Pourquoi les USA n’auraient jamais dû exister… (publié par N.B. sur Dedefensa.org il y a trois mois)

Pourquoi les USA n’auraient jamais dû exister

Un article d’Adam Gopnik dans The New Yorker a mis en rage les énergumènes de Prisonplanet.com (vive Trump, mais vive la guerre avec les russes). Il ne fait pourtant que reprendre à sa manière gauchiste les arguments des libertariens et de quelques traditionalistes dont je suis sur une question importante : l’existence-même des USA.

Nous aurions pu être le Canada. We could have been Canada.

On n’avait donc pas besoin de faire une guerre d’indépendance cruelle et dangereuse contre l’Angleterre. L’Amérique aurait été moins peuplée, serait restée un dominion tranquille comme le Canada et l’Australie, et l’Angleterre aurait continué de trôner pragmatiquement sur le monde. L’Allemagne n’aurait bien sûr pas osé la défier, et nous n’aurions pas connu les horreurs mondiales de nos guerres germano-britanniques.

Gopnik ajoute qu’on aurait aboli l’esclavage sans passer par cette folle et sanglante guerre de Sécession. C’est une évidence : l’Angleterre a aboli dans la belle foulée de sa révolution industrielle l’esclavage dans toutes ses colonies. Je pense aussi qu’il y aurait eu une immigration  anglo-irlandaise dans ce grand pays, et cela aurait été mieux. Je suis arrivé à cette conclusion en lisant Poe, Melville, Kipling, Grant, Stoddard, Ross et quelques dizaines d’autres.

Thomas di Lorenzo dans son livre sur Lincoln a révélé le personnage que c’était. Un radical, un whig, comme ceux qui voulaient la révolution de 1776 aux relents Illuminati. J’ai souligné dans un texte précédent que Lincoln dénonce d’un côté la barbarie de la populace américaine (crimes racistes, lynchages, pendaisons ; comparez au Canada) et cette adoration de la loi qui confine aujourd’hui au totalitarisme, avec 42% de la population carcérale mondiale.

La nation indispensable d’Obama (qui vient de palper 3 .2 millions pour pérorer en jet sur l’effet de serre) n’aurait pas détruit (ou défiguré) la moitié du monde et l’Asie, et n’aurait pas hypocritement géré la question noire après l’esclavage (un million de jeunes noirs tués en trente ans là-bas), n’aurait pas détruit la culture européenne et même mondiale par sa sous-culture déracinée. Elle ne serait pas en train de nous préparer à une guerre d’extermination contre la Russie pour satisfaire son ego.

Oui, je pense aussi que l’on pouvait se passer de l’Amérique et que la France aurait pu garder la Louisiane, l’Espagne la Californie, et la Russie l’Alaska. La destruction de la planète par l’Américanisme depuis deux-cent-quarante ans maintenant est certainement la plus grande catastrophe eschatologique de l’histoire du monde. Ajoutez que si nous n’avions pas aidé cette anti-nation à chasser les gentlemen Anglais, nous n’aurions pas connu la révolution et son cortège de catastrophes. Il est vrai qu’il y en a que cela motive.

 

Sources

We could have been Canada – The New Yorker – 05/15/2017

Samuel Johnson – The patriot (1774)

Nicolas Bonnal – La culture comme arme de destruction massive (Amazon_Kindle)

 

Ita fac, mi Lucili: vindica te tibi, et tempus quod adhuc aut auferebatur aut subripiebatur aut excidebat collige et serva.

Tout Sénèque est sur Wikisource… Tout Nicolas Bonnal parle de Sénèque.

 

 

Alexander Payne et la grande dépression américaine

On a parlé de la crise du tourisme en Amérique. Parlons de la crise de la civilisation en Amérique, cette nation indispensable qui crée un monde zombi à son image.

Il reste un cinéaste américain, Alexander Payne, qui nous conte, à travers des films comme Les Descendants, Monsieur Schmidt ou Nebraska, le désastre de la civilisation américaine. La matrice américaine entre les mains des oligarques a tué la civilisation américaine et l’a dévitalisée. Michael Snyder, sur son blog, ne cesse de nous donner, semaine après semaine, des nouvelles de cet effondrement physique de l’Amérique, cette Amérique représentée par les jeunes filles odieuses et monstrueuses comme la grosse Kardashian ou l’Ivanka Trump-Kushner.

Le néant US accompagne bien sûr une extension du domaine de la lutte, pour reprendre l’expression de Houellebecq. Car la matrice fait vivre de plus en plus mal les gens à l’intérieur, et elle fait souffrir ou extermine de plus en plus de peuples à l’extérieur, du monde musulman aux banlieues industrielles chinoises et bengalis (cinq euros par mois pour fabriquer des chemises vendues soixante chez Gap) en passant par la banlieue française. Comme dans un livre de Jack London que j’ai analysé récemment, l’oligarchie devient de plus en plus fasciste et dangereuse, car elle carbure moins à l’impérial qu’au prétexte humanitaire : réparation du monde (tikkun), lutte contre le nationalisme, le sous-développement, le terrorisme (sauf Daesh), l’islamisme, etc.

Jack London écrit dans le Talon de fer : « La force motrice des oligarques est leur conviction de bien faire. » Les milliardaires éduquent ensuite leurs enfants et les rendent tout prêts à amender l’humanité, et à l’exterminer comme populiste quand elle ne veut pas être amendée !

Et s’il y a un cinéaste, il y a aussi un grand analyste du désastre US (qui est devenu le nôtre lors de notre passage à la globalisation), et qui se nomme Howard Kunstler. Je donne ici deux extraits de son dernier texte, qui résume son œuvre maîtresse, The Long Emergency.

Froidement, Kunstler présente ainsi son pays :

Je vis dans un coin de cette Amérique périphérique, où vous pouvez facilement lire les conditions de vie sur les murs : les rues principales vides, surtout quand la nuit tombe, les maisons sans soins et se dégradant d’année en année, les fermes abandonnées avec des granges qui tombent en ruine, les outils agricoles rouillant sous la pluie et les pâturages couverts de sumacs, ces chaînes nationales de magasins parasites, poussant comme des tumeurs aux abords de chaque ville.

Ce pourrissement culturel créé par l’oligarchie avide et folle, les Wal-Mart, la multiplication des « détritus urbains » (Lewis Mumford) et la crétinisation médiatique créent une humanité à la hauteur :

Vous pouvez le lire dans le corps des gens dans ces nouveaux centre-ville, c’est-à-dire le supermarché : des personnes prématurément vieilles, engraissées et rendues malades par la consommation de mauvaises nourritures, faites pour avoir l’air et avoir un goût irrésistible pour les pauvres qui s’enfoncent dans le désespoir, une consolation mortelle pour des vies remplies par des heures vides, occupées à regarder la trash-télé, des jeux informatiques addictifs et leurs propres mélodrames familiers conçus pour donner un sens narratif à des vies qui, autrement, ne comportent aucun événement ou effort.

Tout programme télé me semble à moi aujourd’hui totalement insupportable. Il ne faut plus être tout à fait humain pour se gaver de télé. Évidemment, cela rend ensuite la démarche plus dure à l’antisystème : comment peut-il expliquer le monde à un zombi nourri de l’arme de destruction massive qu’est la télévision ? Et l’on rencontre ce problème tous les jours. On est dans le classique de Don Siegel.

Une illustration donnée par Snyder a magnifiquement illustré l’involution américaine des années Eisenhower aux années Obama. On peut en dire autant du cinéma. Godard disait qu’il ne critiquait pas le cinéma américain contemporain parce qu’il était anti-américain, mais parce que ce cinéma est devenu mauvais. Où sont passés les Walsh, Ford et Minnelli d’antan ?

Il y a dix-sept ans, j’avais publié un roman d’anticipation sur ce thème, les territoires protocolaires. C’est que la construction européenne avait facilité l’émergence d’une Europe déracinée et défigurée, présente déjà en France à l’époque de Pompidou : les grandes surfaces, les autoroutes, les zones de luxe, le pourrissement culturel par la télévision. Cet anéantissement de toute civilisation présent aussi au Maroc (agglomérations interminables autour de Tanger, aéroports, centres commerciaux, villas et immigration de luxe – gourbis et HLM pour les autochtones) se répand dans le monde comme un cancer. L’insensibilité des populations toujours plus hébétées (Baudrillard) par les médias accompagne ce phénomène. On cherche à en savoir plus sur le simulacre Kardashian (soixante millions de tweeter ; et je rappelle : un million de commentaires par chanson Gaga) que sur la prochaine guerre ou l’état de son âme.

Lorsque j’avais découvert et commenté – en 2012 – Howard Kunstler pour la presse russe, il était encore à la mode en Amérique, et prévoyait comme toujours une catastrophe énergétique (prévoir une catastrophe financière ou autre est devenu une usine à gaz), mais surtout il décrivait cette apocalyptique réalité – celle que Kunstler appelle le sprawling, la prolifération de cette géographie du nulle part, qui s’étend partout et pourrit tout l’espace mondial (repensons à Guénon).

L’impérialisme américain devenu risible et hors de contrôle, mais impuissant aussi, ne doit pas nous faire oublier la vraie menace, celle du modèle économique et urbain. C’est par là que l’on devrait commencer les prochains combats qui nous guettent. Au lieu de prévoir des catastrophes imprévisibles, voir enfin ce désastre américain qui nous entoure et nous consume.

Nicolas Bonnal

Ses dernières publications sur Amazon

Sources

Le blues national – Le Saker Francophone

Nicolas Bonnal – les territoires protocolaires ; les grands auteurs et la théorie… (Kindle)

Kunstler, James Howard, The Geography of Nowhere (Simon and Schuster, 1994). Kunstler, James Howard, The Long Emergency (Atlantic Monthly Press, 2005).

Jack London – Le talon de fer (ebooksgratuits.com)

Lewis Mumford – La cité dans l’histoire

 

Air conditionné et fin du monde, 11000 lecteurs en vingt-quatre heures ! Nicolas Bonnal cartonne en Italie !

https://comedonchisciotte.org/laria-condizionata-e-la-fine-del-mondo/

Dans son livre Orient et occident, René Guénon croyait encore possible, il y a un peu moins de cent ans maintenant, de récupérer spirituellement l’occident et de lui conférer une dimension plus sereine, moins matérialiste et moins néo-spiritualiste si j’ose dire. C’est qu’il voyait encore un orient traditionnel, pas trop esquinté par les conquêtes coloniales, et qui pouvait encore contester  le primat matérialiste et scientiste de la marmite occidentale.

 

Force est de remarquer que si nous avons dépassé depuis longtemps le déclin de l’occident (comme dit un ami, prof d’informatique dans une fac euro-américaine, l’occident a touché le fond, mais il continue de creuser – voyez les dettes), l’orient a depuis un certain temps déjà cessé de nous intéresser spirituellement, de nous faire rêver spirituellement. Même le temps des gourous pour les Beatles et des andouilles désorientées (sic) est dépassé. Le dalaï-lama fête son anniversaire avec George Bush et on attend son remplaçant élu.

Depuis cinquante et plus, l’orient s’est jeté tête baissée et comme un affamé dans le capitalisme, la corruption, la pollution, la destruction-récupération de tout patrimoine (à quand une grande muraille contre le tourisme, grande muraille dont Guénon prophétisait les fissures dans son dernier et maître ouvrage, le Règne de la quantité) spirituel et culturel. L’orient est crevé, matérialisé, pollué et droit-de-l’hommisé  comme nous.

 

Le maître tout-puissant de cette humanité luciférienne reste l’Amérique et ce qu’elle représente comme simulacre. Ce sont les mexicains (pauvre Antonin Artaud), les indiens et les chinois qui font exploser le marché immobilier US (Zerohedge.com et NBC). Et cela montre que la matrice américaine, si hagarde qu’elle soit, ne cesse de fasciner les malheureux qui sont passés depuis une ou deux générations de leur société traditionnelle à la banlieue désaxée, aux chaos boursiers, aux délires immobiliers, à la course aux marchés – qui nécessitent l’enfermement de cent ou deux-cents millions de paysans et d’enfants dans de dégueulasses usines textiles sou autres, le tout pour satisfaire une poignée de gros actionnaires. Mille hommes (entités ?) sont devenus plus riches que le reste des hommes, qu’ils rêvent d’ailleurs de remplacer.

Comment en est-on arrivé là ?

Une petite explication.

Nous connaissons tous le nom de n’importe quel sous-écrivain, chanteur bidon, peintre de troisième zone, acteur de série télé, crétin de gouvernement, bozo de conviction. Mais nous ne connaissons pas les noms de ceux qui ont vraiment changé le monde – et court-circuité les idéaux guénoniens et surtout les dernières sociétés traditionnelles.

Parmi ces noms il y a celui de Willis Haviland Carrier. Je ne suis ni ingénieur ni savant, alors allez directement à Wikipédia et ensuite aux manuels de pro. Carrier est l’inventeur de l’air conditionné. Or c’est cet air conditionné qui a liquidé René Guénon, le sud, l’orient, les terres spirituelles et chevaleresques qui avaient préservé leur identité spirituelle et religieuse ; terres qui du fait de cet air conditionnant ont été liquidées – c’est le cas de le dire. On les a mises à la bourse ces terres, au travail, à l’usine, au bureau, au retraitement, à tout ce que vous voudrez. Wikipédia nous apprend que l’exploitation et le développement (donc la destruction de structures anthropologiques et  culturelles, qui allaient avec, même si cette laide expression issue des sciences humaines offre des relents peu guénoniens) de la Sun Belt a été rendue possible justement du fait de l’air conditionnant. Cet air conditionnant mit fin au reste de vieux sud puis au reste du monde. Pensez-y et vous verrez que je ne me trompe pas de beaucoup. L’air conditionné a conditionné, accéléré et accompagné la dégénérescence (qui ose encore parler de décadence ?) irréversible de notre monde.

Willis Haviland Carrier. L’homme qui a vaincu Guénon et les traditions. Et ce n’est pas un hasard si le seul pays qui incarne l’esprit reste la Russie.

On redonne le texte à lire aux distraits :

 

Dans son livre Orient et occident, René Guénon croyait encore possible, il y a un peu moins de cent ans maintenant, de récupérer spirituellement l’occident et de lui conférer une dimension plus sereine, moins matérialiste et moins néo-spiritualiste si j’ose dire. C’est qu’il voyait encore un orient traditionnel, pas trop esquinté par les conquêtes coloniales, et qui pouvait encore contester  le primat matérialiste et scientiste de la marmite occidentale.

 

Force est de remarquer que si nous avons dépassé depuis longtemps le déclin de l’occident (comme dit un ami, prof d’informatique dans une fac euro-américaine, l’occident a touché le fond, mais il continue de creuser – voyez les dettes), l’orient a depuis un certain temps déjà cessé de nous intéresser spirituellement, de nous faire rêver spirituellement. Même le temps des gourous pour les Beatles et des andouilles désorientées (sic) est dépassé. Le dalaï-lama fête son anniversaire avec George Bush et on attend son remplaçant élu.

Depuis cinquante et plus, l’orient s’est jeté tête baissée et comme un affamé dans le capitalisme, la corruption, la pollution, la destruction-récupération de tout patrimoine (à quand une grande muraille contre le tourisme, grande muraille dont Guénon prophétisait les fissures dans son dernier et maître ouvrage, le Règne de la quantité) spirituel et culturel. L’orient est crevé, matérialisé, pollué et droit-de-l’hommisé  comme nous.

 

Le maître tout-puissant de cette humanité luciférienne reste l’Amérique et ce qu’elle représente comme simulacre. Ce sont les mexicains (pauvre Antonin Artaud), les indiens et les chinois qui font exploser le marché immobilier US (Zerohedge.com et NBC). Et cela montre que la matrice américaine, si hagarde qu’elle soit, ne cesse de fasciner les malheureux qui sont passés depuis une ou deux générations de leur société traditionnelle à la banlieue désaxée, aux chaos boursiers, aux délires immobiliers, à la course aux marchés – qui nécessitent l’enfermement de cent ou deux-cents millions de paysans et d’enfants dans de dégueulasses usines textiles sou autres, le tout pour satisfaire une poignée de gros actionnaires. Mille hommes (entités ?) sont devenus plus riches que le reste des hommes, qu’ils rêvent d’ailleurs de remplacer.

Comment en est-on arrivé là ?

Une petite explication.

Nous connaissons tous le nom de n’importe quel sous-écrivain, chanteur bidon, peintre de troisième zone, acteur de série télé, crétin de gouvernement, bozo de conviction. Mais nous ne connaissons pas les noms de ceux qui ont vraiment changé le monde – et court-circuité les idéaux guénoniens et surtout les dernières sociétés traditionnelles.

Parmi ces noms il y a celui de Willis Haviland Carrier. Je ne suis ni ingénieur ni savant, alors allez directement à Wikipédia et ensuite aux manuels de pro. Carrier est l’inventeur de l’air conditionné. Or c’est cet air conditionné qui a liquidé René Guénon, le sud, l’orient, les terres spirituelles et chevaleresques qui avaient préservé leur identité spirituelle et religieuse ; terres qui du fait de cet air conditionnant ont été liquidées – c’est le cas de le dire. On les a mises à la bourse ces terres, au travail, à l’usine, au bureau, au retraitement, à tout ce que vous voudrez. Wikipédia nous apprend que l’exploitation et le développement (donc la destruction de structures anthropologiques et  culturelles, qui allaient avec, même si cette laide expression issue des sciences humaines offre des relents peu guénoniens) de la Sun Belt a été rendue possible justement du fait de l’air conditionnant. Cet air conditionnant mit fin au reste de vieux sud puis au reste du monde. Pensez-y et vous verrez que je ne me trompe pas de beaucoup. L’air conditionné a conditionné, accéléré et accompagné la dégénérescence (qui ose encore parler de décadence ?) irréversible de notre monde.

Willis Haviland Carrier. L’homme qui a vaincu Guénon et les traditions. Et ce n’est pas un hasard si le seul pays qui incarne l’esprit reste la Russie.

Ouvrage nocturne, prestigieux, donc mentionné nulle part : les maîtres carrés, avec d’Artagnan, Horbiger et Mandeville dans les rôles principaux. le roman-rire de la Fin des Temps et de l’espace ! A décharger ici ou acheter ailleurs !

http://www.france-courtoise.info/pdf/BonnalMaitresCarres.pdf

 

Découvrez les territoires protocolaires

http://www.archambault.ca/les-territoires-protocolaires-JLI4479678-fr-pr

 

Il y a Xan, John et Golda. À Goa, ils s’adonnent aux jeux de plage et aux techno-transes. Interdits de terres ancestrales, ils rêvent de sites inconnus, se mettent en route et partent sur la Toile. Ils traversent l’hypertexte de l’immense zone réelle et virtuelle, défient les désastres climatiques, les espaces aliénés. Ils croisent les tribus, les réfugiés, les attracteurs étranges et naviguent sur les mers intérieures, les continents sidérés. Mais William veille sur le réseau, en maître du parc d’attractions qu’il a recouvert de son ombre et de ses nombres. John et les siens trouvent enfin les jardins d’illusions, les îles perdues, les terres épargnées. Les miliciens de William se sont lancés à leur poursuite. Alors commence la joute finale. Car les trois hackers restent les seuls à contester les protocoles des territoires. Et ils deviennent rois. Un monde libéré va-t-il renaître ? À mi-chemin d’un jeu vidéo et d’un récit mythologique, Les Territoires Protocolaires relatent le combat des résistants et des usurpateurs d’espace.

Grand moment du jour : Alexis Carrel dans le texte (entre Céline et Guénon) ! 2406 mots…

Alexis Carrel et notre civilisation destructrice

 

 

On va laisser en parler un qui a le don de les énerver, les médias et les « élites », j’ai nommé Alexis Carrel. Prix Nobel de médecine quand même, et grande star en Amérique à l’époque de Roosevelt. Le chirurgien avait enlevé ses gants pour dire ses quatre vérités, car il savait avant les Orlov, Kunstler et autres collapsologues que nous étions bien condamnés. On cite l’édition américaine que le prestigieux Carrel avait présentée à New York avant la Guerre :

 

« En somme, la société moderne, cette société engendrée par la science et la technologie, commet la même faute que toutes les civilisations de l’Antiquité. Elle crée des conditions de vie où la vie de l’individu et celle de la race deviennent impossibles. Elle justifie la boutade du doyen Inge : Civilization is a disease which is almost invariably fatal. Bien que la signification réelle des événements qui se passent en Europe et aux Etats-Unis échappe encore au public, elle devient de plus en plus claire à la minorité qui a le temps et le goût de penser. Toute la civilisation oc­cidentale est en danger. Et ce danger menace à la fois la race, les nations, et les individus. Chacun de nous sera atteint par les bouleversements causés par une guerre européenne. Chacun souffre déjà du désordre de la vie et des institutions, de l’affaiblissement général du sens moral de l’insécurité économique, des charges imposées paries défectifs et les cri­minels. La crise vient de la structure même de la civilisation. Elle est une crise de l’homme. L’homme ne peut pas s’adapter au monde sorti de son cerveau et de ses mains. Il n’a pas d’autre alternative que de refaire ce monde d’après les lois de la vie. Il doit adapter son milieu à la nature de ses activités organiques aussi bien que mentales, et rénover ses habitu­des individuelles et sociales. Sinon, la société moderne rejoindra bientôt dans le néant la Grèce et l’Empire de Rome. Et la base de cette réno­vation, nous ne pouvons la trouver que dans la connaissance de notre corps et de notre âme. »

 

A propos de Rome et de la Grèce, lisez mon livre noir : Juvénal, Suétone, Sénèque ont vu et vécu notre situation. Sans oublier Pétrone !

Carrel ramène la démocratie à une idéologie, et on est  bien d‘accord :

« Aucune civilisation durable ne sera jamais fondée sur des idéolo­gies philosophiques et sociales. L’idéologie démocratique elle-même, à moins de se reconstruire sur une base scientifique, n’a pas plus de chance de survivre que l’idéologie marxiste. Car, ni l’un ni l’autre de ces systèmes n’embrasse l’homme dans sa réalité totale. »

Le culte moderne de la laideur, de la hideur même, est une tare universelle maintenant.

Carrel explique :

« Le sens esthétique existe chez les êtres humains les plus primitifs, comme chez les plus civilisés. Il survit même à la disparition de l’in­telligence car les idiots et les fous sont capables d’œuvres artistiques. La création de formes ou de séries de sons, qui éveillent chez ceux qui les regardent ou les entendent, une émotion esthétique, est un besoin élémentaire de notre nature. L’homme a toujours contemplé avec joie les animaux, les fleurs, les arbres, le ciel, la mer, et les montagnes. Avant l’aurore de la civilisation, il a employé ses grossiers outils à reproduire sur le bois, sur l’ivoire, et la pierre, le profil des êtres vivants. »

 

Nous sommes moins que des fous alors ?

Puis Carrel soulève la menace de la civilisation qui pèse sur les ouvriers et artisans condamnés à disparaître :

 

« Aujourd’hui même, quand son sens esthétique n’est pas détruit par son éducation, son mode de vie, et le travail de l’usine, il prend plaisir à fabriquer des objets suivants son inspiration propre. Il éprouve une jouissance esthé­tique à s’absorber dans cette œuvre. Il y a encore en Europe, et surtout en France, des cuisiniers, des charcutiers, des tailleurs de pierre, des menuisiers, des forgerons, des couteliers, des mécaniciens, qui sont des artistes. Celui qui fait une pâtisserie de belle forme, qui sculpte dans du saindoux des maisons, des hommes et des animaux, qui forge une belle ferrure de porte, qui construit un beau meuble, qui ébauche une grossière statue, qui tisse une belle étoffe de laine ou de soie, éprouve un plaisir analogue à celui du sculpteur, du peintre, du musicien, et de l’architecte. »

 

Carrel plaint comme le Chaplin des Temps modernes les ouvriers :

« Si l’activité esthétique reste virtuelle chez la plupart des individus, c’est parce que la civilisation industrielle nous a entourés de spectacles laids, grossiers, et vulgaires. En outre, nous avons été transformés en machines. L’ouvrier passe sa vie à répéter des milliers de fois chaque jour le même geste. D’un objet donné, il ne fabrique qu’une seule pièce. Il ne fait jamais l’objet entier. Il ne peut pas se servir de son intelligence. Il est le cheval aveugle qui tournait toute la journée autour d’un manège pour tirer l’eau du puits. »

 

Un petit procès d’intention contre la civilisation – procès très mal vu maintenant qu’elle est jugée fantastique et parfaite :

 

« L’industrialisme empêche l’usage des activités de la conscience qui sont capables de donner chaque jour à l’homme un peu de joie. Le sacrifice par la civilisation moderne de l’esprit à la matière a été une erreur. Une erreur d’autant plus dangereuse qu’elle ne provoque aucun sentiment de révolte, qu’elle est acceptée aussi facilement par tous que la vie malsaine des grandes villes, et l’emprisonnement dans les usines. Cependant, les hommes qui éprouvent un plaisir esthétique même rudimentaire dans leur travail, sont plus heureux que ceux qui produisent uniquement afin de pouvoir consommer. Il est certain que l’industrie, dans sa forme actuelle, a enlevé à l’ouvrier toute originalité et toute joie. »

 

Le grand savant met enfin les points sur les I :

 

« La stupidité et la tristesse de la civilisation présente sont dues, au moins en partie, à la suppression des formes élémentaires de la jouissance esthétique dans la vie quotidienne. »

 

Ensuite le docteur Carrel aggrave son cas. Il célèbre en effet la beauté artisanale. Appréciez au passage ses grandes qualités littéraires qui nous changent des stylistes de science et vie ; et des alphabètes actuels sélectionnés au QCM :

 

« La beauté est une source inépuisable de joie pour celui qui sait la découvrir. Car elle se rencontre partout. Elle sort des mains qui modèlent, ou qui peignent la faïence grossière, qui coupent le bois et en font un meuble, qui tissent la soie, qui taillent le marbre, qui tranchent et réparent la chair humaine. Elle est dans l’art sanglant des grands chirurgiens comme dans celui des peintres, des mu­siciens, et des poètes. Elle est aussi dans les calculs de Galilée, dans les visions de Dante, dans les expériences de Pasteur, dans le lever du so­leil sur l’océan, dans les tourmentes de l’hiver sur les hautes montagnes. Elle devient plus poignante encore dans l’immensité du monde sidéral et de celui des atomes, dans l’inexprimable harmonie du cerveau hu­main, dans l’âme de l’homme qui obscurément se sacrifie pour le salut des autres. Et dans chacune de ses formes elle demeure l’hôte inconnu de la substance cérébrale, créatrice du visage de l’Univers… »

L’atrophie esthétique donc morale peut survenir :

« Le sens de la beauté ne se développe pas de façon spontanée. Il n’existe dans notre conscience qu’à l’état potentiel. A certaines époques, dans certaines circonstances, il reste virtuel. Il peut même disparaître chez les peuples qui autrefois le possédaient à un haut degré. C’est ain­si que la France détruit ses beautés naturelles et méprise les souvenirs de son passé. »

Comme on sait la meilleure manière de détruire tout cela reste le tourisme de masse.

L’atrophie morale et intellectuelle nous rend inaptes à recréer de la beauté et nous accoutume à une laideur épouvantable (souvenez-vous du Muriel de Resnais où la ville bombardée renaît de ses cendres, mais en béton et grands ensembles) :

« Les descendants des hommes qui ont conçu et exécuté le monastère du Mont Saint-Michel ne comprennent plus sa splendeur. Ils acceptent avec joie l’indescriptible laideur des maisons modernes de la Bretagne et de la Normandie, et surtout des environs de Paris. De même que le Mont Saint-Michel, Paris lui-même et la plupart des villes et villages de France ont été déshonorés par un hideux commercialisme. Comme le sens moral, le sens de la beauté, pendant le cours d’une civili­sation, se développe, atteint son apogée, et s’évanouit ».

La culture ? Tout le monde consomme la série US ou le Da Vinci code ; un copain kiosquier me disait jadis qu’il vendait jusqu’à 300 revues de bagnole… Alexis Carrel :

« Le goût de la lecture est plus grand. On achète beaucoup plus de revues et de livres qu’autrefois. Le nombre de gens qui s’inté­ressent à la science, à la littérature, à l’art, a augmenté. Mais ce sont les formes les plus basses de la littérature et les contrefaçons de la science et de l’art qui, en général, attirent le public. Il ne paraît pas que les excel­lentes conditions hygiéniques dans lesquelles on élève les enfants, et les soins dont ils sont l’objet dans les écoles, aient réussi à élever leur niveau intellectuel et moral. On peut même se demander s’il n’y a pas souvent une sorte d’antagonisme entre leur développement physique et leur dé­veloppement mental. Après tout, nous ne savons pas si l’augmentation de la stature dans une race donnée n’est pas une dégénérescence, au lieu d’un progrès, ainsi que nous le croyons aujourd’hui. »

 

L’individu d’aujourd’hui ? Avant l’obésité (42% d’enfants obèses où je vis), avant l’abrutissement techno et média, avant l’effondrement du QI, Carrel écrit :

« Dans la civilisation moderne, l’individu se carac­térise surtout par une activité assez grande et tournée entièrement vers le côté pratique de la vie, par beaucoup d’ignorance, par une certaine ruse, et par un état de faiblesse mentale qui lui fait subir de façon pro­fonde l’influence de milieu où il lui arrive de se trouver. Il semble qu’en l’absence d’armature morale l’intelligence elle-même s’affaisse. C’est peut-être pour cette raison que cette faculté, jadis si caractéristique de la France, a baissé de façon aussi manifeste dans ce pays. Aux Etats-Unis, le niveau intellectuel reste inférieur, malgré la multiplication des écoles et des universités. »

Carrel remarque aussi :

« Le chauffage des maisons à la vapeur, l’éclairage électrique, les ascenseurs, la morale biologique, les manipula­tions chimiques des denrées alimentaires ont été acceptés uniquement parce que ces innovations étaient agréables et commodes. Mais leur ef­fet probable sur les êtres humains n’a pas été pris en considération… On est arrivé ainsi à la construction des maisons géantes qui accumulent en un espace restreint des masses beaucoup trop considérables d’individus. Ceux-ci y habitent avec plaisir, car jouissant du confort et du luxe ils ne s’aperçoivent pas qu’ils sont privés du nécessaire. La ville moderne se compose de ces habitations monstrueuses et de rues obscures, pleines d’air pollué par les fumées, les poussières, les vapeurs d’essence et les produits de sa combustion, déchirées par le fracas des camions et des tramways, et encombrées sans cesse par une grande foule. Il est évident qu’elle n’a pas été construite pour le bien de ses habitants. »

On ne fait aucun progrès depuis, il ne manquerait plus que cela. Sur la médecine ou le pain blanc, Carrel avait tout dit aussi :

« Notre vie est influencée dans une très large mesure par les journaux. La publicité est faite uniquement dans l’intérêt des producteurs, et ja­mais des consommateurs. Par exemple, on a fait croire au public que le pain blanc est supérieur au brun. Aussi des quantités de produits alimentaires et pharmaceutiques, inutiles, et souvent nuisibles, sont-ils devenus une nécessité pour les hommes civi­lisés. C’est ainsi que l’avidité des individus assez habiles pour diriger le goût des masses populaires vers les produits qu’ils ont à vendre, joue un rôle capital dans notre civilisation. »

On dirait du Frédéric Bernays (lisez mon textes). Cerise sur le gâteau :

« On dirait que la civilisation moderne est incapable de produire une élite douée à la fois d’imagination, d’intelligence et de courage. Dans presque tous les pays, il y a une diminution du calibre intellectuel et moral chez ceux qui portent la responsabilité de la direction des affaires politiques, économiques et sociales. »

Notre penseur écrit sur l’apocalypse touristique dont la mission est essentiellement profanatrice, ensuite consumériste (il faut traîner, faire du hanging around) :

« L’attitude des touristes qui profanent les cathédrales d’Europe montre à quel point la vie moderne a oblitéré le sens religieux. L’activité mys­tique a été bannie de la plupart des religions. Sa signification même a été oubliée. A cet oubli est liée probablement la décadence des églises. »

 

Dans une société d’imbéciles, on ne propose pas des solutions. On les oublie. Carrel a aussi souligné le déclin qualitatif et quantitatif de nos populations :

« La France se dépeuple déjà. L’Angleterre et la Scandinavie se dépeupleront bientôt. Aux États-Unis, le tiers supérieur de la population se reproduit beaucoup moins rapidement que le tiers inférieur. L’Europe et les Etats-Unis subissent donc un affaiblissement qualitatif aussi bien que quantitatif… La civilisation occidentale ne s’est jamais trouvée en aussi grave péril qu’aujourd’hui. Même si elle évite le suicide par la guerre, elle s’achemine vers la dégénérescence grâce à la stérilité des groupes humains les plus forts et les plus intelligents. »

 

On le laisse conclure !

« Il faut nous lever et nous mettre en marche. Nous libérer de la techno­logie aveugle. »

 

Tel quel !

Terminons. Je sais qu’on peut lui reprocher ici et là quelques phrases (Carrel est notamment russophobe, comme nos élites, mais il a l’excuse de la peur du stalinisme). Mais avant de lui jeter la première pierre, on relit son Nietzsche :

 

Les historiens naïfs appellent « objectivité » l’habitude de mesurer les opinions et les actions passées aux opinions qui ont cours au moment où ils écrivent. C’est là qu’ils trouvent le canon de toutes les vérités. Leur travail c’est d’adapter le passé à la trivialité actuelle. Par contre, ils appellent « subjective » toute façon d’écrire l’histoire qui ne considère pas comme canoniques ces opinions populaires. »

 

Sources

 

Alexis Carrel – l’homme cet inconnu

Nietzsche – Deuxième considération (sur l’histoire)

Nicolas Bonnal – Céline, la colère et les mots (Avatar éditions) ; apocalypse touristique (Amazon.fr)