Star trek ? Que le grand cric me croque si je crois ce Bonnal sur ces stères qui me craquent !

Star trek – les meilleurs épisodes

 

Créée par des as de l’aviation, des services secrets et de la maçonnerie initiatique (on évoqua les bnai’brith, chapeau si c’est vrai !), la série Star Trek nous a toujours émerveillés, au moins de 1967 à 1969. Enfin disponible à un prix raisonnable sur Amazon.co.uk., nous l’avons acquise et décidé d’écrire un livre sur cette série légendaire (la meilleure avec le prisonnier, tourné la même années), qui mêlera tout, ésotérisme, mythologie, bible, histoire, épopée, érotisme et même (pourquoi pas ?) raison. Embarquement immédiat pour les utopies gnostiques de la télé vision !

Mise en bouche avec nos dix épisodes préférés :

 

La ménagerie I et II

Un capitaine mutilé et handicapé veut revivre de superbes aventures amoureuses dans la planète des illusions. Spock décide de mutiner pour l’y emmener, car la vie n’est-elle pas un rêve (baroque en l’occurrence) ?

Métamorphose – Cochrane

Sublime épisode où l’on voit un nuage posséder un cosmonaute amoureusement. Il le fait survivre pendant des centaines d’années avant de pouvoir reprendre une forme humaine avec une belle mourante amenée par Kirk. « Je t’apparaîtrai sous la forme de la nuée », dit la Bible.

Charlie X

Un adolescent perdu, frustré aux grands pouvoirs devient tyran à bord du vaisseau. Son nom est-il une allusion à notre histoire de France ?

Fraternitaire

Une planète nazie, ni plus ni moins, créée par l’ancien professeur d’histoire de Kirk. Spock ajoute que ce fut «le système le plus efficace de l’histoire du monde ». Episode censuré en Allemagne.

Amok time – mal du pays

Saison des amours pour Spock. On découvre enfin la planète Vulcain, mélange de génie juif et chinois, et qui dégage pourtant une bonne barbarie ressourçant Kirk.

Apollon – Adonis

Notre préféré. Apollon existe et il regrette les hommes qu’il avait dessiné pour l’adorer, il tente alors de retenir l’équipage sur sa planète. Mais le capitaine Kirk n’est pas d’accord, avant de regretter sa prompte décision !

Unité M. Computer – Daystrom

Episode central, proche de 2001 ! L’ordinateur-Golem est installé à bord du vaisseau, et il détraque tout. Mais qui diable nous débarrasser de ces Golems dit-il nez perché dix heures par jours sur son écran d’ordinateur ?

Les derniers tyrans – space seed

Episode superbe avec l’acteur hispano-mexicain Montalban. Une race de surhommes rebelles est retrouvée et s’empare du vaisseau. On les en chasse, mais ils sortent la tête haute. Encore un épisode terriblement politiquement incorrect. Mais pourquoi donc ?

Requiem pour Mathusalem

L’homme éternel existe, il a été Brahms et Leonard de Vinci et d’autres aussi. Il a créé une planète de rêve mais souffre de solitude, alors il se fabrique des Schéhérazade. Mais comme les machines  blondes deviennent sentimentales…

La route de l’Eden.

On recrute des hippies de l’espace qui sèment la pagaille à bord. Spock ne les apprécie pas mais il aime et comprend leur quête spirituelle. Tous à Katmandou ! Nota : on se moque d’un certain Herbert, figure autoritaire, allusion rigolote à Marcuse bien sûr.

 

 

Après-midi SF : découvrez la France transformée en royaume anglo-angevin de science-fiction, dirigée par les Plantagenêt et dominée, par une caste de magiciens, grâce à l’écrivain américain Randall Garrett

Too Many Magicians

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Too Many Magicians
TooManyMagicians.jpg

Cover of 1966 first edition (hardcover)
Author Randall Garrett
Cover artist Karen Eisen
Country United States
Language English
Series Lord Darcy series
Genre FantasyScience fictionAlternate history
Publisher Doubleday
Publication date
1966
Media type Print (Hardcover & Paperback)
Pages 260
Preceded by Murder and Magic
Followed by Lord Darcy Investigates

Too Many Magicians is a novel by Randall Garrett, an American science fiction author. One of several stories starring Lord Darcy, it was first serialized in Analog Science Fiction in 1966 and published in book form the same year by Doubleday. It was later gathered together with Murder and Magic (1979) and Lord Darcy Investigates (1981) into the omnibus collection Lord Darcy (1983, expanded 2002). The novel was nominated for the Hugo Award for Best Novel in 1967.

The Lord Darcy character also appears in several other novellas and short stories by Garrett, but this is his only novel-length Lord Darcy story. Michael Kurland has written two further novels set in the Lord Darcy universe.

Plot introduction[edit]

The novel takes place in 1966. However, it occurs in a world with an alternative history. The Plantagenet kings survived and rule a large Anglo-French Empire. In addition, around AD 1300 the laws of magic were discovered and magical science developed. The physical sciences were never pursued. The society looks early Victorian, though medical magic is superior to our medicine.

The book uses the conventions of a detective story. The protagonist is Lord Darcy, Chief Investigator for the Duke of Normandy. This Sherlock Holmes-like figure is assisted by Master Sean O’Lochlainn, a forensic sorcerer.

The novel is a locked room mystery, which takes place at a wizards’ convention. Garrett delights in puns. Analogues of Nero WolfeArchie GoodwinJames Bond and Gandalf the Grey appear.

Nicolas Bonnal fait la Une du Monde des Livres

Quand Nicolas Bonnal fait la Une du Monde des Livres (29 septembre 2000) !

 

Démons du Web

LE MONDE | 29.09.2000 à 00h00 • Mis à jour le 29.09.2000 à 00h00 | Par

ROGER-POL DROIT

Qu’y a-t-il derrière ? Voilà la question que les têtes humaines n’ont cessé de se poser. La réalité, l’évidence, le monde tel qu’il se donne, les choses comme elles nous apparaissent, ce sont des énigmes pour philosophes. Les esprits « normaux » se demandent plutôt : au-delà, en dessous, de l’autre côté, comment est-ce ? Que peut-on en savoir ? Comment l’imaginer ? Pourrions-nous parvenir à l’explorer ? Par quelle voie ? Au cours des siècles, les curieux ont tâtonné, mêlant raisonnements et superstitions, rudiments de sciences et croyances obscures. On vit cohabiter mobiles magiques et modèles mathématiques, convictions occultes et rigueur logique. Jusqu’au jour où ces tentatives impures furent mises au rancart. La rationalité avait triomphé tout à fait, la boue des premiers âges pouvait être abandonnée à jamais. Tout ce qui embarrassait allait partir sur les bords, disparaître dans les marges, les périphéries, les divers « para » (normal ou psychologique).

Le problème, c’est qu’on ne se débarrasse pas si facilement de flopées de spectres. Ils viennent de si loin, et sous tant de formes diverses, que leur retour est permanent. Le mérite du livre de René Louis est de présenter un panorama de cette troupe hétéroclite où se mêlent sorciers et médiums, voyants et maîtres des « effets PK » (pour psychokinésie, déplacement d’objets par la pensée), fantômes et esprits de tous poils, si l’on peut dire. L’ouvrage, par lui-même, n’apporte rien de neuf. Tout ce qu’il rappelle a déjà été cent fois mentionné. Mais autant de fois oublié, rangé dans un tiroir ou une poubelle. L’intérêt de cette fresque est donc principalement de nous rendre un instant la mémoire. Oui, il y a bien eu une foule innombrable de gens que l’on a cru capables de lire dans l’avenir, de voir à l’intérieur des corps, d’interroger les miroirs, de déchiffrer sans les ouvrir des lettres cachetées. Oui, certains parmi eux firent des exhibitions publiques, eurent pour amis de grands hommes, furent consultés par des politiques en renom. D’autres devinrent l’objet de l’attention des chercheurs (lesquels ne savaient quoi chercher) avant de sombrerdans l’oubli.

De proche en proche, sans grand discernement des nuances, sans vrai souci des ruptures historiques ou des disparités, aux médiums s’ajoutent les fantômes, les mauvais esprits qui hantent les maisons, les jeteurs de sorts, les kabbalistes, les alchimistes, occultistes, ésotéristes, les maîtres de toutes sortes d’oeuvres secrètes, capitales, diaboliques bien sûr. Alliés des noires puissances et amis des maléfices encombrent l’histoire. Bien qu’ils soient nombreux, par nature invincibles et toujours prêts à surgir des mémoires, on pensait malgré tout avoir la paix. Au moins pour assez longtemps. Les sciences sont développées, les techniques omniprésentes, les populations éduquées. Il est vraisemblable que les derniers démons soient à l’hospice, en mauvais état, peu capables de nuire. Eh bien, pas du tout ! Voilà nos anges déchus requinqués. Contrairement à ce qu’on pouvait croire, plus de technique suscite plus de fantasmagories. Un pas en avant dans les machines semble s’accompagner d’un pas en arrière dans les consciences. Ce syndrome porte un nom précieux. On appelle ça le rétrofuturisme. Le Web en serait atteint.

Dans un curieux livre, à la fois mal ficelé et intéressant, Nicolas Bonnal brosse le portrait de cette résurgence de vieilles terreurs sur les réseaux nouveaux. D’après lui, nous serions en pleine croissance de la technognose. Ainsi, le « w » correspondant en hébreu au chiffre 6, beaucoup se préoccuperaient aujourd’hui que le World Wide Web (www) équivale à 666, soit le chiffre de la Bête dans l’ Apocalypse de Jean. Le Net, ce serait le filet contre lequel Job se battait déjà. Dans la kabbale, il n’est question, comme sur Internet, que de portails, de codes, de noeuds. Comme dans la gnose, la vieille lutte contre le corps, ses pesanteurs et ses incohérences, est à l’ordre du jour : certains rêvent d’entrer dans le réseau, de devenir téléchargeables, de survivre comme pure information. Pour ces anges New Age, évidemment, notre viande est une gêne. Ils rêvent de n’être que lumière, instantanément diffusée dans un monde sans pesanteur ni animalité.

Les hackers, ces pirates qui contournent les barrières et les mesures de sécurité des systèmes informatiques, sont les chevaliers d’Internet, selon Nicolas Bonnal. Déjouer les plus retorses défenses est leur quête du Graal, aussi interminable que celle des compagnons du roi Arthur. Ce ne serait donc pas un hasard si les jeux de rôles – donjons, dragons et autres occasions de mortels combats – se sont développés sur la Toile de manière spectaculaire. Les ordinateurs se délectent d’anciennes légendes. Ils brassent allégrement Pythagore et la Kabbale, des secrets chiffrés et des moeurs médiévales. On les croyait postmodernes. Ils risquent de se révéler préclassiques.

On peut laisser de côté les défauts de ce travail, qui a tendance à gonfler son sujet et à mettre dans le même sac des comportements distincts. Car Nicolas Bonnal, en dépit de certaines imperfections, met le doigt sur une question importante : le monde hypertechnique est aussi un univers mythologique, régressif, crédule, traversé éventuellement de toutes les hantises et les phobies des âges les plus anciens, celles que l’on avait cru trop vite révolues. Sans doute ne faut-il pas noircir aussitôt le tableau. Il n’est pas vrai que nos disques durs soient truffés de signes maléfiques et nos modems peuplés de gremlins prêts à bondir. Mais il y a une tendance. Une sorte de boucle possible entre l’avenir et le passé. Le futur risque d’être archaïque. On pense à ce mot attribué à Einstein : « Je ne sais pas comment la troisième guerre mondiale sera menée, mais je sais comment le sera la quatrième : avec des bâtons et des pierres. » (1)

Demander pourquoi il en est ainsi est légitime, quoique trouver une réponse satisfaisante soit pour le moins difficile. Serait-ce que toute grande étape dans l’histoire s’accompagne d’une résurgence de superstitions ? Serait-ce que la « noosphère » du Web intensifie les conflits entre prétendus anges et supposés démons ? Peut-être peut-on trouver une autre explication. Après tout, les créatures des mondes intermédiaires, angéliques ou diaboliques, étaient classiquement des êtres virtuels. Leur caractère volatil était patent. Leurs réponses à des invitations codées étaient banales, leur existence cryptée et fluide constituait une croyance bien établie. Leur nomadisme passait pour avéré. Au moment où nos machines retrouvent des caractéristiques fort semblables, doit-on s’étonner que quelques diables montrent le bout de leur queue ?

Maelduin, le celtisme et la littérature de science-fiction

Maelduin, le celtisme et la littérature de science-fiction

 

En revoyant l’épisode Métamorphose (un nuage s’éprend d’un cosmonaute et le préserve pendant deux siècles avant de revêtir une apparence féminine) de Star Trek je repense à Maelduin. Et je m’invite à me relire.

 

 

Il est difficile de dire comment le celtisme a concrètement influencé notre littérature. Chrétien cite lui les auteurs latins, comme d’ailleurs les auteurs du Mabinogion ou de Maelduin qui sont des fans (comme nous) de Virgile ou bien d’Ovide. Nous nous contentons ici de marquer des points communs et ou des épisodes signifiants dans nos contes celtiques souvent contemporains de ceux du Graal.

Voyons le Mabinogion traduit en anglais facile par l’érudite lady Guest au milieu du dix-neuvième siècle. Elle est citée par notre génie de l’érudition nationale, Henri d’Arbois de Jubainville dans sa monumentale étude sur la littérature irlandaise. Dans Peredur on trouve quelques éléments intéressants, mais ce texte est très inférieur au Perceval de Chrétien.

 

– Peredur est le rescapé d’une famille déchue. Il est le septième fils. Les autres sont morts. Le nombre sept, comme celui du Poucet, évoque celui de la maturité (ou de la chance ici).

– Peredur est mêlé à une affaire de lignage. Il est cousin, neveu, frère de tout le monde, y compris de la malheureuse sœur échevelée – proche de la demoiselle hideuse de Chrétien- qui l’accuse de n’être pas à la hauteur de son destin. L’ermite est son oncle, le roi-pêcheur un proche aussi…

– Toute son histoire est liée à une vengeance personnelle et familiale : il doit prendre sa revanche sur les trois sorcières dignes de Macbeth qui ont frappé sa famille (le roi Lear est présent avec ses filles dans les histoires de Geoffrey de Monmouth).

– La lance sanglante est liée au meurtre d’un parent mort.

– Enfin, un échiquier remplace le champ de bataille. Lorsque Peredur le jette par la fenêtre, il doit aller lutter contre un chevalier noir (notre gaffeur devra encore retourner sous les reproches féminins pour le tuer enfin !).

 

 

Maelduin est un Imrama, une navigation hauturière. Il devrait donc nous intéresser moins pour comprendre Chrétien par exemple. Mais ce conte génial est bien plus riche pour nous ; il est du niveau de l’Odyssée par l’inspiration de ses épisodes. On sait qu’il va inspirer le fade saint Brendan. Cette narration extraordinaire a bien sûr déjà sa tonalité chrétienne, qui annonce la Quête du saint Graal de Boron : récit magique, horrifique, fantastique, au service de la bonne cause !

– Maelduin est encore un enfant caché et réfugié. Il a été élevé par une reine. Il doit venger son père tué par des pirates.

– Il part en bateau suivant les conseils d’un druide magicien, mais il ne part pas à dix-sept – nombre important lié aux 153 (9 fois 17) poissons évangéliques -, mais à vingt, à cause de trois ses frères de lait (penser à Keu qui porte guigne) qui montent à bord au dernier moment. Mais D’Arbois de Jubainville relie cet interdit aux nombres celtes et au dépassement ici du double de neuf, nombre bénéfique.

– Bien sûr tous ces mauvais nombres entraîneront ses péripéties maritimes. Son mauvais départ annonce celui de Perceval, rappelle celui des Grecs partant pour Troie.

– Les îles sont de toute sorte. Il y a une île avec des monstres, une autre avec des oiseaux, un autre avec un corps animal tournoyant (chair et os, ou peau seule !). Souvenir de nos îles fortunées, on trouve une, deux même îles aux pommes d’or.

– Il y a aussi une île avec une hôtesse remarquable, un autre avec une fontaine nourricière. Des ermites légèrement chrétiens évoquent leur vie auprès de ces fontaines d’immortalité.

– Il y a des châteaux énigmatiques : un qui s’agrandit de l’intérieur et nourrit tout son équipage. Un autre doté des métaux à forte signification : or, argent, cuivre, et même verre.

– Il y a des gardiens : un chat magique qui réduit en cendres un matelot désobéissant de Maelduin.

– Il y a une île de la joie, une autre de l’acédie. Elles jouent sur les humeurs de nos voyageurs. Elles sont peuplées de joyeux et de tristes.

Rabelais n’est déjà plus très loin, et son fabuleux livre V.

– On trouve aussi un moulin effrayant qui moud mystérieusement « tout ce qui cause plainte et murmure » ! Ce moulin crissant annonce Don Quichotte et tous nos temps modernes.

– Une île est divisée en quatre par quatre palissades magiques (or, argent, cuivre et verre). Guénon parle de cette division du mystérieux royaume. Nous citons :

 

« Cette division de l’Irlande en quatre royaumes, plus la région centrale qui était la résidence du chef suprême, se rattache à des traditions extrêmement anciennes. En effet, l’Irlande fut, pour cette raison, appelée l’ «île des quatre Maîtres», mais cette dénomination, de même d’ailleurs que celle d’ «île verte» (Erin), s’appliquait antérieurement à une autre terre beaucoup plus septentrionale, aujourd’hui inconnue, disparue peut-être, Ogygie ou plutôt Thulé, qui fut un des principaux centres spirituels, sinon même le centre suprême d’une certaine période (7)».

 

– Ogygie est l’île de Calypso dont on trouve un écho chez Maelduin. Maelduin gagne un royaume doté de dix-sept femmes, dirigées par une belle reine veuve qui l’aime. Il reste six mois dans ce royaume où l’immortalité lui est promise, comme dans l’Odyssée. On est dans le Sidh, et il est souvent fait mention de brouillard.

– Il préfère rentrer bien sûr (une main amputée de matelot scelle cette rupture), et un grand banquet final l’attend au village (8).

 

L’errance des Fianna (groupes de jeunes aventureux d’origine aristocratique) a été bien expliquée par Jean Haudry. Cet auteur souligne aussi l’importance des conflits lignagers dans les cycles héroïques. Notons que les cycles grecs décrits par Arnold Van Gennep marquent comme pour Gauvain et Perceval les chevauchements d’exploits (Hercule, Thésée, etc.) et se caractérisent par deux types de hauts faits : lutte contre les animaux extraordinaires (dragon, lion…), et exploits merveilleux (labyrinthes…). Tout cela se retrouve dans la Quête.

 

Sources

 

Perceval et la reine (Amazon.fr

La critique québécoise et Nicolas Bonnal

https://revue.leslibraires.ca/chroniques/litterature-etrangere/detours-et-sens-uniques

 

LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE

EXCLUSIF AU WEB

Détours et sens uniques

Détours et sens uniques

Par Antoine Tanguay, Les libraires, publié le 01/09/2001

« Ce sont les rêveurs qui changent le monde. Les autres n’en ont pas le temps. »

Ainsi parlait Albert Camus, monstre sacré de la littérature du vingtième siècle, formidable rêveur si l’on en croit ses propos, et père d’œuvres aussi marquantes que L’Étranger et La peste. Pourquoi ces mots? Parce qu’ils résument bien, contrairement à de nombreuses et fallacieuses quatrièmes de couverture, le projet de la première œuvre abordée dans cette chronique qui, avouons-le d’emblée, flirte avec les mondes possibles, l’invisible et l’intrusion incessante de la virtualité dans nos vies.

Ainsi, L’Atlas des continents brumeux, premier roman de l’écrivain turc Ishan Okaty Anar, pose les bases d’une hypothèse facile, car utilisée à maintes reprises tant en fantastique qu’en science-fiction et selon laquelle nous habiterions le rêve de quelqu’un. Vous devinez la suite: ce dormeur des plus imaginatifs, lui-même rêvé ou pas, tient donc entre ses paupières le sort de notre univers. Malgré la fragilité d’un tel postulat au sein d’une fiction à saveur historique et proche parente des contes orientaux, Ishan Oktay Anar se tire bien d’affaire et tisse autour de ce motif fantastique la splendide quête d’un trésor inestimable: une pierre noire dotée d’un pouvoir fabuleux. Déserteur puis infirme après avoir «dérobé», selon l’armée, cette pierre leur appartenant, le jeune Bunyamin, fils du rêveur de L’Atlas des continents brumeux (rappelons que le livre en question et celui le lecteur tient entre ses mains forment un seul et même ouvrage), se verra contraint à se forger une nouvelle identité au prix de mille périls. Cet élan littéraire, ambitieux s’il en est, doit autant aux Mille et une nuits qu’aux récits d’Amin Maalouf ou de Ghamal Ghitany. Un bon nombre de clins d’œil aux politiques gouvernementales en vigueur aujourd’hui en Turquie et ailleurs appuient, de plus, une narration tissée de main de maître. L’Atlas des continents brumeux prouve avec éloquence qu’il est encore aujourd’hui possible d’écrire une épopée sans âge qui porte les traces du génie cynique moderne et de l’éloquence des contes merveilleux.

L’insoutenable virtualité de l’être

Le rêve, l’ailleurs évoqué dans le roman d’Ishan Oktay Anar, ne date pas d’hier et il n’est pas surprenant de rencontrer de ces auteurs contemporains qui, convaincus d’apercevoir en Internet l’aube d’un monde nouveau, signent des œuvres qui évoquent un autre rêve, plus durement réaliste cette fois. Ainsi, avec la ferveur d’un gourou technocrate, Nicolas Bonnal dresse dans Les territoires protocolaires un portrait presque ésotérique de l’avenir de la Toile et des technologies de communication. On y relate le destin de Xan, visionnaire des toiles virtuelles, qui, après avoir été sauvé par un nuage au début de son existence, croise celui d’une poignée de rebelles, anciens hackers déchus à la recherche d’un sens à leur existence de parias. À l’opposé, William, qui rêve de son univers, «celui que l’on ne touche pas mais qui commande au monde palpable» et qui, enivré par ce «grand vide», attend la conversion de ce dernier en numérique. Construit sur la trame classique de la quête mythologique, Les territoires protocolaires fourmille de références à un avenir dangereusement proche où tous sont fichés, surveillés et régis par un système informatique affamé de contrôle. Nicolas Bonnal signe un roman souvent difficile tant il emprunte divers chemins, de l’anecdote tragique aux visions mystiques. De la part d’un auteur qui affirme dans un des ses précédents ouvrages intitulé Internet, la voie initiatique, que le «www» usuel sur la toile correspond au chiffre du Malin, on ne peut guère être surpris… Bonnal n’en demeure pas moins lucide, parfois direct et froid, et prouve que l’hallucination qu’il propose porte de bouleversants échos de notre époque.

Et si nous lisions Philippe Grasset ? Son Nietzsche au Kosovo par exemple ?

Philippe Grasset et l’alittérature : notes sur le dernier roman

 

Comment peut-on être romancier, cent ans près Flaubert, son Bouvard et son copain de plume ? Borges se pose la question.

J’ai connu jeune Raymond Abellio, qui m’avait rendu fou de bonheur à l’armée quand j’avais découvert dans les fosses de Vincennes (au S.H.A.T. pour parler comme Philippe et ses imbroglios de sigles) la Fosse de Babel. Le roman du huitième jour ! Ensuite j’ai bien connu Jean Parvulesco, qui se surpassait en écrivant la servante portugaise (car je ne crois qu’à la chance du débutant). Moi-même j’étais très fier de mon Nev le bureaucrate et de son atmosphère messianique et  technologique qui avait séduit Dimitrijevic. Et je suis reparti dans cette atmosphère rococo de littérature d’après la littérature pour faire mes maîtres carrés. Parodie, recyclage, Dumas, Dostoievski, Leslie Nielsen (la dernière star américaine) et la descente aux affaires remixant Virgile et Trump l’humour !

Eh bien j’ai retrouvé un peu de cette atmosphère jubilatoire et rutilante ici.

Philippe Grasset a créé le meilleur blog du monde, parce qu’il n’en est pas un, et un style viral, hypnotique, apocalyptique et translucide qui n’appartient qu’à lui seul. Il décrypte pour tout le monde, plagiaires y compris dont moi, les secrets du grand monde, et il nous rappelle à ce sujet (« le roi n’est pas un sujet, mais l’agence ? ») les faits suivants dans son Nietzsche au Kosovo.

– L’Agence s’était fortement implantée à Paris, dans les milieux intellectuels et artistiques, et donc dans l’édition, dans les années 1950, surtout à partir d’avril 1952 avec le festival du Congrès pour la Liberté de la Culture. (Jefferson McPeak parlait à Cassady comme à un étranger à l’Agence. C’est lui faire l’honneur qu’il mérite.)

 

C’est la littérature sous contrôle CIA, la littérature et le roman comme sévices secrets. Le blogueur déjanté Miles Mathis nous raconte ça tout le temps ! Le colonel Kurz lit et cite TS Eliot à la fin d’Apocalypse Now (voyez mon décryptage sur mon blog à images pour grands enfants de trente ans). Tout cela vient des sévices secrets qui ont investi la culture. La littérature c’est pour les spooks (voyez Miles), une poste restante pour grands initiés à la Schuré remixés par la CIA.

Quant à Philippe je suis que dans sa forêt ardennaise, il est un chef discret de l’Otan déguisé en promeneur de chien et bradeur antisystème des secrets de l’agence. Revoyez le dernier épisode du Prisonnier, diantre !

On laisse Philippe nous instruire (son crypté roman devient une nouvelle conversation secrète comme chez Coppola) :

« C’était une énorme organisation, montée et conduite par Michael Josselson, Melvin Lasky, Nicolas Nabokov et d’autres, et cela fut un des chefs d’œuvre de l’Agence, avec des piliers comme Raymond Aron et Denis de Rougemont. Paris fut enlevé sans crier gare, quadrillé, verrouillé derrière l’apparence des criailleries anti-américaines que nous servaient le PCF et ses “compagnons de route”, puis les divers gauchistes et tiers-mondistes, et puis les gaullistes surtout. Regardez aujourd’hui, que reste-t-il de ces soi-disant anti-américains à part quelques dissidents qui ont sauvé leur honneur en préférant se tourner vers une tendance plutôt gaulliste ? (De Gaulle, le vrai rebelle, je l’ai toujours dit, bullshit !) Les marxistes ont disparu, la plupart convertis vite fait à la vertu libéraliste et américaniste. Tout cela remonte aux années 1950, un coup de maître vous dis-je. »

 

L’évènement essentiel, Jean Parvulesco me l’avait aussi dit, c’est la Fin du gaullisme, cet aboli bibelot d’inanité sonore.

Et le triomphe américain, c’est l’universitaire germain Holler qui me l’a appris, c’est le triomphe des grandes familles US qui ont contrôlé la CIA et le monde par la kultur. Voyez Fred Astaire et Leslie Caron dans Daddy Long legs d’un autre roumain exfiltré, Negulesco, ey vous nous comprendrez.

Philippe encore, Philippe toujours :

« Cassady ricana avant de tirer la conclusion qui s’impose.

– Nous avions fait mieux que les Soviets ?

– Et comment, sans le moindre doute. Les Soviets les avaient investis idéologiquement ; nous, nous avions choisi la culture. Avec les Français, c’est la méthode.

Cassady ricana encore avant d’aller à la conclusion suivante, tout aussi nécessaire.

– Donc, les voilà verrouillés, les Français, les Parisiens en fait ? Alors, que vaut votre projet ? Notre ami Louis-Beyle n’a pas l’ombre d’une chance si l’on vous suit, il n’est pas précisément conforme-USA. »

Beyle ! En aura-t-on parlé de Stendhal et de l’antiaméricanisme de Leuwen.

Le paradoxe c’est que le gaullisme accompagne l’américanisation de la France, transformée en hexagone et bulle de verre (Tati, Play Time) :

Philippe (90% de dialogues, comme chez Dostoïevski ou Don Quichotte) :

–  En fait, c’est dans les années 1960, paradoxalement, en pleine politique gaulliste, que la France a été le plus complètement américaniste en substance, vous voyez ? La raison, la mesure, l’avenir étaient du côté de type comme Aron, “nos” types, et les anti-américains français de l’époque, bien différents de ceux l’époque des années vingt-trente, l’étaient d’une façon brouillonne et très-idéologisée, à la façon des Américains eux-mêmes (les Américains antiaméricanistes , je veux dire, qui pullulent) ; ils l’étaient comme s’il y avait eu à Paris des américanistes pro-establishment, nos compagnons de route, et des américanistes anti-establishment, ceux qui manifestaient contre la guerre du Vietnam… Quelle différence entre les gauchistes du Quartier Latin et ceux de Berkeley, de Harvard ou de Watts ? Aucune, tout cela faisait d’excellents petits américanisés en révolte et c’est fait pour rentrer dans le rang au bout du compte, sauf quelques oiseaux rares, et ils l’ont fait ma foi, – je veux dire, rentrer dans le rang. A ce moment-là, dans les années 1960, nous avions une vraie doctrine, une vraie présence, une véritable influence, malgré les criailleries dans les rues. »

 

Exactement : en étant contre la fausse guerre du Vietnam, qui était un événement médiatique avant tout (Baudrillard ou Debord ?), on parachevait notre américanisation. Etre américanisé, c’est être anti-américain ! Enfants de Marx et de Coca-Cola, où alliez-vous ? A Disneyland bien sûr !

Mais de Gaulle fut un carbonaro dont les pétards ne cessent de retentir :

« Mais il y avait de Gaulle. De Gaulle est un sacré bonhomme, chapeau bas. Il avait compris le coup. Il a semé dans les années 1960 un antidote à ce que l’Agence avait semé dans les années 1950, vous comprenez ? Lui, il s’est appuyé sur la légitimité historique retrouvée, sur l’idée de l’identité souveraine. Il a fait croire, ou bien il a expliqué pour faire comprendre, je ne sais pas. Il a fait croire et comprendre aux Français qu’ils existaient. Il fallait que ça mature. Résultat des courses, aujourd’hui, face à tous nos fils spirituels et nos agents, il y a un courant vigoureux qui n’accepte pas tout cuit ce que nous vendons. En plus, toute la stratégie américaine, toute notre habileté un peu frustre mais bien réelle, l’unité d’action du “Monde Libre”, avec nous en tête bien sûr, cette espèce d’attitude commune et pourtant élaborée, réfléchie, originale, tout cela que nous avions à cette époque a complètement disparu. Reste la puissance brute, et l’on se paye des présidents comme l’inconnu-devenu-président, et c’est la bouillie pour chats américaine d’aujourd’hui. Voilà pourquoi notre ami Louis-Beyle, soutenu là où il faut et comme il faut, quoiqu’avec discrétion bon Dieu, peut faire un raffut terrible avec son bouquin. En un sens (rire soudain de Jefferson, découvrant toutes les facettes de la farce), Louis-Beyle est l’arme secrète de De Gaulle ! (Et de Gaulle est notre ami puisqu’il défend le principe de souveraineté autour duquel nous voulons rassembler l’Amérique.) Quant à moi, comme je vous l’ai dit, je tiens ferme certains de nos relais que j’activerai quand il le faudra, qui sont dans les réseaux d’influence, là où il faut. »

 

Après, une histoire belge.

 

« Je dois avouer que j’éprouvais une rage sainte lorsque les Français, votre de Gaulle en tête, quittèrent l’OTAN. C’était une sorte de sacrilège. On dit que notre Roi, le roi Baudouin Ier, violemment choqué lorsqu’il apprit la nouvelle, se pencha vers un conseiller présent et l’interrogea : “Je croyais que le général de Gaulle était un bon chrétien et un catholique pratiquant ?” Pour lui, quitter l’OTAN, c’était trahir notre civilisation en général et la chrétienté.

– Ce Baudouin, quelle verve ! Et ce de Gaulle ! Et vous-même, monsieur Chabert-Mermoz ! Excusez-moi de vous interpeller aussi lestement, mais vous semblez intarissable, l’ermite le bien mal nommé. »

A d’autres moments Philippe se lâche et nous délivre la lumière ; les yeux d’Ezéchiel s’ouvrent, pour parler comme Abellio :

 

« L’industrie de l’entertainment est devenue la première des industries américaines. Par entertainment, on comprend tout ce qui charrie une information, nécessairement accompagnée ou substantivée visuellement par des images, qui est organisée comme un “spectacle” sans préjuger de la véracité, de la justesse, de la moralité, de l’orientation et de la destination de cette information. (On parlera de l’“industrie du spectacle”, dans le sens que définit le Français Debord dans son live La société du spectacle.) »

 

Mais le monde alors bascule dans le simulacre, entre Lucrèce et Baudrillard :

« William Pfaff rapportait en octobre 1996 : “John Kenneth Galbraith […] fait une observation frappante et préoccupante sur l’économie américaine. Il y a 75 ans, elle reposait sur l’agriculture, il y a 50 ans sur l’industrie manufacturière, aujourd’hui elle repose sur ‘l’industrie du spectacle’ [entertainment]. L’agriculture et l’industrie sont liées à la réalité fondamentale de l’activité humaine. L’industrie du spectacle implique l’évasion de la réalité. On en apprend beaucoup sur les États-Unis aujourd’hui si l’on admet que nous fonctionnons désormais, au niveau national, moins en réaction à la réalité qu’en réaction aux images de la réalité fabriquées par l’industrie américaine du spectacle, principale force de l’économie américaine.”

 

La communication bouffe la culture en France. L’information bouffe la science. Raymond Abellio parle de nécrose dans sa Fosse. Mais l’USA est devenue une nécrose immatérielle. Le war business devient une variante du show business. Je l’ai dit un jour je crois, le terroriste (le russe, l’arabe, le coréen) est un EGM, un être généré médiatiquement.

On laisse parler Philippe, on ne le lit pas (Kafka, Gogol, lisaient leurs romans aux amis, Mann pétait de rire en déclamant ses Buddenbrook à la famille) :

 

« Les forces armées américaines développent toutes leurs structures, leur programmation, leurs missions, leurs stratégies, en fonction de ce qu’elles désignent comme “la révolution de l’information”. Cela touche tous les domaines militaires : la reconnaissance, la protection des forces, la détermination des objectifs, la destruction des objectifs, etc. Des satellites de communication aux avions de guerre électronique (ils ont effectué 12.000 missions lors de la guerre du Kosovo, contre 10.000 missions offensives d’attaque), ces activités sont tributaires de l’information et de la circulation de l’information. La stratégie elle-même est influencée de façon décisive, et, avec elle, les grandes options à caractère psychologique et politico-stratégique. La doctrine officieuse dite de “zéro-mort” n’est possible que dans le cadre de la révolution de l’information avec ses multiples ramifications, d’une part parce que la soi-disant exigence du zéro-mort passe par la pression médiatique, d’autre part parce que les missions effectuées pour satisfaire à zéro-mort ne sont possibles que grâce à l’information. »

 

Faites zéro mort, pas la guerre !

Il est temps alors de reparler de littérature :

« La littérature a-t-elle encore sa place ? Il n’y a plus de grands écrivains. Ils se sont tirés, reconvertis en chroniqueurs, en cultivateurs, en amants stériles. Les écrivains sont morts, qui songerait à les lire encore ? Nous sommes dans une époque troublée, dont on ne sait plus ce qu’elle veut et dont je sais bien ce qu’elle vaut. »

Je suis le seul à lire encore les vieux écrivains. C’est ma seule revendication. Ici encore Philippe nous livre un secret américain : c’est le pays de l’après-apocalypse. D’où son triomphe culturel et communiquant :

« Aujourd’hui, nous sommes entrés dans les temps de la crise du monde qui ont remplacé le temps classique, et déjà en croisière agitée. Il faut que la littérature s’y fasse. Je vous recommande d’observer autour de vous : déjà, dans un pays de grande littérature existe la littérature du temps de la crise ; c’est la littérature de l’Amérique, elle ne fut jamais classique, elle touchait à peine à sa majorité au début de ce siècle qui se termine, qu’elle se transformait aussitôt en littérature de la crise américaine, qui était le signe avant-coureur de la crise du monde, qui allait faire du temps classique de la littérature un temps de crise. Tout cela, vous voyez, s’emboîte assez bien. Tout cela est lié, la littérature toujours à la première place. »

Littérature de poubelle et de terrain vague, pu pire encore de bestsellers. American tricot ! Alors il faut sonner le tocsin :

« La littérature est devenue témoignage, observation des soubresauts du monde, découvreuse des mystères cachés qui enchaînent les hommes. Je me rappelle des querelles, il y a un demi-siècle, sur la littérature engagée, Sartre le père-fouettard qui réclamait que tout écrivain fût avant tout petit-soldat de la révolution, et des jeunes qui rechignaient, on les appelait les “hussards”, c’était la “droite buissonnière”, d’ailleurs faite de jeunes gens qu’on avait rapprochés pour l’occasion mais qui ne s’estimaient liés par rien, et certains avec fort peu de sympathie entre eux (Nimier et Laurent, par exemple et exemple principal). En ce temps-là, la littérature pouvait encore s’offrir de ces querelles. La littérature du père-fouettard n’a rien à voir avec le rôle que je lui vois aujourd’hui, et inutile de songer à jouer au hussard avec la littérature d’aujourd’hui. Finis les jeux de rive-gauche. La littérature devient pure politique ou elle n’existe plus. C’est là le marché où elle se trouve placée : elle l’accepte ou elle meurt. Voilà pourquoi ce livre sur le Kosovo, c’est de la politique pure, c’est la littérature ressuscitée. »

Ce qu’il faut respecter chez l’Amérique, c’est ses manières florentines :

« Vous savez que James Jesus fit ses études à Yale, qu’en 1937 il fonda une revue de poésie, Furioso, et qu’il eut comme collaborateurs des amis à lui, qui se nommaient Yates, T.S. Eliot, Ezra Pound, la fine fleur de la poésie américaine. Puis ce fut la guerre, l’OSS où il entra, les missions tordues où se manifestèrent son goût incroyable pour le retournement, la nuance perverse, l’incertitude de l’apparence, la manipulation de la réalité. James Jesus joua un rôle très actif en Italie à partir de 1944 et jusqu’en 1948-49, où il organisa la manipulation à l’échelle d’un pays, pour faire triompher aux élections la démocratie chrétienne contre l’hydre communiste. Entre temps, l’OSS avait été remplacé par la CIA. Il y avait chez James Jesus une sorte de goût florentin pour l’intrigue, sorte d’“art pour l’art”, vous comprenez ? Certains virent chez cet homme un hystérique, un fou à lier, un cas pathologique, et mon Dieu avec des arguments bien sentis ; d’autres, un homme de la Renaissance égaré dans notre siècle, un poète détourné, un amateur d’orchidées dont il entretenait amoureusement des centaines de sortes dans une serre, chez lui, dont il raffolait effectivement, dont il était un spécialiste à part égale avec sa spécialisation des transfuges soviétiques. »

 

Un peu de filière poétique :

– … Ou par les poètes ?

– Voilà … C’est par la “filière poétique” que Jefferson McPeak rencontra James Jesus puis entra à la CIA. Il était de la famille d’Ezra Pound, et Ezra Pound, brisé après ses années passées littéralement en cage, lorsqu’on le ramena d’Italie où il avait joué au speaker de radio fasciste du régime mussolinien, revit tout de même James Jesus. »

 

La littérature reste la dernière conspiration. Chesterton nous le disait déjà dans son Nommé jeudi :

 

« Artiste, anarchiste ; personnages identiques, termes interchangeables. L’homme qui jette une bombe est un artiste, parce qu’il préfère à toutes choses la beauté d’un grand instant.

Il sait qu’un jet éblouissant de lumière, un coup de tonnerre harmonieux ont plus de prix que les corps vulgaires de quelques informes policemen. L’artiste nie tous les gouvernements, abolit toutes les conventions. Le désordre, voilà l’atmosphère nécessaire du poète. Si je me trompais, il faudrait donc dire que le métropolitain de Londres est la chose la plus poétique du monde ! »

 

Le foutoir américain comme machinerie artistique alors ? Mais Philippe (il faut une police poétique pour surveiller les lascars de l’anarchisme beaucoup moins sot alors, prophétise Chesterton) leur donne des noms d’oiseaux et d’artistes à ses dingos des agences (autre nom des démons dans le Manfred de Lord Byron, comme je dis toujours !) :

 

– Je m’appelle donc Orson Lee Jefferson-McPeak, Deputy Director Special Projects, monsieur Louis-Beyle ; ici, à ma gauche, monsieur John-Arturo Lopez-Brennan, un adjoint, ici, à ma droite, monsieur Singbad Clingway Garson, consultant rattaché, enfin le professeur LaFolette spécialiste en psychologie du virtualisme, Orville Seagourweather LaFolette, eh eh, il nous arrive de le surnommer LaFayette ; voyez, nous sommes en terrain de connaissance ? (Après un silence, et voulant s’expliquer et expliquer son geste d’amitié entre leurs deux peuples au Français devant lui 🙂 La Fayette, la vieille amitié entre la France et l’Amérique, la dette que notre République a contractée à votre endroit, à vous autres les Français, et puis Paris, la Ville-Lumière, la plus belle ville du monde, je dis !

» Nous sommes tous du même service, et l’une de nos spécialités est la psychologie. »

 

Mais quelle obésité onomastique anglo-mexicaine à rallonge éclectique que voilà ! Il rivalise avec notre Jules Verne alors ?

 

 

Mais comme dit Syme, le personnage de Chesterton, « seul le cours des choses est poétique ». Et comme dit Philippe en rentrant de son Algérie fluviale (au sens guénonien, bien compris encore – vive l’intelligence US et surtout polonaise ! – dans Apocalypse now), « l’histoire est (quand même) un fardeau. »

 

 

Sources

 

Philippe Grasset – Nietzsche au Kosovo (Dedefensa.org)

Nicolas Bonnal – Littérature et conspiration (Amazon.fr)

Chesterton – Le nommé jeudi (Wikisource)

Étonnante planète-sanctuaire peuplée d’élus à protéger ! Vive star trek dont certains épisodes des années soixante atteignaient des sommets initiatiques !

https://en.wikipedia.org/wiki/Star_Trek:_Insurrection

Demain on vous parle de ce film merveilleux, insurrection, avec l’équipe star trek. une planète d’initiés médiévistes et écologistes tente de sauvegarder la tradition primordiale hyperboréenne (ou à peu près !). Planète Guénon à la une !

C’est un catholique parc sans le savoir, une révolution médiévale comme celle que je prônais à sciences-po !

 

https://en.wikipedia.org/wiki/Star_Trek:_Insurrection

Les sources US (voyez supra) officialisant la survie du führer, on ouvre les vannes. Le commando Bariloche, le conte oublié de Nicolas Bonnal qui raconte comment le nazisme germa en Patagonie pour reprendre le contrôle du monde et tous (ou presque) nous détruire…

LE COMMANDO BARILOCHE

 

 

J’avais entendu parler du commando Bariloche

bien avant que ses funestes exploits fussent connus du

public ou même des professionnels de l’information.

Moi-même ai sans doute quelque part de responsabilité

dans leur avènement pour ne pas avoir su mesurer

leur degré de nuisance, et pour n’avoir pas averti les

autorités compétentes. Il est vrai qu’elles-mêmes ont

su, ont vu venir, et laissé faire. Il me reste à laisser ce

maigre témoignage, à l’heure où les plans presque

cosmiques de ces trois garnements sont prêts de se

réaliser, au nez et à la barbe d’un monde débordé par

ses folies matérielles et sa servitude volontaire.

Les trois compères du commando s’étaient connus

à Bariloche, près de San Carlos dans un collège privé

réservé aux enfants de militaires et de puissants

patrons. Sous couvert de catholicisme, on y professait

des croyances païennes et des vertus guerrières germaniques.

La mère d’Osvaldo était d’origine chilienne,

et son grand-oncle d’origine allemande avait

navigué le long des fjords avec le jeune Canaris. Les

parents d’Augusto avaient abrité leur famille autrichienne

au lendemain de la défaite de 1945 ; nul ne

savait comment ils étaient arrivés jusque-là. Certains

témoins évoquaient les fameux sous-marins de la

péninsule de Valdez, venus du Nord du monde

comme d’une autre planète, comme pour redécouvrir

notre continent dépeuplé. Quant à Maurizio, il garda

jusqu’à une date très récente de très nombreux

contacts avec l’Italie qui lui permirent de se livrer à ses

si lucratives activités. Plusieurs membres de sa famille

exercèrent de hautes fonctions avant et après la

guerre, dans le cadre des loges qui se sont partagé le

destin de cet étrange pays. Tout était réuni pour que

ces trois héritiers de grandes fortunes féodales accomplissent

de grands exploits. Dès leur plus jeune âge, ils

se distinguèrent par leur intelligence, leur force et

leur courage. Ils dominaient les autres sans effort,

quand ils ne les maltraitaient pas. Ils voyaient les vains

efforts du vieux continent pour se sortir de l’ornière

et du crépuscule historique, et ils le dédaignèrent. Je

crois qu’ils méprisaient l’Europe, sauf ce qui venait

des Alpes, alémaniques pour l’essentiel. Ils rêvaient

d’un nouvel empire de conquistadores, et en même

temps, dans leur mépris foncier du gringo, ils se

voyaient aussi reconstructeurs de l’empire inca, une

fois que le Tahuantinsuyo se serait débarrassé des

inconvenants étrangers.

Un jour pourtant, leur destinée bascula inexplicablement.

Ils se perdirent au cours d’un trekking en

haute montagne, et on ne les retrouva qu’au bout de

trois jours d’intenses recherches. Ils avaient changé;

ils avaient souffert, maigri, ils regardaient le monde

d’un air amer et ironique. Ils avaient bravé de terribles

dangers, dont ils ne parlèrent pas. Certains pensent

qu’ils avaient trouvé un trésor au fond d’un lac : on

savait la richesse de leur famille, mais leur puissance et

leur prodigalité crût beaucoup depuis ce temps.

D’autres disent qu’ils s’étaient perdus après le refuge

Otto et avaient connu le bunker, un lieu mystérieux et

dément où de terribles secrets leur avaient été confiés.

Mais d’eux nous ne sûmes rien. C’est après cette escapade

que leur comportement devint différent : ils

étaient brutaux, ils défiaient les autorités, ils refusaient

d’assister aux offices. Ils se voulaient par-delà le

bien et le mal, créateurs de mondes et d’empires nouveaux.

Inquiets, leurs parents les envoyèrent dans le

nord. Osvaldo fut même envoyé au Brésil. C’est là

qu’il accomplit le premier de leurs grands exploits.

J’avais perdu leur trace. Au cours d’une attaque de

bus dans l’état du Paranà, près de Curitiba, trois

malandrins entrèrent dans le véhicule et commencèrent

à dérober leurs possessions aux passagers. Les

trois furent tués par Osvaldo, sans que l’on pût savoir

si lui-même était armé ou s’il avait pu arracher son

arme à l’un des nocifs idiots. Toujours est-il qu’il les

exécuta et les acheva froidement de plusieurs balles

dans la nuque. La police ne l’arrêta pas, les passagers

et l’opinion le fêtèrent comme un héros.

— S’il y avait plus d’hommes comme lui dans le

continent, disait-on, nous serions vite débarrassés de

tous nos maux. Pendant ce temps Maurizio et Augusto

étudiaient et séjournaient à Corrientes, où ils s’amusaient

à attaquer et piller de riches villas. On dit même

qu’ils revendaient au Paraguay des limousines volées

dans cette province aussi renommée pour ses filles.

Mais les autorités ne les menaçaient guère : l’un était

d’une famille de militaires, l’autre de juges, alors…

mais toujours ils exerçaient ce talent étrange d’aller

défier une autorité supérieure ; et de la même manière

ils maintenaient une grande activité physique

qui les faisait resplendir dans la presse des sports de

l’extrême. Ils pratiquaient déjà couramment quatre

langues. On décida de les envoyer en Europe, estimant

que la vieille civilisation-continent pourrait tempérer

leur ardeur latine. Ce fut l’inverse qui se produisit.

Ils arrivèrent en pleine déliquescence du

communisme, au moment où ce petit cap qui se

targue de discipline et de modération livrait des

peuples entiers aux trafics de toutes sortes. Leur audace,

leur brutalité, leurs dons des langues et je ne sais

quelle grâce leur assura un grand succès. Ils revinrent

d’Europe avec trois épouses superbes venues de l’est,

des diplômes et plus d’argent. Ils étaient pour

prendre le pouvoir à leurs parents.

C’est ici qu’une autre fois leur histoire se brouille.

Je les imaginais avocats d’affaires ou riches entrepreneurs,

profitant du mercosur 1 naissant et de leur savoirfaire.

Mais ils disparurent encore, au cours cette fois

dune navigation dans les Caraïbes. Les prometteurs

affairistes étaient promis à un avenir plus brillant

encore d’aventuriers du poker géostratégique qui se

produit en ces temps de la Fin. Un de nos maîtres

avait célébré des théories venues d’Europe, de

Haushofer à Parvulesco et un autre maître dont j’ai

oublié le nom. C’est Patricio Ravarino, un de mes

anciens camarades de classe, qui me révéla les dessous

de l’affaire des années plus tard, dans le café Ewers, à

Rio de Janeiro. Avec le mystère qui seyait à leur vocation,

les trois Tigres, comme ils s’étaient eux-mêmes

baptisés, avaient été enlevés près des îles Cayman. Là,

ils avaient contacté des puissances, ils s’étaient instruits

aux forces noires de la finance, destinée plus

qu’aucun monstre de la terre, à détruire ce pauvre

monde. Et on leur avait demandé – un certain

Melqart, je crois, mais est-ce un nom si utile – de participer

à un projet continental nommé Erinnya. Notre

commando – que je peux maintenant nommer le

commando Bariloche – était invité, avec l’appui d’une

branche encore plus secrète des services secrets américains

à répandre la peur, dans le but de désorganiser

les états et de diviser les esprits. Mais Ravarino m’ajouta

que le projet avait une autre facette, plus secrète et

plus monstrueuse peut-être et désignée du nom de

code Mitmac.

C’est là que j’arrive à ce dont je doute moi-même:

des hommes riches et puissants, craints et célébrés se

lancent dans la pire des aventures, aux confins de

théories impériales : celle du déplacement inca de

population (le mitmac, précisément), et celle bien sûr

de l’espace vital hérité de leurs sombres ancêtres.

Voyant le développement économique venir, la

concentration des populations qui facilite leur exploitation,

voyant surtout la crise climatique venir, ils se

mirent à déclencher ici des attentats, là des épidémies

(c’est du moins ce que j’en ai déduit), et à acheter de

la terre. Leur fortune terrienne, leur fortune féodale,

leur fortune foncière fut leur plus grand objectif. Il

fallait vider le continent ou du moins une de ses

grandes portions, pour établir un embryon d’empire

destiné, le moment venu, à remplacer un vieux

monde.

La crise financière arriva, qui précipita la redistribution

des terres et de la richesse dans maints pays.

Eux qui avaient initié à l’art de la spéculation dans ces

îles flibustiers y furent tout à leur avantage. Se peut-il

même qu’ils aient accéléré certains processus ? Dans

ce monde dominé par la main invisible, on sait que la

main se cache surtout. La décennie suivante, qui décida

du sort du monde, avec ses attentats extraordinaires

et si mal expliqués, ses guerres incertaines, ses

croissances folles et son abêtissement veule, les vit

croître en richesse et sans doute en folie. Osvaldo

devient un le directeur administratif d’un laboratoire

pharmaceutique spécialisé dans la recherche des virus

et des épidémies. Ils restaient des sportifs consommés,

et je sus qu’ils pratiquaient l’alpinisme et l’aviation,

sur de vieux appareils de la guerre qu’eux n’avaient

pas oubliés. La providence leur donna même une descendance

de patriarches. Les Tigres semblaient rassa-

siés. Ils se constituaient même des zoos privés, mieux

des réserves comme s’ils avaient pensé qu’il valait

mieux sauver des animaux que des humains. Mais toujours

demeurait en eux cette nostalgie de l’empire

inca, puisqu’on ne les surprit jamais maltraitant les tribus

d’Indiens qui traversaient leurs terres sans le

savoir.

J’avais atteint un haut poste dans un grand journal

de Buenos Aires. Je dépêchai quelques journalistes

enquêter sur leur puissance ; plusieurs n’en revinrent

pas. Je fus moi-même averti, non sans humour

(n’étais-je pas un condisciple après tout ?), et j’en restai

là. Et puis se produisit l’incroyable, cette chaîne de

catastrophes climatiques insensées ces épidémies à

répétition, cet affolement des marchés financiers puis

de sociétés tout entières, l’humanité ayant compris un

peu tard, et confusément, qu’elle allait à sa fin. Et c’est

là que le commando Bariloche déclencha son offensive

terminale : en quelques semaines, ils chassèrent

avec leur aviation et leurs milices privées les riches

propriétaires européens et américains qui les avaient

défiés sur leurs terres patagoniques, magellaniques

comme nous disions à l’école. On retrouvait des

familles massacrées, des estancias incendiées qu’ils

rachetaient ou occupaient. Le monde avait trop à faire

par ailleurs, avec les différentes opérations de diver-

sion que menaient certaines puissances de par le

monde, pour s’opposer à leurs menées. Et l’on vit en

quelques mois où était la vraie puissance, et que la

quatrième guerre mondiale se mènerait à coups de

terres et de matières premières, à la recherche de

l’eau et du bois, de la forêt et des espaces. Nos gouvernements

ruinés par leurs dettes et des monnaies

avilies, et des armées de pacotille, ne pouvaient résister

à cet assaut ultime des forces du désordre. Il leur

était facile d’acheter ou d’éliminer un adversaire, un

opposant: n’en étais-je pas moi-même un vibrant

témoin?

J’ignore où les mènera leur folle puissance. Ils

s’étaient sentis, à l’invitation de ce mystérieux professeur

d’histoire de notre vieille école, venu avant la

guerre d’Allemagne, le grand devoir de dépeupler. Et

le projet Mitmac qu’ils menaient à bien en terrorisant

les rares landlords qui s’étaient crus un temps maîtres

de nos terres, révélait ses terribles desseins. Je reste

moi-même sur ma faim, n’ayant que des échos de leur

formidable aventure: ces trois monstres que j’avais

côtoyés sans les connaître se révélaient les maîtres du

nouveau cycle à venir, qui verrait une humanité réduite

et choisie, par l’argent et par les laboratoires, les

services secrets et les noyaux durs des armées, renaître

des cendres de notre civilisation décatie. À l’heure où

je prends tard la parole, et où un mal mystérieux me

ronge, comme il ronge tant de gens innocents, je ne

peux me retenir de sourire en pensant que les trois

Tigres seront les divinités fondatrices ou les héros civilisateurs

du prochain monde. Et je regrette presque

de n’avoir fait partie de l’épopée du commando

Bariloche.

Philippe Grasset et le menace du GLOBAL

Philippe Grasset et le méphitisme de la globalisation

 

 

Dans ce livre élitiste réservé aux amateurs de la philosophie de l’histoire, Philippe Grasset évoque le caractère de notre civilisation globalisée. Le terme fait de plus en plus peur.

 

Ce que Hamlet appelle The Distracted Globe, PhG en parle très bien :

 

« La rotondité de la terre permet de suggérer que l’espace physique prend la forme d’un symbole de l’inéluctabilité de la modernité comme maîtrise du monde (on dira plus tard globalisation du monde, ce qui veut dire sous forme pléonastique globalisation du globe et confirme que le globe terre n’est pas seulement un phénomène physique, et qu’il est également le symbole à la fois de la maîtrise et de la fermeture du monde par la modernité). »

 

Notre civilisation de la liberté est une prison. C’est ce que dit aussi Hamlet.

PhG ajoute sur cette civilisation née à la Renaissance :

 

« Avant même d’exister et de mériter son existence, notre « deuxième civilisation occidentale » et déjà créatrice de ce qu’elle juge être un nouveau récit de l’histoire du monde dont la conclusion, nécessairement paroxystique, lui appartient, et lui appartient au point qu’elle peut décider qu’il n’y a pas de conclusion ; par conséquent, n’entendant nullement se préparer à passer la plume du récit de sa propre histoire à la suivante – au contraire, il n’y aura pas de « civilisation suivante », – créatrice d’une histoire différente, bien entendu, et rien après en vérité la fin de l’histoire avec elle… »

 

Notre pseudo-civilisation abolit donc l’histoire en remplaçant tout par sa contre-civilisation. Son caractère totalitaire et intolérant se manifeste par ses guerres à tout le monde (monde arabe en priorité), ses menaces contre la Russie ou la Chine, et enfin sa guerre contre sa propre population (stérilisation culturelle, contrôle technocrate, Grand Remplacement, etc.)

 

On laisse à nos lecteurs le soin de découvrir chez Philippe Grasset les ressources intérieures à développer pour assurer un salut personnel dans le Titanic moral de cette civilisation.

 

« Il faut être dissident, et la dissidence n’est pas une matière admise à l’université ; dans le monde convenu de nos élites, dans les salons où se décident le sort des grandes entreprises ; dans cette époque de « cauchemar climatisé » (Miller) et privée de toute hauteur de gloire de l’esprit, cette époque où mon cœur saigne et où mon âme poétique est le rempart ultime qui me garde de l’abîme où l’on chute. »

 

Sur son site Dedefensa.org, Grasset décrypte au quotidien la démence de cette contre-civilisation en voie d’écroulement, que ce soit en France, en Italie,  en Amérique. Civilisation du néant et de la haine, ivre de sa puissance (ou de son impuissance maintenant) ; promise à un Titanic moral et matériel dont n’émergeront que les plus prévenus.

 

 

 

Bibliographie

 

 

Grasset (Philippe) – La grâce de l’histoire – le deuxième cercle (éditions mols)

Grasset (Philippe) – Les âmes de Verdun, la victoire de l’homme sur la ferraille (éditions mols)