Ita fac, mi Lucili: vindica te tibi, et tempus quod adhuc aut auferebatur aut subripiebatur aut excidebat collige et serva.

Tout Sénèque est sur Wikisource… Tout Nicolas Bonnal parle de Sénèque.

 

 

Nicolas Bonnal devant la statue de Sénèque à Cordoue. Tiens, un peu de Sénèque :

LETTRE LX.
Voeux imprévoyants. Avidité des hommes.
Je me plains, j’ai des griefs, de la colère contre toi. En es-tu encore à former les
voeux que formait pour toi ta nourrice, ou ton pédagogue ou ta mère ? Ne comprends-tu
pas encore que de maux ils te souhaitaient ? Oh ! combien nous sont contraires les
voeux de ceux qui nous aiment, et d’autant plus contraires lorsqu’ils sont exaucés ! Je ne
m’étonne plus que dès le berceau tous les maux s’attachent à nos pas : nous avons
grandi au milieu des malédictions de nos parents. Que les dieux en revanche entendent
de notre bouche une prière désintéressée. Les fatiguerons-nous toujours de nos
demandes, en hommes qui n’auraient pas encore de quoi s’alimenter ? Jusqu’à quand
sèmerons-nous pour nous seuls des champs plus vastes que de grandes cités ? Jusqu’à
quand tout un peuple moissonnera-t-il pour nous ? Jusqu’à quand l’approvisionnement
d’une seule table arrivera-t-il sur tant de vaisseaux et par plus d’une mer ? Peu
d’arpents suffisent à nourrir un boeuf : c’est assez d’une forêt pour plusieurs éléphants :
il faut, pour qu’un homme se repaisse, et la terre et la mer. Eh quoi ! dans un corps si
chétif, la nature nous a-t-elle donné un estomac si insatiable que nous surpassions en
avidité les plus grands, les plus voraces des animaux ? Non certes. Car à quoi se réduit
ce que l’on donne à la nature ? Pour peu de chose elle nous tient quittes. Ce n’est point
l’appétit qui coûte, c’est la vanité. Ces gens donc que Salluste appelle valets de leur
ventre, mettons-les au rang des animaux, non des hommes, et quelquefois pas même au
rang des animaux, mais des morts. Vivre, c’est être utile à plusieurs ; vivre, c’est user
de soi-même ; mais croupir dans l’ombre et l’apathie, c’est de sa demeure se faire un
tombeau. Au seuil même de tels hommes on peut graver sur le marbre, en épitaphe :
morts par anticipation.

Alexander Payne et la grande dépression américaine

On a parlé de la crise du tourisme en Amérique. Parlons de la crise de la civilisation en Amérique, cette nation indispensable qui crée un monde zombi à son image.

Il reste un cinéaste américain, Alexander Payne, qui nous conte, à travers des films comme Les Descendants, Monsieur Schmidt ou Nebraska, le désastre de la civilisation américaine. La matrice américaine entre les mains des oligarques a tué la civilisation américaine et l’a dévitalisée. Michael Snyder, sur son blog, ne cesse de nous donner, semaine après semaine, des nouvelles de cet effondrement physique de l’Amérique, cette Amérique représentée par les jeunes filles odieuses et monstrueuses comme la grosse Kardashian ou l’Ivanka Trump-Kushner.

Le néant US accompagne bien sûr une extension du domaine de la lutte, pour reprendre l’expression de Houellebecq. Car la matrice fait vivre de plus en plus mal les gens à l’intérieur, et elle fait souffrir ou extermine de plus en plus de peuples à l’extérieur, du monde musulman aux banlieues industrielles chinoises et bengalis (cinq euros par mois pour fabriquer des chemises vendues soixante chez Gap) en passant par la banlieue française. Comme dans un livre de Jack London que j’ai analysé récemment, l’oligarchie devient de plus en plus fasciste et dangereuse, car elle carbure moins à l’impérial qu’au prétexte humanitaire : réparation du monde (tikkun), lutte contre le nationalisme, le sous-développement, le terrorisme (sauf Daesh), l’islamisme, etc.

Jack London écrit dans le Talon de fer : « La force motrice des oligarques est leur conviction de bien faire. » Les milliardaires éduquent ensuite leurs enfants et les rendent tout prêts à amender l’humanité, et à l’exterminer comme populiste quand elle ne veut pas être amendée !

Et s’il y a un cinéaste, il y a aussi un grand analyste du désastre US (qui est devenu le nôtre lors de notre passage à la globalisation), et qui se nomme Howard Kunstler. Je donne ici deux extraits de son dernier texte, qui résume son œuvre maîtresse, The Long Emergency.

Froidement, Kunstler présente ainsi son pays :

Je vis dans un coin de cette Amérique périphérique, où vous pouvez facilement lire les conditions de vie sur les murs : les rues principales vides, surtout quand la nuit tombe, les maisons sans soins et se dégradant d’année en année, les fermes abandonnées avec des granges qui tombent en ruine, les outils agricoles rouillant sous la pluie et les pâturages couverts de sumacs, ces chaînes nationales de magasins parasites, poussant comme des tumeurs aux abords de chaque ville.

Ce pourrissement culturel créé par l’oligarchie avide et folle, les Wal-Mart, la multiplication des « détritus urbains » (Lewis Mumford) et la crétinisation médiatique créent une humanité à la hauteur :

Vous pouvez le lire dans le corps des gens dans ces nouveaux centre-ville, c’est-à-dire le supermarché : des personnes prématurément vieilles, engraissées et rendues malades par la consommation de mauvaises nourritures, faites pour avoir l’air et avoir un goût irrésistible pour les pauvres qui s’enfoncent dans le désespoir, une consolation mortelle pour des vies remplies par des heures vides, occupées à regarder la trash-télé, des jeux informatiques addictifs et leurs propres mélodrames familiers conçus pour donner un sens narratif à des vies qui, autrement, ne comportent aucun événement ou effort.

Tout programme télé me semble à moi aujourd’hui totalement insupportable. Il ne faut plus être tout à fait humain pour se gaver de télé. Évidemment, cela rend ensuite la démarche plus dure à l’antisystème : comment peut-il expliquer le monde à un zombi nourri de l’arme de destruction massive qu’est la télévision ? Et l’on rencontre ce problème tous les jours. On est dans le classique de Don Siegel.

Une illustration donnée par Snyder a magnifiquement illustré l’involution américaine des années Eisenhower aux années Obama. On peut en dire autant du cinéma. Godard disait qu’il ne critiquait pas le cinéma américain contemporain parce qu’il était anti-américain, mais parce que ce cinéma est devenu mauvais. Où sont passés les Walsh, Ford et Minnelli d’antan ?

Il y a dix-sept ans, j’avais publié un roman d’anticipation sur ce thème, les territoires protocolaires. C’est que la construction européenne avait facilité l’émergence d’une Europe déracinée et défigurée, présente déjà en France à l’époque de Pompidou : les grandes surfaces, les autoroutes, les zones de luxe, le pourrissement culturel par la télévision. Cet anéantissement de toute civilisation présent aussi au Maroc (agglomérations interminables autour de Tanger, aéroports, centres commerciaux, villas et immigration de luxe – gourbis et HLM pour les autochtones) se répand dans le monde comme un cancer. L’insensibilité des populations toujours plus hébétées (Baudrillard) par les médias accompagne ce phénomène. On cherche à en savoir plus sur le simulacre Kardashian (soixante millions de tweeter ; et je rappelle : un million de commentaires par chanson Gaga) que sur la prochaine guerre ou l’état de son âme.

Lorsque j’avais découvert et commenté – en 2012 – Howard Kunstler pour la presse russe, il était encore à la mode en Amérique, et prévoyait comme toujours une catastrophe énergétique (prévoir une catastrophe financière ou autre est devenu une usine à gaz), mais surtout il décrivait cette apocalyptique réalité – celle que Kunstler appelle le sprawling, la prolifération de cette géographie du nulle part, qui s’étend partout et pourrit tout l’espace mondial (repensons à Guénon).

L’impérialisme américain devenu risible et hors de contrôle, mais impuissant aussi, ne doit pas nous faire oublier la vraie menace, celle du modèle économique et urbain. C’est par là que l’on devrait commencer les prochains combats qui nous guettent. Au lieu de prévoir des catastrophes imprévisibles, voir enfin ce désastre américain qui nous entoure et nous consume.

Nicolas Bonnal

Ses dernières publications sur Amazon

Sources

Le blues national – Le Saker Francophone

Nicolas Bonnal – les territoires protocolaires ; les grands auteurs et la théorie… (Kindle)

Kunstler, James Howard, The Geography of Nowhere (Simon and Schuster, 1994). Kunstler, James Howard, The Long Emergency (Atlantic Monthly Press, 2005).

Jack London – Le talon de fer (ebooksgratuits.com)

Lewis Mumford – La cité dans l’histoire

 

L’anthropomorphe

L’anthropomorphe

 

Nous étions le jeudi saint. J’étais dans un musée à La Paz. La ville était vide et le musée était déserté par sa clientèle normale de touristes. Des ouvriers erraient çà et là pour l’entretien du bâtiment et de l’électricité. Je pensais à la sophistication de ces civilisations disparues qui contrastaient avec l’absence de technologie et de confort qui prévalait dans cette ville. Cette abstraction géométrique des motifs me gênait aussi, tant elle témoignait d’une civilisation peut-être inhumaine. Je comprenais les Indiens qui s’étaient convertis en masse et avaient avec amour dessiné et peint de madones et des niños Jésus après la cruelle conquista. Je regardais d’un air ennuyé les poteries et les kera, les vases ornés de la céramique inca, lorsqu’une ombre passa près de moi.

Je me retournai : c’était un homme en cape noire, avec un chapeau de la même couleur. Il avait des très indiens mais un visage très blanc, ce qui donnait à son personnage encore plus de caractère. Je pensai à un acteur ou un original. Je vis vite que j’avais à faire à un autodidacte qui avait, comme souvent sur le sujet des civilisations précolombiennes, ses propres théories. Il entama la conversation, alors que je passai dans une autre salle.

 

  • Vous vous intéressez aux civilisations précolombiennes ?
  • Oui, enfin, je suis un touriste, vous savez… Mais j’ai vu le Machu Picchu, comme tout le monde.
  • Ne vous sous-estimez pas… Vous n’avez pas eu les maîtres qu’il vous fallait. Vous a-t-on parlé des trois niveaux du Machu Picchu.
  • Je ne vous comprends pas.

 

Je compris surtout que la visite était terminée. J’étais condamné à me traîner mon compagnon disert jusqu’à la fin de la séance. Je l’invitais donc à sortir et nous allâmes prendre un maté de coca. La ville de La Paz est une capitale pauvre, mais elle reste en tant que capitale un désert d’hommes. Et j´avais du temps avec mon vol qui ne partait que le lendemain.

 

  • Il y a un niveau tellurique, celui du lagarto ou lézard. Un niveau terrestre, celui du puma. Et un niveau aérien, celui du condor.
  • C’est la divine comédie…
  • Presque. Et si vous apprenez à distinguer les trois ordres du ciel ou de la terre, d’un mirador subtil, méconnu du tourisme, vous êtes le maître de ces lieux.

 

Je me souvenais du visage taillé dans la roche d’Ollantaytambo dans le Valle sagrado des Incas; et de tant d’autres pétroglyphes de ces Andes mystérieuses. Je voyais des regards, des crânes ouverts, des têtes d’aigles. La pierre est vivante.Je les lui évoquais, il parut satisfait.

 

  • Mais il ne faut pas se limiter aux Incas. Les Incas ont malheureusement unifié le Tawantatsiyu pour favoriser l’invasion et les destruction hispanique, improprement appelée Découverte. Car nous étions découverts depuis longtemps déjà.
  • Par qui ?
  • Par les extra-terrestres… je plaisante. Vous connaissez d’autres civilisations précolombiennes dans le subcontinent ? Vous avez vu Chan-Chan par exemple, la plus grande cité de boue du monde, de la culture mochi ? Les mochi avaient une civilisation très avancée dans l’irrigation et dans la métallurgie. Les Incas firent venir leurs orfèvres à Cuzco.
  • Le nombril du monde… rappelais-je avec cuistrerie.
  • Et ils pratiquaient les sacrifices humains, écorchant vifs leurs adversaires, leur arrachant la peau du visage.
  • Je n’aime pas ces détails.
  • On dit que c’était pour se concilier les grâces du courant marin porteur de poisson, le dénommé El Niño, qui aujourd’hui trouble la bonne marche de la planète. Nous n’avons plus d’étés secs, nos hivers sont très pluvieux. Les déserts refleurissent.
  • C’est une bonne nouvelle ?
  • Vous vous intéressez à Tihuanaco ? Mais venez donc chez moi. Je vous ferai goûter un vrai maté de coca.

 

J’appelais mon hôtel pour plus de sécurité. Je lui suivis. Je n’avais pas vu qu’il était de si haute taille ; il portait une écharpe rouge. Un ange rouge, noir et blanc. Il me rappelait des représentations d’Atahualpa, géant blanc qui mesurait deux mètres.

Nous arrivâmes chez lui dans le quartier de Sopocachi, la banlieue résidentielle de La Paz. Il habitait une maison curieuse, en forme de chalet chinois (comment le dire autrement ?). Le bonhomme m’intriguait décidément. Dans son jardinet travaillait un petit homme, et dans la maison nous attendait sa gouvernante, une vieille indienne couverte d’un awayu, cette couverture polychrome qui a fait le tour du monde grâce à la photographie triviale de voyage.

  • Que l’on ne nous dérange pas, Maria. Apportez nous de la coca.

 

Maria me jeta un regard glacé. Nous gagnâmes le premier étage du chalet. C’était un véritable musée archéologique, d’ailleurs bien protégé. Je me demandai d’où mon bonhomme tenait sa fortune. Il était peut-être un prince inca, après tout.

Il faisait collection de pièces de la civilisation de Tiwanako.

  • C’étaient de grands agriculteurs, des maîtres de l’irrigation. Et de grands bâtisseurs, comme en témoignent la porte du soleil et Kalasaysa, que les Espagnols ont démonté pierre par pierre pour bâtir leurs églises. Vous vous souvenez de ce que dit Charles Quint en entrant dans la mosquée de Cordoue défigurée par la cathédrale construite en son sein ?
  • Euh…non.
  • Vous avez détruit ce qui était unique pour le remplacer par ce qui est partout.
  • C’est un peu ce qui se passe aujourd’hui, non ? Des parkings, des centres commerciaux, des immeubles à dix étages.
  • Vous avez raison. Mais je n’ai pas plus de respect pour une église que pour un McDonald’s. Après, c’est de la même entropie qu’il s’agit.
  • Vous voulez en revenir à l’ordre des anciens jours… celui de Tiwanako.

 

Le personnage – qui n’avait même pas daigner se présenter, ni même se découvrir en rentrant chez lui – commençait à m’agacer mais j’ignorais comment prendre congé et je flânais entre les pièces de sa magnifique collection. Je sirotais sa feuille de coca : elle avait un goût réellement plus fort.

 

  • Il n’y a aucune copie, demandais-je avec ironie.
  • Aucune, vous pensez bien. Ma famille les conserve depuis des générations. Mais venez voir cette pièce.

 

Il me montra une statue anthropomorphe haute d’un demi mètre de hauteur. Les oreilles décollées, elle avait ce regard absent et ces traits géométriques caractéristiques.

  • C’est une Tiwanako datée environ du XIV ème siècle. Un personnage important, un prêtre, chargé des rituels solaires.
  • L’Inti Raymi… je l’ai vu à Cuzco un 21 juin. Dites-moi… est-ce que les indigènes pratiquaient les sacrifices humains.

 

Il se mit à gesticuler avec fougue, me demandant ce que j’entendais par sacrifice humain, si pour moi le génocide des indiens n’était pas un sacrifice humain, si les croisades n’étaient pas un sacrifice humain, et j’en passe.

  • Je ne vous parle pas de la brutalité de l’homme, qui est la chose la mieux partagée du monde. Simplement, je préfère un Dieu qui se sacrifie pour l’homme à un homme qui sacrifie son prochain pour Dieu. Il y a eu là un progrès, vous ne croyez pas ?

 

Il ouvrit des yeux aussi grands qu’un moai de l’île de Pâques. Mais j’en avais assez.

 

  • Je ne veux pas polémiquer. Je peux me retirer, si je vous dérange ?
  • Non… attendez. Je vais vous montrer les pièces les plus sophistiquées de ma collection.

 

Il me montra en effet de petits bustes anthropomorphes. Les visages étaient d’une finesse remarquable, presque vivants. A côté, il y avait des représentations animales. Et toujours ces kera recouverts de motifs abstraits.

 

  • Vous avez survolé le Nazca ?
  • Oui. J’y ai même cheminé. Le singe me fait penser aux labyrinthes de nos cathédrales gothiques, que nous foulions pour simuler le pèlerinage à Jérusalem.
  • Ah oui… comme c’est intéressant. Mais nous retrouvons l’araignée, le colibri ou les lignes sur la céramique nazca, qui est la plus parfaite du monde précolombien, sinon du monde.
  • Je vous le concède, dis-je d’un ton de plus en plus conciliant sinon impatient.
  • Et vous savez quelle fin poursuivaient ces lignes ?
  • Non… j’en étais resté aux pistes d’atterrissage pour les extra-terrestres, répliquai avec un sourire forcé.
  • Voilà bien les gringos, dit-il avec voix. Les Indiens ne pouvaient pas créer de civilisations fortes, alors on invente les vikings au Yucatan et les soucoupes volantes dans le désert de Nazca. Non, la vérité, je vais vous la dire : ces lignes étaient des mirages, tracés pour capter l’énergie humide de la mer.

 

L’hypothèse me charmait. Elle me fit penser à ces émissions pseudo-scientifiques du câble américain où l’on refait la Bible et le monde, à coups de théories néo-scientifiques et d’experts médiatiques. Mais je vis dans sa pièce une momie d’enfant.

  • Vous avez des chullpas chez vous ?
  • Oui, pourquoi pas.
  • Je n’aurais pas cela chez moi.

 

Juste à côté j’entrevis des crânes trépanés. Près d’eux il y avait les tumi, ces larges couteaux écrasés à l’aide desquels on trépanait les crânes des ancêtres pour des raisons médicales ou rituelles.

Je compris tout en un éclair : je frissonnai et je me retournai : il avait ôté son chapeau, ce grand chapeau noir dont je ne m’étais pas assez méfié, et il me montrait son crâne étroit, son crâne oblong travaillé depuis l’enfance par des chirurgiens spécialisés. De sa haute taille il me défiait, et je perçus un long couteau dans sa main.

 

  • Vous êtes un fou, un pauvre enfant traumatisé ou les deux ?
  • Voyez-vous, l’homme a souvent utilisé les animaux comme représentation symbolique, que ce soit en Egypte ou en Inde. Vous avez mes canards, comme vous avez mes pumas.

 

En deux pas il fut sur moi et m’immobilisa au sol. Du seul poids de son genou, il m’écrasait J’essayais d’appeler Maria, le jardinier, je ne sais qui. La coca avait paralysé ma volonté.

 

– Mais l’on ne s’est jamais demandé pourquoi on utilisait des représentations humaines ou anthropomorphes. Et bien je vais vous le dire : des êtres sont venus ici et ont copié vos visages comme vous aviez copié ceux des animaux. Ce sont eux qui ont effrayé les mayas, les mochi, les nazca, et bien des peuples d’Europe que vous avez oublié. Et pour

ne plus les effrayer, eh bien ils ont pris forme humaine ou bien ils ont revêtu des masques, des masques anthropomorphes.

Je dois vous sacrifier, mais pas pour la moisson ou bien la pêche, vous m’avez bien compris. J’ai besoin de ton regard de terreur avant ta mort pour me maintenir en vie. Je suis l’anthropomorphe.

 

Et, devant moi, alors que je suais presque des yeux, il ôta son masque et montra l’être anthropomorphe.

 

Philippe Grasset et l’hyper-impuissance américaine…

Pourquoi ce théâtre aux armées ? Pourquoi ne rase-t-on pas gratis les ennemis pour faire plaisir à BHL et sa presse-système ? Pourquoi le monde libre des Madelin, Hollande et consorts ne détruit-il pas mieux le monde ?

Mais que se passe-t-il donc enfin ? La démocratie reculerait devant la miette chinoise et le nanisme russe, devant la bébête immonde iranienne et le microbe vénézuélien ou nord-coréen ?

Laissons parler un des rares experts, notre ami Philippe Grasset, qui publie dimanche un texte essentiel dans Dedefensa.org. Le texte se nomme nûment : « taper sur Kim ? Avec quoi ? ».

 

« Tout cela a par ailleurs suscité des réactions de plus en plus nombreuses, quoique de façon discrète, de commentateurs et de techniciens de la chose quant aux capacités réelles des USA contre la Corée du Nord. Récemment une voix très-officieuse et secrètement dissidente de la hiérarchie dans Pacific Command se demandait avec quoi le président Trump prétend effectuer ces attaques alors que personne, dans les principales bases US dans le Pacifique, n’est prêt à une attaque de cette importance, et qu’il faudrait « au moins six mois de préparation pour disposer des forces disponibles et utilisables dans des conditions telles qu’elles pourraient lancer de telles attaques et être en même temps prêtes à repousser des contre-attaques nord-coréennes… »

 

Et comme si ce mal ne suffisait pas, Philippe ajoute férocement mais simplement :

 

« Depuis des précisions nouvelles sont apparues. Elles viennent essentiellement du Général Deptula, qui assura la planification de l’offensive aérienne contre l’Irak en 1991 (première guerre du Golfe) et qui fait partie actuellement du Mitchell Institute. Nommé d’après le Général Billy Mitchell, prophète des forces aériennes stratégiques, cet institut très spécialisé dans la guerre aérienne est l’une des machineries d’influence de l’Air Force Association, le principal lobby de l’USAF. (L’AFA est à la fois une émanation officieuse de l’USAF et une machinerie de communication agissant en-dehors des normes officielles [langue de bois, garde-à-vous, etc.] pour rendre publiques les véritables préoccupations et exigences de l’USAF.) Deptula a donné une interview à Army Times, en faisant quelques commentaires sur les disponibilités réelles des bombardiers dd l’USAF. Lorsqu’on va au cœur des statistiques, on découvre que l’expression “locked and loaded” (“verrouillées et chargées”) de Trump pour décrire l’état des forces aériennes qui pourraient être lancées contre la Corée du Nord paraît singulièrement décalée par rapport à ces chiffres-là… »

 

Après c’est la peau de chagrin, comme on dit. Car il faut faire le décompte des forces réelles à engager côté US :

« Pour ce qui concerne toute la flotte des bombardiers stratégiques dont dispose l’USAF : sur les 75 B-52 de frappes conventionnelles et nucléaires dont dispose l’USAF, 33 sont réellement prêts à effectuer leur mission de guerre ; pour les 62 B-1 à capacités conventionnelles, on tombe à 25 ; pour les 20 B-2 à capacités conventionnelles et nucléaires, c’est à 8 avions qu’on est réduit, soit 38% de l’effectif, avec cette précision supplémentaire et assez étrange que 51% de l’effectif disponible (les 38%) sont vraiment “disponibles”… Ce qui conduit à penser que l’estimation de Deptula, lorsqu’il s’agit des B-2 par exemple, concerne la disponibilité de deux unités seulement à cause de diverses et innombrables contraintes…  Bref, c’est encore moins que les porte-avions, d’ailleurs en équivalence de prix de départ puisque le B-2 originel coûte de 2,2 à 6 $milliards l’unité selon les estimations. (Aujourd’hui, avec les modernisations en cours affectant et plombant les B-2, deux par deux, on ne vous dit pas, – d’ailleurs, on ne le sait pas, et personne ne le sait vraiment…) ».

C’est l’armée du magicien d’Oz.

 

Philippe ajoute cruellement un peu plus loin :

 

« La puissance militaire US repose essentiellement, sinon exclusivement sur la communication (presseSystème, Hollywood, etc.). Pour l’essentiel, elle évite tout affrontement direct avec des forces armées à sa mesure (la Russie, par exemple, dont le parc de matériel est quasiment complètement renouvelé dans les 15 dernières années, avec des matériels ultra-modernes qui ne sont pas englués dans le monstrueux technologisme qu’affectionne le Pentagone). »

 

L’hyper-impuissance US reposerait non sur la statue de la Liberté bombardant le monde, mais sur la bureaucratie, l’étatisme et le gaspillage :

« Sa puissance repose sur une bureaucratie pléthorique et sur ses lobbies d’influence, ainsi que sur les ventes forcées de matériels dépassés à l’exportation. Cette situation n’est pas officiellement admise mais elle constitue une contrainte sournoise qui explique les positions ambiguës des chefs du Pentagone, soutenant une rhétorique belliciste mais freinant en général des quatre fers lorsqu’une confrontation sérieuse (l’Iran, la Corée du Nord, sans parler de la Russie bien entendu) se profile à l’horizon. »

 

Dans son roman-fleuve et crypté Nietzsche au Kosovo, Philippe Grasset ajoute que :

« L’industrie de l’entertainment est devenue la première des industries américaines. Par entertainment, on comprend tout ce qui charrie une information, nécessairement accompagnée ou substantivée visuellement par des images, qui est organisée comme un “spectacle” sans préjuger de la véracité, de la justesse, de la moralité, de l’orientation et de la destination de cette information. »

 

Et comme dit le vieil Abe, on ne peut pas tromper tout le temps tout le monde !

 

Sources

Philippe Grasset – Frédéric Nietzsche au Kosovo (bookelis.com, Amazon.fr)

Philippe Grasset- Dedefensa.org : taper sur Kim avec quoi ?

Le test Hitler par Shaffer Butler…

Le test Hitler exposé par Shaffer Butler

 

La société néo-totalitaire qui se construit sous la dénomination démocratie-marché mondialisée a tendance à accuser d’hitlérisme celui n’est pas d’accord. Cela ne signifie pas qu’elle haïsse Hitler, mais qu’elle s’en réclame, y compris dans sa construction d’une Europe privée de libertés, russophobe, bureaucratique. Or comme on va le voir, Hitler lui a tout inspiré, de l’écologie au végétarisme en passant par les contrôles de vitesse et les lois sur le harcèlement sexuel. Deux livres peuvent vous l’expliquer, la biographie médicale du très savant Bernard Plouvier (lisez aussi le rose et le brun de Simonnot) et les magiciens d’Ozymandia, non traduit, de mon ami libertarien Shaffer Butler.

Dans son livre, il raconte ceci :

 

« Au cours des années précédentes, dès le premier jour de cours, j’ai donné à mes nouveaux étudiants un bulletin de vote, indiquant que «il est temps d’élire le leader d’une grande nation» et en leur offrant deux candidats, A et B.

Le candidat A est identifié comme «un critique bien connu du gouvernement ; cet homme a été impliqué dans des mouvements de protestation fiscale et a ouvertement préconisé la sécession, la rébellion armée contre le gouvernement national existant et même le renversement de ce gouvernement. Membre d’un groupe de miliciens qui a participé à une fusillade avec les autorités chargées de l’application de la loi, il s’oppose aux efforts de contrôle des armes à feu du gouvernement national actuel, ainsi qu’aux restrictions à l’immigration dans ce pays. Il est un homme d’affaires qui a gagné sa fortune dans des entreprises telles que l’alcool, le tabac, la vente au détail et la contrebande « .

 

Après cet horrible candidat semi-sauvage, le candidat socialiste :

« Le candidat B a soutenu des restrictions accrues à la fois sur l’utilisation et la publicité des produits du tabac… Cet homme est un champion des programmes environnementaux et conservateurs et croit en l’importance d’envoyer des troupes dans des pays étrangers afin de maintenir l’ordre à cet égard « , cet homme est un champion des programmes environnementaux et conservateurs et croit en l’importance d’envoyer des troupes dans des pays étrangers afin de maintenir l’ordre à cet égard « .

 

Après on donne les résultats et ils ne sont pas piqués des vers :

« Les étudiants sont invités à voter, anonymement, pour l’un de ces deux candidats. Je n’emploie cet exercice que tous les deux ans, tout au plus, de sorte que les étudiants n’auront pas été invités à s’y attendre. Au fil des ans, les résultats du vote ont donné au candidat B environ 75% des voix, tandis que le candidat A obtient les 25% restants. Après avoir terminé l’exercice et tabulé les résultats, j’informe les étudiants que le candidat A est un composite des «pères fondateurs» américains (p. Ex., Sam Adams, John Hancock, Thomas Jefferson, George Washington, etc.). Le candidat B, d’autre part, est Adolf Hitler. »

 

75% pour Hitler donc. CQFD.

Et Butler rappelle à ses étudiants ignares et PC :

 

 

 

« J’ai ensuite appris à ma classe comment Winston Churchill avait, en 1938, fait l’éloge d’Hitler, qui avait pour lui des personnalités telles que Gandhi, Gertrude Stein (qui l’a nommé pour le prix Nobel de la paix) et Henry Ford (qui a été ravi de travailler avec le leader allemand). Une de mes étudiantes ne pouvait plus le supporter. « Comment pouvez-vous dire que tant de personnes pourraient soutenir un homme aussi méchant que Adolf Hitler? », a-t-elle plaidé. « Vous me le dites, » j’ai répondu, « il y a deux semaines, 78% d’entre vous dans cette classe ont voté pour lui! »  Une vingtaine de secondes de silence se sont installées dans la salle de classe avant de passer au prochain cas. »

 

Vingt secondes ce n’est pas assez pour une telle révélation. Mais à l’époque du zapping et de leur télé en bandeau… Un coup de nazisme, un coup de Lady Gaga.

 

Je me cite, à propos d’un texte récent :

« Nous sommes mués en troupeau d’agneaux saignés par le fisc et les flics de la pensée. Les origines ? Hayek évoquait Bismarck. Le philosophe Shaffer Butler rappelle que le nazisme contrôlait la santé, désirait les interventions humanitaires en Europe ; qu’il avait initié le recyclage des ordures, le contrôle de vitesse, l’interdiction de fumer ; et qu’il interdisait la détention des armes à feu tout en finançant culture et cinéma. Le docteur Plouvier note que les nazis inventèrent les premières lois sur le harcèlement sexuel. Sous Hitler, on était passé à 48% de part de prélèvement de l’Etat sur le PNB. Rappelons  enfin qu’Eisenhower s’inspira de l’Allemagne pour son réseau d’Interstates aux Etats-Unis, qui devait altérer (lisez les Américains de John Boorstyn) la psychologie du pays. »

 

Shaffer se veut optimiste à la fin :

« Une preuve supplémentaire d’un enthousiasme décroissant pour le Léviathan. Les voix lobotomisées qui insistent sur la soumission passive à l’autorité, peuvent de heurter à un public qui s’épuise rapidement.

Ayant eu un bref aperçu de la culture brune de l’administration actuelle, peut-être que les Américains redécouvrent l’importance de leur propre histoire. Il se peut que le «esprit de 76», avec son amour de la liberté et de la méfiance envers les gouvernements, soit encore suffisamment ancré dans le tissu de notre société. »

 

 

 

Bibliographie

 

Shaffer Butler –The wizards of Ozymandia (Mises.org)

 

 

Retour sur les visions industrielles de Chrétien de Troyes et Drieu la Rochelle

Dans Mesure de la France, Drieu enfonce le clou sur la civilisation horrible et surtout inconsciente de la modernité :

« Tous se promènent satisfaits dans cet enfer incroyable, cette illusion énorme, cet univers de camelote qui est le monde moderne où bientôt plus une lueur spirituelle ne pénétrera. »

Le gros shopping planétaire est mis en place par la matrice américaine, qui va achever de liquider la vieille patrie prétentieuse :

« Il n’y a plus de partis dans les classes, plus de classes dans les nations, et demain il n’y aura plus de nations, plus rien qu’une immense chose inconsciente, uniforme et obscure, la civilisation mondiale, de modèle européen. »

Drieu affirme il y a cent ans que le catholicisme romain est zombi :

« Le Vatican est un musée. Nous ne savons plus bâtir de maisons, façonner un siège où nous y asseoir. A quoi bon défendre des banques, des casernes, et les Galeries Lafayette ? »

Enfin, vingt ans avant Heidegger ou Ellul, Drieu désigne la technique et l’industrie comme les vrais conspirateurs :

« Il y aura beaucoup de conférences comme celle de Gênes où les hommes essaieront de se guérir de leur mal commun : le développement pernicieux, satanique, de l’aventure industrielle. »

 

 

 

L’allusion au tissage et à l’industrie  nous ramène à l’épisode prophétique du Chevalier au Lion où 300 pucelles sont enfermées par des démons (des « netuns » au symbolisme neptunien et inférieur) et condamnées à travailler comme des ouvrières de l’ère industrielle. Le conte associe ce royaume onirique inférieur à une forme d’exploitation capitaliste. On les cite, car elles sont bien plus lucides que les ouvrières de Zola (elles ne doivent pas être d’origine humble, filles de bonne famille, « aux doigts habiles » enlevées ?) :

 

« Toujours draps de soie tisserons

Et n’en serons pas mieux vêtues

Toujours serons pauvres et nues,

Et toujours faim et soif aurons (…)

Et de l’ouvrage de nos mains

N’aura chacune pour vivre

Que quatre deniers de livre ».

 

Autre description de la fragilité et de la faiblesse féminine. On émeut plus avec une femme qu’avec un homme pauvre, Flaubert et Maupassant le montreront. Sinon, que penser de ces lignes stupéfiantes extraites d’un roman lui-même stupéfiant ? Est-ce une allusion à la précarité de la vie ouvrière d’alors dans la bonne ville de Troyes, couverte d’ateliers de tissage ? Pour Philippe Walther, spécialiste du thème mythologique chez Chrétien, « on est plus proche d’un Minotaure celtique que de la révolte des canuts lyonnais ». Peut-être, jamais alors il ne faut pas oublier que Fritz Lang va lui aussi recourir à la mythologie (Moloch) pour décrire le sort des ouvriers modernes dans son si rétrofuturiste Metropolis. Mon maître Jacques Ribard fait allusion à l’enfer pour décrire cette usine. On est loin du symbolisme cosmologique du tissage cher à notre Pénélope.

 

 

Sources

 

Drieu – Mesure de la France

Chrétien de Troyes – Le chevalier au lion

Nicolas Bonnal – Perceval et la reine, Les grands auteurs et la conspiration