Drieu la Rochelle et notre crépuscule catatonique (en 1921)

Ecrit il y a deux ans

Le futur de l’Europe est donc islamo-socialiste. L’élection d’un travailliste pakistanais et musulman à la mairie de Londres est tout un symbole. On n’en fera pas un drame. C’est un peu tard…

L’entropie prophétisée par Tocqueville, Nietzsche ou Sorel a tout gagné et a créé le dernier homme festif (il n’est même pas « décadent ») et dépressif (il n’est même pas « désespéré »). Tout cela prend du temps pour déboucher sur le néant, comme la décadence de la civilisation romaine : elle a pris quatre siècles.

En 1920, Drieu la Rochelle, qui est encore fréquentable, écrit Mesure de la France, un livre édité et gentiment préfacé par Daniel Halévy. Et il fait le point avec vista : « Il n’y a plus de conservateurs, de libéraux, de radicaux, de socialistes. Il n’y a plus de conservateurs, parce qu’il n’y a plus rien à conserver. Religion, famille, aristocratie, toutes les anciennes incarnations du principe d’autorité, ce n’est que ruine et poudre. »

Mais les ruines de l’Ancien régime ne sont pas remplacées par du Nouveau. Car l’âge nouveau, socialiste ou communiste, est déjà décati : « Il n’y a plus de socialistes, parce qu’il n’y a jamais eu de chefs socialistes que les bourgeois et que tous les bourgeois depuis la guerre sont en quelque manière socialistes, tandis que les chefs socialistes ne peuvent plus dissimuler leur bourgeoisie. »

Lénine et les bolcheviques aussi ne pensent que chiffres et machines. Puis Drieu enfonce plus durement le clou (avait-il déjà lu Guénon ?) : « Tous se promènent satisfaits dans cet enfer incroyable, cette illusion énorme, cet univers de camelote qui est le monde moderne où bientôt plus une lueur spirituelle ne pénétrera. »

Le gros shopping planétaire est mis en place par la matrice américaine, qui va achever de liquider les vieilles patries prétentieuses : « Il n’y a plus de partis dans les classes, plus de classes dans les nations, et demain il n’y aura plus de nations, plus rien qu’une immense chose inconsciente, uniforme et obscure, la civilisation mondiale, de modèle européen. »

Drieu n’a pas besoin non plus du pape François pour établir il y a cent ans que le catholicisme est un zombi : « Le Vatican est un musée. Nous ne savons plus bâtir de maisons, façonner un siège où nous y asseoir. À quoi bon défendre des banques, des casernes, et les Galeries Lafayette ? »

Vingt ans avant Heidegger ou Ellul, Drieu désigne la technique comme coupable : « Il y aura beaucoup de conférences comme celle de Gênes où les hommes essaieront de se guérir de leur mal commun : le développement pernicieux, satanique, de l’aventure industrielle. »

Cette ère industrielle et son confort petit-bourgeois auront tout lessivé. Personne n’y a résisté, l’Europe ayant perdu tout charisme ou tellurisme.

Il n’y aura bien sûr pas de fascisme dans un futur proche ou éloigné ! Il y aura une réaction néocartésienne si j’ose dire : je pense, donc je fuis.

Mais pour aller où ?

Drieu et Chrétien de Troyes face aux industries dévastatrices

Dans Mesure de la France, Drieu enfonce le clou sur la civilisation horrible et surtout inconsciente de la modernité :

« Tous se promènent satisfaits dans cet enfer incroyable, cette illusion énorme, cet univers de camelote qui est le monde moderne où bientôt plus une lueur spirituelle ne pénétrera. »

Le gros shopping planétaire est mis en place par la matrice américaine, qui va achever de liquider la vieille patrie prétentieuse :

« Il n’y a plus de partis dans les classes, plus de classes dans les nations, et demain il n’y aura plus de nations, plus rien qu’une immense chose inconsciente, uniforme et obscure, la civilisation mondiale, de modèle européen. »

Drieu affirme il y a cent ans que le catholicisme romain est zombi :

« Le Vatican est un musée. Nous ne savons plus bâtir de maisons, façonner un siège où nous y asseoir. A quoi bon défendre des banques, des casernes, et les Galeries Lafayette ? »

Enfin, vingt ans avant Heidegger ou Ellul, Drieu désigne la technique et l’industrie comme les vrais conspirateurs :

« Il y aura beaucoup de conférences comme celle de Gênes où les hommes essaieront de se guérir de leur mal commun : le développement pernicieux, satanique, de l’aventure industrielle. »

 

 

 

L’allusion au tissage et à l’industrie  nous ramène à l’épisode prophétique du Chevalier au Lion où 300 pucelles sont enfermées par des démons (des « netuns » au symbolisme neptunien et inférieur) et condamnées à travailler comme des ouvrières de l’ère industrielle. Le conte associe ce royaume onirique inférieur à une forme d’exploitation capitaliste. On les cite, car elles sont bien plus lucides que les ouvrières de Zola (elles ne doivent pas être d’origine humble, filles de bonne famille, « aux doigts habiles » enlevées ?) :

 

« Toujours draps de soie tisserons

Et n’en serons pas mieux vêtues

Toujours serons pauvres et nues,

Et toujours faim et soif aurons (…)

Et de l’ouvrage de nos mains

N’aura chacune pour vivre

Que quatre deniers de livre ».

 

Autre description de la fragilité et de la faiblesse féminine. On émeut plus avec une femme qu’avec un homme pauvre, Flaubert et Maupassant le montreront. Sinon, que penser de ces lignes stupéfiantes extraites d’un roman lui-même stupéfiant ? Est-ce une allusion à la précarité de la vie ouvrière d’alors dans la bonne ville de Troyes, couverte d’ateliers de tissage ? Pour Philippe Walther, spécialiste du thème mythologique chez Chrétien, « on est plus proche d’un Minotaure celtique que de la révolte des canuts lyonnais ». Peut-être, jamais alors il ne faut pas oublier que Fritz Lang va lui aussi recourir à la mythologie (Moloch) pour décrire le sort des ouvriers modernes dans son si rétrofuturiste Metropolis. Mon maître Jacques Ribard fait allusion à l’enfer pour décrire cette usine. On est loin du symbolisme cosmologique du tissage cher à notre Pénélope.

 

 

Sources

 

Drieu – Mesure de la France

Chrétien de Troyes – Le chevalier au lion

Nicolas Bonnal – Perceval et la reine, Les grands auteurs et la conspiration