C’est là qu’un de ses chambellans eut la géniale idée : ouvrir des écoles de princes charmants.

On y viendrait de tous les pays pour y recevoir des cours de maintien, de bonnes manières, de cavalerie ou même d’escrime. On apprendrait à danser le quadrille ou le ballet, à écrire des lettres enflammées, à séduire toutes sortes de filles et d’héritières, y compris des princesses. On saurait piloter des coupés ou des cabriolets (ils ne se conduisent pas de la même manière), chevaucher des étalons ou bien se faire conduire dans de longues limousines. On saurait à nouveau donner des ordres à son chauffeur, à son cuisiner ou à son maître d’hôtel…

 

Les instituts prospérèrent, comme il était prévu. Mais la princesse dormait toujours, et certains trouvaient le temps long. Alors, à contrecœur, le roi et la reine décidèrent d’organiser un concours annuel, dit concours du baiser. Un jury devrait délibérer longuement pour savoir quels princes apprentis auraient le droit de donner le « Fier Baiser » à la princesse ; car on appelle Fier Baiser le baiser qui redonne foi au monde, réveille les âmes endormies et transforme les crapauds en élégants chevelus.

Pendant de longues années, trois heureux sélectionnés purent ainsi embrasser respectueusement la princesse, mais celle-ci demeura pieusement endormie. Alors on commença à se lasser. Certains partirent, d’autres restèrent, d’autres vieillirent. Et peu à peu on oublia la princesse.

 

Un beau jour, pourtant (c’et toujours un beau jour) un jeune apprenti prince qui n’avait pas eu l’heur de plaire au roi et à la reine, ainsi qu’au grand jury, mais qui était tombé très amoureux de la princesse dont on voyait partout les portraits, décida de défier les interdits : il se résolut à entrer dans la chambre de l’hôpital, et prépara soigneusement son effraction. Il pensa même que son grand amour suffirait à ranimer la princesse, et que son Fier Baiser…

Le grand soir arriva. Paolo (ainsi s’appelait-il) s’introduisit dans l’hôpital, évita les uns, endormit les autres (peu de gens travaillaient : on avait presque oublié la princesse, depuis le temps…), et, revêtu de ses plus beaux atours, entra dans la chambre sacrée. Déjà dans le couloir il voyait la lumière princière se glisser sous la porte. Déjà il s’imaginait…

 

La porte s’ouvrit toute seule. Alors Il s’approcha du grand lit, le cœur palpitant, et ne vit… rien.

Rien ! La princesse avait disparu ! Depuis combien de temps ? Le savait-on seulement ? Il fallait donner l’alerte… mais était-ce prudent ? Paolo était en faute, et il le savait. Des esprits mal intentionnés pourraient même l’accuser d’avoir enlevé la petite princesse…

Il se changea, sortit prudemment de l’hôpital et regagna ses pénates. Il était désespéré, mais comment faire…

Le bruit courut le lendemain, bien sûr. La princesse avait disparu. Personne ne crut à la thèse de l’enlèvement, bien entendu. Bien plus, on se dit qu’elle avait été enlevée, et qu’elle déambulait toute seule, quelque part dans le petit royaume. Après quelque émoi, la tension retomba, et peu à peu les instituts commencèrent à perdre de leur brillant.

 

Paolo devait repartir. C’est alors qu’il eut l’idée de faire des adieux plus naturels et de retourner au fameux jardin, là où tout avait commencé il y avait si longtemps. Il s’approcha de la pauvre euphorbe tant décriée et la contempla longuement.

Soudain un vrombissement retentit dans l’air. Le jeune homme se retourna, c’était un oiseau splendide et minuscule. Il était vibrant d’énergie, rayonnant de lumière. Paolo le reconnut tout de suite. Alors il tendit le doigt et se laissa piquer. Il ne s’évanouit pas.

La transformation se fit rapidement, par enchantement. Il était devenu lui aussi un de ces magiques oiseaux du jardin. Et il partit avec la princesse, non sans lui avoir demandé son nom. Ils retournèrent vers le pays mystérieux d’où était venu le premier oiseau. La scène avait eu un témoin, qui préféra se taire.

 

Des années plus tard, un voyageur venu d’Amérique du sud visita le jardin avec sa petite fille. Le témoin, un vieux jardinier nommé Silvio, leur raconta l’histoire : la fillette nommée Mathilde lui expliqua alors que les changements climatiques étaient devenus tels que l’on ne pouvait plus espérer qu’un principe azzurro fît son travail. En effet, le prince charmant incarne le printemps, et il y a longtemps qu’il n’y a plus de saison… les princesses ne peuvent donc plus être réveillées comme ça… Et les princes sont devenus si nombreux, presque en quantité industrielle… Quant aux oiseaux, le savant voyageur expliqua que ce devaient être des colibris. Ils étaient les oiseaux symboliques de là-bas, venus ici par hasard ou par nécessité, protégés par les ailes de l’humour.

La petite Mathilde ne se fit pas piquer, et nos deux visiteurs s’éloignèrent. Pendant que le jardinier réfléchissait à l’extraordinaire destin de nos deux beaux oiseaux…

 

Bonjour. On raconte notre seigneur Conan. Scénario de deux juifs géniaux et bien païens, Oliver Stone et John Milius, l’homme de l’aube rouge, du Juge et hors-la-loi, de Rome et de l’humour rouge (j’aime l’odeur du napalm au petit matin)…

On commence par Nietzsche bien sûr. Nota, cette phrase est fausse : ce qui ne nous tue pas nous rend plus vieux, plus pleutre et assisté !!!

Demain journée Conan et journées contes monégasques…

Une explication légendaire et traditionnelle du plus grand héros de l’héroic-fantasy+une vision hallucinée et décalée des merveilles de la principauté, enclave en avance sur ce monde !!!

Nicolas Bonnal explique Matsu (le personnage de Mifune) et la roue cosmique du rickshaw

Merveille du cinéma nippon avec le plus grand acteur du monde, Toshiro Mifune, huitième dan de kendo et extraordinaire cogneur de taiko, le tambour tellurique par excellence, Rickshaw man a été primé à Venise dans les années 50. Puis il a été oublié par tout le monde ou presque (1).

« Car le destin de l’homme hélas est d’oublier », murmure Merlin dans Excalibur.

C’est un des grands rôles de Toshiro Mifune, même si ce n’est pas tout à fait un rôle comme on va le voir. C’est plus que cela.

Ce film raconte une histoire simple, une histoire naturaliste de travailleur à la dure, un rickshaw man, un homme du tricycle et de la roue à qui Inagaki le poète et même le métaphysicien va conférer des pouvoirs extraordinaires. Muhōmatsu – ou simplement Matsu -, tel est le nom de ce rickshaw, a plus d’un tour dans sa pédale, comme s’il avait lu Guénon ou Lao Tse ! Le film commence par un problème social et juridique. Notre rickshaw a des problèmes avec la justice ; c’est un ivrogne et un bagarreur effréné, guerrier d’après la fin des temps qui ne sait pas quoi faire de ses muscles et de sa mégalothymie, pour reprendre la belle expression du bon théoricien de la fin de l’histoire Fukuyama – ce n’est pas pour rien que Fukuyama était nippo-américain, pas pour rien non plus qu’il ait rompu avec les néocons peu après l’entrée dans le pas très brillant vingt-et-unième siècle.

L’ivrogne on le sait a souvent une dimension initiatique. Sans aller jusqu’à Dionysos et au mystère synthétique du vin, on peut rappeler qu’il y a une manière ivre de vivre et de se battre, qu’elle est d’ailleurs présente aussi chez John Ford et dans l’Irlande initiatique de son cinéma à part.

Mais rickshaw man, cet autre « masque populaire », va trouver sa voie à sa manière. Il devient protecteur d’un garçonnet. Le père sympathise avec lui, un lieutenant de l’armée impériale, et il va mourir peu après. Notre héros devient alors chevalier servant de la Dame (il en est platoniquement épris) et protecteur de l’enfant.

Sa force et son culot l’aident souvent. Rickshaw man est un film où on aime rire, boire et travailler. Il est de bon ton, de ton rabelaisien dira-t-on en français de filmer le rire inextinguible des dieux (Hugo) et des peuples, des samouraïs et des petits dans le cinéma japonais… avec derrière une petite dimension de tristesse et de grandeur. La scène discrète de célébration de la victoire sur la Russie en 1895, dix ans après l’horreur d’Hiroshima, est un beau moment d’émotion nationale.

Le film est un hymne au peuple, et, cela est intéressant, c’est un hymne au peuple des villes. C’est le petit peuple des petits métiers qu’admirait Balzac (le porteur d’eau Burgat, qui élève le grand médecin Derville) ou que défend ainsi Guénon dans ses incomparables essais sur le compagnonnage :

Janus, qui était chez les Romains le dieu de l’initiation aux Mystères, était en même temps le patron des Collegia fabrorum, des corporations d’artisans qui se sont continuées à travers tout le moyen âge et, par le compagnonnage, jusque dans les temps modernes.

Inagaki donne son film à voir comme un hymne initiatique au Japon et au menu travailleur des villes. Il ne s’en prive pas comme souvent dans son oeuvre où il exprime sa nostalgie païenne d’un âge d’or, d’un in illo tempore à faire frémir Eliade.

On a ici cette fascination pour la boisson, on a les effets spéciaux, on a les roues, on a les couleurs qui annoncent 2001, l’odyssée de l’espace. Evidemment l’extérieur paraît triste, presque crade.

Comme dans le taoïsme il s’agit de donner une illusion de faiblesse, de pauvreté, de fragilité, qui cache la profondeur d’une condition métaphysique.

On cite Lao Tse : C’est pourquoi (le sage) approche du Tao.

Il se plaît dans la situation la plus humble.

Son coeur aime à être profond comme un abîme.

S’il fait des largesses, il excelle à montrer de l’humanité.

S’il parle, il excelle à pratiquer la vérité.

On saura pourtant à la fin du film que Matsu était un homme riche mais économe, un homme généreux, que la veuve l’aimait à sa manière comprenant trop tard – comme dans tant d’histoires d’amour – que cet amour anonyme (au sens initiatique du terme aussi, comme on avait les bâtisseurs anonymes des cathédrales) était d’une qualité ancestrale.

Viennent les deux grandes scènes du film, dotées d’effets spéciaux, et qui expriment le point surnaturel et païen d’Inagaki sur l’existence.

L’enfant grandit, se montre bien sûr ingrat. Il part étudier, revient en ville avec un professeur efféminé, et il y a fête. On joue au tai ko, ce merveilleux tambour japonais. Mais on y joue mal, et le professeur aimerait entendre l’air de Gion. On n’en saura pas plus sur ce mystérieux air de Gion qui semble comme un écho des premiers temps du monde, mais Matsu va s’exécuter.

Il monte sur l’estrade, prend les battants et frappe le tambour orné d’un svastika à trois branches. Il commence lentement, puis peu à peu renforce son pouvoir et son bruit sur le tambour, chaque morceau, chaque temps prenant le nom d’un animal. Le crescendo commence. Comment Toshiro Mifune a su jouer d’un tel instrument au point d’en tirer une saveur extatique et cosmique, c’est quelque chose que nous en savons expliquer. Tout comme nous ne pouvons expliquer comment il peut jouer le rôle d’un homme âgé avec une telle facilité. On a ici plus qu’un acteur.

Les acteurs japonais mettaient un point d’honneur à n’être pas doublés ; passe encore pour le sabre mais ici Toshiro joue comme un artiste de classe mondiale.

La gradation évoque la fameuse gavotte pour clavecin de Rameau.

La foule l’écoute, distraite, intéressée, délicate, parfumée ; le professeur est impressionné et Matsu s’envole avec les images cosmiques de roues, de cycles, de vie, de grandeur. La musique de style occidental est aussi à la hauteur de cette scène incroyable et misérablement ignorée.

Un autre à comprendre cette musique est un vieil homme aveugle et vif qui l’entend à des milles de là et reconnaît le ton de Gion en connaisseur. Ici on est dans la solidarité des êtres supérieurs qui reconnaissent le ton d’avant. Matsu n’aura pu montrer qu’une fois son génie, c’est dommage mais c’est dans doute suffisant du point de vue de son karma et de l’économie cosmologique. Il est dans l’art royal pour parler comme l’autre. On s’en serait doutés ! A la fin du film, pour la mort de Matsu, mêmes effets. Le bonhomme est vieux, sa carcasse est usée qui n’a jamais tremblé, comme celle du maréchal de Turenne.

Les mêmes visions se déroulent sous nos yeux, qui montrent Matsu comme une sorte de gardien de la roue cosmique. Car son rickshaw avait bien sûr une valeur toute symbolique. Mais il est aussi le gardien du disque immobile du soleil. Inagaki joue avec son même talent des images truquées, des négatifs et de la musique pour souligner avec emphase la destinée brillante et discrète de son rickshaw surdoué.

Matsu meurt seul et pauvre mais il ne faut pas le pleurer. Et Lao Tse explique pourquoi encore :

Le retour au non-être produit le mouvement. S’ils ne retournaient pas au non-être, le Tao ne pourrait les mettre en mouvement. Il faut qu’ils se condensent, qu’ils se resserrent (qu’ils décroissent), pour pouvoir atteindre ensuite toute la plénitude de leur développement.

C’est pourquoi le retour au non-être permet au Tao de mettre les êtres en mouvement, c’est-à-dire de les faire renaître.

Parmi tous les êtres de l’univers, il n’en est pas un seul qui n’ait besoin de retourner au non-être pour exister de nouveau.

Il ne faut pas pleurer Matsu. Il s’est transformé, c’est tout. La roue tourne.

Finissons-en sur ce merveilleux film incompris. Un autre génie du taoïsme a écrit ces lignes sublimes sur la mort :

Pour lui, l’état de vie et l’état de mort sont une même chose ; et il ne distingue, entre ces états, ni antériorité ni postériorité, car il les tient pour chaînons d’une chaîne infinie. Il croit que les êtres subissent fatalement des transformations successives, qu’ils n’ont qu’à subir en paix, sans s’en préoccuper. Immergé dans le courant de ces transformations, l’être n’a qu’une connaissance confuse de ce qui lui arrive. Toute vie est comme un rêve. Toi et moi qui causons à cette heure, nous sommes deux rêveurs non réveillés…

Il s’agit de Tchouang Tse.

NOTES

(1) Le paganisme au cinéma,