Nicolas Bonnal cartonne avec le général de Gaulle et la mondialisation US sur reseauinternational.net

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Dans ses Mémoires de guerre, le Général entrevoit et dénonce la mondialisation, le déclin de l’Europe, le choc du bouleversement tiers-mondiste, la mort du vieil Etat-nation, l’agonie à la sauce US à laquelle nos élites ont depuis pris une grande part.

C’est d’ailleurs pour cela que le Général de Gaulle ne cessait de vouloir se rapprocher de la Russie, fût-elle dirigée par le Maréchal Staline.

Il explique en effet que la menace c’est Roosevelt. Le futur ordre mondial sera basé sur le dollar, la fin des frontières, et sur la base américaine. Roosevelt, caricature de cette élite hostile, lui énonce en ricanant que la race blanche est dans une situation critique en Asie (et aujourd’hui chez elle) !

Roosevelt sait qu’il a gagné le monde grâce à cette inutile guerre européenne qu’il a contribué à déclencher au moment de Munich. Voici ce qu’écrit le Général…

« Dès lors que l’Amérique faisait la guerre, Roosevelt entendait que la paix fût la paix américaine, qu’il lui appartînt à lui-même d’en dicter l’organisation, que les États balayés par l’épreuve fussent soumis à son jugement, qu’en particulier la France l’eût pour sauveur et pour arbitre. »

Puis De Gaulle dénonce l’instinct dominateur :

« Les États-Unis, admirant leurs propres ressources, sentant que leur dynamisme ne trouvait plus au-dedans d’eux-mêmes une assez large carrière, voulant aider ceux qui, dans l’univers, sont misérables ou asservis, cédaient à leur tour au penchant de l’intervention où s’enrobait l’instinct dominateur. »

Cet instinct aboutira à la fin de notre indépendance :

« Cependant, devant l’énormité des ressources américaines et l’ambition qu’avait Roosevelt de faire la loi et de dire le droit dans le monde, je sentais que l’indépendance était bel et bien en cause. »

Quand il rencontre Roosevelt à Washington (ce dernier a le toupet de lui faire remettre une photo dédicacée), le Général fait part de son inquiétude devant l’interventionnisme US :

« En tenant l’Europe de l’Ouest pour secondaire, ne va-t-il pas affaiblir la cause qu’il entend servir : celle de la civilisation ?… Sa conception me paraît grandiose, autant qu’inquiétante pour l’Europe et pour la France (…) Passant d’un extrême à l’autre, c’est un système permanent d’intervention qu’il entend instituer de par la loi internationale. »

Et en évoquant le futur état de guerre (« guerre perpétuelle pour paix perpétuelle »), notre Général ne plait pas à toute la maréchaussée… Il rappelle au passage que pour Roosevelt « Alger peut-être, n’était pas la France » (l’Afrique Nord pour Washington n’est déjà plus la France en 1942), expliquant pourquoi il est fascisé par la presse aux ordres : « mon entourage, noyauté de fascistes et de cagoulards, me pousserait à instituer en France, lors de la libération, un pouvoir personnel absolu ! »

Terminons par une expression étonnante d’actualité : « la malfaisance des puissances anglo-saxonnes, s’appuyant sur l’inconsistance de notre régime… »
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Morceau de choix du jour : la crétinisation de d’Artagnan décrite par Alexandre Dumas (et mise en scène par Nicolas Bonnal)

Les trois mousquetaires et l’entropie initiatique française

 

Dans un texte du 28 novembre 2010 l’oracle Philippe Grasset avait rappelé que les Trois mousquetaires sont une institution mondiale et transcendantale, y compris en Inde et dans le film Slumdog millionnaire. On pose des questions à la télé indienne sur ces héros les plus populaires du monde. Et le gosse connaît.

Alexandre Dumas le savait d’ailleurs qu’on y viendrait. Ecoutez-le, ce visionnaire, qui écrit dans le Vicomte (ou Dix ans plus tard) de Bragelonne :

 

« C’est qu’en effet ces quatre noms, d’Artagnan, Athos, Porthos et Aramis, étaient vénérés par tout ce qui portait une épée, comme dans l’Antiquité étaient vénérés les noms d’Hercule, de Thésée, de Castor et de Pollux. »

 

On va essayer de comprendre pourquoi.

Dans un de mes textes précédents, j’ai cité Athos reprochant à d’Artagnan de ne pas être dans le camp des rois et des gentilshommes. Philippe Grasset m’indique alors un extrait de son inépuisable Grâce de l’Histoire. Il cite ces autres lignes somptueuses de Dumas.

C’est Athos, ce mont Athos de la Tradition hyperboréenne qui parle à son fils :

 

« Raoul, sachez distinguer toujours le roi de la royauté ; le roi n’est qu’un homme, la royauté, c’est l’esprit de Dieu ; quand vous serez dans le doute de savoir qui vous devez servir, abandonnez l’apparence matérielle pour le principe invisible, car le principe invisible est tout. Seulement, Dieu a voulu rendre ce principe palpable en l’incarnant dans un homme. »

 

Athos fait des reproches dans Vingt ans après à d’Artagnan. Ce dernier est devenu un petit fonctionnaire qui aide à renverser la monarchie anglaise (monarchie qui sera remplacée par la couronne – Keter dans la cabale). Il soutient la subversion et aide Cromwell à s’installer sur l’île noire (et Athos a raison, le Royaume sera bien plus dangereux après avec sa dette publique infinie). Relisons les remontrances d’Athos à d’Artagnan. Il ne faut pas toucher aux rois parce que :

 

  • Parce que tous les gentilshommes sont frères, parce que vous êtes gentilhomme, parce que les rois de tous les pays sont les premiers entre les gentilshommes, parce que la plèbe aveugle, ingrate et bête prend toujours plaisir à abaisser ce qui lui est supérieur ; et c’est vous, vous, d’Artagnan, l’homme de la vieille seigneurie, l’homme au beau nom, l’homme à la bonne épée, qui avez contribué à livrer un roi à des marchands de bière, à des tailleurs, à des charretiers !

 

Nous sommes dans les années 1640, dans la Qualité encore, peu avant la Quantité qui va débarquer avec Louis XIV, ce roi-machine dont a parlé Apostolidès. Ce roi-machine va emmener au pouvoir la bourgeoisie. Voici ce qu’il advient « dix ans après » (pour parler comme Dumas) à d’Artagnan, conformément aux sombres prophéties orthodoxes du Voyant Athos. Le spectacle ne remplit pas sa vie :

 

… « D’Artagnan n’avait absolument rien à faire dans ce monde brillant et léger. Après avoir suivi le roi pendant deux jours à Fontainebleau, et avoir regardé toutes les bergerades et tous les travestissements héroï-comiques de son souverain, le mousquetaire avait senti que cela ne suffisait point à remplir sa vie. »

 

Lisez ces lignes incroyables maintenant :

 

« Ainsi étendu, ainsi abruti dans son observation transfenestrale (la télé ! La télé !), d’Artagnan n’est plus un homme de guerre, d’Artagnan n’est plus un officier du palais, c’est un bourgeois croupissant entre le dîner et le souper, entre le souper et le coucher ; un de ces braves cerveaux ossifiés qui n’ont plus de place pour une seule idée, tant la matière guette avec férocité aux portes de l’intelligence, et surveille la contrebande qui pourrait se faire en introduisant dans le crâne un symptôme de pensée. »

 

Que s’est-il passé ? Philippe Grasset parlait de cette noble époque : « Il y a une telle place accordée à l’honneur et une telle désinvolture chaleureuse, et une telle fermeté désinvolte dans l’exercice de la vertu de l’honneur… »

Et d’un coup on bascule.

On bascule dans la grisaille, le bourgeois, le monde ordinaire, la royauté pas sacrée du tout, les comptes d’apothicaires qui remplacent les contes de fée. On bascule dans l’horreur et dans l’erreur étatique, totalitaire même, de la Révocation en 1685, que l’Europe protestante ne pardonnera jamais à cette monarchie –tout en profitant des élites expulsées sottement. On bascule, et les mousquetaires oublient les filles et les ferrets, les beuveries, et ils deviennent lucides et réactionnaires. Ils deviennent traditionnels sans le vouloir (au moins d’Artagnan, qui est le moins intelligent avec le géant Porthos, avatar pantagruélique, titan broyé sous le rocher du monde). Athos défend le roi d’Angleterre, et il a raison. La France aida Cromwell (le créateur d’un Deep State moderne et surtout le fondateur de l’Oceania de 1984 en fait) à détruire une première vieille monarchie.

Voici pourquoi Athos a raison, cette fois selon Fukuyama :

 

« Hobbes and Locke, the founders of modern liberalism, sought to eradicate thymos from political life altogether, and to replace it with a combination of desire and reason… The bourgeois was an entirely deliberate creation of early modern thought, an effort at social engineering that sought to create social peace by changing human nature itself. »

 

D’où Molière et Furetière. Les héros vont dégager, on aura les boutiquiers et leurs femmes savantes.

Fukuyama ne sait pas tout, et il n’a pas lu le fantastique Taine, qui voit aussi le danger venir, de Bonacieux à François Hollande via Danton ou le Jules Favre :

 

« Le bourgeois est un être de formation récente, inconnu à l’antiquité, produit des grandes monarchies bien administrées, et, parmi toutes les espèces d’hommes que la société façonne, la moins capable d’exciter quelque intérêt. Car il est exclu de toutes les idées et de toutes les passions qui sont grandes, en France du moins où il a fleuri mieux qu’ailleurs. »

 

La décadence décrite par Dumas frappe aussi les soldats du roi et les aristocrates (cf. Vigny bien sûr, servitude et grandeur militaire). Voici comment d’Artagnan réveillé par Athos engueule son jeune roi :

 

« Sire, choisissez ! Voulez-vous des amis ou des valets ? des soldats ou des danseurs à révérences ? des grands hommes ou des polichinelles ? Voulez-vous qu’on vous serve ou voulez-vous qu’on plie ! voulez-vous qu’on vous aime ou voulez-vous qu’on ait peur de vous? »

 

Tout cela pour dire que nos aînés avaient bon œil. Dumas décrit aussi la mélancolie oiseuse (Alceste encore) de ce menu monde qui va avec cet amas de bourgeois, de faux chrétiens, de rois décapités.

 

« …tout paraît noir, tout paraît amer, tout fait douter de Dieu, en parlant par la bouche même de Dieu. »

Mais comme on verra en note 14, cette noire mélancolie se retrouve chez nos héros préférés de la Bhagavad-Gîtâ.

Ce n’est pas une consolation.

Et Aramis qui n’aime pas Louis XIV (et il a raison selon nous) ajoute :

 

« Le roi a souffert, il a de la rancune, il se vengera. Ce sera un mauvais roi. Je ne dis pas qu’il versera le sang comme Louis XI ou Charles IX, car il n’a pas à venger d’injures mortelles, mais il dévorera l’argent et la subsistance de ses sujets, parce qu’il a subi des injures d’intérêt et d’argent. »

 

Ce sera un exacteur et un recruteur, comme dit Chateaubriand de Bonaparte ; Chateaubriand qui comme tous les réacs eut trop tendance à idéaliser le passé monarchique. Mais il faut bien idéaliser quelque chose.

 

Ce roi c’est moi, c’est l’Etat tentaculaire qui va tout voler. C’est le minotaure.

Lisez Jouvenel, Fénelon, sa lettre, celle de Saint-Simon, ou bien Vauban. C’est ce géant hobbesien qui bouffe littéralement les richesses de tout un royaume. Le XVIIème siècle est d’abord le siècle de Poucet avec les ogres aux trousses. Trois millions de Français en moins !

Retournons à la nourriture solide, la στερεᾶ τροφῆ, comme dit Paul. D’un point de vue initiatique et traditionnel, voilà ce qui s’est passé, expliqué par Guénon :

 

« La Renaissance et la Réforme marquèrent une nouvelle phase critique, et enfin, d’après ce que semble indiquer Saint-Yves, la rupture complète aurait coïncidé avec les traités de Westphalie qui, en 1648, terminèrent la guerre de Trente Ans. Or il est remarquable que plusieurs auteurs aient affirmé précisément que, peu après la guerre de Trente Ans, les vrais Rose-Croix ont quitté l’Europe pour se retirer en Asie. »

 

Il y a conscience de la rupture dans ce cycle magistral de cinq mille pages. On passe au milieu du Grand Siècle de Corneille à Molière, de l’épopée à la banalité. On est dans une ère et un territoire désacralisés. La princesse de Clèves, hommage discret au XVIème siècle, a reflété déjà cette prise de conscience, cette Sehnsucht… Edmund Burke écrit peu après (car cent-trente ans ici, c’est peu après) :

 

« But the age of chivalry is gone. That of sophists, economists; and calculators has succeeded; and the glory of Europe is extinguished forever. Never, never more shall we behold that generous loyalty to rank and sex, that proud submission, that dignified obedience, that subordination of the heart which kept alive, even in servitude itself, the spirit of an exalted freedom. »

 

C’est cette obéissance à cet Etat glacé qui caractérise l’humanité déchue. Tocqueville n’a rien répété d’autre.

On redonne le relais à Philippe Grasset qui se surpasse pour nous expliquer pourquoi les Fils du Ramayana et de la Bhagavad Gîta justement déifient Dumas devant leur télé :

 

« Il y a une telle place accordée à l’honneur et une telle désinvolture chaleureuse, et une telle fermeté désinvolte dans l’exercice de la vertu de l’honneur, il y a un tel sens constant de la tragédie qu’est le destin du monde (et l’honneur est là pour en apprécier mieux les vertus), et une telle légèreté pour aborder les contraintes de la tragédie ainsi sans jamais laisser son caractère y céder par l’abaissement de l’émotion, que cette époque-là nous paraît, à nous gens de la modernité, d’un autre univers, d’une autre âme littéralement, – l’époque de la qualité qui ignore la quantité, l’époque du caractère individuel qui n’acquiert ses vertus que dans le sens d’une collectivité marquée par l’honneur, dans le sens de l’art de vivre qui est celui du héros, qui est l’art de vivre la tragédie du monde. »

Génie de Dumas. Description apocalyptique de d’Artagnan !« Ainsi étendu, ainsi abruti dans son observation transfenestrale (la télé ! La télé !), d’Artagnan n’est plus un homme de guerre, d’Artagnan n’est plus un officier du palais, c’est un bourgeois croupissant entre le dîner et le souper, entre le souper et le coucher ; un de ces braves cerveaux ossifiés qui n’ont plus de place pour une seule idée, tant la matière guette avec férocité aux portes de l’intelligence, et surveille la contrebande qui pourrait se faire en introduisant dans le crâne un symptôme de pensée. »

… « D’Artagnan n’avait absolument rien à faire dans ce monde brillant et léger. Après avoir suivi le roi pendant deux jours à Fontainebleau, et avoir regardé toutes les bergerades et tous les travestissements héroï-comiques de son souverain, le mousquetaire avait senti que cela ne suffisait point à remplir sa vie. »

Lisez vos classiques ! Lisez vos classiques !

Le bossu de Paul Féval et la dérive financière de la Régence

 

 

On est en 1717, au temps des lettres persanes. Le roi n’est plus ; et quand le shah n’est pas là, l’or et surtout le papier dansent.

 

« Ce fut une étrange époque…

En aucun autre temps, l’homme, fait d’un peu de boue, ne se souvint mieux de son origine. L’orgie régna, l’or fut Dieu. En lisant les folles débauches de la spéculation acharnée aux petits papiers de Law, on croit en vérité assister aux goguettes financières de notre âge. Seulement, le Mississipi était l’appât unique. Nous avons maintenant bien d’autres amorces ! La civilisation n’avait pas dit son dernier mot. Ce fut l’art enfant, mais un enfant sublime. Nous sommes au mois de septembre de l’année 1717. Dix-neuf ans se sont écoulés depuis les événements que nous venons de raconter aux premières pages de ce récit. Cet inventeur qui institua la banque de la Louisiane, le fils de l’orfèvre Jean Law de Lauriston, était alors dans tout l’éclat de son succès et de sa puissance. La création de ses billets d’État, sa banque générale, enfin sa Compagnie d’Occident, bientôt transformée en Compagnie des Indes, faisaient de lui le véritable ministre des finances du royaume, bien que M. d’Argenson eût le portefeuille.

Le Régent, dont la belle intelligence était profondément gâtée par l’éducation d’abord, ensuite par les excès de tout genre, le Régent se laissa prendre, dit-on, de bonne foi, aux splendides mirages de ce poème financier. Law prétendait se passer d’or et changer tout en or.

Par le fait, un moment arriva où chaque spéculateur, petit Midas, put manquer de pain avec des millions en papier dans ses coffres.

Mais notre histoire ne va pas jusqu’à la culbute de l’audacieux Écossais, qui, du reste, n’est point un de nos personnages. Nous ne verrons que les débuts éblouissants de sa mécanique.

Au mois de septembre 1717, les actions nouvelles de la Compagnie des Indes, qu’on appelait des filles, par opposition aux mères qui étaient les anciennes, se vendaient à cinq cents pour cent de prime. »

 

Féval ajoute sur cet or, ces palais, la fête perpétuelle :

 

« Bien plus, les invitations étaient faites au nom du Régent, et, pour ce seul fait, le triomphe du dieu-panier devenait une fête nationale. Law avait mis, dit-on, des sommes folles à la disposition de la maison du régent, pour que rien ne manquât au prestige de ces réjouissances.

Tout ce que la prodigalité la plus large peut produire en fait de merveilles devait éblouir les yeux des invités. On parlait surtout du feu d’artifice et du ballet. Le feu d’artifice, commandé au cavalier Gioia, devait représenter le palais gigantesque bâti, en projet, par Law sur les bords du Mississipi. Le monde, on le savait bien, ne devait plus avoir qu’une merveille : c’était ce palais de marbre, orné de tout l’or inutile que le crédit vainqueur jetait hors de la circulation. Un palais grand comme une ville, où seraient prodiguées toutes les richesses métalliques du globe ! »

 

Le Law est bien sûr humanitaire. Le pognon va guérir tout le monde :

 

L’argent et l’or n’étaient plus bons qu’à cela. Le ballet, œuvre allégorique dans le goût du temps, devait encore représenter le crédit, personnifiant le bon ange de la France et la plaçant à la tête des nations. Plus de famines, plus de misère, plus de guerres ! Le crédit, cet autre messie envoyé par Dieu clément, allait étendre au globe entier les délices reconquis du paradis terrestre. »

 

On est en pleine religion, et le crédit remplace le credo (dixit Karl Marx) :

 

« Après la fête de cette nuit, le crédit déifié n’avait plus besoin que d’un temple. Les pontifes existaient d’avance. Il ouvrit son portefeuille, et jeta sur la table un gros paquet de lettres roses, ornées de ravissantes vignettes qui toutes représentaient, parmi des Amours entrelacés et des fouillis de fleurs, le Crédit, le grand Crédit, tenant à la main une corne d’abondance.

A ces époques où règne la contagion de l’agio, l’agio se fourre partout, rien n’échappe à son envahissante influence. De même que vous voyez dans les bas quartiers du négoce les petits enfants, marchant à peine, trafiquer déjà de leurs jouets et faire l’article en bégayant sur un pain d’épice entamé, sur un cerf-volant en lambeaux, sur une demi-douzaine de billes ; de même, quand la fièvre de spéculer prend un peuple, les grands enfants se mettent à survendre tout ce qu’on recherche, tout ce qui a vogue : les cartes du restaurant à la mode, les stalles du théâtre heureux, les chaises de l’église encombrée. Et ces choses ont lieu tout uniment, sans que personne ne s’en formalise. »

 

On est content d’apprendre que les chaises des églises étaient à vendre comme les places au théâtre.

 

Après on se lance dans l’immobilier et donc on détruit tout – c’est les travaux non forcés mais à perpétuité, c’est le progrès :

 

« Ce qu’il fallait d’abord, c’était faire de la place pour tout le monde, puisque tout le monde devait payer et même très cher. Le lendemain du jour où la concession fut octroyée, l’armée des démolisseurs arriva, On s’en prit d’abord au jardin. Les statues prenaient de la place et ne payaient point, on enleva les statues ; les arbres ne payaient point et prenaient de la place, on abattit les arbres. Ce matin où nous entrons pour la première fois à l’hôtel, l’œuvre de dévastation était à peu près achevée. Un triple étage de cages en planches s’élevait tout autour de la cour d’honneur. Les vestibules étaient transformés en bureaux, et les maçons terminaient les baraques du jardin. La cour était littéralement encombrée de loueurs et d’acheteurs. »

 

Et la belle conclusion sur le mouvement :

 

– Dussent les salons du Régent, fit observer Chaverny, s’emplir cette nuit de courtiers et de trafiquants !

C’est la noblesse de demain, répliqua Gonzague ; le mouvement est là ! Chaverny frappa sur l’épaule d’Oriol. »

 

Pourquoi la générale Lee va faire interdire Voltaire et surtout Dostoïevski

Dostoïevski et les maîtres du crédit

L’antisémitisme est universellement considéré comme le propre d’esprits inférieurs et pleins de ressentiment, de médiocres sans envergure ni talent. Parmi ces nullités, Voltaire, Balzac (lisez le cousin Pons), Gogol, Poe, Céline, Chesterton, TS Eliot, Shakespeare, Juvénal, Tacite, sans oublier… Dostoïevski.

Dostoïevski, cet être indigne de lacer les souliers de BHL, Musso ou Marc Lévy, fait concurrence à Céline dans son Journal :

« N’allez pas croire que je veux traiter la question juive dans son entier. Je prends ce titre parce qu’il est commode. Soulever une question pareille, alors que la Russie renferme trois millions de sujets juifs, — vous n’y pensez pas ! Je ne suis pas de force ! Mais je puis, n’est-ce pas, avoir mon opinion à ce sujet et il parait que certains juifs commencent à s’intéresser à ma manière de voir. »

La police de la pensée veille déjà sur notre Céline russe :

« Je reçois depuis quelque temps de nombreuses lettres où l’on me reproche de « haïr le juif » de « tomber sur le juif », de l’exécrer non comme être vicieux, non comme exploiteur, mais bien comme homme de race juive », parce que « Judas a vendu le Christ »

Dostoïevski poursuit en aggravant son cas :

« Mais pour commencer, je sais ceci : Il n’y a pas au monde une nation qui se soit plainte à un tel point et à chaque instant de ses humiliations, de ses souffrances, de son martyre. On croirait vraiment que ce ne sont pas eux les maîtres de l’Europe, des Bourses, de la politique, des affaires intérieures des États. Mais si l’influence juive n’était pas si forte, il y a longtemps que la question slave serait résolue au profit des Slaves et non pas des Turcs. Je suis sûr que Lord Beaconsfield n’a pas oublié ses origines israélites et qu’il dirige sa politique conservatrice anglaise non seulement au point de vue conservateur mais aussi au point de vue juif. »

Beaconsfield c’est le Benjamin Disraeli, celui de « ceux qui tirent les ficelles dans les coulisses » (c’est dans Coningsby, chapitre XV). Grâce aux anglais les slaves resteront esclaves du turc le plus longtemps possible, et les horreurs bulgares secoueront le monde alors (vers 1878) sans faire tressaillir Ben John Bull (Céline) ni la presse occidentale déjà bien orientée.

Dostoïevski répondra à un correspondant juif cultivé (Voltaire en a un qui le fait marrer dans le dictionnaire) :

« Mais, Monsieur mon correspondant, vous qui me dites dans un autre passage de votre seconde lettre que : « vous aimez et plaignez incomparablement plus la masse des travailleurs russes que la classe laborieuse juive » (ce qui est beau de la part d’un juif), pensez que lorsqu’un juif souffrait de ne pouvoir choisir librement sa résidence, 23.000.000 de Russes pâtissaient du servage, ce qui était plus pénible. Je ne crois pas que les juifs les aient plaints alors. »

Dostoïevski ajoute :

« Je lis pourtant dans le Messager de l’Europe que, dans les États du Sud de l’Union américaine, les juifs se sont jetés comme sur une proie sur les quelques millions de nègres libérés et les ont déjà asservis à leur manière en les prenant par leurs besoins d’argent, en mettant à profit l’inexpérience et les vices d’une population à peine hors de tutelle. Et que vois-je dans le Nouveau Temps ? « Les juifs se sont littéralement abattus sur le peuple de Lithuanie ; grâce à l’eau-de-vie, ils s’emparent de tout ce que possèdent les habitants du pays. Les prêtres seuls sont venus au secours des malheureux ivrognes en les menaçant des souffrances de l’enfer et en organisant parmi eux des sociétés de tempérance. »

Jules Verne en personne écrit au début de son Château des Carpates :

« Ses coreligionnaires par le culte, ses confrères par la profession — car ils sont tous cabaretiers, vendant boissons et articles d’épicerie — pratiquent le métier de prêteur avec une âpreté inquiétante pour l’avenir du paysan roumain. On verra le sol passer peu à peu de la race indigène à la race étrangère. Faute d’être remboursés de leurs avances, les juifs deviendront propriétaires des belles cultures hypothéquées à leur profit, et si la Terre promise n’est plus en Judée, peut-être figurera-t-elle un jour sur les cartes de la géographie transylvaine. »

 Dostoïevski rajoute pour aggraver son cas :

« Ce qui est à remarquer, c’est que si, au moment d’une polémique vous avez besoin d’un renseignement sur le juif, il est bien inutile d’aller fouiller les bibliothèques. Ne bougez pas de votre siège, prenez le journal, posé près de vous et, à la seconde ou troisième page, immanquablement, vous trouverez une petite histoire juive : inutile de dire qu’il s’agira toujours de hauts faits du genre de ceux qui viennent d’être rapportés. — Naturellement, on va me répondre que les journalistes sont aveuglés par la haine et qu’ils mentent. »

On sait que la presse a bien progressé depuis.

Dostoïevski, qui entrevoit une prochaine révolution, termine ainsi :

« Je me suis demandé souvent ce qui se passerait si, dans notre pays, il y avait 3 millions de Russes et 80 millions de juifs ! Je crois que ces derniers ne laisseraient guère les Russes tranquilles, ne leur permettraient pas de prier en paix, je crois même qu’ils les réduiraient en esclavage. Pis que cela : ils les écorcheraient complètement ! Et quand ils n’auraient plus rien à leur prendre, ils les extermineraient, comme ils massacraient les peuples vaincus au beau temps de leur histoire nationale. »

La suite est chez Soljenitsyne.

Je rajoute ces lignes pour les amateurs, mais elles sont effrayantes :

« Pendant des siècles ils ont presque littéralement bu notre sang. Toute leur activité se tournait vers ce but : asservir la population autochtone, la placer dans un cruel état de dépendance, tout en observant la lettre des lois du paysIls savaient toujours être en bons termes avec ceux qui avaient entre leurs mains le sort du peuple et ce n’est pas à eux de se plaindre du peu de droits qu’ils ont s’ils comparent leur situation à celle des populations autochtones (…)

Autrefois on était égoïste et cupide, mais le mauvais instinct était contenu par le christianisme. Aujourd’hui, on élève l’égoïsme et la cupidité au rang de vertus. Eh bien alors, ce n’est pas en vain que les israélites règnent sur les marchés financiers, remuent les capitaux, sont les maîtres du crédit et de la politique internationale. Il est clair que leur règne complet approche. On va me rire au nez et dire qu’il faut que les juifs aient une activité surhumaine pour avoir ainsi bouleversée le vieux monde.

Je veux bien, eu effet, que les juifs ne soient pas coupables de tout, mais remarquez que le triomphe des leurs a coïncidé avec l’adoption des principes nouveaux. Leur influence a bien dû pousser à la roue ».

Bibliographie

  • Balzac – Le cousin Pons
  • Dostoïevski, Journal, mars 1877 (wikisource)
  • Jules Verne – Le château des Carpates (ebooksgratuits.com)
  • Disraeli – Coningsby, ch. XV (Gutenberg.org)
  • Soljenitsyne – Deux siècles ensemble (Fayard)
  • Voltaire- Dictionnaire philosophique (article juif)

Ibn Khaldun et la sagesse hyperboréenne arabe

Je passe chaque été à Cordoue et à Grenade.

Théophile Gautier écrivait, après avoir vu la mosquée de Cordoue :

« Quand on songe qu’il y a mille ans, une œuvre si admirable et de proportions si colossales était exécutée en si peu de temps par un peuple tombé depuis dans la plus sauvage barbarie, l’esprit s’étonne et se refuse à croire aux prétendues doctrines de progrès qui ont cours aujourd’hui; l’on se sent même tenté de se ranger à l’opinion contraire lorsqu’on visite des contrées occupées jadis par des civilisations disparues. J’ai toujours beaucoup regretté, pour ma part, que les Mores ne soient pas restés maîtres de l’Espagne, qui certainement n’a fait que perdre à leur expulsion. »

Gustave le Bon, dans sa civilisation des arabes, traitait les ibères d’aborigènes, en ajoutant froidement : les Britanniques sont colonisateurs, les Arabes civilisateurs !

Evitons la polémique et donnons à notre propos un tour plus scientifique avec Ibn Khâldun. Vers 1400 Ibn Khâldun expliquait notre déclin comme un Tocqueville, et décryptait aussi notre soumission actuelle.

Il oppose le rat des villes et le rat des champs, et de quelle manière ; car il a compris bien avant Oswald Spengler, autre prestigieux admirateur des arabes (la liste va de Tacite à Goethe en passant par Spengler, Nietzsche ou La Fontaine…) que les cités nous font dégénérer, comme le confort repu :

« Les habitants des villes, s’étant livrés au repas et à la tranquillité, se plongent dans les jouissances et laissent à leur gouverneur ou à leur commandant le soin de les protéger en leurs personnes et leurs biens Rassurés contre tout danger par la présence d’une troupe chargée de leur défense, entourés de murailles, couverts par des ouvrages avancés, ils ne s’alarment de rien. Les gens de la campagne, au contraire, évitent le voisinage des troupes et ils montrent, dans leurs expéditions, une vigilance extrême. »

C’est l’historien américain du franquisme Stanley Payne qui a fait scandale en Espagne en parlant d’un peuple anesthésié. Mais j’ai moi-même écrit que les Français se laissent tuer parce que les Français sont déjà morts.

Ibn Khâldun invite lui à préserver la pureté du sang :

« Leur isolement est donc un sûr garant contre la corruption du sang. Chez eux, la race se conserve dans sa pureté… La pureté de race existe chez les peuples nomades parce qu’ils subissent la pénurie et les privations, et qu’ils habitent des régions stériles et ingrates, genre de vie que le sort leur a imposé et que la nécessité leur a fait adopter. »

Il faut aimer la frugalité raisonnée :

« Les gens de la campagne recherchent aussi les biens de ce monde, mais ils n’en désirent que ce qui leur est absolument nécessaire ; ils ne visent pas aux jouissances que procurent les richesses ; ils ne recherchent pas les moyens d’assouvir leur concupiscence ou d’augmenter leurs plaisirs. »

Mais notre historien romain Tite-Live faisait l’éloge de la frugalité dans sa préface :

« Mais ce qui importe, c’est de suivre, par la pensée, l’affaiblissement insensible de la discipline et ce premier relâchement dans les mœurs qui, bientôt entraînées sur une pente tous les jours plus rapide, précipitèrent leur chute jusqu’à ces derniers temps, où le remède est devenu aussi insupportable que le mal. »

Ibn Khâldun rappelle que la dure vie du désert préserve la liberté, la noblesse et le courage :

« Puisque la vie du désert inspire le courage, les peuples à demi sauvages doivent être plus braves que les autres. En effet, ils possèdent tous les moyens lorsqu’il s’agit de faire des conquêtes et de dépouiller les autres peuples… »

Et il déteste les impôts, marque de servilité et d’hébétude :

« Tout peuple qui aime mieux payer un tribut que d’affronter la mort a beaucoup perdu de cet esprit de corps qui porte à combattre ses ennemis et à faire valoir ses droits… Lorsqu’un peuple s’est laissé dépouiller de son indépendance, il passe dans un état d’abattement qui le rend le serviteur du vainqueur, l’instrument de ses volontés, l’esclave qu’il doit nourrir. »

Jamais on n’en a autant payé, et on est en pleine faillite encore !

Dans un bel esprit libertarien il dénonce le contribuable :

« Une tribu ne consent jamais à payer des impôts tant qu’elle ne se résigne pas aux humiliations. Les impôts et les contributions sont un fardeau déshonorant, qui répugne aux esprits fiers. Tout peuple qui aime mieux payer un tribut que d’affronter la mort a beaucoup perdu de cet esprit de corps qui porte à combattre ses ennemis et à faire valoir ses droits. »

Mais Ibn Khaldun rappelle aussi le péril des conquêtes arabes :

« Sous leur domination, la ruine envahit tout. Ajoutons que les Arabes négligent tous les soins du gouvernement ; ils ne cherchent pas à empêcher les crimes ; ils ne veillent pas à la sûreté publique ; leur unique souci c’est de tirer de leurs sujets de l’argent, soit par la violence, soit par des avanies. »

Mais d’un autre côté cette saine barbarie est garante d’une force vitale supérieure :

« Nous avons déjà dit que les nations à demi sauvages ont tout ce qu’il faut pour conquérir et pour dominer. Ces peuples parviennent à soumettre les autres, parce qu’ils sont assez forts pour leur faire la guerre et que le reste des hommes les regarde comme des bêtes féroces. »

Enfin la clé du génie arabe :

« Cette bande ne serait jamais assez forte pour repousser des attaques, à moins d’appartenir à la même famille et d’avoir, pour l’animer, un même esprit de corps. Voilà justement ce qui rend les troupes composées d’Arabes du désert si fortes et si redoutables ; chaque combattant n’a qu’une seule pensée, celle de protéger sa tribu et sa famille. L’affection pour ses parents et le dévouement à ceux auxquels on est uni par le sang font partie des qualités que Dieu a implantées dans le cœur de l’homme. »

Pour survivre et triompher il faut retrouver un génie familial, tribal et frugal. Avis aux bons lecteurs.
En savoir plus sur http://reseauinternational.net/ibn-khaldun-et-le-genie-arabe-de-la-liberte/#hY4JFMy1dfxQ3dJU.99

Le conditionnement moderne et le cosmonaute

Le cosmonaute comme arme de destruction massive

Nicolas Bonnal. Publié par nos amis de fr.sputniknews.com

Beaucoup de gens doutent de l’alunissage de 1969, autre opération de l’Etat US.

En réalité il n’y a jamais eu de conquête spatiale, ni même de volonté de conquête spatiale. Et la soi-disant conquête spatiale n’avait que deux missions: contrôler l’espace proche de la terre transformée aujourd’hui en poubelle bourrée de satellites de surveillance et d’armes de destruction démocratique ; préparer notre vie à tous dans le monde simulateur du XXIème siècle. Mais si la conquête spatiale initiée par les nazis et poursuivie du fait de la guerre froide, cette guerre froide avec le monde qui n’en finit pas, et qui risque de nous coûter finalement cher, n’a pas servi à conquérir les galaxies et à exploiter les pétroles vénusiens en guerroyant avec les Aliens et les hommes verts, à quoi aura-t-elle donc servi ?

A nous conditionner et à nous préparer à des temps moins marrants, digne de la dystopie présente.

Oubliez les résultats inexistants de la pseudo-conquête et revoyez 2001 l’odyssée de l’espace, ou bien l’Étoffe des héros, ou bien même Solaris, et comparez votre vie urbaine et celle à venir de vos enfants avec celle d’un cosmonaute. Revoyez tous ces films de science-fiction et vous verrez que tout cela n’avait que ce seul but : nous préparer à vivre comme des cosmonautes, mais sans jamais aller dans l’espace. La simulation de vol spatial et de conquête des étoiles est allée de pair avec un contrôle mental et surtout, finalement, physique sans précédent dans l’histoire de notre occident vieillissant.

 

Car, et réfléchissez bien, en quoi consiste la vie d’un cosmonaute ? Revoyez 2001, pas la Guerre des étoiles, qui sert à vendre des jeux vidéo. J’ai évoqué ce thème dans mon long livre sur Kubrick.

  • Un cosmonaute passe sa vie devant des écrans, comme nos contemporains. Il a toujours un problème technique. Il est toujours dans un moyen de transport quelconque.
  • Un cosmonaute a peu d’espace pour vivre. Pensez au parisien ou au newyorkais pauvre.
  • Un cosmonaute se tient toujours dans la dépendance d’un moyen technologique.Il passe son temps à envoyer des messages codés et à se plaindre d’avoir un problème (Houston…). Il passe son temps à pousser des boutons et, s’il n’est pas très calé en réparations (et qui va réparer un gadget Apple ?), il se tient bien tranquille.
  • Il est gros consommateur d’énergie et il ne se sert plus de son corps. Il en grignote, des friandises, comme dans un conte de fées ! Combien vous dites, un milliard trois d’obèses dans le monde ? Wall-Ereprésente d’ailleurs un vaisseau d’obèses en lévitation permanente. Seuls les pouces travaillent sur le smartphone.
  • Un cosmonaute est tenu de lire tout le temps des modes d’emploi et des règlements. Revoyez la pause-pipi, un des moments marrants de 2001 l’odyssée de l’espace. Et pensez au tableau de bord de votre BMW ou à votre vie quotidienne contrôlée par les ordinateurs et les clones d’Hal 9000.

 

Mais surtout, le cosmonaute annonce le troupeau mondialisé du citoyen anonyme et sans honneur.

  • Le cosmonaute est sans racines. Il n’y a pas plus de terre, il n’y a plus de nation dans l’espace. Il n’y a que des vaisseaux et que des bases US, des stations, stations qui n’ont rien de christique. Dans l’espace, personne ne vous entendra prier ! Et pensez au temps que nous devons passer dans des endroits aseptisés (aéroports, hubs, échangeurs, supermarchés, stations-services, centres commerciaux, etc.). Le film Gravityavec Bullock et Clooney le montre bien d’ailleurs.
  • Un cosmonaute plane, il est cool, il fait des voyages dans l’astral. Suspendu les quatre fers en l’air, il a perdu la notion du temps et de… l’espace. On avait comparé la vision ultime de 2001à l’absorption de LSD. Le cosmonaute annonce l’individu blasé et déphasé, nourri aux benzodiazépines…

 

  • Il perd aussi la notion de nourriture, en suçant à petites gorgées tout un tas de cochonneries baptisées « Science Food » par la fondation Rockefeller. On voit les enfants du monde se précipiter dessus, sur ces poisons chimiques et ces venins en plastique. Pensez aussi à la corvée du repas dans 2001et à la méditation de Bruce Dern dans le très beau Silent running(Nietzsche pronostiquait un retour à l’enfance, il a été servi).
  • En parlant de ce film, je dois rajouter qu’il est écologiste et que l’écologie est apparue avec la conquête spatiale, comme forme silencieuse et sophistiquée de notre eschatologique dictature humanitaire.Il faut défendre la « planète bleue » en contrôlant les populations et leur consommation. Qui devra-t-on sacrifier ? Un ou deux membres de l’équipage ! Voyez l’album d’Hergé : lui avait résolu le problème !
  • Le cosmonaute est évidemment unisexe.Habillé en uniforme, éternel enfant en état d’apesanteur, il perdu toute virilité, toute féminité, ne rêvant comme dans Alienou Species que de s’accoupler avec des incubes ou des succubes (les ET sont les simples démons de notre tradition chrétienne). Sa vie sexuelle est virtuelle et pornographique, ne dépendant que des fantasmes. Et cette révolution sexuelle est en cours : voyez les émissions du câble la nuit, vous comprendrez où l’avant-garde culturelle américaine veut nous mener. Les sorcières de Shakespeare et le bon Dracula n’ont qu’à bien se tenir.
  • Condamné à une fausse vie, une existence minimale et formelle (le mètre carré est bien trop cher, comme à Paris, Séoul ou Manhattan), le cosmonaute compétent doit passer sa vie à se former, se recycler, et s’entraîner.Mais dans Wall-E, ce sont les robots qui ont ce beau rôle, comme dans Terminatoret finalement dans 2001 ou I robot: à la fin de l’Histoire, l’ordinateur est le seul être libre.

 

  • Le cosmonaute est aussi condamné à s’ennuyer, faire des jeux vidéo, à contrôler son mental et son diabète sous le regard sévère du complexe militaro-médical et psychiatriquequi a pris le contrôle de nos identités bien menacées. Dans cette vie vidée d’essence, on le remplit de faux souvenirs comme dans une mauvaise nouvelle de Philip K. Dick(voyez Total recall, le meilleur Schwarzenegger). Vis-je, ou rêvé-je ma vie si vide ?
  • La cybernétique a pris le contrôle de nos sociétés avec la guerre, la recherche nazie, soviétique, américaine. Lisez Chris Gray(le Cyborg Handbook) ou le chercheur soviétique, moins connu bien sûr, Slava Gerovitch(New soviet man) qui explique comment le programme d’entraînement des cosmonautes était sous le contrôle des centres de recherche cybernétique.

Pas très capable de nous envoyer dans l’espace, pas très capable de nous promettre la lune, la farce médiatique de la conquête spatiale et du cosmonaute US a permis la transformation des humains en transhumains. Presque tous les grands écrivains de SF américains, y compris le fondateur de la scientologie venaient de l’intelligence navale et militaire. Je vous laisserai vérifier.

Livres

Daniel Estulin — Tavistock Institute
Gérard Wishnevski — Moonlanding hoax
Nicolas Bonnal — les mystères de Stanley Kubrick ; Ridley Scott (Dualpha)