Fabien et Dublin sur réseau international pour dénoncer l’horreur immobilière dublinoise

https://reseauinternational.net/fabien-et-la-question-immobiliere-en-irlande/

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Alles kleiner geworden! Comment le logement moderne nous rapetisse (par Nietzsche et Guy Debord)

Alles kleiner geworden! Comment le logement moderne nous rapetisse (par Nietzsche et Debord)

 

Et un jour il aperçut une rangée de maisons nouvelles ; alors il s’étonna et il dit :

 

Que signifient ces maisons ? En vérité, nulle grande âme ne les a bâties en symbole d’elle-même !

Un enfant stupide les aurait-il tirées de sa boîte à jouets ?

Alors qu’un autre enfant les remette dans la boîte !

Et ces chambres et ces mansardes : des hommes peuvent-ils en sortir et y entrer ? Elles me semblent faites pour des poupées empanachées de soie, ou pour des petits chats gourmands qui aiment à se laisser manger.

Et Zarathoustra s’arrêta et réfléchit. Enfin il dit avec tristesse : Tout est devenu plus petit !

Je vois partout des portes plus basses : celui qui est de mon espèce peut encore y passer, mais – il faut qu’il se courbe !

Oh ! quand retournerai-je dans ma patrie où je ne serai plus forcé de me courber – de me courber devant les petits ! » –

Et Zarathoustra soupira et regarda dans le lointain.

Le même jour cependant il prononça son discours sur la vertu qui rapetisse. »

 

Zarathoustra, III)

 

Guy Debord :

 

« Pour la première fois une architecture nouvelle, qui à chaque époque antérieure était réservée à la satisfaction des classes dominantes, se trouve directement destinée aux pauvres.

La misère formelle et l’extension gigantesque de cette nouvelle expérience d’habitat proviennent ensemble de son caractère de masse, qui est impliqué à la fois par sa destination et par les conditions modernes de construction. La décision autoritaire, qui aménage abstraitement le territoire en territoire de l’abstraction, est évidemment au centre de ces conditions modernes de construction. La même architecture apparaît partout où commence l’industrialisation des pays à cet égard arriérés, comme terrain adéquat au nouveau genre d’existence sociale qu’il s’agit d’y implanter. Aussi nettement que dans les questions de l’armement thermonucléaire ou de la natalité — ceci atteignant déjà la possibilité d’une manipulation de l’hérédité — le seuil franchi dans la croissance du pouvoir matériel de la société, et le retard de la domination consciente de ce pouvoir, sont étalés dans l’urbanisme. »

Alles kleiner geworden! Comment le logement moderne nous a rapetissés (par Zarathoustra)

Alles kleiner geworden! Comment le logement moderne nous a rapetissés (par Zarathoustra)

 

Et un jour il aperçut une rangée de maisons nouvelles ; alors il s’étonna et il dit :

 

Que signifient ces maisons ? En vérité, nulle grande âme ne les a bâties en symbole d’elle-même !

Un enfant stupide les aurait-il tirées de sa boîte à jouets ?

Alors qu’un autre enfant les remette dans la boîte !

Et ces chambres et ces mansardes : des hommes peuvent-ils en sortir et y entrer ? Elles me semblent faites pour des poupées empanachées de soie, ou pour des petits chats gourmands qui aiment à se laisser manger.

Et Zarathoustra s’arrêta et réfléchit. Enfin il dit avec tristesse : Tout est devenu plus petit !

Je vois partout des portes plus basses : celui qui est de mon espèce peut encore y passer, mais – il faut qu’il se courbe !

Oh ! quand retournerai-je dans ma patrie où je ne serai plus forcé de me courber – de me courber devant les petits ! » –

Et Zarathoustra soupira et regarda dans le lointain.

Le même jour cependant il prononça son discours sur la vertu qui rapetisse.

 

On relit cette merveille en allemand :

 

Und einmal sah er eine Reihe neuer Häuser; da wunderte er sich und sagte:

»Was bedeuten diese Häuser? Wahrlich, keine große Seele stellte sie hin, sich zum Gleichnisse!

Nahm wohl ein blödes Kind sie aus seiner Spielschachtel? Daß doch ein anderes Kind sie wieder in seine Schachtel täte!

Und diese Stuben und Kammern: können Männer da aus- und eingehen? Gemacht dünken sie mich für Seiden-Puppen; oder für Naschkatzen, die auch wohl an sich naschen lassen.«

Und Zarathustra blieb stehn und dachte nach. Endlich sagte er betrübt: »Es ist alles kleiner geworden!

Überall sehe ich niedrigere Tore: wer meiner Art ist, geht da wohl noch hindurch, aber – er muß sich bücken!

Oh wann komme ich wieder in meine Heimat, wo ich mich nicht mehr bücken muß – nicht mehr bücken muß vor den Kleinen!« – Und Zarathustra seufzte und blickte in die Ferne.

Desselbigen Tages aber redete er seine Rede über die verkleinernde Tugend.

 

Puis Nietzsche ajoute (car la maison est liée au foyer) :

Les qualités de l’homme sont rares ici : c’est pourquoi les

femmes se masculinisent. Car celui qui est assez homme sera

seul capable d’affranchir dans la femme – la femme.

Des Mannes ist hier wenig: darum vermännlichen sich ihre Weiber. Denn nur wer Mannes genug ist, wird im Weibe das Weib – erlösen.

 

 

Infinite suburbia, sprawling : l’enfer interminable sur la terre. Lisez Nicolas Bonnal (et Dean Kunstler)

 

https://www.amazon.fr/territoires-protocolaires-Nicolas-Bonnal/dp/2876230984/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1511604121&sr=8-1&keywords=territoires+protocolaires

Rappel. Le roman apocalyptique/humoristique/épique du siècle. Présentation des maîtres carrés

Présentation des maîtres carrés

 

Nicolas Bonnal, Tatiana Mandrivnik et Wilfried Rundfunk

Présentent en exclusivité sur le site de la France Courtoise :
Les voyages de Horbiger
ou
Les maîtres carrés (E=m²)

Feuilleton fantastique et burlesque,
Epopée tragique et comique,
mais aussi…
Roman quantitatif de la Fin des Temps

***

Les prix dans l’ancien à Paris ont atteint 7000 euros le mètre carré. (la Presse, le 25 novembre 2010)

La sagesse n’a point trouvé sur la terre de demeure où reposer sa tête ; c’est pourquoi elle fait sa résidence dans le ciel.

Les prix dans l’ancien à Paris ont atteint 7500 euros le mètre carré. (la Presse, le 9 décembre 2010)

Vous avez fait de la maison de mon père une maison de rapport.

Les prix dans l’ancien à Paris ont atteint etc.

Il faut serrer la vis aux Allemands ; bien qu’ils soient forts en sciences, il faut leur serrer la vis.

Omnia praecepi atque animo mecum ante peregi.

***

Un ange rebelle descend du ciel pour soulever les terriens de la grande métropole contre la dictature des maîtres carrés et du grand capital imbécile. Il s’entoure de petits Russes blonds, de poètes et de matheux maudits, de moscoutaires audacieux et d’ingénieuses déjantées. Il est dénoncé par le tribunal de l’acquisition. Descendant trois fois au Enfers, il récupère le savant fou Horbiger avec qui il va fonder, sur fond de blagues et de bière, un nouvel embyrrhe pas très cathodique et une nouvelle cité de Dieu plus médiévale.

Epopée tragi-comique et roman-feuilleton du rire, les Maîtres carrés, dignes héritiers de Dr Folamour, du Matin des Magicienset de l’Enéide revue et corrigée, illustrent parfaitement le caractère eschatologique et comique de notre triste époque.

***

I – Premier acte

II – Chapiteau II : les hauts lieux (où souffle l’immobilier)

III – Deuxième acte (L’arche russe)

IV – Nuit d’enfer à Montmartre et ailleurs

V – Chapitre suivant : Aventures dans une boîte de nuit

VI – Autre acte gratuit moscoutaire

VII – Digressions par la grande tente et ailleurs

VIII – La bibliothèque et puis la butte

IX – Suite mais pas Fin

X – Chapitre nouveau : on change d’air (et de monnaie)

XI – Chapitre dix (?) : Brève descente aux affaires

XII – Où l’Enfer continue

XIII – Une descente de bière

XIV – Tartarie et barbarie

XV – Chapitre suivant. On sort du lot…

XVI – Les aristocrates à la lanterne

XVII – Chapitre suivant. Sans chambre en ville

XVIII – L’attente et la nuit transfigurée

XIX – Chapitre à censurer. Lebensraum

XX – Chapitre suivant, sans peur et sans reproche

XXI – Une nuit magnétique (chapitre quoi ?)

XXII -Un petit déjeuner végétaryen

XXIII – Chapitre X : classe Enfers (et pas affaires)

XXIV – Un détour par Babel

XXV – Des lendemains qui chantent mal

XXVI – Chapitre ultérieur et non suivant – Eclaircie

XXVII – Autre chapitre de vaches maigres : Après l’Enfer, la dystopie commence

XXVIII – Chapitre autre : à la recherche de l’espace perdu (une fois…)

XXIX – Chapitre autre (à la recherche du royaume perdu, encore)

XXX – Acte XIII – Old Kabbalah Hostel (où l’on découvre Orden)

XXXI – Autre étrange suite dans les idées : Orden et cimeterres

XXXII – Chapitre suivant : la première guerre géniale (ou grosse guerre) est déclarée

XXXIII – Acte 30 : Le mie prigioni

XXXIV – Chapitre intérimaire

XXXV – Vrai chapitre cette fois : qu’est-ce que l’asinellisme ?

XXXVI – Chapitre politiquement ésotérique, donc incorrect : Les guerres horbigériennes, chapitre un

XXXVII – Actes 72 de la société des galactiques, ou : suite des guerres horbigériennes

XXXVIII – Boom Laden ou la Tour invisible

XXXIX – Richistan, ou le retour de Sibylle

XL – Le Richistan chic, Zarkoz et le grand acquisiteur

XLI – Autre chapitre intérimaire : comment nous avions gagné à notre insu la bataille des mètres carrés sur terre

XLII – Le tribunal de Camembert et le procès de Horbiger

XLIII – La promotion de Horbiger : le Khan ou le grand blond en avant. Ou comment Mein Fou Rire devint Mi To

XLIV – La bataille des champs patagoniques

XLV – Traité de la Libre circulation dans l’espace vital – Chapitre fou (un de plus, au point où nous en somme de ce somme théologique ou bien comique…)

XLVI – La soucoupe violente et les mondes de la droite parallèle – Petit Traité d’épuration éthique ou bien spatiale – Digression arabo-andalouse

XLVII – Le rétablissement de la civilisation médiévale – Restaurator temporis acti, ou la cité des dieux

XLVIII – La chambre au musée, le tableau au musée, les amours… – La trop grande bibliothèque

XLIX – Autre chapitre intérimaire, Tourné aux Enfers, Et filmé par Werner

L – Avant-dernier plaisir : la dernière gorgée de pierre – Ma favela au centre-ville

LI – Bref retour de Gerold au affaires

 

Pourquoi Ibn Khaldun préfère les gens des campagnes à ceux des villes

Pourquoi Ibn Khaldun préfère les gens des campagnes à ceux des villes

 

Je n’ai aucune illusion sur notre civilisation bourgeoise et scientiste et moderniste et tout. Elle est déjà morte. Le salut ne sera que personnel et clanique. Voyons pourquoi maintenant, alors que l’urbanisation, le confort, les routines, l’abrutissement médiatique (neuf heures par jour en moyenne pour le citoyen US) nous ont tout retiré, forces, résistance, lucidité, humanité.

 

On connait ma passion pour Ibn Khaldun, génie né à Tunis, esprit universel comme Aristote et digne de Tocqueville pour ses constatations et ses prédictions politiques. Fasciné par la décadence de sa propre civilisation au quatorzième siècle, il ne cesse d’étudier cette notion. Sur les rats des villes et les rats des campagnes, il a bien compris quelque chose.

Il n’aime pas les rats des villes, leur préférant les braves paysans. Il écrit :

 

« Or les habitants des villes s’occupent ordinairement de leurs plaisirs et s’abandonnent aux habitudes du luxe ; ils recherchent les biens de ce monde transitoire et se livrent entièrement à leurs passions. Chez eux, l’âme se corrompt par les mauvaises qualités qu’elle acquiert en grand nombre, et, plus elle se pervertit, plus elle s’écarte du sentier de la vertu. Il leur arrive même d’oublier dans leur conduite toutes les bienséances… »

 

Sur les gens des campagnes :

 

 

« Les gens de la campagne recherchent aussi les biens de ce monde, mais ils n’en désirent que ce qui leur est absolument nécessaire ; ils ne visent pas aux jouissances que procurent les richesses ; ils ne recherchent pas les moyens d’assouvir leur concupiscence ou d’augmenter leurs plaisirs. Les habitudes qui règlent leur conduite sont aussi simples que leur vie. On pourra trouver dans leurs actes et dans leur caractère bien des choses à reprendre ; mais ces défauts paraîtraient peu graves, si l’on jetait les yeux ensuite sur les mœurs des habitants des villes. Comparés avec eux, ils se rapprochent bien plus du naturel primitif de l’homme, et leurs âmes sont moins exposées à recevoir les impressions que les mauvaises habitudes laissent après elles. Il est donc clair que, pour les corriger et les ramener dans la bonne voie, on aura moins de peine qu’avec les habitants des villes… Ce qui précède suffit pour démontrer que les gens de la campagne sont plus enclins à la vertu que les habitants des villes. Dieu aime ceux qui le craignent (Coran, sourate IX, vers. 4). »

 

Ibn Khaldun ajoute que les habitants des villes sont lâches :

 

« Les habitants des villes, s’étant livrés au repas et à la tranquillité, se plongent dans les jouissances que leur offrent le bien-être et l’aisance, et ils laissent à leur gouverneur ou à leur commandant le soin de les protéger en leurs personnes et leurs biens. »

 

Tiens, comparons avec Tocqueville :

 

« Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. »

 

Tocqueville et Sénèque rejoignent simplement Ibn Khaldun. Il faut être Machiavel ou Léo Strauss pour aimer ce que devient notre humanité de gros assoupis manipulés menés par le bout du nez et des nénés (si vous voyiez ce que je vois en ouvrant mon répugnant portail Yahoo..). Le grand tunisien ajoute :

 

« Les gens de la campagne, au contraire, se tiennent éloignés des grands centres de population ; habitués aux mœurs farouches que l’on contracte dans les vastes plaines du désert, ils évitent le voisinage des troupes auxquelles les gouvernements établis confient la garde de leurs frontières, et ils repoussent avec dédain l’idée de s’abriter derrière des murailles et des portes ; assez forts pour se protéger eux-mêmes, ils ne confient jamais à d’autres le soin de leur défense et, toujours sous les armes, ils montrent, dans leurs expéditions, une vigilance extrême. »

 

La valeur tellurique a vécu de nos jours. Carl Schmitt dans son très bon livre sur le partisan regrette la perte du tellurisme des résistantes sociétés paysannes : Ein solcher motorisierter Partisan verliert seinen tellurischen Charakter…

 

Je poursuis avec le maître arabe :

 

« Les gens qui, depuis leur première jeunesse, ont vécu sous le contrôle d’une autorité qui cherche à former leurs mœurs et à leur enseigner les arts, les sciences et les pratiques de la religion, un tel peuple perd beaucoup de son énergie et n’essaye presque jamais de résister à l’oppression. »

 

A l’inverse les hommes libres – ce n’était pas des indépendantistes catalans – savaient se faire respecter :

 

« Le lecteur qui aura bien compris la portée de nos observations, c’est-à-dire, que le contrôle d’une autorité supérieure affaiblit l’énergie des peuples, se gardera bien d’en nier la justesse ; il ne leur opposera pas l’exemple offert par les Compagnons du Prophète, qui, tout en se conformant aux prescriptions de la religion et de la loi, conservaient toujours leur force d’âme et surpassaient en bravoure tous les autres hommes… »

 

Le libertarien et croyant Ibn Khaldun défend un homme pieux non aliéné par l’Etat :

 

« Ils s’y conformèrent avec empressement, parce que la foi et la croyance aux dogmes de la religion avaient jeté dans leurs cœurs des racines profondes. Leur énergie de caractère demeura intacte, n’ayant jamais souffert les atteintes qu’une éducation régulière et l’autorité d’un gouvernement établi auraient pu lui porter. »

 

Lisez la suite, elle est extraordinaire :

 

« L’affaiblissement progressif du sentiment religieux ayant rendu nécessaires des moyens coercitifs, la connaissance de la loi devint une science qu’il fallait acquérir par l’étude ; on adopta volontiers la vie des villes et l’on prit l’habitude d’obéir aux ordres du magistrat. Ainsi se perdit l’esprit d’indépendance… »

 

Notre grand homme persiste contre l’administration :

 

« …une administration présidée par un prince et un système d’éducation réglé avec méthode comptent au nombre des causes qui enlèvent aux habitants des villes leur courage et leur énergie, surtout à ceux qui, depuis l’enfance jusqu’à la vieillesse, ont subi ces influences oppressives. Il en est bien autrement chez les habitants du désert… »

 

On conclue avec Ibn Khaldun :

 

« Pour arriver au commandement, il faut être puissant ; pour obtenir la puissance il faut l’appui d’un parti fort et bien uni ; donc, pour maintenir son autorité, on a absolument besoin d’un corps dévoué au moyen duquel on puisse vaincre successivement tous les partis qui tenteraient de résister. Quand le chef est assez fort pour les dominer, ils font leur soumission et s’empressent de lui obéir. »

 

Je rappellerai ma récente citation de Tacite ;

 

« Ils savent se choisir des chefs, écouter ceux qu’ils ont choisis, garder leurs rangs, comprendre les occasions, différer une attaque, profiter du jour, se retrancher la nuit, se défier de la fortune, attendre tout de la valeur, et, ce qui est très rare et ne peut être que le fruit de la discipline, compter sur le général plus que sur l’armée… »

 

Sources

 

Tacite – Germanie

Ibn Khaldun – Prolégomènes, première partie, seconde section (classiques.uqac.ca). Traduction MAC GUCKIN DE SLANE (1801-1878)

 

 

 

 

La phrase de Sénèque ce soir : « Nous entreprendrons alors de construire des maisons, d’en démolir d’autres, de reculer les rives de la mer, d’amener l’eau malgré les difficultés du terrain… »

La phrase de Sénèque ce soir

 

Extraordinaire aussi, cette allusion au délire immobilier qui a détruit le monde et son épargne : « Nous entreprendrons alors de construire des maisons, d’en démolir d’autres, de reculer les rives de la mer, d’amener l’eau malgré les difficultés du terrain… »

 

 

À votre tour maintenant, vous chez qui le luxe déborde en aussi larges envahissements que chez d’autres la cupidité. Jusqu’à quand, vous dirai-je, n’y aura-t-il point de lac sur lequel le faîte de vos villas ne s’élève comme suspendu, point de fleuve que ne bordent vos édifices somptueux ? Partout où l’on verra sourdre un filet d’eau thermale, de nouvelles maisons de plaisir vont sortir du sol. Partout où le rivage forme en se courbant quelque sinuosité, vous y bâtissez à l’instant ; le terrain n’est point digne de vous, si vous ne le créez de main d’homme, si vous n’y emprisonnez les mers. Mais en vain vos palais resplendiront-ils en tous lieux, et sur ces hautes montagnes d’où l’œil découvre au loin la terre et les flots, et au sein des plaines d’où ils s’élèvent rivaux des montagnes ; quand vous aurez construit sans fin comme sans mesure, chacun de vous n’aura pourtant qu’un corps et bien mince.

 

Que vous servent tant de chambres à coucher ? Vous ne reposez que dans une seule. Elle n’est point vôtre, la place où vous n’êtes point.

 

Quid prosunt multa cubicula?

in uno iacetis. Non est vestrum ubicumque non estis.

 

Et d’ailleurs citons l’extrait de cette lettre splendide en latin :

 

 

[21] ‘Nunc vobiscum loquor quorum aeque spatiose luxuria quam illorum avaritia diffunditur. Vobis dico: quousque nullus erit lacus cui non villarum vestrarum fastigia inmineant? nullum flumen cuius non ripas aedificia vestra praetexant? Ubicumque scatebunt aquarum calentium venae, ibi nova deversoria luxuriae excitabuntur.

Ubicumque in aliquem sinum litus curvabitur, vos protinus fundamenta iacietis, nec contenti solo nisi quod manu feceritis, mare agetis introrsus. Omnibus licet locis tecta vestra resplendeant, aliubi inposita montibus in vastum terrarum marisque prospectum, aliubi ex plano in altitudinem montium educta, cum multa aedificaveritis, cum ingentia, tamen et singula corpora estis et parvola.

Quid prosunt multa cubicula?

in uno iacetis. Non est vestrum ubicumque non estis.

 

Lettre LXXXIX