Nicolas Bonnal publie encore… C’est trop, arrêtez, Nicolas Bonnal !!!

Les paganismes au cinéma

 

Le paganisme au cinéma : vaste sujet, car le paganisme a  inspiré tous les cinémas populaires depuis un siècle. Les épopées, les grandes histoires d’amour, les récits d’aventures initiatiques ou de navigation (pour ne pas parler des voyages), les contes de fées, les récits fantastiques ont tous bien sûr une belle origine païenne que nous étudions ici.

Ce gros livre rassemble nos différentes études sur le paganisme au cinéma. Il démarre par une étude du phénomène culturel païen aux temps modernes de la culture industrielle, puis il étudie les cinématographies que nous avons jugées les plus intéressantes pour approcher ce sujet vaste et complexe, et surtout ignoré. On trouvera donc une étude des cinématographies française, anglo-saxonne et américaine ; et aussi une étude des cinémas soviétiques germanique et nippon, ces derniers nous ayant semblé les plus appropriés pour comprendre le phénomène païen.

 

Les lecteurs amateurs de science-fiction attendront un prochain ouvrage que nous consacrerons à ce genre important, que nous avons déjà évoqué dans nos livres sur Kubrick et sur Ridley Scott.

Nostalgie : Jules César et la destruction de la forêt gauloise

Jules César et la destruction de la forêt gauloise

 

La destruction du monde ne date pas d’hier. La destruction des forêts (par exemple du Vietnam) à la mode américaine non plus. La destruction de la nature a aussi des objectifs stratégiques et culturels.

La destruction des bois et des forêts qui recouvrirent le monde a été maintes fois commentée dans l’Antiquité, notamment par Ovide.

« Les pins abattus sur les montagnes n’étaient pas encore descendus sur l’océan pour visiter des plages inconnues. Les mortels ne connaissaient d’autres rivages que ceux qui les avaient vus naître. Les cités n’étaient défendues ni par des fossés profonds ni par des remparts. »

 

Grâce à une page de l’historien tchèque Venceslas Kruta, j’ai enfin découvert la Pharsale de Lucain, rival et martyr de Néron. Comme chez Tolkien on y trouve un bois sacré que va détruire César. Il est situé près de Massilia, ville alors phocéenne et prestigieuse pour sa résistance à César.

 

Je laisse la parole à Lucain (Pharsale, chant III, vers 400-430 environ) :

« Non loin de la ville était un bois sacré, dès longtemps inviolé, dont les branches entrelacées écartant les rayons du jour, enfermaient sous leur épaisse voûte un air ténébreux et de froides ombres. Ce lieu n’était point habité par les Pans rustiques ni par les Sylvains et les nymphes des bois. Mais il cachait un culte barbare et d’affreux sacrifices. Les autels, les arbres y dégouttaient de sang humain ; et, s’il faut ajouter foi à la superstitieuse antiquité, les oiseaux n’osaient s’arrêter sur ces branches ni les bêtes féroces y chercher un repaire ; la foudre qui jaillit des nuages évitait d’y tomber, les vents craignaient de l’effleurer. Aucun souffle n’agite leurs feuilles ; les arbres frémissent d’eux-mêmes. »

 

La forêt est fascinante et périlleuse. Mais vivante.

Lucain poursuit :

« Des sources sombres versent une onde impure ; les mornes statues des dieux, ébauches grossières, sont faites de troncs informes ; la pâleur d’un bois vermoulu inspire l’épouvante. L’homme ne tremble pas ainsi devant les dieux qui lui sont familiers. Plus l’objet de son culte lui est inconnu, plus il est formidable. »

Chez Dante aussi il y a des arbres qui saignent en enfer. Je cite mon livre sur Tolkien :

« Comme on aura compris, Dante arrive donc avec Virgile dans une forêt très obscure (nous sommes au chant XIII de l’Enfer). Dans un univers encore plus terrifiant, il dialogue avec des arbres, et il comprend le drame sanglant de ces troncs qui sont des âmes de suicidés punis :

 

« Ainsi que le bois vert pétille au milieu des flammes, et verse avec effort sa sève qui sort en gémissant, de même le tronc souffrant versait par sa blessure son sang et ses plaintes. Immobile, et saisi d’une froide terreur, je laisse échapper le rameau sanglant… Quand une âme furieuse a rejeté sa dépouille sanglante, le juge des Enfers la précipite au septième gouffre : elle tombe dans la forêt, au hasard ; et telle qu’une semence que la terre a reçue, elle germe et croît sous une forme étrangère. Arbuste naissant, elle se couvre de rameaux et de feuilles que les harpies lui arrachent sans cesse, ouvrant ainsi à la douleur et aux cris des voies toujours nouvelles… Chacune traînera sa dépouille dans cette forêt lugubre, où les corps seront tous suspendus : chaque tronc aura son cadavre (chant XIII de l’Enfer)… »

 

On repart sur Lucain (toujours cet étonnant chant III de la Pharsale) :

 

« Les antres de la forêt rendaient, disait-on, de longs mugissements ; les arbres déracinés et couchés par terre se relevaient d’eux-mêmes ; la forêt offrait, sans se consumer, l’image d’un vaste incendie ; et des dragons de leurs longs replis embrassaient les chênes. Les peuples n’en approchaient jamais. Ils ont fui devant les dieux. Quand Phébus est au milieu de sa course, ou que la nuit sombre enveloppe le ciel, le prêtre lui-même redoute ces approches et craint de surprendre le maître du lieu. »

 

On a ainsi les dragons et l’Apollon hyperboréen.

Mais survient César (lisez la Vie de Suétone pour rire un peu de lui). Il va agir comme le Saroumane de Tolkien, comme un agent du Mordor :
« Ce fut cette forêt que César ordonna d’abattre, elle était voisine de son camp, et comme la guerre l’avait épargnée, elle restait seule, épaisse et touffue, au milieu des monts dépouillés. »

Les hommes de César hésitent car on respecte alors encore un peu la forêt.

« à cet ordre, les plus courageux tremblent. La majesté du lieu les avait remplis d’un saint respect, et dès qu’ils frapperaient ces arbres sacrés, il leur semblait déjà voir les haches vengeresses retourner sur eux-mêmes. »

 

Et César prend même le risque de défier les divinités et de se maudire pour détruire le bois sacré :
« César voyant frémir les cohortes dont la terreur enchaînait les mains, ose le premier se saisir de la flache, la brandit, frappe, et l’enfonce dans un chêne qui touchait aux cieux. Alors leur montrant le fer plongé dans ce bois profané : « Si quelqu’un de vous, dit-il, regarde comme un crime d’abattre la forêt, m’en voilà chargé, c’est sur moi qu’il retombe. » Tous obéissent à l’instant, non que l’exemple les rassure, mais la crainte de César l’emporte sur celle des dieux. »

Lucain oublie les sacrifices humains et redevient lyrique :

« Aussitôt les ormes, les chênes noueux, l’arbre de Dodone, l’aune, ami des eaux, les cyprès, arbres réservés aux funérailles des patriciens ; virent pour la première fois tomber leur longue chevelure, et entre leurs cimes il se fit un passage à la clarté du jour. Toute la forêt tombe sur elle-même, mais en tombant elle se soutient et son épaisseur résiste à sa chute.
à cette vue tous les peuples de la Gaule gémirent
… le laboureur consterné vit dételer ses taureaux, et, obligé d’abandonner son champ, il pleura la perte de l’année. »

 

Le destin de la forêt sacrée est écrit :

 

« Les bois sacrés tombent, dit Lucain, et les forêts sont dépouillées de leur force… »

(Procumbunt nemora et spoliantur robore silvae)

Notre Ronsard s’en souviendra à sa gentille manière scolaire (Ecoute bûcheron…).

On cite notre Tacite pour terminer. Lui explique que la forêt est un temple pour les Germains :

« Emprisonner les dieux dans des murailles, ou les représenter sous une forme humaine, semble aux Germains trop peu digne de la grandeur céleste. Ils consacrent des bois touffus, de sombres forêts ; et, sous les noms de divinités, leur respect adore dans ces mystérieuses solitudes ce que leurs yeux ne voient pas  (« lucos ac nemora consecrant, deorumque nominibus appellant secretum illud, quod sola reverentia vident... »)

 

Les plus lucides auront reconnu le Seigneur des anneaux : on vous bande les yeux pour vous faire entrer dans la forêt de Lothlorien. Le nain et ses compagnons procèdent ainsi aveugles pour entrer dans le monde épargné de Galadriel.

 

 

Matinée ! Le Hyre en pleine forme bande son arc à Jeanne…

Cher ami,

vous êtes vous déjà penché sur Rennes le Château et son abbé friqué ? C’était le bon temps presque.

Vos jeux de mots sont délicieux, et avec les photos, là on atteint le sublime, jacuzzi, couchers de soleils aux relents de création du monde, c’est Altdörfer et sa Bataille d’Alexandre, le réveil de l’oxydent.

Il faudrait que je fasse votre portrait tiens, cela fait trop longtemps que je me suis détaché de la figure humaine. Alors autant prendre un bon modèle.
C’est drôle d’assister à un tel croupissement accéléré de notre monde blanc. L’europe se délite, et en fait cela me fait ni chaud ni froid que les nations se dépècent toutes seules, enfin avec l’aide de la télécommande. C’est mérité. On a tué nos rois, déserté nos églises et élisons nos bourreaux et nos maquereaux et on donne des leçons de liberté et de mœurs etc…
Les nouvelles révélations sur Las Vegas sont croquignolettes, le monde est choupinou, on fait de faux massacres pour s’émouvoir de voir que notre monde finalement n’est pas moins bien que la téloche… C’est rassurant. Pas étonnant que les Simpsons soient des devins et des prophètes alors.
Quand on veut ressembler à tout prix à ce que l’on fait, on se dit que la boucle est bouclée, foin de Pygmalion et Galatée, foin de Narcisse et de son reflet humide, foin de l’art de la religion, on s’aime soi au travers de ce qu’on produit. Qu’en dirait Freud ?
Le sentimentalisme envers soi comme nouvelle altérité, dès lors plus de secret, plus de mythe, plus de magie. Le sentiment et l’hygiène dans la corruption des corps et des âmes, l’orgie aseptisée, clinique.
Et à cela pas une voix, pas une réponse. Un prêtre en chaire pour évoquer Bernanos ? Bossuet ? Cassien ? Non pas, ou mal.
Il y a quelques temps je demandais à un jeune prêtre de la frat’ pourquoi on donnait du sel aux bébé lors du baptême, j’attends encore sa réponse.
Je la trouvais enfin avec Fénelon, encore un ancien : Nous mettons du sel dans la bouche de cette personne, afin qu’elle conserve, par le sel de la sagesse évangélique, la pureté de la foi[Fénelont. XVIII, p. 169]
Lorsque je lui disais que j’étais orthodoxe, il me demandais inquiet si j’étais un de ses hérétiques qui sont avec Rome. Je le rassurais avec bienveillance, je crois qu’il n’avais jamais entendu parler des schismatiques orthodoxes. Dans son ultramontanisme paradoxal, il ne peut s’imaginer d’église hors de Rome, lui qui en est pourtant exclus. Va comprendre Charles.
Après on va accuser Cassien de semi-pélagianisme, car on a rien compris à la grâce et à l’homme. Tout est mécanique, tout les chemins mènent à Rome. Pourtant l’état de l’église romaine actuelle donne raison à Cassien, sans volonté de l’homme, sans sa persévérance, la foi « n’augmente » pas, et point de grâce. C’est un vase clos, un circuit imprimé relié à une diode qui tant qu’elle brille croit qu’elle sert à quelque chose, alors que la machine est en veille. L’homme n’est pas pour rien dans son salut. Comme le possédé venu librement, malgré la « légion » qui le tourmentait à la rencontre de son Sauveur.
Tout cela manque de sel, plein d’humeurs, d’hémoglobine, et je ne sais quoi d’autre, mais point de Sel. Fénelon s’en retourne dans sa tombe. Et après on va vous parler de la grâce ? Grâce à qui ? Grâce à quoi ?
C’est triste de se dire que l’église est devenue si terrestre et si mondialiste qu’elle en a non seulement oublié son universalité et son message. Il reste quelques bribes, ça et là, quelques foyers, mais sans la plénitude, on reproduit quelques rites anciens, parce qu’il sont plus beau, mais on ne les comprends pas, le formalisme, qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse. Mais l’ivresse avec du vin coupé, de la flotte, ce n’est pas très grisant.
Trotski voulait que le cinéma rivalise avec la liturgie comme spectacle, il n’en pouvait percer le secret du contenu. Maintenant que l’église a perdu le sel, en effet, le cinoche et la télé rivalisent et battent à plat de couture les célébrations mal interprétées, pauvres, besogneuses, ringardes, et honteuses du sacrifice dominical. Le public ne pardonne pas les erreur de production, et les mauvais castings, les mauvais doublage, et une mauvaise bande originale. On attend les lunettes 3D, et les hologrammes pour venir aider les piètres applaudissements et le tournage de serviettes qui sévissent dans nos paroisses (vérifier sur internet c’est édifiant).
Les prêtres n’ont pas de pognon, il se sont gauchisés et prolétarisés, mais sans le goût prolétarien soviétique nourri de Chostakovitch et de Pouchkine, pourtant le vatican est bourré de fric, connait pas la crise, les églises tombent en ruine, le culte aussi, c’est à croire que l’appel de Léon XIII était prémédité, comprenant qu’on pourrait sauvegarder le pactole avec in fine la séparation de l’église et de l’état et la spoliation des biens de l’église.
Je vais peut-être un peu loin, mais ça sonne tellement bien, si non e vero e bene trovato.

Sinon une perle dénichée par un ami prêtre orthodoxe : « Sois semblable à Dieu est le commandement de l’humilité »
(Alphonse de Chateaubriant * La réponse du Seigneur) à méditer.

Mon chat est un médium, la preuve par Le Vigan !

Mon chat est un médium

C’est alors que d’audacieuses explications sont proposées, que l’on imagine un sens inconnu, le « psi rampant ». Certains n’ont pas craint de parler de chats-médiums. Il faut reconnaître que bien des ondes que nous utilisons aujourd’hui étaient inconnues de nos ancêtres. Swedenborg (1688 – 1772) le théosophe suédois disait que les animaux étaient des « boussoles vivantes », gouvernées par « des sphères absolument inconnues de l’homme ».

N’existerait-il pas une télépathie entre le chat et son maître, ou bien entre le chat et certaines personnes qui, involontairement, guideraient le chat perdu en émettant des vibrations ? Les anciens Egyptiens croyaient déjà en une telle télépathie. On lit sur un papyrus découvert à Saqqarah : « Lorsque tu penses, il [le chat] t’entend même si tes lèvres ne bougent point et si ta bouche ne prononce aucun mot. Il lit en toi avec le regard des dieux ». Au Moyen Age, les sorcières sont accusées de communiquer par télépathie avec leurs chats.

Certains chercheurs modernes ont essayé de prouver la réalité de la télépathie entre l’homme et l’animal. Le Docteur Karlis Osis, de la Société américaine de recherche psychique, estime avoir montré qu’un chat peut être influencé par télépathie. Voici sa méthode : un chat doit choisir entre deux coupelles de nourriture placées aux extrémités d’une boîte en forme de T; l’observateur essaie, par tranmission de pensée, de faire choisir au chat une coupelle plutôt que l’autre, et il y réussit dans la plupart des cas. Un certain degré de transmission de pensée entre l’homme et le chat s’est donc dégagé de cette expérience.

Pour sa part, un chercheur allemand, H. Schmidt, a imaginé un dispositif susceptible de mettre en évidence l’existence d’une certaine psychokinèse chez les animaux. Il faut rappeler que la psychokinèse est l’action du cerveau sur la matière.
Ce dispositif est contitué par un « générateur de hasard » qui envoie, au hasard, du courant dans l’une ou l’autre de deux lampes à infrarouge, sans que que l’on puisse prévoir celle qui s’allumera. Au total, sur un certain temps, elle s’allument un même nombre de fois.
L’une de ces lampes est placée dans une enceinte où il ne fait pas spécialement chaud, et on y introduit un chat (cette expérience n’est pas cruelle). Le générateur va alors se détraquer. La lampe située dans l’enceinte où se trouve le chat s’allume plus souvent que l’autre, comme si le psychisme de l’animal -son désir de chaleur- avait une influence sur le fonctionnement du générateur
Dès que le chat est enlevé de l’enceinte, tout redevient normal : les deux lampes s’allument de nouveau au même rythme. Les pouvoirs du chat diminuent au bout de six jours. On a donné à ses étranges capacités le nom d’effet Schmidt.

 

C’est alors que d’audacieuses explications sont proposées, que l’on imagine un sens inconnu, le « psi rampant ». Certains n’ont pas craint de parler de chats-médiums. Il faut reconnaître que bien des ondes que nous utilisons aujourd’hui étaient inconnues de nos ancêtres. Swedenborg (1688 – 1772) le théosophe suédois disait que les animaux étaient des « boussoles vivantes », gouvernées par « des sphères absolument inconnues de l’homme ».

N’existerait-il pas une télépathie entre le chat et son maître, ou bien entre le chat et certaines personnes qui, involontairement, guideraient le chat perdu en émettant des vibrations ? Les anciens Egyptiens croyaient déjà en une telle télépathie. On lit sur un papyrus découvert à Saqqarah : « Lorsque tu penses, il [le chat] t’entend même si tes lèvres ne bougent point et si ta bouche ne prononce aucun mot. Il lit en toi avec le regard des dieux ». Au Moyen Age, les sorcières sont accusées de communiquer par télépathie avec leurs chats.

Certains chercheurs modernes ont essayé de prouver la réalité de la télépathie entre l’homme et l’animal. Le Docteur Karlis Osis, de la Société américaine de recherche psychique, estime avoir montré qu’un chat peut être influencé par télépathie. Voici sa méthode : un chat doit choisir entre deux coupelles de nourriture placées aux extrémités d’une boîte en forme de T; l’observateur essaie, par tranmission de pensée, de faire choisir au chat une coupelle plutôt que l’autre, et il y réussit dans la plupart des cas. Un certain degré de transmission de pensée entre l’homme et le chat s’est donc dégagé de cette expérience.

Pour sa part, un chercheur allemand, H. Schmidt, a imaginé un dispositif susceptible de mettre en évidence l’existence d’une certaine psychokinèse chez les animaux. Il faut rappeler que la psychokinèse est l’action du cerveau sur la matière.
Ce dispositif est contitué par un « générateur de hasard » qui envoie, au hasard, du courant dans l’une ou l’autre de deux lampes à infrarouge, sans que que l’on puisse prévoir celle qui s’allumera. Au total, sur un certain temps, elle s’allument un même nombre de fois.
L’une de ces lampes est placée dans une enceinte où il ne fait pas spécialement chaud, et on y introduit un chat (cette expérience n’est pas cruelle). Le générateur va alors se détraquer. La lampe située dans l’enceinte où se trouve le chat s’allume plus souvent que l’autre, comme si le psychisme de l’animal -son désir de chaleur- avait une influence sur le fonctionnement du générateur
Dès que le chat est enlevé de l’enceinte, tout redevient normal : les deux lampes s’allument de nouveau au même rythme. Les pouvoirs du chat diminuent au bout de six jours. On a donné à ses étranges capacités le nom d’effet Schmidt.

 

Lecteurs, conte mégalithique du soir, à la mode de Maupassant

Le nostalgique

 

J’étais résolu à défier le baron. Ses sempiternelles litanies contre le temps présent, son arrogance colérique, sa mauvaise éduction et son fanatisme politique m’avaient profondément irrité. Certes j’avais comme d’autres profité de sa générosité paradoxale, de ses invitations répétées dans le domaine de D… et ses chasses de L… Mais c´était finalement au prix de mon honneur intellectuel, car comme les autres convives je devais renoncer à mon indépendance d’esprit et abjurer mes convictions idéologiques. Je m’étais donc résolu à le contredire pour une fois et à tourner en ridicule ses idées rétrogrades et réactionnaires.

L’occasion m’en fut bientôt donnée. Le baron avait réuni un aréopage serré d’amis ; nous avions chassé le cerf tout le jour et, après la curée, notre hôte avait voulu célébrer royalement, comme il disait avec insistance, son haut fait. Et pendant que la tête dégoulinante du cerf muait en nature morte ce qui avait été la table de la grande cuisine XIXème du château de D…, nous festoyions avec force boissons. Nous n’étions qu’une douzaine, tous d’ailleurs assez fourbus, plus par l’atmosphère de la nuit que par l’effort du jour. La nuit était tombée tôt et avait enveloppé un ciel déjà bien sombre. Nous étions dans le salon de chasse de la vieille demeure (qui ne me paraissait pas si vieille d’ailleurs), entourés de tapisseries et de trophées de chasse, sur de confortables fauteuils de cuir anglais. Au milieu de ce décor disparate et de la clarté pâle des chandelles, le baron reprit sa ritournelle contre la démocratie et la modernité.

 

  • Aujourd’hui, nous n’avons plus d’ordres… Je ne parle même pas de rétablir une société d’ordre… mais voyez le chaos qui s’installe partout à nos portes… cette barbarie… Vous avez vu ls événements…

 

C’était l’occasion que je guettais depuis des mois.

 

  • Mais enfin, baron, de quoi parlez-vous ?
  • Mais du désordre ! des émeutes !!
  • Vous parlez des petites manifestations dont les médias affolés nous rebattent les oreilles !

 

L’air pincé, le baron se vers une verre de cognac sans en proposer à ses hôtes.

 

  • Ah, parce que pour lui ce sont de bricoles… une garden-party !

 

Je poursuivis mon attaque.

 

  • Enfin, voyez la force des mouvements sociaux en 1968… et eux n’étaient guère violents non plus. Pensez aux combats de rue en Allemagne dans les années 30, au 6 février 34 et à ses dizaines de morts. Nous vivons dans une société moins violente, ennuyée, mais qui se fait des peurs soudaines, voilà tout.

 

Le baron se tut, l’air bien sombre. La conversation reprit, moins allègre. Mais il ne put se retenir bien longtemps, et lança une invective contre le déclin de la France.

 

  • Mais de quel déclin parlez-vous ? En 1936, la France était promise à un effondrement démographique sans précédent. On n’aurait compté que 36 millions de Français dans les années 50 ! En 1870, nous avions déjà été balayés par la Prusse et voyez les écrits des contemporains, le désespoir des écrivains, des penseurs de l’époque…
  • Toute époque peut se flatter de décliner, interrompit prudemment notre ami commun le vicomte de W…, qui tentait de soulager le débat.
  • Je suis paradoxalement bien d’accord, rugit le baron. Mais vous me parlez à chaque fois de la République, de l’époque républicaine et démocratique !!

 

Il avait rejeté sa crinière rousse. Sa haute taille et ses vêtements de chasseur lui conféraient un air que je qualifiai pas de léonin mais de canin. Il me faisait penser à une hyène. Je résolus de l’ajuster mieux encore : après tout, n’étions-nous pas à la saison des chasses ? Pendant qu’il jetait du bois dans sa cheminée (il avait congédié ses domestiques), je poursuivis mon offensive. Certains de nos proches nous faisaient signe d’arrêter, inquiets ou lassés par notre duel verbal.

 

  • C’est bien l’Empire bonapartiste qui nous menés au désastre, non ? Et jamais nous n’avons connu tant de succès que sous le jacobinisme. Et voyez les défaites de nos rois…

 

Il se retourna furieux un tison à la main. Une braise jaillit et retomba sur le vieux M… Elle clama les esprits un instant. On nous commanda plus de calme.

  • Non, non, non, dit le baron… Il faut aller jusqu’au bout, laissez-le, il faut aller jusqu’au bout…
  • Fontenoy, en 1745…
  • Merci !!
  • Est notre seule victoire en rase campagne contre les Anglais… Et vous voulez que je vous parle du déclin de la France au moment de Louis XIV, de ses famines, de ses trois millions de morts, de ses innombrables défaites, de ce roi enterré en cachette et de nuit, qui se voulait un nouveau… Pharaon ?

 

Je dodelinais de la tête en lui adressant ce dernier trait. Mais je poursuivais.

 

  • Et vous voulez que je vous parle des rois fous, de la lâcheté de Charles VII, de la guerre de cent ans, des défaites humiliantes dd Crécy, de Poitiers, d’Azincourt. Quelques Anglais tués pour des milliers de chevaliers Français !!
  • Tout de même… somnola un vieux larron de chasse. Nos cathédrales, nos châteaux…
  • Il y en a partout en Europe, grommelais-je. Visitez l’Europe, vous verrez bien !
  • Tout de même, le temps des rois… réagit un vieux compagnon du baron
  • Les rois vivent encore dans les pays protestants que vous n’aimez guère. Et de quel roi, de quelle favorite parlez-vous ?
  • Tout de même, vous exagérez…

 

Plusieurs convives se levèrent. Ils prétextèrent l’excès de chartreuse ou de cognac,

  • Tout le monde ici, je le vois, critique la République. Or nous avons tous fait nos humanités, que je sache. La république grecque, la république romaine, n’ont-elles pas été nos modèles ?
  • Ils truquaient les élections, ils corrompaient les électeurs, ils déclenchaient des guerres civiles !! hurla le baron.
  • Et bien de quoi vous plaignez-vous ?
  • Comment cela, de quoi je me plains ?

 

Je savourai par avance mon triomphe, obtenu de haute lutte devant ce parterre d’imbéciles qui se prenaient pour des gentilshommes.

 

  • Vous ne cessez de vous plaindre des temps présents, laudator temporis acti, laudateur des temps passés, comme on disait jadis dans l’ancienne Rome. Or vous voyez bien que nos démocraties ont moins de défauts… Et puis finalement, qu’auriez-vous préféré, dis-je en soulevant pompeusement mon verre ? Vivre à l’époque de Napoléon et envoyer vos fils mourir sur des champs de bataille ? Vivre à l’époque du bon président Poincaré et les envoyer mourir au champ d’honneur sous l’horrible motif de défendre la patrie ?
  • Là, vous exagérez… le patriotisme…
  • Un million et de mi de morts, trois millions de blessés, pour récupérer une Alsace qui est retombée depuis dans la sphère d’influence de l’Allemagne. Vous dites qu’il n’y a rien de plus beau que la patriotisme : mais ne préférez-vous pas envoyer vos fils étudier en Angleterre ou aux États-Unis ?

 

Le coup avait porté. Ces hommes fortunés avaient en effet pour la plupart envoyé leurs héritiers étudier dans de fameux MIT et autres universités très coûteuses outre-Atlantique. Le baron remuait lentement son verre : il ne me regardait même plus. Je l’avais vaincu : plus jamais il n’aurait l’audace de me défier sur le terrain des idées.

 

  • Non, c’est vrai… vous avez raison, murmura en baillant un des convives que ma morgue intellectuelle n’avait pas encore chassé du salon. On a tendance à idéaliser le passé…
  • Comme on a tendance à idéaliser son enfance, c’est très humain, ajoutais-je avec condescendance. En réalité, baron, ajoutais-je en soulevant une fois de plus mon verre, vous croyez au mythe de l’Age d’or.
  • Ah bon ?
  • Oui… les grecs, les romains idéalisaient le passé. Il rêvaient comme Hésiode en de temps meilleurs et bien passés. Et nous avons gardé de cette lecture païenne du monde (plusieurs sursautèrent, en dépit de l’heure avancée) toute une nostalgie politique qui souvent nous coûte très cher. Elle a fait le lit de tous les totalitarismes qui promettent des héros, des monts et des merveilles. Il n’y a rien de plus dangereux que de vouloir vivre avec des héros blonds de contes de fées.

 

Je me taisais enfin pour me resservir. En levant la tête je fus surpris de l’expression très concentrée et je dois dire maintenant un peu ricanante du baron. Il ne buvait plus, il baissait la tête en joignant nerveusement ses doigts. Les deux derniers convives se retirèrent, m’adressant une molle poignée de main, et un regard un peu attristé. Un lourd silence pesa, interrompu par la pendule.

 

  • Nous avons trop parlé, je pense. Je vais me retirer, si vous le permettez…
  • Non, non, cher ami… J’aime votre franchise, votre culture, vos paradoxes. Vous avez bien animé notre longue soirée. J’ai un cognac à vous faire goûter.

 

Le baron se leva et me servit, me demanda d’abandonner mon verre. Je me retirai quelques instants puis je rentrai dans la pièce. Il avait retrouvé toute sa sérénité. Et il me questionna.

 

  • Pourquoi d’après-vous nous avons tous gardé cette nostalgie de l’âge d’or ? Elle n’est pas liée à notre enfance, je pense ?
  • Certes non. Elle est liée à l’âge de la pierre polie. Avant la paysannerie, avant les guerres, quand nous n’étions que chasseurs, pêcheurs, cueilleurs, que nous ne connaissions ni patrie ni monarchie, simplement de petits groupes de survivants. Il y avait moins de maladies, et très peu de conflits. Ceux-ci sont apparus avec la propriété privée… avec les domaines… avec le progrès.
  • Ainsi donc, fit le baron avec une mine émerveillée, vous êtes comme Rousseau… un défenseur de la préhistoire.
  • A cette époque, il y a eu équilibre entre les populations et les ressources, sans avoir recours à des activités agricoles. C’est ce qu’on appelle l’âge d’or.
  • Vous êtes encore plus nostalgique que moi !!!

 

Il éclata de rire. Son rire me mit à l’aise, je voulus me lever. Mais je ne pus le faire. Je sentis que ma tête flanchait : j’avais dû trop boire, et je perdis conscience.

 

Il faisait froid. Je claquais des dents. J’ouvris les yeux sous un ciel noir et pluvieux.. je me levai douloureusement et constatai avec effroi que je portai un pagne. Je vis un paysage en pente. Je crus faire un rêve. Mais après les vérifications d’usage, il m´apparut que je vivais un cauchemar. J’entendis des pas, et de derrière un buisson apparut le baron, avec son garde-chasse. Ils étaient armés tous les deux. Il me regardait d’un air ricanant.

  • La bonne blague, hein ? On aime toujours autant le passé ?
  • Vous êtes un fou… je vous dénoncerai, j’ai des témoins…
  • Oh, vous avec énervé tout le monde, mon cher. Ecoutez, vous êtes à quelques lieues d’un village que vous connaissez. Retrouvez-le, et apprenez à ne plus vous moquer, et à avoir des idées vous aussi cohérentes. Vous vouliez de l’âge d’or ? Et bien, chassez maintenant !

 

Et sur ce mot cruel il se retira. Que pouvais-je bien dire maintenant ? Et surtout, que pourrais-je bien faire ?

 

 

Aventures ? Art de conter ? Millénarisme ? Art de survivre ? N’oubliez pas les chants patagoniques !

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Le testament tellurique de John Rambo

Le testament de John Rambo

 

Il y a quelques mois, je publiai ici un texte repris partout sur le camp de concentration électronique, dans lequel nous succombons tous d’une manière ou d’une autre, nous surtout qui abandonnons au système ce qui reste de réalité à la rue ou à l’espace. La barricade mystérieuse a disparu, laissant la place à la barricade virtuelle.

Face à ce camp électronique j’exaltais – je saluais plutôt – la résistance des jeunes chrétiens, habitués du scoutisme et des veillées, et dont la force avait barbé le pouvoir socialiste. Je rappelais le livre de Carl Schmitt sur la dimension tellurique du guérillero (le redouté génie rend même hommage à Salan !), dimension perdue partout ou presque maintenant. Il n’y a plus que des bourgeois ou des Bouvard à travers le monde qui bataillent à coup de pixel.

Un peu de Carl Schmitt cité alors par mes soins et j’en viens ensuite à Rambo. Je me cite comme Philippe Grasset :

« J’en viens au sulfureux penseur Carl Schmitt, qui cherchait à expliquer dans son Partisan, le comportement et les raisons de la force des partisans qui résistèrent à Napoléon, à Hitler, aux puissances coloniales qui essayèrent d’en finir avec des résistances éprouvées ; et ne le purent. Schmitt relève quatre critères : l’irrégularité, la mobilité, le combat actif, l’intensité de l’engagement politique. En allemand cela donne : Solche Kriterien sind: Irregularität, gesteigerte Mobilität des aktiven Kampfes und gesteigerte Intensität des politischen Engagements.

Tout son lexique a des racines latines, ce qui n’est pas fortuit, toutes qualités de ces jeunes qui refusèrent de baisser les bras ou d’aller dormir : car on a bien lu l’Evangile dans ces paroisses et l’on sait ce qu’il en coûte de trop dormir !

Schmitt reconnaît en fait la force paysanne et nationale des résistances communistes ; et il rend hommage à des peuples comme le peuple russe et le peuple espagnol : deux peuples telluriques, enracinés dans leur foi, encadrés par leur clergé, et accoutumés à une vie naturelle et dure de paysan. Ce sont ceux-là et pas les petit-bourgeois protestants qui ont donné du fil à retordre aux armées des Lumières ! »

J’ajoutais encore sur Carl Schmitt :

« Il souligne qu’une motorisation entraîne une perte de ce caractère tellurique (Ein solcher motorisierter Partisan verliert seinen tellurischen Charakter), même si bien sûr le partisan – ici notre jeune militant catholique – est entraîné à s’adapter et maîtrise mieux que tous les branchés la technologie contemporaine (mais pas moderne, il n’y a de moderne que la conviction) pour mener à bien son ouvrage. »

 

Rambo était lui-même, ce Davy Crockett postmoderne, une adaptation sympathique, primaire, américaine (quand il y avait encore une inspiration américaine) des thèses de Carl Schmitt.

A la fin du deuxième, écrit par James Cameron, encenseur depuis des peuples soi-disant premiers d’Avatar (le seul avatar ce fut la transformation des technologies pour un message toujours plus creux et plus couteux), Rambo mitraillait l’informatique de Charles Napier et repartait avec son couteau de guerre, nouveau guerrier des âges farouches.

Le plus drôle est que notre prophète de la guerre de terrain, qui avait célébré l’indien, le sauvage, le Tarzan, le partisan russe, n’a pas été suivi par un système techno devenu fou, qui hait les hommes, encense les femmes, les transsexuels, liquide les altérités et dénie même tout caractère viril ou tellurique à la guerre. Du coup l’armée US est morte et bien crevée. On ne s’en plaindra bien sûr pas, et c’est pourquoi à chaque fois que je revois mon Rambo, celui de Ted Kotcheff, avec l’excellent Brian Dennehy, je pense à la devise de mon mage celte Taliesin : « il faut un survivant à chaque désastre. Je suis ce survivant. »

 

Sources

Nicolas Bonnal – Hollywood et le paganisme (Amazon.fr)

Nicolas Bonnal vous présente son oncle, envolé l’an dernier avec les anges : il lui a tout appris (Bonald, Cassien, régime, Aquin) à la Chartreuse !