De Gaulle et l’hostilité franco-américaine en 1943

De Gaulle et l’hostilité franco-américaine en 1943

 

Je le déclarai à l’envoyé spécial du Président. « Vous  m’avez précisé pourquoi, de votre fait, nos rapports se  trouvent altérés. Je vais vous indiquer ce qui, de notre part,  contribue au même résultat. Passons sur les frictions épisodiques et secondaires qui tiennent aux conditions anormales dans lesquelles fonctionne notre alliance. Pour nous, voici l’essentiel : dans les périls mortels que nous, Français, traversons depuis le début du siècle, les États-Unis ne nous  donnent pas l’impression qu’ils tiennent leur destin comme  lié à celui de la France, qu’ils la veuillent grande et forte,  qu’ils fassent ce qu’ils pourraient faire pour l’aider à le rester ou à le redevenir. Peut-être, en effet, n’en valons-nous  pas la peine. Dans ce cas, vous avez raison. Mais peut-être  nous redresserons-nous. Alors, vous aurez eu tort. De toute  façon, votre comportement tend à nous éloigner de vous. »

 

Je rappelai que le malheur de 1940 était l’aboutissement  des épreuves excessives que les Français avaient subies. Or, pendant la première guerre mondiale, les États-Unis n’étaient  intervenus qu’après trois années de lutte où nous nous étions épuisés à repousser l’agression allemande. Encore entraient-ils en ligne pour le seul motif des entraves apportées à leur commerce par les sous-marins allemands et après avoir été tentés de faire admettre une paix de compromis où la France  n’eût même pas recouvré l’Alsace et la Lorraine. Le Reich  une fois vaincu, on avait vu les Américains refuser à la France  les garanties de sécurité qu’ils lui avaient formellement promises, exercer sur elle une pression obstinée pour qu’elle renonce aux gages qu’elle détenait et aux réparations qui lui étaient dues, enfin fournir à l’Allemagne toute l’aide  nécessaire au redressement de sa puissance. « Le résultat,  dis-je, ce fut Hitler. »

 

J’évoquai l’immobilité qu’avaient observée les États-Unis  quand le III e Reich entreprit de dominer l’Europe; la neutralité où ils s’étaient cantonnés tandis que la France subissait le désastre de 1940; la fin de non-recevoir opposée par Franklin Roosevelt à l’appel de Paul Reynaud alors qu’il eût suffi d’une simple promesse de secours, fût-elle secrète et à  échéance, pour décider nos pouvoirs publics à continuer la  guerre ; le soutien longtemps accordé par Washington aux chefs français qui avaient souscrit à la capitulation et les  rebuffades prodiguées à ceux qui poursuivaient le combat.

« Il est vrai, ajoutai-je, que vous vous êtes trouvés contraints  d’entrer dans la lutte, lorsque à Pearl Harbour les Japonais,  alliés des Allemands, eurent envoyé vos navires par le fond.

L’effort colossal que vous fournissez, depuis lors, est en train  d’assurer la victoire. Soyez assurés que la France le reconnaît hautement. Elle n’oubliera jamais que, sans vous, sa  libération n’eût pas été possible. Cependant, tandis qu’elle  se relève, il ne peut lui échapper que l’Amérique ne compte sur elle qu’accessoirement. A preuve, le fait que Washington  ne fournit d’armement à l’armée française que dans une  mesure restreinte. A preuve, aussi, ce que vous-même venez  de me dire. »

 

Le tour de Gaulle de Nicolas Bonnal (en passant par la Russie)

Nicolas Bonnal

 

 

Pourquoi de Gaulle adorait la Russie

Suivi de

Chroniques anti-globales

 

Toute sa vie, on redécouvre de Gaulle. Je l’ai redécouvert à Jaén, dans le parador sublime où il écrivit quelques pages de ses prestigieuses mémoires. L’édifice en retentit encore, le personnel en parle. Je l’ai redécouvert par hasard sur le web, sur un des sites qui le citent encore. Je l’ai redécouvert un soir à Paris en croisant son fils avec mon propre père ; nous avons discuté quelques instants, et c’était céleste. Le coucher de soleil, le Ranelagh, les jardins, le fils qui se rappelait et qui comme son père habite dans une autre dimension. Je me sentais tout près de Jean Parvulesco qui a sublimement évoqué le Général et sa brigade qui n’est pas de ce monde.

Lorsqu’effaré par la tournure que prend notre hostilité commanditée envers la Russie, j’ai écrit pour Sputnik j’ai retrouvé, toujours par hasard, ses pages extatiques sur la Russie, celles de la Guerre et celle du discours de son voyage à Moscou. Elles étaient sublimes, et en quelques heures j’avais des dizaines de milliers de lecteurs ; car les Français attendent un réveil – au moins ceux qui veillent.

Puisse ce livre divisé en deux parties (et non deux partis…) y contribuer. La première évoque le général et ses formidables incartades contre le machin européen et la domination anglo-saxonne ; la deuxième reprend mes chroniques de Dedefensa.org et de reseautinternational.net, prises et reprises sur des dizaines d’autres sites de la résistance locale et globale…

Les gens dorment, et quand ils meurent, ils réveillent, aurait dit le prophète

De Gaulle : une présentation

Nicolas Bonnal

 

 

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Toute sa vie, on redécouvre de Gaulle. Je l’ai redécouvert à Jaén, dans le parador sublime où il écrivit quelques pages de ses prestigieuses mémoires. L’édifice en retentit encore, le personnel en parle. Je l’ai redécouvert par hasard sur le web, sur un des sites qui le citent encore. Je l’ai redécouvert un soir à Paris en croisant son fils avec mon propre père ; nous avons discuté quelques instants, et c’était céleste. Le coucher de soleil, le Ranelagh, les jardins, le fils qui se rappelait et qui comme son père habite dans une autre dimension. Je me sentais tout près de Jean Parvulesco qui a sublimement évoqué le Général et sa brigade qui n’est pas de ce monde.

Lorsqu’effaré par la tournure que prend notre hostilité commanditée envers la Russie, j’ai écrit pour Sputnik j’ai retrouvé, toujours par hasard, ses pages extatiques sur la Russie, celles de la Guerre et celle du discours de son voyage à Moscou. Elles étaient sublimes, et en quelques heures j’avais des dizaines de milliers de lecteurs ; car les Français attendent un réveil – au moins ceux qui veillent.

Puisse ce livre divisé en deux parties (et non deux partis…) y contribuer. La première évoque le général et ses formidables incartades contre le machin européen et la domination anglo-saxonne ; la deuxième reprend mes chroniques de Dedefensa.org et de reseautinternational.net, prises et reprises sur des dizaines d’autres sites de la résistance locale et globale…

Les gens dorment, et quand ils meurent, ils réveillent, aurait dit le prophète

« L’OTAN est un faux-semblant. C’est une machine pour déguiser la mainmise de l’Amérique sur l’Europe. Grâce à l’OTAN, l’Europe est placée sous la dépendance des États-Unis sans en avoir l’air », déclare le 13 février 1963 le général de Gaulle…

Lundi, De Gaulle et la Russie sur Amazon.fr – par Nicolas Bonnal

Charles de Gaulle (au centre) en visite à Moscou

Pourquoi de Gaulle adorait la Russie

© Sputnik. A. Polikashin
ANALYSE

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Nicolas Bonnal
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« Il n’est pas un bon Français qui n’acclame la victoire de la Russie. »

On connaît la russophilie du Général de Gaulle. Mais rien ne vaut les discours du Grand Homme pour retrouver la lettre et l’esprit du combat russophile initié en France par les Lumières aux temps de la Grande Catherine, et poursuivi ensuite par un Chateaubriand aux temps des tsars Alexandre et Nicolas.

Le 20 janvier 1942, le Général prononce un magnifique discours guerrier à la radio londonienne pour rendre hommage à la victoire russe lors du terrible hiver 1941-42. Grand stratège, il comprend dès ce moment, et avant beaucoup de monde, que l’Allemagne nazie va perdre sa guerre contre la Russie:

« Pour l’Allemagne, la guerre à l’Est, ce n’est plus aujourd’hui que cimetières sous la neige, lamentables trains de blessés, mort subite de généraux. Certes, on ne saurait penser que c’en soit fini de la puissance militaire de l’ennemi. Mais celui-ci vient, sans aucun doute possible, d’essuyer l’un des plus grands échecs que l’Histoire ait enregistrés. »

Les mots suivants sont un hymne épique à la Grande Russie combattante:« Tandis que chancellent la force et le prestige allemands, on voit monter au zénith l’astre de la puissance russe. Le monde constate que ce peuple de 175 millions d’hommes et digne d’être grand parce qu’il sait combattre, c’est-à-dire souffrir et frapper, qu’il s’est élevé, armé, organisé lui-même et que les pires épreuves n’ébranlent pas sa cohésion. C’est avec enthousiasme que le peuple français salue les succès et l’ascension du peuple russe. »

De Gaulle ensuite prévoit le grand rôle modérateur et équilibrant de la Russie sur la scène internationale. Il souligne au passage le rôle des forces obscures qui de manière récurrente s’opposent à l’alliance franco-russe:

« Dans l’ordre politique, l’apparition certaine de la Russie au premier rang des vainqueurs de demain apporte à l’Europe et au monde une garantie d’équilibre dont aucune Puissance n’a, autant que la France, de bonnes raisons de se féliciter. Pour le malheur général, trop souvent depuis des siècles l’alliance franco-russe fut empêchée ou contrecarrée par l’intrigue ou l’incompréhension. Elle n’en demeure pas moins une nécessité que l’on voit apparaître à chaque tournant de l’Histoire. »

Alain Peyrefitte a d’ailleurs rappelé pourquoi de Gaulle ne célébrait pas le débarquement anglo-saxon en France, débarquement qui annonçait une France inféodée et soumise à l’AMGOT:

« Le débarquement du 6 juin, cela a été l’affaire des Anglo-Saxons, d’où la France a été exclue. Ils étaient bien décidés à s’installer en France comme en territoire ennemi! Comme ils venaient de le faire en Italie et comme ils s’apprêtaient à le faire en Allemagne! Ils avaient préparé leur AMGOT qui devait gouverner souverainement la France à mesure de l’avance de leurs armées. Ils avaient imprimé leur fausse monnaie, qui aurait eu cours forcé. Ils se seraient conduits en pays conquis. »

Personne ne se demande en effet depuis pourquoi la France Libre n’a pas eu le droit de débarquer ce fameux 6 juin! On saura pourquoi maintenant! De Gaulle rappelle à Alain Peyrefitte qu’il fut traité comme un domestique par Churchill. « La France fut traitée comme un paillasson! ».Mais restons avec la Russie et notre Général: le 30 juin 1966, le Général de Gaulle devenu président de la République est à Moscou et il célèbre la vieille et inaltérable amitié franco-russe à la radio et à la télévision:

« La visite que j’achève de faire à votre pays c’est une visite que la France de toujours rend à la Russie de toujours… Aussi, en venant vous voir, il m’a semblé que ma démarche et votre réception étaient inspirées par une considération et une cordialité réciproques, que n’ont brisées, depuis des siècles, ni certains combats d’autrefois, ni des différences de régime, ni des oppositions récemment suscitées par la division du monde. »

C’est que pour de Gaulle comme pour Dostoïevski les nations sont des entités vivantes plus résistantes et plus fortes que les systèmes qui pensent les dominer. Il souligne ensuite, en faisant une belle allusion à la conquête spatiale, les grandes réalisations du modèle soviétique, stupidement oublié ou diabolisé depuis:

«Après l’immense transformation déclenchée chez vous par votre révolution depuis près de cinquante ans, au prix de sacrifices et d’efforts gigantesques; puis après le drame terrible que fut pour vous la guerre gagnée il y a plus de vingt années et dont la part que vous y avez prise a porté l’Union Soviétique au plus haut degré de la puissance et de la gloire; enfin, après votre reconstruction succédant à tant de ravages, nous vous voyons vivants, pleins de ressort, progressant sur toute la ligne, au point que vous êtes tout près d’envoyer des vôtres dans la Lune. »Enfin, il conclut magnifiquement sur l’unité du continent européen, de l’Atlantique à l’Oural, pour reprendre une formulation lyrique et célèbre:

« Il s’agit aussi de mettre en œuvre successivement: la détente, l’entente et la coopération dans notre Europe tout entière, afin qu’elle se donne à elle-même sa propre sécurité après tant de combats, de ruines et de déchirements. Il s’agit, par là, de faire en sorte que notre Ancien Continent, uni et non plus divisé, reprenne le rôle capital qui lui revient, pour l’équilibre, le progrès et la paix de l’univers. »

Une conclusion? Soumise au diktat de Washington et Berlin, la France politicienne ferait bien de prendre exemple sur son dernier grand homme.

François-René de Chateaubriand et l’origine pré-gaulliste de l’amitié franco-russe (livre de Nicolas Bonnal à paraître lundi)

François-René de Chateaubriand et l’origine prégaulliste de l’amitié franco-russe

On n’aime pas relire les Classiques et on a tort. Relisez par exemple le début immortel de Guerre et paix et vous verrez qu’il est (en partie) écrit en français. Je dirais même qu’il commence par ces lignes inspirées de Virgile : On a décidé que Buonaparte a brûlé ses vaisseaux, et je crois que nous sommes en train de brûler les nôtres.

Le comte Tolstoï s’explique dans une français limpide, dont feraient bien de prendre exemple les romanciers contemporains. Il explique son parti-pris linguistique, qui détonne dans un roman si national (il nous donne le texte en russe) :

Le prince s’exprimait en français, ce français recherché dont nos grands-pères avaient l’habitude jusque dans leurs pensées, et sa voix avait ces inflexions mesurées et protectrices d’un homme de cour influent et vieilli dans ce milieu.

Dans le chef d’œuvre cinématographique de Bondartchuk, réalisé au milieu des années 60 et qui est un de plus beaux films oniriques et historiques du cinéma, on entend souvent –et sans sous-titres – les personnages si charmants et élégants de Tolstoï parler en français.

La langue commune de l’aristocratie et de la classe cultivée est bien la source de l’amitié franco-russe. Cette amitié s’est créée par la culture. Le grand acteur Sacha Guitry, qui fut aussi un immense cinéaste et un grand auteur de théâtre et de bons mots, avait pour parrain le tzar Alexandre II qui adorait voir son père sur la scène ! On sait aussi que les expressions et les mots en français abondent dans l’œuvre de Dostoïevski, pour ne pas parler de celle de Nabokov, le seul génial romancier trilingue du XXème siècle, auteur de la meilleure prose anglaise aussi avec l’irlandais et latiniste Joyce.

Mais j’ai promis de parler de Chateaubriand (1768-1848) notre Pouchkine français, l’homme qui sauva la littérature français du néant laissé par les Lumières (sur la forme et le fond), et qui fut aussi ambassadeur et grand historien. Chateaubriand était un ami de la Russie comme le tsar Alexandre 1er fut un ami de la France, même celle de Napoléon, et rédigea une émouvante lettre au peuple de Paris (il y en avait encore un) avant d’occuper la ville. Il produit alors ce discours magique et généreux écrit dans un français d’exception, que nous traduisons ici en russe :

Les Français sont mes amis, et je veux leur prouver que je viens leur rendre le bien pour le mal. Napoléon est mon seul ennemi. Je promets ma protection spéciale à la ville de Paris ; je protégerai, je conserverai tous les établissements publics ; je n’y ferai séjourner que des troupes d’élite ; je conserverai votre garde nationale, qui est composée de l’élite de vos citoyens. C’est à vous d’assurer votre bonheur à venir ; il faut vous donner un gouvernement qui vous procure le repos et qui le procure à l’Europe. C’est à vous à émettre votre vœu : vous me trouverez toujours prêt à seconder vos efforts. « 

Paris est donc occupée. Concernant l’occupation de Paris par les troupes en russes en 1814, après l’abdication de Napoléon, voici ce qu’écrit Chateaubriand.

Toutefois cette première invasion des alliés est demeurée sans exemple dans les annales du monde : l’ordre, la paix et la modération régnèrent partout ; les boutiques se rouvrirent ; des soldats russes de la garde, hauts de six pieds, étaient pilotés à travers les rues par de petits polissons français qui se moquaient d’eux, comme des pantins et des masques du carnaval. Les vaincus pouvaient être pris pour les vainqueurs ; ceux−ci, tremblant de leurs succès, avaient l’air d’en demander excuse.

(Mémoires d’Outre-tombe, Tome2, Livre 22 chapitre 13)

C’est tout de même autre chose que le tourisme contemporain !

Chateaubriand devient un excellent ministre des Affaires étrangères de Charles X après la guerre ; puis il entre dans l’opposition et demeure le témoin lucide son temps, après la prise du pouvoir de Louis-Philippe qui annonce la décadence française (de nombreux témoins concordent) et la politique anglophile et erratique de Napoléon III.

C’est là, dans une lettre très riche qu’il joint à ses Mémoires (tome III, livre XXIX, chapitre 13), qu’il commence à soutenir l’idée d’une alliance franco-russe contre les intérêts de l’Autriche et de l’Angleterre. A cette époque le tzar est bien sûr Nicolas, qui veut reprendre Constantinople et défendre (comme toujours !) les chrétiens d’Orient. Chateaubriand souligne déjà l’hypocrisie antirusse et la trahison occidentale en faveur de l’islam :

Une attaque de l’Autriche et de l’Angleterre contre la Croix en faveur du Croissant augmenterait en Russie la popularité d’une guerre déjà nationale et religieuse.

Sur l’Angleterre, alors qu’il a été réfugié (pendant la Terreur) puis ambassadeur en Angleterre, Chateaubriand remarque ce qui suit :

L’Angleterre, d’ailleurs, a toujours fait bon marché des rois et de la liberté des peuples ; elle est toujours prête à sacrifier sans remords monarchie ou république à ses intérêts particuliers. Naguère encore, elle proclamait l’indépendance des colonies espagnoles, en même temps qu’elle refusait de reconnaître celle de la Grèce… L’Angleterre est vouée tour à tour au despotisme ou à la démocratie selon le vent qui amenait dans ses ports les vaisseaux des marchands de la cité.

Alors Chateaubriand se prend à rêver de l’Alliance franco-russe qui sera réalisée au début des années 1890 entre le cabinet français et le tzar Alexandre III, le parrain de Sacha Guitry. Il en trouve tout de suite les causes si naturelles et culturelles, à la fois donc littéraires, historiques et géographiques :

 » Il y a sympathie entre la Russie et la France ; la dernière a presque civilisé la première dans les classes élevées de la société ; elle lui a donné sa langue et ses mœurs. Placées aux deux extrémités de l’Europe, la France et la Russie ne se touchent point par leurs frontières, elles n’ont point de champ de bataille où elles puissent se rencontrer ; elles n’ont aucune rivalité de commerce, et les ennemis naturels de la Russie (les Anglais et les Autrichiens) sont aussi les ennemis naturels de la France.

Il voit tout de suite que la France et la Russie peuvent contrôler l’Europe, comme Napoléon l’avait compris à Tilsitt en 1807, lorsqu’il rêvait d’un « partage du monde » franco-russe :

En temps de paix, que le cabinet des Tuileries reste l’allié du cabinet de Saint−Pétersbourg, et rien ne peut bouger en Europe. En temps de guerre, l’union des deux cabinets dictera des lois au monde.

Enfin Chateaubriand propose à la diplomatie française, qui bien sûr ne le fera pas, de soutenir la Russie dans l’affaire orientale et de s’adresser ainsi au tzar :

Nous pouvons tenir ce langage à Nicolas : » Vos ennemis nous sollicitent ; nous préférons la paix à la guerre, nous désirons garder la neutralité. Mais enfin si vous ne pouvez vider vos différends avec la Porte (Istanbul) que par les armes, si vous voulez aller à Constantinople, entrez avec les puissances chrétiennes dans un partage équitable de la Turquie européenne.

Cela pourrait sembler dépassé. Mais l’OTAN ne s’est-on pas partagé récemment les dépouilles de la Serbie et de la Yougoslavie, et ne veut-on pas partager aujourd’hui les dépouilles de la Syrie entre les Turcs, les commandos d’Al Qaeda et les seigneurs des hydrocarbures ? On peut voir en tout cas que les luttes géopolitiques ne bougent pas avec les siècles.

Pour en finir avec Chateaubriand, nous ne pouvons que souhaiter que l’Alliance franco-russe revienne au goût du jour et que la culture française redevienne la culture de l’élite russe, au lieu de la londonienne. Il est vrai que de son côté la France doit redevenir digne de Chateaubriand et du Général de Gaulle.

Lundi, lecteurs, vous pourrez vous régaler… le tour de Gaulle avec Nicolas Bonnal !

 

Nicolas Bonnal

 

 

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Introduction

 

Toute sa vie, on redécouvre de Gaulle. Je l’ai redécouvert à Jaén, dans le parador sublime où il écrivit quelques pages de ses prestigieuses mémoires. L’édifice en retentit encore, le personnel en parle. Je l’ai redécouvert par hasard sur le web, sur un des sites qui le citent encore. Je l’ai redécouvert un soir à Paris en croisant son fils avec mon propre père ; nous avons discuté quelques instants, et c’était céleste. Le coucher de soleil, le Ranelagh, les jardins, le fils qui se rappelait et qui comme son père habite dans une autre dimension. Je me sentais tout près de Jean Parvulesco qui a sublimement évoqué le Général et sa brigade qui n’est pas de ce monde.

Lorsqu’effaré par la tournure que prend notre hostilité commanditée envers la Russie, j’ai écrit pour Sputnik j’ai retrouvé, toujours par hasard, ses pages extatiques sur la Russie, celles de la Guerre et celle du discours de son voyage à Moscou. Elles étaient sublimes, et en quelques heures j’avais des dizaines de milliers de lecteurs ; car les Français attendent un réveil – au moins ceux qui veillent.

Puisse ce livre divisé en deux parties (et non deux partis…) y contribuer. La première évoque le général et ses formidables incartades contre le machin européen et la domination anglo-saxonne ; la deuxième reprend mes chroniques de Dedefensa.org et de reseautinternational.net, prises et reprises sur des dizaines d’autres sites de la résistance locale et globale…

Les gens dorment, et quand ils meurent, ils réveillent, aurait dit le prophète

Parador de Jaen où le Général de Gaulle écrivit dix pages de ses Mémoires. Il laissa un mois de salaire comme pourboire aux employés. Lisez Nicolas Bonnal sur de Gaulle lundi.

Nicolas Bonnal

 

 

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Lorsqu’effaré par la tournure que prend notre hostilité commanditée envers la Russie, j’ai écrit pour Sputnik j’ai retrouvé, toujours par hasard, ses pages extatiques sur la Russie, celles de la Guerre et celle du discours de son voyage à Moscou. Elles étaient sublimes, et en quelques heures j’avais des dizaines de milliers de lecteurs ; car les Français attendent un réveil – au moins ceux qui veillent.

Puisse ce livre divisé en deux parties (et non deux partis…) y contribuer. La première évoque le général et ses formidables incartades contre le machin européen et la domination anglo-saxonne ; la deuxième reprend mes chroniques de Dedefensa.org et de reseautinternational.net, prises et reprises sur des dizaines d’autres sites de la résistance locale et globale…

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