Les Français prétendent mépriser des médias auxquels ils obéissent comme des moutons (virus, vaccin, guerre, Europe…) ; François (Nouveau-monde.ca) commente : « C’est vrai qu’il y a une forte disparité entre le pourcentage de non suivi des médias et celui de non suivi des masques ou du vax. Le port du masque était comme mettre le doigt dans l’engrenage, entraînant le reste du corps. Ayant accepté ça, ils se sont trouvés piégés. Le seul moyen de s’en sortir maintenant est relativement utopique : jeter leur téléphone cellulaire, cesser d’avoir peur dans des virus pathogènes inexistants, ne plus payer d’impôts… Bienvenue dans le Meilleur des Nouveaux Ordres Mondiaux.» L’impeccable Joe bedaine (85 ans en 2028) sera réélu en truquant les chiffres comme la dernière fois. Amusante vidéo d’Hunter Biden. Borne en rajoute, et elle a bien raison : tous nazis sauf moi (donc au trou…). Fin prochaine de Twitter : la Bête arrive souriante.

https://www.zerohedge.com/political/cnn-poll-says-66-americans-believe-another-joe-biden-term-will-lead-disaster

https://nouveau-monde.ca/

Dividimus muros et moenia pandimus urbis. Virgile et le cheval de Troie (ou guerre psychologique) : « Cependant nous continuons, sans nous y arrêter, aveuglés par notre folie (instamus tamen inmemores caecique furore), et nous plaçons dans le haut sanctuaire ce monstre de malheur (monstrum infelix). Même alors la catastrophe qui venait s’annonça par la bouche de Cassandre ; mais un dieu avait défendu aux Troyens de jamais croire Cassandre ; et, malheureux pour qui le dernier jour avait lui, nous ornons par toute la ville les temples des dieux d’un feuillage de fête. »

Le tyran assiégé par le gentil président… Tintin chez les picaros…

Jusqu’où l’amusante crédulité de la plèbe occidentale peut-elle aller ? Caitlin Johnson a récemment parlé, à propos du Venezuela, de premier coup par pur récit narratif. Triomphe du storytelling… on la cite :

« Si vous pouvez remplacer ce récit par un autre, comme le tentent actuellement des personnes puissantes, il est théoriquement possible d’effectuer un coup d’État par pur récit. Vous ne pourriez pas demander une illustration plus parfaite du pouvoir du contrôle narratif. »

Évidemment on peut retourner l’argument et estimer que l’absence de l’usage de la force militaire par l’empire occidental est un signe de sa décadence, marquée par un delirium visuel-numérique et hystérique-médiatique. On n’est plus trop capable techniquement face aux russes et aux chinois, vous comprenez… Alors on revient aux bonnes vieilles méthodes, à la guerre psy façon homérique ! Comme dit Virgile qu’on va relire aujourd’hui : « ainsi se laissèrent prendre à des ruses et à des larmes feintes ceux que n’avaient pu dompter ni le fils de Tydée, ni Achille de Larissa, ni dix ans de guerre, ni mille vaisseaux… »

Le cheval de Troie et la guerre de Troie ont toujours et justement traumatisé les occidentaux qui bien que descendants culturels des grecs ont pleuré la fin des Troyens. Cependant la fin de Troie était méritée puisque par lassitude, par distraction, par humanitarisme aussi, les Troyens ont fait rentrer le monstre et ses tueurs dans leur ville. C’est que la guerre hybride – ou guerre d’altération de la perception – était déjà passée par là, accompagnée par un attentat désarmant, la mort atroce de Laocoon, prêtre et protecteur spirituel de la cité.

On relit Virgile (Enéide, II) avec un chouia de latin :

« Beaucoup, stupéfaits devant l’offrande à la Vierge Minerve, qui devait être si désastreuse pour nous, s’étonnent de l’énormité du cheval. Le premier, Thymétès nous exhorte à l’introduire dans nos murs et à le placer dans la citadelle. Était-ce perfidie de sa part ou déjà les destins de Troie le voulaient-ils ainsi ? Mais Capys et ceux dont l’esprit est plus clairvoyant nous pressent de jeter à la mer ce douteux présent des Grecs, sans doute un piège, ou de le brûler en allumant dessous un grand feu, ou d’en percer les flancs et d’en explorer les secrètes profondeurs. La foule incertaine se partage en avis contraires (Scinditur incertum studia in contraria uolgus). »

En réalité le sort en est jeté, pour parler comme l’autre. Comme le chien Ran-Tan-Plan de notre impeccable Goscinny, les Troyens « sentent confusément quelque chose », mais ils seront sans force.

La suite avec Virgile et Laocoon :

« Mais voici qu’à la tête d’une troupe nombreuse, Laocoon, furieux, accourt du haut de la citadelle, et de loin : « Malheureux citoyens, s’écrie-t-il, quelle est votre démence ? Croyez-vous les ennemis partis ? Pensez-vous qu’il puisse y avoir une offrande des Grecs sans quelque traîtrise ? Est-ce ainsi que vous connaissez Ulysse ? Ou des Achéens se sont enfermés et cachés dans ce bois, ou c’est une machine fabriquée contre nos murs pour observer nos maisons et pour être poussée d’en haut sur notre ville, ou elle recèle quelque autre piège. Ne vous fiez pas à ce cheval, Troyens. Quoi qu’il en soit, je crains les Grecs, même dans leurs offrandes aux dieux (Quicquid id est, timeo Danaos et dona ferentis) ! »

Intervient l’attentat. L’attentat sert le pouvoir, étant un producteur d’horreur capable de faire craquer des résistances psychologiques et de faire accepter n’importe quoi ; et la mort de Laocoon va précipiter l’écroulement de Troie. Virgile alors décrit ces étranges serpents :

« Voici que, de Ténédos, par les eaux tranquilles et profondes, – je le raconte avec horreur, – deux serpents aux immenses anneaux – (horresco referens – immensis orbibus angues) s’allongent pesamment sur la mer et de front s’avancent vers le rivage. Leur poitrine se dresse au milieu des flots et leurs crêtes couleur de sang dominent les vagues. Le reste de leurs corps glissait lentement sur la surface de l’eau et leur énorme croupe traînait ses replis tortueux. »

La foule réagit alors normalement en blâmant la victime, Laocoon :

« Pour le coup nous tremblons et une peur inouïe pénètre dans tous les cœurs (Tum uero tremefacta nouus per pectora cunctis insinuat pauor) : on se dit que Laocoon a été justement puni de son sacrilège, lui qui d’un fer acéré a profané ce bois consacré à la déesse et qui a brandi contre ses flancs un javelot criminel. »

Et puis on craque façon occidentale :

« On crie qu’il faut introduire le cheval dans le temple de Minerve et supplier la puissante divinité. Nous faisons une brèche à nos remparts ; nous ouvrons l’enceinte de la ville Dividimus muros et moenia pandimus urbis. Tous s’attellent à l’ouvrage. On met sous les pieds du colosse des roues glissantes ; on tend à son cou des cordes de chanvre. La fatale machine franchit nos murs, grosse d’hommes et d’armes. »

L’enthousiasme devient religieux, érotique, sexuel même (cela me rappelle Marc Soriano qui disait du chaperon rouge qu’elle voulait être mangée par le loup, comme nous par la guerre, le mondialisme, l’humanitarisme) :

 « À l’entour, jeunes garçons et jeunes filles chantent des hymnes sacrés, joyeux de toucher au câble qui la traîne  (funemque manu contingere gaudent). Elle s’avance, elle glisse menaçante jusqu’au cœur de la ville. Ô patrie, ô Ilion, demeure des dieux, remparts dardaniens illustrés par la guerre ! »

La foule est rendue aveugle par la fureur, les Cassandre comme toujours sont ridicules et inutiles :

« Quatre fois le cheval heurta le seuil de la porte, et quatre fois son ventre rendit un bruit d’armes. Cependant nous continuons, sans nous y arrêter, aveuglés par notre folie (instamus tamen inmemores caecique furore), et nous plaçons dans le haut sanctuaire ce monstre de malheur (monstrum infelix). Même alors la catastrophe qui venait s’annonça par la bouche de Cassandre ; mais un dieu avait défendu aux Troyens de jamais croire Cassandre ; et, malheureux pour qui le dernier jour avait lui, nous ornons par toute la ville les temples des dieux d’un feuillage de fête. »

L’ambiance festive de cette apocalypse n’échappera pas aux lecteurs de Muray…

Après ? On dort bien, chez Virgile comme chez Nietzsche (comme dit Zarathoustra, « un peu de poison de-ci de-là, pour se procurer des rêves agréables. Et beaucoup de poison enfin, pour mourir agréablement. ») :

« Cependant le ciel tourne et la nuit s’élance de l’Océan, enveloppant de sa grande ombre la terre, le ciel et les ruses des Myrmidons. Répandus dans l’enceinte de leurs murailles, les Troyens se sont tus et le sommeil presse leurs membres las…Ils envahissent la ville ensevelie dans le sommeil et le vin (Inuadunt urbem somno uinoque sepultam) : les sentinelles sont égorgées ; les portes, ouvertes ; ils y reçoivent leurs compagnons et rassemblent les troupes complices. »

Rien n’aura été épargné aux pauvres troyens, pas même la pleurnicherie humanitaire, arme suprême des mondialistes et des socialistes (pauvres migrants, pauvres multimilliardaires accablés d’impôts, pauvres islamistes massacrés, pauvres cadavres déterrés de Timisoara, pauvres libyens accablés par la tyrannie, etc.). C’est tout le passage prodigieux de l’agent Sinon qui va affaiblir les défenses des troyens. C’est le triomphe du storytelling débile à travers les âges. Virgile : « la renommée…elle épouvanteles vastes cités, messagère aussi attachée au mensonge et à lacalomnie qu’à la vérité. Sa joie était alors de remplir l’esprit despeuples de mille bruits où elle annonçait également ce qui étaitarrivé et ce qui ne l’était pas… » (Eneide, chant IV).

Troie succombe :

 « Ces paroles insidieuses, cet art de se parjurer nous firent croire ce que disait Sinon (Talibus insidiis periurique arte Sinonis credita res) ; et ainsi se laissèrent prendre à des ruses et à des larmes feintes ceux que n’avaient pu dompter ni le fils de Tydée, ni Achille de Larissa, ni dix ans de guerre, ni mille vaisseaux. »

La disparition de Troie c’est 99% de guerre hybride et de storytelling. Et ils ne changeront pas une recette qui marche.

On laisse Céline conclure à l’aube du massacre de 39-45 :

« Et les Français sont bien contents, parfaitement d’accord, enthousiastes.

Une telle connerie dépasse l’homme. Une hébétude si fantastique démasque un instinct de mort, une pesanteur au charnier, une perversion mutilante que rien ne saurait expliquer sinon que les temps sont venus, que le Diable nous appréhende, que le Destin s’accomplit. »

Sources

L’Eneide, chants II-IV (ebooksgratuits.com)

Ainsi parlait Zarathoustra

Nicolas Bonnal – Le livre noir de la décadence romaine (Amazon.fr) ; Céline le pacifiste enragé (Amazon.fr)

Horreur numérique (cf. notre émission) : les manifestants à casseroles reconnus par drone (82% des lecteurs du Figaro sont pour) sont sanctionnés et verbalisés à hauteur de 68 euros ; on pourra ainsi contrôler tout le monde grâce au piège exterminateur mais aussi démocratique du numérique. Tous les comptes des rares gêneurs pourront être bloqués à volonté, y compris ceux de leurs avocats. L’oligarque commissaire Breton se flatte de virer Twitter hors d’Europe : tu pourras courir, mais pas t’échapper, cher Elon Musk. Après cette mise au pas numérique, ta carte bleue ne marchera que pour bouffer des insectes et louer ta maison dont l’Etat de Davos s’appropriera. Ca voter, va : tous les partis sont pour. 71% des froncés seraient contre leurs médias : sondage vaseline pour les distraits. La tyrannie européenne va devenir génocidaire : ils feront un sondage pour la légaliser.

François commente :

C’est vrai qu’il y a une forte disparité entre le pourcentage de non suivi des médias et celui de non suivi des masques ou du vax.

Le port du masque était comme mettre le doigt dans l’engrenage, entraînant le reste du corps. Ayant accepté ça, ils se sont trouvés piégés. Le seul moyen de s’en sortir maintenant est relativement utopique : jeter leur téléphone cellulaire, cesser d’avoir peur de virus pathogènes inexistants, ne plus payer d’impôts…

Bienvenue dans le Meilleur des Nouveaux Ordres Mondiaux.

Le règne de la Bête s’en vient.

https://www.zerohedge.com/geopolitical/eu-official-threatens-twitter-pulling-out-anti-disinfo-pact

http://echelledejacob.blogspot.com/2023/05/la-commission-europeenne-blanchit-le.html#more

Les tailleurs de pierre : sublime poème d’Ivan Franko traduit par Teyana (1878). Découvrez les nombreuses traductions de Tetyana et son exceptionnelle présentation du Journal rebelle et décalé de Dovjenko, un des plus grands maîtres du cinéma mondial.

J’ai vu un rêve étrange. Comme si une plaine

Se trouve devant moi, infinie, vide et sauvage,

Et moi, je suis attaché à une chaîne de fer,

Et sous une roche en granit je reste,

Au fond on voit des milles semblables à moi.

Le front de chacun est grêlé par la vie, par le chagrin,

Le feu d’amour brûle dans leurs yeux,

Les chaînes enroulent leurs mains comme un serpent,

Et leurs épaules s’inclinent vers le bas,

Car tous ils sont accablés par un énorme fardeau.

Chacun a dans sa main un lourd marteau de fer,

Et une voix forte nous tonne comme le tonnerre d’en haut ;

« Briser cette roche ! Ne laissez pas ni la chaleur, ni le gel

Vous arrêter ! Supportez le travail, la soif et la faim,

Car vous êtes destinés de briser cette roche ».

Et tous comme un seul homme, nous levâmes nos mains,

Les milliers de marteaux hurlèrent contre la pierre ;

Et les morceaux de la roche se répandaient en fragments

Partout ; et nous avec la force du désespoir

Frappions sans cesse le front de cette pierre.

Comme le cri d’une cascade, comme l’appel d’une bataille sanglante –

Ainsi nos grands marteaux, tous ensemble, grondaient ;

Et, pouce par pouce, nous gagnions la place ;

Bien que plusieurs fussent mutilés là-bas,

Nous avancions et rien ne pouvait nous arrêter.

Chacun de nous savait que nous resterons sans gloire

Et sans mémoire parmi les gens pour notre travail de sang,

Et que les gens prendront cette route uniquement

Quand nous creuserons et aplanirons ce chemin,

Et quand nos os se pourriront dedans…

Mais nous ne cherchions pas la gloire des gens,

Car nous ne sommes pas des héros des épopées,

Non, nous sommes des esclaves, bien que volontairement

Nous ayons pris nos fers. Nous sommes les serfs de la liberté,

Sur ce chemin nous ne sommes que des tailleurs de pierre.

Et tous, nous avons cru qu’avec nos mains

Nous briserions le rocher et casserions le granite,

Qu’avec notre sang et nos os nous allions bâtir

Une route bonne et dure, et que la nouvelle vie

Viendrait après nous dans le monde avec le bien.

Et nous savions que loin dans ce monde

Que nous quittâmes pour le travail, la sueur et le fer,

Les mères, les femmes, les enfants nous pleurent,

Que les amis et les ennemis, irrités et sévères,

Nous blâment et nous maudissent avec notre affaire.

Nous le savions, et souvent notre âme souffrait,

Notre cœur se déchirait, le chagrin nous pesait,

Mais ni les larmes, ni la tristesse, ni la douleur brûlante,

Ni les malédictions ne nous détachaient

De notre cause, et personne ne laissait tomber le marteau de ses mains.

Et nous marchons ainsi, rivés tous ensemble

Par une sainte pensée, les marteaux dans les mains.

Que nous restions maudits, que le monde nous ignore !

Nous brisons la roche, aplanissons pour la vérité son chemin

Et le bonheur pour tous viendra sur nos propres os.

1878

Christophe Guilluy et le grégarisme métro-écolo-bobo : «Le grégarisme social est un des fondamentaux de la bourgeoisie. À cet égard, les bobos ne font pas exception…Les quartiers boboïsés des grandes métropoles fonctionnent eux aussi sur un fort capital d’autochtonie, presque communautaire. À l’heure où les classes populaires sont régulièrement sermonnées pour leur populisme, leur racisme, voire leur communautarisme, il apparaît que les couches supérieures (des riches aux bobos) pratiquent de plus en plus une forme de communautarisme qu’elles refusent aux plus modestes….Le grégarisme résidentiel des bobos, avec digicode et interphone, n’a en réalité pas grand-chose à envier en matière de délimitation d’une sphère privée au petit lotissement. » Relire notre texte sur Ortega Y Gasset et cette manie moderne du bar-café-terrasse bourré…

Les livres de Christophe Guilluy sont riches, et plutôt que d’en faire une présentation globale, je traiterai une question essentielle – celle du bobo qui semble devenir une entité eschatologique dans le monde menaçant –mais aussi délirant – où nous vivons. Bio, parfois homo, puéril, homogénéisé, aseptisé, unisexe (même avec des gosses), xénophile, francophobe, multiculturel, solidement abruti par ses médias subventionnés, avec son cadre de vie surprotégé et par le bonisme dont parlait le grand historien US Stanley Payne, le bobo est effrayant. Et il devient méchant, car il justifiera, après la guerre en Syrie et l’opération des migrants, toutes les brutalités d’un président honni pour préserver, sinon son cadre de vie, du moins son cadre mental qu’il nous a imposé depuis trente ans de réaction bourgeoise socialiste. Rien de neuf sur le fond : lisez Taine (le bourgeois est un être de formation récente…) et comprenez que le bobo est un jeune bourgeois moliéresque relooké. Soyons précis : le bobo n’est surtout pas bohême, il a été fabriqué par la société postindustrielle et par le surdéveloppement étatique, il est puritain, orwellien, aseptisé, il veut tout censurer. Sa festivité est d’appellation contrôlée, et il pratique le tri sélectif dans tout ce qu’il fait. Le bobo obéit, alors que le peuple réagit.

Mais essayons de ne pas trop polémiquer et d’étudier cette entité qui vote Macron et socialo, recueille le migrant (regardez l’article de Télérama qui est à mourir de rire) mais hait son prochain (voyez Cochet qui nous demande de disparaître pour laisser la place au migrant).

On va citer d’abord Thomas Frank, le très brillant essayiste américain, qui a écrit sur cette épineuse question : pourquoi les riches et les privilégiés sont de gauche (et pourquoi donc le populo allait devenir populiste). Dans une interview traduite il déclare :

« Ce que désire la classe des professionnels bien diplômés, c’est une méritocratie plus parfaite : un système où ceux qui ont du talent peuvent s’élever. Quand on est parvenus à la diversité et que les gens brillants de toutes races et de tous sexes ont été dûment qualifiés, cette espèce de libéral ne peut pas vraiment concevoir d’autres griefs contre le système. Les revendications des travailleurs ordinaires ne les touchent pas : les vigiles, les serveurs de fast-foods, les aides à domicile et les gardes d’enfant – dont la plupart sont des femmes et des personnes de couleur – qui n’ont pas de diplôme universitaire. »

Un autre américain, Stanley Payne, évoque le buenismo, inspirateur du citoyen anesthésié (je préfère aseptisé) des temps postmodernes :

« À présent, aucune nouvelle idéologie ne peut agir comme levier de la société. Au contraire, en Espagne, la « bonté » a été imposée, la chose politiquement correcte. Mais cette « bonté » ne cherche pas à provoquer de grandes révoltes, mais l’inverse. Le bien est contre les révoltes. Il prétend dominer la société, mais promouvoir le conformisme, pas les révoltes. »

Venons-en à Guilluy. Dans son ouvrage sur la France périphérique, il écarte brillamment le mythe d’un accord entre bobos et musulmans (base électorale du PS) :

« Le gauchisme culturel de la gauche bobo se heurte en effet à l’attachement, d’ailleurs commun à l’ensemble des catégories populaires (d’origine française ou étrangère), des musulmans aux valeurs traditionnelles… Autrement dit, le projet sociétal de la gauche d’en haut s’oppose en tous points à celui de cet électorat de la gauche d’en bas. »

Comme savent tous ceux qui passent par Paris ou Lyon (ou ailleurs), les bobos ne se mélangent tant pas que ça. Guilluy :

« Les quartiers boboïsés des grandes métropoles fonctionnent eux aussi sur un fort capital d’autochtonie, presque communautaire. À l’heure où les classes populaires sont régulièrement sermonnées pour leur populisme, leur racisme, voire leur communautarisme, il apparaît que les couches supérieures (des riches aux bobos) pratiquent de plus en plus une forme de communautarisme qu’elles refusent aux plus modestes. »

Cela rappelle le fameux numéro de Patrick Timsit dans la Crise de Colline Serreau : ceux de Saint-Denis ont dû faire de la place. Ceux de Neuilly par contre…

Et Guilluy d’ironiser sur les limites de cette société ouverte :

« On peut toutefois remarquer que les tenants de la société ouverte ne sont pas insensibles à ce capital d’autochtonie. Les quartiers boboïsés des grandes métropoles fonctionnent eux aussi sur un fort capital d’autochtonie, presque communautaire. »

Tout cela sent hélas son Edouard Herriot : cœur à gauche et portefeuille à droite !

Le bobo n’est pas bohême, le bobo est d’abord un bourgeois un peu moins catho et réglo que les autres bourgeois (voyez mes textes sur Bloy et Bernanos) :

« Cette sociologie d’en haut permet d’ailleurs de réactiver un clivage droite-gauche à l’intérieur des grandes villes entre une bourgeoisie traditionnelle vieillissante et « boboland ». Un clivage relatif tant les points d’accord sont nombreux (à l’exception de la frange catholique de la bourgeoisie traditionnelle), ouverture au monde, sont ainsi partagés par l’essentiel de ces catégories supérieures. »

La France est sous le contrôle des deux groupes bourgeois :

« La France bourgeoise et urbaine, celle de l’Ouest parisien et celle des grandes métropoles régionales, était donc surreprésentée dans les manifestations parisiennes. En grossissant le trait, on peut dire que le débat sur le mariage homosexuel a opposé les deux bourgeoisies des métropoles : « bobos-sociétales » contre « traditionnelles et catholiques ».

Dans les Fractures, livre que j’ai trouvé encore plus instructif et incisif, Guilluy écrivait sur le goût bobo pour la promotion immobilière :

« Dans ces quartiers, les bobos sont en train de se constituer un patrimoine d’une très grande valeur en acquérant de grandes surfaces industrielles, artisanales ou en réunissant de petits appartements. Les services des impôts ont ainsi enregistré une explosion des ménages payant l’ISF3 dans tous les quartiers populaires des grandes villes et notamment à Paris. »

Puis la cerise sur le gâteau : le bobo adore la diversité car il adore exploiter à moindre prix.

« …en revanche, on ne souligne pas assez un autre aspect de cette nouvelle exploitation, qui permet d’offrir un train de vie « bourgeois » aux nouvelles couches supérieures sans en payer véritablement le prix. La nounou et la femme de ménage immigrées, et parfois sans papiers, ne ponctionnent que marginalement le budget des cadres. De la même manière, c’est bien grâce à l’exploitation en cuisine des immigrés que le bobo peut continuer à fréquenter assidûment les restaurants pour une note assez modique. »

Ami du restau bio et du four micro-ondes, attends encore, car Guilluy va te régler ton compte. 

Guilluy explique cet incomparable mépris du centre pour la France endormie des périphéries :

« Si la « boboïsation » de la sphère médiatique et culturelle est souvent critiquée, on souligne peu l’importance de la culture issue des quartiers populaires métropolitains sur une grande partie de la jeunesse. Les métropoles sont ainsi devenues des centres prescripteurs pour l’ensemble des territoires. Cette domination culturelle et politique des centres fait ressortir encore davantage l’invisibilité culturelle et politique des périphéries périurbaines et rurales. Cette France invisible concentre l’essentiel des couches populaires perdues de vue par la classe dirigeante et dont le poids démographique ne cesse de se renforcer. Car le nouveau monde, celui des métropoles inégalitaires, n’a pas encore fait disparaître l’essentiel d’une France populaire et égalitaire. »

Alain de Benoist avait écrit dans l’Idiot international, journal où j’officiais moi-même, un dense texte sur ce sujet qu’il concluait ainsi :

« On est loin alors, en effet, très loin des vieux clivages. Barrès et Jaurès réconciliés pour estoquer Bernard Tapis. Beau sujet d’allégorie pour un artiste de l’avenir. »

Guilluy va plus loin et remarque que le bobo aime bien se défausser de son racisme sur le petit peuple :

« L’acquisition d’un pavillon bas de gamme impliquerait même le « rejet de l’autre ». Bizarrement, ce déterminisme urbain, cet « effet pavillonnaire », resterait inopérant pour le bobo parisien acquéreur d’une maison individuelle dans le Lubéron… »

Le coup du vivre ensemble ? Guilluy :

« Ce choix résidentiel, souvent imposé par des opportunités foncières, témoigne a priori d’une plus grande tolérance à la diversité sociale et culturelle. Les bobos portent ainsi très haut l’argumentaire du « vivre ensemble…Dans ces quartiers, ce discours vient opportunément masquer la violence sociale engendrée par l’appropriation d’un parc de logements et de quartiers hier populaires. Il permet par ailleurs d’occulter le rapport de classes, pourtant très marqué, entre les bobos et les couches populaires. »

C’est ce qu’il appelle le vivre ensemble séparé – manière américaine, brésilienne ou sud-africaine…

Car tout ce cirque intello a ses limites :

« Dans les quartiers du Nord et de l’Est parisien, ceux qui s’embourgeoisent le plus rapidement depuis les années 1990, il n’est pas rare de trouver des copropriétés privées occupées exclusivement par des bobos, « blancs », jouxtant des immeubles où demeure une majorité de ménages précarisés d’origine maghrébine et africaine. »

Guilluy ajoute :

« Vus d’avion, ces quartiers illustrent apparemment l’idéal de la ville mixte, leur diversité sociale et culturelle étant une réalité perceptible dans l’espace public. En plan rapproché, la ville « arc-en-ciel » laisse la place à un découpage du parc de logements qui nous ramène plus à l’Afrique du Sud au temps de l’apartheid. Une situation qui risque de perdurer du fait du renchérissement du foncier. »

Le fric décide de tout, mais on l’avait compris. Et de la même manière que les concierges votaient à droite et les digicodes socialiste, Guilluy écrit :

« Le grégarisme résidentiel des bobos, avec digicode et interphone, n’a en réalité pas grand-chose à envier en matière de délimitation d’une sphère privée au petit lotissement. »

Cet apartheid subtil et intelligent, pour reprendre les expressions d’un crétin, est habile :

« Comme pour le logement, le séparatisme scolaire revêt aussi une dimension ethnoculturelle. C’est d’ailleurs ce critère qui, pour le sociologue Georges Felouzis, est le plus déterminant dans le processus de ségrégation scolaire. Le chercheur souligne ainsi que les couches supérieures mettent en avant le niveau scolaire des élèves pour éviter un collège, mais qu’ils se déterminent en réalité sur l’origine des élèves et notamment la couleur de la peau. Les collèges où se concentrent des élèves maghrébins et subsahariens seront contournés en priorité. »

Les enfants bobos n’ont pas de souci à avoir (ils ruineront leurs parents ou se feront flinguer en Amérique  lors d’un campus-killing, mais c’est un autre problème) :

« Les enfants des bobos se retrouvent dans les meilleures classes, les enfants d’immigrés se concentrent dans les classes où l’échec scolaire est le plus important et où l’orientation en BEP sera la norme. Des logiques de séparations sociales et ethnoculturelles s’observent aussi à l’intérieur des mêmes classes. Si ces stratégies résidentielles et scolaires n’interdisent pas de réelles solidarités (soutien scolaire, défense des sans-papiers et de leurs enfants), il apparaît que le séparatisme discret des couches supérieures s’impose pourtant à l’ensemble des quartiers dits « mixtes ».

J’ajouterai juste une remarque. La classe bobo des cadres et des professions libérales, des pléthoriques fonctionnaires municipaux et des commissaires de la cybernétique, avec son arrogance, sa tartuferie, sa sous-culture, est insupportable. Et elle tient le coup parce que sa presse est subventionnée par le pouvoir et donc par nos impôts. Et si on arrêtait de banquer pour cette presse qui incarne une classe et une idéologie isolées, on mettrait fin à 90% de notre problème.

Sources

Christophe Guilluy – Fractures françaises ; la France périphérique (Champs)

Nicolas Bonnal – Le choc Macron (Dualpha)

Le communisme messianique dans la Réforme protestante : un essai de Murray Rothbard sur les anabaptistes, Munster et Thomas Münzer. Ici on voit la même inspiration derrière ce grand reset germano-crétin rassemblant Schwab, Ursula, Fink (juif très allemand) et les écolos teutons qui minent le continent européen depuis trois générations maintenant. Le génial Murray Rothbard raconte ici la folie de ce totalitarisme réformé qui regroupe toutes les tares de leur Grand Reset : millénarisme, apocalypse, communisme, confiscations, tyrannie, débauche sexuelle, aberration biblique (cf. Fink-Soros-Harari), réformisme ultra et militarisme forcené. 8000 mots, attention, cela en vaut la peine. Le Grand Reset c’est cette rencontre germano-crétine de l’addiction technologique (tyrannie numérique) et du millénarisme eschatologique (repartir à zéro une fois tout le monde tué). Dans mon livre sur Internet je parlai de la régression  de la référence mythologique qui accompagne le progrès (ou soi-disant progrès) technologique.

MOTS CLÉS Biographies Histoire universelle Autres écoles de pensée Philosophie et méthodologie

30/10/2017 Murray N. Rothbard

[Cet article est extrait d’ Une perspective autrichienne sur l’histoire de la pensée économique , vol. 1, La pensée économique avant Adam Smith . ]

Zélotes communistes : les anabaptistes

Parfois, Martin Luther a dû sentir qu’il avait déclenché le tourbillon, voire ouvert les portes de l’Enfer. Peu de temps après que Luther ait lancé la Réforme, diverses sectes anabaptistes sont apparues et se sont répandues dans toute l’Allemagne. Les anabaptistes croyaient à la prédestination des élus, mais ils croyaient aussi, contrairement à Luther, qu’ils savaientinfailliblement qui étaient les élus : c’est-à-dire eux-mêmes. Le signe de cette élection était dans un processus de conversion émotionnel et mystique, celui d’être « né de nouveau », baptisé dans le Saint-Esprit. Un tel baptême doit être adulte et non parmi les enfants; plus précisément, cela signifiait que seuls les élus devaient être des membres de la secte qui obéissaient aux règles et croyances multiples de l’Église. L’idée de secte, contrairement au catholicisme, au luthéranisme ou au calvinisme, n’était pas l’appartenance complète à l’Église dans la société. La secte devait être distinctement séparée, pour les élus seulement.

Compte tenu de cette croyance, il y avait deux façons dont l’anabaptisme pouvait aller et allait. La plupart des anabaptistes, comme les mennonites ou les amish, sont devenus des anarchistes virtuels. Ils ont essayé de se séparer autant que possible d’un État et d’une société nécessairement pécheurs et se sont engagés dans une résistance non violente aux décrets de l’État.

L’autre voie, empruntée par une autre aile des anabaptistes, était de tenter de s’emparer du pouvoir dans l’État et de façonner la majorité par la coercition extrême : bref, l’ultrathéocratie. Comme le souligne incisivement Monseigneur Knox, même lorsque Calvin établit une théocratie à Genève, celle-ci devait pâlir à côté de celle qui aurait pu être établie par un prophète jouissant d’une révélation continue, nouvelle et mystique.

Comme le souligne Knox, dans son style scintillant habituel :

dans la Genève de Calvin… et dans les colonies puritaines d’Amérique, l’aile gauche de la Réforme a signalé son ascendant en renforçant le rigorisme de sa morale avec tous les mécanismes de discipline disponibles ; par l’excommunication ou, en cas d’échec, par une peine laïque. Sous une telle discipline, le péché devenait un crime, puni par les élus avec une insupportable suffisance…

J’ai appelé cette attitude rigoriste une pâle ombre du principe théocratique, parce qu’une théocratie pure exige la présence d’un chef ou de chefs divinement inspirés, à qui le gouvernement appartient par droit d’illumination mystique. Les grands réformateurs n’étaient pas, il faut le dire, des hommes de cette trempe ; ils étaient des experts, des hommes du nouveau savoir… 1

Et donc l’une des différences cruciales entre les anabaptistes et les réformateurs plus conservateurs était que les premiers revendiquaient une révélation mystique continue pour eux-mêmes, forçant des hommes comme Luther et Calvin à se rabattre sur la Bible seule comme la première ainsi que la dernière révélation.

Le premier chef de l’aile ultrathéocrate des anabaptistes fut Thomas Müntzer (vers 1489-1525). Né dans le confort de Stolberg en Thuringe, Müntzer a étudié aux universités de Leipzig et de Francfort et est devenu très instruit dans les écritures, les classiques, la théologie et les écrits des mystiques allemands. Devenu disciple presque aussitôt que Luther lança la Réforme en 1520, Müntzer fut recommandé par Luther pour le pastorat de la ville de Zwickau. Zwickau était près de la frontière bohémienne, et là, l’agité Müntzer fut converti par le tisserand et adepte Niklas Storch, qui avait été en Bohême, à l’ancienne doctrine taborite qui avait prospéré en Bohême un siècle plus tôt. Cette doctrine consistait essentiellement en une révélation mystique continue et la nécessité pour les élus de prendre le pouvoir et d’imposer une société de communisme théocratique par la force brutale des armes. De plus, le mariage devait être interdit et chaque homme devait pouvoir avoir n’importe quelle femme à sa guise.

L’aile passive des anabaptistes était des anarchocommunistes volontaires, qui souhaitaient vivre en paix par eux-mêmes; mais Müntzer a adopté la vision Storch du sang et de la coercition. Quittant très rapidement le luthéranisme, Müntzer se sentit le prophète à venir, et ses enseignements commencèrent alors à mettre l’accent sur une guerre de sang et d’extermination à mener par les élus contre les pécheurs. Müntzer a affirmé que le « Christ vivant » était définitivement entré dans sa propre âme; doté ainsi d’une parfaite compréhension de la volonté divine, Müntzer s’est affirmé comme étant particulièrement qualifié pour remplir la mission divine. Il a même parlé de lui-même comme « devenant Dieu ». Abandonnant le monde de l’apprentissage, Müntzer était maintenant prêt à l’action.

En 1521, un an seulement après son arrivée, le conseil municipal de Zwickau s’effraya de ces délires de plus en plus populaires et ordonna l’expulsion de Müntzer de la ville. En signe de protestation, une grande partie de la population, en particulier les tisserands, dirigés par Niklas Storch, se sont révoltés, mais le soulèvement a été réprimé. À ce moment-là, Müntzer s’est caché à Prague, à la recherche de vestiges taborites dans la capitale de la Bohême. Parlant dans des métaphores paysannes, il a déclaré que le temps de la moisson est arrivé, « donc Dieu lui-même m’a embauché pour sa moisson. J’ai aiguisé ma faux, car mes pensées sont plus fortement fixées sur la vérité, et mes lèvres, mes mains, ma peau, mes cheveux , l’âme, le corps, la vie maudissent les mécréants. » Müntzer, cependant, n’a trouvé aucun vestige taborite; cela n’aidait pas la popularité du prophète qu’il ne connaissait pas le tchèque et devait prêcher avec l’aide d’un interprète.

Après avoir erré dans le centre de l’Allemagne dans la pauvreté pendant plusieurs années, se signant « messager du Christ », Müntzer obtint en 1523 un poste ministériel dans la petite ville de Thuringe d’ Allstedt . Là, il s’est forgé une large réputation de prédicateur employant la langue vernaculaire et a commencé à attirer un large public de mineurs sans instruction, qu’il a formés en une organisation révolutionnaire appelée «La Ligue des élus».

Un tournant dans la carrière orageuse de Müntzer survint un an plus tard, lorsque le duc Jean, prince de Saxe et luthérien, entendant des rumeurs alarmantes à son sujet, vint voir le petit Allstedt et demanda à Müntzer de lui prêcher un sermon. C’était l’occasion pour Mützer, et il l’a saisie. Il l’a mis sur la ligne : il a appelé les princes saxons à faire leur choix et à prendre position, soit en tant que serviteurs de Dieu, soit en tant que serviteurs du Diable. Si les princes saxons doivent prendre position avec Dieu, alors ils « doivent continuer avec l’épée ». « Ne les laissez plus vivre », a conseillé notre prophète, « les malfaiteurs qui nous détournent de Dieu. Car un impie n’a pas le droit de vivre s’il entrave les pieux. » La définition de Müntzer de « l’impie », bien sûr, était globale. « L’épée est nécessaire pour exterminer » les prêtres, moines et dirigeants impies. Mais, avertit Müntzer, si les princes de Saxe échouent dans cette tâche, s’ils vacillent, « l’épée leur sera enlevée… S’ils résistent, qu’ils soient massacrés sans pitié… ». Müntzer est ensuite revenu à son analogie préférée du temps de la moisson : « Au moment de la moisson, il faut arracher les mauvaises herbes de la vigne de Dieu… Car les impies n’ont pas le droit de vivre, sauf ce que les Élus choisissent de leur permettre…. façon dont le millénium, le Royaume millénaire de Dieu sur terre, serait introduit. Mais une condition clé est nécessaire pour que les princes accomplissent cette tâche avec succès; ils doivent avoir à leurs côtés un prêtre/prophète (devinez qui !) pour inspirer et guider leurs efforts. l’épée leur sera enlevée… S’ils résistent, qu’ils soient abattus sans pitié… » Müntzer est ensuite revenu à son analogie préférée du temps de la moisson : « Au moment de la moisson, il faut arracher les mauvaises herbes de la vigne de Dieu… Car les impies n’ont pas le droit de vivre, sauf ce que les élus choisissent de leur permettre…. « De cette façon, le millénium, le Royaume millénaire de Dieu sur terre, serait inauguré. Mais une condition essentielle est nécessaire pour que les princes accomplissent cette tâche avec succès ; ils doivent avoir à leurs côtés un prêtre/prophète (devinez qui !) pour inspirer et guider leurs efforts. l’épée leur sera enlevée… S’ils résistent, qu’ils soient abattus sans pitié… » Müntzer est ensuite revenu à son analogie préférée du temps de la moisson : « Au moment de la moisson, il faut arracher les mauvaises herbes de la vigne de Dieu… Car les impies n’ont pas le droit de vivre, sauf ce que les élus choisissent de leur permettre…. « De cette façon, le millénium, le Royaume millénaire de Dieu sur terre, serait inauguré. Mais une condition essentielle est nécessaire pour que les princes accomplissent cette tâche avec succès ; ils doivent avoir à leurs côtés un prêtre/prophète (devinez qui !) pour inspirer et guider leurs efforts. sauf ce que les élus choisissent de leur permettre…. « De cette façon, le millénium, le Royaume millénaire de Dieu sur terre, serait inauguré. Mais une condition essentielle est nécessaire pour que les princes accomplissent cette tâche avec succès ; ils doivent avoir à leurs côtés un prêtre/prophète (devinez qui !) pour inspirer et guider leurs efforts. sauf ce que les élus choisissent de leur permettre…. « De cette façon, le millénium, le Royaume millénaire de Dieu sur terre, serait inauguré. Mais une condition essentielle est nécessaire pour que les princes accomplissent cette tâche avec succès ; ils doivent avoir à leurs côtés un prêtre/prophète (devinez qui !) pour inspirer et guider leurs efforts.

Assez curieusement pour une époque où aucun premier amendement n’empêchait les dirigeants de traiter sévèrement l’hérésie, le duc John ne semblait pas se soucier de l’ultimatum frénétique de Müntzer. Même après que Müntzer ait commencé à prêcher un sermon proclamant le renversement imminent de tous les tyrans et le début du royaume messianique, le duc n’a rien fait. Enfin, sous l’insistance de Luther que Müntzer devenait dangereux, le duc Jean dit au prophète de s’abstenir de toute prédication provocatrice jusqu’à ce que son cas soit tranché par son frère, l’électeur.

« Le clergé, qui constituait l’élite dirigeante de l’État, s’exonérait d’impôts tout en imposant de très lourdes taxes au reste de la population. »

Cette douce réaction des princes saxons suffisait cependant à mettre Thomas Müntzer sur sa dernière voie révolutionnaire. Les princes s’étaient montrés indignes de confiance ; la masse des pauvres allait maintenant faire la révolution. Les pauvres étaient les élus et établiraient une règle de communisme égalitaire obligatoire, un monde où toutes choses seraient possédées en commun par tous, où chacun serait égal en tout et où chacun recevrait selon ses besoins. Mais pas encore. Car même les pauvres doivent d’abord être brisés des désirs mondains et des plaisirs frivoles, et doivent reconnaître la direction d’un nouveau « serviteur de Dieu » qui « doit se tenir dans l’esprit d’Elie… et mettre les choses en mouvement ». (Encore une fois, devinez qui !)

Considérant la Saxe comme inhospitalière, Müntzer escalada les remparts d’Allstedt et s’installa en 1524 dans la ville thuringienne de Muhlhausen. Expert de la pêche en eaux troubles, Müntzer a trouvé un foyer amical à Muhlhausen, qui était dans un état d’agitation politique depuis plus d’un an. Prêchant l’extermination imminente des impies, Müntzer a défilé dans la ville à la tête d’une bande armée, portant devant lui un crucifix rouge et une épée nue. Expulsé de Muhlhausen après la répression d’une révolte de ses alliés, Müntzer se rendit à Nuremberg, qui à son tour l’expulsa après avoir publié des pamphlets révolutionnaires. Après avoir erré dans le sud-ouest de l’Allemagne, Müntzer fut invité à revenir à Muhlhausen en février 1525, où un groupe révolutionnaire avait pris le relais.

Thomas Müntzer et ses alliés ont procédé à imposer un régime communiste à la ville de Muhlhausen. Les monastères ont été saisis et tous les biens ont été décrétés en commun, et la conséquence, comme l’a noté un observateur contemporain, était qu ‘«il affectait tellement le peuple que personne ne voulait travailler». Le résultat fut que la théorie du communisme et de l’amour devint rapidement en pratique un alibi pour un vol systémique :

quand quelqu’un avait besoin de nourriture ou de vêtements, il allait vers un homme riche et le lui demandait au nom du Christ, car le Christ avait ordonné que tous partagent avec les nécessiteux. Et ce qui n’était pas donné librement était pris de force. Beaucoup ont agi ainsi… Thomas [Müntzer] a institué ce brigandage et l’a multiplié chaque jour. 2

À ce moment-là, la grande guerre des paysans a éclaté dans toute l’Allemagne, une rébellion lancée par la paysannerie en faveur de leur autonomie locale et en opposition au nouveau régime centralisateur, à forte fiscalité et absolutiste des princes allemands. Dans toute l’Allemagne, les princes ont écrasé la paysannerie faiblement armée avec une grande brutalité, massacrant environ 100 000 paysans dans le processus. En Thuringe, l’armée des princes affronte les paysans le 15 mai avec beaucoup d’artillerie et 2 000 cavaliers, luxes refusés aux paysans. Le landgrave de Hesse, commandant de l’armée des princes, offrit l’amnistie aux paysans s’ils livraient Müntzer et ses partisans immédiats. Les paysans furent fortement tentés, mais Müntzer, brandissant son épée nue, prononça son dernier discours enflammé, déclarant que Dieu lui avait personnellement promis la victoire ; qu’il attraperait tous les boulets ennemis dans les manches de son manteau ; que Dieu les protégerait tous. Juste au moment stratégique du discours de Müntzer, un arc-en-ciel est apparu dans les cieux, et Müntzer avait auparavant adopté l’arc-en-ciel comme symbole de son mouvement. Pour la paysannerie crédule et confuse, cela semblait un véritable signe du Ciel. Malheureusement, le signe n’a pas fonctionné et l’armée des princes a écrasé les paysans, tuant 5 000 personnes et ne perdant qu’une demi-douzaine d’hommes. Müntzer lui-même s’est enfui et s’est caché, mais a été capturé quelques jours plus tard, torturé pour obtenir des aveux, puis exécuté. et Müntzer avait auparavant adopté l’arc-en-ciel comme symbole de son mouvement. Pour la paysannerie crédule et confuse, cela semblait un véritable signe du Ciel. Malheureusement, le signe n’a pas fonctionné et l’armée des princes a écrasé les paysans, tuant 5 000 personnes et ne perdant qu’une demi-douzaine d’hommes. Müntzer lui-même s’est enfui et s’est caché, mais a été capturé quelques jours plus tard, torturé pour obtenir des aveux, puis exécuté. et Müntzer avait auparavant adopté l’arc-en-ciel comme symbole de son mouvement. Pour la paysannerie crédule et confuse, cela semblait un véritable signe du Ciel. Malheureusement, le signe n’a pas fonctionné et l’armée des princes a écrasé les paysans, tuant 5 000 personnes et ne perdant qu’une demi-douzaine d’hommes. Müntzer lui-même s’est enfui et s’est caché, mais a été capturé quelques jours plus tard, torturé pour obtenir des aveux, puis exécuté.

Thomas Müntzer et ses signes ont peut-être été vaincus, et son corps a peut-être moisi dans la tombe, mais son âme a continué à marcher. Non seulement son esprit a été maintenu en vie par des adeptes de son temps, mais aussi par des historiens marxistes d’Engels à nos jours, qui ont vu dans ce mystique trompé une incarnation de la révolution sociale et de la lutte des classes, et un précurseur des prophéties chiliastiques de la « scène communiste » de l’avenir marxiste supposément inévitable.

La cause müntzerienne fut bientôt reprise par un ancien disciple, le relieur Hans Hut. Hut prétendait être un prophète envoyé par Dieu pour annoncer qu’à la Pentecôte 1528, le Christ reviendrait sur terre et donnerait le pouvoir d’imposer la justice à Hut et à sa suite de saints rebaptisés. Les saints « prendraient alors des épées à double tranchant » et assouviraient la vengeance de Dieu sur les prêtres, les pasteurs, les rois et les nobles. Hut et ses partisans «établiraient alors le règne de Hans Hut sur terre», avec Muhlhausen comme capitale privilégiée. Le Christ devait alors établir un millénaire marqué par le communisme et l’amour libre. Hut a été capturé en 1527 (avant que Jésus n’ait eu la chance de revenir), emprisonné à Augsbourg et tué en tentant de s’échapper. Pendant un an ou deux, des adeptes huttiens ont continué à émerger, à Augsbourg, Nuremberg et Esslingen, dans le sud de l’Allemagne, menaçant d’établir leur Royaume de Dieu communiste par la force des armes. Mais en 1530, ils ont été écrasés et réprimés par les autorités alarmées. L’anabaptisme de type müntzérien devait maintenant se déplacer vers le nord-ouest de l’Allemagne.

Communisme totalitaire à Münster

Le nord-ouest de l’Allemagne à cette époque était parsemé d’un certain nombre de petits États ecclésiastiques, chacun dirigé par un prince-évêque. L’État était dirigé par des clercs aristocratiques, qui élisaient l’un des leurs comme évêque. Généralement, ces évêques étaient des seigneurs séculiers non ordonnés. En marchandant les impôts, la capitale de chacun de ces États s’était généralement arraché une certaine autonomie. Le clergé, qui constituait l’élite dirigeante de l’État, s’exemptait d’impôts tout en imposant de très lourdes taxes au reste de la population. Généralement, les capitales en sont venues à être dirigées par leur propre élite au pouvoir, une oligarchie de guildes, qui a utilisé le pouvoir du gouvernement pour cartelliser leurs diverses professions et occupations.

Le plus grand de ces États ecclésiastiques du nord-ouest de l’Allemagne était l’ évêché de Münster , et sa capitale, Münster , une ville d’environ 10 000 habitants, était dirigée par les guildes municipales. Les guildes de Münster étaient particulièrement exercées par la concurrence économique des moines, qui n’étaient pas contraints d’obéir aux restrictions et règlements des guildes.

Pendant la guerre des paysans, les capitales de plusieurs de ces États, dont Münster, en profitent pour se révolter et l’évêque de Münster est contraint de faire de nombreuses concessions. Avec l’écrasement de la rébellion, cependant, l’évêque reprit les concessions et rétablit l’ancien régime. En 1532, cependant, les guildes, soutenues par le peuple, ont pu riposter et prendre le contrôle de la ville, forçant bientôt l’évêque à reconnaître officiellement Münster comme ville luthérienne.

Il n’était cependant pas destiné à le rester longtemps. De tout le nord-ouest, des hordes d’enthousiastes anabaptistes ont afflué à Münster, cherchant le début de la Nouvelle Jérusalem. Du nord des Pays-Bas sont venus des centaines de Melchiorites, disciples du visionnaire itinérant Melchior Hoffmann. Hoffmann, un apprenti fourreur sans instruction de Souabe dans le sud de l’Allemagne, avait erré pendant des années à travers l’Europe en prêchant l’imminence de la seconde venue, dont il avait conclu de ses recherches qu’elle se produirait en 1533, le quinzième centenaire de la mort de Jésus. Le melchiorisme avait prospéré dans le nord des Pays-Bas et de nombreux adeptes affluaient maintenant à Münster, convertissant rapidement les classes les plus pauvres de la ville.

Pendant ce temps, la cause anabaptiste à Münster a reçu une balle dans le bras, lorsque le jeune ministre éloquent et populaire Bernt Rothmann, fils très instruit d’un forgeron de la ville, s’est converti à l’anabaptisme. À l’origine prêtre catholique, Rothmann était devenu un ami de Luther et le chef du mouvement luthérien à Münster. Converti à l’anabaptisme, Rothmann prêta sa prédication éloquente à la cause du communisme tel qu’il était censé avoir existé dans l’Église chrétienne primitive, tenant tout en commun sans mien ni tien et donnant à chacun selon son « besoin ». En réponse à la réputation de Rothmann, des milliers de personnes ont afflué à Münster, des centaines de pauvres, de déracinés, de personnes désespérément endettées et «des gens qui, ayant traversé la fortune de leurs parents, ne gagnaient rien par leur propre industrie…». Les gens en général, attirés par l’idée de  » piller et voler le clergé et les riches bourgeois « . Les bourgeois horrifiés ont tenté de chasser Rothmann et les prédicateurs anabaptistes, mais en vain.

En 1533, Melchior Hoffmann, persuadé que la seconde venue se produirait d’un jour à l’autre, retourna à Strasbourg, où il avait eu beaucoup de succès, se faisant appeler le prophète Elias. Il a été rapidement jeté en prison et y est resté jusqu’à sa mort une décennie plus tard.

Hoffmann, malgré toutes les similitudes avec les autres, était un homme pacifique qui conseillait la non-violence à ses disciples ; après tout, si Jésus devait revenir de manière imminente, pourquoi s’engager contre les incroyants ? L’emprisonnement d’Hoffmann, et bien sûr le fait que 1533 est venu et reparti sans seconde venue, ont discrédité Melchior, et ainsi ses partisans de Münster se sont tournés vers des prophètes post-millénaristes beaucoup plus violents qui croyaient qu’ils devraient établir le Royaume par le feu et l’épée. .

Le nouveau chef des anabaptistes coercitifs était un boulanger hollandais de Haarlem, un certain Jan Matthys (Matthyszoon). Ravivant l’esprit de Thomas Müntzer, Matthys envoya des missionnaires ou « apôtres » de Haarlem pour rebaptiser tous ceux qu’ils pouvaient et nommer des « évêques » avec le pouvoir de baptiser. Lorsque les nouveaux apôtres arrivèrent à Münster au début de 1534, ils furent accueillis, comme on pouvait s’y attendre, avec un énorme enthousiasme. Pris dans la frénésie, même Rothmann se rebaptise une nouvelle fois, suivi de nombreuses ex-religieuses et d’une grande partie de la population. En une semaine, les apôtres avaient rebaptisé 1 400 personnes.

Un autre apôtre arriva bientôt, un jeune homme de 25 ans qui avait été converti et baptisé par Matthys seulement quelques mois plus tôt. C’était Jan Bockelson (Bockelszoon, Beukelsz), qui allait bientôt devenir connu dans la chanson et l’histoire sous le nom de Johann de Leyde. Bien que beau et éloquent, Bockelson était une âme troublée, étant né le fils illégitime du maire d’un village hollandais par une femme serf de Westphalie. Bockelson a commencé sa vie comme apprenti tailleur, a épousé une riche veuve, mais a ensuite fait faillite lorsqu’il s’est installé comme marchand indépendant.

En février 1534, Bockelson obtint le soutien du riche marchand de tissus Bernt Knipperdollinck, le puissant chef des guildes de Münster, et épousa astucieusement la fille de Knipperdollinck. Le 8 février, le gendre et le beau-père ont couru ensemble dans les rues, appelant tout le monde à se repentir. Après beaucoup de frénésie, des masses se tordant sur le sol et des visions apocalyptiques, les anabaptistes se sont soulevés et ont saisi la mairie, obtenant la reconnaissance légale de leur mouvement.

En réponse à ce soulèvement réussi, de nombreux riches luthériens ont quitté la ville et les anabaptistes, se sentant exubérants, ont envoyé des messagers dans les environs pour appeler tout le monde à venir à Münster. Le reste du monde, proclamaient-ils, serait détruit dans un mois ou deux ; seul Münster serait sauvé, pour devenir la Nouvelle Jérusalem. Des milliers de personnes ont afflué d’aussi loin que la Flandre et la Frise dans le nord des Pays-Bas. En conséquence, les anabaptistes obtiennent rapidement la majorité au conseil municipal, et ce succès est suivi trois jours plus tard, le 24 février, d’une orgie de pillages de livres, de statues et de peintures dans les églises et dans toute la ville. Bientôt Jan Matthys lui-même arriva, un homme grand et décharné avec une longue barbe noire. Matthys, aidé de Bockelson, devient rapidement le dictateur virtuel de la ville. Les anabaptistes coercitifs s’étaient enfin emparés d’une ville.

Le premier programme puissant de cette théocratie rigide était, bien sûr, de purger la Nouvelle Jérusalem des impurs et des impies, comme prélude à leur extermination ultime à travers le monde. Matthys a donc appelé à l’exécution de tous les catholiques et luthériens restants, mais la tête froide de Knipperdollinck l’a emporté, puisqu’il a averti Matthys que massacrer tous les autres chrétiens qu’eux-mêmes pourrait rendre le reste du monde énervé, et ils pourraient tous venir écraser le Nouveau Jérusalem dans son berceau. Il a donc été décidé de faire la meilleure chose suivante, et le 27 février, les catholiques et les luthériens ont été chassés de la ville, au milieu d’une horrible tempête de neige. Dans un acte préfigurant le Cambodge communiste, tous les non-anabaptistes, y compris les personnes âgées, les invalides, les bébés et les femmes enceintes ont été poussés dans la tempête de neige, et tous ont été forcés de laisser derrière eux tout leur argent, leurs biens, leur nourriture et leurs vêtements. Les luthériens et catholiques restants ont été obligatoirement rebaptisés, et tous ceux qui ont refusé ce ministère ont été mis à mort.

L’expulsion de tous les luthériens et catholiques a suffi à l’évêque, qui a commencé un long siège militaire de la ville le lendemain, le 28 février. Avec chaque personne enrôlée pour le travail de siège, Jan Matthys a lancé sa révolution sociale communiste totalitaire.

La première étape consistait à confisquer les biens des expulsés. Tous leurs biens matériels étaient placés dans des dépôts centraux, et les pauvres étaient encouragés à prendre « selon leurs besoins », les « besoins » devant être interprétés par sept « diacres » nommés choisis par Matthys. Lorsqu’un forgeron a protesté contre ces mesures imposées par des étrangers hollandais, Matthys a arrêté le courageux forgeron. Convoquant toute la population de la ville, Matthys a personnellement poignardé, abattu et tué le forgeron « impie », ainsi que jeté en prison plusieurs citoyens éminents qui avaient protesté contre son traitement. La foule a été avertie de profiter de cette exécution publique, et ils ont docilement chanté un hymne en l’honneur du meurtre.

Un élément clé du règne de terreur anabaptiste à Münster était maintenant dévoilé. Infailliblement, tout comme dans le cas des communistes cambodgiens quatre siècles et demi plus tard, la nouvelle élite dirigeante a réalisé que l’abolition de la propriété privée de l’argent réduirait la population à une dépendance servile totale vis-à-vis des hommes de pouvoir. Et donc Matthys, Rothmann et d’autres ont lancé une campagne de propagande selon laquelle il n’était pas chrétien de posséder de l’argent en privé ; que tout l’argent devait être détenu en «commun», ce qui signifiait en pratique que tout l’argent, quel qu’il soit, devait être remis à Matthys et à sa clique dirigeante. Plusieurs anabaptistes qui gardaient ou cachaient leur argent ont été arrêtés puis terrorisés pour qu’ils rampent vers Matthys à genoux, implorant pardon et le suppliant d’intercéder auprès de Dieu en leur faveur. Matthys a alors gracieusement « pardonné » les pécheurs.

Après deux mois de pressions sévères et incessantes, une combinaison de propagande sur le christianisme de l’abolition de l’argent privé, et de menaces et de terreur contre ceux qui ne se sont pas rendus, la propriété privée de l’argent a été effectivement abolie à Münster. Le gouvernement a saisi tout l’argent et l’a utilisé pour acheter ou louer des biens du monde extérieur. Les salaires étaient distribués en nature par le seul employeur restant : l’État théocratique anabaptiste.

La nourriture a été confisquée dans les maisons privées et rationnée selon la volonté des diacres du gouvernement. De plus, pour accueillir les immigrants, toutes les maisons privées ont été effectivement communisées, chacun étant autorisé à se loger n’importe où; il était désormais illégal de fermer, et encore moins de verrouiller, des portes. Des réfectoires communautaires ont été créés, où les gens mangeaient ensemble en écoutant des lectures de l’Ancien Testament.

Ce communisme obligatoire et ce règne de la terreur ont été menés au nom de l’« amour » communautaire et chrétien. Toute cette communisation était considérée comme les premiers pas de géant vers un communisme égalitaire total, où, comme l’a dit Rothmann, « tout devait être en commun, il ne devait plus y avoir de propriété privée et personne ne devait plus travailler, mais simplement faire confiance à Dieu. » La partie sans travail, bien sûr, n’est jamais arrivée.

Un pamphlet envoyé en octobre 1534 aux autres communautés anabaptistes salue le nouvel ordre de l’amour chrétien par la terreur :

Car non seulement nous avons mis tous nos biens dans une réserve commune sous la garde des diacres, et en vivons selon nos besoins ; nous louons Dieu par le Christ d’un seul cœur et d’un seul esprit et sommes impatients de nous entraider dans toutes sortes de services.

Et en conséquence, tout ce qui a servi aux fins de l’égoïsme et de la propriété privée, comme acheter et vendre, travailler pour de l’argent, prendre des intérêts et pratiquer l’usure… ou manger et boire la sueur des pauvres… et en effet tout ce qui offense l’amour – tout de telles choses sont abolies parmi nous par le pouvoir de l’amour et de la communauté.

Avec une grande constance, les anabaptistes de Münster ne prétendaient pas préserver la liberté intellectuelle tout en communiquant toute propriété matérielle. Car les anabaptistes se vantaient de leur manque d’instruction et affirmaient que c’étaient les ignorants et les non lavés qui seraient les élus du monde. La foule anabaptiste prit un plaisir particulier à brûler tous les livres et manuscrits de la bibliothèque de la cathédrale, et finalement, à la mi-mars 1534, Matthys interdit tous les livres sauf le Bon Livre – la Bible. Pour symboliser une rupture totale avec le passé pécheur, tous les livres privés et publics ont été jetés sur un grand feu de joie communautaire. Tout cela garantissait, bien sûr, que la seule théologie ou interprétation des Écritures ouverte aux münstériens était celle de Matthys et des autres prédicateurs anabaptistes.

À la fin du mois de mars, cependant, l’orgueil gonflé de Matthys l’a abattu. Convaincu à Pâques que Dieu lui avait ordonné, ainsi qu’à quelques fidèles, de lever le siège de l’évêque et de libérer la ville, Matthys et quelques autres se précipitèrent par les portes de l’armée assiégeante et furent littéralement taillés en pièces. À une époque où l’idée d’une pleine liberté religieuse était pratiquement inconnue, on peut imaginer que les anabaptistes que les chrétiens les plus orthodoxes pourraient mettre la main sur eux ne gagneraient pas une très bonne récompense.

La mort de Matthys a laissé Münster entre les mains du jeune Bockelson. Et si Matthys avait châtié les habitants de Münster avec des fouets, Bockelson les châtierait avec des scorpions. Bockelson n’a pas perdu de temps à pleurer son mentor. Il a prêché aux fidèles : « Dieu vous donnera un autre Prophète qui sera plus puissant. Comment ce jeune passionné a-t-il pu surpasser son maître ? Au début de mai, Bockelson a attiré l’attention de la ville en courant nu dans les rues avec frénésie, tombant ensuite dans une extase silencieuse de trois jours. Lorsqu’il ressuscita, il annonça à tout le peuple une nouvelle dispensation que Dieu lui avait révélée. Avec Dieu à ses côtés, Bockelson a aboli les anciens bureaux municipaux fonctionnels du conseil et des bourgmestres, et a installé un nouveau conseil dirigeant de 12 anciens, avec lui-même, bien sûr, comme l’aîné des anciens. Les anciens avaient désormais une autorité totale sur la vie et la mort, la propriété et l’esprit de chaque habitant de Münster. Un système strict de travail forcé a été imposé, tous les artisans non enrôlés dans l’armée étant devenus des employés publics, travaillant pour la communauté sans récompense monétaire. Cela signifiait, bien sûr, que les guildes étaient désormais abolies.

Le totalitarisme à Münster était désormais complet. La mort était désormais la punition de pratiquement tous les actes indépendants, bons ou mauvais. La peine capitale a été décrétée pour les grands crimes de meurtre, de vol, de mensonge, d’avarice et de querelle ! La mort a également été décrétée pour tous les types d’insubordination imaginables : les jeunes contre leurs parents, les femmes contre leurs maris et, bien sûr, n’importe qui contre les représentants élus de Dieu sur terre, le gouvernement totalitaire de Münster. Bernt Knipperdollinck a été nommé grand bourreau pour faire appliquer les décrets.

Le seul aspect de la vie qui n’avait pas été touché auparavant était le sexe, et cela tombait maintenant sous le marteau du despotisme total de Bockelson. La seule relation sexuelle autorisée était le mariage entre deux anabaptistes. Le sexe sous toute autre forme, y compris le mariage avec l’un des « impies », était un crime capital. Mais bientôt Bockelson dépasse ce credo un peu démodé et décide d’instaurer la polygamie obligatoire à Münster. Étant donné que de nombreux expulsés avaient laissé leurs femmes et leurs filles derrière eux, Münster comptait désormais trois fois plus de femmes à marier que d’hommes, de sorte que la polygamie était devenue technologiquement réalisable. Bockelson a converti les autres prédicateurs plutôt surpris en citant la polygamie parmi les patriarches d’Israël, ainsi qu’en menaçant de mort les dissidents.

La polygamie obligatoire était un peu trop pour de nombreux münstériens, qui ont lancé une rébellion en signe de protestation. La rébellion fut cependant rapidement écrasée et la plupart des rebelles mis à mort. L’exécution était également le sort de tout autre dissident. Ainsi, en août 1534, la polygamie fut établie de manière coercitive à Münster. Comme on pouvait s’y attendre, le jeune Bockelson prit instantanément goût au nouveau régime, et bientôt il eut un harem de 15 épouses, dont Divara, la belle jeune veuve de Jan Matthys. Le reste de la population masculine a également commencé à prendre le nouveau décret comme des canards à l’eau. Beaucoup de femmes n’ont pas apprécié la nouvelle dispensation, et les anciens ont donc adopté une loi ordonnant le mariage obligatoire pour toutes les femmes de moins (et probablement aussi de plus) d’un certain âge, ce qui signifiait généralement être une troisième ou quatrième épouse obligatoire.

De plus, comme le mariage parmi les impies était non seulement invalide mais aussi illégal, les épouses des expulsés devenaient maintenant un gibier et étaient obligées de «se marier» avec de bons anabaptistes. Le refus de se conformer à la nouvelle loi était bien sûr passible de la peine de mort, et un certain nombre de femmes ont été exécutées en conséquence. Ces «vieilles» épouses qui en voulaient aux nouvelles épouses qui entraient dans leur foyer ont également été réprimées et leurs querelles sont devenues un crime capital. De nombreuses femmes ont été exécutées pour s’être disputées.

Mais le bras long de l’État ne pouvait aller jusque-là et, dans leur premier revers interne, Bockelson et ses hommes ont dû céder et autoriser le divorce. En effet, la cérémonie du mariage était désormais totalement interdite et le divorce rendu très facile. En conséquence, Münster tombait désormais sous un régime de ce qui équivalait à l’amour libre obligatoire. Ainsi, en l’espace de quelques mois seulement, un puritanisme rigide s’était transmué en un régime de promiscuité obligatoire.

Pendant ce temps, Bockelson s’est avéré être un excellent organisateur d’une ville assiégée. Le travail obligatoire, militaire et civil, était strictement appliqué. L’armée de l’évêque était composée de mercenaires mal et irrégulièrement payés, et Bockelson a pu inciter beaucoup d’entre eux à déserter en leur offrant un salaire régulier (payer pour de l’ argent, c’est-à-dire contrairement au communisme interne rigide sans argent de Bockelson). Les ex-mercenaires ivres ont cependant été abattus immédiatement. Lorsque l’évêque a tiré des pamphlets dans la ville offrant une amnistie générale en échange d’une reddition, Bockelson a fait de la lecture de ces pamphlets un crime passible de – bien sûr – la mort.

Fin août 1534, les armées de l’évêque sont en déroute et le siège temporairement levé. Jan Bockelson saisit cette opportunité pour pousser plus loin sa révolution communiste « égalitaire » : il se fait nommer roi et Messie des Derniers Jours.

Se proclamer roi aurait pu paraître ringard et peut-être même illégitime. Et donc Bockelson avait un Dusentschur, un orfèvre d’une ville voisine et un prophète autoproclamé, faire le travail pour lui. Début septembre, Dusentschur annonça à tous une nouvelle révélation : Jan Bockelson devait être le roi du monde entier, l’héritier du roi David, pour garder ce Trône jusqu’à ce que Dieu lui-même reprenne son Royaume. Sans surprise, Bockelson a confirmé qu’il avait lui-même eu la même révélation. Dusentschur a alors présenté une épée de justice à Bockelson, l’a oint et l’a proclamé roi du monde. Bockelson, bien sûr, était momentanément modeste ; il se prosterna et demanda conseil à Dieu. Mais il s’est assuré d’obtenir ces conseils rapidement. Et il s’est avéré, mirabile dictu,que Dusentschur avait raison. Bockelson a proclamé à la foule que Dieu lui avait maintenant donné « le pouvoir sur toutes les nations de la terre » ; quiconque oserait résister à la volonté de Dieu « sera sans délai mis à mort par l’épée ».

Et ainsi, malgré quelques protestations marmonnées, Jan Bockelson a été déclaré roi du monde et Messie, et les prédicateurs anabaptistes de Münster ont expliqué à leur troupeau perplexe que Bockelson était bien le Messie comme prédit dans l’Ancien Testament. Bockelson était à juste titre le souverain du monde entier, à la fois temporel et spirituel.

Il arrive souvent avec les « égalitaristes » qu’un trou, une trappe d’évacuation spéciale hors de l’uniformité terne de la vie, soit créé – pour eux-mêmes. Et il en fut ainsi avec le roi Bockelson. Il était, après tout, important de souligner de toutes les manières l’importance de l’avènement du Messie. Et donc Bockelson portait les robes, les métaux et les bijoux les plus raffinés ; il nomma des courtisans et des gentilshommes d’armes, qui apparaissaient aussi dans de splendides parures. L’épouse principale du roi Bockelson, Divara, a été proclamée reine du monde, et elle aussi était vêtue de grands atours et avait une suite de courtisans et d’adeptes. Cette luxueuse cour de quelque deux cents personnes était logée dans de belles demeures réquisitionnées pour l’occasion. Un trône drapé d’un drap d’or était établi sur la place publique, et le roi Bockelson y tenait sa cour, portant une couronne et portant un sceptre. Un garde du corps royal protégeait tout le cortège. Tous les fidèles assistants de Bockelson ont été convenablement récompensés par un statut élevé et des parures: Knipperdollinck était le ministre en chef et l’orateur royal de Rothmann.

Si le communisme est la société parfaite, quelqu’un doit pouvoir profiter de ses fruits ; et qui mieux que le Messie et ses courtisans ? Bien que la propriété privée de l’argent ait été abolie, l’or et l’argent confisqués étaient désormais frappés en pièces de monnaie ornementales pour la gloire du nouveau roi. Tous les chevaux ont été confisqués pour constituer l’escadre armée du roi. De plus, les noms à Münster ont été transformés; toutes les rues ont été renommées; Les dimanches et les jours de fête ont été abolis ; et tous les enfants nouveau-nés étaient nommés personnellement par le roi selon un modèle spécial.

« Certaines des principales victimes à exécuter étaient des femmes : des femmes qui ont été tuées pour avoir privé leurs maris de leurs droits conjugaux, pour avoir insulté un prédicateur ou pour avoir osé pratiquer la bigamie – la polygamie, bien sûr, étant uniquement un privilège masculin. »

Dans une société esclavagiste affamée comme le Münster communiste, tous les citoyens ne pouvaient pas vivre dans le luxe dont jouissaient le roi et sa cour; en effet, la nouvelle classe dirigeante imposait désormais une oligarchie de classe rigide rarement vue auparavant. Afin que le roi et ses nobles puissent vivre dans le luxe, une austérité rigoureuse a été imposée à tous les autres habitants de Münster. La population sujette avait déjà été dépouillée de ses maisons et d’une grande partie de sa nourriture; maintenant tout luxe superflu parmi les masses était proscrit. Les vêtements et la literie étaient sévèrement rationnés, et tout « surplus » remis au roi Bockelson sous peine de mort. Chaque maison a été minutieusement fouillée et 83 wagons de vêtements « excédentaires » ont été collectés.

Il n’est pas surprenant que les masses trompées de Münster aient commencé à se plaindre d’être forcées de vivre dans une pauvreté abjecte tandis que le roi et ses courtisans vivaient dans un luxe extrême grâce au produit de leurs biens confisqués. Et donc Bockelson a dû leur envoyer de la propagande pour expliquer le nouveau système. L’explication était la suivante : c’était bien pour Bockelson de vivre dans la pompe et le luxe parce qu’il était déjà complètement mort au monde et à la chair. Puisqu’il était mort au monde, au fond son luxe ne comptait pas. A la manière de tous les gourous qui ont vécu dans le luxe parmi ses fidèles crédules, il expliqua que pour lui les objets matériels n’avaient aucune valeur. Comment une telle « logique » peut-elle jamais tromper quiconque dépasse l’entendement. Plus important encore, Bockelson assura à ses sujets que lui et sa cour n’étaient que l’avant-garde du nouvel ordre ; bientôt,eux aussi vivraient dans le même luxe millénaire. Sous leur nouvel ordre, les habitants de Münster se forgeraient vers l’extérieur, armés de la volonté de Dieu, et conquériraient le monde entier, exterminant les injustes, après quoi Jésus reviendrait et ils vivraient tous dans le luxe et la perfection. Un communisme égal avec un grand luxe pour tous serait alors atteint.

Une plus grande dissidence signifiait, bien sûr, une plus grande terreur, et le règne «d’amour» du roi Bockelson a intensifié son intimidation et son massacre. Dès qu’il proclame la monarchie, le prophète Dusentschur annonce une nouvelle révélation divine : tous ceux qui persisteront à être en désaccord ou à désobéir au roi Bockelson seront mis à mort, et leur mémoire même effacée. Ils seraient extirpés à jamais. Certaines des principales victimes à exécuter étaient des femmes : des femmes qui ont été tuées pour avoir privé leurs maris de leurs droits conjugaux, pour avoir insulté un prédicateur ou pour avoir osé pratiquer la bigamie – la polygamie, bien sûr, étant uniquement un privilège masculin.

Malgré sa prédication continuelle sur la conquête du monde, le roi Bockelson n’était pas assez fou pour tenter cet exploit, d’autant plus que l’armée de l’évêque assiégeait à nouveau la ville. Au lieu de cela, il a utilisé astucieusement une grande partie de l’or et de l’argent expropriés pour envoyer des apôtres et des brochures dans les régions environnantes de l’Europe, tentant de réveiller les masses pour la révolution anabaptiste. La propagande eut un effet considérable et de graves soulèvements de masse se produisirent dans toute la Hollande et le nord-ouest de l’Allemagne en janvier 1535. Un millier d’anabaptistes armés se rassemblèrent sous la direction de quelqu’un qui se faisait appeler Christ, fils de Dieu ; et de graves rébellions anabaptistes ont eu lieu en Frise occidentale, dans la ville de Minden, et même dans la grande ville d’Amsterdam, où les rebelles ont réussi à s’emparer de l’hôtel de ville.

« À tout moment, le roi et sa cour mangeaient et buvaient bien, tandis que la famine et la dévastation faisaient rage dans toute la ville de Münster, et les masses mangeaient littéralement tout, même immangeable, sur lequel elles pouvaient mettre la main.

Les princes du nord-ouest de l’Europe à cette époque en avaient assez; et tous les États du Saint Empire romain germanique acceptèrent de fournir des troupes pour écraser le régime monstrueux et infernal de Münster. Pour la première fois, en janvier 1535, Münster est totalement et avec succès bloqué et coupé du monde extérieur. L’establishment a ensuite affamé la population de Münster pour la soumettre. Des pénuries alimentaires sont apparues immédiatement et la crise a été accueillie avec une vigueur caractéristique: toute la nourriture restante a été confisquée et tous les chevaux tués, au profit de l’alimentation du roi, de sa cour royale et de ses gardes armés. À tout moment, le roi et sa cour mangeaient et buvaient bien, tandis que la famine et la dévastation faisaient rage dans toute la ville de Münster, et les masses mangeaient littéralement tout, même immangeable, sur lequel elles pouvaient mettre la main.

Le roi Bockelson a maintenu son règne en diffusant une propagande et des promesses continuelles aux masses affamées. Dieu les sauverait définitivement à Pâques, sinon il se ferait brûler sur la place publique. Lorsque Pâques arrivait et repartait, Bockelson expliqua astucieusement qu’il n’avait voulu dire que le salut « spirituel ». Il a promis que Dieu changerait les pavés en pain, et bien sûr cela ne s’est pas produit non plus. Enfin, Bockelson, longtemps fasciné par le théâtre, ordonna à ses sujets affamés de s’engager dans trois jours de danse et d’athlétisme. Des performances dramatiques ont eu lieu, ainsi qu’une messe noire. La famine, cependant, devenait maintenant omniprésente.

Les pauvres gens malheureux de Münster étaient maintenant totalement condamnés. L’évêque a continué à tirer des tracts dans la ville promettant une amnistie générale si seulement le peuple se révoltait et déposait le roi Bockelson et sa cour et les remettait. Pour se prémunir contre une telle menace, Bockelson intensifia encore son règne de terreur. Début mai, il divisa la ville en 12 sections et plaça un « duc » sur chacune d’elles avec une force armée de 24 hommes. Les ducs étaient étrangers comme lui ; en tant qu’immigrants néerlandais, ils étaient susceptibles d’être fidèles à Bockelson. Chaque duc était strictement interdit de quitter sa section, et les ducs, à leur tour, interdisaient toute réunion, même à quelques personnes. Personne n’était autorisé à quitter la ville, et quiconque était pris en train de comploter pour partir, d’aider quelqu’un d’autre à partir ou de critiquer le roi, était instantanément décapité, généralement par le roi Bockelson lui-même. À la mi-juin, de tels actes se produisaient quotidiennement, le corps étant souvent écartelé et cloué comme un avertissement aux masses.

Bockelson aurait sans aucun doute laissé toute la population mourir de faim plutôt que de se rendre ; mais deux évadés trahirent les points faibles de la défense de la ville et, dans la nuit du 24 juin 1535, le cauchemar de la Nouvelle Jérusalem prit enfin une fin sanglante. Les dernières centaines de combattants anabaptistes se sont rendus dans le cadre d’une amnistie et ont été rapidement massacrés, et la reine Divara a été décapitée. Quant à l’ex-roi Bockelson, il a été entraîné par une chaîne et, en janvier suivant, avec Knipperdollinck, a été publiquement torturé à mort et leurs corps suspendus dans des cages à un clocher d’église.

L’ancien Etablissement de Münster est dûment restauré et la ville redevient catholique. Les étoiles étaient à nouveau dans leur course, et les événements de 1534-1535 ont naturellement conduit à une méfiance persistante à l’égard du mysticisme et des mouvements enthousiastes dans toute l’Europe protestante.

Cet article est extrait de An Austrian Perspective on the History of Economic Thought , vol. 1, La pensée économique avant Adam Smith .

1.Ronald A. Knox, Enthousiasme : Un chapitre dans l’histoire de la religion (1950, New York : Oxford University Press, 1961), p. 133.

2.Cité dans Igor Shafarevich, The Socialist Phenomenon (New York : Harper & Row, 1980), p. 57.

Auteur:

Murray N.Rothbard

Murray N. Rothbard a apporté des contributions majeures à l’économie, à l’histoire, à la philosophie politique et à la théorie juridique. Il a combiné l’économie autrichienne avec un fervent engagement envers la liberté individuelle.

Grand Remplacement de la Terre par l’horreur numérique. Michel Serres : «Dans les années 1900, il y avait 70% d’agriculteurs, et la campagne était très peuplée car l’agriculture exigeait des bras. En 2000, ils n’étaient plus que 3%. Le plus grand événement du XXe siècle reste la disparition de la paysannerie, car nous étions des paysans depuis le néolithique. Autrefois, dans ma jeunesse, il n’y avait pas un avocat, préfet ou médecin des villes qui n’avait pas de rapport avec la paysannerie, parce que son père ou son grand-père était agriculteur. Nous sommes aujourd’hui coupés de ce monde, et c’est une révolution, qu’on le regrette ou non. Un jour, j’ai dû rectifier une institutrice de ma petite fille qui avait dit en classe que les vaches n’avaient pas de cornes parce que c’étaient des femelles. Notre distance avec la paysannerie est désormais énorme.» Priez.

Penseur fourre-tout et rassurant de la société spectaculaire, Michel Serres n’a cessé de donner des brevets de bonne conduite au système. Prof de philo plus que philosophe, il aura rassuré tout le temps politiques, patrons et médiatiques. Aussi n’est-ce pas sans déplaisir que nous avons lu cette interview accordée à nos amis suisses du Temps. Elle a quelques mois et relève d’un testament lucide. En effet derrière la satisfaction de service pointait une certaine inquiétude, liée notamment à la disparition totale et abyssale du monde rural et de sa civilisation. On est passé en soixante ans de la France de Pagnol et Giono à celle des réseaux sociaux.

Sur ce point fondamental et si négligé par nos antisystèmes, Michel Serres déclarait :

« Dans les années 1900, il y avait 70% d’agriculteurs, et la campagne était très peuplée car l’agriculture exigeait des bras. En 2000, ils n’étaient plus que 3%. Le plus grand événement du XXe siècle reste la disparition de la paysannerie, car nous étions des paysans depuis le néolithique. Autrefois, dans ma jeunesse, il n’y avait pas un avocat, préfet ou médecin des villes qui n’avait pas de rapport avec la paysannerie, parce que son père ou son grand-père était agriculteur. Nous sommes aujourd’hui coupés de ce monde, et c’est une révolution, qu’on le regrette ou non. Un jour, j’ai dû rectifier une institutrice de ma petite fille qui avait dit en classe que les vaches n’avaient pas de cornes parce que c’étaient des femelles. Notre distance avec la paysannerie est désormais énorme. »

Voyez et revoyez le documentaire Farrebique…

Dans les années soixante, Eliade parle de la deuxième chute. Il n’y a même plus de rites agraires pour commémorer notre lien au cosmos, ajoutait le sage roumain. Depuis on est passé à la troisième chute. Et Serres, qui a tant célébré Hermès et la communication (mon prof de philo, le propre frère du matheux libéral Villani, l’encensait sur ce point…) de remarquer ensuite, un peu naïvement, que la dictature du camp électronique guette :

«  J’ai bien connu la Silicon Valley, où j’ai vécu trente-sept ans. A l’époque, il y régnait une idéologie très libertaire et égalitaire. Depuis, ils sont devenus les maîtres du monde, et la propriété exclusive des données par quatre ou cinq entreprises est une catastrophe qu’il faut régler vite. »

C’est la tyrannie oligarchique que tout le monde, Trump y compris, dénonce en vain naturellement. C’est que la machine est plus forte que l’esprit de l’homme ; et qu’elle le réduira en lait en poudre.

Ensuite Serres va encore plus loin. Il déclare que l’espèce humaine est gentille mais qu’elle est gouvernée par les méchants ! Quelle bonne surprise, cette évocation des élites hostiles ! La citation suit la question du Temps.ch :

Mais vous persistez à dire que l’humanité est meilleure?

Il y a des statistiques intéressantes sur l’augmentation de la bonté, oui. Quant à moi, je pense que 90% de l’espèce humaine est constituée de braves gens qui sont prêts à rendre service si l’on se casse la gueule, et qu’il n’y a que 10% de gens abominables. Hélas, ce sont ces 10% qui prennent le pouvoir. »

Salluste faisait cette même observation il y a deux mille ans. Et d’ajouter que « que la République tirerait plus d’avantage de mon repos, que de l’agitation des autres » (Jugurtha, IV).

Et du coup notre angoissé Michel Serres cite même ses ancêtres cathares qui voyaient le monde créé par un génie du mal (pour le monde moderne, il faudra en inventer un autre !) :

 « Je viens du Pays cathare, et les cathares disaient que plus on grimpe vers le sommet de la société, plus on s’approche des puissances du mal. L’expérience de la vie m’a prouvé que ce n’est pas faux. Mais comme on est des braves gens, on laisse faire ces 10%. »

Autre porte ouverte enfoncée par Serres, la croissance des inégalités : les huit américains les plus riches ont plus que les 50% les plus pauvres, etc. On le rassure, tout le monde s’en fout. L’important c’est le migrant et la théorie du genre…

« Sincèrement, qu’est-ce que vous trouvez moins bien maintenant?

« Les inégalités financières et sociales, qui se creusent. Si vous supprimez la classe moyenne, et si vous créez des inégalités toujours plus fortes, il n’y aura plus de démocratie. C’est d’ailleurs ce qui se passe avec Donald Trump… Les grandes inégalités de revenus et de culture sont ce qui nous met le plus en danger. »

Serres tape dans le politiquement correct ici ; laissons Trump tranquille pour une fois. L’augmentation des inégalités a augmenté surtout comme on sait avec Clinton ou Obama. Quant au pire progrès dénoncé :

« L’américanisation générale de la culture et des entrées de ville, qui sont devenues abominables, un hurlement de laideur. »

Ce monde est bien laid et ne donne guère envie aux Poucet d’y survivre.  Content pourtant d’avoir montré qu’un personnage aussi consensuel ait « tiré sa référence » la tête haute…

Dostoïevski et la prophétie du Nouvel Ordre Mondial : «  M. Chigaleff a étudié trop consciencieusement son sujet et, de plus, il est trop modeste. Je connais son livre. Ce qu’il propose comme solution finale de la question, c’est le partage de l’espèce humaine en deux groupes inégaux… Un dixième seulement de l’humanité possèdera les droits de la personnalité et exercera une autorité illimitée sur les neuf autres dixièmes. Ceux-ci perdront leur personnalité, deviendront comme un troupeau ; astreints à l’obéissance passive, ils seront ramenés à l’innocence première, et, pour ainsi dire, au paradis primitif, où, du reste, ils devront travailler. Les mesures proposées par l’auteur pour supprimer le libre arbitre chez les neuf dixièmes de l’humanité et transformer cette dernière en troupeau par de nouvelles méthodes d’éducation, – ces mesures sont très remarquables, fondées sur les données des sciences naturelles, et parfaitement logiques. » Tout cela passera par le réseau et les ordinateurs.

Dostoïevski a annoncé dans ses Possédés le bric-à-brac souffreteux de notre enseignement avancé, des magistrats subversifs et de l’avant-garde ploutocratique qui rêve de parader humanitaire dans les soirées milliardaires et philo-entropiques. Notre société ne se renouvelle pas, elle fait du surplace depuis longtemps en fait, et Tocqueville, Edgar Poe, Tolstoï ou Dostoïevski s’en rendaient très bien compte.

Toute cette théologie les pieds dans l’eau aura liquidé notre bonne vieille civilisation en un siècle et demi ; et ce qui reste de monde libre n’a qu’à bien se tenir, car le feu nucléaire n’est pas loin. On devient, si l’on n’est pas un dégénéré, une menace pour la sécurité nationale américaine.

Dostoïevski décrit le basculement occidental vers l’adoration du mal à cette époque flétrie ; Il écrit :

« Le précepteur qui se moque avec les enfants de leur dieu et de leur berceau, est des nôtres. L’avocat qui défend un assassin bien élevé en prouvant qu’il était plus instruit que ses victimes et que, pour se procurer de l’argent, il ne pouvait pas ne pas tuer, est des nôtres. Les écoliers qui, pour éprouver une sensation, tuent un paysan, sont des nôtres. Les jurés qui acquittent systématiquement tous les criminels sont des nôtres. Le procureur qui, au tribunal, tremble de ne pas se montrer assez libéral, est des nôtres. »

En France socialiste (souvenons-nous des manifs pour tous), frapper la mère de famille, gazer son bébé devenait le devoir du CRS briefé ; tout comme détaler devant les racailles de banlieue et encenser le terroriste bio qui en somme ne fait que son devoir de redresseur de torts.

Et Dostoïevski parle aussi des progrès de la presse libérale et de la nécessaire compréhension des criminels :

« Savez-vous combien nous devrons aux théories en vogue ? Quand j’ai quitté la Russie, la thèse de Littré qui assimile le crime à une folie faisait fureur ; je reviens, et déjà le crime n’est plus une folie, c’est le bon sens même, presque un devoir, à tout le moins une noble protestation ».

On connaît tous la longue tirade du Grand Inquisiteur dans les Frères Karamazov. Mais celle-ci n’est pas mal non plus, qui annonce Orwell, et tout le Nouvel Ordre Mondial anglo-saxon en fait :

« M. Chigaleff a étudié trop consciencieusement son sujet et, de plus, il est trop modeste. Je connais son livre. Ce qu’il propose comme solution finale de la question, c’est le partage de l’espèce humaine en deux groupes inégaux. »

Il y aura les illuminés ou l’élite, et les autres baptisés de populistes. Ici Dostoïevski annonce avec un bon demi-siècle d’avance les grands romans dystopiques.  Il annonce bien sûr Huxley et son meilleur des Mondes. Il y aura ceux qui vont à Davos (siège de la Montagne magique de Thomas Mann) en jet et ceux qui subiront la mondialisation. Dostoïevski :

« Un dixième seulement de l’humanité possèdera les droits de la personnalité et exercera une autorité illimitée sur les neuf autres dixièmes. Ceux-ci perdront leur personnalité, deviendront comme un troupeau ; astreints à l’obéissance passive, ils seront ramenés à l’innocence première, et, pour ainsi dire, au paradis primitif, où, du reste, ils devront travailler. Les mesures proposées par l’auteur pour supprimer le libre arbitre chez les neuf dixièmes de l’humanité et transformer cette dernière en troupeau par de nouvelles méthodes d’éducation, – ces mesures sont très remarquables, fondées sur les données des sciences naturelles, et parfaitement logiques. »

Dans Les Possédés aussi, il envoie son équipe d’illuminés en Amérique où ils effectuent un stage. Cela donne la perle suivante où des apprentis célèbrent un millionnaire :

« Il a légué toute son immense fortune aux fabriques et aux sciences positives, son squelette à l’académie de la ville où il résidait, et sa peau pour faire un tambour, à condition que nuit et jour on exécuterait sur ce tambour l’hymne national de l’Amérique. Hélas ! Nous sommes des pygmées comparativement aux citoyens des États-Unis… »

Car l’Amérique est la puissance mimétique de René Girard, celle que tous doivent imiter. Les illuminés expliquent leur complexe d’infériorité et leur relation hypnotisée :

« …nous avions posé en principe que nous autres Russes, nous étions vis-à-vis des Américains comme de petits enfants, et qu’il fallait être né en Amérique ou du moins y avoir vécu de longues années pour se trouver au niveau de ce peuple.

Tout cela évidemment a un coût : on se fait frapper et exploiter par le plus dur et incompétent des patronats (qui n’hésitait à briser les grèves en faisant venir plus d’immigrants souillons européens) :

« Que vous dirai-je ? Quand, pour un objet d’un kopek, on nous demandait un dollar, nous payions non seulement avec plaisir, mais même avec enthousiasme. Nous admirions tout : le spiritisme, la loi de Lynch, les revolvers, les vagabonds. »

L’univers des cowboys ou des gangsters, des stars et  des milliardaires fascine déjà : en réalité l’Amérique n’a jamais eu à se forcer pour épater les imbéciles. Son éducation supérieure fait le reste, en transformant les élites mondiales en agents de son empire.

Evoquons deux autres livres.

La bêtise occidentale est cruelle, mais elle est aussi risible parfois (les humanistes massacrés d’Alep). J’ai publié un essai sur le satirique Crocodile de notre grand auteur.

Vers la fin du texte, la question animale revêt un aspect plus contemporain. C’est la zoophilie moderne et surtout le besoin de pénal qui vont s’exprimer :

« Depuis longtemps déjà, en Europe, on traîne devant les tribunaux ceux qui traitent sans humanité les animaux domestiques ».

La fin de Krokodil comme on sait échappe à toute logique. Un certain Prokhor Savitch s’amuse à la pensée de cette volonté prémoderne de respecter à n’importe quel prix les droits juridiques des animaux :

— Qu’importe que la pitié aille à un mammifère ou à l’autre ? N’est-ce pas à l’européenne ? On y plaint aussi les crocodiles, en Europe ! Hi ! hi ! hi !

Le roman L’Idiot proposait lui des envolées géniales, mais pleines de lucidité tragique.

Voyez le ton de Lebedev qui voit avant Nietzsche que le nouvel ordre mondial économique va créer ce dernier homme médiocre et rabougri :

« Et osez dire après cela que les sources de vie n’ont pas été affaiblies, troublées, sous cette  » étoile « , sous ce réseau dans lequel les hommes se sont empêtrés. Et ne croyez pas m’en imposer par votre prospérité, par vos richesses, par la rareté des disettes et par la rapidité des moyens de communication ! Les richesses sont plus abondantes, mais les forces déclinent ; il n’y a plus de pensée qui crée un lien entre les hommes ; tout s’est ramolli, tout a cuit et tous sont cuits ! Oui, tous, tous, tous nous sommes cuits !… Mais suffit ! »

C’est l’effet de serre, le réchauffement climatique (qui est surtout psychologique dans nos parages abrutis) que notre auteur désigne.

Et Dostoïevski voyait même l’étoile absinthe de notre Apocalypse (Tchernobyl en russe !) poindre à l’horizon avec notre manie moderne des réseaux :

 « Le collégien lui affirma que l’ »Étoile Absinthe » qui, dans l’Apocalypse, tombe sur terre à la source des eaux, préfigurait, selon l’interprétation de son père, le réseau des chemins de fer étendu aujourd’hui sur l’Europe. »

Et de lancer un dernier défi aux promoteurs du Nouvel Ordre Mondial :

 « Je vous lance maintenant un défi à vous tous, athées que vous êtes : comment sauverez-vous le monde ? Quelle route normale lui avez-vous ouverte vers le salut, vous autres, savants, industriels, défenseurs de l’association, du salariat et de tout le reste ? Par quoi sauverez-vous le monde ? Par le crédit ? Qu’est-ce que le crédit ? À quoi vous mènera-t-il ? »

Bibliographie essentielle :

Fiodor Dostoïevski – L’Idiot (1869) – Les Possédés (1872) – ebooksgratuits.com

Nicolas Bonnal – Le Crocodile et Dostoïevski (en PDF sur France-courtoise.info)

Frithjof Schuon et le complexe d’infériorité de la religion chrétienne dans le monde moderne (ou : tous les chemins mènent à ce pape)  : « Les découvertes scientifiques ne prouvent rien contre les positions traditionnelles de la religion, bien entendu, mais personne n’est là pour le montrer ; trop de croyants estiment au contraire que c’est à la religion de « secouer la poussière des siècles », c’est à dire de se « libérer » de tout ce qui fait – ou manifeste – son essence ; l’absence de connaissances métaphysiques ou ésotériques d’une part et la force suggestive émanant des découvertes scientifiques et aussi des psychoses collectives d’autre part, font de la religion une victime presque sans défense, une victime refusant même dans une large mesure d’utiliser les arguments dont elle dispose… ». Découvrez les livres de prières de Tetyana – notamment la liturgie de Chrysostome.

Disons le nûment : ce pape a jeté l’enfant Jésus avec l’eau du baptême dans l’indifférence de la gent catholique. A part une poignée de purs, son troupeau BCBG a gobé l’ignominie. Il est vrai que déjà Montesquieu se moquait de « la vieille idole » (le pape donc), que Feuerbach parla de cette pseudo-religion théâtrale pour bourgeois il y a déjà un siècle et demi : « depuis longtemps la religion a disparu et sa place est occupée par son apparence, son masque, c’est-à-dire par l’Eglise… »

L’Eglise et le papisme ne veulent même plus assurer le service minimum nécessaire pour maintenir à flot la nef des mous. Mais ce n’est pas cela qui terrifiera leurs chères ouailles.

Frithjof Schuon écrivait lui plus récemment, expliquant que la religion se sentait de trop, prête à tout déjà pour se faire bien voir (mais par qui mon Dieu ?) :

« La science moderne a eu pour effet, entre autres, de blesser mortellement la religion, en posant concrètement des problèmes que seul l’ésotérisme peut résoudre, et que rien ne résout en fait puisque l’ésotérisme n’est pas écouté, et ne l’est moins que jamais. En face de ces problèmes nouveaux, la religion est désarmée, et elle emprunte maladroitement et en tâtonnant les arguments de l’adversaire, ce qui l’oblige à fausser insensiblement sa propre perspective et à se renier de plus en plus ; sa doctrine n’est pas atteinte, certes, mais les fausses opinions empruntées à ses négateurs la rongent sournoisement « de l’intérieur », témoin l’exégèse moderne, l’aplatissement démagogique de la liturgie, le darwinisme teilhardien, les « prêtres ouvriers », et « l’art sacré » d’obédience surréaliste et « abstraite ». Les découvertes scientifiques ne prouvent rien contre les positions traditionnelles de la religion, bien entendu, mais personne n’est là pour le montrer ; trop de croyants estiment au contraire que c’est à la religion de « secouer la poussière des siècles », c’est à dire de se « libérer » de tout ce qui fait – ou manifeste – son essence ; l’absence de connaissances métaphysiques ou ésotériques d’une part et la force suggestive émanant des découvertes scientifiques et aussi des psychoses collectives d’autre part, font de la religion une victime presque sans défense, une victime refusant même dans une large mesure d’utiliser les arguments dont elle dispose. Il serait pourtant facile, au lieu de glisser dans les erreurs d’autrui, de démontrer que le monde fabriqué par le scientisme tend partout à faire du moyen une fin et de la fin un moyen, et qu’il aboutit, soit à une mystique d’envie, d’amertume et de haine, soit à un matérialisme béat et niveleur ; que la science, bien que neutre en elle-même – car les faits sont les faits –, est pourtant une semence de corruption et d’anéantissement dans les mains de l’homme qui en moyenne n’a pas une connaissance suffisante de la nature profonde de l’Existence pour pouvoir intégrer – et par là neutraliser – les faits scientifiques dans une vue totale du monde ; que les conséquences philosophiques de la science impliquent des contradictions foncières ; que l’homme n’a jamais été aussi mal connu et aussi mésinterprété  qu’à partir du moment où on le passa aux « rayons X » d’une psychologie fondée sur des postulats radicalement faux et contraires à sa nature. »

Et notre grand esprit ajoutait :

« Au point de vue de la vérité totale – redisons-le une fois de plus – il vaut mille fois mieux croire que Dieu a créé le monde en six jours et que l’au-delà se situe sous le disque terrestre ou dans le ciel tournant, que de connaître la distance d’une nébuleuse à une autre tout en ignorant que les phénomènes ne font que manifester une Réalité transcendante qui nous détermine de toutes parts et qui donne à notre condition humaine tout son sens et tout son contenu ; aussi les grandes traditions, conscientes de ce qu’un savoir prométhéen mènerait à la perte de la vérité essentielle et salvatrice, n’ont-elles jamais prescrit ni encouragé cette accumulation de connaissances tout extérieures et, en fait, mortelles pour l’homme. »

Sources

Regards sur les mondes anciens, p.33

Feuerbach – L’essence du christianisme

La Dame aux colibris (conte inspiré par notre adoration des colibris et des jungas (jungles de montagne andines) et aussi – je dois dire – par une envie de défier mon Patron Homère : et si cette bizarre de Circé avait transformé les machos en « animaux » – « animés » plutôt s’agissant du colibri – mignons et sympas plutôt qu’en porcs ? NDLR : la Jessica et Mindo existèrent vraiment, unique éclatante source d’inspiration. Découvrez aussi les Mirages de Huaraz (Michel de Maule). Je sais, pendant que ses ailes battent, la roue tourne pour nous, qui n’a rien de cosmique. Découvrez nos oeuvres de fiction : la fiction surtout naïve autorise une voyance – comme l’extrême raisonnement de type Tocqueville.

On lui avait parlé d’un lieu comme cela, situé de l’autre côté, où se rendaient certains passagers qui n’en revenaient pas. Il avait longé puis abandonné la longue avenue des volcans ainsi baptisée par son maître von Humboldt. A Quito, il rencontra un savant ornithologue qui lui indiqua où il trouverait son bonheur : dans la jungle de Mindo, la selva humeda, couverte de végétations sombres et de nuages.

Il gagna ce lieu magique et s’y perdit : on lui dit qu’il y avait ce petit restaurant qu’il cherchait, perdu à quelques milles du centre du village. Il s’y rendit. Mais dans cette forêt humide, la brume se levait. Il ne pouvait plus distinguer le chemin, il pataugeait dans la boue. Il dut s’arrêter sous une pluie humide, puis battante. Il se demandait s’il n’allait pas rebrousser chemin, lorsque la nuit tomba. Il se tranquillisa : il était entouré de bromélias et de helechos, de fougères géantes. Autour de lui il y avait ces cañas qu’il aimait tant, ces bambous tendres et vivants comme des membres d’animaux. Il était nu comme l’enfant dans la yunga, dans la jungle des hauteurs protégée par les dieux.

Il se laissait aller comme une statue de boue liquide, ruisselant de cette eau douce et tiède. Et puis il distingua une lumière. C’était le lieu-dit des Colibris. Il passa à travers les herbes et les laines et parvient enfin au jardin de la maison. Des chiens aboyèrent et l’entourèrent, mi-menaçants mi amicaux.

• Ici Rufo, ici Lucas !

Une jeune indienne parut, sous une cape et un parapluie :

• Mon Dieu, vous êtes trempé !

• Je cherche une chambre.

• Nous en avons, ce n’est pas la saison. La señora n’est pas encore rentrée.

La jeune fille, qui se nommait Esmeralda, le mena à une chambre en bois. Là il put se changer et quitter la sensation d’humidité qui l’avait imbibé out la journée. Il commença à lire lorsque Esmeralda vint lui dire que le dîner était servi.

Il se retrouva sous une pergola illuminée faiblement dans la nuit devenue étoilée. Sur une nappe blanche étaient posés de beaux couverts. Esméralda revient avec un plat de ceviche qu’elle portait lentement sur un grand plateau. Elle semblait une princesse avec son habit traditionnel. Il la remercia et commença à manger.

Il était si fatigué qu’il n’avait pas encore pris conscience de Leur présence. Il l’avait devinée, il l’avait surtout désirée, il ne l’avait pas perçue.

Ils étaient là, puisqu’il était dans le ferme aux colibris, dans la volière royale de Mindo. Ils voletaient, ils agitaient des milliers de fois leurs ailes vives pour retirer quelques milligrammes de nectar.

• Ce n’est pas du nectar, murmura Jessica. C’est simplement de l’eau sucrée. Il faut la faire bouillir quelques minutes et la changer tous les trois jours, pour éviter qu’elle fermente.

Le colibri, l’oiseau royal qu’il avait survolé à Nazca, l’oiseau sans ancêtres, maître des eaux et des forêts, reproducteur du monde. Mais ici ils étaient libres prisonniers, condamnés par une paresse toute animal et toute humaine à aspirer l’eau sucrée du bec verseur du petit réservoir. Toujours nerveux, à batailler.

• Ils peuvent se crever un oeil avec leur bec. Il y a même des luttes entre les mâles et les femelles.

• Ce sont presque des hommes alors. Est-ce que cette boisson n’altère pas leurs couleurs ?

• Je ne sais pas, dit Esméralda, tandis qu’elle disparaissait.

Il feuilleta un livre : les colibris appartiennent à l’ordre des trochilidés. On en distingue 319 espèces dont 163 vivent en Équateur. On ne connaît effectivement pas leur ancêtre. Leur coeur et leurs muscles pectoraux sont énormes, ils peuvent voler dans toutes le directions, ils ne savent pas marcher. Leur coeur battre plus de mille fois par semaine, et ils battent plus vite des ailes que toute la Création réunie.

• Ils sont devant vous, ils ne sont pas dans le livre.

Il avait cru entendre un moteur, mais il n’y avait pas prêté attention, la tête plongée dans le livre. Mais un petit bruit sur le plancher lui fit relever la tête. Il y avait une mince femme, aux

cheveux très longs, vêtue de pourpre et de vert. Elle le regardait en souriant, de ses grands yeux noirs.

• Je parle des colibris bien sûr. Des beijaflores, des baise-fleurs, comme on dit au Brésil.

Il n’arrivait pas à parler. Il la regardait, tandis qu’elle tendait deux sacs à Esméralda. Puis il écoutait les vrombissements des ailes des bestioles lumineuses et batailleuses.

• On ne peut entendre leur chant. Sa fréquence est trop élevée… Vous m’entendez ? Je m’appelle Jessica. Bienvenue dans ma volière.

Elle descendait de colons asturs et d’indiens. Elle avait travaillé en ville puis décidé d’ouvrir cette petite auberge, sur un terrain que lui avait laissé son grand-père. Elle vivait seule, apparemment sans en pâtir. Il se rappela de ces dames du moyen âge qui créaient leur volière. Dans le jardin d’Yvoire, près du lac Léman, la volière symbolisait l’âme. L’oiseau était traditionnellement lié à l’âme et aussi à la dame, à qui on associe l’épervier. Il le lui dit. Elle parut flattée. Il dormit dans sa chambre d’un sommeil léger et aérien, comme si mille idées volaient de sa cervelle, ou que des milliers de petits becs y vinssent aspirer quelque inspiration.

Le lendemain il se leva de bon matin sous un soleil chaleureux. Il se rendit dans le jardin très ordonné. De rares bestioles y venaient sucer le nectar des fleurs. Jessica était là accroupie, avec son chapeau et son sécateur. Elle lui semblait encore plus belle que de nuit, dans sa tenue quotidienne de jardinière de l’Eden.

• Vous connaissez le nom des fleurs ?

• Non, je ne reconnais que les fuchsias et les bromélias…

• Ici vous avez des lupins, là de l’aconit. Ici ce sont des ancolies. Vous avez sur votre gauche des gloires du matin, plus loin évidemment des rosiers.

• Quelles sont leurs fleurs préférées ?

• Les monardes pourpres et les digitales pourpres. Venez, je vais vous montrer.

Elle se releva lestement et le mena à quelques mètres de là, à l’autre bout du jardin et du monde.

• C’est extraordinaire, dit-il. C’est un monde qui tient en quinze ou vingt mètres. Ils ne le quittent jamais ?

• N’oubliez, caballero, pas que des colibris peuvent voler des milliers de kilomètres. Le battement de leur coeur s’abaisse alors à cinquante pulsations par minute.

Lui pensa que les battements de son coeur s’étaient accrus depuis qu’il voyait Jessica. Elle dut deviner sa pensée parce qu’elle lui sourit avec distance. Lui l’écoutait comme un enfant écoute une professeure dont il est amoureux.

• Le selesphorus rufus vole ainsi de l’Alaska au Mexique, bien loin de nos latitudes. Leurs ailes leur permettent tous les mouvements, déplacements, rotations, immobilisation, renversement. Tout cela pour se nourrir, avaler son propre poids dans la journée.

• Combien de temps vivent-ils ? Ils doivent produire beaucoup de radicaux libres ?

• Deux à trois ans ? Mais ne croyez-vous pas que deux ans de vie d’un colibri valent cent ans d’ennui humain ?

• Pas si l’on vit près d’eux dans votre ferme.

• Il ne faut surtout pas leur donner de miel, répliqua-t-elle tranquillement.

• On dit que les abeilles venaient voleter autour des lèvres de Platon pour boire ou écouter ses paroles. En hébreu, la parole et l’abeille sont un même mot : Deborah… Jessica, les colibris viennent-ils boire à votre source ?

Elle le regarda un peu intriguée en penchant sa jolie tête sur la gauche. Il lui dit qu’il allait profiter du beau temps pour se trouver un guide et faire quelques excursions.

La saison était terminée mais bien sûr il put rester. Jessica lui montra un autre jour ses espèces préférées (elle en avait quatorze dans son jardin)

• Regardez-les… Ce sont presque vos proches maintenant. . Il y a le picoespada, l’ermitaño bronceado, l’inca cafe…

• Quels noms délicieux.

• Les noms latins sont aussi des poèmes : l’eutoxeres condamini, qui a un bec tout courbé, en forme de faucille, ce qui lui permet de saisir le nectar des fleurs les plus retorses et sophistiquées. La vous voyez un helioangelus – ange du soleil…- strophianus s’emplir du suc des belles bromélias que j’ai plantées moi-même. Cette fleur, là, a une forme hélicoïdale à laquelle le volatile vibrionnant doit s’adapter avec son petit bec angélique.

• Ils mangent tout le temps ?

• Ils vivent pour se nourrir. Ils avalent une à deux fois leur poids par jour.

• Et ils gaspillent tout en allant chercher cette nourriture et ne vivre que deux ans.

• C’est cela la merveille. Ils vivent, ils ne s’économisent pas.

Il la trouvait de plus en plus belle. Son coeur battait pour elle de cinq mille battements d’ailes. Il se rappelait des Cataractes où il avait découvert ces oiseaux. Leurs ailes vibrent comme l’eau, cataractes de plumes, enchantements des sens. Un soir il rêva que le paradis devait être ainsi en fait, non pas rempli d’anges assoupis, mais d’anges actifs et combatifs, rayonnants et musiciens, amicaux et rivaux. Il rêvait de se nourrir du nectar des fleurs… se nourrir de pure poésie, de romans de la rose et de suc céleste, sous la rosée du monde. Le colibri avait découvert le bonheur de se purifier tout en se remplissant. Dieu était décidément le plus grand cuisinier du monde.

La saison était terminée mais Jessica accepta qu’il restât. Elle se montrait pourtant distante, sourde à ses allusions de moins en moins voilées. Il en concevait une sorte de tristesse que seuls pouvaient dissiper les oiseaux. Esméralda était repartie dans sa famille. Il était là depuis deux mois, toujours plus plein de songes et d’amour, prisonnier de la volière de Jessica. Au cours d’un de ces rêves, il tomba de son lit, ne se fit aucun mal, comme s’il avait été plus léger que l’air.

Un soir, il revint d’excursion. Il avait goûté de la digitale, elle lui avait semblé bonne. Il aimait de plus en plus les fleurs. Il parvint à la pergola : elle était désertée. Inquiet, il chercha les bestioles, entra dans la maison, ne trouva personne. Il sortit par l’autre porte dans le jardin, et là il la vit elle, ventre, jambes et bras nus, la peau et les cheveux mouillés, entourée de ses dizaines de colibris, de ses dizaines d’amants. Il s’approcha et voleta à son tour vers elle, et il goûta sur sa peau hâlée la splendeur sucrée de l’eau et de sa transpiration. Elle le reconnut et lui sourit, lui troubadour à plumes. Et il comprit qu’il était là condamné maintenant comme les dizaines d’autres amants de Jessica à adorer la peau de sa déesse dans ce jardin des délices.