François et la théologie de la migration (sur Dedefensa.org)

 

Dans sa déclaration récente sur les migrants, le pape François a-t-il été inspiré par le Christ Jésus? C’est le moins qu’on puisse demander à celui qui, selon l’église, est le vicaire du Christ sur la terre. Un Christ qui prônait l’amour du prochain, le dévouement à son égard, le partage, voire le sacrifice de sa propre vie pour lui sauver la sienne. Plus loin encore dans le dogme chrétien, celui qui vint non pas sauver un peuple, le sien de l’époque, mais toute l’humanité, tous les peuples. Et que donc nous, pareil à Lui, dans l’Imitation de Lui, fassions le deuil de notre vie, notre travail, notre repos, notre façon de vivre, notre confort (relatif pour beaucoup d’entre nous) pour accueillir sans barguigner des milliers et sans doute bientôt des millions de migrants?

L’Imitation de Jésus Christ serait la raison théologique invoquée par le pape François, qui dépassant l’étroitesse de Yaweh, dieu jaloux d’un seul peuple, nous rappellerait que le Christ est le dieu de tous les peuples et que donc l’accueil de notre Prochain, quel qu’il soit, d’où qu’il vienne, quelles que soient ses intentions, répondrait à l’espérance que ce Christ a laissé sur la terre des hommes devenue Village Christ Mondial ? La grande alyah des Africains vers l’Europe serait l’élargissement en sens inverse de la petite vers cet Israël qui lui se garde bien d’en accueillir des migrants, mais exhorte les autres à le faire par la bouche par exemple d’un de ses fils bien connu en France, qui en veut « des millions » pour doper la croissance? S’ouvrir aux peuples d’Afrique et d’Asie et de partout où la guerre et la misère grondent, serait l’épiphanie finale de notre temps, l’élection de tous les peuples de la terre en Jésus Christ? Serions-nous en présence de la fin des temps, du moins d’un certain temps qui vit un affreux égoïsme régner partout? Le cinquième évangile frappe-t-il à notre porte pour nous inciter à accueillir en notre Europe privilégiée et soi disant florissante, la vague migratoire des damnés de la terre?

Le bon chrétien, le militant de pax christi ou de toute association venant en aide aux migrants adhèrent sans réfléchir à cette version papiste, laissent parler leur cœur. Elle leur apparait comme fondamentalement chrétienne. Ce qui manque toutefois à ce fondamentalisme de bon aloi c’est simplement d’expliquer pourquoi tant de peuples migrent, ce qui les pousse à quitter leur pays, à se ruiner pour cela, à courir les plus grands dangers, à défier la mort, pour atteindre la terre promise. Le pape jésuite estime-t-il, grâce à l’enseignement scientifique de pointe qu’il a dû recevoir dans son ordre célèbre, qu’il faut, devant un phénomène, ne pas se soucier de ses causes, mais ne considérer que ses effets? Le bon samaritain de l’évangile aurait-il donné l’exemple? S’est-il permis de demander au blessé qu’il secourut la raison de son agression? Non, il l’a secouru, l’a emmené chez lui, l’a soigné sans poser de question. L’exploitation capitaliste fabrique-t-elle des pauvres? Faisons-leur la charité et glissons-leur dans la main quelque aumône! Le relâchement des mœurs et la vague porno fait pencher des filles à la prostitution? Consolons les pauvrettes, prodiguons-leur des cours d’éducation sexuelle évangélique et distribuons-leur les pilules du lendemain! L’atmosphère de nos villes devient irrespirable migrons à la campagne et laissons les pollueurs poursuivre leur sinistre besogne! Etc.

Pourtant l’église dans un autre contexte, lorsqu’il s’agit de confesser un individu pécheur, riche ou pauvre, vieux ou jeune, homme ou femme, s’abstient-elle de lui demander les détails de son péché, les causes qui l’ont fait agir et ne lui impose-t-elle pas une pénitence afin que le bien remplace le mal auquel ils ou elles, ont succombé? Pourquoi donc le pasteur papal trouve-t-il inutile de demander aux responsables des migrations, qui sont largement connus, d’avouer leur péché et de les corriger afin que cesse cette tragédie? Qui mène ou a mené les guerres injustes en Afghanistan, en Irak, en Lybie, en Syrie, au Yémen, au Soudan, au Niger, d’où partent tous ces hommes, qui une fois délestés de leurs dollars ou de leurs euros par des criminels parfaitement identifiés, viennent risquer de se noyer en Méditerranée? François est-il aveugle, sourd, idiot? Ou au contraire, disposant de tous ses sens et de toute son intelligence, joue-t-il l’idiot se cachant derrière son apostolat soi-disant chrétien pour mieux obéir à ses maitres du Village Capitaliste Mondial?

Dans les guerres qui durent, dans les guerres nouvelles qui s’annoncent, le pape se gardera-t-il toujours de ne pas désigner l’agresseur? Attendra-t-il toujours que de bons samaritains viennent réparer les dégâts causés par les bandits? Est-ce là le véritable fond du christianisme, déplorer les victimes sans jamais condamner les agresseurs? Si le Christ n’a pas condamné la femme adultère, a-t-il été aussi tendre avec les marchands du temple lorsqu’avec des cordes faites fouet il les en chassa? Ne s’écria-t-il pas alors, pris d’une sainte colère: « Ma maison est une maison de prière mais vous, vous en avez fait une caverne de bandits »? Qu’attend le pape, vicaire parait-il du Christ, pour sortir le fouet et chasser les bandits au lieu de nous enjoindre d’accueillir leurs victimes, parmi lesquels il y aura des bandits d’un autre genre, et cela « au détriment de notre sécurité » ? À quel enseignement occulte François plonge-t-il pour décider que, dans les circonstances historiques présentes, il faut accueillir tout le monde et que cette certitude lui vient du Messie qui, à son époque se permettait de traiter les puissants d’Israël de langue de vipère ou de sépulcre blanchi? Le sépulcre blanchi du Vatican n’est-il pas plutôt le calife de certaines forces cachées? Ne joue-t-il pas le bon samaritain et ne tente-t-il pas de culpabiliser les braves gens qui, en règle générale, n’attendent pas l’injonction du pape pour se montrer généreux? Combien François hébergera-t-il et nourrira-t-il de migrants en la « maison de prière » du Vatican au lieu d’y laisser prospérer les nouveaux marchands du temple et les bandits déguisés en clowns de couleur?

Marc Gébelin

 

Publicités

Hitler et Roosevelt

 

 

Hitler et sa Némésis Roosevelt

 

Philippe Grasset ayant récemment évoqué certaines horreurs de la maison Roosevelt, je me permets de publier ce texte. Les lecteurs intéressés l’assaisonneront d’un auteur britannique passionnant nommé Francis Neilson.

 

L’Allemagne déclare la guerre aux USA le 11 décembre 1941. Elle espère sans doute que le Japon l’aidera en Sibérie ou sur les contreforts extrême-orientaux. Mais il n’en sera rien. Le Japon, ex-allié des puissances anglo-saxonnes, préfère le rimland au Heartland. Spykman succède à McKinder et théorise la démarche thalassocratique postmoderne. L’écrivain fasciste Maurice Bardèche en parle très bien dans ses mémoires.

Comme le dit Oliver Stone dans son documentaire sur l’histoire US du XXe siècle, ces deux « étranges alliés n’ont jamais fait la guerre ensemble ». Il me semble évident que le Japon aurait dû chercher un espace vital dans la riche Sibérie plutôt que chercher des crosses aux puissantes flottes anglo-saxonnes, à six mille kilomètres, dans les mers du sud et les empires coloniaux. Mais c’était trop leur demander…

Après la bataille de Pearl Harbour Hitler se lance dans un long discours pour justifier son offensive. En réalité comme d’habitude il s’estime victime des circonstances, des agressions et des interventions des autres. Il n’a pas totalement tort. Prenez le livre de mon ami Guido Preparata sur la manière dont les anglo-saxons ont préparé cet effondrement allemand et cette guerre germano-russe garante de leur supériorité impériale et mondiale. De même aujourd’hui une énième guerre contre la Russie cette fois (Poutine étant le nouvel Hitler) les servirait une autre fois.

Hitler donc recense tout l’historique de l’hostilité de Roosevelt qui est entré en guerre contre lui dès 1937. En 38 par contre Roosevelt est intervenu pour sauver l’Allemagne et éviter la guerre en Europe. Preparata en parle, les libertariens aujourd’hui et j’ai cité Sanborn traduit par mon ami Hervé du Sakerfrancophone.fr. Une alliance franco-tchéco-russe aurait pu mettre fin à moindre coût à cet aventure allemande. Il n’en a rien été.

Dans son long discours, Hitler évoque la guerre contre la Russie qui n’est pas encore gagnée –et donc ne le sera pas, et ensuite les USA. Je vais être très analytique.

Hitler fait un constat : ni guerres ni colonies pour l’Allemagne en Amérique. Des migrations allemandes par millions  (je n’ai jamais lu deux chiffres qui concordassent : un définitif, docteur Plouvier !), et un comportement amical de l’Allemagne vis-à-vis des Etats-Unis. Cela n’empêche pas les guerres, Versailles, les 14 points trahis, le déshonorant Wilson et tout le reste. Le drame pour le peuple allemand, ruiné, divisé, séparé, dit Hitler. En réalité la guerre contre les Allemands est déjà livrée par Théodore (le premier Roosevelt) qui veut la suprématie anglo-saxonne comme Jules Verne, et parle même d’exterminer ses Allemands sur son territoire US. La compétition est en place dès les années 1900. Et l’Allemagne est dans le collimateur anglais depuis sa victoire de 1870. Bismarck dit alors à l’époque que sa position est mauvaise : c’est un pays naturellement encerclé. Et Disraeli lui a promis la guerre après Sedan, dans une curieuse prophétie.

Sur la remarque de Bismarck je citerai Bernard Plouvier :

« De très curieux auteurs utilisent l’expression « psychose d’encerclement » pour qualifier le sentiment général des Allemands (et des Austro-Hongrois) en 1914. Pourtant, dès 1888, Otto Von Bismarck notait : « Par sa situation géographique qui l’expose sur au moins trois fronts possibles, l’Allemagne est la nation la plus exposée au danger des coalitions » (Bismarck, 1937). Cette soi-disant psychose est une réalité géographique, évidente pour qui consulte une carte de l’Europe. »

 

Puis Hitler parle de 1933. Ils sont arrivés en même temps au pouvoir ! Lui le 30 janvier, Roosevelt prêtant serment le 20.  Il se compare : lui est homme du peuple sans ressources, sacrifié sur les champs de bataille. L’autre est un patricien, avec une famille aux ramifications colossales (lire Emmanuel Josephson qui parle de ces bloodlines dès les années quarante). Roosevelt fait partie de l’oligarchie, des élites dites hostiles, celles que critiquent les écrivains libertariens Charles Beard ou John Flynn, et qui lancent le pays dans la guerre grâce à leur contrôle serré des médias. Lisez mes textes sur Bernays.

Hitler évoque ensuite son combat socialiste : il s’est opposé aux groupes capitalistiques qui ont mis en Amérique Roosevelt au pouvoir (je sais, c’est Thyssen qui l’a mis au pouvoir…) ! Il essaie lui d’éloigner les parasites qui contrôlent l’économie.

 

Il constate ensuite une chose en commun entre Amérique et Allemagne, le mauvais état des économies ; puis l’échec total de la politique du New Deal US (le cinéma sous tutelle politique totale en parlera métaphoriquement : films de gangsters, femme fatale, King Kong, film noir…). Dette, dollar, chômage.  Rothbard, mais aussi Sauvy en France ou Flynn lui donnent raison. Il souligne les liens entre Roosevelt et la spéculation, son élément juif (il a une réputation à défendre sur ce terrain !). Il ajoute que Roosevelt est bon pour une parution devant une Cour d’Etat, une condamnation par une  cour civile. Son diagnostic est partagé en Amérique, dit-il. Cela n’empêche pas Huey Long d’être abattu, Roosevelt d’être réélu et réélu en promettant plus de pain et plus de paix.

Pour Hitler, Roosevelt cherche une diversion donc et il se lance dans une politique étrangère aventureuse. Il souligne que le chargé d’affaires polonais Potocki fait cette analyse. Il s’affole et indique que les élites US cherchent un Pourim en Europe, un châtiment pour les puissances antisémites, et qu’on appliquera le finale du livre d’Esther.

Pour Hitler une chose est claire : Roosevelt recherche la guerre en Europe pour des raisons économiques. Son économie en banqueroute… Dette, chômage (rechute de 1938), qui n’empêche pas la réélection de l’autre par la radio), dollar en chute libre sont les prix à payer pour cette incompétence. Mais comme Céline le rappelle à la même époque dans ses pamphlets si informés, l’industrie US c’est un tiers de l’industrie mondiale. L’affreux Céline qui pense comme Hitler, dit aussi que « Roosevelt est l’instrument cabotin des grands juifs », qu’il est « leur homme décidément » et qu’il ne peut rien leur refuser !

A partir de novembre 1938 (hypothèse Sanborn-Barnes : Roosevelt veut éviter un règlement européen de l’affaire Hitler, qui se serait sans doute terminé par une invasion soviétique), et il organise « un sabotage des efforts de paix en Europe ». Hitler évoque le discours agressif de 5 octobre 1937, et la menace de quarantaine.

En Janvier 39, ajoute-t-il, Roosevelt se mêle des affaires européennes sans les connaître. Il ne respecte plus les règles du droit international, fait pression scandaleusement, ne reconnaît plus les gouvernements qui ne lui conviennent pas, etc.  Rien de nouveau en fait, puis que les Anglais ont toujours agi de même ; et les anglo-saxons et leurs satellites aujourd’hui.

Hitler souligne l’arrogance et l’ignorance face à Italie et Allemagne. Le 4 novembre 39, rappelle-t-il, Roosevelt relance les exportations d’armes vers les alliés. Il reconnait tous les gouvernements en exil (mais pouvait-il en être autrement ?). Le 9 avril, le Danemark et la Norvège occupés, leurs avoirs sont gelés. Puis il évoque les liens de Roosevelt avec la France et la pression sur Paul Reynaud. « Roosevelt parle hypocritement de paix, mais il urge à la guerre ». L’orateur évoque l’affaire de Casablanca, l’or français, les tentatives de vols. Il dénonce les avoirs gelés de toutes les petites puissances conquises par le Reich (mas là encore, pouvait-il en être autrement ?). En novembre 1938, Orson Welles lance son émission sur la guerre des mondes. Le coup marche grâce à la parano antiallemande. Le passionnant historien marxiste Eric Hobsbawn rappelle que 80% des Américains ont une mauvaise opinion de l’Allemagne, 10% de l’U.R.S.S. Conditionnement, quand tu nous tiens…

Hitler poursuit son énumération prouvant son entrée en guerre, à l’Amérique (il fait la même chose avec la Russie pour justifier Barbarossa). Aviation, entraînement ; alliance USA et Canada. Il évoque l’Angleterre ruinée, les prêts-bails, et l’assistance aux pays satellites. Il évoque l’arraisonnement ou la surveillance des navires de guerre, le cas des navires Arauca, la Plata, Columbus, Mangoni.

30 avril 1941, Roosevelt réélu ordonne la réquisition des bateaux et arrestation des équipages. Il participe à l’intervention russo-britannique dans les Balkans, il reconnait le gouvernement nouveau yougoslave ; il organise le blocage des avoirs grecs et autres. Arrivée des troupes US au Groenland. Le 4 juin, blocage des avoirs teutoniques en Amérique. Fameuse occupation islandaise et aide aux soviets. Sur les tendres liens de Roosevelt et des soviétiques, lisez George Crocker, Roosevelt’s road to Russia, un classique pour les révisionnistes, pacifistes et libertariens américains.

Le 11 septembre est une date fatidique (discours de Des Moines de Lindbergh), et on ordonne de tirer à vue sur les embarcations du Reich. le 7 octobre, affaire Odenwald. Ce Roosevelt est un fou comme Wilson (ajoutons Lincoln, Johnson, Bush, Trump, quelques autres…) ; pire, dit le Führer, il a des manières de franc-maçon ! Il rappelle que « les soi-disant démocraties anglo-saxonnes sont des Etats élitistes socialement arriérés », et qu’elles ne cessent de commettre des crimes contre la loi internationale. Enfin il souligne ce classique de l’épigraphie nazie, le lien entre l’ordre ploutocratique  judéo-saxon et celui bolchévique.

 

Un petit résumé :

  • Pour Hitler Roosevelt incarne l’élite hostile des patriciens anglo-saxons qui ont modelé le monde depuis le siècle des Lumières (ou la création de la banque d’Angleterre, ce que Michelet appelle « le parti de l’argent »).
  • Il est un ennemi juré du national-socialisme et c’est un hasard cosmique qui les a mis au pouvoir en même temps en 1933. Hitler rappelle que l’URSS agit de même ; rappelons sa cruelle invasion non sanctionnée per les occidentaux de tous les petits états nordiques puis la préparation d‘une invasion de l’Allemagne et de l’Europe nécessitant, selon Hitler, une frappe préventive (tiens, tiens…) germanique.
  • Economie : la version keynésienne est aussi nulle que la version capitaliste anglo-saxonne et c’est pour cela que l’on fait la guerre. Flynn écrit de même, et certains marxistes !
  • La puissance monétaire et navale anglo-saxonne permet une tartuferie totale, les droits de l’homme dans une musette, les invasions, confiscations, et sanctions dans l’autre. Les droits de l’homme sont un bon alibi si j’ose dire…
  • Le pouvoir anglo-saxon peut s’allier à n’importe qui (dictatures, bolchéviques, islamistes aujourd’hui) pour venir à bout d’un ennemi géopolitique (c’est celui dont l’espace vous empêche de dormir). Preparata considère que l’URSS mise en place par la trahison des russes blancs pendant la guerre civile est de bout en bout un animal domestique (un « pet ») des élites anglo-saxonnes.
  • Les références aux juifs sont rares dans ce discours, contrairement à ce que pensent certains crétins contemporains. Hitler comprend que la bagarre est sérieuse, elle est géopolitique. L’Allemagne est hélas pour vouée à être encerclée et donc écrasée par l’alliance anglo-russe, comme en 1914. Y a-t-il conspiration géopolitique ou géographique, c’est à chacun d’en décider.
  • Hitler croit au destin, et en filigrane, on sent qu’il n’a pas pu, malgré toute sa bonne volonté (!), éviter cet encerclement.
  • Il a choisi des alliés désastreux. L’historien de gauche A.J.P. Taylor qui avait fait scandale en reconnaissant ses tentatives de paix et sa stratégie plus raisonnable, a souligné la débilité de Mussolini ; et nous avons rappelé celle des japonais qui n’avaient qu’un geste à faire pendant l’hiver 42 pour en terminer avec Staline et conquérir la Sibérie au nord-est de la Mandchourie.
  • Je recommande à mes lecteurs la relecture de mes textes sur de Gaulle, (disponibles sur fr.sputniknews.com ou dedefensa.org) ; son engueulade avec Harry Hopkins quand il lui explique que ce sont les interventions anglo-saxonnes qui ont eu comme résultat Hitler ; et ses entrevues avec Roosevelt, qui l’affole par son suprématisme messianique, son interventionnisme et son mondialisme.
  • Je recommande aussi le texte fabuleux de Philippe Grasset sur le trou noir : comment on créa la guerre froide pour sauver l’industrie aéronautique US. Mon regretté Ralph Raico a dit de belles choses à ce sujet aussi.

 

 

 

Notes

 

Je cite Frédéric Sanborn, nous sommes le 26 septembre 1938 :

« À ce moment critique, M. Roosevelt est intervenu et a saboté toute la situation. Précédemment, il avait été prié d’appliquer sa pression seulement contre l’Allemagne, mais maintenant il l’appliquait également contre les adversaires de l’Allemagne. Il était donc devenu clair que M. Roosevelt ne s’opposait pas seulement aux préparatifs militaires contre l’Allemagne : il utilisait aussi son influence auprès de ceux qui, dans les conseils divisés des gouvernements britannique et français, s’opposaient à la guerre – à ceux qui ont depuis été appelés apaisants. »

 

Bibliographie sommaire

Presque tous les livres en anglais sont téléchargeables gratuitement sur Mises.org ou archive.org. Pauvre France !

  • Discours du 11.12.1941
  • AJP Taylor, the origins of 2nd World War, Hamish Hamilton
  • Ralph Raico, great wars and great leaders (Mises.org)
  • Francis Neilson, the makers of war (archive.org)
  • Guido Preparata, conjuring Hitler (Pluto Press)
  • Bernard Plouvier, Hitler, une biographie médicale (Dualpha) ; la fin d’un monde (Dualpha)
  • Nicolas Bonnal, Hitler et le traité de Versailles ; Céline, le pacifiste enragé
  • Philippe Grasset – La grâce de l’histoire (éditions mols)
  • George Crocker, Roosevelt’s road to Russia (archive.org)
  • John T. Flynn, The Roosevelt myth (Mises.org)
  • Nicholas Spykman, America’s strategy in world politics, Harcourt, Brace and company, 1942
  • Perpetual war for perpetual peace, edited by Harry Elmer Barnes (Caxton, 1953)

 

Nicolas Bonnal cartonne avec Captain Americain et captain Russia qui est un cas (sur reseauinternational.net)

Serge de Beketch divisait le cinéma américain en deux groupes de film : les films vaseline, pour rendre la vie supportable à une humanité déchue (exemple pour lui : Erin Brockovitch) ; et les films de conspiration dont le but disait-il est que l’on ne croit pas aux conspirations. Par exemple dans le dernier Jason Bourne de Paul Greengrass-Matt Damon, on crée de toutes pièces un faux terroriste irakien pour tuer le monsieur Facebook du film (un hindou de culture 100% anglo-saxonne). Mais allez expliquer ensuite, me disait Serge, que l’on a créé un terroriste. Tout le monde te rira au nez, et dira que tu vas trop… au cinéma !

Je cite le script de Jason Bourne dans un anglais de sixième. Un agent explique à son patron d’agence comment on a fabriqué numériquement un patsie pour couvrir un petit assassinat entre amis (le script dit que le Facebook local – Deep dream – est inféodé aux agences US et au deep state) : ce sera un irakien de vingt ans, on lui aura créé des comptes bancaires, des documents de voyages, des emails et tout le reste ! Tout le monde sera content, surtout les autorités de tutelle !

Debord le décrivait déjà :

« Ils sont quelque part entre l’Achéron et le Léthé, ces morts qui n’ont pas été régulièrement enterrés par le spectacle, ils sont censés dormir en attendant qu’on veuille les réveiller, tous, le terroriste redescendu des collines et le pirate revenu de la mer ; et le voleur qui n’a plus besoin de voler. »

Venons-en à capitaine America, créé par un génial scénariste autrichien (Kirby-Kurtzberg) dans les années trente. Presque tous les superhéros US sont d’origine juive et ils avaient pour mission la lutte contre le nazisme (et qui ne l’avait pas ?). Lisez Simcha Weinstein, voyez même Wikipédia, https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_Jewish_superheroes.

Le premier film de la série était nul, le deuxième plus intéressant et allude à l’opération Paperclip (élément-clé pour comprendre la série le prisonnier), spécialisée dans la récupération-recyclage des savants allemands. Il évoque l’hydre de Lerne que combat Hercule. Hydra est une agence (le nom du démon chez Byron) née du nazisme et qui va plus loin que le nazisme et lui survit (on se croirait dans les livres d’Estulin). Le propos d’Hydra est de répandre la terreur et le chaos (lisez le livre de Jérémy Lehut sur les comics US) pour anéantir liberté et résistance humaine. C’est la définition de Lucien Cerise et de son livre Gouverner par le chaos. Le système oligarchique va nous priver de nos libertés, de notre argent et surtout de nos vies. Mais c’est pour nous protéger.

L’ordinateur, un peu inspiré du Totenkopf du Captain Sky et le monde de demain (ce monde qui n’arrive jamais), révèle le principal alors :

L’humanité devait rendre sa liberté volontairement (Humanity needed to surrender its freedom willingly).

Le script dit même que le web sert à nous priver de tout, à commencer par nos libertés. Il est né de l’ordre né des ordinateurs : notre siècle est un livre digital.

Le méchant docteur Arnim Zola révèle :

HYDRA was founded on the belief that humanity could not be trusted with its own freedom. What we did not realize, was that if you try to take that freedom, they resist. The war taught us much. Humanity needed to surrender its freedom willingly.”

L’humanité résiste si on tente de lui prendre sa liberté. Elle est par contre prête à la rendre. Merci La Boétie. Merci Tocqueville et son Etat tutélaire, bienveillant et doux.

Ensuite, cette ligne : Hydra noyaute l’agence Shield, crée des attentats (revoyez opération espadon avec Travolta, sorti le 11 septembre 2001), des crises et récolte la guerre Phrase terrible : And when history did not cooperate, history was changed.

Après on en revient à Lucien Cerise et à son Gouverner par le chaos :

« HYDRA created a world so chaotic that humanity is finally ready to sacrifice its freedom to gain its security.”

Après, on aura carrément le nouvel ordre mondial.

Once the purification process is complete, HYDRA’s new world order will arise. We won, Captain.”

Comme guide du 11 septembre, on n’a pas fait mieux…

Capitaine America tente alors un soulèvement des techniciens paresseux et sauve le monde.

Heureusement que nous avons-nous captain Russia, captain China et quelques autres pour nous préserver de la volonté nihiliste, folle et chaotique des agences débiles e dangereuses qui gouvernent la dangereuse Amérique (on devrait dire étasunie)…

Nicolas Bonnal
En savoir plus sur http://reseauinternational.net/captain-america-et-le-devoilement-du-nouvel-ordre-mondial/#TopbpSAgF7h7vx5z.99

Aventures ? Art de conter ? Millénarisme ? Art de survivre ? N’oubliez pas les chants patagoniques !

https://www.amazon.fr/BATAILLE-CHAMPS-PATAGONIQUES-Roman-daventures/dp/1521242194

Hitchcock et le secret bien gardé des trente-neuf marches

Hitchcock et le secret bien gardé des trente-neuf marches

 

On connait tous ce film de Hitch, un des meilleurs de sa période anglaise. Jean Parvulesco en a bien parlé, moi aussi, et plusieurs fois. Le roman de Buchan a été caviardé. Vous pouvez le lire sur ebooksgratuits.com. Voici ce qui manque, extrait de mon opus sur littérature et conspiration.

 

John Buchan est un grand romancier d’aventures et un haut fonctionnaire britannique. Anobli, il administre le Canada, l’Eglise anglicane même, et il trouve le temps, ce petit avocat devenu grand d’écrire des dizaines de livres d’aventures et d’espionnage qui sont des textes à clé, parfois adaptés au cinéma. Toute  cette littérature coloniale et impériale a été une mine d’or pour de hauts fonctionnaires impérieux comme Lord Lytton (Pompeï, mais surtout Zanoni et la race qui nous tuera) ou Rider Haggard (She…).

Hitchcock adapte le Trente-neuf marches en le tronquant du plus important, et Bergier-Pauwels encensent la Centrale d’énergie dans le Matin des magiciens, pour les raisons que l’on va voir.

Dans ce dernier chapitre, on laisse libre cours à l’imaginaire paranoïaque et on décide que les Anglo-saxons contrôlent le monde. Quelle idée !

 

Au début des Trente-neuf marches donc, Richard Hannay rencontre un individu bizarre et paranoïaque, passablement antisémite, et qui heureusement va bientôt mourir. Il lui parle de la guerre, de l’ordo ab chaos (vieille histoire) qui va en découler :

« Du chaos général qui en résulterait, ils s’attendaient à voir sortir un monde nouveau. Les capitalistes, eux, rafleraient la galette, et feraient fortune en rachetant les épaves. Le capital, à son dire, manquait de conscience aussi bien que de patrie. Derrière le capital, d’ailleurs, il y avait la juiverie, et la juiverie détestait la Russie pis que le diable. »

 

Buchan fait-il allusion  à Mabuse, à Trotski, à la révolution bolchévique ? Ici son personnage va justifier le comportement anarchisant des Juifs (qui est tout le temps dénoncé par Chesterton, y compris dans jeudi) : ils sont les missionnaires du mal, pour reprendre l’expression presque comique de Gougenot des Mousseaux !

– Quoi d’étonnant ? s’écria-t-il. Voilà trois cents ans qu’on les persécute ! Ceci n’est que la revanche des pogroms. Les Juifs sont partout, mais il faut descendre jusqu’au bas de l’escalier de service pour les découvrir.

 

Ensuite il explique la combine, la machination… Derrière chaque haut responsable allemand, un juif ! Mais à quoi joue John Buchan ?

« Prenez par exemple une grosse maison d’affaires germanique. Si vous avez à traiter avec elle, le premier personnage que vous rencontrez est le Prince von und zu Quelque chose, un élégant jeune homme qui parle l’anglais le plus universitaire – sans morgue toutefois. Si votre affaire est d’importance, vous allez trouver derrière lui un Westphalien prognathe au front fuyant et distingué comme un goret. C’est là l’homme d’affaires allemand qui inspire une telle frousse à vos journaux anglais. »

 

Ensuite « le juif » arrive comme le Blofeld (il est bulgare) de James Bond :

« Mais s’il s’agit d’un trafic tout à fait sérieux qui vous oblige à voir le vrai patron, il y a dix contre un à parier que vous serez mis en présence d’un petit Juif blême au regard de serpent à sonnettes et affalé dans un fauteuil d’osier. Oui, monsieur, voilà l’homme qui dirige le monde à l’heure actuelle, et cet homme rêve de poignarder l’Empire du Tzar, parce que sa tante a été violentée et son père knouté dans une masure des bords de la Volga. »

Buchan évoque la guerre germano-russe (on y revient) et on sait que la social-démocratie allemande, traditionnellement  russophobe, déclara euphorique la guerre à la Russie des tzars en 1914. On verra plus bas ce qu’un historien contemporain en pense.

 

Le gourou (conte fantastique du soir)

Le gourou (conte fantastique)

 

Je sers le gourou depuis dix ans déjà. Je l’ai connu dans un bar parisien, il m’a tout de suite apprécié à ma juste valeur, surtout que je ne lui demande aucun argent. Cet homme extraordinaire m’a permis de le suivre dans ses pérégrinations et de l’accompagner dans le développement de sa pensée révolutionnaire qui a transformé le monde. Je lui sers de chauffeur et de garde du corps, parfois de secrétaire. Il me demande simplement de me taire. Et je me tais pour écouter la grandeur et la profondeur de ses propos sur le monde.

Le gourou multiplie les conférences dans le monde. On le paie une fortune pour cela. On l’invite dans les plus grands hôtels, les plus grands restaurants, les centres des congrès, les Business Center. Je me tiens toujours près de lui. Et il parle, et il rend l’espoir aux jeunes, il nous ouvre à tous un futur merveilleux.

Aujourd’hui nous sommes dans l’Empire du Milieu, comme dit le gourou. Le sujet de sa conférence à deux millions de dollars (mais le gourou compte gagner beaucoup plus après avec ses livres et ses statuettes) : le religion empêche-t-elle l’enrichissement ? Et le gourou est magnifique.

Il prend le contre-pied de la théorie traditionnelle qui affirme que la religion nuit au développement économique. Pour lui c’est tout le contraire : jamais les Américains n’ont été si pratiquants, si religieux, et jamais ils n’ont été si riches. Et il est faux de dire que seuls les protestants étaient capables de développer le capitalisme ou de chercher des montagnes de profits. Le gourou prend l’exemple des cités et des principautés italiennes, et même de l Espagne et du Portugal. Les pays catholiques également ont fini par se développer rapidement, et il cite l’exemple du Brésil ou du Chili.

En Chine même, pour le Gourou il n’y a pas de problème : Confucius et Lao Tseu se tendent la main pour réaliser le décollage économique de ce formidable pays qui va engloutir le tiers, comme les Etats-Unis, des réserves de la planète, et qui possède un quart des avoirs en dollars. La Chine a toujours eu le potentiel de développer son économie en même temps que son esprit, s’écrie-t-il sous les applaudissements de l’assistance, une fois que cette dernière a compris sa pensée (car il s’exprime directement en mandarin, mon gourou). Il parle la langue du feu, la langue qui fait fondre les métaux précieux.

Et le gourou fait aussi l’éloge de l’islam et de Sindbad, du pétrole cher et des marchands de tapis, puis de l’hindouisme, du jaïnisme, prouvant que toutes les religions végétariennes sont excellentes pour la santé et pour l’éducation et pour les affaires, que ce sont les végétariens qui ont développé l’Inde et l’Autre Monde. Le gourou félicite aussi les juifs traditionalistes de respecter la torah et de tailler les diamants, fonder l’informatique moderne et surfer sur les cours de la bourse. Enfin il voit dans le Nouvel Age un champ d’enrichissement infini pour l’humanité.

 

  • Le XXI ème siècle sera spirituel ou il sera pauvre, s’exclame-t-il. Les pays ou les continents qui ne sont plus religieux perdent leur capacité d’enrichissement. Voyez le message du Christ, la parabole des talents. Celui qui ne multiplie pas ses richesses, ses talents, ses avoirs, ses possessions, celui qui n’a pas des enfants à nourrir et gâter ira en enfer, je veux dire le véritable enfer, l’enfer de la pauvreté. Le Christ a toujours défendu les gains, on a déformé son message.

 

On acclame le gourou. Le soir une grande réception est donnée en son honneur. Des sommités du monde des affaires, de la religion et des médias viennent le féliciter. Mais le gourou n’a pas trop le temps de poursuivre sur sa lancée. Il se contente de serrer quelques mains. Il remonte dans sa suite impériale pour préparer sa prochaine conférence et compter ses dollars. Il les compte un par un, il adore compter les dollars. Non par avarice, mais parce que cela le calme, me dit-il. Après il se met devant l’ordinateur et il suit les cours de la bourse, les cours de ses actions. Il est très content de l’Asie et de l’Amérique du sud, un peu déçu par l’Europe.

  • Le monde blanc est sur le déclin, me dit-il (cela, il ne le dirait pas en public, il ne le dit qu’a moi), surtout en Europe. Mais l’Amérique a trop de dettes, et elle vit à crédit de la générosité de ses fournisseurs asiatiques. L’avenir est à la matière première latino, à la matière grise asiatique. Bien entendu il restera toujours des exceptions.

 

Le gourou veut s’acheter de la terre en Patagonie. Il a peur de la fonte des glaciers, et surtout il croit que le prix de tout va monter, de n’importe quel bout de terrain aux quatre coins du monde. C’est le sujet de sa prochaine conférence à Sao Paulo : elle s’intitule la Hausse. Le monde entier va se précipiter pour l’écouter dans une salle gigantesque d’habitude réservée aux nouvelles églises brésiliennes qui promettent à leurs ouailles l’argent, le succès et la popularité. La Hausse : tout le monde se demande ce que veut dire le gourou. Ne prend-il pas de risques pour une fois, se demandent des milliers de commentateurs officiels de par le monde ? Ces commentateurs ne connaissent pas mon gourou.

Le gourou se félicite dans un grand hall, en compagnie de deux missionnaires locaux, de l’universelle hausse des prix du terrain, de la terre et des matières premières. Pour lui il n’y a rien de mieux : le pétrole a triplé, le cuivre a sextuplé, la viande a doublé, le sucre a quadruplé, tout cela est merveilleux, tout cela est si bon, tout cela est bon pour les paysans, bon pour les commerçants, et même bon pour les clients puisque les clients sont invités par la présente à s’enrichir plus et autrement, puisque les clients sont eux aussi condamnés à devenir riches. Ce n’est plus un commandement abstrait, l’enrichissement, c’est une obligation biologique.

Le gourou salue ainsi le génie américain d’avoir créé non plus une économie de production mais une économie d’enrichissement. Il salue le doublement de l’immobilier en Floride en un an. Il salue le décuplement du prix de l’immobilier en Espagne en vingt ans : cela sorti ce pays des affres de la dictature et de la pauvreté féodale. Tous propriétaires, tous millionnaires ! rugit-il. Il rêve d’un monde douze milliards d’hommes qui sont chacun riche d’un million de dollars en moyenne. Il invite les paysans népalais ou boliviens à acheter de la terre.

Car le gourou aima la terre, parce que la terre c’est notre planète. Il faut acheter des terrains, des parcs, des plages, des montagnes, il faut créer des stations balnéaires, des stations de sports d’hiver, des stations d’épuration, il faut privatiser des espaces publics, il faut que tout cella prenne de la valeur, il faut rentabiliser les déserts, les glaciers, les pics d’Aneto, les monts Lascar, les Annapurna, ooooh…, mon gourou est ivre de bonheur, comme la salle d’ailleurs. Il imagine un monde qui valait un milliard de dollars du temps des Romains et qui vaudrait maintenant 170 000 milliards de dollars, simplement parce que la cacahuète a triplé en trois mois, que le nickel a doublé et que l’immeuble haussmannien a vu sa valeur prendre 5000% en un petit siècle et demi. La légende des siècles, c’est l’argent, termine-t-il devant une salle qui déchire des fauteuils à 450 dollars pièce.

 

Le soir même les chaînes de télévision internationales du monde entier globalisé reproduisent les propos suprêmes du gourou. On sent une hésitation au début et puis, au fur et à mesure, un colossal acquiescement aux propos du gourou. L’immobilier terrestre, affirme un expert, va prendre 20% dans les semaines suivantes, la bourse monte de 3% en Asie, et l’indice de confiance de l’université du Michigan monte de 7%, record absolu. On vend partout des statuettes à vingt ou cent dollars du gourou, et on les prie pour gagner en richesse et en sagesse.

Mon gourou est las mais content de lui. Il est assis sur sa terrasse, il contemple la ville immense de vingt millions d’habitants, il calcule combien peut valoir chaque immeuble, combien un jour pourrait valoir une favela remplie de bourgeois bohêmes qui désireraient une habitation en bois avec vue plein sud, combien pourrait valoir un pauvre hère qui vendrait une partie de ses organes à la science pour financer les études de sa nombreuse progéniture. Mon gourou bouillonne de chiffres et d’idées. Et il s’adresse à moi :

  • Tu connais l’histoire du père Noël moderne, mon ami.
  • Non, mon gourou.
  • Qu’est-ce que je vous vends, les enfants ?… Parce que c’est par les enfants qu’il faut commencer. Il y en aura de moins en moins, il faudra donc de mieux en mieux les former.

 

Et le gourou prépare sa conférence sur les enfants qu’il va donner à New York. Et le grand jour arrive, à l’ONU. Le gourou parle longtemps, il explique aux enfants qu’ils doivent devenir de merveilleux petits consommateurs perpétuels et précoces, qu’ils doivent faire dépenser un max d’argent à leurs parents, qu’ils sont pour téléphoner, voyager, acheter des jouets, vidéo-jouer (il est très fier de son néologisme, il le répète même), se vêtir à prix élevé, bref qu’ils sont là pour coûter de l’argent aux parents. Et, ajoute-t-il comme pour rassurer les parents, eux doivent avoir des enfants comme `New York ou Singapour pour prouver qu’ils sont riches, pour montrer qu’ils sont capables de leur acheter tous les gadgets, tous les cadeaux, tous les colifichets que la marmaille désire. Dans la salle les enfants et les adolescents trépignent déjà sur leur petit balai, les adultes hésitent encore sur leur chaise : le gourou visionnaire a toujours une longueur d’avance, au moins quelques heures. C’est le grand jour du gourou : la ville-monde le célèbre, il a promis la richesse et le repos éternel.

 

Le soir il recompte ses dollars dans sa suite du Pierre. Je regarde cette belle somme étalée sur les tables et le sol, et je le vois s’amuser comme un enfant. Lui-même est devenu un enfant conformément aux commandements de l’un de nos grands maîtres. Et pour une fois je prends la parole. Je lui annonce ma retraite. Nous avons accompli notre mission, le monde a compris. Il se relève, baisse la tête.

  • Si vous n’êtes plus mon serviteur, vous redevenez mon maître. Adieu, et merci de m’avoir donné cette puissance.

 

Il s’incline et baise ma bague à deux serpents. Je me retire et prends l’ascenseur de la suite qui va me mener directement chez moi. J’hésite un instant, comme par jeu, à mettre le feu à sa petite personne, à sa suite ou à l’hôtel, et j’y renonce. Ces imbéciles incendieront la terre bien assez tôt pour moi et je pourrai mener à bien des projets plus complexes. L’écran de l’ascenseur marque moins 666. J’arrive chez moi. Il y fait chaud. J’espère que le gourou fera des travaux s’il veut transformer mon inframonde en attraction touristique.

 

Nicolas Bonnal