Chris Hamilton et les autres investisseurs : comme le montrent les graphiques, ce ne sont pas les étrangers ; ni la Fed ; ni les fonds fiduciaires de l’IG ; ni les banques ; ni les acheteurs privés ; ni les assureurs ; ni les fonds communs de placement ; ni les obligations d’épargne ; ni les pensions d’État et locales qui achètent des obligations du Trésor américain. Juste « d’autres investisseurs » ? Quel « autre » reste-t-il que je n’ai pas vraiment été capable de comprendre ? Qui était assis sur des milliers de milliards de dollars de liquidités qui se sont transformés en bons du Trésor depuis la fin du QE alors que toutes les autres sources ont cessé d’augmenter ou ont été vendeur net ? L’envolée gargantuesque des avoirs des « autres acheteurs », semble plus qu’une simple coïncidence (lesakerfrancophone.fr).

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L’homme a le sentiment de vivre sous une domination étrangère et, à cet égard, le criminel lui est apparenté. Lorsqu’un brigand, coupable de plusieurs meurtres, le bandit Giuliano, fut abattu en Sicile, un sentiment de tristesse se répandit dans le monde. La tentative de mener et de poursuivre une existence de loup solitaire avait échoué. Chacun, au sein des masses grises, se sentit atteint avec lui, et confirmé dans la conscience de son encerclement (Junger).

http://euro-synergies.hautetfort.com/

Quand le curé de Jean Renoir vous dit la vérité traditionnelle mieux que tous vos bourgeois cathos réunis : « – …Que ferons-nous dans la lune ? …La dictature des savants ce sera du joli. Nous on construisait Notre-Dame de Paris et des couvents, vous, vous recouvrez la terre d’usines et de parkings. Avouez que la fumée de nos encens empoisonnait moins la terre que vos radiations atomiques. Il paraît que cela plaît aux hommes d’être empoisonnés : plus ça pue et plus ils sont contents ! » (Le déjeuner sur l’herbe, 1959, avec Paul Meurisse et André Brunot)

Comment Tartarin et Daudet annoncèrent nos Pyrénées automatisés

Comment Tartarin et Daudet annoncèrent nos Pyrénées automatisés

Rien ne vaut Pagnol ou Daudet.

Evoquons l’autre Tartarin, celui qui se passe dans les Alpes, quand la révolution industrielle, les voyages organisés Cook et la première massification eurent déjà réifié la haute montagne. Gautier a parlé savamment de cette unification du monde dans le chapitre grenadin de son voyage en Espagne :

« Quand tout sera pareil, les voyages deviendront complètement inutiles, et c’est précisément alors, heureuse coïncidence, que les chemins de fer seront en pleine activité. À quoi bon aller voir loin, à raison de dix lieues à l’heure, des rues de la Paix éclairées au gaz et garnies de bourgeois confortables ? Nous croyons que tels n’ont pas été les desseins de Dieu, qui a modelé chaque pays d’une façon différente, lui a donné des végétaux particuliers, et l’a peuplé de races spéciales dissemblables de conformation, de teint et de langage. C’est mal comprendre le sens de la création que de vouloir imposer la même livrée aux hommes de tous les climats, et c’est une des mille erreurs de la civilisation européenne… »

Mais voici Daudet qui annonce avec Rimbaud illuminé tous nos Euro Disney, tous nos Disneyworld et toute la guerre du faux qui fit le bonheur d’Umberto Eco.

« La Suisse, à l’heure qu’il est, vé ! monsieur Tartarin, n’est plus qu’un vaste Kursaal, ouvert de juin en septembre, un casino panoramique, où l’on vient se distraire des quatre parties du monde et qu’exploite une compagnie richissime à centaines de millions de milliasses, qui a son siège à Genève et à Londres. Il en fallait de l’argent, figurez-vous bien, pour affermer, peigner et pomponner tout ce territoire, lacs, forêts, montagnes, cascades, entretenir un peuple d’employés, de comparses, et sur les plus hautes cimes installer des hôtels mirobolants, avec gaz, télégraphes, téléphones !…

– C’est pourtant vrai, songe tout haut Tartarin qui se rappelle le Rigi.

– Si c’est vrai !… Mais vous n’avez rien vu… Avancez un peu dans le pays, vous ne trouverez pas un coin qui ne soit truqué, machin comme les dessous de l’Opéra ; des cascades éclairées à giorno, des tourniquets à l’entrée des glaciers, et, pour les ascensions, des tas de chemins de fer hydrauliques ou funiculaires. Toutefois, la Compagnie, songeant à sa clientèle d’Anglais et d’Américains grimpeurs, garde à quelques Alpes fameuses, la Jungfrau, le Moine, le Finsteraarhorn, leur apparence dangereuse et farouche, bien qu’en réalité, il n’y ait pas plus de risques là qu’ailleurs. »

Alphonse Daudet ajoute avec sa drôlerie coutumière (comme on dit) qu’il faut créer du risque pour le touriste qui paie. C’est comme pour le réchauffement, le Brexit, Trump, la grande menace populiste ou bien Poutine ! Faire croire que quelque chose se produit dans un monde où tout est mort sauf l’argent, et ce tourisme qui le fait tant bouger !

– Mais, l’année dernière encore, l’accident du Wetterhorn, ces deux guides ensevelis avec leurs voyageurs !…

– Il faut bien, té, pardi !… pour amorcer les alpinistes… Une montagne où l’on ne s’est pas un peu cassé la tête, les Anglais n’y viennent plus… Le Wetterhorn périclitait depuis quelque temps ; avec ce petit fait-divers, les recettes ont remonté tout de suite.

– Alors, les deux guides ? …

– Ils se portent aussi bien que les voyageurs ; on les a seulement fait disparaître, entretenus à l’étranger pendant six mois… Une réclame qui coûte cher, mais la Compagnie est assez riche pour s’offrir cela. »

C’est ainsi que le tourisme a remonté la pente sur la côte d’usure après un bref accident de camion !

Daudet dénonce ensuite le décor de théâtre. A l’Alhambra où je passe souvent, tout a été remplacé, préfabriqué ou falsifié, c’est comme pour la réplique de la grotte de Lascaux où j’entendis jadis parler espéranto…

Puisque tout se ressemble, on déguise, on maquille et c’est le folklore de l’époque qui se met en branle. D’abord en Provence, en Italie, ensuite à Hawaii ou aux Canaries (je vous dis pas le folklore là-bas !).

« Bé ! Oui. Quand vous voyagez dans la Suisse allemande, des fois vous apercevez à des hauteurs vertigineuses un pasteur prêchant en plein air, debout sur une roche ou dans une chaire rustique en tronc d’arbre. Quelques bergers, fromagers, à la main leurs bonnets de cuir, des femmes coiffées et costumées selon le canton, se groupent autour avec des poses pittoresques ; et le paysage est joli, des pâturages verts ou frais moissonnés, des cascades jusqu’à la route et des troupeaux aux lourdes cloches sonnant à tous les degrés de la montagne. Tout ça, vé ! C’est du décor, de la figuration.

« Seulement, il n’y a que les employés de la Compagnie, guides, pasteurs, courriers, hôteliers qui soient dans le secret, et leur intérêt est de ne pas l’ébruiter de peur d’effaroucher la clientèle. »

C’est comme dans notre Mort à Venise où l’on ne dit rien du choléra !

Je vous laisse savourer ce livre qui vous amusera avec les espions russes, comme si Tartarin préfigurait leur James Bond sur un mode inspecteur Clouseau – qui doit d’ailleurs beaucoup à Marcel Achard. Et n’oubliez pas de relire Maître Cornille qui décrit sur un ton moins badin le passage du moulin (ou de l’abbaye ou du château) de l’ère réelle à l’ère virtuelle, touristique.

Et comme nous citons Rimbaud et les « horreurs économiques » évoquées par ce roi Arthur :

« La même magie bourgeoise à tous les points où la malle nous déposera ! »

Car Vuitton incarne aussi son époque !

Nicolas Bonnal

« Il en fallait de l’argent, figurez-vous bien, pour affermer, peigner et pomponner tout ce territoire, lacs, forêts, montagnes, cascades, entretenir un peuple d’employés, de comparses, et sur les plus hautes cimes installer des hôtels mirobolants, avec gaz, télégraphes, téléphones !… – C’est pourtant vrai, songe tout haut Tartarin qui se rappelle le Rigi. – Si c’est vrai !… Mais vous n’avez rien vu… Avancez un peu dans le pays, vous ne trouverez pas un coin qui ne soit truqué, machin comme les dessous de l’Opéra ; des cascades éclairées à giorno, des tourniquets à l’entrée des glaciers, et, pour les ascensions, des tas de chemins de fer hydrauliques ou funiculaires (Daudet). »

Tartarin dans les Alpes, ebooksgratuits.com

Mein fou rire, The Donald et le sale air de la peur (par Moon of Alabama) : « Bolton aspire ardemment à sa guerre contre l’Iran et l’envoi de beaucoup de troupes permettrait éventuellement d’y parvenir. Le département d’État et le Pentagone veulent empêcher cette catastrophe de se produire et ont préféré n’en envoyer aucune. Trump a fini par accepter un nombre minimum. »

Moon of Alabama – Le 24 mai 2019

2015-05-21_11h17_05

Le 13 mai, une fuite dans le New York Times déclenchait la menace d’envoyer des « troupes contre l’Iran » :

L'armée américaine étudie un plan de déploiement de 120 000 soldats au Moyen-Orient alors que les tensions avec l'Iran s'intensifient - NYT/Business Insider, 13 mai.

Le 14 mai, nous écrivions :

Le déploiement de 120 000 soldats est la troisième option. Ce nombre est trop élevé pour une attaque aérienne et maritime et trop faible pour une attaque terrestre, c'est-à-dire une invasion de l'Iran. La publication d’une troisième option est probablement faite pour lutter contre une telle décision.

À partir de là, des chiffres différents ont fait la une des journaux :

Trump nie l’intention des États-Unis d’envoyer 120 000 soldats pour contrer la menace iranienne – Reuters, 14 mai

Trump dit qu’il enverrait « beaucoup plus » que 120 000 soldats pour combattre l’Iran, si nécessaire – Business Insider, 14 mai.

Le Pentagone réfléchit à une demande faite à l’armée d’envoyer 5.000 soldats au Moyen-Orient – Reuters, 23 mai

Trump : il n’y a pas de plan maintenant pour envoyer d’autres troupes confronter l’Iran – Washington Times, le 23 mai

Le plan du Pentagone d’envoyer jusqu’à 10 000 soldats au Moyen-Orient concerne l’Iran – Vox, le 23 mai.

Des responsables américains : Le plan pourrait être d’envoyer jusqu’à 10 000 soldats au Moyen-Orient – Associated Press, 24 mai

Finalement, Trump a sorti un chiffre réaliste :

Trump dit que les États-Unis doivent envoyer 1 500 soldats de plus au Moyen-Orient – Associated Press, 25 mai

Malheureusement, ce n’est toujours pas le bon chiffre. Le voici :

Le secrétaire à la défense par intérim, M. Pat Shanahan, a informé le Congrès vendredi qu'il avait autorisé le Commandement central des États-Unis à envoyer des forces supplémentaires - un escadron de chasseurs à réaction de l'armée de l'air, une équipe du génie et une combinaison de moyens de renseignement, de surveillance et de reconnaissance avec et sans équipage - au Moyen-Orient, a-t-il dit dans un communiqué. Le Pentagone va également prolonger le déploiement de quelque 600 soldats d'un bataillon de missiles Patriot déjà en service dans la région.

Il semble y avoir eu une petite guerre entre John Bolton, conseiller à la sécurité nationale de Trump, et le département d’État ou le Pentagone. Bolton aspire ardemment à sa guerre contre l’Iran et l’envoi de beaucoup de troupes permettrait éventuellement d’y parvenir. Le département d’État et le Pentagone veulent empêcher cette catastrophe de se produire et ont préféré n’en envoyer aucune. Trump a fini par accepter un nombre minimum.

Il y a au total plus de 20 000 soldats américains basés dans différents pays du Moyen-Orient. Les 900 envoyés en supplément ne feront aucune différence.

La stupidité de tout cela a été bien saisie par le site satirique allemand Der Postillon. Le 16 mai, il avait en gros titre :

Les États Unis sonnent l’alarme : « L’Iran rapproche de plus en plus son pays de nos troupes ! »

Les relations entre Washington et Téhéran continuent de se tendre. Aujourd'hui, les États-Unis accusent l'Iran de rapprocher toujours plus ses frontières des troupes américaines. Une partie des soldats américains sont quasiment à portée de tir.

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« L'Iran utilise son territoire pour harceler nos troupes déployées pacifiquement », a déclaré John Bolton, conseiller à la sécurité nationale des États-Unis. « Certaines frontières du pays s'approchent dangereusement de nos soldats - presque à portée de tir, l'Iran doit cesser cela tout de suite ! »
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Les États-Unis ont menacé de mobiliser leurs troupes. Bolton : « Nous sommes une nation pacifique, mais si l'Iran ose laisser ses frontières monter sur les pieds de nos soldats, cela signifiera inévitablement la guerre ! »

Cinq jours après, Reuters convertissait la satire en nouvelle :

L’avancée de l’Iran met les forces américaines et alliées à portée de frappe.

Bien sûr, c’est la faute de l’Iran qui s’est trop avancé…

Moon of Alabama