Un lecteur écrit… sur Maupassant et Tartarin !

J’ai attaqué votre conseil lecture, Les dimanches d’un bourgeois à Paris, et ça me fait beaucoup penser à Tartarin de Tarascon, que j’ai lu récemment.
On y trouve déjà du proto-Debord, le plaisir spectaculaire de l’accumulation de marchandises :
« Puis il étendit sur des chaises toutes ses emplettes, qu’il considéra longtemps »
Chez Tartarin,

« Imaginez-vous une grande salle tapissée de fusils et de sabres, depuis en haut jusqu’en bas ; toutes les armes de tous les pays du monde : carabines, rifles, tromblons, couteaux corses, couteaux catalans, couteaux-revolvers, couteaux-poignards, kriss malais, flèches caraïbes, flèches de silex, coups-de-poing, casse-tête, massues hottentotes, lassos mexicains, est-ce que je sais !

Par là-dessus, un grand soleil féroce qui faisait luire l’acier des glaives et les crosses des armes à feu, comme pour vous donner encore plus la chair de poule… Ce qui rassurait un peu pourtant, c’était le bon air d’ordre et de propreté qui régnait sur toute cette yataganerie. Tout y était rangé, soigné, brossé, étiqueté comme dans une pharmacie, de loin en loin, un petit écriteau bonhomme sur lequel on lisait :

Flèches empoisonnées, n’y touchez pas !

Ou :

Armes chargées, méfiez-vous !

Sans ces écriteaux, jamais je n’aurais osé entrer.

Au milieu du cabinet, il y avait un guéridon. Sur le guéridon, un flacon de rhum, une blague turque les Voyages du capitaine Cook, les romans de Cooper, de Gustave Aimard, des récits de chasse, chasse à l’ours, chasse au faucon, chasse à l’éléphant, etc. »

Patissot aussi est un grand lecteur : « Ses dimanches étaient généralement passés à lire des romans d’aventures et à régler avec soin des transparents qu’il offrait ensuite à ses collègues. »

Les deux décident un jour de partir à l’aventure, déguisés en aventuriers, et jouant à fond leur rôle (et quand on dit que tout ce qui était auparavant directement vécu s’est éloigné dans une représentation, il y a ça aussi : l’artificialité, et ce regard sur soi-même qui n’a rien à voir avec l’examen de conscience, mais relève purement des mécanismes narcissiques : car Lasch et Debord parlent de la même chose), se rendant ridicules aux yeux des autochtones.

Tous deux sont mythomanes dès que l’occasion s’en présente, et se font dépouiller par des femmes.

Dans les deux cas, on se fait croire qu’on est grâce au paraître, qui se base d’une part sur l’imitation de modèles fictifs, littéraires (aujourd’hui c’est télévisuel / cinématographique – mais c’est forcément un modèle outrancier, stéréotypé comme on dirait aujourd’hui, théâtral) et d’autre part sur l’accumulation de camelote, de déguisements. Ces deux bases qui semblent à la fin du XIXe accessibles aux seuls bourgeois, c’est ce qui est développé à l’infini et proposé à l’ensemble des « occidentaux » avec la société de consommation.

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Une interview de Marion Maréchal Le Pen par La Pravda (2013)

 

 

Durant l’été de l’an 2013, Nicolas Bonnal avait posé pour pravdareport.com un certain nombre de questions à Marion Maréchal-Le Pen. Florilège :

 

– Melle Le Pen, vous êtes la plus jeune députée française celle aussi qui a marqué une forte réticence au mariage pour tous. Vous avez tenu un beau discours à ce propos récemment place Dauphine à de jeunes chrétiens: pouvez-vous expliquer à notre lectorat russe les détails de votre position ? Et comment expliquer l’extravagante brutalité de la réaction du gouvernement français ?

 

  • Ce combat me tient particulièrement à cœur et je partage, avec cette jeunesse de France qui s’est levée ces derniers mois, la volonté de défendre le cadre indépassable de nos valeurs et du respect des lois naturelles. Nous avons assisté à la toute-puissance d’un « nano-lobby » qui, à lui seul, avec ses quelques centaines d’adhérents, a réussi à détruire l’institution du mariage comme cadre de la filiation et à mettre le désir individuel des adultes au-dessus de toute autre considération comme le bien-être de l’enfant adopté, et ce, contre l’avis de nombreux pédopsychiatres français reconnus. J’ai également tenu à dénoncer les nombreuses atteintes de la gauche libertaire à nos libertés individuelles : sous-estimation des chiffres de manifestants, centaines de gardes à vue arbitraires, recours excessifs à la violence policière, peine de prison pour délit d’opinion… La démocratie française se meurt sous nos yeux par la volonté d’une élite idéologue qui contraint le peuple français à abandonner toute attache à l’égard de la famille ou de la nation pour mieux imposer son utopie mondialiste. Heureusement, la résistance de ces derniers mois a montré que la conscience française n’était pas morte !

– La loi Taubira s’applique sur le relativisme moderne et les progrès de la technoscience, et la science ne cesse de progresser en se libérant de toute éthique. Vous avez entendu parler des Google babies, dont les mères porteuses sont en Inde. Pensez-vous qu’une conscience chrétienne ou humaniste puisse encore intervenir dans ces circonstances ?

 

  • Nous arrivons aujourd’hui à l’aboutissement du nihilisme moderne où l’homme n’est finalement qu’une marchandise de plus dans ce règne du libre-échange. Leur conception du « progrès » social est calquée sur l’évolution du progrès technique. Leur étrange raisonnement par analogie les amène à considérer que les sociétés humaines, à l’instar des avancées technologiques, ne peuvent qu’évoluer vers toujours plus d’avancées sociales et donc vers toujours plus de bien. Le véritable danger de cette loi réside dans les dérives qu’elle va entraîner avec l’arrivée de la PMA pour les couples lesbiens puis de la GPA pour les hommes au nom de l’ « égalité ». L’humain et ses produits ne deviendront plus ainsi qu’un produit consommable parmi les autres au nom du progrès et de l’égalité. Les vrais féministes devraient s’insurger contre ce mépris de la femme.

– Toujours pour notre lectorat, pouvez-vous nous donner une idée de votre parcours intellectuelle et même familial (votre rapport à votre grand-père par exemple) ? Quelle est votre France modèle du passé, s’il y en a une ? Votre grande figure historique ?

 

  • – Je viens d’une célèbre famille politique française dont la figure historique Jean-Marie Le Pen déchaîna, durant de nombreuses années, les passions pour avoir porté à lui seul le courant national méprisé et combattu par nos élites au nom de la lutte contre « la haine nationaliste » et les « extrêmes ». Ma vie personnelle m’a appris l’adversité, c’est pourquoi aujourd’hui, l’arène politique ne m’effraie pas. J’ai grandi dans l’amour de mon pays dont j’assume chaque erreur et chaque réussite. Comme disait Napoléon : de Jehanne d’Arc à Robespierre, je prends tout ». Je ne défends pas un conservatisme béat mais un passéisme intelligent car un peuple qui oublie son passé oublie aussi ses erreurs et risque de les renouveler. Ma nation a plus de 1000 ans d’existence et il serait bien réducteur de commencer son histoire à la révolution de 1789. Il y a beaucoup de personnages historiques qui me plaisent ; je n’ai pas de référent particulier mais Jeanne d’Arc est certainement l’une de mes préférées, cette bergère guerrière de 19 ans portée par la Providence pour sauver le pays des anglais.

– On a coutume de se plaindre de la jeune génération depuis au moins cinquante ou soixante ans. Comment voyez-vous votre génération – qui est FN à 26% en France ? Est-elle comme on le voudrait inculte, aliénée par la technologie, les Smartphones et possédée par les médias ? Ou est-elle au contraire plus insoumise et prête à accompagner le mouvement national au pouvoir en France ?

 

  • Les faits sont têtus. Malgré le matraquage idéologique opéré à travers l’éducation nationale depuis des années, la jeunesse de France est pleine de ressources. Aujourd’hui cette jeunesse fait le piteux bilan d’une révolution morale soixante-huitarde qui leur a fait bien du tort. La réalité les rattrape au quotidien : chômage de masse, insécurité généralisée, immigration massive. Nous payons les erreurs de nos aînés et la crise économique nous conduit à nous recentrer sur les protections naturelles que sont la famille et la communauté nationale. Le mouvement « Manif pour tous », qui a réuni des millions de personnes durant plusieurs mois, s’est caractérisé par la jeunesse des acteurs. Nous avons vu sortir du bois une jeunesse extrêmement déterminée avec une réelle conscience politique, ne craignant ni le jugement moralisateur de nos élites, ni la répression. Tout cela est extrêmement encourageant pour l’avenir et me donne beaucoup d’espoir car, avec eux, j’ai vu que nous ne serions pas seuls pour remettre sur pied la France de demain.

 

– Le Front national que vous représentez monte mais il y a trente ans qu’il monte, alors que vous n’étiez pas même née ! Quels sont les facteurs qui pourraient amener votre parti au pouvoir dans les années sans doute décisives qui viennent. Etes-vous prêts, alors que vous un parti sans gros moyens ?

 

  • – Une des raisons de nos succès électoraux est que les Français voient que ce que nous disons depuis des années est vrai. Je dis souvent que nous avons eu, peut-être, raison trop tôt. Les Français ont désormais compris que le Front national est le seul mouvement qui peut apporter les solutions volontaires et courageuses que la situation actuelles exige! Je crois que c’est l’effondrement des élites, fascinées par le pouvoir et l’argent, qui amène toujours plus de français à voter pour nous. Nos adversaires ont échoué partout, sur tout, tout le temps avec une véritable constance. Mes compatriotes sont lassés de cette foire aux nuls. Nous avons moins de moyens que les autres mais cela ne veut pas dire aucun moyen. Nous faisons de la politique autrement et nous avons gardé la culture militante ; nous sommes  donc beaucoup plus économes que nos adversaires du PS et de l’UMP.

– De plus en plus on assiste à un problème étonnant en France, en Europe de l’ouest, dans l’occident tout entier, celui des élites hostiles. Les parlementaires n’aiment pas les gens qu’ils représentent, les bureaucrates ne les servent pas, les journalistes et les médias les méprisent ? Comment analysez-vous ce problème des élites hostiles ?

– J’aime beaucoup votre concept  « d’élites hostiles » ! Cela résume très bien ce que nous vivons aujourd’hui.  La population est, en effet, devenue la variable d’ajustement de la guerre pour plus de pouvoir. Mais un pouvoir non pour servir mais pour se servir. Ces élites se combattent et s’admirent dans le même temps, chacun voulant ce que l’autre possède. Nous sommes dans une satisfaction de l’immédiateté et une volonté échevelée du plaisir égotique sans contrainte.  Les peuples sont des enjeux commerciaux et plus du tout idéologique. Les Trotskystes et les maoïstes des années 70 sont devenus des rois de la com’ et des média,  les gourous de la mondialisation, les grand prêtres de la financiarisation de l’économie. L’Hostilité des élites vient du fait qu’elles ne poursuivent plus les mêmes buts et les mêmes espérances que les peuples. Pire même, ces derniers, parce qu’ils s’accrochent à leur modes de vies, leurs racines deviennent un obstacle aux rêves de toute puissances des maniaques de la globalisation.

– Dans un de vos discours, vous avez rappelé au le parti communiste en 1979 défendait encore la classe ouvrière et voulait la protéger de l’immigration, comme le voulait d’ailleurs Marx. Pourquoi selon vous le parti communiste français a-t-il abjuré sa mission ? et comment le Front national est-il devenu le premier parti ouvrier et populaire de France ?

  • – L’affaire du « Bulldozer de Vitry » a été le chant du cygne du communisme à la française. Le Parti Communiste Français, qui dénonçait l’immigration de masse comme « l’armée de réserve du capital », a cédé aux sirènes du pouvoir avec l’arrivée de François Mitterrand en 1981. Le PCF s’est, petit à petit, marginalisé pour devenir aujourd’hui le porte-parole « des luttes », c’est-à-dire tous les combats des minorités, des sans-papier, des minorités sans papier. Le peuple a tourné le dos au PCF et, au lieu de faire son examen de conscience, le « parti » à décider de défendre tout ce qui n’est pas le peuple. Le Front National défend véritablement ceux qui sont les plus fragiles car les plus exposés à l’insécurité, au déclassement et à la folie de la mondialisation. C’est, à mon sens, la raison de notre succès auprès des couches populaires.

– L’Europe est un projet qui a d’abord séduit au temps du général de Gaulle et d’Adenauer, puis effrayé – lorsque vous étiez enfant, et qui enfin vire à l’aigre. Peut-on sortir la France du piège européen ? Et dans quelle condition, sous peine d’éviter d’autres soubresauts plus nationaux ?

 

– L’idée était de garantir la paix et de permettre aux nations européennes de partager des ressources et des savoir-faire. L’Union Européenne et sa commission n’ont plus rien à voir avec l’idée fondatrice. Nous allons vers une construction fédérale alors que celle du général de Gaulle était confédérale. Certains vous disent que c’est la même chose. Mais non, cela n’a rien à voir ! La confédération est une union de pays indépendants or le projet de l’actuelle commission a pour but de transférer le plus de compétences possible, comprenez souveraineté, à un groupe sans légitimité populaire.

– Dans le même ordre d’idées, comment contrôler l’immigration qui est devenu non plus un problème français (que M. Le Pen soulevait dès les années 70) mais mondial ? Quelles seraient vos propositions pour concilier la liberté de mouvement et la préservation des nations ?

 

  • Avant tout, il nous faut sortir immédiatement de l’espace Schengen. Il faut stopper les pompes aspirantes de l’immigration en réservant notre modèle social à nos nationaux et ainsi cesser d’en faire bénéficier le monde entier. Il faut arrêter de fabriquer du Français à tour de bras, sans aucune condition, par le droit du sol qui crée des situations d’immigration intenables, notamment dans nos départements et territoires d’outre-mer. Il faut durcir les conditions d’octroi et de déchéance de la nationalité française. Il faut qu’un étranger qui arrive en France comprenne qu’il doit subvenir seul à ses besoins car la France n’a plus les moyens de le soigner, de le nourrir, de le loger, souvent au détriment de ses nationaux… Et évidemment, pour cela, il faut faire respecter la loi en redonnant aux forces de l’ordre les moyens de mener à bien leur mission.

– Dans la lutte contre le mondialisme et le politiquement correct, Vladimir Poutine est souvent ciblé par la hargne des groupes médiatiques occidentaux. Rêvez-vous comme le général de Gaulle et votre grand-père d’une Europe boréale de l’Atlantique au Pacifique ?

 

  • Il est certain que nous avons beaucoup en commun et beaucoup à partager. Ce qui est sûr c’est que nous avons les moyens et les ressources de proposer une alternative au mondialisme. Notre histoire diplomatique tranche avec celle de l’Angleterre et de l’Allemagne. L’Angleterre, car elle pousse vers le « grand large », comme disait Churchill, et l’Allemagne car elle est toujours dans son idée de Mitteleuropa. Ces deux visions sont assez en contradiction avec les intérêts de la France. Ces deux nations nous verraient très bien relégués dans ce qu’elles considèrent comme la seconde division de l’Europe et qu’elles nomment avec dédain : le Club Méditerranée (France, Italie, Espagne, Grèce…). La vieille Europe est bien compliquée mais je suis persuadée que la France et la Russie ont un intérêt commun à se tendre la main car toutes deux ont la tradition du respect des grands équilibres et de la non-ingérence.

– Comment jugez-vous l’actuelle diplomatie française, en Libye ou en Syrie ? Qu’est-ce qui peut l’expliquer ou la justifier ?

– Nous sommes à la remorque de l’Union Européenne qui, elle-même, prend ses ordres à Washington. Nous avons renoncé à une vision géostratégique propre. Le résultat est la montée en puissance des mouvements islamistes les plus radicaux. La Lybie et la Syrie sont la preuve du décalage flagrant entre émotion et raison. Ni Kadhafi, ni Assad ne sont de grands démocrates et je ne les défends pas, mais nous devons faire de la prospective. Que nous disent les faits ? Les conflits libyen et syrien ont démontré que l’éclatement d’un état fort crée les conditions de confrontations ethnico-religieuses sans fin et ayant pour toile de fond la montée des groupes djihadistes. Les pays de l’Union Européenne ne cessent de pousser à une déflagration dans le Maghreb et le Machrek. C’est, à mon sens, un aveuglement idéologique coupable. Je crois sincèrement que, d’une erreur de constat, nous sommes aujourd’hui dans l’irrationnel.

– Vous êtes très jeune et encore bien seule à votre parlement. Dans le lugubre contexte français, pensez-vous rester en politique très longtemps et à quelles conditions ?

 

  • On ne choisit pas de faire de la politique, ce sont les électeurs qui choisissent ! Malgré tout, je ne suis pas de ceux qui se contentent d’être les spectateurs de leur époque ; je pense donc toujours œuvrer d’une manière ou d’une autre pour mon pays. Il y a bien des manières de faire de la politique et je ne pourrais pas vous dire celle qui pourrait être la mienne après mon mandat de député. Je n’ai pas de plan de carrière alors j’irai là où ma contribution pourra être la plus utile.

 

Pravdareport.com

http://www.pravdareport.com/opinion/columnists/23-07-2013/125235-marion_le_pen_interview-0/

  • Marion Le Pen: ‘I’m advocating intelligent traditionalism against hostile elites’
  • 07.2013

 

 

 

Chris Hedges et la dégénérescence américaine

 

Est-ce inévitable, et surtout est-ce forcément un bien ? On lit cette synthèse compétente et un petit peu trop dramatique :

 

L’empire américain prend fin. L’économie américaine est drainée par les guerres au Moyen-Orient et une vaste expansion militaire dans le monde entier. Il en résulte des déficits croissants, ainsi que les effets dévastateurs de la  désindustrialisation et les accords commerciaux mondiaux. Notre démocratie a été capturée et détruite par des entreprises qui demandent constamment plus de réductions d’impôts, plus de déréglementation et d’impunité des poursuites pour des actes massifs de fraude financière, tout en pillant des trillions du trésor américain sous la forme de renflouements. La nation a perdu le pouvoir et le respect nécessaires pour inciter les alliés en Europe, en Amérique latine, en Asie et en Afrique à faire leur travail.

 

 

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L’empire continuera à perdre de l’influence jusqu’à ce que le dollar tombe en tant que  monnaie de réserve mondiale, plongeant les États-Unis dans une dépression paralysante et forçant instantanément une contraction massive de sa machine militaire.

 

Le vide global que nous laisserons derrière nous sera comblé par la Chine, qui s’établit déjà en tant que géant économique et militaire, ou peut-être qu’il y aura un monde multipolaire gravé entre la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil, la Turquie, l’Afrique du Sud et quelques autres États.

 

Dans chaque domaine, de la croissance financière et de l’investissement dans les infrastructures à la technologie de pointe, y compris les superordinateurs, l’armement spatial et la cyber-guerre, nous sommes rapidement dépassés par les Chinois.

La Chine est devenue la deuxième économie mondiale en 2010, la même année, elle est devenue la principale nation manufacturière du monde, écartant les États-Unis qui ont dominé la fabrication mondiale depuis un siècle.

 

Le ministère de la Défense a émis un rapport sobre intitulé « À notre propre péril : l’évaluation du risque de DoD dans un monde post-Primacy». Il a constaté que l’armée américaine «ne jouit plus d’une position inattaquable par rapport aux concurrents de l’État» et «il ne peut plus … générer automatiquement une supériorité militaire locale cohérente et soutenue à portée de main. « McCoy prédit que l’effondrement sera prévu d’ici 2030.

 

Les empires en désintégration embrassent un suicide presque volontaire. Aveuglés par leur ardeur et incapables de faire face à la réalité de leur puissance décroissante, ils se retirent dans un monde fantastique où les faits durs et désagréables ne s’immiscent plus. Ils remplacent la diplomatie, le multilatéralisme et la politique par des menaces unilatérales et par l’instrument brutal de la guerre.

Cette auto-illusion collective a vu les États-Unis faire la plus grande erreur stratégique dans son histoire, qui a sonné comme le glas de l’empire, l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak. Les architectes de la guerre dans la Maison Blanche George W. Bush et la série d’idiots utiles dans la presse et les milieux universitaires qui les ont animés, connaissaient très peu les pays envahis, étaient incroyablement naïfs sur les effets de la guerre industrielle et ont été aveuglés par le retour féroce. Ils ont déclaré, et ont probablement cru, que Saddam Hussein avaient des armes de destruction massive, bien qu’elles n’avaient aucune preuve valable pour étayer cette affirmation. Ils ont insisté pour que la démocratie soit implantée à Bagdad et répandue dans tout le Moyen-Orient. Ils ont assuré au public que les troupes américaines seraient saluées par les Irakiens et les Afghans reconnaissants en tant que libérateurs. Ils ont promis que les recettes pétrolières couvriraient le coût de la reconstruction. Ils ont insisté pour que la grève militaire audacieuse et rapide – «choc et émoi» – restaurerait l’hégémonie américaine dans la région et la domination dans le monde. Il a fait le contraire. Comme l’a  noté Zbigniew Brzezinski  , cette « guerre unilatérale de choix contre l’Irak a précipité une délégitimation généralisée de la politique étrangère des États-Unis ».

 

Les historiens de l’empire appellent ces fiascos militaires, une caractéristique de tous les empires tardifs, des exemples de «micro-militarisme». Les athéniens engagés dans le micro-militarisme lors de la guerre du Péloponnèse (431-404 av. J.-C.) ont envahi la Sicile et ont subi la perte de 200 des navires et des milliers de soldats et déclenchant des révoltes dans tout l’empire. La Grande-Bretagne l’a fait en 1956 quand elle a attaqué l’Égypte dans un conflit sur la nationalisation du canal de Suez et a rapidement dû se retirer en humiliant, habilitant une série de leaders nationalistes arabes tels que l’Egyptien Gamal Abdel Nasser et condamnant la domination britannique sur les quelques restes de la nation colonies. Aucun de ces empires ne s’est rétabli.

 

« Alors que les empires croissants sont souvent judicieux, même rationnels dans leur application de la force armée pour la conquête et le contrôle des dominions d’outre-mer, les empires qui s’écoulent sont enclins à considérer les émotions de pouvoir, en souriant des frappes militaires audacieuses qui récupéreraient le prestige et le pouvoir perdus, « Écrit McCoy. « Souvent irrationnel, même d’un point de vue impérial, ces opérations micro-militaires peuvent entraîner des dépenses d’hémorragie ou des défaites humiliantes qui n’accélèrent que le processus déjà en cours ».

Les empires ont besoin de plus que de la force pour dominer d’autres nations. Ils ont besoin d’une mystique. Cette mystique, un masque pour le pillage, la répression et l’exploitation impériaux, séduit certaines élites indigènes, qui sont disposées à faire l’appel du pouvoir impérial ou au moins restent passives. Et il fournit une patine de civilité et même de noblesse pour justifier à la maison les coûts du sang et de l’argent nécessaires pour maintenir l’empire.

La perte de la mystique est paralysante. Il est difficile de trouver des suppléants souples pour administrer l’empire, comme nous l’avons vu en Irak et en Afghanistan. Les photographies d’abus physique et d’humiliation sexuelle imposées aux prisonniers arabes à Abu Ghraib ont enflammé le monde musulman et ont nourri Al-Qaïda et plus tard l’Etat islamique avec de nouvelles recrues. L’assassinat d’ Osama bin Laden et d’une foule d’autres dirigeants djihadistes, y compris le citoyen américain  Anwar al-Awlaki, se moquait ouvertement de la notion de règle de droit. Les centaines de milliers de morts et millions de réfugiés qui fuient nos débats au Moyen-Orient, ainsi que la menace presque constante des drones aériens militarisés, nous ont exposés en tant que terroristes d’état. Nous avons exercé au Moyen-Orient le penchant de l’armée américaine pour des atrocités répandues, des violences indiscriminées, des mensonges et des erreurs de calcul, des actions qui ont mené à notre défaite au Vietnam.

 

La brutalité à l’étranger s’accompagne d’une brutalité croissante à la maison. Les armes de police militarisées sont en grande partie désarmées, les pauvres de couleur et remplissent un système de pénitenciers et de prisons qui représentent 25% des prisonniers du monde, bien que les Américains ne représentent que 5% de la population mondiale. Beaucoup de nos villes sont en ruine. Notre système de transport public est une honte. Notre système éducatif est fortement en baisse et privatisé. La dépendance aux opioïdes, le suicide, les fusillades de masse, la dépression et l’obésité morbide nuisent à une population qui est tombée dans un profond désespoir. La profonde désillusion et la colère qui ont conduit à Donald Trump – une réaction au coup d’état corporatif et à la pauvreté qui touchent au moins la moitié du pays – ont détruit le mythe d’une démocratie fonctionnelle. Les tweets et la rhétorique présidentiels célèbrent la haine, le racisme et provoquent les faibles et les vulnérables. Le président dans une adresse devant les Nations Unies a  menacé d’effacer  une autre nation en un acte de génocide. Nous sommes des objets mondiaux de ridicules et de haines. Le pressentiment pour le futur s’exprime dans l’émoi de films dystopiques, de films qui ne perpétuent plus la vertu et l’exceptionnalité américaines ni le mythe du progrès humain.

 

« La disparition des États-Unis comme la puissance mondiale prééminente pourrait venir beaucoup plus rapidement que ne l’imagine », écrit McCoy. « En dépit de l’aura de l’omnipotence, les empires se projettent souvent, la plupart sont étonnamment fragiles, sans la force inhérente même à un État-nation modeste. En effet, un coup d’œil à leur histoire devrait nous rappeler que les plus grands sont susceptibles d’être effondrés de diverses causes, les pressions fiscales étant habituellement un facteur primordial.

Lorsque les revenus diminuent ou s’effondrent, McCoy souligne que « les empires deviennent fragiles ».

« Si délicat est leur écologie du pouvoir qui, lorsque les choses commencent à se tromper, les empires se déroule régulièrement avec une vitesse impie: juste un an pour le Portugal, deux ans pour l’Union soviétique, huit ans pour la France, onze ans pour les Ottomans, dix-sept pour la Grande-Bretagne et, selon toute vraisemblance, seulement vingt-sept ans pour les États-Unis, compte tenu de l’année cruciale de 2003 [lorsque les États-Unis ont envahi l’Irak] », écrit-il.

Beaucoup des 69 empires estimés qui ont existé au cours de l’histoire ont manqué de leadership compétent dans leur déclin, ayant cédé le pouvoir à des monstruosités telles que les empereurs romains Caligula et Nero. Aux États-Unis, les rênes de l’autorité peuvent être à la portée du premier dans une ligne de démagogues dépravés.

« Pour la majorité des Américains, les années 2020 seront probablement rappelés comme une décennie décennale de la hausse des prix, des salaires stagnants et de la flambée de la compétitivité internationale », écrit McCoy.

Une élite discréditée, suspecte et même paranoïde dans un âge de déclin, verra les ennemis partout. L’éventail d’instruments créés pour la surveillance mondiale de la domination-gros, l’éviscération des libertés civiles, les techniques de torture sophistiquées, la police militarisée, le système pénitentiaire massif, les milliers de drones et de satellites militarisés seront employés dans la patrie…

 

On pourra relire Après l’empire d’Emmanuel Todd, qui évoque ce micro-militarisme théâtral…

 

François et la théologie de la migration (sur Dedefensa.org)

 

Dans sa déclaration récente sur les migrants, le pape François a-t-il été inspiré par le Christ Jésus? C’est le moins qu’on puisse demander à celui qui, selon l’église, est le vicaire du Christ sur la terre. Un Christ qui prônait l’amour du prochain, le dévouement à son égard, le partage, voire le sacrifice de sa propre vie pour lui sauver la sienne. Plus loin encore dans le dogme chrétien, celui qui vint non pas sauver un peuple, le sien de l’époque, mais toute l’humanité, tous les peuples. Et que donc nous, pareil à Lui, dans l’Imitation de Lui, fassions le deuil de notre vie, notre travail, notre repos, notre façon de vivre, notre confort (relatif pour beaucoup d’entre nous) pour accueillir sans barguigner des milliers et sans doute bientôt des millions de migrants?

L’Imitation de Jésus Christ serait la raison théologique invoquée par le pape François, qui dépassant l’étroitesse de Yaweh, dieu jaloux d’un seul peuple, nous rappellerait que le Christ est le dieu de tous les peuples et que donc l’accueil de notre Prochain, quel qu’il soit, d’où qu’il vienne, quelles que soient ses intentions, répondrait à l’espérance que ce Christ a laissé sur la terre des hommes devenue Village Christ Mondial ? La grande alyah des Africains vers l’Europe serait l’élargissement en sens inverse de la petite vers cet Israël qui lui se garde bien d’en accueillir des migrants, mais exhorte les autres à le faire par la bouche par exemple d’un de ses fils bien connu en France, qui en veut « des millions » pour doper la croissance? S’ouvrir aux peuples d’Afrique et d’Asie et de partout où la guerre et la misère grondent, serait l’épiphanie finale de notre temps, l’élection de tous les peuples de la terre en Jésus Christ? Serions-nous en présence de la fin des temps, du moins d’un certain temps qui vit un affreux égoïsme régner partout? Le cinquième évangile frappe-t-il à notre porte pour nous inciter à accueillir en notre Europe privilégiée et soi disant florissante, la vague migratoire des damnés de la terre?

Le bon chrétien, le militant de pax christi ou de toute association venant en aide aux migrants adhèrent sans réfléchir à cette version papiste, laissent parler leur cœur. Elle leur apparait comme fondamentalement chrétienne. Ce qui manque toutefois à ce fondamentalisme de bon aloi c’est simplement d’expliquer pourquoi tant de peuples migrent, ce qui les pousse à quitter leur pays, à se ruiner pour cela, à courir les plus grands dangers, à défier la mort, pour atteindre la terre promise. Le pape jésuite estime-t-il, grâce à l’enseignement scientifique de pointe qu’il a dû recevoir dans son ordre célèbre, qu’il faut, devant un phénomène, ne pas se soucier de ses causes, mais ne considérer que ses effets? Le bon samaritain de l’évangile aurait-il donné l’exemple? S’est-il permis de demander au blessé qu’il secourut la raison de son agression? Non, il l’a secouru, l’a emmené chez lui, l’a soigné sans poser de question. L’exploitation capitaliste fabrique-t-elle des pauvres? Faisons-leur la charité et glissons-leur dans la main quelque aumône! Le relâchement des mœurs et la vague porno fait pencher des filles à la prostitution? Consolons les pauvrettes, prodiguons-leur des cours d’éducation sexuelle évangélique et distribuons-leur les pilules du lendemain! L’atmosphère de nos villes devient irrespirable migrons à la campagne et laissons les pollueurs poursuivre leur sinistre besogne! Etc.

Pourtant l’église dans un autre contexte, lorsqu’il s’agit de confesser un individu pécheur, riche ou pauvre, vieux ou jeune, homme ou femme, s’abstient-elle de lui demander les détails de son péché, les causes qui l’ont fait agir et ne lui impose-t-elle pas une pénitence afin que le bien remplace le mal auquel ils ou elles, ont succombé? Pourquoi donc le pasteur papal trouve-t-il inutile de demander aux responsables des migrations, qui sont largement connus, d’avouer leur péché et de les corriger afin que cesse cette tragédie? Qui mène ou a mené les guerres injustes en Afghanistan, en Irak, en Lybie, en Syrie, au Yémen, au Soudan, au Niger, d’où partent tous ces hommes, qui une fois délestés de leurs dollars ou de leurs euros par des criminels parfaitement identifiés, viennent risquer de se noyer en Méditerranée? François est-il aveugle, sourd, idiot? Ou au contraire, disposant de tous ses sens et de toute son intelligence, joue-t-il l’idiot se cachant derrière son apostolat soi-disant chrétien pour mieux obéir à ses maitres du Village Capitaliste Mondial?

Dans les guerres qui durent, dans les guerres nouvelles qui s’annoncent, le pape se gardera-t-il toujours de ne pas désigner l’agresseur? Attendra-t-il toujours que de bons samaritains viennent réparer les dégâts causés par les bandits? Est-ce là le véritable fond du christianisme, déplorer les victimes sans jamais condamner les agresseurs? Si le Christ n’a pas condamné la femme adultère, a-t-il été aussi tendre avec les marchands du temple lorsqu’avec des cordes faites fouet il les en chassa? Ne s’écria-t-il pas alors, pris d’une sainte colère: « Ma maison est une maison de prière mais vous, vous en avez fait une caverne de bandits »? Qu’attend le pape, vicaire parait-il du Christ, pour sortir le fouet et chasser les bandits au lieu de nous enjoindre d’accueillir leurs victimes, parmi lesquels il y aura des bandits d’un autre genre, et cela « au détriment de notre sécurité » ? À quel enseignement occulte François plonge-t-il pour décider que, dans les circonstances historiques présentes, il faut accueillir tout le monde et que cette certitude lui vient du Messie qui, à son époque se permettait de traiter les puissants d’Israël de langue de vipère ou de sépulcre blanchi? Le sépulcre blanchi du Vatican n’est-il pas plutôt le calife de certaines forces cachées? Ne joue-t-il pas le bon samaritain et ne tente-t-il pas de culpabiliser les braves gens qui, en règle générale, n’attendent pas l’injonction du pape pour se montrer généreux? Combien François hébergera-t-il et nourrira-t-il de migrants en la « maison de prière » du Vatican au lieu d’y laisser prospérer les nouveaux marchands du temple et les bandits déguisés en clowns de couleur?

Marc Gébelin

 

Lecteurs, conte mégalithique du soir, à la mode de Maupassant

Le nostalgique

 

J’étais résolu à défier le baron. Ses sempiternelles litanies contre le temps présent, son arrogance colérique, sa mauvaise éduction et son fanatisme politique m’avaient profondément irrité. Certes j’avais comme d’autres profité de sa générosité paradoxale, de ses invitations répétées dans le domaine de D… et ses chasses de L… Mais c´était finalement au prix de mon honneur intellectuel, car comme les autres convives je devais renoncer à mon indépendance d’esprit et abjurer mes convictions idéologiques. Je m’étais donc résolu à le contredire pour une fois et à tourner en ridicule ses idées rétrogrades et réactionnaires.

L’occasion m’en fut bientôt donnée. Le baron avait réuni un aréopage serré d’amis ; nous avions chassé le cerf tout le jour et, après la curée, notre hôte avait voulu célébrer royalement, comme il disait avec insistance, son haut fait. Et pendant que la tête dégoulinante du cerf muait en nature morte ce qui avait été la table de la grande cuisine XIXème du château de D…, nous festoyions avec force boissons. Nous n’étions qu’une douzaine, tous d’ailleurs assez fourbus, plus par l’atmosphère de la nuit que par l’effort du jour. La nuit était tombée tôt et avait enveloppé un ciel déjà bien sombre. Nous étions dans le salon de chasse de la vieille demeure (qui ne me paraissait pas si vieille d’ailleurs), entourés de tapisseries et de trophées de chasse, sur de confortables fauteuils de cuir anglais. Au milieu de ce décor disparate et de la clarté pâle des chandelles, le baron reprit sa ritournelle contre la démocratie et la modernité.

 

  • Aujourd’hui, nous n’avons plus d’ordres… Je ne parle même pas de rétablir une société d’ordre… mais voyez le chaos qui s’installe partout à nos portes… cette barbarie… Vous avez vu ls événements…

 

C’était l’occasion que je guettais depuis des mois.

 

  • Mais enfin, baron, de quoi parlez-vous ?
  • Mais du désordre ! des émeutes !!
  • Vous parlez des petites manifestations dont les médias affolés nous rebattent les oreilles !

 

L’air pincé, le baron se vers une verre de cognac sans en proposer à ses hôtes.

 

  • Ah, parce que pour lui ce sont de bricoles… une garden-party !

 

Je poursuivis mon attaque.

 

  • Enfin, voyez la force des mouvements sociaux en 1968… et eux n’étaient guère violents non plus. Pensez aux combats de rue en Allemagne dans les années 30, au 6 février 34 et à ses dizaines de morts. Nous vivons dans une société moins violente, ennuyée, mais qui se fait des peurs soudaines, voilà tout.

 

Le baron se tut, l’air bien sombre. La conversation reprit, moins allègre. Mais il ne put se retenir bien longtemps, et lança une invective contre le déclin de la France.

 

  • Mais de quel déclin parlez-vous ? En 1936, la France était promise à un effondrement démographique sans précédent. On n’aurait compté que 36 millions de Français dans les années 50 ! En 1870, nous avions déjà été balayés par la Prusse et voyez les écrits des contemporains, le désespoir des écrivains, des penseurs de l’époque…
  • Toute époque peut se flatter de décliner, interrompit prudemment notre ami commun le vicomte de W…, qui tentait de soulager le débat.
  • Je suis paradoxalement bien d’accord, rugit le baron. Mais vous me parlez à chaque fois de la République, de l’époque républicaine et démocratique !!

 

Il avait rejeté sa crinière rousse. Sa haute taille et ses vêtements de chasseur lui conféraient un air que je qualifiai pas de léonin mais de canin. Il me faisait penser à une hyène. Je résolus de l’ajuster mieux encore : après tout, n’étions-nous pas à la saison des chasses ? Pendant qu’il jetait du bois dans sa cheminée (il avait congédié ses domestiques), je poursuivis mon offensive. Certains de nos proches nous faisaient signe d’arrêter, inquiets ou lassés par notre duel verbal.

 

  • C’est bien l’Empire bonapartiste qui nous menés au désastre, non ? Et jamais nous n’avons connu tant de succès que sous le jacobinisme. Et voyez les défaites de nos rois…

 

Il se retourna furieux un tison à la main. Une braise jaillit et retomba sur le vieux M… Elle clama les esprits un instant. On nous commanda plus de calme.

  • Non, non, non, dit le baron… Il faut aller jusqu’au bout, laissez-le, il faut aller jusqu’au bout…
  • Fontenoy, en 1745…
  • Merci !!
  • Est notre seule victoire en rase campagne contre les Anglais… Et vous voulez que je vous parle du déclin de la France au moment de Louis XIV, de ses famines, de ses trois millions de morts, de ses innombrables défaites, de ce roi enterré en cachette et de nuit, qui se voulait un nouveau… Pharaon ?

 

Je dodelinais de la tête en lui adressant ce dernier trait. Mais je poursuivais.

 

  • Et vous voulez que je vous parle des rois fous, de la lâcheté de Charles VII, de la guerre de cent ans, des défaites humiliantes dd Crécy, de Poitiers, d’Azincourt. Quelques Anglais tués pour des milliers de chevaliers Français !!
  • Tout de même… somnola un vieux larron de chasse. Nos cathédrales, nos châteaux…
  • Il y en a partout en Europe, grommelais-je. Visitez l’Europe, vous verrez bien !
  • Tout de même, le temps des rois… réagit un vieux compagnon du baron
  • Les rois vivent encore dans les pays protestants que vous n’aimez guère. Et de quel roi, de quelle favorite parlez-vous ?
  • Tout de même, vous exagérez…

 

Plusieurs convives se levèrent. Ils prétextèrent l’excès de chartreuse ou de cognac,

  • Tout le monde ici, je le vois, critique la République. Or nous avons tous fait nos humanités, que je sache. La république grecque, la république romaine, n’ont-elles pas été nos modèles ?
  • Ils truquaient les élections, ils corrompaient les électeurs, ils déclenchaient des guerres civiles !! hurla le baron.
  • Et bien de quoi vous plaignez-vous ?
  • Comment cela, de quoi je me plains ?

 

Je savourai par avance mon triomphe, obtenu de haute lutte devant ce parterre d’imbéciles qui se prenaient pour des gentilshommes.

 

  • Vous ne cessez de vous plaindre des temps présents, laudator temporis acti, laudateur des temps passés, comme on disait jadis dans l’ancienne Rome. Or vous voyez bien que nos démocraties ont moins de défauts… Et puis finalement, qu’auriez-vous préféré, dis-je en soulevant pompeusement mon verre ? Vivre à l’époque de Napoléon et envoyer vos fils mourir sur des champs de bataille ? Vivre à l’époque du bon président Poincaré et les envoyer mourir au champ d’honneur sous l’horrible motif de défendre la patrie ?
  • Là, vous exagérez… le patriotisme…
  • Un million et de mi de morts, trois millions de blessés, pour récupérer une Alsace qui est retombée depuis dans la sphère d’influence de l’Allemagne. Vous dites qu’il n’y a rien de plus beau que la patriotisme : mais ne préférez-vous pas envoyer vos fils étudier en Angleterre ou aux États-Unis ?

 

Le coup avait porté. Ces hommes fortunés avaient en effet pour la plupart envoyé leurs héritiers étudier dans de fameux MIT et autres universités très coûteuses outre-Atlantique. Le baron remuait lentement son verre : il ne me regardait même plus. Je l’avais vaincu : plus jamais il n’aurait l’audace de me défier sur le terrain des idées.

 

  • Non, c’est vrai… vous avez raison, murmura en baillant un des convives que ma morgue intellectuelle n’avait pas encore chassé du salon. On a tendance à idéaliser le passé…
  • Comme on a tendance à idéaliser son enfance, c’est très humain, ajoutais-je avec condescendance. En réalité, baron, ajoutais-je en soulevant une fois de plus mon verre, vous croyez au mythe de l’Age d’or.
  • Ah bon ?
  • Oui… les grecs, les romains idéalisaient le passé. Il rêvaient comme Hésiode en de temps meilleurs et bien passés. Et nous avons gardé de cette lecture païenne du monde (plusieurs sursautèrent, en dépit de l’heure avancée) toute une nostalgie politique qui souvent nous coûte très cher. Elle a fait le lit de tous les totalitarismes qui promettent des héros, des monts et des merveilles. Il n’y a rien de plus dangereux que de vouloir vivre avec des héros blonds de contes de fées.

 

Je me taisais enfin pour me resservir. En levant la tête je fus surpris de l’expression très concentrée et je dois dire maintenant un peu ricanante du baron. Il ne buvait plus, il baissait la tête en joignant nerveusement ses doigts. Les deux derniers convives se retirèrent, m’adressant une molle poignée de main, et un regard un peu attristé. Un lourd silence pesa, interrompu par la pendule.

 

  • Nous avons trop parlé, je pense. Je vais me retirer, si vous le permettez…
  • Non, non, cher ami… J’aime votre franchise, votre culture, vos paradoxes. Vous avez bien animé notre longue soirée. J’ai un cognac à vous faire goûter.

 

Le baron se leva et me servit, me demanda d’abandonner mon verre. Je me retirai quelques instants puis je rentrai dans la pièce. Il avait retrouvé toute sa sérénité. Et il me questionna.

 

  • Pourquoi d’après-vous nous avons tous gardé cette nostalgie de l’âge d’or ? Elle n’est pas liée à notre enfance, je pense ?
  • Certes non. Elle est liée à l’âge de la pierre polie. Avant la paysannerie, avant les guerres, quand nous n’étions que chasseurs, pêcheurs, cueilleurs, que nous ne connaissions ni patrie ni monarchie, simplement de petits groupes de survivants. Il y avait moins de maladies, et très peu de conflits. Ceux-ci sont apparus avec la propriété privée… avec les domaines… avec le progrès.
  • Ainsi donc, fit le baron avec une mine émerveillée, vous êtes comme Rousseau… un défenseur de la préhistoire.
  • A cette époque, il y a eu équilibre entre les populations et les ressources, sans avoir recours à des activités agricoles. C’est ce qu’on appelle l’âge d’or.
  • Vous êtes encore plus nostalgique que moi !!!

 

Il éclata de rire. Son rire me mit à l’aise, je voulus me lever. Mais je ne pus le faire. Je sentis que ma tête flanchait : j’avais dû trop boire, et je perdis conscience.

 

Il faisait froid. Je claquais des dents. J’ouvris les yeux sous un ciel noir et pluvieux.. je me levai douloureusement et constatai avec effroi que je portai un pagne. Je vis un paysage en pente. Je crus faire un rêve. Mais après les vérifications d’usage, il m´apparut que je vivais un cauchemar. J’entendis des pas, et de derrière un buisson apparut le baron, avec son garde-chasse. Ils étaient armés tous les deux. Il me regardait d’un air ricanant.

  • La bonne blague, hein ? On aime toujours autant le passé ?
  • Vous êtes un fou… je vous dénoncerai, j’ai des témoins…
  • Oh, vous avec énervé tout le monde, mon cher. Ecoutez, vous êtes à quelques lieues d’un village que vous connaissez. Retrouvez-le, et apprenez à ne plus vous moquer, et à avoir des idées vous aussi cohérentes. Vous vouliez de l’âge d’or ? Et bien, chassez maintenant !

 

Et sur ce mot cruel il se retira. Que pouvais-je bien dire maintenant ? Et surtout, que pourrais-je bien faire ?

 

 

Le général de Gaulle et la menace mondialiste de Roosevelt

Le général de Gaulle et la menace mondialiste de Roosevelt

 

Nous sommes en 1943, et déjà, dans ses Mémoires de guerre, le Général entrevoit et dénonce la mondialisation, le déclin de l’Europe et des empires coloniaux, la liquidation du millénaire Etat-nation, liquidation à la sauce américaine à laquelle nos élites ont depuis pris une exubérante part.

C’est d’ailleurs pour cela que le Général de Gaulle ne cessait de vouloir se rapprocher de la Russie, fût-elle dirigée par le Maréchal Staline.

 

Car il explique que la menace c’est le patricien américain Roosevelt. Le futur ordre mondial sera basé sur le dollar, la fin des frontières, et sur la base américaine. Roosevelt, caricature de cette élite hostile, lui déclare en ricanant que la race blanche est dans une situation critique en Asie, et aujourd’hui chez elle.

L’ubris est habile : Roosevelt sait qu’il a gagné le monde grâce à cette inutile guerre européenne qu’il a contribué à déclencher. Voici ce qu’écrit le Général, qui pense sur le sujet comme  Hitler (on y reviendra) :

 

« Dès lors que l’Amérique faisait la guerre, Roosevelt entendait que la paix fût la paix américaine, qu’il lui appartînt à lui-même d’en dicter l’organisation, que les États balayés par l’épreuve fussent soumis à son jugement, qu’en particulier la France l’eût pour sauveur et pour arbitre. »

Puis De Gaulle dénonce l’instinct dominateur américain :

« Les États-Unis, admirant leurs propres ressources, sentant que leur dynamisme ne trouvait plus au-dedans d’eux-mêmes une assez large carrière, voulant aider ceux qui, dans l’univers, sont misérables ou asservis, cédaient à leur tour au penchant de l’intervention où s’enrobait l’instinct dominateur. »

 

Cet instinct aboutira à la fin de notre indépendance :

 

« Cependant, devant l’énormité des ressources américaines et l’ambition qu’avait Roosevelt de faire la loi et de dire le droit dans le monde, je sentais que l’indépendance était bel et bien en cause. »

 

Quand il rencontre Roosevelt à Washington (ce dernier vaniteux lui donnera une photo dédicacée avant de dire du mal de lui), le Général fait quand même part de son inquiétude au super-grand homme :

 

« En tenant l’Europe de l’Ouest pour secondaire, ne va-t-il pas affaiblir la cause qu’il entend servir : celle de la civilisation ?… Sa conception me paraît grandiose, autant qu’inquiétante pour l’Europe et pour la France (…) Passant d’un extrême à l’autre, c’est un système permanent d’intervention qu’il entend instituer de par la loi internationale. »

 

Evidemment, en évoquant le futur état de guerre (« guerre perpétuelle pour paix perpétuelle »), notre Général ne plaira pas à tout le monde !

Il rappelle au passage que pour le mondialiste Roosevelt « Alger peut-être, n’était pas la France », nous expliquant pourquoi il est déjà fascisé par la presse : « mon entourage, noyauté de fascistes et de cagoulards, me pousserait à instituer en France, lors de la libération, un pouvoir personnel absolu ! »

 

Terminons par une expression étonnante d’actualité : « la malfaisance des puissances anglo-saxonnes, s’appuyant sur l’inconsistance de notre régime… »

 

Sources

MÉMOIRES DE GUERRE — L’UNITÉ, pp. 78 et suivantes

 

 

 

Saint Thomas d’Aquin et la logique chrétienne de la sédition

Saint Thomas d’Aquin et la logique chrétienne de la sédition

 

Comme on sait, saint Thomas qui inspira un merveilleux livre à Chesterton, est un habile partisan de la Guerre juste et de la sédition. On écoute sa somme théologique en restant bien éveillé :

 

« —La sédition est-elle un péché mortel?

Objections:

  1. 1. Il semble que non. En effet, la sédition implique  » un soulèvement en vue du combat « , comme nous le montrait la Glose citée plus haut. Or, le combat n’est pas toujours péché mortel. Il est parfois permis et juste, nous l’avons vu précédemment. A plus forte raison, par conséquent, la sédition peut-elle exister sans péché
  2. La sédition est une certaine discorde, on l’a vu. Or, la discorde peut exister sans péché mortel, et parfois même sans aucun péché. Donc la sédition également. »

 

Cerise sur le gâteau :

 

« On félicite ceux qui délivrent le peuple d’un pouvoir tyrannique. Or, cela ne peut guère se faire sans quelque dissension au sein du peuple, alors qu’une partie s’efforce de garder le tyran, et que l’autre s’efforce de le renverser. La sédition peut donc exister sans péché. »

 

Il affirme en rappelant la magnifique définition augustinienne du peuple, qui n’a rien d’une masse :

 

« Nous venons de le voir, la sédition s’oppose à l’unité de la multitude, c’est-à-dire à l’unité du peuple, de la cité ou du royaume. Or, S. Augustin dit que le peuple, selon le témoignage des sages, désigne  » non point l’ensemble de la multitude, mais le groupement qui se fait par l’acceptation des mêmes lois et la communion aux mêmes intérêts « .

La sédition subversive peut alors être mauvaise :

«  Il est donc manifeste que l’unité à laquelle s’oppose la sédition est l’unité des lois et des intérêts. La sédition s’oppose ainsi à la justice et au bien commun. C’est pourquoi elle est, de sa nature, péché mortel, et d’autant plus grave que le bien commun auquel s’attaque la sédition est plus grand que le bien privé auquel s’attaquait la rixe. »

Saint Thomas justifie enfin la sédition contre le régime tyrannique :

« Le régime tyrannique n’est pas juste parce qu’il n’est pas ordonné au bien commun, mais au bien privé de celui qui détient le pouvoir, comme le montre Aristote. C’est pourquoi le renversement de ce régime n’est pas une sédition; si ce n’est peut-être dans le cas où le régime tyrannique serait renversé d’une manière si désordonnée que le peuple qui lui est soumis éprouverait un plus grand dommage du trouble qui s’ensuivrait que du régime tyrannique. »

 

Il rappelle que dans certains cas le séditieux c’est le pouvoir (avec ce qui se passe en Europe ou en Amérique… :

« C’est davantage le tyran qui est séditieux, lui qui nourrit dans le peuple les discordes et les séditions, afin de pouvoir le dominer plus sûrement. C’est de la tyrannie, puisque c’est ordonné au bien propre du chef, en nuisant au peuple ».