Bernanos et la révolution à venir (la France contre les robots)

Le mot de Révolution n’est pas pour nous, Français, un mot vague. Nous savons que la Révolution est une rupture, la Révolution est un absolu. Il n’y a pas de révolution modérée, il n’y a pas de révolution dirigée — comme on dit l’Economie dirigée. Celle que nous annonçons se fera contre le système actuel tout entier, ou elle ne se fera pas. Si nous pensions que ce système est capable de se réformer, qu’il peut rompre de lui-même le cours de sa fatale évolution vers la Dictature — la Dictature de l’argent, de la race, de la classe ou de la Nation — nous nous refuserions certainement à courir le risque d’une explosion capable de détruire des choses précieuses qui ne se reconstruiront qu’avec beaucoup de temps, de persévérance, de désintéressement et d’amour. Mais le système ne changera pas le cours de son évolution, pour la benne raison qu’il n’évolue déjà plus; il s’organise seulement en vue de durer encore un moment, de survivre. Loin de prétendre résoudre ses propres contradictions, d’ailleurs probablement insolubles, il parait de plus en plus disposé à les imposer par la force, grâce à une réglementation chaque jour plus minutieuse et plus stricte des activités particulières, faite au nom d’une espèce de socialisme d’Etat, forme démo-cratique de la dictature. Chaque jour, en effet, nous apporte la preuve que la période idéologique est depuis longtemps dépassée, à New-York comme à Moscou ou à Londres. Nous voyons la Démocratie impériale anglaise, » la Démocratie ploutocratique américaine et l’Empire marxiste des Dominions Soviétiques sinon marcher la main dans la main — il s’en faut I — du moins poursuivre le même but, c’est-à-dire maintenir coûte que coûte, fût-ce en ayant l’air de le combattre, le système à l’intérieur duquel ils ont tous acquis richesse et puissance. Car, à la fin du compte, la Russie n’a pas moins tiré profit du système capitaliste que l’Amérique ou l’Angleterre; elle y a joué le rôle classique du parlementaire qui fait fortune dans l’opposition. Bref, les régimes jadis opposés par l’idéologie sont maintenant étroitement unis par la technique. Le dernier des imbéciles, en effet, peut comprendre que les techniques des gouvernements en guerre ne diffèrent que par de négligeables particularités, justifiées par les habitudes, les moeurs. Il s’agit toujours d’assurer la mobilisation totale pour la guerre totale, en attendant la mobilisation totale pour la paix totale. Un monde gagné pour la Technique est perdu pour la Liberté.

Filippot flippe et s’en va ! Nicolas Bonnal avait tout prédit !

Suite aux pressions de Louis Aliot, Nicolas Bay (ex-mégretiste), Jean-Lin Lacapelle et Steeve Briois, Marine Le Pen a retiré aujourd’hui à Florian Philippot sa responsabilité « stratégie et communication ». Il conserve la vice-présidence, mais son poste étant vidé de son caractère stratégique, Florian Philippot est de fait renvoyé du Front national.

La placardisation de Florian Philippot – voire son départ du parti, assez probable désormais – fait disparaître le principal artisan au Front national d’une ligne économique et sociale de gauche.

La réconciliation entre cette gauche du travail et la droite des valeurs constituant le seul espoir de voir un jour un parti authentiquement nationaliste reprendre le pouvoir, les cadres du Front national semblent avoir fait le choix de la défaite.

 

Le texte du communiqué de Marine Le Pen :

« Florian Philippot, sollicité par mes soins, n’a pas répondu à la demande de mettre un terme au conflit d’intérêts résultant de sa double responsabilité de vice-président du FN chargé de la stratégie et de la communication et de président de l’association politique Les Patriotes. J’ai pris la décision de lui retirer sa délégation à la stratégie et à la communication. Sa vice-présidence sera, à compter de ce jour, sans délégation. »

Paul Craig Roberts et les vraies raisons de la Guerre de Sécession

 

Deux jours avant l’investiture de Lincoln en tant que 16ème président, le Congrès, composé uniquement des États du Nord, a adopté avec une majorité écrasante le 2 mars 1861, l’amendement Corwin qui accordait une protection constitutionnelle à l’esclavage. Lincoln a approuvé l’amendement dans son discours inaugural en disant: «Je n’ai aucune objection à ce qu’il soit immédiatement applicable et irrévocable».

C’était clair que le Nord n’était pas prêt à partir en guerre pour mettre fin à l’esclavage au moment où, à la veille de la guerre, le Congrès américain et le futur président étaient sur le point de rendre inconstitutionnel l’abolition de l’esclavage.

Nous avons ici la preuve totale et absolue que le Nord voulait bien plus le maintien du Sud dans l’Union que l’abolition de l’esclavage.

Si la vraie préoccupation du Sud était de maintenir l’esclavage, le Sud n’aurait pas refusé la protection constitutionnelle de l’esclavage qui venait de leur être offerte sur un plat d’argent par le Congrès et le Président. De toute évidence, pour le Sud, le problème n’était pas l’esclavage.

Le véritable problème entre le Nord et le Sud ne pouvait pas être réglé sur la base d’arrangements sur l’esclavage. La vraie question était économique, comme l’ont démontré DiLorenzo, Charles Beard et d’autres historiens. Le Nord a proposé de préserver l’esclavage de manière irrévocable, mais le Nord n’a pas envisagé d’abandonner les tarifs élevés et la politique économique que le Sud considérait comme hostile à ses intérêts.

Evoquer l’esclavage comme cause de la guerre a été la manière dont les historiens officiels du Nord ont utilisé la morale pour couvrir une agression claire de Lincoln et les crimes de guerre de ses généraux. Diaboliser l’ennemi sous l’angle moral travaille pour le vainqueur. Et c’est toujours le cas. Nous voyons dans la destruction des statues une détermination à renvoyer les symboles restants de la Confédération dans le trou de la mémoire.

Aujourd’hui, des imbéciles ignorants, entièrement lobotomisés par la politique Identitaire, exigent l’élimination des monuments consacrés à Robert E. Lee, un présumé raciste, contre lequel ils expriment une violente haine. Il y a là un immense paradoxe. Robert E. Lee a été la première personne à avoir commandé les armées de l’Union. Comment un «raciste du Sud» a-t-il pu avoir le commandement de l’armée de l’Union si l’Union partait en guerre pour libérer les esclaves noirs?

La Virginie n’a fait sécession que le 17 avril 1861, deux jours après que Lincoln ait mobilisé des troupes pour envahir le Sud.

Il doit certainement y avoir un lien quelque part dans des éléments auxquels les historiens officiels malhonnêtes peuvent se raccrocher pour tenter d’expliquer que la guerre portait sur l’esclavage, mais ce ne sera pas facile. Seule une petite minorité de Sudistes possédait des esclaves. Les esclaves ont été amenés dans le Nouveau Monde par les Européens comme force de travail longtemps avant l’existence des États-Unis et des États du Sud, pour que les terres abondantes puissent être exploitées. Car l’esclavage dans le Sud était une institution héréditaire antérieure aux états du Sud. Les journaux et les lettres des soldats qui se battent pour la Confédération et ceux qui se battent pour l’Union ne fournissent aucune preuve que les soldats se battaient pour ou contre l’esclavage. L’historien de Princeton, lauréat du prix Pulitzer, lauréat du prix Lincoln, président de l’American Historical Association et membre du comité de rédaction de Encyclopedia Britannica, James M. McPherson, dans son livre basé sur la correspondance de mille soldats des deux côtés. What They Fought For, 1861-1865, rapporte qu’ils se sont battus à cause de deux interprétations différentes de la Constitution.

En ce qui concerne la Proclamation de l’émancipation, du côté de l’Union, les officiers de l’armée craignaient des désertions au sein des troupes de l’Union si la Proclamation de l’émancipation leur donnait l’impression qu’ils étaient tués et mutilés pour la cause des noirs. C’est pourquoi Lincoln avait souligné que la proclamation était une « mesure de guerre » pour provoquer une rébellion d’esclaves à l’intérieur qui allait faire sortir les troupes du Sud de la ligne de front.

Si nous y regardons de plus près, nous pouvons trouver une argumentation bidon dans la Déclaration de la Caroline du Sud des Causes de la Sécession (20 décembre 1860) si nous ne tenons pas compte du raisonnement du document. L’élection de Lincoln a empêché la Caroline du Sud de se séparer. Au cours de sa campagne présidentielle, Lincoln a utilisé la rhétorique visant le vote abolitionniste. (Les abolitionnistes ont voulu que l’esclavage soit aboli pour des raisons morales, bien qu’il soit parfois difficile de voir de la morale dans l’expression de leur haine, mais ils n’ont jamais contrôlé le gouvernement.)

La Caroline du Sud a vu dans la rhétorique électorale de Lincoln l’intention de violer la Constitution des États-Unis, qui était une entente volontaire reconnaissant chaque État comme un État libre et indépendant. Après avoir fourni une histoire qui soutenait la position de la Caroline du Sud, le document indiquait que pour supprimer tous les doutes sur la souveraineté des États, « un amendement avait été ajouté selon lequel les pouvoirs non délégués aux États-Unis par la Constitution, ou non interdits aux États par la constitution, sont réservés aux États, respectivement, ou aux personnes « .

La Caroline du Sud a vu l’esclavage comme un prétexte utilisé par le Nord pour violer la souveraineté des États et pour centraliser davantage le pouvoir à Washington. Le document de sécession fait valoir que le Nord, qui contrôlait le gouvernement américain, avait rompu le pacte sur lequel reposait l’Union et, par conséquent, avait rendu l’Union nulle et non avenue. Par exemple, la Caroline du Sud a cité l’article 4 de la Constitution des États-Unis, qui se lit comme suit: «Nulle personne tenue de fournir un service ou un travail dans un État en vertu de ses lois qui s’enfuirait dans un autre Etat, ne peut, quelles que soient les lois ou règlements en vigueur dans ce dernier Etat, être libéré de ce service ou travail, et doit être livré, sur la demande de la partie à laquelle un tel service ou travail pourrait être dû.  » Les États du Nord avaient adopté des lois qui annulaient les lois fédérales qui soutenaient cet article du pacte. Ainsi, les États du Nord ont délibérément rompu le pacte sur lequel l’union s’était formée.

L’implication évidente était que tous les aspects des droits des États protégés par le 10ème amendement pourraient désormais être violés. Et à mesure que le temps passait, la lecture de la situation en Caroline du Sud s’est vérifiée.

Le document de sécession se lit comme une défense des pouvoirs des États et non comme une défense de l’esclavage. Voici le document: http://teachingamericanhistory.org/library/document/south-carolina-declaration-of-causes-of-secession/

Lisez-le et voyez vous-mêmes.

Un historien de cour, qui est déterminé à détourner l’attention de la destruction par le Nord de la Constitution américaine et des crimes de guerre qui ont accompagné la destruction de la Constitution, aurait là un parfait exemple de la manière dont le Nord a utilisé l’esclavage en Caroline du Sud pour subvertir la Constitution. Le raisonnement de l’historien de cour est que, étant donné que la Caroline du Sud considérait que l’esclavage est une affaire à régler ultérieurement, alors l’esclavage doit avoir été la cause de la guerre.

Comme la Caroline du Sud a été la première à faire sécession, son document de sécession a probablement servi de modèle pour d’autres États. Si c’est le cas, c’est le boulevard par lequel les historiens de cour, c’est-à-dire ceux qui remplacent l’histoire réelle par une fausse histoire, transforment la guerre en guerre contre l’esclavage.

Une fois que les gens ont subi un lavage de cerveau, surtout si c’est par propagande qui sert le pouvoir, ils sont plus ou moins perdus pour toujours. Il est extrêmement difficile de les amener à la vérité. Il suffit de regarder la douleur et la souffrance infligées à l’historien David Irving pour avoir révélé la vérité documentée sur les crimes de guerre commis par les alliés contre les Allemands. Il ne fait aucun doute que ce qu’il dit est vrai, mais la vérité est inacceptable.

Il en est de même de la Guerre d’Agression du Nord. La mascarade remplaçant l’histoire a été institutionnalisée depuis 150 ans. Un mensonge institutionnalisé est très résistant à la vérité.

L’éducation s’est tellement détériorée aux États-Unis que beaucoup de gens ne peuvent plus faire la différence entre une explication et une excuse ou une justification. Aux États-Unis, la dénonciation d’un objet de haine orchestrée est une voie plus sûre pour un écrivain que l’explication. La vérité est la victime.

Cette vérité est si rare partout dans le monde occidental, c’est pourquoi l’Occident est condamné. Aux États-Unis, par exemple, la totalité de la population ignore complètement sa propre histoire.

Comme l’a dit George Orwell, la meilleure façon de détruire un peuple est de détruire son histoire.

 

Sources

Thomas J. Di Lorenzo – Abraham Lincoln (Mises.org)

 

Philippe Grasset et le Kosovo : notes sur le dernier roman du maître es-apocalypse stylistique

 

 

Comment peut-on être romancier, cent ans près Flaubert, son Bouvard et son copain de plume ? Borges se pose la question.

J’ai connu jeune Raymond Abellio, qui m’avait rendu fou de bonheur à l’armée quand j’avais découvert dans les fosses de Vincennes (au S.H.A.T. pour parler comme Philippe et ses imbroglios de sigles) la Fosse de Babel. Le roman du huitième jour ! Ensuite j’ai bien connu Jean Parvulesco, qui se surpassait en écrivant la servante portugaise (car je ne crois qu’à la chance du débutant). Moi-même j’étais très fier de mon Nev le bureaucrate et de son atmosphère messianique et  technologique qui avait séduit Dimitrijevic. Et je suis reparti dans cette atmosphère rococo de littérature d’après la littérature pour faire mes maîtres carrés. Parodie, recyclage, Dumas, Dostoievski, Leslie Nielsen (la dernière star américaine) et la descente aux affaires remixant Virgile et Trump l’humour !

Eh bien j’ai retrouvé un peu de cette atmosphère jubilatoire et rutilante ici.

Philippe Grasset a créé le meilleur blog du monde, parce qu’il n’en est pas un, et un style viral, hypnotique, apocalyptique et translucide qui n’appartient qu’à lui seul. Il décrypte pour tout le monde, plagiaires y compris dont moi, les secrets du grand monde, et il nous rappelle à ce sujet (« le roi n’est pas un sujet, mais l’agence ? ») les faits suivants dans son Nietzsche au Kosovo.

– L’Agence s’était fortement implantée à Paris, dans les milieux intellectuels et artistiques, et donc dans l’édition, dans les années 1950, surtout à partir d’avril 1952 avec le festival du Congrès pour la Liberté de la Culture. (Jefferson McPeak parlait à Cassady comme à un étranger à l’Agence. C’est lui faire l’honneur qu’il mérite.)

 

C’est la littérature sous contrôle CIA, la littérature et le roman comme sévices secrets. Le blogueur déjanté Miles Mathis nous raconte ça tout le temps ! Le colonel Kurz lit et cite TS Eliot à la fin d’Apocalypse Now (voyez mon décryptage sur mon blog à images pour grands enfants de trente ans). Tout cela vient des sévices secrets qui ont investi la culture. La littérature c’est pour les spooks (voyez Miles), une poste restante pour grands initiés à la Schuré remixés par la CIA.

Quant à Philippe je suis que dans sa forêt ardennaise, il est un chef discret de l’Otan déguisé en promeneur de chien et bradeur antisystème des secrets de l’agence. Revoyez le dernier épisode du Prisonnier, diantre !

On laisse Philippe nous instruire (son crypté roman devient une nouvelle conversation secrète comme chez Coppola) :

« C’était une énorme organisation, montée et conduite par Michael Josselson, Melvin Lasky, Nicolas Nabokov et d’autres, et cela fut un des chefs d’œuvre de l’Agence, avec des piliers comme Raymond Aron et Denis de Rougemont. Paris fut enlevé sans crier gare, quadrillé, verrouillé derrière l’apparence des criailleries anti-américaines que nous servaient le PCF et ses “compagnons de route”, puis les divers gauchistes et tiers-mondistes, et puis les gaullistes surtout. Regardez aujourd’hui, que reste-t-il de ces soi-disant anti-américains à part quelques dissidents qui ont sauvé leur honneur en préférant se tourner vers une tendance plutôt gaulliste ? (De Gaulle, le vrai rebelle, je l’ai toujours dit, bullshit !) Les marxistes ont disparu, la plupart convertis vite fait à la vertu libéraliste et américaniste. Tout cela remonte aux années 1950, un coup de maître vous dis-je. »

 

L’évènement essentiel, Jean Parvulesco me l’avait aussi dit, c’est la Fin du gaullisme, cet aboli bibelot d’inanité sonore.

Et le triomphe américain, c’est l’universitaire germain Holler qui me l’a appris, c’est le triomphe des grandes familles US qui ont contrôlé la CIA et le monde par la kultur. Voyez Fred Astaire et Leslie Caron dans Daddy Long legs d’un autre roumain exfiltré, Negulesco, ey vous nous comprendrez.

Philippe encore, Philippe toujours :

« Cassady ricana avant de tirer la conclusion qui s’impose.

– Nous avions fait mieux que les Soviets ?

– Et comment, sans le moindre doute. Les Soviets les avaient investis idéologiquement ; nous, nous avions choisi la culture. Avec les Français, c’est la méthode.

Cassady ricana encore avant d’aller à la conclusion suivante, tout aussi nécessaire.

– Donc, les voilà verrouillés, les Français, les Parisiens en fait ? Alors, que vaut votre projet ? Notre ami Louis-Beyle n’a pas l’ombre d’une chance si l’on vous suit, il n’est pas précisément conforme-USA. »

Beyle ! En aura-t-on parlé de Stendhal et de l’antiaméricanisme de Leuwen.

Le paradoxe c’est que le gaullisme accompagne l’américanisation de la France, transformée en hexagone et bulle de verre (Tati, Play Time) :

Philippe (90% de dialogues, comme chez Dostoïevski ou Don Quichotte) :

–  En fait, c’est dans les années 1960, paradoxalement, en pleine politique gaulliste, que la France a été le plus complètement américaniste en substance, vous voyez ? La raison, la mesure, l’avenir étaient du côté de type comme Aron, “nos” types, et les anti-américains français de l’époque, bien différents de ceux l’époque des années vingt-trente, l’étaient d’une façon brouillonne et très-idéologisée, à la façon des Américains eux-mêmes (les Américains antiaméricanistes , je veux dire, qui pullulent) ; ils l’étaient comme s’il y avait eu à Paris des américanistes pro-establishment, nos compagnons de route, et des américanistes anti-establishment, ceux qui manifestaient contre la guerre du Vietnam… Quelle différence entre les gauchistes du Quartier Latin et ceux de Berkeley, de Harvard ou de Watts ? Aucune, tout cela faisait d’excellents petits américanisés en révolte et c’est fait pour rentrer dans le rang au bout du compte, sauf quelques oiseaux rares, et ils l’ont fait ma foi, – je veux dire, rentrer dans le rang. A ce moment-là, dans les années 1960, nous avions une vraie doctrine, une vraie présence, une véritable influence, malgré les criailleries dans les rues. »

 

Exactement : en étant contre la fausse guerre du Vietnam, qui était un événement médiatique avant tout (Baudrillard ou Debord ?), on parachevait notre américanisation. Etre américanisé, c’est être anti-américain ! Enfants de Marx et de Coca-Cola, où alliez-vous ? A Disneyland bien sûr !

Mais de Gaulle fut un carbonaro dont les pétards ne cessent de retentir :

« Mais il y avait de Gaulle. De Gaulle est un sacré bonhomme, chapeau bas. Il avait compris le coup. Il a semé dans les années 1960 un antidote à ce que l’Agence avait semé dans les années 1950, vous comprenez ? Lui, il s’est appuyé sur la légitimité historique retrouvée, sur l’idée de l’identité souveraine. Il a fait croire, ou bien il a expliqué pour faire comprendre, je ne sais pas. Il a fait croire et comprendre aux Français qu’ils existaient. Il fallait que ça mature. Résultat des courses, aujourd’hui, face à tous nos fils spirituels et nos agents, il y a un courant vigoureux qui n’accepte pas tout cuit ce que nous vendons. En plus, toute la stratégie américaine, toute notre habileté un peu frustre mais bien réelle, l’unité d’action du “Monde Libre”, avec nous en tête bien sûr, cette espèce d’attitude commune et pourtant élaborée, réfléchie, originale, tout cela que nous avions à cette époque a complètement disparu. Reste la puissance brute, et l’on se paye des présidents comme l’inconnu-devenu-président, et c’est la bouillie pour chats américaine d’aujourd’hui. Voilà pourquoi notre ami Louis-Beyle, soutenu là où il faut et comme il faut, quoiqu’avec discrétion bon Dieu, peut faire un raffut terrible avec son bouquin. En un sens (rire soudain de Jefferson, découvrant toutes les facettes de la farce), Louis-Beyle est l’arme secrète de De Gaulle ! (Et de Gaulle est notre ami puisqu’il défend le principe de souveraineté autour duquel nous voulons rassembler l’Amérique.) Quant à moi, comme je vous l’ai dit, je tiens ferme certains de nos relais que j’activerai quand il le faudra, qui sont dans les réseaux d’influence, là où il faut. »

 

Après, une histoire belge.

 

« Je dois avouer que j’éprouvais une rage sainte lorsque les Français, votre de Gaulle en tête, quittèrent l’OTAN. C’était une sorte de sacrilège. On dit que notre Roi, le roi Baudouin Ier, violemment choqué lorsqu’il apprit la nouvelle, se pencha vers un conseiller présent et l’interrogea : “Je croyais que le général de Gaulle était un bon chrétien et un catholique pratiquant ?” Pour lui, quitter l’OTAN, c’était trahir notre civilisation en général et la chrétienté.

– Ce Baudouin, quelle verve ! Et ce de Gaulle ! Et vous-même, monsieur Chabert-Mermoz ! Excusez-moi de vous interpeller aussi lestement, mais vous semblez intarissable, l’ermite le bien mal nommé. »

A d’autres moments Philippe se lâche et nous délivre la lumière ; les yeux d’Ezéchiel s’ouvrent, pour parler comme Abellio :

 

« L’industrie de l’entertainment est devenue la première des industries américaines. Par entertainment, on comprend tout ce qui charrie une information, nécessairement accompagnée ou substantivée visuellement par des images, qui est organisée comme un “spectacle” sans préjuger de la véracité, de la justesse, de la moralité, de l’orientation et de la destination de cette information. (On parlera de l’“industrie du spectacle”, dans le sens que définit le Français Debord dans son live La société du spectacle.) »

 

Mais le monde alors bascule dans le simulacre, entre Lucrèce et Baudrillard :

« William Pfaff rapportait en octobre 1996 : “John Kenneth Galbraith […] fait une observation frappante et préoccupante sur l’économie américaine. Il y a 75 ans, elle reposait sur l’agriculture, il y a 50 ans sur l’industrie manufacturière, aujourd’hui elle repose sur ‘l’industrie du spectacle’ [entertainment]. L’agriculture et l’industrie sont liées à la réalité fondamentale de l’activité humaine. L’industrie du spectacle implique l’évasion de la réalité. On en apprend beaucoup sur les États-Unis aujourd’hui si l’on admet que nous fonctionnons désormais, au niveau national, moins en réaction à la réalité qu’en réaction aux images de la réalité fabriquées par l’industrie américaine du spectacle, principale force de l’économie américaine.”

 

La communication bouffe la culture en France. L’information bouffe la science. Raymond Abellio parle de nécrose dans sa Fosse. Mais l’USA est devenue une nécrose immatérielle. Le war business devient une variante du show business. Je l’ai dit un jour je crois, le terroriste (le russe, l’arabe, le coréen) est un EGM, un être généré médiatiquement.

On laisse parler Philippe, on ne le lit pas (Kafka, Gogol, lisaient leurs romans aux amis, Mann pétait de rire en déclamant ses Buddenbrook à la famille) :

 

« Les forces armées américaines développent toutes leurs structures, leur programmation, leurs missions, leurs stratégies, en fonction de ce qu’elles désignent comme “la révolution de l’information”. Cela touche tous les domaines militaires : la reconnaissance, la protection des forces, la détermination des objectifs, la destruction des objectifs, etc. Des satellites de communication aux avions de guerre électronique (ils ont effectué 12.000 missions lors de la guerre du Kosovo, contre 10.000 missions offensives d’attaque), ces activités sont tributaires de l’information et de la circulation de l’information. La stratégie elle-même est influencée de façon décisive, et, avec elle, les grandes options à caractère psychologique et politico-stratégique. La doctrine officieuse dite de “zéro-mort” n’est possible que dans le cadre de la révolution de l’information avec ses multiples ramifications, d’une part parce que la soi-disant exigence du zéro-mort passe par la pression médiatique, d’autre part parce que les missions effectuées pour satisfaire à zéro-mort ne sont possibles que grâce à l’information. »

 

Faites zéro mort, pas la guerre !

Il est temps alors de reparler de littérature :

« La littérature a-t-elle encore sa place ? Il n’y a plus de grands écrivains. Ils se sont tirés, reconvertis en chroniqueurs, en cultivateurs, en amants stériles. Les écrivains sont morts, qui songerait à les lire encore ? Nous sommes dans une époque troublée, dont on ne sait plus ce qu’elle veut et dont je sais bien ce qu’elle vaut. »

Je suis le seul à lire encore les vieux écrivains. C’est ma seule revendication. Ici encore Philippe nous livre un secret américain : c’est le pays de l’après-apocalypse. D’où son triomphe culturel et communiquant :

« Aujourd’hui, nous sommes entrés dans les temps de la crise du monde qui ont remplacé le temps classique, et déjà en croisière agitée. Il faut que la littérature s’y fasse. Je vous recommande d’observer autour de vous : déjà, dans un pays de grande littérature existe la littérature du temps de la crise ; c’est la littérature de l’Amérique, elle ne fut jamais classique, elle touchait à peine à sa majorité au début de ce siècle qui se termine, qu’elle se transformait aussitôt en littérature de la crise américaine, qui était le signe avant-coureur de la crise du monde, qui allait faire du temps classique de la littérature un temps de crise. Tout cela, vous voyez, s’emboîte assez bien. Tout cela est lié, la littérature toujours à la première place. »

Littérature de poubelle et de terrain vague, pu pire encore de bestsellers. American tricot ! Alors il faut sonner le tocsin :

« La littérature est devenue témoignage, observation des soubresauts du monde, découvreuse des mystères cachés qui enchaînent les hommes. Je me rappelle des querelles, il y a un demi-siècle, sur la littérature engagée, Sartre le père-fouettard qui réclamait que tout écrivain fût avant tout petit-soldat de la révolution, et des jeunes qui rechignaient, on les appelait les “hussards”, c’était la “droite buissonnière”, d’ailleurs faite de jeunes gens qu’on avait rapprochés pour l’occasion mais qui ne s’estimaient liés par rien, et certains avec fort peu de sympathie entre eux (Nimier et Laurent, par exemple et exemple principal). En ce temps-là, la littérature pouvait encore s’offrir de ces querelles. La littérature du père-fouettard n’a rien à voir avec le rôle que je lui vois aujourd’hui, et inutile de songer à jouer au hussard avec la littérature d’aujourd’hui. Finis les jeux de rive-gauche. La littérature devient pure politique ou elle n’existe plus. C’est là le marché où elle se trouve placée : elle l’accepte ou elle meurt. Voilà pourquoi ce livre sur le Kosovo, c’est de la politique pure, c’est la littérature ressuscitée. »

Ce qu’il faut respecter chez l’Amérique, c’est ses manières florentines :

« Vous savez que James Jesus fit ses études à Yale, qu’en 1937 il fonda une revue de poésie, Furioso, et qu’il eut comme collaborateurs des amis à lui, qui se nommaient Yates, T.S. Eliot, Ezra Pound, la fine fleur de la poésie américaine. Puis ce fut la guerre, l’OSS où il entra, les missions tordues où se manifestèrent son goût incroyable pour le retournement, la nuance perverse, l’incertitude de l’apparence, la manipulation de la réalité. James Jesus joua un rôle très actif en Italie à partir de 1944 et jusqu’en 1948-49, où il organisa la manipulation à l’échelle d’un pays, pour faire triompher aux élections la démocratie chrétienne contre l’hydre communiste. Entre temps, l’OSS avait été remplacé par la CIA. Il y avait chez James Jesus une sorte de goût florentin pour l’intrigue, sorte d’“art pour l’art”, vous comprenez ? Certains virent chez cet homme un hystérique, un fou à lier, un cas pathologique, et mon Dieu avec des arguments bien sentis ; d’autres, un homme de la Renaissance égaré dans notre siècle, un poète détourné, un amateur d’orchidées dont il entretenait amoureusement des centaines de sortes dans une serre, chez lui, dont il raffolait effectivement, dont il était un spécialiste à part égale avec sa spécialisation des transfuges soviétiques. »

 

Un peu de filière poétique :

– … Ou par les poètes ?

– Voilà … C’est par la “filière poétique” que Jefferson McPeak rencontra James Jesus puis entra à la CIA. Il était de la famille d’Ezra Pound, et Ezra Pound, brisé après ses années passées littéralement en cage, lorsqu’on le ramena d’Italie où il avait joué au speaker de radio fasciste du régime mussolinien, revit tout de même James Jesus. »

 

La littérature reste la dernière conspiration. Chesterton nous le disait déjà dans son Nommé jeudi :

 

« Artiste, anarchiste ; personnages identiques, termes interchangeables. L’homme qui jette une bombe est un artiste, parce qu’il préfère à toutes choses la beauté d’un grand instant.

Il sait qu’un jet éblouissant de lumière, un coup de tonnerre harmonieux ont plus de prix que les corps vulgaires de quelques informes policemen. L’artiste nie tous les gouvernements, abolit toutes les conventions. Le désordre, voilà l’atmosphère nécessaire du poète. Si je me trompais, il faudrait donc dire que le métropolitain de Londres est la chose la plus poétique du monde ! »

 

Le foutoir américain comme machinerie artistique alors ? Mais Philippe (il faut une police poétique pour surveiller les lascars de l’anarchisme beaucoup moins sot alors, prophétise Chesterton) leur donne des noms d’oiseaux et d’artistes à ses dingos des agences (autre nom des démons dans le Manfred de Lord Byron, comme je dis toujours !) :

 

– Je m’appelle donc Orson Lee Jefferson-McPeak, Deputy Director Special Projects, monsieur Louis-Beyle ; ici, à ma gauche, monsieur John-Arturo Lopez-Brennan, un adjoint, ici, à ma droite, monsieur Singbad Clingway Garson, consultant rattaché, enfin le professeur LaFolette spécialiste en psychologie du virtualisme, Orville Seagourweather LaFolette, eh eh, il nous arrive de le surnommer LaFayette ; voyez, nous sommes en terrain de connaissance ? (Après un silence, et voulant s’expliquer et expliquer son geste d’amitié entre leurs deux peuples au Français devant lui 🙂 La Fayette, la vieille amitié entre la France et l’Amérique, la dette que notre République a contractée à votre endroit, à vous autres les Français, et puis Paris, la Ville-Lumière, la plus belle ville du monde, je dis !

» Nous sommes tous du même service, et l’une de nos spécialités est la psychologie. »

 

Mais quelle obésité onomastique anglo-mexicaine à rallonge éclectique que voilà ! Il rivalise avec notre Jules Verne alors ?

 

 

Mais comme dit Syme, le personnage de Chesterton, « seul le cours des choses est poétique ». Et comme dit Philippe en rentrant de son Algérie fluviale (au sens guénonien, bien compris encore – vive l’intelligence US et surtout polonaise ! – dans Apocalypse now), « l’histoire est (quand même) un fardeau. »

 

 

Sources

 

Philippe Grasset – Nietzsche au Kosovo (Dedefensa.org)

Nicolas Bonnal – Littérature et conspiration (Amazon.fr)

Chesterton – Le nommé jeudi (Wikisource)

Les élites contrôlent, par Augustin Cochin…

La théorie de la conspiration est très à la mode ; car si elle ne sert pas aux majorités silencieuses à comprendre, elle sert aux minorités au pouvoir à menacer. C’est la police de la pensée et les imbéciles qui utilisent à tort et à travers cette gluante expression. Tout en pratiquant la « conspiration ouverte » évoquée en 1945 par H.G. Wells, nos élites et les médias dénoncent puérilement et en trépignant une très utile théorie de la conspiration.

Il y a longtemps qu’Augustin Cochin avait exposé sa théorie de la confiscation dans nos modernes démocraties, républiques ou autres nations unies. Cochin, écrivain catholique et grand lecteur de Durkheim et du russe Ostrogorski, analyste des campagnes politiques états-uniennes, expliquait pourquoi ce sont toujours « eux » qui décident et pas « nous » ; on est en 1793, quand les sociétés de pensée ont décidé de refaire l’Homme, la Femme, la France, l’Humanité, le reste. Et le triste programme est toujours le même depuis cette époque :

« La société fondée, il est fatal qu’un cercle intérieur se forme qui la dirige à son insu. Où la liberté règne, c’est la machine qui gouverne. Ainsi se forme d’elle-même, au sein de la grande société, une autre plus petite, mais plus active et plus unie, qui n’aura pas de peine à diriger la grande à son insu. Elle se compose des plus ardents, des plus assidus, des mieux au fait de la cuisine des votes.

Chaque fois que la société s’assemble, ils se sont assemblés le matin, ont vu leurs amis, arrêté leur plan, donné leur mot d’ordre, excité les tièdes, pesé sur les timides. Comme leur entente date de loin, ils tiennent en main toutes les bonnes cartes. Ils ont maté le bureau, écarté les gêneurs, fixé la date et l’ordre du jour. »

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Il y a donc ceux qui combinent et ceux qui roupillent, ceux qui conspirent et ceux qui se contentent de respirer, le grand public inconscient. Hippolyte Taine aussi se montrait très déçu par la passivité de la plèbe attablée aux cafés lors des massacres de septembre 1792. La plèbe est toujours Charlie.

Cochin encore :

« Avec le régime nouveau les hommes disparaissent, et s’ouvre en morale même l’ère des forces inconscientes et de la mécanique humaine. Celui-ci (le régime) pousse son chemin de désastre en désastre, produisant une forêt de lois contre-nature dont le succès dans les sociétés et le vote à la Convention sont aussi fatals, que leur exécution dans le pays est absurde ou impossible. »

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Absurdes et impossibles, c’est bien comme cela que nous apparaissent les intentions du Parlement socialo, de l’OTAN et de la grosse Commission de Bruxelles.

Alors soyons clairs : nous n’avons pas voulu de cette Europe et de l’euro, nous les avons ; nous n’avons pas voulu de cette immigration, nous l’avons ; nous ne voulons pas d’un conflit avec la Russie, nous l’aurons grâce aux faucons US. Elle est là, la « conspiration », et pas dans les « théories de la conspiration » qui obsèdent tant nos médiatiques.

Alexander Payne et la grande dépression américaine

On a parlé de la crise du tourisme en Amérique. Parlons de la crise de la civilisation en Amérique, cette nation indispensable qui crée un monde zombi à son image.

Il reste un cinéaste américain, Alexander Payne, qui nous conte, à travers des films comme Les Descendants, Monsieur Schmidt ou Nebraska, le désastre de la civilisation américaine. La matrice américaine entre les mains des oligarques a tué la civilisation américaine et l’a dévitalisée. Michael Snyder, sur son blog, ne cesse de nous donner, semaine après semaine, des nouvelles de cet effondrement physique de l’Amérique, cette Amérique représentée par les jeunes filles odieuses et monstrueuses comme la grosse Kardashian ou l’Ivanka Trump-Kushner.

Le néant US accompagne bien sûr une extension du domaine de la lutte, pour reprendre l’expression de Houellebecq. Car la matrice fait vivre de plus en plus mal les gens à l’intérieur, et elle fait souffrir ou extermine de plus en plus de peuples à l’extérieur, du monde musulman aux banlieues industrielles chinoises et bengalis (cinq euros par mois pour fabriquer des chemises vendues soixante chez Gap) en passant par la banlieue française. Comme dans un livre de Jack London que j’ai analysé récemment, l’oligarchie devient de plus en plus fasciste et dangereuse, car elle carbure moins à l’impérial qu’au prétexte humanitaire : réparation du monde (tikkun), lutte contre le nationalisme, le sous-développement, le terrorisme (sauf Daesh), l’islamisme, etc.

Jack London écrit dans le Talon de fer : « La force motrice des oligarques est leur conviction de bien faire. » Les milliardaires éduquent ensuite leurs enfants et les rendent tout prêts à amender l’humanité, et à l’exterminer comme populiste quand elle ne veut pas être amendée !

Et s’il y a un cinéaste, il y a aussi un grand analyste du désastre US (qui est devenu le nôtre lors de notre passage à la globalisation), et qui se nomme Howard Kunstler. Je donne ici deux extraits de son dernier texte, qui résume son œuvre maîtresse, The Long Emergency.

Froidement, Kunstler présente ainsi son pays :

Je vis dans un coin de cette Amérique périphérique, où vous pouvez facilement lire les conditions de vie sur les murs : les rues principales vides, surtout quand la nuit tombe, les maisons sans soins et se dégradant d’année en année, les fermes abandonnées avec des granges qui tombent en ruine, les outils agricoles rouillant sous la pluie et les pâturages couverts de sumacs, ces chaînes nationales de magasins parasites, poussant comme des tumeurs aux abords de chaque ville.

Ce pourrissement culturel créé par l’oligarchie avide et folle, les Wal-Mart, la multiplication des « détritus urbains » (Lewis Mumford) et la crétinisation médiatique créent une humanité à la hauteur :

Vous pouvez le lire dans le corps des gens dans ces nouveaux centre-ville, c’est-à-dire le supermarché : des personnes prématurément vieilles, engraissées et rendues malades par la consommation de mauvaises nourritures, faites pour avoir l’air et avoir un goût irrésistible pour les pauvres qui s’enfoncent dans le désespoir, une consolation mortelle pour des vies remplies par des heures vides, occupées à regarder la trash-télé, des jeux informatiques addictifs et leurs propres mélodrames familiers conçus pour donner un sens narratif à des vies qui, autrement, ne comportent aucun événement ou effort.

Tout programme télé me semble à moi aujourd’hui totalement insupportable. Il ne faut plus être tout à fait humain pour se gaver de télé. Évidemment, cela rend ensuite la démarche plus dure à l’antisystème : comment peut-il expliquer le monde à un zombi nourri de l’arme de destruction massive qu’est la télévision ? Et l’on rencontre ce problème tous les jours. On est dans le classique de Don Siegel.

Une illustration donnée par Snyder a magnifiquement illustré l’involution américaine des années Eisenhower aux années Obama. On peut en dire autant du cinéma. Godard disait qu’il ne critiquait pas le cinéma américain contemporain parce qu’il était anti-américain, mais parce que ce cinéma est devenu mauvais. Où sont passés les Walsh, Ford et Minnelli d’antan ?

Il y a dix-sept ans, j’avais publié un roman d’anticipation sur ce thème, les territoires protocolaires. C’est que la construction européenne avait facilité l’émergence d’une Europe déracinée et défigurée, présente déjà en France à l’époque de Pompidou : les grandes surfaces, les autoroutes, les zones de luxe, le pourrissement culturel par la télévision. Cet anéantissement de toute civilisation présent aussi au Maroc (agglomérations interminables autour de Tanger, aéroports, centres commerciaux, villas et immigration de luxe – gourbis et HLM pour les autochtones) se répand dans le monde comme un cancer. L’insensibilité des populations toujours plus hébétées (Baudrillard) par les médias accompagne ce phénomène. On cherche à en savoir plus sur le simulacre Kardashian (soixante millions de tweeter ; et je rappelle : un million de commentaires par chanson Gaga) que sur la prochaine guerre ou l’état de son âme.

Lorsque j’avais découvert et commenté – en 2012 – Howard Kunstler pour la presse russe, il était encore à la mode en Amérique, et prévoyait comme toujours une catastrophe énergétique (prévoir une catastrophe financière ou autre est devenu une usine à gaz), mais surtout il décrivait cette apocalyptique réalité – celle que Kunstler appelle le sprawling, la prolifération de cette géographie du nulle part, qui s’étend partout et pourrit tout l’espace mondial (repensons à Guénon).

L’impérialisme américain devenu risible et hors de contrôle, mais impuissant aussi, ne doit pas nous faire oublier la vraie menace, celle du modèle économique et urbain. C’est par là que l’on devrait commencer les prochains combats qui nous guettent. Au lieu de prévoir des catastrophes imprévisibles, voir enfin ce désastre américain qui nous entoure et nous consume.

Nicolas Bonnal

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Sources

Le blues national – Le Saker Francophone

Nicolas Bonnal – les territoires protocolaires ; les grands auteurs et la théorie… (Kindle)

Kunstler, James Howard, The Geography of Nowhere (Simon and Schuster, 1994). Kunstler, James Howard, The Long Emergency (Atlantic Monthly Press, 2005).

Jack London – Le talon de fer (ebooksgratuits.com)

Lewis Mumford – La cité dans l’histoire

 

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Avec moi, Hitler ego, le monde est à l’article de la mort de rire ! La scierie, le thé et rang et la carrée du more n’ont qu’à bien se tenir !