Seven brides – entre Plutarque, Hollywood et l’enlèvement des sabines

Seven brides – entre Plutarque, Hollywood et l’enlèvement des sabines

 

Sed res Romana erat superior.

Tite-Live, I, XII

 

C’est ma comédie musicale préférée avec Brigadoon. Les danses et les chansons sont insurpassables. Démentiels numéros de danses acrobatiques par Tommy Rall (qui finit chanteur d’opéra quand la bise de la comédie musicale fut venue) et Russ Tamblyn, mon chouchou de West Side Story, film qui collait plus à Ovide qu’à Shakespeare (lisez Pyrame et Thisbé)…

Des cowboys de l’Oregon doivent se marier, manquent de femmes, et en enlèvent dans la petite ville voisine où ils sont très mal vus. On passe l’hiver ensemble, respectueusement, et puis on se marie. C’est l’enlèvement traditionnel saisonnier de Perséphone. On pense aussi au Kochtcheï russe qui enlève de belles créatures. Tout cela vous l’avez dans mes livres sur le cinéma et le paganisme, ou le folklore slave et le paganisme ! De quoi se ressourcer en famille en comprenant le monde et ses traditions, pas la matrice et ses perversions.

Ces comédies musicales, œuvres de juifs, de Français, d’Irlandais, d’Italiens auront mystérieusement retrouvé et célébré la source du monde et ses fontaines de jouvence.

L’histoire fut écrite par un aristocrate américain d’origine huguenote (l’élite US dit Edward Ross) nommé Stephen Benet. Lui joue les sur les mots : sabines et sobbin’, pleurnichardes. Benet cite Plutarque, Howard Keel fait de même dans sa chanson.

Alors on découvre le Plutarque, sa vie de Romulus.

Il évoque le combat postérieur, son interruption par les jeunes mariées :

 

On se préparait à recommencer le combat ; mais tout s’arrête en présence d’un spectacle étrange, et que les paroles ne sauraient dépeindre. Les Sabines qui avaient été enlevées accourent de tous côtés, en jetant des cris de douleur et d’alarme ; et, poussées par une sorte de fureur divine, elles se précipitent au travers des armes et des morts, se présentent à leurs maris et à leurs pères, les unes avec leurs enfants dans les bras, les autres les cheveux épars, mais toutes adressant tantôt aux Sabins, tantôt aux Romains, les noms les plus chers. Romains et Sabins se sentirent attendris, et leur firent place entre les deux armées. Leurs clameurs lamentables percèrent jusqu’aux derniers rangs…rendez-nous nos pères et nos proches, sans nous priver de nos maris et de nos enfants. Nous vous en conjurons, épargnez-nous un second esclavage. »

Hersilie insista avec véhémence, et toutes s’unirent à ses prières. Enfin, il y eut une suspension d’armes, et les chefs s’abouchèrent ensemble… »

 

 

On peut aussi lire Tite-Live (I, 9 à 10) :

 

(10) Arrive le jour de la célébration des jeux. Comme ils captivaient les yeux et les esprits, le projet concerté s’exécute : au signal donné, la jeunesse romaine s’élance de toutes parts pour enlever les jeunes filles.

Le plus grand nombre devient la proie du premier ravisseur. Quelques-unes des plus belles, réservées aux principaux sénateurs, étaient portées dans leurs maisons par des plébéiens chargés de ce soin…

 

Romulus s’exprime pour apaiser les belles (vite apaisées, car qui n’aime être enlevée ?). Ecoutez, c’est magnifique :

 

Romulus explique donc « que cette violence ne doit être imputée qu’à l’orgueil de leurs pères, et à leur refus de s’allier, par des mariages, à un peuple voisin ; que cependant c’est à titre d’épouses qu’elles vont partager avec les Romains leur fortune, leur patrie, et s’unir à eux par le plus doux nœud qui puisse attacher les mortels, en devenant mères. Elles doivent donc adoucir leurs ressentiments, et donner leurs cœurs à ceux que le sort a rendus maîtres de leurs personnes. Souvent le sentiment de l’injure fait place à de tendres affections. Les gages de leur bonheur domestique sont d’autant plus assurés, que leurs époux, non contents de satisfaire aux devoirs qu’impose ce titre, s’efforceront encore de remplacer auprès d’elles la famille et la patrie qu’elles regrettent. »

 

(Je trouve cela très bien pour notre époque, que le mari doive remplacer la famille et la patrie).

 

Les belles apaisent les combattants (alors que res romana erat superior) :

 

 

XIII. (1) Alors, les mêmes Sabines, dont l’enlèvement avait allumé la guerre, surmontent, dans leur dés, espoir, la timidité naturelle à leur sexe, se jettent intrépidement, les cheveux épars et les vêtements en désordre, entre les deux armées et au travers d’une grêle de traits : elles arrêtent les hostilités, enchaînent la fureur, (2) et s’adressant tantôt à leurs pères, tantôt à leurs époux, elles les conjurent de ne point se souiller du sang sacré pour eux, d’un beau-père ou d’un gendre, de ne point imprimer les stigmates du parricide au front des enfants qu’elles ont déjà conçus, de leurs fils à eux et de leurs petits-fils…

 

Virgile aussi cite dans son bouclier, dont j’ai ici parlé, cet enlèvement curieux :

Non loin de là, il (Vulcain) avait figuré Rome et le rapt insolite (sine more) des Sabines, enlevées sur les gradins du cirque, lors de grands jeux…

 

Sur ces enlèvement cosmiques et astronomiques lisez le professeur Jean Haudry toujours irréprochable…

Le film de Stanley Donen, un jeune prodige juif élevé dans un milieu traditionnel (voyez le pastiche qu’il fait de Moses dans Singing in the rain) a été accusé de tous les noms depuis par la crapulerie sociétale. Il fait démodé… Pourtant il célèbre le rôle éducateur et civilisateur de la femme. Les sept femmes et les sept frères (notez le nombre sacré, le film joue aussi durant la danse sacrée et hiérogamique sur le symbolisme des couleurs) sont éduqués et raffinés par Milly (géniale Jane Powell), l’épouse malheureuse du frère aîné, seul épousé par amour –et donc par malentendu ! C’est elle qui fait le film, rassemble, ranime et civilise filles et garçons.

Voilà ce que je voulais dire pour mon anniversaire !

 

 

Sources

 

Nicolas Bonnal – Le paganisme au cinéma (Dualpha, Amazon.fr)

Jean Haudry – LES PEUPLES INDO-EUROPEENS D’EUROPE (conférence)

Ovide, Métamorphoses, IV (ebooksgratuits.com)

Plutarque – Vie de Romulus, 58-68 (Remacle.org)

Edward Ross – The old world and the new (archive.org)

Tite-Live – Histoire de Rome, I, 9-13 (Remacle.org)

Virgile – Enéide, VIII, v.365-366

 

 

 

Nicolas Bonnal publie encore… C’est trop, arrêtez, Nicolas Bonnal !!!

Les paganismes au cinéma

 

Le paganisme au cinéma : vaste sujet, car le paganisme a  inspiré tous les cinémas populaires depuis un siècle. Les épopées, les grandes histoires d’amour, les récits d’aventures initiatiques ou de navigation (pour ne pas parler des voyages), les contes de fées, les récits fantastiques ont tous bien sûr une belle origine païenne que nous étudions ici.

Ce gros livre rassemble nos différentes études sur le paganisme au cinéma. Il démarre par une étude du phénomène culturel païen aux temps modernes de la culture industrielle, puis il étudie les cinématographies que nous avons jugées les plus intéressantes pour approcher ce sujet vaste et complexe, et surtout ignoré. On trouvera donc une étude des cinématographies française, anglo-saxonne et américaine ; et aussi une étude des cinémas soviétiques germanique et nippon, ces derniers nous ayant semblé les plus appropriés pour comprendre le phénomène païen.

 

Les lecteurs amateurs de science-fiction attendront un prochain ouvrage que nous consacrerons à ce genre important, que nous avons déjà évoqué dans nos livres sur Kubrick et sur Ridley Scott.

Révolution sexuelle et bombe atomique, atoll bikini et essai nucléaire : la révolution sexuelle bat son plein avec le patriotique chanteur ! Cest kissing cousins, un de nos préférés. L’armée apporte civilisation et maillots de bain aux petites cousines hillbillies du Kentucky ! On en sait plus à quel gros saint se vouer !

Elvis et le cinéma (II)

Elvis incarne aussi une Amérique qui se transforme, à la même époque que Brando (la très barbante équipée sauvage) ou James Dean dont il est le contemporain. Le conflit avec les parents revient de manière récurrente dans sa filmographie, notamment avec la fabuleuse Angela Lansbury qui joue la mère autoritaire et envahissante dans Sous le ciel d’Hawaii. La même année, dans le Candidat mandchourien, on la voit se métamorphoser en conspirateur fasciste secrètement communiste ! C’est l’époque des mères envahissantes hitchcockiennes, celles de Cary Grant dans la Mort aux trousses, de Perkins dans Psychose ou de Rod Taylor dans les Oiseaux ; mères qui sont jouées par des actrices à peine plus âgées, et ce intentionnellement. On a beaucoup parlé avec l’école de Francfort du père autoritaire, mais le cinéma, comme toujours plus madré, aura mis une belle couche aux mères prévaricatrices des temps américains – à la même époque Godard fait dire à Parvulesco que la femme l’a emporté en Amérique…

Dans Kissin’s cousins, un de nos préférés par sa richesse sémiologique, Presley se dédouble (pour les meilleurs de nos théoriciens de la conspiration  ils étaient deux ! voyez Mileswmathis.com), mais surtout il fait le grand écart entre la rigoureuse armée et les cousines délurées du Kentucky. Et il cherche à concilier la discipline militaire et le plan libertarien des grands ancêtres des campagnes. Enfin Elvis se lance dans une partie de jeu de dames (avec Arthur O’connell) aux enjeux cosmique).  Comme dans Docteur Folamour, il y a mise en parallèle entre les missiles balistiques (qu’on veut installer sur les terres d’Arthur) et allusions à la libération-explosion sexuelle d’alors. Le film dénonce même les excès de la société de consommation (les filles ruinent l’armée en bikinis).

Le cinéma de Presley n’est pas mièvre non plus, isolé dans une tour d’ivoire réservée au tour de chant de notre star. Dans Love a little ou dans Deux filles et un trésor, Elvis traverse une Amérique moralement sinistrée, sur fond de drogue, de sexe, mais pas de rock’n’roll, une Amérique magiquement travaillée par des démons intérieurs qu’elle n’arrive toujours pas à extérioriser – seulement à exporter… Lui-même incarne cette jeunesse déboussolée, négligée et négligente, qui se laisse flotter par les courants du temps, un des courants qui passionnaient Ortega Y Gasset. Heureusement Elvis reste toujours vêtu par la grande, par la fabuleuse Edith Head : son vestiaire mériterait un chapitre à lui tout seul. Il est exceptionnel dans le film tristement nommé des filles, encore des Filles… Il chante génialement return to sender.

 

Voyons les chants, justement. Elvis est dès le début, dès ses premiers westerns condamné au tour de chant et la fascination qu’il exerce sur les groupies, groupies qu’il fuit parfois avec une nonchalance pas toujours amusée. Les filles le barbent, il les renvoie, même belles et riches ! C’est un des thèmes favoris dans les films un peu mufles de Norman Taurog. Bien sûr le symbolisme peur retrouver son sérieux et alors donner des épreuves dignes de celles d’Orphée. C’est cette damnation des stars que nous avions étudiée jadis (Filipacchi, 1997), un peu déroutés par les bios déjantées d’Albert Goldman et consorts.

La dimension orphique est souvent illustrée dans les films de Presley. Il y a des épreuves terribles, la prison, l’hôpital, la solitude, la misère, et puis la révélation. Mais parfois le conflit est purement intérieur, psychologique. Dans le film sur Acapulco, Elvis doit lutter contre son vertige intérieur, comme James Stewart dans Sueurs froides. Il va exorciser ses démons en sautant la célèbre quebrada, déjà présente bien sûr dans la Dame de Shanghai. Cette épreuve est aussi liée à ses amours avec la douce française jouée par Ursula Andress et la belle toréro mexicaine – on ne sait jamais qui il va choisir.

Et voici qu’un de nos meilleurs humanistes, Victor Magnien, nous explique dans son classique sur le symbolisme éleusinien la sémantique d’un tel plongeon sacré :

 

« Toute une série de mythes représentent un dieu, ou un homme, ou une femme, sautant de la roche Leucade — parfois on trouve le mot Leucate — dans la mer pour fuir un amour cruel et s’en guérir, comme aussi pour obtenir un amour désiré, et d’autre part pour fuir la vie que l’homme a sur la terre et les défauts de la condition humaine (…). Dès lors nous pouvons penser que le saut accompli à Leucade est un acte rituel, accompli dans une initiation, puisque la mort ressemble à une initiation. »

 

Le lien sacré du King avec Hawaï se sent dans d’autres films comme Paradis hawaïen, dans la chanson par exemple Tambours des îles, où toute l’énergie tellurique de l’archipel volcanique ressort. La superbe chanson sur la mer généreuse acquiert une belle dimension païenne, dimension jamais éloignée des inspirations de notre star mythologique.  Presley a même droit à des noces folkloriques dans Sous le ciel bleu : il a préféré la famille hawaïenne de sa compagne à la sienne ; on comparera ces timides essais anthropologiques aux classiques de Flaherty ou de Delmer Daves (L’oiseau du paradis – encore… – tourné seulement dix ans avant) et l’on verra la rapidité avec l’ogre touristique dévore alors la planète. L’aviation aura là aussi réglé son compte aux îles comme le progrès aux familles : voir le grand analyste Daniel Boorstyn qui parle vers 1960 de la transformation du voyageur en touriste. Les personnages du King qui cherche toujours à vivoter du tourisme dans les îles reflètent bien cette entropie civilisatrice qui est parfois à deux doigts de tourner à la catastrophe.

En Allemagne aussi Elvis aura son expérience initiatique : dans le mystérieux GI Blues notre soldat de l’OTAN (omniprésente dans ce film aux ordres)  chante devant des enfants émerveillés avec une marionnette, comme s’il venait là, certes inconsciemment, exaucer les vœux les plus philosophiques d’Heinrich Von Kleist. C’est la chanson formidable Wooden Heart, cœur de bois, qui montre le génie de notre initié malgré lui capable de chanter avec du bois, comme Gene Kelly dansait avec des chiens dans le maître-opus de Gregory La Cava.

Mais laissons parler le philosophe prussien (Kleist donc) sur le destin transhumain de nos poupées :

 

« Il m’assura que la pantomime de ces poupées lui donnait beaucoup de plaisir et déclara sans ambages qu’un danseur désireux de perfection pourrait apprendre d’elles toutes sortes de choses. »

 

Elvis chante très bien aussi avec les chiens. Démentant W.C. Fields, il est roi hawaïen des chansons pour enfants et à onomatopées.

Terminons sur une belle note ésotérique.

Dans Kid Galaad, on se donne la peine de nous expliquer la signification du nom de Galaad et des chevaliers de la table ronde au début du film ! Elvis est un champion gentil comme le suprême héros « qui de la chevalerie aurait toute la seigneurie » (Chrétien de Troyes). Le début de ce grand film montre Elvis maître du monde à l’arrière d’un simple camion, car l’homme qui n’a rien (nothing) et se met à chanter (sing) est le roi (King), le roi naturel du monde. Nous avons tous vécu la situation mais comme c’est plus vrai lorsque c’est lui ! The man who can sing/when he has nothing/is a king.

 

 

Elvis et Hollywood : agenda impérial et rébellion spectaculaire (I)

Elvis et Hollywood : agenda impérial et rébellion spectaculaire

 

Elvis a inventé un genre de cinéma à lui tout seul : le cinéma pour rock star. Et ce n’est pas la comédie musicale, ce n’est non plus une suite de clips, c’est un film pour Elvis qui repose à la fois sur le charisme du King et sur sa gentillesse innée, sa simplicité. Une actrice de Live a little souligne qu’il était à la fois beau, sensible, avec un profil de romain, qu’il pleurait à la mort de martin Luther King et qu’il voulait plaire à tout le monde ! La beauté plastique du King a été soulignée par Quentin Tarantino qui dans True romance fait dire à Christian Slater qu’Elvis est le seul homme qu’il aurait pu aimer…

 

Elvis s’est bien inséré dans un schéma à l’ancienne, traditionnel, alors qu’il incarnait toute la nouveauté et l’énergie du rock. C’est pour cela qu’il a pu jouer dans tous ces films, alors que les carrières d’autres rock stars ont été très brèves, si elles ont pu paraître provocantes à l’époque (mais rien ne vieillit plus vite que la provocation…). Nous pouvons rappeler les noms des maîtres suivants, en soulignant que ce qui a pu manquer au King, ce sont les grands acteurs – pas les actrices :

 

Michael Curtiz a réalisé le King Créole. Il avait aussi réalisé la première mouture du Kid Galaad, un des films les plus inspirés d’Elvis.

Hal Wallis s’est avéré un bon producteur du King, lui avait été celui de Bogart et des plus grands films noirs. Pour lui Elvis était la seule bonne affaire de cette époque si dure pour les studios crépusculaires.

George Sidney réalisa un très bon film d’Elvis à Las Vegas ; il avait auparavant dirigé des films musicaux et les meilleurs films de cape et d’épée hollywoodiens. La dénommée Ann-Margret donna un bonne réplique au King : mais quelle actrice ne le fit pas ? Il lui manqua plutôt du répondant masculin.

Richard Thorpe, prestigieux auteur des grands Tarzan, d’Ivanhoé ou des Chevaliers de la Table Ronde, a dirigé deux des meilleurs Elvis : le légendaire Rock du Bagne, sur la destinée torturée de l’idole, et l’idole d’Acapulco, une belle histoire exotique greffée sur un sujet hitchcockien (comment triompher de son acrophobie).

Don Siegel réalise aussi Flaming star avec le King en métis pris entre deux mondes, celui des colons et celui des indiens. L’échec relatif de ce film et du suivant (Amour sauvage) fera que l’inévitable colonel Parker poussera Elvis à n’accepter que des rôles commerciaux, liés à des chansons que parfois le King méprisait complètement – et injustement.

Enfin Philip Dunne réalise Amour sauvage, qui narre les aventures mélodramatiques d’un élève et de sa belle professeure. Vieille légende, Philip Dunne est quand même le scénariste du Dernier des Mohicans, du Fantôme de madame Muir et de la verte vallée de Ford.

 

Elvis avait donc de quoi en remontrer aux petits malins qui ici ou là reniflent son cinéma.

Il y a aussi des petits maîtres oubliés, comme Norman Taurog (oscar quand même et réalisateur d’un excellent Fred Astaire) avec qui Elvis réalise quatre films, dont l’excellent Sous le ciel bleu d’Hawaii ; ou Michael Moore – premier du nom – qui marque aussi le lien presque sacré entre Elvis et Hawaii. Il lui aura surtout manqué de jouer avec de meilleurs acteurs masculins – à l’exception de Walter Matthau, de John Egan, très bon dans le Cavalier du crépuscule (Love me tender), un étonnant western, ou de Gig Young (Kid Galaad).

 

Les sujets abordés étaient liés à la personnalité ambiguë de la star : elle est rebelle, un peu clocharde, parfois badaude (Love me tender), elle vit marginalement, elle n’a jamais de job professionnel – sauf dans le dernier film où Elvis joue un toubib. Elvis est jeune cowboy, soldat, artiste, bohême, il refuse la famille et le schéma autoritaire WASP, il n’aime pas trop s’engager non plus sur le plan sentimental. Notre antihéros vit aussi de petits boulots, devient chasseur de trésors, garde du corps, guide touristique bref il reflète assez bien la décennie crade à la Kerouac. Dans une société postindustrielle délitée, Elvis est un routard, un désargenté qui a du mal à s’insérer dans le grand cirque du monde (Roustabout) ou dans un projet social défini. Il a pourtant deux armes qui le favorisent : son talent de chanteur et son sex-appeal dont il n’abuse jamais, qu’il vit en fait plutôt comme un handicap amusant dans plusieurs films, harcelé qu’il est par la gent féminine. On citera ce mot d’une de ses plus belles partenaires hawaïennes : « je croyais que tu étais mort, ou pire encore marié… »

Mais la dimension antisociale pour faire court – est permanente et liée à la violence, à la boxe qui envoie Elvis en prison dans le Rock du bagne ou sur les rings dans Kid Galaad. La violence le mène au tribunal dans Amour sauvage, mais aussi – dans le même mélo flamboyant – à la littérature ! La professeure éprise de lui est jouée par la superbe Hope Lange à qui rend David Lynch rend un troublant hommage dans Sailor et Lula ; Lynch obsédé par l’Amérique d’Eisenhower, le cinémascope, les blondes oxygénées, le monde d’Elvis. Mais l’âge d’innocence est bien passé comme on sait.

Icône du sport et de la musique, ces deux vecteurs de toujours de la célébrité mondaine – voir Achille et Orphée chez nos grecs, Elvis incarne aussi l’époque des sports mécaniques ; il peut alors travailler comme motard dans un cirque (Roustabout avec la toujours pétulante Barbara Stanwyck) ou comme pilote automobile, dans l’étonnant Clambake par exemple. Ile st très bon aussi dans Speedway. On est à l’époque où tout le monde tourne dans des films de course automobile, Montand, Newman, McQueen. Passionné de bagnole comme tous les gars de sa génération, Elvis incarne alors à merveille les valeurs marchandes de la société de consommation. Il découvre les chorégraphies de Gary Winters avec l’impayable Ann-Margret, star américano-suédoise promise à tous les déhanchements yéyé de cette époque prétendument superficielle… C’est la guerre du faux d’Umberto Eco, à Las Vegas ou Miami, quand tout dégénère en simulacre et en spectaculaire…

 

La walkyrie revient l’aider ! On souffle ! la femme est la shakti, le principe guerrier ! Lisez Nicolas Bonnal avec une somptueuse préface de N. Richer !

Conan trouve sa Durandal. Son Excalibur. Son totem. Sa foi. Avec cette épée, conquérir un empire. Jeanne aussi en avait trouvé une sous les dalles de l’église de Sainte-Catherine-de-Fierbois (Indre-et-Loire).

Comparable à Durandal, l’épée de Roland, Joyeuse, celle de Charlemagne, Hauteclaire, l’épée d’Olivier le Preux, Courtain l’épée tronquée d’Ogier le Danois, l’Epée de Jeanne qui « bouta les Anglois hors du Royaume de France » participe de la mystique guerrière du Royaume.

Education civique de guerrier. Pas d’âge de fer rouillé ! Film tourné en Espagne : Almeria, Cuenca, Castille, Tabernas. Le père narre la lutte classique entre dieux et géants (Hésiode) ; évocation du secret alchimique des métaux (lisez Mircea Eliade à ce sujet). Combat fondateur des théogonies et autres gigantomachies.

Bonjour. On raconte notre seigneur Conan. Scénario de deux juifs géniaux et bien païens, Oliver Stone et John Milius, l’homme de l’aube rouge, du Juge et hors-la-loi, de Rome et de l’humour rouge (j’aime l’odeur du napalm au petit matin)…

On commence par Nietzsche bien sûr. Nota, cette phrase est fausse : ce qui ne nous tue pas nous rend plus vieux, plus pleutre et assisté !!!