Lucien Cerise : comment la religion devient un simulacre aux temps de l’apocalypse capitaliste

Notre cyber-Hannibal publie ceci aujourd’hui :http://numidia-liberum.blogspot.com.es/2017/11/la-menace-mondiale-de-lideologie.html

 

cela mérite un rappel de notre autre ami Lucien Cerise (interview célèbre sur Gouverner par le chaos) :

Pour arriver au contrôle total dans ces conditions, pas d’autre choix que de détruire le Réel original et de le remplacer par sa copie virtuelle. Puis on produit des copies de copies à l’infini, pour parvenir à un contrôle toujours croissant. À la fin, il ne reste de l’original qu’un simulacre complètement dévitalisé et désubstantialisé. Sur le plan politique, c’est l’avènement de la post-démocratie, qui n’est qu’une pâle imitation de la démocratie originale, comme on le voit dans l’Union européenne (référendums annulés, limogeage de Papandréou, etc.). Idem dans le champ des religions : il y a autant de rapports entre le judaïsme et Israël qu’entre l’islam et l’Arabie saoudite, ou le christianisme et les États-Unis. C’est-à-dire à peu près aucun, en dehors de la récupération de signes extérieurs d’affiliation identitaire, mais des signes totalement vidés de leur substance.

Le capitalisme est passé par là. Pour être juste, dans ces pays il faut donc parler de post-judaïsme, de post-christianisme et de post-islam. Quand le capitalisme veut se donner un supplément d’âme pour mobiliser ses troupes, il se pare d’oripeaux mythologiques et raconte une histoire, par exemple qu’il n’est pas fondé sur une hiérarchie de classes socio-économiques mais qu’il agit pour une communauté culturelle ou ethnique, etc. Bref, il joue du pipeau et tente de vous prendre par les émotions.

Amicalement vôtre et la quête arthurienne

Amicalement vôtre et la quête arthurienne

 

 

Ce fut le feuilleton-phare de tous les gamins de ma génération.

Voyons voir : nous avons deux compères sportifs et millionnaires (quoique ruinés comme Fracasse) ; nous avons un Lord fantastique (Sinclair) relié à Rennes-le-Château, et un sympathique self-made man à l’américaine, propre à enchanter notre Jules Verne.

Un cocktail nitro-explosif.

Nos deux chevaliers sont des récréants selon la terminologie de Chrétien de Troyes. Ils ne font pas grand-chose. Je cite le livre sur Perceval et la reine (Amazon.fr) :

« Le guerrier suprême est un rayon de paix. Tout en portant l’épée, il a amené la paix. À ce moment Galaad apparaît comme le « Manu » évoqué par Guénon dans Le roi du Monde : il est un régulateur cosmique, un ordonnateur du chaos.

Il est surtout le modèle éthéré et sage des moines cisterciens !

On laisse la parole à Erec qui, tourmenté par sa femme et ses remords mondains et récréants (qui riment avec mécréants) l’invite à le suivre élégante sur la voie de la quête :

 

« Aparelliez vos or androit,

Por chevauchier vos aprestez!

Levez de ci, si vos vestez

De vostre robe la plus bele,

Et feites metre vostre sele

Sor vostre mellor palefroi ! »

 

Le juge (prud’homme des récits du Graal) les instruit. Ils sont toujours en voyage, comme la « gent inquiète des Normands ». Car chez les chevaliers, « qui ne se meut devient songeux » (Chrétien de Troyes encore).

Il leur confie une mission, des missions plutôt pour les occuper et rétablir la roue cosmique. Secourir ou conseiller telle héritière. Ce juge m’a rendu à la vie, dit le Lord à une jolie fille.

Il y a une Jenny blonde (en fait une fausse Jenny, comme il y a de fausses Guenièvre) ou une Clara Wilkes dont le père a trouvé le Graal : la formule qui permettrait de remplacer cette saleté de pétrole.

Il y a même un héritage Ozerov et une belle dynastie tzariste à secourir ! Quel légitimisme tout de même !

Il y a aussi le Méléagant, étonnant Lord Croxley qui en a marre de l’Angleterre à la dérive des années Orange mécanique, et désire un bon petit coup d’Etat fasciste. L’Angleterre partait alors à la dérive… Croxley une relation de Brett mais il faut quand même le combattre !

 

Et il y a la princesse insupportable, Liza Zorakin, dont personne ne veut à la fin, ni Brett ni Danny ! Un peu de misogynie libérale est toujours de bon ton dans les récits de courtoise chevalerie ! Chicken in the basket, sermonne le macho Brett !

On a même la décadence et le déclin du cycle arthurien avec les morts mystérieuses de la famille Sinclair provoquées par un héritier haineux venu d’Australie (reste impérial, quand tu nous tiens !). C’est la nouvelle guerre des Rose ! A la fin de ce cycle, il ne reste que poussières, babioles et souvenirs !

Une fois même, Brett se trouve marié à Catherine Schell, très belle aristocrate austro-hongroise de son état. Car les plus belles actrices d’alors viennent des meilleures familles aristocratiques ! Curtis avait même épousé Christine Kaufmann à l’issue du tournage de Tarass Boulba à Salta en Argentine !

 

Question… Mais si je continue comme cela, je vais en faire un livre ? Mon record à battre, livre en cinq jours !

 

 

Sources

 

Nicolas Bonnal – Perceval et la reine (préface de Nicolas Richer – Amazon.fr)

James Bond et la télévision comme arme de guerre (Amazon.fr)

 

 

Qui va là ? Ou qui Valhalla ? Un peu de surhomme au passage ? Un chapitre de Nicolas Bonnal…

Propos sur le surhomme ou l’androïde couronné

 

L’androïde est une vieille lune de la science-fiction moderne. Depuis que Karel Capek a inventé le terme robot dans les années 20, nous n’avons cessé de céder du terrain à cet être plus parfait que nous. Les années vingt voient également le triomphe de Metropolis qui consacre l’émergence de l’androïde séductrice capable de manipuler les foules. C’est cette créature que recycle aujourd’hui une star de synthèse comme lady Gaga. Pour le reste des dizaines de films ont utilisé jusqu’à satiété cette image de l’homme parfait ou du double qui nous remplacera.

Mais le mot reflète aussi une obsession bien humaine et bien ancienne, celle de Dédale qui dans son antiquité magique crée le premier androïde, celle du rabbin de Prague qui crée et anime son Golem, celle de Vaucanson, auteur de son fameux chef d’ouvre au siècle des Lumières obsédé d’automates, celle enfin de Pinocchio, inspirateur supposé des programmes de conditionnement mental. L’imagination littéraire ou autre n’a donc pas attendu la science-fiction et le cinéma pour célébrer l’image de l’androïde dans tous ses états. Voyez la création de l’esprit humain par Prométhée dans ces vers d’Eschyle – qui parle des hommes :

C’est moi qui inventai pour eux la science des nombres, la plus noble des sciences; pour eux je formai l’assemblage des lettres, je fixai la mémoire qui conserve tous les souvenirs, la mère, l’instrument des Muses.

Car le cinéma honore l’androïde, préfère l’androïde, cultive l’androïde, célèbre l’androïde, plus parfait, plus équilibré, plus athlétique, plus intellectuel, plus sentimental et pleurnichard même que le meilleur des hommes ; et soumis comme toute créature mythologique supérieure à de terribles épreuves ! Blade runner, – qui trafique le final de la nouvelle de Dick – célèbre ainsi le triomphe de l’androïde Rachel, emmenée en voyage de noces par Deckard dont Ridley Scott nous certifie – contre l’avis de Dick – qu’il est bien lui aussi un répliquant. Il devient du reste difficile d’établir la frontière. Et alors que les répliquants étaient fabriqués pour durer fort peu, on apprend en voix off que Rachel pourrait durer cent ans ou plus. Son histoire d’amour aura-t-elle une fin aussi tragique celle de Highlander ?

En réalité le jeu au petit soldat, conditionnement mécanique par excellence de l’être humain, est en quelque sort l’ancêtre de l’androïde Blade runner. L’androïde c’est le parfait soldat, et le tin man en armure, celui d’Oz que nous avons cité en épigraphe, l’est aussi : il est l’homme dont la chair est transformée en métal liquide, de manière à produire le plus parfait Terminator commun (si j’ose dire). L’histoire du duel avec Féraud (personnage de fer au cœur de pierre) est une histoire sur les automatismes militaires. D’Huber y met fin mais nous sommes en 1815. Nous savons que de toute manière les mauvaises habitudes ont la vie dure et que les Européens, en particulier les Allemands, auront besoin de quelques dizaines de millions de morts, pour se guérir de jouer au petit soldat. Et l’on rêve aujourd’hui de guerriers bioniques du futur comme dans le magicien d’Oz.

 

Le grand moment de l’androïde est bien celui de Rutger Hauer dans Blade runner, personnage noir, romantique et luciférien, un rien nazi peut-être, et qui vient couronner l’exercice d’adoration auquel se livrent les cinéastes depuis Fritz Lang. Le petit groupe d’androïdes emmené par Roy – un roi en son genre – est doté d’exceptionnelles qualités physiques, intellectuelles, morales même (ils ont une morale de guerrier, de ksatriya, d’élite militaire d’avant la chute dans la glauque modernité). Le rien nazi que nous évoquons n’a rien de polémique ; il répond à une espèce de mise en scène de ces mutants formidables qui incarnent le surhomme en gabardine cuir noir, une cruauté raffinée, un instinct de dévastation, un cerveau quand même efficace (surtout quand il s’agit de jouer aux échecs !), une révolte fascisante contre le père biblique incapable de perfectionner sa création, et qui finit crâne craquant et yeux broyés ; sentimentalement et même sexuellement ces répliquants peut-être trop parfaits sont également par-delà le bien et le mal. On connaît de toute manière les orientations métapolitiques de Philip K. Dick obsédé par le nazisme, auteur du maître du haut château et qui insiste dans sa nouvelle sur le caractère mettons hyperboréen de ces merveilleuses créatures non conçues pour notre monde. L’admiration éprouvée par le charmant JF Sébastien (qui est aussi assassiné par Roy) pour ces êtres parfaits qui se déplacent si élégamment rejoint, exprime même celle du cinéaste. On remarquera que Sébastien vit entouré d’amis mécaniques, des petits automates prussiens et soldatesques. On ajoutera aussi que l’androïde féminin si bien joué par Daryl Hannah joue à la poupée avec elle-même, se maquille, se prend pour un mannequin. Il y a là une allusion au très bon film de Kubrick, si riche de son futur, la baiser du tueur (une épique lutte dans une salle bourrée de mannequins) et bien sûr une évocation du monde sexuel des poupées Illuminati, comme on dit aujourd’hui, celles qui encombrent les écrans et les clips du nouveau MTV. Il y a là aussi dans le beau personnage de Pris une référence nietzschéenne (évidente, même si involontaire !) et tirée de l’incontournable Zarathoustra.

L’homme véritable veut deux choses : le danger et le jeu. C’est pourquoi il veut la femme, le jouet le plus dangereux. L’homme doit être élevé pour la guerre, et la femme pour le délassement du guerrier : tout le reste est folie.

Or comme on sait – c’est marqué à l’écran – Roy a été conçu pour la guerre, Pris pour le plaisir. Pour des raisons physiques les androïdes ont le beau rôle dans la conquête spatiale – qui chez Dick revêt plutôt une dimension immobilière, le développement d’une nouvelle banlieue, d’un nouveau condominium.

Le combat avec Deckard permet de mieux opposer la vision médiocre de Deckard et celle grandiose de notre surhomme grimé en androïde. Mais le commentaire final, peut-être nécessaire, annonce celui médiocre de Terminator. La machine est capable d’éprouver des émotions (quoi d’étonnant d’ailleurs si on lui a greffé des sentiments, des souvenirs et une sensiblerie para-humaine ?) et elle est aussi bonne que nous. Non, vraiment, le répliquant mérite mieux que la philanthropie un peu tiède que le vieux Deckard lui attribue. Le fait de l’épargner est lié pour Roy à sa mort prochaine, à une forme de cruauté, à un plaisir d’esthète (« comme tu tiens à la vie petit homme ! »). On comprend en tout cas pourquoi Deckard ne peut évidemment pas être un répliquant. Il est inférieur physiquement – au point que c’en est ridicule quand il combat les femmes qu’il descend à distance – et il est inférieur moralement.

Reprenant une formule célèbre, on pourrait dire que les répliquants sont comme les autres, mais plus. Ils sont plus forts, plus décidés (pas forcément dans le texte de Dick), plus beaux et surtout plus décidés à vivre plus. C’est pourquoi ils se mutinent (dans la nouvelle, Rachel fait allusion même au Bounty), s’introduisent dans les labos de la Tyrrell corporation, s’instruisent dans le domaine-clé qui assurerait leur survie, et apprennent même à se surpasser aux échecs. Nous reviendrons ailleurs sur la partie d’échecs, monument du cinéma de Ridley Scott, hommage à Kubrick et métaphore du combat cosmique.

Quelqu’un a bien sûr évoqué Nietzsche et le surhomme. Les derniers mots de Rutger ont une teneur poétique formidable : Orion, Tannhäuser, les larmes dans la pluie… le répliquant a plus voyagé en trois ans que n’importe quel cosmonaute et il a été le Voyant annoncé par Rimbaud, le poète supérieur. Sa femme a brillé moins longtemps mais elle n’a que plus brillé. C’est ce qu’il lui dit Tyrrell avant sa mort atroce qui s’accompagne d’un baiser sur la bouche, hommage d’un fils prodigue (le dialogue très dense joue aussi sur cette parabole) à un père peut-être un peu trop imprudent – comme tous les pères d’enfants supérieurs.

Scott a révélé que les derniers mots sont des trouvailles de Hauer lui-même alors hautement habité par son rôle ; cruel, il a même ajouté : « Finalement, ce qui m’a paru le plus magique, c’est de filmer la tête ahurie de Harrison Ford, qui ne s’attendait pas du tout à quelque chose de ce genre. »

Le répliquant comme figure du poète-guerrier supérieur ? Le Gary Cooper des trois lanciers du Bengale mené à la poésie et à son sacrifice par son cothurne ? Ridley Scott prétend que Deckard est un répliquant mais si c’était l’inverse, et que Roy ne fût pas un répliquant mais un homme supérieur, qui plus est un Poète ? J’ai vu tant de choses que vos yeux n’ont pu voir… Et j’ai vu quelque fois ce que l’homme a cru voir, annonce Rimbaud dans son trop beau bateau ivre aux airs de vaisseau spatial en pleine mutinerie…

L’idée du sacrifice de Deckard rejoint la vision romantique ou nietzschéenne du sacrifice du génie supérieur, Byron, Beethoven, Pouchkine, la mort jeune et sacrificielle, l’aura messianique et tortueuse, et la manifestation de la poésie comme école cruelle de la mort.

Ces vers de Lord Byron expriment mieux que d’autres la vérité de Roy échappé à la conception de ses concepteurs : comme Roy Manfred a une apparence humaine, mais comme Roy il est au-delà :

And yet I live, and bear

The aspect and the form of breathing men,

But grief should be the instructor of the wise;

Sorrow is knowledge…

Le poème Manfred incarne cette volonté d’invoquer la magie de l’univers (Orion ? Tannhäuser ?), de défier les Forces, une fois que l’on a vécu à satiété ses passions qui finissent comme la pluie dans le sable (as rain unto sand, dit le texte). On est loi ici de la machine gagnée à l’humanisme.

Et sur nos vêtements William Blake avait déjà tout dit :

The human dress is forged iron.

Le vêtement humain est du fer forgé.

La fille de Kubrick et les Illuminati

J’ai été ému récemment par la découverte sur Prisonplanet.com d’une vidéo montrant le chasseur l’Illuminati Alex Jones interviewer la fille de Kubrick Vivien, la petite fille de 2001, musicienne de Full Metal Jacket, qui avait réalisé en 1980 le petit film passionnant sur le tournage de Shining (oh, cette présence opportune de James Mason sur le plateau !). Eh bien elle le dit, à la caméra, à notre légendaire chasseur d’Illuminati, «mon père n’a parlé que du contrôle mental ! »

Sauf qu’il n’aura pas attendu la CIA celui-là…

 

Tout le monde connaît Folamour et a vu Eyes Wide Shut. En écrivant mon livre sur Kubrick, j’ai relevé une constante dans cette œuvre généralement incomprise : une critique radicale, sarcastique et permanente des élites. Son premier film très connu se nomme les Sentiers de la gloire qui tape sur nos généraux républicains (ils sont encore pires que les aristos), on a ensuite Spartacus, les gens de la télé dans Lolita, la Nasa (filet en espagnol) dans 2001, les ministres tory dans Orange, etc., sans oublier Barry Lyndon.

Résumons :

 

  • Dans le Baiser du tueur, on est face à un tenancier de zoo humain qui a des pulsions sexuelles incontrôlées et des tendances homicides.
  • Dans Spartacus, on est face à une élite romaine dépravée (c’est une habitude). Acteurs britanniques contre acteurs américains, comme le relevait avec humour Michel Ciment. L’écrivain communiste Howard Fast avait reconnu avoir ciblé les élites US de son temps maccarthyste.
  • Dans Lolita, on est face à un certain as de la télé nommé Quilt (quilt, le matelas, qui veut aussi désigner le guilt, la culpabilité. Le jeu de mots n’est pas de moi, mais de Nabokov) qui viole mère et fille avant de ses voir concurrencer par l’universitaire européen bobo qui épouse la mère et viole la fille.
  • Dans Folamour, on a un florilège de la culture US, basée sur le meurtre de masse et l’obsession sexuelle. Le génial et obsédé hongrois Von Neumann (lisez sa fiche Wikipédia) inspira Dr Folamour, Curtis Le May le général Turgidson (turgescent) sur qui mon ami libertarien Ralph Raico nous a tout dit. Le tueur de masse est incarné par un certain Jack Ripper, même si ce qu’il dit sur la fluorisation est vrai. Le film de Kubrick compare libération sexuelle et adoration nucléaire. Les Barbie qui passent en boucle ces jours-ci sur les chaînes US jouissent en annonçant les explosions.
  • 2001 est – quand on se frotte enfin les yeux – aussi et surtout une histoire de conspiration. Laissons de côté le symbolisme (voyez mon libre) du monolithe une minute ! Les responsables de la NASA (le filet again, en espagnol) masquent une info à leurs rivaux russes et cachent leur découverte du monolithe en nous faisant le coup d’une épidémie (une attaque bactériologique ? Space Qaeda ?). A la fin on découvre que l’ordinateur avait en réalité tout loisir pour exterminer l’équipage : il en savait plus que lui. Ridley Scott s’en souvient dans Alien : expendable crew, l’équipage est consommable et éliminable, comme les peuples d’aujourd’hui sous la houlette de Wall Street et de Bruxelles. Il est vrai qu’ils hibernent…

J’en arrive à Eyes Wide Shut qui filme les tendances des années Clinton et actuelles : obsession sexuelle (pour Clinton comme pour Trump et ses modèles), spéculation financière, messagerie Illuminati (découvrez Texe Marrs), culte des sociétés secrètes, et rites enfin du sacrifice humain. Le film était inspiré par le grand auteur viennois Arthur Schnitzler et sa Traumnovelle (rien qu’un rêve), nouvelle cryptée comme un code bancaire. L’Autriche-Hongrie, empire à l’agonie, déclencha la troisième guerre mondiale avec sa cible serbe –  et nous laissa l’apprenti-peintre Adolf Hitler en paquet-cadeau ! C’est le meilleur film des méphitiques années Clinton, avec l’avocat du diable, qui a été tourné dans l’appartement de Donald Trump. Gérard Brach, que je voyais souvent à Paris à cette époque, qu’Eyes Wide Shut serait un conte ; oui, mais un conte contre-initiatique.

Chez Kubrick les élites anglaises (Barry Lyndon, Orange mécanique où on s‘aide du contrôle mental et des voyous pour tenir les populations) ou française (les sentiers de la gloire) ne valent guère mieux.  Il y a, pour reprendre le bon mot de Clint Eastwood, ceux qui creusent et ceux qui tiennent le pistolet. Il y a maintenant ceux qui tiennent la planche à billets et ceux qui remboursent la dette. Ceux qui remboursent vont crever pour permettre à l’élite écolo américaine, qui trouve cette terre trop peuplée, de respirer (voyez mon texte sur la Nouvelle-Zélande, ou la fin de Blade runner).

On a dit que Kubrick avait tourné les fausses images de l’alunissage (il aurait certainement fait mieux), qu’il avait dû fuir l’Amérique, et que même il fut peut-être assassiné, 666 jours avant le premier janvier 2001. Dans mon livre je ne conclue pas sur ce sujet, mais je persiste dans cette affirmation : depuis au moins Lincoln et sa guerre de folie à un de million de morts (l’esclavage fut aboli partout, et sans massacre), les élites US sont folles (certains les admirent pour cela). Elles aiment le détonateur, elles ont la gâchette facile. Après, disait le colonel Kurz, elles adorent passer des pansements humanitaires.

 

 

Conclusion, personne n’a mieux parlé d’Eyes Wide Shut et de notre aveuglement qu’Isaïe.

Soyez étonnés et soyez stupéfaits ! Aveuglez-vous et soyez

aveugles ! Ils sont enivrés, mais non de vin ; ils

chancellent, mais non par la boisson forte.

Car l’Éternel a répandu sur vous un esprit de profond

sommeil ; il a bandé vos yeux ; les prophètes et vos

chefs, les voyants, il les a couverts.

 

Isaïe, 29, 9-10

Et comme je parlais de la fille de Kubrick, je rends hommage à une autre jeune femme, Jocelyn Pook, l’extraordinaire compositeur de la bande sonore d’Eyes Wide Shut. Oh, cette arrivée de Tom Cruise dans l’Alhambra de la messe noire…

 

 

Bibliographie

 

Nicolas Bonnal – Stanley Kubrick et le génie du cinéma (Kindle_Amazon) ; Trump et la rébellion américaine

 

Pearson et le vrai fardeau des hommes blancs

Notre disparition se rapproche rapidement et surtout tranquillement.

On vient d’apprendre que les dirigeants des quatre plus grandes puissances européennes (France, Allemagne, Italie, GB) n’ont pas d’enfant : belle démonstration de cet anéantissement qui est la marque de notre civilisation du rien, du vide, du confort et de la nullification de la qualité.  Ce sont les mêmes imbéciles pédantesques, ces êtres sans descendance donc, qui prétendent nous conduire à travers les allées de la liberté (nous allons vous contrôler pour que vous soyez plus et mieux libres), le camp européen de déconcentration, le futur transhumain, la situation économique qui va toujours mieux.

Je ne dénonce évidemment pas l’absence d’enfant chez tel ou tel couple. Certains ne peuvent pas, d’autres ne veulent pas en avoir ; mais dans le cas de nos sinistres cadres politiques, on voit qu’ils ne doivent pas en avoir. Cela fait visiblement partie du « contrat » de ceux qui vendent leur âme aux oligarchies dirigeantes.

 

Voyons-en les causes grâce à un auteur australien de 1890.

 

Charles Henry Pearson est un universitaire britannique établi en Australie à la fin du siècle colonial. Il analyse avant Kojève et Fukuyama la Fin de l’histoire, et comme Nietzsche et avant lui Tocqueville, il voit le triomphe des idées modernes, socialisme, démocratie, accompagner le triomphe de la technique et du confort moderne.

L’intérêt de ses remarques réside dans leur modération cruelle et leur clarté prophétique. Pour ceux qui ne digèrent pas cette époque, rien ne vaut ce bain de lucide et paisible dureté d’un gentleman anglo-saxon, pragmatique comme on dit : les dés étaient déjà jetés au XIXème siècle, comme le voyait Tocqueville ou Léon Bloy, et nous étions prêts pour affronter une fin des temps molle et lente. Le robinet d’eau tiède mettrait un point à la source d’inspiration.

Je résume quelques traits de son imposant ouvrage, National life and character.

S’il partage certains des préjugés raciaux et surtout coloniaux de son temps (le blanc se croyait indispensable), Pearson n’en est pas moins un vrai penseur : il ne souligne pas la couleur de peau mais la médiocrité du caractère qui altère toutes les qualités de la race. Contrairement à Gustave Le Bon il a vu que l’Anglais de 1890 faisait route vers l’étatisme, pas vers la liberté. Il a compris que tout le monde sera capable de remplir un formulaire, de prendre le métro, de bosser dans un restau, ou bien de retirer de l’argent à son distributeur automatique. Parce que c’est cela la vie moderne : une liquidation de la grandeur au service de nos automatismes matériels.

Pearson rend ainsi inutile toute théorie de la conspiration. La constatation suffit : il comprend pourquoi nous nous soumettons à la dette, à l’Etat profond ou providence. Nous sommes faibles et sans fibre, nous sommes trop gourmands aussi. Ainsi, il annonce les libertariens : à force de demander tout à l’Etat, nous finissons appauvris et endettés. Mais l’Etat s’impose tout seul hélas.

 

 

« The world is becoming too fibreless, too weak, and too good to contemplate or to carry out great changes which imply lamentable suffering”.

 

A la même époque Zarathoustra nous demande de devenir durs. Je laisse cette phrase à propos des britanniques tentés par le travaillisme et l’étatisme :

 

His tendency in Australia is to adopt a very extensive system of State Socialism. Railways, school, insurance, irrigation…

 

L’Australie est déjà socialiste au XIXème siècle.

 

Pearson observe aussi le déclin du racisme ; il ajoute que les autres races encore vues de haut seront égales lorsqu’elles auront égalé la… science de l’Europe. Et bien c’est fait, car ce n’était pas si difficile ! Pearson donne même le nom et l’adresse des grands pays futurs : la Chine et l’Inde… Il précise que la religion de la famille sera remplacée par la religion de l’Etat qui la détruira, la famille. Toute l’actualité sur le mariage pour tous est dans Pearson. L’homme des villes devient « une petite partie d’une grande machine » ; son horizon matériel et spirituel est rétréci. Il n’est plus qu’un homme des foules (lisez le texte extraordinaire d’Edgar Poe à ce sujet), le descendant du singe darwinien bousculé dans les grandes métropoles, traumatisé par les actualités et manipulé par la publicité !

Il en résulte la dépression, la solitude et la fin de la confiance en soi de la race blanche ! C’est la fin des mondes à conquérir, et Pearson écrit à l’époque de Kipling sans doute payé pour répandre de l’optimisme un peu partout : l’optimisme est toujours mieux rétribué car –je l’ai compris trop tard – il fait consommer. La peur aussi, voyez la lutte contre le racisme ou l’effet de serre. Dans un beau chapitre (the decay of character), Pearson explique de même pourquoi en 1890 Shakespeare et sa violence font démodé, pourquoi le public veut consommer du  culturel light, aussi bien à Londres qu’à Paris. Othello c’est trop. La poésie aussi, la grande poésie épique ou romantique a disparu, remplacée par le roman de masse naturaliste et par la presse. Le philosophe cède le pas au journaliste et à la pensée rapide. Les grands hommes façon Bonaparte ou Chatham disparaissent (mêmes raison que celles exposées un siècle après par notre sympathique Fukuyama).

 

“What is a society that has no purpose beyond supplying the day’s needs, and amusing the day’s vacuity, to do with the terrible burden of personality?”

 

Car le fardeau de la personnalité, c’est autre chose à porter que le fardeau de l’homme blanc ! Freud remplace Kipling.

 

Tout cela est dû à la montée d’un Etat (le monstre froid de Nietzsche) qui nous comble de ses bienfaits : en Angleterre, toujours d’avant-garde, on est passé du catholicisme au protestantisme puis à la liberté de pensée mâchée. La monarchie puis l’aristocratie ont été diminuées, les classes travailleuses associées au gouvernement, on cherche sa petite place au soleil.

 

Pearson remarque aussi que la colonisation en Afrique a fait dégénérer les blancs qui n’ont plus voulu travailler à la dure, laissant le noir ou le fellah le faire à leur place ; de la même manière le refus des bas travaux dans nos pays a précipité la vague migratoire dans les années 60 et 70. On ne veut en plus en Afrique du Sud que de nobles fonctions ! Et cela nous condamne dit Pearson, qui ajoute que les noirs demanderont leur part du pouvoir aussi en Afrique du sud !

 

La science n’enchante pas plus nos contemporains, cinquante après l’alunissage, qu’elle n’enchantait Pearson. Il écrit que ses résultats seront de plus en plus médiocres à la science et qu’elle parle finalement de mort comme la religion.

L’objectif de l’individu sera de vivre plus longtemps sans trop être détérioré (il use ce même mot). Il sera accompagné par une appréhension de l’art réduit à l’état de bric-à-brac. Voyez les expos, les musées, etc. Debord parle d’art congelé et décongelé suivant les besoins. L’obsession des gens sera donc la santé publique, c’est-à-dire surtout personnelle. « Nous ne demanderons au jour rien que de vivre, au futur rien que de ne pas nous détériorer ». Les Global Trends des services américains ne promettent pas autre chose : on pourra même changer de rétine pour voir la nuit, nous promettent-ils ! On vivra 130 ans a dit le Figaro néocon, sans préciser qui paiera sa retraite à son immortel vacancier bronzé.

 

Les antipodes banalisés, ce ne seront pas les voyages qui nous consoleront ; le monde sera européanisé, écrit Pearson, avant un siècle, et tout aura disparu avec, coutumes, dialectes et surtout vêtements traditionnels. Cela est déjà parfaitement compris dans l’un des chefs d’œuvre de Gautier, son voyage en Espagne, publié dès 1845. Pearson dit d’ailleurs que pour voyager il faut lire des guides de voyage anciens. Je suis entièrement d’accord.

Mais je lui laisse le dernier mot que je trouve excellent : le prophète et le leader sont en train de devenir des femmes de ménage.

 

The prophet and leader is rapidly becoming a handmaid.

 

 

Bibliographie

 

Bonnal – Littérature et conspiration (Amazaon_Kindle)

Pearson – National life and character (archive.org)

 

 

 

Hyper-impuissance américaine ?

Peut-on encore commenter sans rire la diplomatie US ? Certainement, et il y a trop de gens bien intentionnés pour que je m’en mêle. L’hyper-impuissance américaine, même si elle décide d’écrabouiller la Corée pour faire peur au fournisseur chinois, a encore de gros jours devant elle.

Je vais à peine me moquer du Donald, après tout c’est l’homme le plus impuissant du monde, et il est dans la mouise jusqu’à col. En plus on dit qu’il va perdre sa belle et sympathique épouse slovène, qui en marre d’être à la maison blanche et d’avoir la tête au carré ; tête qu’elle a fait défiler nue devant les émirs pendant que Donald Buck faisait cracher les rois du pétrole au bassinet ! Nos politiciens à nous se contentent de bien moins à l’heure de vendre notre hexagone. Sans oublier cent millions de dollars pour Ivana, la Bimbo du textile, l’épouse Kushner qui lance sa ligne mode et affole les réseaux sociaux saoudiens ! Il ne manque qu’un concert de l’Ariane Grande à La Mecque pour enchanter CNN (qui accuse les skinheads de l’attentat de Manchester) et attenter à l’impudeur.

Dans un article mal rédigé et prétentieux dont il a le secret, le staff du NYT se moque de Donald Trump le 25 mai dernier. Il ne serait pas pris au sérieux par « les flous de Bruxelles » qui demandent sans rire de l’argent et des armes aux américains pour se protéger de la prochaine invasion russe. Non seulement les euro-zéros prennent le président US pour un crétin, mais ils ne veulent pas payer. Il est vrai que  « la scène (de russophobie) se passe en Pologne  c’est-à-dire nulle part » (Ubu).

Quant à la voyageuse de commerce Angela, elle se met à penser au business des Krupp allemandes, et, les talons pris dans le tapis persan, elle court après la route de la soie, qui passe par la Russie comme on sait. Est-ce à dire que l’empire anglo-américain boirait enfin le court-bouillon ?

Obama, un présidé qui ne ratait pas un bon mot, osa dire que la Russie était une puissance régionale. Oui, mais c’est une puissance régionale qui tient l’Arctique (1), une puissance régionale qui ferait peur à toute notre Europe zombie (notre brave colonel Lion vient de parler de communication à propos de nos prestations micro-théâtrales en Estonie), une puissance régionale qui réorganise le Moyen-Orient, une puissance régionale qui reconstruit la route de la soie avec la Chine, l’Inde et le Kazakhstan, une puissance régionale qui regarde l’invisible armada se profiler au large de sa voisine Corée du Nord. Vous parlez d’une puissance régionale !

Quant à l’hyper-impuissance planétaire, on attend sa prochaine sortie ! Peut-être pas géostratégique, mais au moins humoristique ! Il ne manque plus au Donald que d’aller visiter le Mexique pour évaluer le déclin mural et moral de son beau pays !

 

  • lisez l’essai de la commandante Caitlyn Antrim sur le next Geographical Pivot, The Russian Arctic in the twenty-first century que j’avais recensé pour l’édition anglaise de pravdareport.com.

Pourquoi les USA n’auraient pas dû exister

 

 

Un article d’Adam Gopnik dans The New Yorker a mis en rage les énergumènes de Prisonplanet.com (vive Trump, mais vive la guerre avec les russes). Il ne fait pourtant que reprendre à sa manière gauchiste les arguments des libertariens et de quelques traditionalistes dont je suis sur une question importante : l’existence-même des USA.

Nous aurions pu être le Canada. We could have been Canada.

On n’avait donc pas besoin de faire une guerre d’indépendance cruelle et dangereuse contre l’Angleterre. L’Amérique aurait été moins peuplée, serait restée un dominion tranquille comme le Canada et l’Australie, et l’Angleterre aurait continué de trôner pragmatiquement sur le monde. L’Allemagne n’aurait bien sûr pas osé la défier, et nous n’aurions pas connu les horreurs mondiales de nos guerres germano-britanniques.

Gopnik ajoute qu’on aurait aboli l’esclavage sans passer par cette folle et sanglante guerre de Sécession. C’est une évidence : l’Angleterre a aboli dans la belle foulée de sa révolution industrielle l’esclavage dans toutes ses colonies. Je pense aussi qu’il y aurait eu une immigration  anglo-irlandaise dans ce grand pays, et cela aurait été mieux. Je suis arrivé à cette conclusion en lisant Poe, Melville, Kipling, Grant, Stoddard, Ross et quelques dizaines d’autres.

 

Thomas di Lorenzo dans son livre sur Lincoln a révélé le personnage que c’était. Un radical, un whig, comme ceux qui voulaient la révolution de 1776 aux relents Illuminati. J’ai souligné dans un texte précédent que Lincoln dénonce d’un côté la barbarie de la populace américaine (crimes racistes, lynchages, pendaisons ; comparez au Canada) et cette adoration de la loi qui confine aujourd’hui au totalitarisme, avec 42% de la population carcérale mondiale.

 

La nation indispensable d’Obama (qui vient de palper 3 .2 millions pour pérorer en jet sur l’effet de serre) n’aurait pas détruit (ou défiguré) la moitié du monde et l’Asie, et n’aurait pas hypocritement géré la question noire après l’esclavage (un million de jeunes noirs tués en trente ans là-bas), n’aurait pas détruit la culture européenne et même mondiale par sa sous-culture déracinée. Elle ne serait pas en train de nous préparer à une guerre d’extermination contre la Russie pour satisfaire son ego.

Oui, je pense aussi que l’on pouvait se passer de l’Amérique et que la France aurait pu garder la Louisiane, l’Espagne la Californie, et la Russie l’Alaska. La destruction de la planète par l’Américanisme depuis deux-cent-quarante ans maintenant est certainement la plus grande catastrophe eschatologique de l’histoire du monde. Ajoutez que si nous n’avions pas aidé cette anti-nation à chasser les gentlemen Anglais, nous n’aurions pas connu la révolution et son cortège de catastrophes. Il est vrai qu’il y en a que cela motive.

 

 

Sources

 

We could have been Canada – The New Yorker – 05/15/2017

Samuel Johnson – The patriot (1774)

Nicolas Bonnal – La culture comme arme de destruction massive (Amazon_Kindle)

 

 

 

Bakounine, Le Bon et le crépuscule européen

J’ai écrit de nombreux textes qui tournent autour du même thème, de la même constatation. Les choses, les problèmes ne changent plus depuis deux siècles ou presque. Lisez la conclusion des mémoires d’Outre-tombe de Chateaubriand et vous êtes déjà dans notre vieux monde. Monde unifié, monde laid, monde antiartistique, monde décivilisé, monde de contrôle, d’argent et de quantité. Les problèmes que nous vivons semblent sortis d’hier. Or c’est faux, ils sont anciens, et c’est pourquoi je conseille la lecture des auteurs comme Le Bon, Tocqueville ou bien sûr René Guénon ou Evola.

Je vais parler de notre Italie.

Les problèmes italiens sont vieux et ils datent de son unification ratée par une clique corrompue, celle qui  la soumit ensuite à l’Angleterre (libéraux, sénateurs, maçons), à l’Allemagne, à l’Amérique puis à l’Europe.

En 1869 le révolutionnaire Bakounine observe déjà ce maigre bilan :

 

« Nulle part on ne peut aussi bien étudier qu’en Italie le néant du vieux principe de la révolution exclusivement politique, et la décadence de la bourgeoisie, cette représentante exclusive des idées de 89 et de 93 et de ce qu’on appelle encore aujourd’hui le patriotisme révolutionnaire.

Sortie d’une révolution nationale victorieuse, rajeunie, triomphante, ayant d’ailleurs la fortune si rare de posséder un héros et un grand homme, Garibaldi et Mazzini, l’Italie, cette patrie de l’intelligence et de la beauté, devait, paraissait-il, surpasser en peu d’années toutes les autres nations en prospérité et en grandeur. Elle les a surpassées toutes en misère. »

 

Et de constater tristement :

 

« Moins de cinq années d’indépendance avaient suffi pour ruiner ses finances, pour plonger tout le pays dans une situation économique sans issue, pour tuer son industrie, son commerce, et, qui plus est, pour détruire dans la jeunesse bourgeoise cet esprit d’héroïque dévouement qui pendant plus de trente ans avait servi de levier puissant à

Mazzini »

 

Pays mort-né comme notre Europe de la Fin des Temps (il règne une atmosphère évolienne, de Kali-Yuga dans le texte du grand Bakounine) ou notre France républicaine, la bourgeoisie mondialisée scia la branche du risorgimento :

 

« Le triomphe de la cause nationale, au lieu de tout raviver, avait écrasé tout. Ce n’était pas seulement la prospérité matérielle, l’esprit même était mort ; et l’on était bien surpris en voyant cette jeunesse d’un pays politiquement renaissant, vieille de je ne sais combien de siècles, et qui, n’ayant rien oublié, n’avait aucun souci d’apprendre quelque chose. »

 

 

Le besoin de places qui s’est vu depuis avec leur Europe est déjà là :

 

« On ne peut guère s’imaginer quelle immense convoitise de positions sociales et de places a été réveillée au sein de la bourgeoisie italienne par le triomphe de la révolution nationale. C’est ainsi qu’est née la fameuse Consorteria, cette ligue bourgeoise qui, s’étant emparée de tous les emplois lucratifs, malmène, déshonore, pille aujourd’hui l’Italie, et qui, après avoir traîné cette patrie italienne par toutes les boues possibles, l’a fait aboutir aux désastres de Custozza, de Lissa et de Mentana. »

 

Les mêmes problèmes (dénatalité, déclin culturel, militarisme, étatisme) se posent vers 1890. Le savant français Gustave Le Bon remarque alors dans un grand livre :

 

« Le principe des nationalités, si cher jadis aux hommes d’État et dont ils faisaient tout le fondement de leur politique, peut être encore cité parmi les idées directrices dont il a fallu subir la dangereuse influence. Sa réalisation a conduit l’Europe aux guerres les plus désastreuses, l’a mise sous les armes et conduira successivement tous les États modernes à la ruine et à l’anarchie. Le seul motif apparent qu’on pouvait invoquer pour défendre ce principe était que les pays les plus grands et les plus peuplés sont les plus forts et les moins menacés. Secrètement, on pensait aussi qu’ils étaient les plus aptes aux conquêtes ».

 

Comme Léopold Kohr, le très habile Le Bon, qui a tout annoncé parce qu’il a tout étudié, fait l’éloge du Small is beautiful :

 

« Or, il se trouve aujourd’hui que ce sont précisément les pays les plus petits et les moins peuplés : le Portugal, la Grèce, la Suisse, la Belgique, la Suède, les minuscules principautés des Balkans, qui sont les moins menacés. L’idée de l’unité a ruiné l’Italie, jadis si prospère, au point qu’elle est aujourd’hui à la veille d’une révolution et d’une faillite. Le budget annuel des dépenses de tous les États italiens, qui, avant la réalisation de l’unité italienne, s’élevait à 550 millions, atteint 2 milliards aujourd’hui. »

 

Et Le Bon souligne aussi la faiblesse des pays latins, corrompus depuis des lustres selon lui par le verbalisme, le socialisme, l’anarchie et le césarisme ! Mais c’est plus compliqué. Car ce siècle de l’unification fut celui du règne de la quantité au sens guénonien, et l’on peut dire d’ailleurs que la belle Allemagne, celle de la musique et de la philosophie, de la poésie et du romantisme, prit fin avec son unité qui déboucha sur l’industrialisme, le socialisme et le bellicisme que l’on sait.

Gustave Le Bon encore, comme s’il avait prévu le nazisme :

 

« L’Allemagne moderne, malgré de trompeuses apparences de prospérité, en sera sans doute la première victime, à en juger par le succès des diverses sectes qui y pullulent. Le socialisme qui la ruinera sera sans doute revêtu de formules scientifiques rigides, bonnes tout au plus pour une société idéale que l’humanité ne produira jamais, mais ce dernier fils de la raison pure sera plus intolérant et plus redoutable que tous ses aînés. Aucun peuple n’est aussi bien préparé que l’Allemagne à le subir. Aucun n’a plus perdu aujourd’hui l’initiative, l’indépendance et l’habitude de se gouverner. »

 

 

 

Sources

 

Nicolas Bonnal – Chroniques sur la Fin de l’Histoire (Kindle)

Le Bon- Lois psychologiques de l’évolution des peuples

Leopold Kohr- the Breakdown of nations

Bakounine_ Lettre aux rédacteurs du Réveil, à Paris, octobre 1869 (inédit)