La sainte enfance et la vieillesse honorable (par Frithjof Schuon)

La sainte enfance et la vieillesse honorable (par Frithjof Schuon)

 

 

Ce qui importe pour l’homme virtuellement libéré de la chute, c’est de rester dans la sainte enfance. D’une certaine manière, Adam et Ève étaient « enfants » avant la chute et ne sont devenus « adultes » que par elle et après elle ; l’âge adulte reflète en effet le règne de la chute ; la vieillesse, dans laquelle les passions se sont tues, rapproche de nouveau de l’enfance et du Paradis, dans les conditions spirituelles normales tout au moins. Il faut combiner l’innocence et la confiance des tout petits avec le détachement et la résignation des tout vieux ; les deux âges se rencontrent dans la contemplativité, puis dans la proximité de Dieu : l’enfance est « encore » proche de Lui, et la vieillesse l’est « déjà ». L’enfant peut trouver son bonheur dans une fleur, et de même le vieillard ; les extrêmes se touchent, et le cercle spiroïdal se referme dans la Miséricorde.

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Frithjof Schuon : comment la culture humaniste bourgeoise a décapité l’homme occidental

Frithjof Schuon : comment la culture humaniste bourgeoise a décapité l’homme occidental

 

la culture humaniste, en tant qu’elle fait fonction d’idéologie et partant de religion, consiste essentiellement à ignorer trois choses : premièrement, ce qu’est Dieu, car elle ne lui accorde pas la primauté ; deuxièmement, ce qu’est l’homme, car elle le met à la place de Dieu ; troisièmement, ce qu’est le sens de la vie, car cette culture se borne à jouer avec les choses évanescentes et à s’y enfoncer avec une criminelle inconscience. En définitive, il n’y a rien de plus inhumain que l’humanisme du fait qu’il décapite pour ainsi dire l’homme : voulant en faire un animal parfait, il arrive à en faire un parfait animal ; non dans l’immédiat — car il a le mérite fragmentaire d’abolir certains traits de barbarie – mais en fin de compte, puisqu’il aboutit inévitablement à « rebarbariser » la société, tout en la « déshumanisant » ipso facto en profondeur. Mérite fragmentaire, avons-nous dit, car l’adoucissement des mœurs n’est bon qu’à condition de ne pas corrompre l’homme, de ne pas déchaîner la criminalité ni d’ouvrir la porte à toutes les perversions possibles.

Au XIXe siècle on pouvait encore croire à un progrès moral indéfini ; au XXe siècle ce fut le réveil brutal, il fallut se rendre à l’évidence qu’on ne peut améliorer l’homme en se contentant de la surface tout en détruisant les fondements.

 

Frithjof Schuon, Avoir un centre, p.30.

Rappel. Le roman apocalyptique/humoristique/épique du siècle. Présentation des maîtres carrés

Présentation des maîtres carrés

 

Nicolas Bonnal, Tatiana Mandrivnik et Wilfried Rundfunk

Présentent en exclusivité sur le site de la France Courtoise :
Les voyages de Horbiger
ou
Les maîtres carrés (E=m²)

Feuilleton fantastique et burlesque,
Epopée tragique et comique,
mais aussi…
Roman quantitatif de la Fin des Temps

***

Les prix dans l’ancien à Paris ont atteint 7000 euros le mètre carré. (la Presse, le 25 novembre 2010)

La sagesse n’a point trouvé sur la terre de demeure où reposer sa tête ; c’est pourquoi elle fait sa résidence dans le ciel.

Les prix dans l’ancien à Paris ont atteint 7500 euros le mètre carré. (la Presse, le 9 décembre 2010)

Vous avez fait de la maison de mon père une maison de rapport.

Les prix dans l’ancien à Paris ont atteint etc.

Il faut serrer la vis aux Allemands ; bien qu’ils soient forts en sciences, il faut leur serrer la vis.

Omnia praecepi atque animo mecum ante peregi.

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Un ange rebelle descend du ciel pour soulever les terriens de la grande métropole contre la dictature des maîtres carrés et du grand capital imbécile. Il s’entoure de petits Russes blonds, de poètes et de matheux maudits, de moscoutaires audacieux et d’ingénieuses déjantées. Il est dénoncé par le tribunal de l’acquisition. Descendant trois fois au Enfers, il récupère le savant fou Horbiger avec qui il va fonder, sur fond de blagues et de bière, un nouvel embyrrhe pas très cathodique et une nouvelle cité de Dieu plus médiévale.

Epopée tragi-comique et roman-feuilleton du rire, les Maîtres carrés, dignes héritiers de Dr Folamour, du Matin des Magicienset de l’Enéide revue et corrigée, illustrent parfaitement le caractère eschatologique et comique de notre triste époque.

***

I – Premier acte

II – Chapiteau II : les hauts lieux (où souffle l’immobilier)

III – Deuxième acte (L’arche russe)

IV – Nuit d’enfer à Montmartre et ailleurs

V – Chapitre suivant : Aventures dans une boîte de nuit

VI – Autre acte gratuit moscoutaire

VII – Digressions par la grande tente et ailleurs

VIII – La bibliothèque et puis la butte

IX – Suite mais pas Fin

X – Chapitre nouveau : on change d’air (et de monnaie)

XI – Chapitre dix (?) : Brève descente aux affaires

XII – Où l’Enfer continue

XIII – Une descente de bière

XIV – Tartarie et barbarie

XV – Chapitre suivant. On sort du lot…

XVI – Les aristocrates à la lanterne

XVII – Chapitre suivant. Sans chambre en ville

XVIII – L’attente et la nuit transfigurée

XIX – Chapitre à censurer. Lebensraum

XX – Chapitre suivant, sans peur et sans reproche

XXI – Une nuit magnétique (chapitre quoi ?)

XXII -Un petit déjeuner végétaryen

XXIII – Chapitre X : classe Enfers (et pas affaires)

XXIV – Un détour par Babel

XXV – Des lendemains qui chantent mal

XXVI – Chapitre ultérieur et non suivant – Eclaircie

XXVII – Autre chapitre de vaches maigres : Après l’Enfer, la dystopie commence

XXVIII – Chapitre autre : à la recherche de l’espace perdu (une fois…)

XXIX – Chapitre autre (à la recherche du royaume perdu, encore)

XXX – Acte XIII – Old Kabbalah Hostel (où l’on découvre Orden)

XXXI – Autre étrange suite dans les idées : Orden et cimeterres

XXXII – Chapitre suivant : la première guerre géniale (ou grosse guerre) est déclarée

XXXIII – Acte 30 : Le mie prigioni

XXXIV – Chapitre intérimaire

XXXV – Vrai chapitre cette fois : qu’est-ce que l’asinellisme ?

XXXVI – Chapitre politiquement ésotérique, donc incorrect : Les guerres horbigériennes, chapitre un

XXXVII – Actes 72 de la société des galactiques, ou : suite des guerres horbigériennes

XXXVIII – Boom Laden ou la Tour invisible

XXXIX – Richistan, ou le retour de Sibylle

XL – Le Richistan chic, Zarkoz et le grand acquisiteur

XLI – Autre chapitre intérimaire : comment nous avions gagné à notre insu la bataille des mètres carrés sur terre

XLII – Le tribunal de Camembert et le procès de Horbiger

XLIII – La promotion de Horbiger : le Khan ou le grand blond en avant. Ou comment Mein Fou Rire devint Mi To

XLIV – La bataille des champs patagoniques

XLV – Traité de la Libre circulation dans l’espace vital – Chapitre fou (un de plus, au point où nous en somme de ce somme théologique ou bien comique…)

XLVI – La soucoupe violente et les mondes de la droite parallèle – Petit Traité d’épuration éthique ou bien spatiale – Digression arabo-andalouse

XLVII – Le rétablissement de la civilisation médiévale – Restaurator temporis acti, ou la cité des dieux

XLVIII – La chambre au musée, le tableau au musée, les amours… – La trop grande bibliothèque

XLIX – Autre chapitre intérimaire, Tourné aux Enfers, Et filmé par Werner

L – Avant-dernier plaisir : la dernière gorgée de pierre – Ma favela au centre-ville

LI – Bref retour de Gerold au affaires

 

Pourquoi Nicolas Bonnal aime Magnum

Entre la croix de Lorraine, les noms bien français et le retour de Jules Verne, célébrons nos émois des îles ! Saint Thomas tend la main à Nicolas, et Tahiti se berce au songe d’Hawaï ! heureusement que les séries américaines sont là pour vous rappeler d’être français !

Cette série a été créée par un ancien marine, Donald Bellisario. Il en a écrit lui-même les meilleurs épisodes. J’aimais bien Magnum (un peu trop loser parfois), et surtout ses copains, le british arrogant Higgins et le fidèle black en hélico. Hawaï était sur le point de crever comme toute île, mais il restait quelque chose. Très néo-noire d’inspiration, la série rendait hommage aux classiques du cinéma US (qui n’avaient que trente ans d’âge alors), et elle me plaisait pour la relation Orson Welles-Robin Masters et sa voix off. J’ai tout revu, et quelle qualité de dialogues ou de narration…

 

L’épisode avec Sharon Stone : j’en parlai au micro du regretté Gilbert Denoyan sur France-Inter, pour présenter ma damnation des stars (éditions Filipacchi). L’épisode dure une heure trente et il est nommé Echoes of the minds. La jeune actrice et belle, fascinante. Le personnage fait croire qu’il a une sœur qui la menace avant de se tuer sous les yeux de Thomas. Le thème du sosie, du double, (William Wilson de Poe, mais aussi la reine Guenièvre et le meilleur Hitchcock Vertigo) m’a toujours fasciné.

Le 4 juillet (Home from the sea) : magnifique épisode de survie. Thomas est renversé de son kayak en pleine mer et il survit vingt-quatre heures avant qu’on ne le récupère.  Il repense aux épreuves que lui infligeait son père militaire enfant. Cela lui maintient le moral et Higgins vient le sauver à temps.

Kapu : petite ile préservée ou vivent les indigènes. Mais une jeune hawaïenne s’éprend bien sûr du beau Thomas réfugié (!)  et blessé, et cela sème la zizanie au village. Ah, si on pouvait vivre vraiment en marge. Mais toujours un élément perturbateur, comme on dit à l’école, vient troubler notre situation pacifique (sic) initiale.

Paper war_ L’ascenseur : Thomas est coincé dans l’ascenseur avec Higgins qu’il accuse d’être Robin Masters. Il le prouve aussi. Robin est un dieu gnostique caché, celui auquel croit le grec quand saint Paul arrive à Athènes. Le non-personnage est fabuleux. Voix off d’Orson Welles dans les premiers épisodes. Et comme je parle de religion, je me demande si notre Higgins à tête de clergyman maniaque et tortionnaire n’a pas inventé Robin Masters, comme ces clergés qui inventent leurs dieux pour nous fouetter et pour nous soutirer…

Mad Buck Gibson : un écrivain vieux et toqué ne cesse de se casser le cou. Nihilisme et sport de l’extrême. Son ex-femme est jouée par Vera Miles, une actrice de John Ford, qui n’a pas la patience des anciennes femmes (je pense à son personnage dans la prisonnière du désert, et qui attend pendant cinq ans un rigolo qui ne revient pas, et ne lui écrit pas, ah les hommes ! Monde moderne… En attendant, en quelques secondes Vera Miles crève l’écran. Plusieurs stars antiques viennent renforcer l’atmosphère magique de la série, comme s’il s’agissait de dieux descendus de l’Olympe, en qui on ne croit plus, mais qui restent des dieux quand même. Hölderlin écrivait que les dieux existent peut-être, mais dans un autre monde, au-dessus de nos têtes…

Texas Ligthning : une hilarante aventurière, espionne soviétique, plus américaine que nature, tente de survivre, avec Thomas, à un milliardaire fou puis à la vie sauvage. Cette chevalière d’industrie-Potemkine est explosive. Quel dommage que Thomas ne l’épouse pas… Les personnages féminins sont souvent remarquables (Digger Doyle), et les amours ne durent pas.

J’ai vécu à Tahiti et j’ai retrouvé dans Magnum cette notion de solitude insulaire, tropicale, qu’on a dans les romans des plus grands – ceux du Joseph Conrad.

 

Magnum c’était aussi une manière élégante et discrète de dire adieu à la tradition cinématographique américaine (il y a même Sinatra dans un des épisodes). Depuis on patauge où l’on sait. Mais qui le sait ?

Nous acceptons la réalité parce que nous n’y croyons pas, dit Borges dans l’immortel. C’est le sujet des meilleurs Magnum.

J’espère vous avoir donné envie de reprendre ces drôles de recherches…

Le très réactionnaire métropolite Hilarion Alfeyev nous met en garde contre le remplacement et le déracinement…

Participant à une conférence londonienne sur le thème « L’avenir chrétien de l’Europe », le 22 octobre, le métropolite Hilarion Alfeyev, chef des services des relations extérieures de l’Eglise orthodoxe russe du Patriarcat de Moscou, a pris la parole devant l’ambassade de Russie en Grande-Bretagne. parler était quelque chose d’un avertissement aux Églises de l’Ouest.

En ouvrant son discours  avec une reconnaissance de la persécution chrétienne à travers le monde, et armé de chercheurs issus de récents sondages PEW et d’autres études, Hilarion a brossé un tableau sinistre mais à jour de ce à quoi le christianisme est actuellement confronté La sécularisation occidentale, et aussi à quoi ressemblera l’avenir du christianisme sans un effort profond et intense d’évangélisation.

L’archevêque a présenté un regard qui donne à réfléchir sur l’impact de la migration sur l’Europe:

« Selon les chiffres de l’agence européenne Frontex, plus de 1,8 million de migrants sont entrés dans l’UE en 2015 seulement … le nombre de migrants en Europe est passé de 49,3 millions en 2000 à 76,1 millions en 2015. »

« L’autre raison de la transformation de la carte religieuse de l’Europe », a déclaré Hilarion, « est la laïcisation de la société européenne. Les chiffres d’un sondage britannique indiquent que plus de la moitié des habitants du pays – pour la première fois dans l’histoire – ne s’affilient à aucune religion particulière. « 

Cette tendance ne se vérifie pas en Russie, où l’identification à la foi est en plein essor, bien que «beaucoup se définissent comme« religieux dans une certaine mesure »ou« pas trop religieux »… Cependant, le nombre de personnes qui se définissent comme étant très religieux « grandit régulièrement. »

Cette bonne nouvelle doit être équilibrée par une compréhension du déclin rapide de la pratique religieuse en Europe et en Amérique du Nord, et Hilarion a suggéré que l’histoire soit étudiée comme il se doit:

« Je voudrais vous rappeler à tous qu’en Russie avant 1917, personne n’a jamais proposé que l’effondrement d’un empire chrétien vieux de plusieurs siècles se produise et qu’il soit remplacé par un régime totalitaire athée. c’était sérieux et pour longtemps.  »

« Le déclin moderne du christianisme dans le monde occidental peut être comparé à la situation dans l’Empire russe avant 1917 ».

« La révolution et les événements dramatiques qui l’ont suivie ont de profondes raisons spirituelles, aussi bien que sociales et politiques: l’aristocratie et l’intelligentsia ont abandonné la foi pendant de nombreuses années et ont ensuite été suivies par des gens ordinaires. »

« Sa Sainteté le Patriarche Kirill de Moscou et de toute la Russie en a parlé en janvier 2017:

« La rupture fondamentale du mode de vie traditionnel – et je parle maintenant … de la conscience de soi spirituelle et culturelle du peuple – n’a été possible que parce que quelque chose de très important avait disparu de la vie des gens, en premier lieu ces gens qui appartenaient à l’élite.

En dépit d’une prospérité extérieure et de l’apparence, les réalisations scientifiques et culturelles, de moins en moins de place dans la vie des gens pour une croyance vivante et sincère en Dieu, une compréhension de l’importance exceptionnelle des valeurs appartenant à une tradition spirituelle et morale. « 

Hilarion semblait réserver une condamnation spéciale de la résistance à la religion démontrée par l’Union européenne:

Et quand un demi-siècle après la création de l’Union européenne sa constitution a été écrite, il aurait été naturel pour les Églises chrétiennes de s’attendre à ce que le rôle du christianisme comme l’une des valeurs européennes soit inclus dans ce document, sans empiéter sur la nature laïque des autorités dans une Europe unifiée.

Mais, comme nous le savons, cela ne s’est pas produit.

L’Union européenne, en écrivant sa constitution, a refusé de mentionner son héritage chrétien même dans le préambule du document.

Je crois fermement qu’une Europe qui a renoncé au Christ ne pourra pas conserver son identité culturelle et spirituelle.

Ne sis miser ante tempus : arrêter de voir la fin du monde à chague carrefour (par Sénèque)…

Je pense à toutes les paniques que nous instillent les médias-catastrophes pour nous conditionner et nous manipuler – pour vendre aussi (indices d’écoute et pubs) ! Attentats, crise, chômage, islamisme, fascisme, intolérance…

Ce n’est pas tout :

Réchauffement climatique, cyclones, invasions-migrations, guerre contre la Russie, troisième guerre mondiale, achat d’or, tout est pire chez les antisystèmes qui sont souvent plus trouillards. Et que tout va s’écrouler, et que j’ai acheté de l’or, et que j’ai creusé un trou sous la terre pour me cacher en cas d’occupation par les Alien ! La vérité, comme dit mon vieil ami Vittorio, c’est qu’il faut réagir quand on a mal, pas quand on a peur !

Sénèque donc :

animus sibi falsas imagines fingit

Oui, l’âme imagine trop de choses fausses, on est bien d’accord, ô sage de Cordoue !

« Il y a, ô Lucilius, plus de choses qui font peur qu’il n’y en a qui font mal, et nos peines sont plus souvent d’opinion que de réalité. »

C’est trop beau, alors on cite en latin :

Plura sunt, Lucili, quae nos terrent quam quae premunt, et saepius opinione quam re laboramus.

« Je te parle ici le langage non des stoïciens, mais de l’autre école, moins hardie. Car nous disons, nous, que tout ce qui arrache à l’homme la plainte ou le cri des douleurs, tout cela est futile et à dédaigner. Oublions ces doctrines si hautes et néanmoins si vraies : ce que je te recommande, c’est de ne pas te faire malheureux avant le temps (ne sis miser ante tempus) ; car ces maux, dont l’imminence apparente te fait pâlir, peut-être ne seront jamais, à coup sûr ne sont point encore. Nos angoisses parfois vont plus loin, parfois viennent plus tôt qu’elles ne doivent ; souvent elles naissent d’où elles  ne devraient jamais naître. Elles sont ou excessives, ou chimériques, ou prématurées. »

Du latin encore :

aut augemus dolorem aut praecipimus aut fingimus.

« Examine d’abord si des signes certains présagent la venue du mal, car presque toujours de simples soupçons nous abattent, dupes que nous sommes de cette renommée qui souvent défait des armées entières, à plus forte raison des combattants isolés. Oui, cher Lucilius, on capitule trop vite devant l’opinion… »

Ita est, mi Lucili: cito accedimus opinioni

Sénèque parle étonnamment de l’opinion, comme on parle aujourd’hui de l’opinion publique fabriquée de A à Z. Mais si elle n’était pas fabriquée par le neuro-piratage de nos prétentieux, si elle était naturelle cette opinion ?

Sénèque encore :

« On ne va point reconnaître l’épouvantail, on n’explore rien, on ne sait que trembler et tourner le dos comme les soldats que la poussière soulevée par des troupeaux en fuite a chassés de leur camp, ou qu’un faux bruit semé sans garant frappe d’un commun effroi. »

Un peu de latin encore, cette langue qui nous faisait peur au lieu de nous instruire :

« et sic vertimus terga quemadmodum illi quos pulvis motus fuga pecorum exuit castris aut quos aliqua fabula sine auctore sparsa conterruit. » 

Et il ajoute, le précepteur suprême :

« Je ne sais comment le chimérique alarme toujours davantage : c’est que le vrai à sa mesure, et que l’incertain avenir reste livré aux conjectures et aux hyperboles de la peur. »

Plus grave :

« Aussi n’est-il rien de si désastreux, de si irrémédiable que les terreurs paniques : les autres ôtent la réflexion, celles-ci, jusqu’à la pensée. Appliquons donc ici toutes les forces de notre attention. Il est vraisemblable que tel mal arrivera, mais est-ce là une certitude ? Que de choses surviennent sans être attendues, que de choses attendues ne se produisent jamais ! Dût-il même arriver, à quoi bon courir au-devant du chagrin ? il se fera sentir assez tôt quand il sera venu : d’ici là promets-toi meilleure chance. »

Sénèque regrette que l’on se rende la vie impossible avec toutes ces histoires de catastrophes :

« Or la vie n’est plus d’aucun prix, nos misères n’ont plus de terme, si l’on craint tout ce qui en fait de maux est possible. Que ta prudence te vienne en aide, emploie ta force d’âme à repousser la peur du mal même le plus évident ; sinon, combats une faiblesse par une autre, balance la crainte par l’espoir. »

Il est vrai que la peur affole et crée du flux ! Sénèque, envoyant le troupeau s’agiter :

« Représente-toi souvent combien la majeure partie des hommes, alors qu’ils n’éprouvent aucun mal, qu’il n’est pas même sûr s’ils en éprouveront, s’agitent et courent par tous chemins. C’est que nul ne sait se résister, une fois l’impulsion donnée, et ne réduit ses craintes à leur vraie valeur. »

On me parla à l’école de ce sage de la Grèce antique qui sortit de sa ville les mains vides. Et quand on le questionna sur ses biens : « je les ai tous avec moi ».

Sénèque, Lettres à Lucilius, livre I, lettre XIII

Nicolas Bonnal
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