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Carlo Cipolla et les cinq lois de la stupidité

Cipolla et les cinq lois de la stupidité

 

Mes lecteurs savent que j’aime à montrer que rien ne change depuis Tocqueville, Sénèque ou même Démosthène et Théophraste. C’est dans mes chroniques sur la fin de l’Histoire ou mon Livre noir de la décadence romaine. Je n’exagère pas du tout, et je vous rappelle que notre Charles Baudelaire évoque ces salles de spectacle US où l’on mitraille déjà les spectateurs. Personne n’a vu My darling Clementine ?

Les manifestations de la stupidité humaine sont innombrables. Certains regardent la télé tout la journée – ou même toute la vie, d’autres mitraillent la foule, d’autres égorgent deux filles, d’autres les relâchent deux minutes plus tard, d’autres vont voter, d’autres enfin militent, d’autres prennent le métro en grève pour aller travailler et gagner de quoi rentrer dans leur F2 le soir.

D’autres vivent dans la phobie du nouvel ordre mondial, et d’ailleurs ils n’éteignent jamais leur ordinateur. Ils n’ont pas compris que le nouvel ordre mondial c’est l’ordinateur. Le mot « ordinateur » révèle en soi sa puissance et sa nocivité, vous ne croyez pas ? L’ordinateur ordonne, et comme la caractéristique du stupide est pour Cipolla est le groupe… Le Bon, toujours…

Parlons des élites. Certains mettent les taux à zéro, d’autres veulent faire la guerre à l’Iran et la Syrie, d’autres enfin font la queue six heures pour les soldes Hermès. D’autres veulent augmenter les impôts pour relancer l’économie, d’autres les baisser. D’autres font rentrer trois millions de migrants pour résoudre nos problèmes de chômage (42% où je vis, dans le sud de l’Europe). D’autres (lisez tel libertarien qui parle de sa mère presbytérienne) vont à la messe tous les Dimanche pour s’entendre dire que loué soit Jésus-Christ, mais qu’il faut envahir la Russie !

Et si nos élites et nos contemporains n’étaient pas hostiles mais seulement crétins ? Cipolla énonce cinq lois (voyez sur Wikipédia) :

 

  • Nous sous-estimons le nombre d’individus stupides.
  • La stupidité d’un tel est indépendante de ses autres qualités.
  • L’activité stupide est dommageable sans retirer un profit, et parfois même obtient un préjudice.

 

 

Note : le lecteur qui dira que Cipolla est plus stupide que la moyenne et que « pour qui il se prend celui-là », ce lecteur dis-je est la manifestation postmoderne et démocrate du stultus. Et comme il n’est pas tout seul, on confirmera la loi numéro un énoncée ci-dessus : on sous-estime le nombre de crétins…

 

Cipolla (prof d’éco à Cambridge, matheux accompli, grand historien de la guerre de cent ans) explique qu’avant la stupidité était l’apanage des classes et des castes ; qu’ensuite cette stupidité est devenue fort commune et nocive grâce à la démocratie, aux partis et aux bureaucraties. On pourra relire Sorel et Roberto Michels à ce propos.

 

Je donne les deux dernières lois de la stupidité :

 

 

  • Les non-stupides sous-estiment les dangers de la stupidité et de s’associer avec.
  • La personne stupide est la personne la plus dangereuse qui existe.

Demandez à Merkel, May, Lagarde, Trump, Attali ce qu’ils en pensent.

 

Sources

Cipolla – Allegro ma non troppo

 

Pétrone et les astrologues en l’an zéro

 

  1. Pétrone et les astrologues

 

 

Pétrone a toujours plu. Il y a ceux que son mauvais goût et sa décadence branchent et amusent (je me souviens de mes copains matheux de thurne à Louis-Le-Grand, devenus tous manitous de la grande mondialisation), et ceux qui pensent qu’il était un grand traditionnel se moquant de son temps dégoûtant.

Et comme on parlait de mauvais goût :

« Il allait en dire davantage, quand Trimalchion fait craquer ses doigts. À ce signal du maître, l’un des eunuques approche, le bassin à la main. Trimalchion soulage sa vessie, fait signe qu’on lui serve de l’eau, en mouille légèrement l’extrémité de ses doigts, et les essuie aux cheveux d’un esclave. »

 

Héguin de Guerle, le traducteur ajoute pour nous éclairer :

 

« C’était encore un raffinement qui annonçait l’opulence et la mollesse chez les anciens, que d’essuyer ses mains aux cheveux d’un de ces esclaves à longue chevelure. »

 

Vive le bon vieux temps et la société traditionnelle (on est quelques années après Virgile). Mais passons. 

A ceux que l’astrologie fatigue ou a toujours fatigués, on se saurait trop recommander ces lignes de Pétrone. Considérée comme une science sacrée par Guénon et toutes les sociétés traditionnelles, l’astrologie fait ici les frais d’une astrologue cuisinier comique. Chaque signe en prend plein l’incinérateur ; fait étonnant je trouve ces critiques très censées par rapport aux signes que je connais, contrairement au bon Héguin de Guerle…

Accrochez-vous, c’est drôle !

 

« …par exemple, je puis, mes chers amis, vous expliquer l’allégorie de ce globe. Le ciel est le séjour de douze divinités dont il prend tour à tour les différentes figures. Tantôt il est sous l’influence du Bélier, et tous ceux qui reçoivent le jour sous cette constellation possèdent de nombreux troupeaux et de la laine en abondance. Ils sont, en outre, entêtés, sans pudeur ; ils aiment à heurter les gens. Ce signe préside à la naissance de la plupart des étudiants et des déclamateurs. — Nous applaudîmes à la fine plaisanterie de notre astrologue ; aussi s’empressa-t-il d’ajouter : — Le Taureau vient ensuite régner sur les cieux : alors naissent les gens hargneux, les bouviers et ceux qui n’ont d’autre occupation que de paître comme des brutes. Ceux qui naissent sous le signe des Gémeaux aiment à s’accoupler comme les deux chevaux d’un char, les deux taureaux d’une charrue et les deux organes de la génération ; ils brûlent également pour les deux sexes. Pour moi, j’ai reçu le jour sous le signe du Cancer ; comme cet animal amphibie, je marche sur plusieurs pieds, et mes possessions s’étendent sur l’un et l’autre élément : aussi, je n’ai placé sur ce signe qu’une couronne, pour ne pas défigurer mon horoscope. Sous le Lion naissent les grands mangeurs et ceux qui aiment à dominer ; sous la Vierge, les hommes efféminés, poltrons et destinés à porter des fers ; sous la Balance, les bouchers, les parfumeurs, et tous ceux qui vendent leurs marchandises au poids ; sous le Scorpion, les empoisonneurs et les meurtriers ; sous le Sagittaire, ces gens à l’œil louche, qui semblent regarder les légumes et décrochent le lard ; sous le Capricorne, les portefaix, dont la peau devient calleuse à force de travail ; sous le Verseau, les cabaretiers et les gens à tête de citrouille ; sous les Poissons enfin, les cuisiniers et les rhéteurs. Ainsi tourne le monde, comme une meule, et ce mouvement de rotation nous apporte toujours quelque malheur, soit qu’il nous fasse naître ou mourir. Quant au gazon que vous voyez au milieu du globe, et au rayon de miel dont il est couvert, ce n’est pas sans raison ; car la terre, notre commune mère, arrondie comme un œuf, occupe le centre de l’univers : et elle renferme dans son sein tous les biens désirables, dont le miel est l’emblème… »

 

Et pour ceux qui ne seraient pas contents du sort réservé à l’astrologie, cette perle :

 

« Qu’est-ce qu’un jour ? s’écria-t-il, un espace insensible : à peine a-t-on le temps de se retourner, que déjà la nuit vient. Ainsi donc rien de plus sage que de passer directement du lit à la table. On n’a pas encore eu le temps de se refroidir, et l’on n’a pas besoin d’un bain pour se réchauffer : toutefois, une boisson chaude est le meilleur des manteaux. J’ai bu comme un Thrace, aussi je ne sais plus ce que je dis, et le vin m’a brouillé la cervelle. »

 

Etre ou ne pas être ? Ne pas être (Schwarzenegger)

Quant à ceux qui trouveraient encore qu’à notre époque (laquelle ?) l’argent domine tout :

 

« Trimalchion possède de si vastes domaines, qu’ils lasseraient les ailes d’un milan. Il entasse les intérêts des intérêts, et l’on voit plus d’argent dans la loge de son portier, que personne de nos jours n’en possède pour tout patrimoine. Quant à ses esclaves, oh ! oh ! par ma foi, je ne crois pas que la dixième partie d’entre eux connaisse son maître. Mais la crainte qu’il leur inspire est telle, qu’avec une simple houssine il les ferait tous entrer dans un trou de souris. »

 

 

Sources

 

Satiricon, XXVIII, XXXVIII-XXXIX

 

Téléchargement réussi ! Vulcanologues de tout poêle et de toute nation alitée, n’oubliez pas de lire et de bouillir avec Nicolas Bonnal !!! Thus spoke Don Nicolas., la stère sans trac, euh…

Exclusif : Harvey Weinstein consolé par des stars à sa sortie de prison ! Il va financer une remake de Prédateur !

Voyez ce que Miles en pense.

http://mileswmathis.com/wein.pdf