Sénèque et les problèmes de santé féminine en 60 après Jésus-Christ…

Sénèque et les problèmes de santé féminine en 60…

 

Nous sommes obsédés par les régimes diététiques et nous avons fait des cuisiniers des stars ; les romains aussi, et puisque notre situation actuelle permet de comprendre qu’on ne comprend rien à l’histoire, on continue avec Sénèque et sa fastueuse lettre 95, qui traite de l’intempérance et finalement de l’impossibilité pratique de la philosophie et de la sagesse ! Cette lettre est citée par Joseph de Maistre dans sa première Soirée de Saint-Pétersbourg, Joseph de Maistre, autre maître du « présent perpétuel » que nous chroniquons régulièrement.

Moins brutalement que Juvénal, mais quand même, le grand Sénèque rappelle comme la femme romaine dégénère :

 

« Le prince, et tout à la fois le fondateur de la médecine, a dit que les femmes ne sont sujettes ni à la perte des cheveux ni à la goutte aux jambes. Cependant et leurs cheveux tombent et leurs jambes souffrent de la goutte. »

 

Evidemment ces femmes ont perdu les vertus traditionnelles de la romanité – car on n’est plus au temps des Horace et des Curiace, mais à celui des voraces et des coriaces :

 

«  Ce n’est pas la constitution des femmes, c’est leur vie qui a changé : c’est pour avoir lutté d’excès avec les hommes qu’elles ont subi les infirmités des hommes. Comme eux elles veillent, elles boivent comme eux ; elles les défient à la gymnastique et à l’orgie ; elles vomissent aussi bien qu’eux ce qu’elles viennent de prendre au refus de leur estomac et rendent toute la même dose du vin qu’elles ont bu ; elles mâchent également de la neige pour rafraîchir leurs entrailles brûlantes. Et leur lubricité ne le cède même pas à la nôtre : nées pour le rôle passif (maudites soient-elles par tous les dieux !), ces inventrices d’une débauche contre nature en viennent à assaillir des hommes. »

 

La débauche féminine entraîne l’impuissance… médicinale :

« Comment donc s’étonner que le plus grand des médecins, celui qui connaît le mieux la nature, soit pris en défaut et qu’il y ait tant de femmes chauves et podagres ? Elles ont perdu à force de vices le privilège de leur sexe ; elles ont dépouillé leur retenue de femmes, les voilà condamnées aux maladies de l’homme. »

On le redit en latin :

 

Beneficium sexus sui vitiis perdiderunt et, quia feminam exuerant, damnatae sunt morbis virilibus.

 

La complexité de la médecine technologique ruine nos sociétés sans rassurer les malades ; or notre empire romain n’en est pas loin non plus :

 

« Les anciens médecins ne savaient pas recourir à la fréquence des aliments et soutenir par le vin un pouls qui va s’éteindre ; ils ne savaient pas tirer du sang et chasser une affection chronique à l’aide du bain et des sueurs ; ils ne savaient pas, par la ligature des jambes et des bras, renvoyer aux extrémités le mal secret qui siège au centre du corps. Rien n’obligeait à chercher bien loin mille espèces de secours contre des périls si peu nombreux. Mais aujourd’hui, quels immenses pas ont faits les fléaux de la santé humaine ! On paye ainsi les intérêts du plaisir poursuivi sans mesure ni respect de rien ».

 

Et notre philosophe de faire le lien entre les cuisiniers et les maladies. Car comme à New York aujourd’hui les courtiers désertent les salles de change et apprennent la cuisine à prix d’or. Quant à la malbouffe, elle a toujours été là :

« Nos maladies sont innombrables ; ne t’en étonne pas ; compte nos cuisiniers (Innumerabiles esse morbos non miraberis: cocos numera). Les études ne sont plus ; les professeurs de sciences libérales, délaissés par la foule, montent dans une chaire sans auditeurs. Aux écoles d’éloquence et de philosophie règne la solitude ; mais quelle affluence aux cuisines ! Quelle nombreuse jeunesse assiège les fourneaux des dissipateurs ! Je ne cite point ces troupeaux de malheureux enfants qui, après le service du festin, sont encore réservés aux outrages de la chambre à coucher. Je ne cite point ces bandes de mignons classés par races et par couleurs, si bien que tous ceux d’une même file ont la peau du même poli, le premier duvet de même longueur, la même nuance de cheveux, et que les chevelures lisses ne se mêlent point aux frisées. Je passe ce peuple d’ouvriers en pâtisserie ; je passe ces maîtres d’hôtel au signal desquels tout s’élance pour couvrir la table. Bons dieux ! que d’hommes un seul ventre met en mouvement… »

 

Sénèque souligne que les maladies de la civilisation romaine sont devenues énigmatiques et que la médecine a accompagné la philosophie dans le chemin pervers de la dégénérescence :

« Que résulte-t-il de toutes ces mixtions ? Des maladies complexes comme elles, énigmatiques, diverses, de formes multiples, contre lesquelles la médecine à son tour a dû s’armer d’expériences de toute espèce.

J’en dis autant de la philosophie. Plus simple autrefois, lorsqu’après des fautes moindres de légers soins nous guérissaient, contre le renversement complet de nos mœurs, elle a besoin de tous ses efforts. Et plût aux dieux qu’à ce prix enfin elle fît justice de la corruption ! »

 

Bien avant notre Chateaubriand ou même Gustave Le Bon, Sénèque rappelle que les crimes collectifs aujourd’hui indiffèrent :

 

« Notre frénésie n’est pas seulement individuelle, elle est nationale : nous réprimons les assassinats, le meurtre d’homme à homme ; mais les guerres, mais l’égorgement des nations, forfait couronné de gloire ! »

 

 

 

On laisse le dernier mot à notre Molière éternel qui au début de la scène d’introduction du malade imaginaire nous rappelle ce que nous devrions rappeler à notre médecine inepte, stérile et hors de prix : « si vous continuez comme cela, on ne voudra plus être malade ! »

 

Sources

 

Nicolas Bonnal – Le livre noir de la décadence romaine (Amazon.fr) ; chroniques sur la fin de l’histoire (Amazon.fr)

Sénèque – Lettres à Lucilius (sur Wikisource) – LETTRE XCV.

Insuffisance des préceptes philosophiques… Sur l’intempérance.

 

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Alexis Carrel et nos maladies modernes

Alexis Carrel et la maladie des hommes modernes

 

Introduction

 

Je pense à Dersou Ouzala, mon bon sauvage préféré, qui vit dans sa taïga, chasse et erre en homme libre. Il devient ami d’un capitaine russe chargé d’une mission d’exploration, l’oublie, le revoit, tombe malade, et son ami lui propose de venir vivre chez à la ville. Chauffage, nourriture, gratuité !

Et là il s’ennuie, il végète, il dégénère. Il regarde le feu de cheminée (on n’a pas encore la télé) toute la journée. Il ne peut tirer le coup de feu en ville, il se choque de devoir payer pour de l’eau, il se désespère. Puis il repart et meurt, tué par un truand. Il nous rappelle le forgeron inoubliable du Regain de Pagnol.

 

Dersou Ouzala c’est un peu de nous tous. Nous perdons tous notre âme, notre équilibre, notre vitalité, en nous intégrant à cette civilisation, qui semble en pire état qu’à l’époque de Freud et de Carrel. On nous pollue, on nous esquinte, on nous suralimente, on nous drogue. On s’y ennuie en attendant la mort, en ayant perdu le sens du lien cosmique.

 

C’est de tout cela que parle ce livre, et on a décidé de traiter le problème à partir des livres, des intuitions et des observations d’Alexis Carrel. Nous le lisons irrégulièrement depuis toujours. Son constat est juste, ses solutions fausses. Cela tombe très bien qu’il soit diabolisé puisque cette civilisation occidentale suicidaire a décidé de déglinguer tout son passé de toute façon. Que ne déglingue-t-elle sa technique pour racisme une fois pour toutes ? Car c’est bien la technique et l’organisation technique qui ont détruit les peuples, pas la méchanceté de tel ou tel. Lisez Marx, Ellul, Debord avant de vous en prendre aux morts et de les dépouiller.

 

On étudie donc l’homme cet inconnu, au cours d’une longue analyse – presque scolaire ! – qui couvre la moitié de ce livre. Puis on cherche les solutions de Carrel, parfois incomplètes, parfois naïves, parfois scandaleuses. On adjoint à l’étude de ce grand esprit une demi-dizaine d’annexes qui permettent de retrouver d’autres auteurs critiques de ce monde moderne, comme Ortega (que la formule, « moderne », scandalisait), Céline et aussi l’australien Pearson qui à l’époque de Nietzsche devinait, plus complètement et moins follement, quel monde « d’enfoirés » se préparait.

 

Et on va commencer par une petite citation qui va enflammer les esprits.

 

« Et voici ce que j’ajoute : depuis des temps immémoriaux, l’humanité subit le phénomène du développement de la culture (d’aucuns préfèrent, je le sais, user ici du terme de civilisation.) C’est à ce phénomène que nous devons le meilleur de ce dont nous sommes faits et une bonne part de ce dont nous souffrons. Ses causes et ses origines sont obscures, son aboutissement est incertain, et quelques-uns de ses caractères sont aisément discernables. Peut-être conduit-il à l’extinction du genre humain, car il nuit par plus d’un côté à la fonction sexuelle, et actuellement déjà les races incultes et les couches arriérées de la population s’accroissent dans de plus fortes proportions que les catégories raffinées. »

Elle est de Sigmund Freud, dans un texte sur la Guerre, cosigné avec Alfred Einstein.

 

Carrel ? Que celui qui n’a jamais péché lui jette…

Ὁ ἀναμάρτητος ὑμῶν

πρῶτος ἐπ᾿ αὐτὴν τὸν λίθον βαλέτω.

 

 

 

Le livre de Nicolas Bonnal sur Cassien et le développement personnel chrétien paraît ! Vingt-quatre textes inspirés par Cassien, Thomas, Chrysostome et Augustin pour résoudre vos problèmes de diète, de tempérament, de rage ou d’avarice…

A se procurer sur Amazon.fr. Livre électronique cette fin de semaine, livre broché lundi ou mardi !

 

Les secrets de Cassien

Christianisme traditionnel et développement personnel

Ce recueil suit comme mes autres livres de chroniques une suite de textes, ici précisément centrés sur le même sujet : christianisme et développement personnel. Il suit un livre sur le bilan lourd et rugueux du monde moderne, il précède sans doute d’autres recueils du même genre. L’art de vivre religieux nous a toujours fasciné, d’autant qu’en allant mon oncle René Bonnal au couvent de la Grande-Chartreuse pendant plus de quarante ans, nous avons pu approcher et étudier les ressources spirituelles psychologiques et physiques qui permettent à nos religieux de s’en sortir, depuis près de deux mille ans. Comme dans le domaine de l’architecture (Feng Shui), nous allons chercher sur les brises du bouddhisme des solutions qui vivaient chez nous. On ne refera pas notre inconséquence moderne.

Nous expliquons pourquoi et comment nous avons découvert Cassien et ses prestigieuses institutions, en écrivant la première version de notre livre sur le Graal il y a déjà vingt-quatre ans. Les facilités du web, que nous avons soulignées dans un autre livre, réédité et traduit en portugais, permettent à tout un chacun maintenant de s’abreuver à la source la pure et la plus spirituelle ; et si nous préférons consulter le réseau pour une autre raison, c’est notre problème.

En relisant Cassien (1) et en l’approfondissant, nous sommes rendu compte que ses solutions monastiques et ses diagnostics aussi, sont actuels, éternels, universels. Et qu’ils peuvent s’applique à nous tous. Le livre n’a pas d’autre prétention que de présenter idées, solutions et extraits des textes de ce saint homme soumis lui aussi à de gros problèmes quotidiens. Le hasard de la lecture furtive et papillonnante dont nous raffolons nous a fait aussi prendre en considération  des textes de notre saint le plus docte, saint Thomas d’Aquin sur des sujets comme l’hébétude (ô combien pratiquée aujourd’hui), la sottise ou le désespoir. Nous avons rajouté par plaisir une pincée d’Augustin, patron de cette Afrique chrétienne où nous sommes nés, et que Thomas citait d’abondance. Nos saints ne cessent de se citer les uns les autres, de pratiquer la communion des textes comme on dirait. Alors profitons-en.

 

Le recueil n’a aucune prétention dogmatique, théologique ou scientifique ; il ne manquerait que ça. Nous l’avons conçu au fil de nos plaisirs (la délectation dont parle le plus grand de nos rois, David) et de celui de nos lecteurs qui vibrent avec nous sur ce sujet depuis des semaines. Une grande surprise est venue de notre mince succès sur cette question pleine d’acuité. Alors nous avons continué, remettant à un lendemain incertain la conception d’un ouvrage encore plus complexe et structuré (comme on dit encore) sur cette ombrageuse question : la psychologie humaine, à une époque décérébrée et déracinée comme la nôtre.

 

  • Ioannis Kassianos / Ιωάννης Κασσιανός / Ioannes Cassianus, appelé Jean Cassienen français, né entre 360et 365en Scythie mineure et mort entre 433 et 435 à Marseille, est un moine et homme d’Église méditerranéen qui a marqué profondément les débuts de l’Église en Provence au Ve siècle.

 

Prière et guérison : un ukrainien parle

Un savant ukrainien a prouvé de façon expérimentale que la prière peut guérir

Un savant ukrainien a prouvé de façon expérimentale que la prière peut guérir. Les expériences ont duré 15 ans. Le savant a prélevé du sang veineux et capillaire chez des volontaires, puis a procédé à leur analyse. Ensuite, il a demandé au participant ou à l’un de ses proches de lire des prières pendant dix à quinze minutes, soit mentalement, soit à haute voix. Après cela, il a fait à nouveau une analyse de sang, qui s’avéra différente. Le chercheur, docteur en médecine, auteur de 166 brevets et de 15 licences, Michel Lazorik, s’est intéressé dès ses années estudiantines aux recherches sur les leucocytes, à savoir les cellules sanguines qui nous préservent des bactéries ou des virus. Le savant a décidé d’examiner l’influence de la prière sur le sang de l’homme. « J’ai été moi-même élevé dans une famille croyante. Je n’ai jamais mis en doute la puissance de la prière, car la foi est improuvable. Cependant, en tant que savant, je devais prouver cela dans des recherches concrètes. On sait que, après la prière et les hymnes de l’Église, l’homme ressent un apaisement, un soulagement spirituel. Mais que se passe-t-il au niveau physique ? En partie, avec notre liquide principal, le sang ? J’ai commencé à étudier tout cela », déclare le savant. Les gens qui ont donné leur accord pour participer à l’expérience, étaient de sexe, de niveau d’instruction, de statut social, de professions, divers. En outre, ils étaient atteints de maladies différentes (artériosclérose, hépatite B, rhumatismes). Avant l’expérience, on leur a prélevé du sang capillaire et veineux, on a procédé à son analyse. Ensuite, le participant (ou l’une de ses connaissances) lisait les prières pendant 15 à 20 minutes, à savoir « Notre Père », le Credo, « Roi céleste », le psaume 50, ainsi que des prières aux saints, aux protecteurs célestes. Suite à cela, on faisait une nouvelle analyse du sang, et on définissait les propriétés qualitatives et morpho-fonctionnelles de ses cellules. « Le sang devenait autre au niveau cellulaire ! Je me rappelle que notre premier participant souffrait d’ostéomyélite (inflammation purulente des os de la hanche après un accident grave). Son frère était mort dans l’accident, et lui-même souffrait beaucoup des douleurs dans les os. Il ne lisait pas lui-même les prières, mais un invité le fit à sa place. Lorsque l’on compara les facteurs du sang avant et après la prière, il s’avéra que l’un des indicateurs de phagocytose était six fois inférieur à celui précédant l’expérience. Ce premier cas ne faisait que confirmer que nous étions sur la bonne voie », a déclaré Michel Lazorik. Toutes les expériences accomplies ensuite ont montré la même chose : après la prière, le niveau d’infection dans l’organisme tombait. Particulièrement, lorsqu’il s’agissait de la phase aiguë de la maladie. Après les prières, a été enregistré le changement d’indicateurs de l’inflammation, ils se sont avérés inférieurs. Dans chaque expérience, ont été découverts des changements statistiquement fiables dans les valeurs de certains paramètres de cellules sanguines, ce qui indique que la prière est un facteur réel qui provoque la variation du nombre et des propriétés morphologiques et fonctionnelles des cellules sanguines. Cela, à son tour, est une preuve que la prière influe réellement sur l’organisme au niveau cellulaire et subcellulaire. « La prière, ce ne sont pas seulement des mots. Ce sont des vibrations d’une certaine fréquence. Il est prouvé depuis longtemps que la prière change la structure de l’eau. Effectivement, le phénomène de l’eau bénie lors de la fête de la Théophanie [à savoir qu’elle ne se détériore pas, ndt], ce n’est pas un mythe, mais un fait scientifique. L’homme est constitué d’eau à presque 80%. Aussi, en agissant sur le liquide fondamental de notre organisme, la prière le modifie au niveau cellulaire, même dans le cas, où vous la récitez intérieurement. Et lorsqu’elle prononcée par vous ou est audible, les vibrations sonores mises en ordre agissent complémentairement sur l’organisme de l’homme et provoquent des changement des indicateurs du sang, diminuent les processus d’inflammation, et ont un effet de guérison », a expliqué M. Lazorik.

Sur le régime alimentaire monastique (suite)

Sur les repas monastiques (extraits)

Elizabeth de La Fontaine… On écoute, on lit plutôt cette experte écrivaine :

Pour développer ce thème, mon propos s’est articulé autour de trois axes majeurs que sont la cuisine de monastère, une cuisine simple, élaborée à partir des aliments produits sur site, donc foncièrement fraîche et de saison, la symbolique du repas qui revêt ici une dimension singulière puisque le bavardage y est proscrit, et enfin la nourriture comme expression ou vecteur du lien au divin. Ainsi le repas de monastère interroge plus que tout autre notre rapport à la nourriture, appréhendée comme une nécessité devant sustenter le corps sans aliéner l’âme, dessinant un équilibre délicat entre besoin, aspiration et gratitude envers tout ce qui nourrit la vie en nous. Autant dire qu’il devient une source de réflexion et d’inspiration pour nos sociétés de surabondance au sein desquelles l’acte de manger a perdu tout son sens, si ce n’est celui de se remplir, et même de se gaver, jusqu’à en devenir malade.

Une cuisine du jardin

En préalable, il est important de souligner ici que les monastères, suite à la chute de l’empire romain et au chaos qui lui succéda, sont devenus de véritables conservatoires des espèces, des pratiques, des savoirs et des cultures, contribuant ainsi à entretenir et développer un patrimoine hérité de l’Antiquité.
Quasiment auto-suffisant, la cuisine d’un monastère vit de fait au rythme des productions et des saisons, et devient ainsi le prolongement naturel du travail de l’homme au jardin, espace incontournable, symbole de l’harmonie céleste à conquérir. Toute en fraîcheur, cette cuisine fait la part belle aux légumes et aux herbes, en parallèle des légumineuses et céréales rustiques.
Le jardin de monastère est un espace clos très structuré et hautement symbolique. Construit sur un plan carré, symbole de la Terre et de l’homme parfait, il énonce un univers fondé sur le 4 : les 4 éléments, les 4 saisons, les 4 fleuves du Jardin d’Eden. Cultivé en carrés, il répartit les productions en fonction de leurs usages : le potager, qui comporte choux, épinards, pois, céleri, ail, oignon…, le jardin des simples, herbes utilisées en cuisine, mais aussi pour soigner, les utilitaires, comme les plantes tinctoriales et enfin le carré de fleurs, désigné parfois sous le nom de jardin de Marie, et dont la production sert à orner les autels.

Maigre ou gras ?

Dans l’Ancien Testament, le paradis est végétarien et ce n’est qu’au terme de l’épisode du Déluge que Dieu autorisa les hommes à consommer de la chair animale. Au début, cette consommation est prohibée dans les monastères, puisqu’elle est censée attiser nos plus vils instincts, ce qui est foncièrement contraire à l’élévation de l’âme. Elle est par réputation, l’aliment des barbares, des guerriers et des débauchés sexuels. Et au Moyen-Âge, le végétarisme est assimilé à un instrument de purification intérieure, ce qu’il est aujourd’hui encore dans le bouddhisme. Contrairement au judaïsme, le christianisme n’impose aucun interdit alimentaire, dès lors que la consommation est modérée  et la bienséance observée. C’est pourquoi, au fil du temps, la règle s’est assouplie, se résumant à imposer des jours maigres tout au long de l’année. Le fait de ne pouvoir consommer ni viande, ni œufs, ni beurre, ni lait… conduisit à développer la consommation de poisson, lequel était considéré comme équivalent aux végétaux. De nombreux monastères étaient d’ailleurs installés à proximité d’étangs ou en avaient aménagés pour subvenir à leurs besoins. Le poisson est un symbole fort, une véritable grâce divine. D’ailleurs, il fut adopté par les premiers fidèles comme emblème de reconnaissance et de ralliement.
Quant à la volaille, elle occupe une place intermédiaire, entre poisson et viande, du fait simplement de son inscription dans l’évolution du vivant.

Le vin, entre élévation et transcendance

Avec le vin, nous abordons un autre interdit, même si le Coran, qui condamne sa consommation, mentionne que le Paradis est parcouru de fleuves où coule le vin, « véritable délice pour ceux qui en boivent ».
Pour les historiens, la fascination des hommes pour le vin tiendrait au mystère de la fermentation, qui se produit spontanément, et au fait que le nectar obtenu rende euphorique. L’ivresse serait ainsi sensée nous délivrer de nos chaînes physiques et permettre une élévation jusqu’à l’illumination, au point que les cabarets devinrent pour certains plus propices que les églises à rapprocher l’homme de Dieu !
Noé incarne d’ailleurs le premier vigneron et le premier homme ivre de l’histoire biblique. Le vin est un aliment incontournable de la liturgie, qui avec « Prenez et buvez, ceci est mon sang », exprime pleinement son assimilation à un symbole de vie. Tous les monastères disposaient donc de leurs propres vignes. Il est à noter d’ailleurs que l’expansion de la culture de la vigne, certes favorisée par les romains dans une Gaule éprise de cervoise, s’est faite au rythme de la progression du christianisme. Et c’est au travail des moines et moniales que nous devons notamment les plus grands crus de Bourgogne (Romanée Conti, Vosne Romanée…), mais aussi le champagne !
Bien sûr l’ivresse n’est pas la finalité de la consommation de vin au sein des monastères et répond à d’autres contraintes ou aspirations, d’une part parce que durant le Moyen-âge, le vin était plus sûr que l’eau du point de vue sanitaire et que la légèreté d’esprit qu’il procure était sensée dissiper l’éventuelle mélancolie liée au choix de cette vie de silence. De plus, vin et alcool étant de formidables solvants des principes actifs des plantes, ils permettaient la réalisation de remèdes et élixirs de jouvence, comme la célèbre Chartreuse ou encore l’Hippocras, dont le seul nom, hommage au père de notre médecine, trahit la vocation.

Quid du fromage ?

Les produits laitiers sont de consommation courante dans les monastères, sauf les jours maigres, et ont donné lieu à la mise au point de nombreuses spécialités fromagères, tout simplement parce que la dîme était souvent payée en lait, lequel ne peut se conserver en l’état. Pour cet élément de patrimoine bien français, les monastères ont donc joué un rôle de premier ordre quant à la perpétuation des pratiques antiques (Pm, les Romains étaient amateurs de fromages, véritable lait civilisé, et considéraient les Gaulois, buveurs de lait, comme des Barbares) et à l’élaboration de multiples spécialités qui fondent aujourd’hui l’exception française.

La place des fruits

L’évocation du jardin ne saurait être complète sans celle du verger qui l’accompagne. D’ailleurs, le paradis, dans son sens antique, désigne un verger ! Ici encore, les monastères ont rempli un rôle de conservatoires des espèces autour de trois productions majeures : le raisin, les pommes et les poires. À titre d’exemple, le jardin du Luxembourg à Paris, ancien jardin des chartreux abritait 83 variétés de poires. Au Moyen-Âge, il était courant de consommer la poire cuite, notamment avec du vin et des épices, recette en fait fort ancienne puisque déjà en vogue à Byzance notamment. Mais ce mode de consommation reflétait aussi les préceptes de la diététique comme en atteste cette recommandation de l’école de Salerme : « La poire est sans vin un dangereux poison, que la santé redoute avec juste raison ». Il est vrai que la poire est de maturité difficile et que trop verte, elle se digère mieux cuite.

 

Cassien et sa sage diète (reprise nocturne)

Cassien et le régime chrétien (I)

 

Dans les Institutions, Cassien commence sa lutte contre les huit vices par l’intempérance.

 

Cassien va parler de l’intempérance, de la gourmandise surtout. Deux mille ans après ou presque, Baudrillard remarque dans sa prestigieuse Société de consommation, qu’on adore torturer notre corps, surtout depuis qu’il a été faussement libéré. On voit donc l’actualité de notre nouménal moine, on voit aussi combien il est dans le juste quand il nous dit de ne pas bouffer entre les repas. Plus extraordinaire, Cassien rappelle qu’il faut suivre un régime pour s’élever spirituellement et intellectuellement (d’où la cuisine et le livre de cuisine de mon épouse Tetyana).

 

Les enseignements de Cassien sont si riches dans cette très longue institution (la cinquième) que j’aurai besoin de deux épisodes.

Mais je commence.

Cassien nous demande un effort raisonné et raisonnable jusque dans l’alimentation :

 

« Il est difficile de garder pour le jeûne une règle uniforme, car la force du corps est

variable dans tous les hommes, et ce n’est pas avec l’âme seulement qu’on pratique

l’abstinence, comme les autres vertus. L’énergie de la volonté ne suffit pas, il faut aussi que la santé le permette. Voici la tradition à sujet : le moment du repas, la quantité et la qualité des aliments doivent varier selon la santé, l’âge ou le sexe. »

 

Alimentaire, mon cher Docteur !

Cassien compare les capacités et les besoins de chacun :

 

 

« Tous ne peuvent pas jeûner une semaine entière, ni même deux ou trois jours. Beaucoup, à cause de leurs infirmités ou de leur vieillesse, ne sauraient sans souffrir attendre, pour manger, le coucher du soleil ; tous ne peuvent se contenter de quelques légumes à l’eau, de quelques plantes sans assaisonnement ou de pain sec. »

 

Il rappelle que l’abondance (la société d’abondance ! Un milliard d’obèses dans le monde !) est le crime, et que le vin n’est pas le seul à être incriminé :

 

« Quels que soient les aliments qu’on prenne, leur abondance est toujours un principe d’impureté, parce que l’âme accablée sous le poids de la nourriture ne peut plus se gouverner avec discrétion. Il n’y a pas que l’excès du vin qui enivre ; tout autre abus dans les repas trouble la vue de l’âme et lui fait perdre le bonheur de la contemplation. Ce n’est pas le vin, mais le pain qui fut la cause des crimes et de la ruine de Sodome. »

 

Vrai penseur grec, Cassien recherche équilibre et sagesse :

 

« La faiblesse du corps n’empêche pas d’avoir le mérite de la tempérance, lorsqu’en profitant de ce qui est accordé à la maladie, on cesse de manger avant d’être pleinement rassasié. La règle est de prendre ce qui suffit pour vivre, et non pas tout ce que demande notre appétit. Les aliments plus nourrissants qui servent à rétablir la santé ne nuisent pas à la pureté, dès qu’on les prend avec modération. »

 

Modération. Un excès de zèle produit des catastrophes !

 

« Il réprouve une condescendance qui pourrait nous entraîner à des tentations dangereuses ; mais il autorise des soins sans lesquels notre corps, affaibli par notre faute, devient incapable de remplir nos devoirs et nos exercices spirituels. »

 

Le jeûne peut basculer dans l’ivresse du corps à remplir :

 

« La pureté de l’âme vient des privations du corps. Celui-là ne peut conserver

une continence parfaite qui se contente d’une tempérance passagère ; et même on peut dire que ceux qui mangent trop après des jeûnes rigoureux, se laissent aller plus facilement au vice de gourmandise. Il vaudrait mieux prendre, tous les jours, un repas raisonnable que de jeûner longuement et avec excès. Une abstinence exagérée, non seulement affaiblit notre esprit, mais nous rend incapables de prier par l’épuisement de notre corps. »

 

C’est comme en économie d’ailleurs (ce mot enlaidi est si beau et si riche en grec, j’écrirai dessus un jour).

Le combat du régime alimentaire n’est pas élémentaire, mais soumis et connecté à d’autres luttes spirituelles :

 

« Pour conserver toute la pureté de l’esprit et du corps, il ne suffit pas de garder l’abstinence, il faut y joindre la pratique des autres vertus. Il faut d’abord apprendre l’humilité par la vertu d’obéissance, par la contrition du cœur et la mortification du corps. Il faut non seulement ne pas posséder de richesses, mais en déraciner jusqu’au désir. »

 

Comme s’il reprenait Virgile et son cheval de Troie (voyez mon étude), Cassien poète anagogique (lisez aussi mon texte sur les quatre niveaux de sens) compare notre âme à une ville bien défendue mais prenable quand même – car le péché est rusé :

 

« Une ville a beau être défendue par de hautes murailles et par des portes solides ; il suffit d’une petite entrée, livrée par trahison, pour la perdre.

Qu’importe à l’ennemi d’y pénétrer par les murailles et les portes toutes grandes ouvertes, ou par un souterrain, pourvu qu’il s’y rende maître ! »

 

Cassien aime la comparaison de l’apôtre Paul avec l’athlète, même s’il critique les Jeux et le spectacle sportif (voyez mon texte sur Chrysostome) :

 

« Celui qui lutte dans l’arène, ne sera couronné que s’il a bien combattu (2 Tim 2, 5). »

 

La préparation agonique aux grands combats a bien sûr une dimension anagogique (on rappelle : sens littéral, symbolique, moral et anagogique) :

 

« …et quand il a prouvé, dans bien des luttes, que non seulement il peut les égaler en mérite, mais remporter même sur eux la victoire, il est admis enfin à ces combats suprêmes que se livrent les vainqueurs qui ont remporté déjà bien des couronnes. »

 

Jésus a parlé de la bouche, de ce qui y entre et en sort (Matthieu, XV, 11 ; Marc, VII, 15). La gourmandise, qui est donc un très vilain défaut, est un bel ennemi…

 

« La concupiscence de la bouche est le premier ennemi qu’il faut vaincre, et nous devons pour cela nous mortifier non seulement par les jeûnes, mais par les veilles, les lectures et le regret continuel des fautes où nous nous rappelons être tombés par surprise ou par faiblesse. »

 

Grâce à cette diète, à ce régime (notez comme ces mots polysémiques connotent le politique et le juste pouvoir), nous pouvons participer aux Jeux Olympiques de l’âme :

 

« Ce seront nos premiers combats et comme nos jeux Olympiques. Nous commencerons à vaincre la gourmandise par le désir de la perfection. La contemplation du bien véritable, non seulement nous fera mépriser les aliments superflus, mais elle nous fera prendre avec crainte ceux qui sont nécessaires à notre corps, parce qu’ils peuvent nuire à la pureté. »

 

La course vers la perfection alimentaire devient un Cursus honorum de l’âme :

 

« L’athlète du Christ a remporté la victoire sur la chair rebelle, il l’a foulée aux pieds et il s’avance comme sur un char de triomphe. Il ne court point au hasard, puisqu’il a toujours espéré qu’il entrerait bientôt dans la Jérusalem céleste ».

 

Nous poursuivrons demain avec une célébrissime leçon de notre tranquille titan des âmes : il ne faut pas manger entre les repas !

 

 

Cassien et la diète très chrétienne (suite)

 

 

En parlant à ses moines orientaux, Cassien nous parle comme personne. Il ordonne le rituel alimentaire. Rien entre les repas !

 

 

« Le religieux qui désire livrer ces combats intérieurs doit d’abord s’imposer pour règle de ne pas se laisser aller au plaisir de boire et de manger, et de ne jamais rien prendre hors le réfectoire, avant ou après l’heure des repas de la communauté. Qu’il garde la même règle pour le temps destiné au sommeil. Il faut éviter ces deux fautes avec le même soin que l’impureté »

 

Résister à son frigidaire, à son placard aux biscuits… Ici Cassien dit tout sur la riposte graduelle :

 

« En effet, celui qui ne sait lutter contre les tentations de la gourmandise, comment pourrait-il éteindre les ardeurs de la concupiscence ? Celui qui ne peut réprimer des passions qui sont petites et visibles, comment aurait-il la sagesse de vaincre celles qui sont cachées et qui brûlent loin du regard des hommes ? Ce sont les passions et les désirs qui montrent la force de l’âme, et lorsqu’elle se laisser surmonter par les plus faibles tentations, comment triompherait-elle des plus fortes ? C’est à la conscience de chacun de le dire. »

 

Ensuite Cassien cultive la comparaison du corps et de l’âme. La médisance est ainsi comparée à un bien sale aliment :

 

« L’âme aussi a des aliments qui lui nuisent, et quand elle en est trop chargée, elle n’a pas besoin d’autre nourriture pour tomber d’elle-même dans l’impureté. La médisance est un de ces aliments qui la tente. »

 

L’homme intérieur doit accompagner m’homme extérieur (rappelons que pour Paul le corps est un temple : ναὸς Θεοῦ ἐστὲ, σῶμα ὑμῶν ναὸς) :

 

« Pendant que l’homme extérieur jeûne, il faut que l’homme intérieur s’abstienne aussi des aliments qui peuvent lui nuire ; c’est lui surtout qui doit être pur pour se rendre digne de recevoir le Christ comme le recommande l’Apôtre : « C’est dans l’homme intérieur que le Christ doit habiter pour la foi dans vos cœurs » (Éph 3, 17). »

 

Les privations n’ont de sens que spirituel…

 

« Nous devons donc bien comprendre que les privations du jeûne corporel ont pour

but de nous faire parvenir à la pureté du cœur. »

 

Cassien rappelle les trois sortes de gourmandise, excès, anticipation, gourmet attitude :

 

« Il y a trois sortes de gourmandises. La première nous fait devancer l’heure du repas fixée par la règle ; la seconde nous fait manger avec excès toute sorte de nourriture ; la troisième nous fait rechercher des mets plus délicats et plus nourrissants. Un religieux doit opposer à ces trois gourmandises une triple résistance. »

 

Il reprend son argument massue : il ne faut pas exagérer.

 

« Nous avons remarqué, au contraire, que ceux qui dépassent la règle et se privent de pain pour ne manger que des fruits et des légumes, n’étaient pas les religieux les plus recommandables, et n’avaient pas reçu le don de science et de discrétion. »

 

Les lois de l’hospitalité sont sacrées entre frères, et fondées à mettre fin au jeûne :

 

« Lorsqu’il vient, par exemple, des frères nous visiter, il vaut mieux pratiquer la charité et l’hospitalité, que montrer une fidélité scrupuleuse dans son abstinence ».

 

Un grand maître (ici je me crois dans mes films japonais préférés avec des maîtres zens durs comme des lames) :

 

« Le jeûne sans doute est utile et souvent nécessaire, c’est cependant une offrande que nous faisons librement, tandis que remplir les devoirs de la charité, est un précepte formel et absolu. Je reçois en vous le Christ même, et je dois bien le traiter. Après votre départ, il me sera facile de compenser par un jeûne plus sévère l’adoucissement que je me suis permis à cause de lui. Les enfants de l’Époux « ne peuvent jeûner quand l’Époux est avec eux ; mais quand il les aura quittés, ils pourront jeûner » (Lc 5, 34). »

 

On applique alors le message du Christ aux hôtes.

Et on reparle de la gourmandise verbale si française et si moderne (faire un bon mot, parler pour ne rien dire). Ici une technique, se taire et même dormir :

 

« Le même solitaire nous montra à quel point le démon est l’inspirateur des discours frivoles et l’ennemi déclaré des entretiens spirituels. Comme il traitait des sujets pieux et importants avec quelques frères, et qu’il les voyait tomber dans un assoupissement profond sans pouvoir chasser de leurs yeux le sommeil, il se mit tout à coup à leur raconter une fable ; ils s’éveillèrent aussitôt et l’écoutèrent avec l’avidité et plaisir. »

 

Comme Thoreau et d’autres (voyez mon texte), Cassien se méfie des news, des nouvelles, et même des nouvelles familiales. Il donne ce fascinant exemple :

 

« Il y avait quinze ans qu’il était dans la solitude, lorsqu’on lui apporta beaucoup de lettres de son père, de sa mère et d’un grand nombre d’amis qui habitaient la province du Pont. Il reçut ce gros paquet et réfléchit longtemps en lui-même : combien, se dit-il, cette lecture va faire naître en moi de pensées qui me causeront une joie vaine, ou une tristesse stérile ! Combien de fois le jour le souvenir de ceux qui m’ont écrit détournera-t-il mon âme de la contemplation qu’elle recherche ! Et, après, que de temps il me faudra pour sortir de ce trouble, que de peine pour retrouver ma tranquillité perdue… »

 

Alors on fait le ménage pour garder l’âme en paix, une forme d’autarcie aristotélicienne :

 

« Après avoir bien réfléchi, il décida que non seulement il ne lirait pas une seule lettre, mais qu’il n’ouvrirait pas même le paquet, de peur qu’en voyant le nom ou en se rappelant le visage de ceux qui lui écrivaient, il ne fût distrait un instant des saintes pensées qui l’occupaient. Il jeta au feu le paquet tel qu’il l’avait reçu : « Allez, dit-il, pensées de ma patrie, brûlez avec ces lettres et ne cherchez plus à me ramener aux choses que j’ai quittées ».

 

Dernier fascinant message : le régime sert à s’améliorer spirituellement, plus que la lecture !

 

« Un religieux, leur dit-il, qui désire acquérir l’intelligence des Écritures ne doit pas se fatiguer à lire un grand nombre de commentaires ; il vaut mieux qu’il s’applique à purifier son cœur de tous les vices de la chair. Dès que ces vices en sont bannis, les yeux de l’âme, dégagés du voile des passions, pénètrent comme naturellement les secrets des saintes Écritures. »

 

Cette idée me parait si juste. Et Cassien nous consolera même des insomnies, pardon des nuits sans sommeil bien mises à contribution…

 

« L’abbé Théodore vint, une nuit, me surprendre tout à coup dans ma cellule ; j’étais

seul alors et encore bien novice, et il voulait voir par bonté ce que je faisais. Il remarqua qu’après l’office du soir, je pensais déjà à me reposer et à m’étendre sur ma natte. Il poussa un profond soupir, et m’appelant par mon nom : « Frère Jean, me dit-il, combien, à cette heure, s’entretiennent avec Dieu, l’attirent et le retiennent dans leur cœur ! Et vous vous privez d’une si grande grâce, en vous abandonnant au sommeil ! »