Parfois en effet on rêve d’une fin tranquille, d’une évasion vraie (et non pas d’une grande invasion), comme à la fin du Truman show. Son petit voilier s’appelle la Santa Maria, comme le Christophe Colomb. Redécouvrez ce film magnifique de Peter Weir, écrit par Andrew Niccol (1999)

https://en.wikipedia.org/wiki/The_Truman_Show#Themes

Lisez Nicolas Bonnal, lisez Rimbaud, voyez Rambo

Rimbaud, Illuminations :
J’ai embrassé l’aube d’été.
Rien ne bougeait encore au front des palais. L’eau était morte. Les camps d’ombre ne
quittaient pas la route du bois. J’ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries
se regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.
La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur
qui me dit son nom.
Je ris au wasserfall qui s’échevela à travers les sapins: à la cime argentée je reconnus la
déesse.
Alors je levai un à un les voiles. Dans l’allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l’ai
dénoncée au coq. A la grand’ville, elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et, courant comme
un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.
18
En haut de la route, près d’un bois de lauriers, je l’ai entourée avec ses voiles amassés, et
j’ai senti un peu son immense corps. L’aube et l’enfant tombèrent au bas du bois.
Au réveil, il était midi.

Fin de la canicule (22 août) : la dépression dans la littérature arthurienne

La dépression dans la littérature chevaleresque

 

Le monde moderne et postmoderne se veut dépressif.

Voyons le passé.

Ceci est un extrait de notre livre Perceval et la reine.

 

Citons Cassien, bienheureux observateur et étudiant de l’acédie :

 

« Notre sixième combat est contre la paresse, qui est un ennui, un engourdissement du cœur ; elle a par conséquent beaucoup de rapport avec la tristesse, et elle attaque surtout les religieux qui vivent dans l’inconstance et l’isolement. C’est l’ennemi le plus dangereux et le plus acharné des solitaires ; il les tourmente principalement vers l’heure de sexte, et leur donne alors comme une sorte de fièvre réglée qui allume, dans leur âme malade, les plus violentes ardeurs. Aussi quelques Pères l’ont-ils appelée le démon de midi, dont il est parlé au psaume».

 

Ainsi, Lancelot, en voyant le roi Arthur assiéger son château, « fut affligé au point de ne savoir que faire, non qu’il éprouvât de la peur pour lui-même, mais parce qu’il chérissait le roi ». Alexis de Tocqueville, qui souligne dans De la démocratie en Amérique, combien la fatalité nous emporte aux siècles démocratiques, verrait là une explication de l’importance pour notre époque du mythe du Graal : la destruction de la classe aristocratique, qui défendait la haute culture et empêchait jusqu’alors l’écrasement de tous sous un pouvoir à la fois despotique et doux. La reine quant à elle « se désole lamentablement tout en se blâmant et en maudissant sa conduite, du fait qu’elle aurait dû aimer et chérir entre tous celui qu’elle avait repoussé et éloigné d’elle ». Tous conscients d’avoir manqué à leur devoir, au « dharma » de la tradition aryenne de l’Inde, les coupables se nourrissent continuellement et tristement de remords.

À la cour du roi Arthur, le spectacle est pire encore : « Le roi est abattu et refuse de parler », lorsqu’il apprend la trahison de la reine. À la nouvelle de la mort de son neveu, tué par Lancelot et les siens, « il manifestait une douleur sans bornes, et, tout en pleurant, parcourait le lieu de la bataille ». Quant aux barons, « ils étaient si tristes et affligés qu’ils pensaient en être à jamais privés de joie ». Victime d’une dépression universelle, la cour arthurienne pleure son malheur en même temps qu’elle le suscite et l’entretient : « Le deuil fut tel dans la cité de Camelot qu’il n’y eut personne qui ne fût en pleurs ». Le drame est total, et ce d’autant qu’il est apparu à tous les protagonistes comme inévitable : on pense là encore à l’Inde aryenne et aux combats fratricides du Mahabharata. Conscients de leurs fautes, les chevaliers ne parviennent pas à les éviter.

Cette attitude les rapproche encore des personnages de la tragédie grecque, de l’Œdipe de Sophocle par exemple, qui redoute la terrible vérité sur son passé au fur et à mesure qu’il s’en rapproche inévitablement ; mais qui ne peut rien faire pour interrompre son enquête. Lancelot aussi porte ombrage et malchance au pauvre Galehot qui rivalisait avec Arthur.

Car Galehot aime Lancelot d’un amour total, aussi fort que celui que l’on peut éprouver pour une femme : « Il court le prendre entre ses bras, il lui baise la bouche et les yeux, le réconforte avec douceur… » (Lancelot en prose).

Jean Frappier étudia bien ce beau personnage :

 

« La Mort Galehaut est le châtiment, l’expiation d’un “outrage”, son amitié hypertrophiée pour Lancelot bien plus que son orgueil de conquérant. L’objet de sa passion deviendra l’instrument de la vengeance divine et de sa mort (26)».

 

Nous sommes une fois encore plus proches d’Homère, d’Achille et de Patrocle, que de l’univers chrétien. Car Galehot est habité par de mauvaises prémonitions, expliquées par des clercs savants dont Hélie (le soleil ?) : pour Jean Frappier, « il a pleinement conscience du fait que sa passion, ressentie d’abord comme une source de joie, puis comme une source de mort, est une forme de la fatalité ». Mais hélas, « ce qui a été prédit par un personnage expert en prophétie ou doué d’une grâce éminente en cet art ne peut pas ne pas se réaliser ». Galehot donne l’impression d’un amoureux maudit, comme Tristan ; dès le commencement de sa passion, il accepte la défaite, invite Lancelot sous sa tente, l’aide à conquérir la reine Guenièvre. Il se compromet aux yeux du monde et aussi du destin, du Fatum pour satisfaire l’objet trop humain de sa Quête, dont il ne retirera que souffrance et dégoût de vivre. Il est même possible de penser que Lancelot a en quelque sorte été le déclencheur d’une crise grave qui menaçait le fils de la géante (allusion à sa force et à sa nature formidables et guerrières) ; pour autant que l’on comprenne enfin que l’Amour passionné est une voie de l’autodestruction occasionnée, facilitée par un Autre prétexte d’un suicide moral et intellectuel plutôt qu’objet de la Passion sans limites, sans débouché possible de bonheur.

À la fin de sa vie, après avoir assisté à l’écroulement de son château « l’Orgueilleuse Emprise», Galehot confie à son ami dans le même texte :

 

« Je suis le chevalier qui a eu le plus de chance au monde, il est normal que désormais la chance m’abandonne… »

 

L’émotivité de Galehot, marque du guerrier arthurien, est remarquable ; le grand seigneur est soumis à un caractère cyclothymique très marqué par la dépression. Galehot se laisse alors mourir de désespoir, et il est frappé d’une faiblesse cardiaque comme Ban, le père de Lancelot: « le cœur s’est crevé dans sa poitrine et il reste mort, à terre, les mains étendues, le visage tourné vers le ciel et la tête vers l’orient », source de l’origine. Il meurt en croyant comme Tristan que l’être cher est mort. Jean Frappier explique très bien ce comportement sinistre et assez commun au Moyen Age :

 

« L’âme enténébrée, le seigneur des Lointaines Îles… cède alors à un désenchantement hautain, à un spleen généreux – variété de cette acédia, ce dégoût de vivre, que le Moyen Âge considérait comme un péché majeur».

 

Galehot a été victime de prophéties (d’un certain Hélie…). Ce n’est pas un hasard si ce sont les derniers aristocrates de la littérature, le René de Chateaubriand, l’Oberman de Senancour qui feront revivre à quelques siècles de là, lors de la Révolution qui allait consacrer l’écroulement de l’édifice millénaire de l’aristocratie. À Galehot allait succéder l’increvable « dernier homme » défini par Nietzsche, l’homme moderne. Lui a la santé et les antidépresseurs. Il cligne de l’œil, il est content…

 

 

Gros morceau : Maurice Joly et le naissance du système – sous le second empire…

Maurice Joly et la naissance du « système » (1864)

 

 

Certains croient dénoncer un système tout nouveau. Mais le système est ancien, il a la vie dure. Ce qui ne le tue pas le rend plus fort, on l’a vu cette année.

Voyons un maître. Il a inspiré les protocoles, mais il a surtout tout dit, Maurice Joly, à partir de ses références à la Grèce antique et au second empire bonapartiste, qui fascina Karl Marx. Découvrez-le sur wikisource et faites un don à Wikipédia, qui le mérite bien.

 

Bilan des révolutions de 1848 :

 

« Attendez : Dans vos calculs, vous n’avez compté qu’avec des minorités sociales. Il y a des populations gigantesques rivées au travail par la pauvreté, comme elles l’étaient autrefois par l’esclavage. Qu’importent, je vous le demande, à leur bonheur toutes vos fictions parlementaires ? Votre grand mouvement politique n’a abouti, en définitive, qu’au triomphe d’une minorité privilégiée par le hasard comme l’ancienne noblesse l’était par la naissance. Qu’importe au prolétaire courbé sur son labeur, accablé sous le poids de sa destinée, que quelques orateurs aient le droit de parler, que quelques journalistes aient le droit d’écrire ? »

 

Populisme et despotisme ?

 

« Je vous réponds qu’un jour il les prendra en haine, et qu’il les détruira de sa main pour se confier au despotisme. »

 

Machiavel dresse le bilan des sociétés lugubres (avec cette seule référence au judaïsme, d’ailleurs pas hostile) :

 

« De la lassitude des idées et du choc des révolutions sont sorties des sociétés froides et désabusées qui sont arrivées à l’indifférence en politique comme en religion, qui n’ont plus d’autre stimulant que les jouissances matérielles, qui ne vivent plus que par l’intérêt, qui n’ont d’autre culte que l’or, dont les mœurs mercantiles le disputent à celles des juifs qu’ils ont pris pour modèles. Croyez-vous que ce soit par amour de la liberté en elle-même que les classes inférieures essayent de monter à l’assaut du pouvoir ? C’est par haine de ceux qui possèdent ; au fond, c’est pour leur arracher leurs richesses, instrument des jouissances qu’ils envient. »

 

Pessimisme politique :

 

« Quelles formes de gouvernement voulez-vous appliquer à des sociétés où la corruption s’est glissée partout, où la fortune ne s’acquiert que par les surprises de la fraude, où la morale n’a plus de garantie que dans les lois répressives, où le sentiment de la patrie lui-même s’est éteint dans je ne sais quel cosmopolitisme universel ? »

 

Nécessité (Marx voit la même chose dans le 18 Brumaire) du super-Etat tentaculaire, césarien ou bonapartiste, en tout cas bien socialiste, qui gère et contrôle nos moindres gestes :

 

« Je ne vois de salut pour ces sociétés, véritables colosses aux pieds d’argile, que dans l’institution d’une centralisation à outrance, qui mette toute la force publique à la disposition de ceux qui gouvernent ; dans une administration hiérarchique semblable à celle de l’empire romain, qui règle mécaniquement tous les mouvements des individus ; dans un vaste système de législation qui reprenne en détail toutes les libertés qui ont été imprudemment données ; dans un despotisme gigantesque, enfin, qui puisse frapper immédiatement et à toute heure, tout ce qui résiste, tout ce qui se plaint. Le Césarisme du Bas-Empire me paraît réaliser assez bien ce que je souhaite pour le bien-être des sociétés modernes. »

 

On précise comme Tocqueville que l’on n’a plus besoin de violence pour contrôler les hommes (puisqu’il suffit de les abrutir) :

 

« Il ne s’agit pas aujourd’hui, pour gouverner, de commettre des iniquités violentes, de décapiter ses ennemis, de dépouiller ses sujets de leurs biens, de prodiguer les supplices ; non, la mort, la spoliation et les tourments physiques ne peuvent jouer qu’un rôle assez secondaire dans la politique intérieure des États modernes. »

 

Contrôler la bêtise humaine est aisé (je rappelle qu’on est dans les années 1860) :

 

« Dans tous les temps, les peuples comme les hommes se sont payés de mots. Les apparences leur suffisent presque toujours ; ils n’en demandent pas plus. On peut donc établir des institutions factices qui répondent à un langage et à des idées également factices ; il faut avoir le talent de ravir aux partis cette phraséologie libérale, dont ils s’arment contre le gouvernement. Il faut en saturer les peuples jusqu’à la lassitude, jusqu’au dégoût. On parle souvent aujourd’hui de la puissance de l’opinion, je vous montrerai qu’on lui fait exprimer ce qu’on veut quand on connaît bien les ressorts cachés du pouvoir. »

 

Machiavel conseille un peu de chaos, un peu de dissonance et d’incohérences pour contrôler la masse :

 

« Mais avant de songer à la diriger, il faut l’étourdir, la frapper d’incertitude par d’étonnantes contradictions, opérer sur elle d’incessantes diversions, l’éblouir par toutes sortes de mouvements divers, l’égarer insensiblement dans ses voies. Un des grands secrets du jour est de savoir s’emparer des préjugés et des passions populaires, de manière à introduire une confusion de principes qui rend toute entente impossible entre ceux qui parlent la même langue et ont les mêmes intérêts. »

 

Le despotisme de Tocqueville (Etat tutélaire et doux, etc.)  est ici repris, sous une forme impériale ou démocratique :

 

« Dans vos sociétés si belles, si bien ordonnées, à la place des monarques absolus, vous avez mis un monstre qui s’appelle l’État, nouveau Briarée dont les bras s’étendent partout, organisme colossal de tyrannie à l’ombre duquel le despotisme renaîtra toujours. Eh bien, sous l’invocation de l’État, rien ne sera plus facile que de consommer l’œuvre occulte dont je vous parlais tout à l’heure, et les moyens d’action les plus puissants peut-être seront précisément ceux que l’on aura le talent d’emprunter à ce même régime industriel qui fait votre admiration. »

 

L’Etat profond, comme l’Etat socialiste en France ou ploutocrate en Amérique, a besoin de guéguerres :

 

« À toute agitation intérieure, il doit pouvoir répondre par une guerre extérieure ; à toute révolution imminente, par une guerre générale ; mais comme, en politique, les paroles ne doivent jamais être d’accord avec les actes, il faut que, dans ces diverses conjonctures, le prince soit assez habile pour déguiser ses véritables desseins sous des desseins contraires ; il doit toujours avoir l’air de céder à la pression de l’opinion quand il exécute ce que sa main a secrètement préparé. »

 

Gouverner par le chaos ? Mais on y est déjà :

 

« Pour résumer d’un mot tout le système, la révolution se trouve contenue dans l’État, d’un côté, par la terreur de l’anarchie, de l’autre, par la banqueroute, et, à tout prendre, par la guerre générale. »

 

Avec patience et vaseline, écrit Céline, éléphant encugule fourmi. Donc recruter des avocats, des publicistes et des bureaucrates :

 

« Le pouvoir que je rêve, bien loin, comme vous le voyez, d’avoir des mœurs barbares, doit attirer à lui toutes les forces et tous les talents de la civilisation au sein de laquelle il

vit. Il devra s’entourer de publicistes, d’avocats, de jurisconsultes, d’hommes de pratique et d’administration, de gens qui connaissent à fond tous les secrets, tous les ressorts de la vie sociale, qui parlent tous les langages, qui aient étudié l’homme dans tous les milieux. Il faut les prendre partout, n’importe où, car ces gens-là rendent des services étonnants… »

 

Les réformes ? Mais l’Etat adore réformer la France, l’Europe, le monde :

 

« L’usurpateur d’un État est dans une situation analogue à celle d’un conquérant. Il est condamné à tout renouveler, à dissoudre l’État, à détruire la cité, à changer la face des mœurs. Ainsi je toucherai tour à tour à l’organisation judiciaire, au suffrage, à la presse, à la liberté individuelle, à l’enseignement. »

 

Pensée unique ? Elle y est déjà, la pensée unique. Mais lisez donc :

 

« Comment voulez-vous que la grande masse d’une nation puisse juger si c’est la logique qui mène son gouvernement ? Il suffit de le lui dire. Je veux donc que les diverses phases de ma politique soient présentées comme le développement d’une pensée unique se rattachant à un but immuable… »

 

Un peu de Décodex, mais pas trop. Il faut laisser les antisystèmes s’exprimer (ouf), recommande notre Machiavel :

 

« Dans les pays les plus avancés de l’Europe en civilisation, l’invention de l’imprimerie a fini par donner naissance à une littérature folle, furieuse, effrénée, presque immonde, c’est un grand mal. Eh bien, cela est triste à dire, mais il suffira presque de ne pas la gêner, pour que cette rage d’écrire, qui possède vos pays parlementaires, soit à peu près satisfaite. »

 

Attentat False Flag ou fausse bannière ? On y est déjà, les enfants ! Car ça vous fait remonter dans les sondages (on dit alors l’opinion) :

 

« Il y aura peut-être des complots vrais, je n’en réponds pas ; mais à coup sûr il y aura des complots simulés. À de certains moments, ce peut être un excellent moyen pour exciter la sympathie du peuple en faveur du prince, lorsque sa popularité décroît. »

 

L’attentat permet de renforcer les contrôles, pardon, la sécurité !

 

« En intimidant l’esprit public on obtient, au besoin, par-là, les mesures de rigueur que l’on veut, ou l’on maintient celles qui existent. Les fausses conspirations, dont, bien entendu il ne faut user qu’avec la plus grande mesure, ont encore un autre avantage : c’est qu’elles permettent de découvrir les complots réels, en donnant lieu à des perquisitions qui conduisent à rechercher partout la trace de ce qu’on soupçonne. »

 

Construire des HLM, des banlieues et des villes nouvelles pour éloigner les pauvres :

 

« Mais vous comprenez bien que je n’entends pas rendre la vie matérielle difficile à la population ouvrière de la capitale, et je rencontre là un écueil, c’est incontestable ; mais la fécondité de ressources que doit avoir mon gouvernement me suggérerait une idée ; ce serait de bâtir pour les gens du peuple de vastes cités où les logements seraient à bas prix, et où leurs masses se trouveraient réunies par cohortes comme dans de vastes familles. »

MONTESQUIEU.

Des souricières ! »

 

Pour une fois, notre naïf ilote de service comprend le truc !

Enfin le peuple aime et comprend les coups et le 11 septembre, et tous les Bataclan :

 

« Ne craignez pas que le peuple s’émeuve jamais des coups que je porterai. D’abord, il aime à sentir la vigueur du bras qui commande, et puis il hait naturellement ce qui s’élève, il se réjouit instinctivement quand on frappe au-dessus de lui. Peut-être ne savez-vous pas bien d’ailleurs avec quelle facilité on oublie. Quand le moment des rigueurs est passé, c’est à peine si ceux-là mêmes que l’on a frappés se souviennent. »

 

Petit hommage à l’Europe et à ses libertés compressées :

 

« Ne craignez rien, je suis des vôtres, je porte comme vous une couronne et je tiens à la conserver : j’embrasse la liberté européenne, mais c’est pour l’étouffer. »

 

Le pouvoir subventionne la presse et devient journaliste :

 

« Dans les pays parlementaires, c’est presque toujours par la presse que périssent les gouvernements, eh bien, j’entrevois la possibilité de neutraliser la presse par la presse elle-même. Puisque c’est une si grande force que le journalisme, savez-vous ce que ferait mon gouvernement ? Il se ferait journaliste, ce serait le journalisme incarné. »

 

Le pouvoir contrôle et soudoie tout, opposition bayroutiste compris :

 

« Comme le dieu Vishnou, ma presse aura cent bras, et ces bras donneront la main à toutes les nuances d’opinion quelconque sur la surface entière du pays. On sera de mon parti sans le savoir. Ceux qui croiront parler leur langue parleront la mienne, ceux qui croiront agiter leur parti agiteront le mien, ceux qui croiront marcher sous leur drapeau marcheront sous le mien. »

 

Et dire qu’on nous parle de 1984 ! C’est en 1864 qu’est née cette société et les authentiques résistants doivent cesser de la sous-estimer.

 

Sources

 

Maurice Joly – Dialogues aux enfers (Wikisource)

Etienne de La Boétie – Discours de la servitude volontaire (Wikisource)

Alexis de Tocqueville – De la démocratie, II, 4ème partie, chapitre six

Nicolas Bonnal – Le déclin de la France postmoderne ; Céline (Kindle)

 

La maison de nos rêves, contemporaine et anti-moderne du génie initiatique et architectonique américain Franck Lloyd Wright.

La maison la plus célèbre du monde est perdue dans une forêt dense, à une heure de Pittsburg, en Pennsylvanie. On a beau l’avoir vue en image et s’attendre à la voir surgir à mesure que le vacarme du torrent se rapproche, son apparition au détour d’un chemin en lacets tient à la fois du miracle et du mystère. Les terrasses massives semblent posées en équilibre sur un rocher d’où jaillit une cascade. La présence d’une construction aussi démesurée dans une nature aussi foisonnante crée un choc. Les volumes épurés, la disposition asymétrique murement réfléchie, la palette limitée de couleurs –ocre pour le béton, rouge pour l’acier–, les parements en pierres irrégulières… tous ces éléments concourent à une intégration hors du commun dans un site exceptionnel.

Mais si Fallingwater (ou «Maison sur la cascade») constitue un événement majeur dans l’histoire de l’architecture –sa construction date de 1937–, ce n’est pas seulement parce qu’elle constitue une magnifique déclaration d’amour de l’homme à la nature, ni même parce qu’elle s’avère être «la plus belle œuvre» de Frank Lloyd Wright, comme le proclame le Time magazine peu après son achèvement. Si House and Home en fait la maison la plus célèbre du monde en 1958 et si elle s’impose aujourd’hui comme une étape majeure de l’histoire de l’art, c’est aussi parce que Fallingwater a tout du manifeste architectural. Face au Bahaus et à Le Corbusier, la maison de Wright défend une conception spécifiquement américaine de la modernité…

C’est avec cette Maison sur la cascade, ses balcons et ses terrasses suspendus au dessus de la rivière, que le porte à faux révèle son extraordinaire potentiel esthétique. Initialement, le client, Edgar Kaufman, un homme d’affaires de Pittsburgh, imagine sa nouvelle maison face à la cascade. Faute d’une surface suffisante au sol, Wright a une idée géniale: il décide de poser la maison sur la cascade. Contraint par un socle rocheux étroit, Wright adopte le porte à faux pour pour gagner de la surface habitable et protéger une partie de la façade des intempéries. Le client est d’abord furieux. Lui qui rêvait de profiter du spectacle de la chute d’eau devrait résoudre à n’en subir que le bruit? Absurde! Avant de se rendre à l’évidence: le vrai point de vue unique et incroyable n’est pas la cascade, c’est la maison sur la cascade, le tout inséré dans la nature. Le résultat va bien au-delà d’une simple réponse ingénieuse aux contraintes liées à un environnement spécifique. C’est un geste créatif superposant «des dalles étanches de presque n’importe quelle taille (…) portées d’en dessous comme on tient un plateau sur les doigts, le bras tendu»

Grâce au béton armé, le porte à faux défie les lois de la gravité qui voudraient que toute avancée dans le vide, a fortiori massive, se brise sous l’effet de son propre poids. Aux antipodes de la stabilité et du sentiment de sécurité associés aux constructions en degré et en escalier, les éléments verticaux de la façade semblent être en lévitation. Las. Wright est comme la plupart des architectes: il n’aime pas s’attarder sur les questions techniques. Le propos a quelque chose de vulgaire. La technique n’est que de l’intendance. La prise en compte et le dépassement des contraintes semblent réduire l’architecte à un ingénieur quand l’architecte, lui, se vit avant tout comme un créateur, affranchi des contingences et des pesanteurs matérielles, tout entier concentré sur la puissance et l’originalité de son trait. Méfiant, Edgar Kaufman demande à des ingénieurs de s’assurer de la résistance de l’édifice. Il semble que ceux-ci aient décidé de renforcer la structure d’acier en accord avec le client et contre l’avis de Wright qui redoutait que cela n’augmente le poids total. Il n’est pas entendu et heureusement! Sans quoi tout se serait écroulé depuis longtemps.

http://www.slate.fr/story/146838/histoire-maison-celebre-monde-wright

par Franck Gintrand

Découvrez Chrétien de Troyes avec Nicolas Bonnal. Trente ans d’études condensées en un volume préfacé par Nicolas Richer, professeur à la Sorbonne.

La bataille (reprise)

Nous avons eu le dernier vol : après, il était trop tard. La situation internationale ne permettait plus notre lointaine escapade. La Russie allait une nouvelle fois se prendre une charge occidentale, mais qu’y pouvions-nous ?

Nous avons eu peur de partir en pleine incertitude, par peur inavouée de ne pouvoir revenir, mais en même temps nous étions bien contents de quitter l’Europe impuissante, vile et condamnée : nous nous étions promis de partir pour trois mois, et c’était bien le moins, eu égard à la situation sociale, écologique et géopolitique. Au moins là-bas pourrions-nous faire le point. De toutes manières, tous les trois, Frédéric, Jean-Louis et moi étions habitués à voyager à la dure. C’est rester mollement au même endroit qui nous mine. Le seul moyen d’en finir avec le mal de vivre, c’est d’en baver physiquement. Il vaut mieux être Ségur que Chateaubriand et défier les hivers au combat.

Buenos Aires m’est apparue aussi misérable et surtout encore plus chaotique qu’après la grande crise de 2001. Nous y sommes restés deux jours, le temps de trouver nos vols et de réserver notre voiture dans la province de Santa Cruz. Nous sommes arrivés via la route 40 à Calafate où nous avons pu louer notre 4X4 pour commencer nos excursions. Il n’y avait presque plus d’excursions collectives, les touristes ayant commencé à déserter les lieux. Nous avions déjà tous vu les glaciers et nous ne désirions que nous promener tranquillement à partir d’El Chalten, la Mecque du trekking en Patagonie. La route nous parut – comme El Calafate – étrangement déserte et nous parvînmes au bourg quelques heures plus tard. Au loin se dégageaient le Fitz Roy et sa silhouette ocre puissante.

El Chalten était vide. Nous fûmes même inquiets quelques instants, puis rassurés – cette sensation de vide, surtout quand le monde s’est vidé vraiment – de ses touristes et de ses crétins – est finalement très jouissive. Nous commençâmes à être saisis par l’ivresse d’une aventure qui rompait avec le tourisme matriciel.

Finalement nous trouvâmes une petite épicerie encore ouverte. La patronne laide et bourrue avait en plus l’air soucieuse. Nous lui demandâmes ce qui se passait. Elle nous mena dans un froid et sale petit salon où nous pûmes suivre les Breaking News. Il n’était question de catastrophes un peu partout sur le « front de l’est ». Ce n’était pas nouveau, mais il fallait savoir, nous disait la dame, que nous étions bloqués. Avions-nous de l’efectivo, de l’argent liquide, parce que les distributeurs automatiques seraient à la peine, comme toutes les communications satellite et les travellers chèques.

Cette fois cette guerre, cette théorie de catastrophes avait bien éclaté. On attend toujours la guerre avec une certaine impatience, comme si elle devait rompre la monotonie quotidienne, et donner enfin raison aux fanatiques de l’Apocalypse et aux professionnels de l’eschatologie ; mais souvent, pendant la guerre, il se passe encore moins de choses que pendant la paix. Il doit en être de même pour la mort : elle est certainement encore plus ennuyeuse que la vie. Être en guerre signifie pour la plupart des gens non plus se contenter de vivre mais se contenter de ne pas mourir, et de survivre. Il faut manger, boire, essayer de dormir, gérer un temps excessif et inutile.

Lutter pour ne pas mourir est une belle chose. Lutter pour survivre en est une autre.

Le temps paraît en creux. Et une fois la guerre terminée, il faut reprendre le cours d’avant.

Je pensais à tout cela pendant que mes deux compagnons – nous avions fait nos comptes – dévalisaient l’épicerie comme une banque et cherchaient des bidons d’essence. Plus question de rentrer en Europe à court terme, plus d’internet ou de téléphone (les satellites étaient ou allaient être désactivés du moins pour les gens comme nous). L’épicière – une Chilienne – me demanda d’un ton rogue et agressif comment nous comptions survivre ici sans nourriture. Je lui demandais comment elle allait survivre elle avec de l’argent – le nôtre – qui ne vaudrait bientôt plus rien ; comment aussi elle comptait résister aux pillards qui ne porteraient pas d’or sur eux (à supposer que ceux qui possédassent de l’or pussent aussi résister aux plus décidés, aux plus violents).

Nous passâmes la nuit dans un refuge abandonné. Il n’y avait plus d’eau courante, il fallut aller au torrent pour se rafraîchir et remplir les bidons. Puis nous planchâmes sur les cartes.

Que faire ? Nous avions deux options : la voiture ou la marche. La voiture supposait un problème de ravitaillement : mais nous avions de l’essence. Un problème mécanique ? Mais Frédéric s’y connaissait ; et un problème plus sérieux : la santé. Mais Jean-Michel est médecin. La marche signifiait le froid, la faim, les difficultés. Nous pourrions nous rendre dans un refuge perdu dans les Andes, mais pour combien de temps et pour y faire quoi ?

— On va finir comme les types qui se sont bouffés dans les Andes. Ou bien fous comme les bergers qui passaient l’hiver dans les Alpes.

— Alors, il faut rester en voiture.

  • Mais en voiture, on peut être attaqué. Et l’essence ? Comment finit Mad Max ?
  • En panne… d’inspiration.
  • Et puis au final, où veut-on aller ?

Il faudrait retourner vers le nord, où il y avait les villes. Mais les grandes villes connaîtraient des problèmes d’approvisionnement et d’insécurité ; or nous n’avions pas d’armes. Il y avait aussi le sud, plus froid, avec Ushuaia et la Terre de Feu. Mais c’était risqué : il n’y aurait plus de bac, et puis cette cité stratégique risquait d’être le théâtre d’opérations militaires importantes.

— Si on ne peut pas aller au nord, et qu’on ne peut pas aller au sud…

— Et bien qu’on aille se faire foutre !

— Non, reste sérieux !

— Eh bien n’allons nulle part !

— Ok! N’allons nulle part !

  • C’est-à-dire ?
  • Restons, ou éloignons-nous, mais peu.

— C’est-à-dire qu’il faut faire la route des estancias, longer les cours d’eau, trouver du gibier type choique (les nandous, ici)…

— Tu veux les attraper comment?

— Comme les Indiens ! Avec des boleadoras ?

  • Mais ce n’est pas un stage de survie ! Il faut contacter nos familles.
  • Trouvons un livre sur la survie.
  • J’ai l’Anabase de Xénophon sur mon Archos. Relisons-le avant de ne plus avoir de courant. On n’a pas fait mieux. Coupons tout lien avec les satellites et GPS. C’est le meilleur moyen de ne pas se faire repérer et de prendre un drône sur la gueule.
  • Trouvons aussi des livres sur les graines et la médecine pratique.

Nous refîmes un tour d’El Chalten, dans l’espoir de trouver ces marchandises et d’acheter un ou deux fusils de chasse. Les rares touristes avaient filé bêtement. Un petit bonhomme haineux m’en vendait un à prix d’or. Je le pris, m’en enamourai instantanément, et, sans savoir pourquoi, je le frappai et le lui volai. Nous trouvâmes les cartouches. Et d’autres armes. On attacha le bonhomme. L’épicière amadouée et apeurée me dit ensuite que l’armée allait venir. J’ignore encore si cette assertion était liée à sa peur. Nous étions en effet maintenant armés tous les trois, loin de nos terres, rendus froids et excités par la situation. Bref, nous étions dangereux, mais – heureusement – désireux de nous en aller explorer la meseta patagonne.

Nous partîmes vers l’est, en direction de l’Atlantique. J’avais les coordonnées de plusieurs estancias où nous pourrions sans doute obtenir de l’aide. Le premier jour fut divertissant : il y avait un beau ciel, nous tirâmes comme prévu quelques choiques qui traversaient imprudemment la route, il fallut les plumer. Mais le deuxième nous réserva déjà son lot de surprises : la viande était immangeable, nous ne pouvions la conserver. Le moteur de la voiture grondait, et surtout, nous affrontâmes un barrage.

Je m’en souviendrai toujours : ils étaient trois, trois jeunes militaires insolents et maladroits. Ils voulurent nous fouiller, nous désarmer, nous faire descendre, nous confisquer la voiture qu’ils nous accusèrent d’avoir volé.

— Ils veulent notre mort.

Ce mot de Frédéric déclencha notre ire. Nous nous comprîmes tous du regard et un instant nous les avions désarmés. Nous dûmes abattre le troisième soldat – un jeune bien gras, effrayé et maladroit – qui dégainait en reculant et en braillant. Nous les laissâmes les survivants en vie, non sans avoir hésité ni sans leur avoir tout dérobé. Le gros Toyota paraissait maintenant un chariot de pionnier.

Les soldats ne savaient rien : c’était un chaos digne de la guerre des Malouines pour eux. Il nous faudrait sans doute faire disparaître l’automobile, au cas où les deux survivants donneraient l’alerte. Mais quelle alerte ? Et ils sont sans doute morts puisque nous les avons attachés.

Nous reprîmes la route : la monotone meseta patagonne avec ses buissons, son vent permanent, sa sensation thermique glacée. Mais aussi avec sa magie, ses couchers de soleil rose et sa sensation de paisible infini.

Nous goûtâmes des heures précieuses, celles précisément que nous étions venues chercher. Nous aurions voulu être un élément heureux du paysage, pas même un animal, condamné à chasser, à tuer, à souffrir, à mourir. Une rafale de vent, un rayon du soleil, ou un nuage rouge. Nous voyions des renards patagons sur le bord de la route, et des armadillos – tatous –, animaux égarés dans cette terre gaste.

Nous étions criminels dans un monde qui (nous l’espérions) ne connaissait plus de règles. Nous étions peut-être déjà fous : peut-être que ce monde connaissait toujours des règles, que les choses s’étaient arrangées, comme on dit, que les hommes étaient redevenus aussi raisonnables que les machines qu’ils actionnaient ; qu’ils s’étaient neutralisés.

Et nous nous comportions comme des sauvages, comme des conquérants, comme des hommes apeurés en fait. Mais tout cela nous excitait diablement. Mais si la situation s’améliorait dans le monde, et que nous ne le sachions pas ?

Tout ce que savais moi c’est que je n’étais plus si jeune. Et puis par une vieille radio, nous apprîmes le reste. La guerre avait bien eu lieu, l’Europe était détruite (ai-je pensé que c’était un bien ?). Mais les russes avaient fini par frapper l’ennemi au coeur, à sa bourse sur sa côte est, à son informatique sur sa côte ouest. Le programme brésilien ajoutait que vingt millions de gens crevaient de faim à Sao Paulo, qui cherchaient à se répandre ailleurs. Nous étions loin de tout, quelle chance. Et quelle sottise vernienne que de prétendre toujours faire retour à la civilisation. Il n’y pas de civilisation depuis longtemps. Il n’y a qu’un faux confort et ses contraintes.

Et puis, quelques jours plus tard, nous arrivâmes à l’estancia Braun-McClellan. Huit mille hectares. Nous étions presque à bout de nos réserves d’essence, fatigués de dormir dans le froid ou courbés dans la voiture, avec chacun trois heures de guet la nuit. Aussi nous y allâmes pour chercher du ravitaillement.

Mais l’accueil nous surprit tous : il y avait quatre femmes, dont trois indiennes. Une belle Argentine d’origine galloise, avec trois enfants, et dont le mari, parti pour Bahia Blanca depuis deux semaines, n’avait pas reparu. Un vieil homme bizarre nous considéra d’un bon oeil, comme si nous allions reprendre l’affaire. Et un très jeune saxon d’une quinzaine d’années, bien faible pour nous résister. Et surtout, il y avait de l’eau, de l’énergie solaire, et, partout, partout, des moutons. De la viande de mouton. Qu’avions-nous besoin d’or, de cet or dont nous rêvions en Europe au moment du déclenchement de la crise ?

S’il y avait un lieu pour résider, ce serait celui-là. Nous renforçâmes la protection de l’estancia. Il y avait des chiens, que nous dressâmes. Nous découvrîmes d’autres armes. Nous pouvions survivre longtemps maintenant. Nous n’étions indifférents ni aux Indiennes, de belles métisses en fait, ni même à la galloise.

L’adolescent se tenait tranquille, alors nous l’avons envoyé plus loin pour veiller sur la propriété et pas sur nous. J’ai compris aussi qu’il faudrait changer le nom de la grande propriété : je choisis Amanecer. Car c’ets l’aube que nous créons. Et il faudra se préparer aux attaques des voleurs de moutons, à l’agression des militaires réguliers ou irréguliers que l’on pourrait recruter, aux fuyards affamés des villes, aux rôdeurs criminels, à tous ceux qui pour une raison ou une autre voudraient nous entraîner dans la dernière bataille des champs patagoniques.

* * *

Parfois je me réveille en songeant dans les bras de Lucìa, la très jeune métisse qu’ici j’ai choisie et qui attend mon enfant : j’ai rêvé que des soldats internationaux sont rentrés, qu’ils m’ont torturé, et que l’on va me condamner pour un crime que je n’ai pas commis, puisque ma seule volonté a été, depuis le début de cette drôle de troisième guerre mondiale, de survivre comme les animaux perdus que j’ai croisés sur ma route. Et cela alors que j’ai laissé pousser ma barbe et que je me prépare un destin bizarre de patriarche. Mais je défendrai cette terre jusqu’au bout.

(*) Conte survivaliste publié en 2007 dans le recueil Contes latinos (Ed. Michel de Maule). Modifié légèrement pour les besoins de la cause ici.

– La bataille des Champs Patagoniques (12 – Fin) (lien)
– La bataille des Champs Patagoniques (11) (lien)
– La bataille des Champs Patagoniques (10) (lien)
– La bataille des Champs Patagoniques (9) (lien)
– La bataille des Champs Patagoniques (8) (lien)
– La bataille des Champs Patagoniques (7) (lien)
– La bataille des Champs Patagoniques (6) (lien)
– La Bataille des Champs Patagoniques (5) (lien)
– La Bataille des Champs Patagoniques (4) (lien)
– La Bataille des Champs Patagoniques (3) (lien)
– La Bataille des Champs Patagoniques (2) (lien)
– La Bataille des Champs Patagoniques (1) (lien)

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