Nicolas Bonnal vous présente son oncle, envolé l’an dernier avec les anges : il lui a tout appris (Bonald, Cassien, régime, Aquin) à la Chartreuse !

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Réchauffement climatique : les ours blancs à l’Arctique de la mort ? En prime, un conte monégasque : le secret de l’ours polaire…

Le secret de l’ours polaire

 

 

J’errais un jour dans l’un des halls du grand musée avec un de mes amis fort érudit et sûr de lui. Il émettait de grandes théories sur l’origine des civilisations et toutes sortes de vastes questions. Je tenterai de résumer ses brillantes élucubrations dans la mesure de mes faibles moyens intellectuels.

  • Certains ont pensé pouvoir expliquer les sociétés en opposant le cru et le cuit : on pourrait aussi bien opposer le chaud et le froid. Depuis des siècles, depuis les vikings au moins, les Doriens diront certains, les hommes se sont toujours précipités pour trouver de la chaleur. La civilisation est née dans les torpeurs tropicales de l’Asie ou les déserts brûlants de la Mésopotamie ou de l’Egypte, ne l’oublions pas.

 

Je pensais à ces bouddhas dormeurs perdus dans quelque jungle pour touristes, à ces géants de pierre taillés dans les rocs volcaniques d’une île paradisiaque, et bien sûr à notre mère la Grèce (qui comme disait un office du tourisme a un pays : la mer)

 

  • A l’inverse du nord, du Septentrion comme dit la Bible, ne viennent que les envahisseurs goths wisigoths et ostrogoths ou mêmes de tartares venus des déserts glacés ou calcinés de la grande Asie. Ici on ne crée rien, alors on rêve d’envahir le voisin et d’aller détruire son intéressante civilisation.
  • C’est l’Aquilon, dis-je rêveusement.
  • Oui, l’Aquilon, confirma mon savant interlocuteur. Car enfin les Normands n’ont cessé de venir piller nos abbayes et de violer nos campagnes, avant de gagner la Sicile et même la mer Noire… ce sont eux que les Arabes appelaient les Rus, et qui constituaient des gardes varègues bien loin de leur tremblante et glacée Scandinavie…

 

Où mon éminent ami voulait-il en venir ? Je le laissais parler, en admirant la très belle exposition du musée sur les glaces arctiques. Je pensais à ces propos cryophobes, ou pour mieux dire adorateurs de la chaleur, puis je me décidais à l’interroger.

 

-Oui, justement, pourquoi ces propos sur la chaleur ?

– C’est que l’on a trop vanté l’apport des civilisations du nord, de l’occident comme on dit chez nous. Mais finalement l’occident a peu créé, il a surtout détruit à l’époque de la civilisation industrielle, et puis voilà.

 

Je repensais aux fumées des usines, aux enfants dans les mines, aux massacres des hommes premiers, au pillage des terres, et j’en tremblai presque. Tout cela à cause du froid ?

 

  • Pas du froid, de la peur du froid. Après, l’Inde ou la Mésopotamie, tout cela était condamné à s’adapter ou bien à disparaître. Et voyez maintenant : tout le monde file vers la chaleur. On a envahi les Caraïbes, la Thaïlande, la Méditerranée, les côtes africaines, tout ce qui faisait penser au chaud.
  • J’en ai assez, du chaud.
  • Oui, c’est la thermocratie, la vraie révolution thermidorienne, celle de la machine à vapeur, du moteur à explosion, de la poudre et de la lampe à incandescence. On est toujours là à bouger, à faire bouger les hormones, à créer du frottement, de la chaleur
  • Juste ciel, dis-je, amusé. Tout mon sang dans mes veines se glace…
  • Je vous laisse, mon ami, j’ai un rendez-vous important.

 

Nous étions dans une belle salle de l’entrée du musée, où était suspendue l’énorme carcasse d’un ours blanc semblant nager dans les airs mêmes. Mon savant homme s’éloigna. Je flânais un peu, m’angoissant comme tout un chacun sur l’avenir de notre globe réchauffé par tant d’activité humaine et d’industrie rapace. Je regardais ces beaux tableaux des expéditions scientifiques du prince navigateur quand l’agitation incessante de l’homme ne préoccupait pas encore autant les consciences. Et à ce pernicieux besoin de chaleur, presque inexplicable, et qui a été l’instrument de nos futurs malheurs, et peut-être de nos actuelles médiocrités. Car enfin, bronzer et se baigner, n’est-ce pas un idéal enfantin ? Je voyais ces millions, ces milliards même de corps avachis sur nos plages retapées et liftées… Et je pensais à l’état de nos pauvres côtes. Mais bon ! Si l’homme préfère le chaud, même avec l’air conditionné…

 

En repassant devant, car il commençait à se faire un peu tard, je constatais comment dire… que notre grand ours empaillé s’était un petit peu déplacé.

Je vérifiai : je ne m’étais pas trompé. Profitant d’un instant de répit, notre monstre des mers froides s’était en effet donné un peu d’air, pagayant de ses pattes énormes à travers les atomes du musée.

J’en demeurais bouche bée, mais pas trop longtemps : j’étais habitué au fantastique dans ce musée, qui d’ailleurs n’en est pas un. Une amie russe m’avait parlé de la vie nocturne des œuvres dans le musée de l’Hermitage, alors que penser d’un musée du vivant ? Après tout la vie moderne a tellement mortifié l’existence qu’il est normal qu’à une heure ou autre Nous ou les Autres prenions notre revanche.

 

Je profitais du privilège qui m’avait été octroyé par la direction du musée pour prolonger ma promenade. A mon retour, je vis que l’objet de toute mon attention s’était encore déplacé d’un poil. Et je restais planté devant lui, comme un photographe.

J’ose dire, même si je n’ai pas de témoins, que ce fut l’ours, l’ours blanc géant, la terreur des sept mers, le plus féroce et le plus puissant des mammifères et des fauves, qui rompit la glace :

-Bonsoir, fit-il très impassible, en s’essayant à nouveau à ramer avec ses pattes colossales.

-Bonsoir, dis-je bien intimidé, je suis très honoré…

-Je vous vois souvent par ici.

-Oui, c’est un peu pour moi un lieu de seconde vie, de réflexion…

-Je vois, je vois, fit-il compatissant, comme s’il ne voulait pas trop m’entendre émettre des sornettes à ma convenance. Vous discutiez du chaud et du froid, je crois ?

-Oui, mais… Comment avez-vous pu entendre…?

Je ne suis pas tout à fait un ours empaillé. De nos jours, vous savez, un petit prélèvement d’ADN, et nous y sommes. On recyclera et on reproduira tout en un instant.

-Oui, fis-je fatigué, le mystère de la création…

-Il n’y aura plus de mystère de la création. Mais montez-là que je vous contemple. Je ne peux pas vraiment baisser la tête et orienter mes regards, vous savez…

 

Je montais un étage et me retrouvais face à mon beau monstre, et ses fantastiques pattes presque palmées et armées de griffes gigantesques. Je ne pus me retenir de proférer les paroles d’admiration d’usage.

 

  • Quelle force émane de vous… Quelle belle plante vous faites…
  • Oui, je sais, je suis un plantigrade, d’ailleurs. Comme je vous semble beau…
  • Ne caricaturez pas trop ma pensée, lui dis-je avec timidité mais aussi avec assurance (après tout je n’avais pas à trembler devant un géant empaillé). Mais je trouve que vous êtes une perfection biologique et presque ergonomique. Vous vivez dans des conditions effrayantes, vous terrorisez tout le monde, vous êtes beaucoup plus parfait que les félins, vrai phoenix hôte de ces glaces…
  • De ces glaces fondantes, me dit-il tristement en me regardant de ces énormes yeux noirs.
  • Vous résistez à tous les temps, vous êtes le roi de la chaîne alimentaire, vous êtes une divinité pour les eskimos…
  • Pour ce qu’il en reste, pauvres gens… Entassés dans des baraquements avec de l’alcool, de la télévision et des assistantes sociales…
  • C’est vrai que l’homme moderne n’est plus si exigeant… mais monsieur l’ours blanc, ne voyez pas tout en noir.

 

Nous nous déplacions curieusement, moi sur ma passerelle, lui dans les airs, comme s’il avait vaincu la pesanteur ainsi qu’au fond des eaux… ce fut lui qui reprit la conversation entamée le matin avec mon ami, au cours de laquelle, et on le comprend, il n’était pas intervenu.

 

  • J’ai bien écouté votre conversation, ce matin… Intéressantes propositions… mais je ne suis pas tout à fait d’accord, un peu trop systématique sans doute…
  • Oui, répondis-je prudemment. Mais on a peu de traces de civilisations très nordiques, à part le mur d’Hadrien…
  • Très drôle, me fit-il en réussissant à tourner la tête. Pourtant, vous connaissez les théories de Tilak.

 

Par chance, je m’en souvenais. Il s’agissait d’un maître hindou qui avait essayé de prouver à l’occupant britannique que l’Inde védique avait son origine dans le monde arctique. Il y avait aussi ces théories sur le mois de mars comme premier mois de l’année, et bien sûr su’ l’Hyperborée…

 

  • Vous connaissez Hyperborée… Pour les Grecs c’était le commencement du monde, et situé tout au nord. Et vous savez l’origine du mot arctique ?
  • Non, quelle est-elle ?
  • Eh bien je viens aussi du grec, arktos, l’ours. E dans l’antiquité védique, comme celle druidique, nous nous combattions entre ours et sanglier, l’animal druidique par excellence…
  • Et vous, vous êtes l’animal guerrier ?
  • Bien sûr : le nom Arthur vient d’Arktos justement. Alors, si nous cherchions un peu mieux, nous trouverions sans doute plus de bonnes raisons d’aimer le nord comme pôle, c’est le cas de le dire, de civilisation…
  • Je comprends… Vous êtes un ours fort savant !
  • C’est bien pour cela qu’on nous montre dans les cirques, non?

 

Il m’explique longtemps et longtemps ses théories. A la fin, comme fasciné par son intelligence mais désolé qu’il eût terminé empaillé dans un musée, fût-ce le musée océanographique de Monaco, j’osais lui demander :

 

  • Mais votre majesté l’Ours… Roi Arthur, comment avez-vous terminé ici ?
  • Vous ne le savez pas ? Vraiment ?
  • Euh… la chasse, la pollution ?
  • Pire que tout cela : le réchauffement évoqué par votre ami, la thermocratie.
  • Vous parlez par énigmes… un véritable sphinx des glaces.
  • Très drôle. Il faudra qu’un jour nous ayons une discussion sur ces mystères blancs et glacés du nord ou bien du sud… Non, je suis mort bien simplement.
  • ???
  • Noyé ! Il n’y a plus de banquise. Alors on nage, pour se reposer parfois, même quand on est ours blanc, et l’on finit par se fatiguer, même quand on est ours blanc.
  • Mais pourquoi ?
  • Eh bien, il n’y a plus de banquise ! Alors on ne trouve plus de bloc de glace où se reposer, et l’on s’épuise.
  • Vous voulez dire…
  • Qu’il n’y a plus de banquise, ou presque. Ce sera très bien pour vos croisières humaines au court-bouillon et votre prospection pétrolière… mais pour ce qui nous concerne… Il ne me reste qu’à pagayer dans les airs de votre grand et beau musée ! Voilà mon beau secret, le secret de l’ours blanc et sage !

 

Je rentrai chez moi un peu interloqué. Il ne faut décidément jamais trop rompre la glace, en concluais-je sagement !

 

 

 

Tatiana et les secrets de la céréale européenne

CHAPITRE II

Comment redécouvrir la céréale européenne

 

Je viens d’un pays dont le fleuve magique était adoré par le génie de Gogol, et dont le peuple, depuis des temps immémoriaux, était considéré comme un laboureur. Il est impossible d’imaginer mon pays sans les vastes nappes des champs – verts, blancs et dorés où poussent toutes sortes de grains et de blés. Là-bas, dès notre enfance on est habitué à voir cette richesse des graminées dans les champs comme dans nos assiettes, et on n’a pas l’ennui d’avoir une monotonie de choix de garniture entre le riz ou les patates !

Alors comment s’appellent-ils, ces grains, d’où viennent-ils, où les trouve-t-on ici en Europe occidentale ; enfin, que peut-on préparer avec eux ?

Aujourd’hui toutes les revues modernes, dès qu’il s’agit de parler des diètes ou des recettes à la mode, se précipitent pour nous proposer une multitude extraordinaire de céréales. Souvent ces céréales sont d’origine bien exotique et viennent d’autres continents. Les supermarchés vous proposent les grains de quinoa ou des flocons des céréales bien écrasés et bien mélangés, dont vous ne pourriez pas même décrire le goût.

Or avant l’arrivée du riz d’Asie centrale, du maïs et des patates d’Amérique du sud, nous les Européens connaissions déjà les goûts délicieux du blé, de l’avoine, de l’orge et de seigle, et enfin – des grains encore plus simples et pourtant plus savoureux – du millet et du sarrasin.

Les deux derniers sont deux modestes graminées, qui aujourd’hui essaient, non sans succès, de revenir dans les champs d’Europe et surtout – dans nos menus ! Certains les préfèrent pour l’absence de gluten si détesté par la mode diététique, les autres – par leur nombre de calories relativement réduit (par rapport au blé par exemple). Les spécialistes recommandent le millet pour nettoyer notre organisme et pour prévenir plusieurs maladies – du rhume jusqu’au cancer, sans nommer la facilité extraordinaire de la digestion du millet. Le sarrasin est encore plus diététique – il contient un minimum d’hydrocarbonés, il n’a pas de gluten, il possède tout un bouquet des vitamines, en plus il aide à combattre les maladies cardio-vasculaires, les arthrites, enfin il peut servir comme léger antidépresseur ! Mélangé avec du lait il est très nourrissant pour les petits enfants et pour les sportifs. Même pour les agriculteurs ces plantes ne présenteront pas de problème – elles supportent toute sorte de sol en ne demandent aucun engrais, en plus – le sarrasin est capable de chasser lui-même les mauvaises herbes du terrain.

En faveur du sarrasin il faut rajouter que c’est une excellente herbe mellifère, et qu’elle est adorée par les abeilles dont le nombre, comme on le sait, diminue chaque année en Europe.

 

Kacha aux grains de sarrasin. Source : Pro Ukrayinu

 

Depuis des centaines d’années ces deux plantes, venues, comme on le suppose de la Sibérie et de l’extrémité de notre continent, étaient célébrées chez les slaves – dans leur folklore et leurs coutumes, et les Ukrainiens ont même acquis le réputé surnom de gretchkosiy – de laboureurs du sarrasin (ce mot slave nous montre l’origine grecque justement de ces grains en Russie de Kiev). Négligés maintenant, le millet et le sarrasin étaient bien connus en Europe au Moyen Age et même avant. Aujourd’hui recherchez-les dans les boutiques spécialisées, dans les magasins « bio » ou chez les herborisateurs et même dans certains supermarchés, bien qu’il faille payer un prix plus élevé que pour le riz.

 

Kacha de millet avec la courge. Source : SMACHNI-RECEPTI.PP.UA

 

Le millet et le sarrasin vont très bien comme garniture pour le plat principal, on prépare avec eux d’excellentes soupes, des croquettes, la farcissure pour les pirojki (nos fameux beignets célébrés par Nabokov) et les tartes, ils s’assortissent très bien avec les légumes, les champignons, les fromages et le lait.

 

Gretchanyky – boulettes de sarrasin. Source : ukrain-in.ua

 

Et enfin rajoutons une simple et délicieuse recette avec des grains de sarrasin :

Préparez une kacha une bonne bouillie avec une tasse de sarrasin et deux tasses d’eau – toujours dans cette proportion ! Vous pouvez griller un peu les grains dans la casserole avant de mettre l’eau. Faites-les bouillir 12 minutes en rajoutant un peu de sel : 3 minutes sur le feu vif et après – diminuez le feu, fermez la casserole et ne touchez pas la bouillie pour que les grains gardent leur forme. Retirez la casserole du feu, couvrez la bien avec une serviette et laissez reposer votre plat pendant une heure – comme ça il sera encore meilleur ! Voici, la kacha est prête – on peut déjà la servir avec du beurre ou de l’huile d’olive. Mais pour créer un plat à part, rajoutez dans la kacha 120 gr. ou plus de fromage râpé, et mettez le tout dans une forme bien graissée avec du beurre et bien panée, en couvrant avec 200 gr. de crème fraiche mélangée avec 2 petits œufs et faites dorer dans votre four préchauffé à 180 degrés. Servez le plat chaud et bien arrosé avec du beurre fondu.

Je souhaite à tous les lecteurs une bonne découverte culinaire pour qu’ils puissent profiter des délices de nos plats ancestraux à la base de ces grains miraculeux !

 

 

 

Quelques recettes avec des grains :

 

Les boulettes de sarrasin à la smétana (la crème aigre) (selon le livre de la cuisine ukrainienne contemporaine)

On prépare une bouillie assez gluante avec les grains de sarrasin avec de l’eau et du lait. On rajoute les œufs battus avec sucre (ou sans sucre, dans ce cas on rajoute du sel), on forme les petites boulettes, on les empanne et on les fait dorer dans le beurre bien échauffé sur une poêle. On sert ces boulettes avec la smétana (la crème aigre).

Pour 1 verre de graines de sarrasin – 1 œuf, 2 cuillers de chapelure, 1 verre d’eau et 1 verre de lait pour la bouillie, 1 petite cuiller de sucre, 2-3 cuillers de beurre, ½ verre de smétana.

On peut préparer le même plat avec les grains de millet.

 

 

 

La kacha de millet à la crème (selon les recettes de Z. Klinovetska)

On lave les grains de millet, on verse du lait et on les fait bouillir dans un pot de grès émaillé pour que le millet soit mi- cuit (il ne faut pas mettre beaucoup de lait) ; ensuite on rajoute du sel et du sucre et on met le millet dans un pot, on verse sur le millet de la bonne crème et on rajoute un morceau du beurre bien frais, mélanger et mettre dans un four pour que le plat soit bien cuit.

Dans la cuisine traditionnelle contemporaine on trouve beaucoup de plats sucrés aux grains de millet : la recette la plus populaire – c’est la kacha de millet au lait avec la courge, c’est un plat diététique et bien nourrissant, le goût doux vient de la courge qu’on rajoute vers la fin de la cuisson. La recette ne requiert par le sucre mais on peut servir le plat avec une bonne confiture maison.  

Au lieu de courge on peut prendre les pruneaux.

 

Goloubtsy – le plat traditionnel ukrainien. On connait les variations de ce plat selon les régions. Le principe reste partout pareil – dans les feuilles de chou on met la farce et on les enroule. En Ukraine centrale on utilise comme farce les grains de sarrasin, au nord et à l’ouest du pays – les grains de millet. Les grains on fait bouillir 2/3 du temps prescrit, on les mélange avec des oignons (et souvent des carottes) dorés ou des couennes grillés, ou la viande haché (pour les fêtes) et on assaisonne cette préparation.

On prépare les feuilles de chou : si le chou est tendre on l’utilise cru en détachant les feuilles avec soin, si le chou est trop dur – on l’immerge (en entier ou feuille par feuille) dans l’eau bouillante pour quelques minutes, les feuilles doivent être élastiques. (Si on trouve des feuilles tendres de betterave ou de vigne, on peut également les utiliser pour préparer notre plat. De même manière on utilise les feuilles du chou fermenté – choucroute). Ensuite on met la farce au milieu des feuilles (si la cuisinière préfère les goloubtsy plus petits elle doit couper les feuilles en quelques morceaux) et on les plie en forme des petites rouleaux bien fermés de tous les côtés. On les fait dorer et on les met dans un pot en les arrosant avec de l’eau et le kvas ou avec un bouillon ou un consommé (selon le calendrier) – quelques cuillères de la crème aigre (smetana) rajoutent beaucoup de goût pour ce plat ! On le fait cuire dans un four chaud jusqu’au moment quand le chou devient bien tendre. Dans les recettes contemporaines on trouve le riz à la place des autres graines et la sauce tomate qui remplace la crème fraiche.

Goloubtsi au chou fermenté avec de la viande. Source : kolyba.ua

 

Dranykys ou derounys – est un plat typique du nord de l’Ukraine qui se prépare avec des patates râpés, des œufs et une petite quantité de la farine. Avec la pâte de patates on prépare une masse pas trop liquide et on fait dorer à la poêle ces petits beignets délicieux en les servant avec la smétana.

 

Derounys – source : kulinarki.com.ua

Banouch – est un plat des pasteurs des Carpates où on utilise la semoule de maïs pour préparer un bon et chaud repas. On prend 3 verres de la crème bien bien fraiche et on la met à l’ébullition. Ensuit on rajoute lentement 1 verre de semoule de maïs sans mélanger, et on le laisse se cuire 15 min., et puis on commence à mélanger et presque pétrit la masse jusqu’ à l’apparition du beurre liquide sur la surface. On sert ce plat avec des lardons grillés et la brynza (l’espèce du fromage de brebis des  Carpates).   

Banouch, source : sergej-pozhar.livejournal.com

 

 

 

 

Cinéma et mondes païens : une interview de Nicolas Bonnal par Breizh-info…

Le cinéma et les mondes païens

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Le cinéma et les mondes païens

Ex: http://www.breizh-info.com & http://francephi.com

Paganisme-cinema-e.jpgEnfin un livre sur le paganisme au cinéma : les héros, les mythes, les épopées, le voyage initiatique, l’âge d’or, la femme fatale, l’enlèvement saisonnier, tout vient en fait du paganisme !

Le conte a souvent mauvaise presse, étant confondu avec la sorcellerie ou la spiritualité New Age. Pourtant cette sensibilité cosmique et féerique continue toujours d’inspirer notre quotidien, malgré le rationalisme et la médiocrité moderne.

Ce livre tente de recenser les nobles inspirations du paganisme dans le septième art. Il évoque bien sûr le cinéma français, soulève l’importance excessive du cinéma américain et notre inspiration anglo-saxonne. Puis il évoque d’une manière plus originale la source païenne dans le cinéma soviétique ou japonais de la grande époque, sans oublier celles du cinéma allemand, surtout celui de l’ère muette. L’ouvrage célèbre les contes de fées, les épopées, les adaptations des mythes fondateurs de la tradition nippone ou européenne. Il ignorera certaines cinématographies, quand il insiste sur d’autres. Mais le sujet est bien vaste…

Si l’on devait donner quelques noms prestigieux pour illustrer notre livre, nous donnerions ceux de Walsh, Lang, Kurosawa, celui de son compatriote Inagaki, génie païen oublié (lion d’or et oscar en son temps) du cinéma. Et bien sûr ceux des soviétiques négligés comme Alexandre Rou – officiellement « folkloriste » – et le grand maître ukrainien Ptushko. Mais la France mystérieuse, celle de Cocteau, Rohmer et Duvivier, a aussi son mot à dire…

Nous espérons que notre ouvrage redonnera à ce cinéma populaire et cosmologique quelques-unes de ses plus belles lettres de noblesse.

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Entretien avec Nicolas Bonnal sur le paganisme au cinéma

Les éditions Dualpha publient « Le paganisme au cinéma » rédigé par Nicolas Bonnal , écrivain auteur notamment d’ouvrages sur Tolkien.

Mondes païens, épopées, contes de fées… Enfin un livre sur le paganisme au cinéma : les héros, les mythes, les épopées, le voyage initiatique, l’Age d’or, la femme fatale, l’enlèvement saisonnier, tout vient en fait du paganisme !

Rédigé par un cinéphile passionné et érudit, ce livre trouvera une place de premier choix dans votre bibliothèque non conforme.

Nous avons interrogé Nicolas Bonnal, qui a accepté de nous parler de son livre.

Breizh-info.com : Pouvez-vous vous présenter ?

Nicolas Bonnal : Je suis historien de formation, ancien IEP Paris. J’ai beaucoup voyagé et je vis depuis quinze ans à l’étranger. Mes voyages m’auront sauvé. Je collabore avec la presse russe et avec des sites rebelles. Mes livres sont liés à des commandes et à des passions personnelles : étude ésotérique de Mitterrand (Albin Michel puis Dualpha) ou de Tolkien (les Univers d’un Magicien) ; livres sur le cinéma ou la culture rock (Damnation des arts, chez Filipacchi). Les sujets liés à l’initiation m’ont toujours plu : mon guide du voyage initiatique, publié jadis aux Belles Lettres.

Mais mes pépites sont mes recueils de contes (Les mirages de Huaraz, oubliés en 2007) ou mes romans, notamment Les maîtres carrés, téléchargeable en ligne. Plus jeune, je rêvais de changer le monde, aujourd’hui de vivre agréablement en Espagne et ailleurs. J’ai un gros penchant pour la Galice, terre extrême et bien préservée. Sinon je suis très polémiste de tempérament, mais cela apparaît peu dans mes livres.

Breizh-info.com : Loin des clichés et des mythes, qu’est ce que le paganisme ?

Nicolas Bonnal : Pour moi c’est la Tradition primordiale hyperboréenne. C’est la seule relation de vérité et de beauté avec le monde. Tout est bien lisible dans Yourcenar ou dans Nerval.

Le paganisme, c’est la beauté, la blondeur, l’élévation sentimentale, la danse céleste, le voyage initiatique ou la guerre héroïque, le lien avec le cosmos et avec les dieux. Le reste est laid et inutile.

Breizh-info.com : Votre ouvrage se focalise presque intégralement sur un cinéma « que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre » comme dirait la chanson. Le cinéma des années 90 et 2000 serait donc vide de tout paganisme ?

Nicolas Bonnal : Non. Vous avez un chapitre sur le cinéma contemporain. J’explique des films récents que j’ai bien aimé, Twilight, Point Break, le treizième guerrier, le Seigneur des Anneaux, Apocalypse Now (le colonel Kurtz est lié au rameau d’or ou à Jamie Weston, donc au Graal).

Pour le reste il faut redécouvrir le monde recouvert par la merde médiatique contemporaine et par une ignorance crasse dans tous les domaines. Donc je parle des grands films soviétiques et japonais ou du cinéma muet. Je suis obligé de le faire. Je permets aussi au jeune Français de redécouvrir son patrimoine : Pagnol, Renoir, Cocteau.

Et si c’est mieux que Luc Besson ou les films cannois, je n’y peux rien. Ressentir le paganisme est une grande aventure spirituelle et intellectuelle, un effort intelligemment et sensiblement élitiste.

Donc pas de feuilletons américains interdit au moins de dix-huit ans ! Il faut le dire sans arrogance mais il faut le dire. Il faut oublier Avatar, et découvrir Ptouchko, Inagaki. Dans sa cabane de rondins, l’américain Thoreau tentait d’ignorer son affreux pays, philosophait et lisait en grec l’odyssée. C’est cela être païen.

Je vous invite à découvrir Taramundi par exemple en Galice pour y aller philosopher ou travailler le fer.

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Breizh-info.com : Que diriez vous à des cinéphiles qui – comme moi et je pense qu’ils sont nombreux – ont un mal fou bien que férus de légendes, de mythologies et d’histoire, à regarder un film en noir et blanc ou les premiers films couleurs ? Comment les inciteriez vous à changer de regard sur ce cinéma, techniquement moins abouti qu’aujourd’hui et difficile à suivre pour l’œil ?

Nicolas Bonnal : Oui, TNT avait colorisé les films pour contourner la paresse du spectateur moyen ! Mais c’est céder à l’ennemi. La facilité nous tuera tous. C’est le triomphe de la pornographie sur l’amour fou.

J’adore le cinéma populaire. Je cite beaucoup de films en couleur, bien plus beaux qu’aujourd’hui car ils étaient en cinémascope. C’est pourquoi je défends même certains beaux « classiques » américains (les comédies musicales, surtout Brigadoon) ! Les films soviétiques ou japonais sont superbes, le Fleuve de Renoir aussi. Le noir et blanc expressionniste de Fritz Lang inspire toujours les bons cinéastes, et Metropolis comme les Nibelungen sont une date dans l’histoire.

Donc je le répète, il faut découvrir, il faut chercher, faire un effort. Il y a bien des gens qui vont dans les Himalayas escalader des pics, alors pour le cinéma ou la littérature on peut faire de même et devenir un athlète de la cinéphilie ! Il faut aussi redonner un sens pratique et initiatique au mot solidarité, créer des ciné-clubs communautaires et sensibles, échanger grâce aux réseaux sociaux autre chose que sa détestation pour Gaga ou Obama.

Et puis il faut s’ouvrir au vrai orient. Actuellement le cinéma chinois est à la pointe sur le plan technique, initiatique, héroïque. Voyez les films de Donnie Yen ou Jet Li (ses films chinois !). Ils sont à un centime sur amazon.co.uk, souvent extraordinaires.

Je recommanderai surtout les films historiques de Zang Yimou et le cinéma de Donnie Yen, extraordinaire athlète et acteur. Ici il n’y a plus aucune excuse pour refuser cette leçon. Mais quel plaisir noble que de découvrir Orphée de Cocteau ou de retrouver Naissance d’une Nation, sa célébration de la féodalité sudiste…

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Breizh-info.com Quels sont les films qui vous ont le plus marqué concernant la thématique que vous abordez dans le livre, et pour quelles raisons ?

Nicolas Bonnal : Les deux Fritz Lang cités plus haut. J’aime beaucoup la Belle et la Bête de Cocteau, Perceval de Rohmer, bien enracinés dans notre vieille France initiée. Je célèbre Inagaki pour son culte du Japon solaire, cyclique, héroïque, mythologique. C’est lui aussi qui a réalisé la plus grande adaptation des 47 rôninsremis au goût du jour récemment. Il faut voir Rickshaw man (voyez un génial extrait sur Youtube, Toshiro Mifune battant le tambour)) et les Trois trésors.

Tout cela est disponible via Amazon (essayez plutôt pour économiser et trouver plus amazon.co.uk ou amazon.es) et Youtube. Il y a un site russe Mosfilm. J’ai adoré donc les films de Ptouchko (Ilya Murometz, phénoménal, ou les Voyages de Sadko) et de Rou, un irlando-grec né en Russie et maître du cinéma folklorique soviétique. Voyez ses films sur Babayaga, Kochtchei, Vassilissa.

Breizh-info.com : Comment expliquez-vous qu’à l’heure actuelle, les Européens (Russie exceptée) semblent dans l’incapacité de tourner des films à la gloire d’un passé, d’une mythologie, d’une civilisation ? Pourquoi ont-ils laissé Hollywood massacrer nos mythes ?

Nicolas Bonnal : Il y a eu un bon Hollywood avec Griffith, Walsh, Hathaway : Peter Ibbetson est un sommet du cinéma érotique, lyrique et onirique. Même les films d’Elvis sont très bons, voyez ceux sur Hawaï, ils vous surprennent. Le King était une belle figure. Pour répondre à votre question, Guénon a rappelé que le peuple contient à l’état latent les possibilités initiatiques. Le paganisme est d’essence populaire et l’on détruit simplement les peuples à notre époque.

Jusqu’aux années cinquante et soixante, ce paganisme de masse avec touche éducative s’est maintenu au cinéma. Il y avait encore une civilisation paysanne en France, au Japon, en Russie, en Ukraine. Les films mexicains étaient très bons par exemple. Puis la mondialisation sauce néo-Hollywood et la société de consommation sont arrivées : on supprime tout enracinement (celui visible encore chez Renoir, Pagnol ou même Eric Rohmer), et on le remplace par un Fast-food visuel pour société liquide. Ensuite il y a une autre raison plus grave, si l’on veut. Le kali-yuga, l’âge de fer d’Ovide. On n’est pas païen si l’on est n’est pas lucide ou pessimiste. Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas résister.

Mais je répète que toutes nos traditions ont été convenablement défendues jusqu’aux années 70, et j’ai souligné le rôle païen, libertaire et positif (cinéma allemand façon Schroeder ou Herzog) de cette décennie. Ensuite on est entrés dans le trou noir absolu. De temps en temps une petite lueur. Je répète ce que j’ai dit : il faut découvrir le cinéma chinois avec ses épopées, son féminisme magique, des arts martiaux à touche taoïste (fabuleux duel du début de Hero !), son moyen âge héroïque. Là je vous garantis qu’on est loin des tortues ninjas de Marvel.

(Propos recueillis par Yann Vallerie)

Pourquoi un livre sur le paganisme au cinéma?

Propos recueillis par Fabrice Dutilleul

Pourquoi ce livre ? Par goût du paganisme ou du cinéma ?

Par cinéphilie ! J’étais un jour dans un bus au Pérou, à 4600 mètres, tout près d’Ayacucho. On projetait un film à la télé à bord, et les jeunes indiens se sont comme arrêtés de vivre. Ils ont fusionné avec le film. C’était L’Odyssée. Je me suis dit alors : il y a quelque chose de toujours vrai et de fort ici, puisque les descendants des incas adorent cette épopée et les voyages d’Ulysse.

Et vos références ?

Je suis un vieux cinéphile et j’ai toujours aimé les films à forte résonnance tellurique ou folklorique. Jeune, j’adorais Excalibur ou Apocalypse now. On se souvient que le colonel Kurtz lit Jamie Weston et Le Rameau d’or. Ensuite, j’ai découvert dans un ciné-club à Grenade (merci Paco !) le cinéma japonais, dont le contenu païen est très fort, avec Inagaki et, bien sûr, Kurosawa. Puis, je me suis plongé grâce à ma belle-famille dans le cinéma populaire soviétique qui s’inspire des contes de fées (skaska) et des récits de chevaliers (bogatyr) ; les grands maîtres sont Rou et Ptouchko. Dans ce cinéma d’ailleurs, des femmes inspirées ont joué aussi un très beau rôle tardif. Voyez la Fleur pourpre (Belle et Bêterevisitées) de mon amie Irina Povolotskaya.

Il y a une tonalité nostalgique dans tout le livre.

C’est une des clés du paganisme. Il était lié à une civilisation agricole qui a disparu. Relisez Ovide ou Hésiode. Il est aussi lié à une perception aigüe de la jeunesse du monde. Dans ce livre, on regrette le cinéma muet, expressionniste, le cinémascope, les grands westerns, le cinéma enraciné des Japonais, à l’époque où il y a encore une agriculture avec ses rites. Tout cela est parti maintenant, et on regrette les âges d’or et même la nostalgie évanouie. C’est évident pour le cinéma français des années 30 à 50. On pleure en pensant Pagnol, Renoir, Duvivier. Regain, le Fleuve et Marianne sont des hymnes au monde, quand la France était encore de ce monde.

Il y a aussi une tonalité mondialiste !

Pas mondialiste, mais mondiale. C’est beau d’aimer le monde. On ne peut se limiter à connaître le cinéma américain parce qu’on est colonisé culturellement, ou notre seul cinéma français. Donc vive le Japon, l’Allemagne de Weimar, la Russie enracinée de la Grande Guerre patriotique ! En se basant sur des données traditionnelles, on voit les troncs communs de la spiritualité païenne, qu’on a tant oubliée depuis.

Et le paganisme proprement dit ? Comment le considérez-vous ?

C’est ici une affaire de sensibilité et de culture, pas de pratique religieuse… les héros, l’aventure, les mythes, le crépuscule, l’âge d’or : tout cela donne ses lettres de noblesse au cinéma, avec les couleurs du cinémascope et les cheveux blonds des héros russes. Le paganisme est la source de toute la littérature populaire d’aventure et donc du cinéma. On ne peut pas comprendre Jules Verne ou Conan Doyle si l’on n’est pas au fait de ces croyances, de cette vision poétique du monde.

Vous avez partagé votre livre en cinématographies ?

Pas tout à fait. J’étudie bien sûr les grands moments du cinéma russe ou japonais, ceux du cinéma allemand muet ou moderne (de Fritz Lang à Herzog), les beaux moments du cinéma français (Renoir, Rohmer, Duvivier…). Puis je reviens au cinéma américain, via les grands classiques du western et de la comédie musicale (Brigadoon) et le beau cinéma orangé des années 70. Et je commence mon livre par un aperçu de notre culture païenne expliquée par les spécialistes et réintégrée dans la culture populaire depuis le romantisme !

Si le sujet de ce livre est le paganisme, quel en est l’objet ?

Connaître des cinématographies, les comprendre et les aimer. Le cinéma est venu quand le monde moderne a commencé à tout détruire, les contes et légendes, les paysages, les danses folkloriques, les cadres de vie, tout !

ptushtDA4xyL.jpgCette industrie artistique a aidé à comprendre (même si elle a parfois caricaturé ou recyclé) la beauté du monde ancien, tellurique et agricole qui allait disparaître. Le cinéma japonais est magnifique dans ce sens jusqu’au début des années soixante. Et donc l’objet de ce livre est de pousser la jeunesse à redécouvrir l’esprit de la Genèse, la nature, les animaux, les cycles, les hauts faits, les voyages et les grandes aventures initiatiques. Les romains, dit déjà Juvénal dans ses Satires, connurent le même problème, les enfants ne croyant même plus aux enfers ! C’est un livre sur la poésie de la vie et des images qui nous aident à l’affronter aux temps de l’existence zombie et postmoderne.

Quelques films pour commencer ?

Ilya Murometz de Ptouchko. Kochtcheide Rou. Les Trois Trésors d’Inagaki. Les Nibelungen de Fritz Lang. Le Fleuve de Renoir.

Pourquoi toujours ce Fleuve ?

Parce que c’est l’eau, c’est Héraclite et son fleuve où l’on ne se baigne pas deux fois.  C’est le chant des bateliers aussi. C’est le Gange, avec vie et mort. C’est l’éternité du monde avant l’industrie. C’est la famille aussi. Et c’est la nostalgie.

Le paganisme au cinéma de Nicolas Bonnal – 354 pages –  31 euros – éditions Dualpha, collection « Patrimoine du spectacle », dirigée par Philippe Randa.

L’acédie des jeunes, par George Steiner : Dans Le Monde du 11 mai 2013, le grand georges steiner (84 ans, critique, philosophe) répond à la dernière question du journaliste « Quel sera, selon vous, l’avenir de la jeunesse estudiantine, avec laquelle vous êtes en contact ? » de la façon suivante : « Il m’effraie. Nous sommes en train de créer une apathie chez les jeunes, une « acédie », grand mot médiéval, sur laquelle Dante et saint Thomas d’Aquin ont écrit des choses formidables. Cette forme de torpeur spirituelle me fait peur. Le philatéliste qui est prêt à tuer pour un timbre, lui, a de la chance. »

Quel dommage ! Il ne connait pas Nicolas Bonnal et surtout CASSIEN !!!

Mais quel grand humaniste quand même !

Découvrez Georg Trakl avec Bruckner

Je suis une ombre loin d’obscurs villages.
À la source du bois j’ai bu
Le silence de Dieu.
Sur mon front vient du métal froid.
Des araignées cherchent mon cœur.
Il y a une lumière qui s’éteint dans ma bouche.
De nuit je me trouvai sur une lande.

 

(…) si je cherche à imaginer un peu comment ce sera dans le Paradis, il me semble toujours être le temps de ma jeunesse, de mon enfance. Ainsi, dans ce contexte de confiance, de joie et d’amour, nous étions heureux et je pense que dans le Paradis ce devrait être semblable à ce que c’était dans ma jeunesse. En ce sens j’espère aller « à la maison », en allant vers « l’autre partie du monde ».

Benoit XVI et la demeure philosophale…