Explication de Tex – suite

Comment Tex Avery remit en cause le storytelling américain

 

Le dessin, disait Ingres, c’est la probité de l’art.

Imaginez une version de dessein animé, comme on dit. Dans cette version, les personnages –mettons la mère-grand, le loup et même le petit chaperon rouge – se mettent à tempêter contre leur rôle et à prôner  la nécessité où ils sont d’y remédier, de révolutionner tout ça. Appliquez-cela à tout le quotidien imposé sémiotiquement et cela alors donne Tex Avery, ce génie du cartoon qui dans les années quarante et cinquante, avant d’être chassé par l’univers télé qu’il avait tant décrié, avait remis en cause tous les storytelling hollywoodiens et américains.

Imaginez une course-poursuite et les deux personnages du dessin animé. Les deux mettent une telle rage qu’ils sortent de l’image. Ils entrent dans l’obscur, s’en rendent compte, en ressortent, et ils vous expliquent qu’ils sont allés trop loin ! Et quand c’est la fin, ils ressortent de l’image, car ils ont dépassé cette fin et nous, les rêveurs et surréalistes avons mangé à notre faim. Il y a même un dessein où un chevreau très goinfre  dévore l’image et les cinquante Etats, la terre et notre monde.

 

Imaginez enfin un autre dessin animé où le chien, cousin du coyote dans l’exaspérant bip-bip, décide d’arrêter, tant il en a marre de prendre des coups. Le chien ne veut plus de son drôle de rôle (voyez ma damnation de stars-Filippachi), comme un personnage de Pirandello. Imaginez que souvent le moins blaireau de tous les petits rongeurs et bestiaux  que Tex a inventés se met à vous parler, à vous mettre à contribution.

 

Comment appeler cela ? Métafiction ? Mise en abyme ? ¨Parodie ? Il y a une parodie de film noir très drôle (qui a tué qui ?) avec un vieux château, un solitaire effrayé et les rites spectaculaires dont a parlé Bergson dans son Rire. La parodie du chaperon rouge, Tex l’adore car comme Perrault il explique que le loup ce n’est pas un carnassier, ou plutôt oui, que c’est un carnassier vraiment affamé de chair fraîche et puis de jolies filles (on comprend que Tex n’est plus adapté à notre époque passée par la case hermaphrodite).

Perrault donc (Bettelheim le détestait) qui ici montre la voie au dessinateur subversif :

Je dis le loup, car tous les loups

Ne sont pas de la même sorte ;

Il en est d’une humeur accorte,

Sans bruit, sans fiel et sans courroux,

Qui privés, complaisants et doux,

Suivent les jeunes Demoiselles

Jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles ;

Mais hélas ! qui ne sait que ces Loups doucereux,

De tous les Loups sont les plus dangereux.

 

Tex n’eut peur de rien, il se moqua de tout, en sept minutes.  Cela suffit à ceux qui ne sont pas contents de ce monde et de ses codes, de ses storytelling, pour le refaire ou le défaire – une dernière fois. Notre drôle de lièvre a eu raison des mièvreries de Walt Disney (pas si mièvre, revoyez Bambi, festival pédophile, car le gardien des « valeurs familiales » est tout sauf ce gardien).

Mais Tex n’est pas un optimiste et il sait que le dessin c’est comme la journée des barricades, tout cela n’a qu’un temps. Le génie se lassa de tout remettre en question en sept minutes et l’on retomba sur nos pieds. Les animaux devinrent plus vulgaires, les idées moins destructrices, et Disney l’emporta au final (« le bien –américain – triomphe toujours »). Règne de la quantité… Après on retombe dans la fin de l’histoire ou le présent perpétuel, c’est comme vous voulez !

 

Et comme on fait de la philo avec Tex Avery, on cite Bergson qui écrit là comme s’il avait vu un dessin animé:

Ou bien encore il faudra penser à une grande route forestière, avec des croix ou carrefours qui la jalonnent de loin en loin : à chaque carrefour on tournera autour de la croix, on poussera une reconnaissance dans les voies qui s’ouvrent, après quoi l’on reviendra, à la direction première. Nous sommes à un de ces carrefours. Du mécanique plaqué sur du vivant, voilà une croix où il faut s’arrêter, image centrale d’où l’imagination rayonne dans des directions divergentes. Quelles sont ces directions ?

 

Macho pêchu tape sur les meufs avec son Nietzsche ? Sur Dedefensa.org…

Nietzsche et la crétinisation par la féminine-attitude

Les carnets de Nicolas Bonnal

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Nietzsche et la crétinisation par la féminine-attitude

Disons-le nûment : nous vivons des temps bovaryens caractérisés par la dette, le gaspillage, le consumérisme euphorique, le people, « la pleurnicherie humanitaire » (Philippe Muray), la haine consentie des hommes, en particulier blancs. Ces temps sont féminins post-historiques ou féministes, comme on voudra. Ils sont aussi marqués par l’amertume généralisée et le ressentiment universel, sans oublier une bonne sensation de catastrophe.

Ce texte est une réponse au trop optimiste Brandon Smith et à son texte sur les hommes et les femmes traduit par Hervé pour lesakerfrancophone.fr. Comme nous vivons dans les temps gelés de la démocratie bourgeoise depuis deux siècles, je rappellerai ce qu’en dit Nietzsche dans les pages les plus géniales et les plus actuelles de Par-delà le bien et le mal(wikisource.org). La vision de Nietzsche est guénonienne, elle s’accommode du Kali-Yuga. Ici on ne défend pas un homme bon contre une femme mauvaise, on dit simplement que ce féminisme chevronné qui triomphe avec l’arrogance impériale-humanitaire, c’est la féminité mauvaise.

Nietzsche pronostique la femme emmerdeuse à venir, la banquière, la journaliste, la politicienne, l’actrice humanitaire, l’eurodéputée, la féministe, la moraliste :

Malheur à nous si jamais les qualités « éternellement ennuyeuses de la femme » —dont elle est si riche —osent se donner carrière !

Son émancipation amène notre enlaidissement général (je ne peux plus supporter de voir une actrice moderne, je ne supporte que Liz Taylor, Ann Harding, Audrey Hepburn ou Deborah Kerr puisque le cinéma de l’âge d’or reproduisit malgré lui les canons classiques…) :

« La femme veut s’émanciper : et à cause de cela elle se met à éclairer l’homme sur « la femme en soi ». — C’est là un des progrès les plus déplorables de l’enlaidissement général de l’Europe. Car que peuvent produire ces gauches essais d’érudition féminine et de dépouillement de soi ! »

L’homme qui veut s’éclairer c’est d’ailleurs l’homme du jardin édénique. Nietzsche redeviendrait-il biblique ?

On est au siècle des revendications :

« Déjà se font entendre des voix féminines, qui, par saint Aristophane ! font frémir. On explique avec une clarté médicale ce que la femme veut en premier et en dernier lieu de l’homme. N’est-ce pas une preuve de suprême mauvais goût que cette furie de la femme à vouloir devenir scientifique ! »

Grand passage ensuite sur la sensiblerie et la pleurnicherie humanitaire :

« Il y a aujourd’hui, presque partout en Europe, une sensibilité et une irritabilité maladives pour la douleur et aussi une intempérance fâcheuse à se plaindre, une efféminisation qui voudrait se parer de religion et de fatras philosophique, pour se donner plus d’éclat — il y a un véritable culte de la douleur. Le manque de virilité de ce qui, dans ces milieux exaltés, est appelé « compassion », saute, je crois, tout de suite aux yeux. — Il faut bannir vigoureusement et radicalement cette nouvelle espèce de mauvais goût, et je désire enfin qu’on se mette autour du cou et sur le cœur l’amulette protectrice du « gai saber », du « gai savoir», pour employer le langage ordinaire. »

Nietzsche pressent même les surgelés Picard :

« À cause des mauvaises cuisinières — à cause du manque complet de bon sens dans la cuisine, le développement de l’homme a été retardé et entravé le plus longtemps : et il n’en est guère mieux aujourd’hui (§234). »

Une envolée épique, §238 :

« Se tromper au sujet du problème fondamental de l’homme et de la femme, nier l’antagonisme profond qu’il y a entre les deux et la nécessité d’une tension éternellement hostile, rêver peut-être de droits égaux, d’éducation égale, de prétentions et de devoirs égaux, voilà les indices typiques de la platitude d’esprit. »

On imagine comment Nietzsche serait reçu à la télé ou au parlement européen (voyez l’amusant film Ugly truth avec Butler à ce sujet) ! Mais passons.

Nietzsche regrette ici le machisme grec, qui battait de l’aile d’ailleurs au quatrième siècle :

« Un homme, au contraire, qui possède de la profondeur, dans l’esprit comme dans les désirs, et aussi cette profondeur de la bienveillance qui est capable de sévérité et de dureté et qui en a facilement l’allure, ne pourra jamais avoir de la femme que l’opinion orientale. Il devra considérer la femme comme propriété, comme objet qu’on peut enfermer, comme quelque chose de prédestiné à la domesticité et qui y accomplit sa mission, — il devra se fonder ici sur la prodigieuse raison de l’Asie, sur la supériorité de l’instinct de l’Asie, comme ont fait jadis les Grecs, ces meilleurs héritiers, ces élèves de l’Asie, —ces Grecs qui, comme on sait, depuis Homère jusqu’à l’époque de Périclès, ont fait marcher de pair, avec le progrès de la culture et l’accroissement de la force physique, la rigueur envers la femme, une rigueur toujours plus orientale. »

Mais Nietzsche pourrait tempérer son machisme par les personnages féminins homériques, tous splendides, ou préférer à ce machisme la vision souveraine-médiévale (voyez mon livre Perceval et la reine). Mais Nietzsche ignore toujours le moyen âge trop chrétien…

Long développement traditionnel au §239 :

« À aucune époque le sexe faible n’a été traité avec autant d’égards de la part des hommes qu’à notre époque. C’est une conséquence de notre penchant et de notre goût foncièrement démocratiques, tout comme notre manque de respect pour la vieillesse. Faut-il s’étonner si ces égards ont dégénéré en abus ? »

La clé de tout est la dégénérescence des temps modernes. C’est pourquoi j’ai insisté sur Guénon que Nietzsche aurait sans doute méprisé (comme me disait à quatorze ans ma grand-tante communiste qui m’a tout appris, « ton Nietzsche il est borné ! »). Nietzsche :

« Ce qui est plus difficilement compréhensible, c’est que par là même… la femme dégénère. C’est ce qui arrive aujourd’hui : ne nous y trompons pas ! Partout où l’esprit industriel a remporté la victoire sur l’esprit militaire et aristocratique, la femme tend à l’indépendance économique et légale d’un commis. « La femme commis » se tient à la porte de la société moderne en voie de formation. »

La femme-commis cela va bien à Hillary, à Angela, à la Lagarde… La femme-commis est « la dernière femme », pour reprendre une expression nietzschéenne et géniale. Le maître poursuit :

« Tandis qu’elle s’empare ainsi de nouveaux droits, tandis qu’elle s’efforce de devenir « maître » et inscrit le « progrès » de la femme sur son drapeau, elle aboutit au résultat contraire avec une évidence terrible : la femme recule. Depuis la Révolution française l’influence de la femme a diminué dans la mesure où ses droits et ses prétentions ont augmenté… »

Perdre le flair tout est là, le sens de l’odeur et l’honneur qui, dit Pagnol, ne sert qu’une fois :

« Perdre le flair des moyens qui conduisent le plus sûrement à la victoire ; négliger l’exercice de son arme véritable ; se laisser aller devant l’homme, peut-être « jusqu’au livre », là où jadis on gardait la discipline et une humilité fine et rusée; ébranler, avec une audace vertueuse, la foi de l’homme en un idéal foncièrement différent caché dans la femme, en un éternel féminin quelconque et nécessaire ; enlever à l’homme, avec insistance et abondance, l’idée que la femme doit être nourrie, soignée, protégée et ménagée comme un animal domestique, tendre, étrangement sauvage et souvent agréable ; rassembler maladroitement et avec indignation tout ce qui rappelait l’esclavage et le servage, dans la situation qu’occupait et qu’occupe encore la femme dans l’ordre social (comme si l’esclavage était un argument contre la haute culture et non pas un argument en sa faveur, une condition de toute élévation de la culture) ; de quoi tout cela nous est-il la révélation, sinon d’une déchéance de l’instinct féminin, d’une mutilation de la femme ? »

Le crétinisme masculin marche de pair bien sûr aux temps socialistes et démocratiques (ou libéraux et bourgeois, c’est la même chose) :

« Sans doute, il existe, parmi les ânes savants du sexe masculin, assez d’imbéciles, amis et corrupteurs des femmes, qui conseillent à ces dernières de dépouiller la femme et d’imiter toutes les bêtises dont souffre aujourd’hui en Europe « l’homme », la « virilité » européenne, — qui aimerait avilir la femme jusqu’à la « culture générale », ou même jusqu’à la lecture des journaux et jusqu’à la politique. On veut même, de ci de là, changer les femmes en libres penseurs et en gens de lettres. »

Guénon a très bien parlé, Schuon aussi, de l’horreur de la culture générale. Nietzsche insiste car il voit venir (oh mon Molière !) le crime de la femme savante et le reflux de la mère de l’empereur :

« On veut les « cultiver », encore davantage et, comme on dit, fortifier « le sexe faible » par la culture : comme si l’histoire ne nous montrait pas, aussi clairement que possible, que la « culture » de l’être humain et son affaiblissement — c’est-à-dire l’affaiblissement, l’éparpillement, la déchéance de la volonté — ont toujours marché de pair et que les femmes les plus puissantes du monde, celles qui ont eu le plus d’influence (comme la mère de Napoléon) étaient redevables de leur puissance et de leur empire sur les hommes à la force de volonté — et non à des maîtres d’école ! »

Pour Nietzsche l’Europe se fait simplement enlever une nouvelle fois par la bête à cornes (on sait comment l’Europe d’Angela a traité sa matrice grecque) :

« Est-on en train de rompre le charme de la femme ? Se met-on lentement à la rendre ennuyeuse ? Ô Europe ! Europe ! On connaît la bête à cornes qui a toujours eu pour toi le plus d’attraits, et que tu as encore à redouter ! Ton antique légende pourrait, une fois de plus, devenir de « l’histoire » — une fois encore une prodigieuse bêtise pourrait s’emparer de ton esprit et t’entraîner ! Et nul dieu ne se cacherait en elle, non ! rien qu’une « idée », une « idée moderne » ! »

Mais la société moderne, parce que féminine, cache une certaine cruauté, que vit aussi le chrétien Chesterton (voyez mon texte sur la féminisation américaine de la planète) derrière ses oripeaux humanitaires :

« Dans la vengeance comme dans l’amour, la femme est plus barbare que l’homme (§139). »

C’est que l’homme reste trop cool :

«…l’homme veut la femme pacifique, — mais la femme est essentiellement batailleuse, de même que le chat, quelle que soit son habileté à garder les apparences de la paix (§131). »

Nota : au dix-neuvième siècle, remarqua Michelet, Dieu aussi changea de sexe. La religion catholique préparait aussi son aggiornamento aux démons et nécessités de notre modernité devenue trop… bonne, donc… antichrétienne !

 

Sources

GK Chesterton – What I saw in America (Gutenberg.org)

René Guénon – la crise du monde moderne ; le règne de la quantité et le signe des temps

Evola – Métaphysique du sexe

Homère – L’Odyssée

Nietzsche – Par-delà le bien et le mal, chapitre septième, nos vertus (§231, 238, 239)

Nicolas Bonnal – Perceval et la reine (Amazon.fr)

Maupassant – Les dimanches d’un bourgeois de Paris, que j’ai cité dans un autre article. On rappelle cette perle piquante de description sociétale : « À droite, une délégation d’antiques citoyennes sevrées d’époux, séchées dans le célibat, et exaspérées dans l’attente, faisait vis-à-vis à un groupe de citoyens réformateurs de l’humanité, qui n’avaient jamais coupé ni leur barbe ni leurs cheveux, pour indiquer sans doute l’infini de leurs aspirations. »

Explication de Tex encore

Comment Tex Avery remit en cause le storytelling

 

Le dessin, disait Ingres, c’est la probité de l’art.

Imaginez une version de dessein animé, comme on dit. Dans cette version, les personnages –mettons la mère-grand, le loup et même le petit chaperon rouge – se mettent à tempêter contre leur rôle et à prôner  la nécessité où ils sont d’y remédier, de révolutionner tout ça. Vous y êtes presque.

Imaginez une course-poursuite et les deux personnages du dessin animé. Les deux mettent une telle rage qu’ils sortent de l’image. Ils entrent dans l’obscur, s’en rendent compte, en ressortent, et ils vous expliquent qu’ils sont allés trop loin ! Et quand c’est la fin, ils ressortent de l’image, car ils ont dépassé cette fin et nous, les rêveurs et surréalistes avons mangé à notre faim. Il y a même un dessein où un agneau très goinfre  dévore l’image et le dessin, la terre et notre monde.

 

Imaginez enfin un autre dessin animé où le chien, cousin du coyote dans l’exaspérant bip-bip, décide d’arrêter, tant il en a marre de prendre des coups. Le chien ne veut plus de son drôle de rôle (voyez ma damnation de stars-Filippachi), comme un personnage de Pirandello. Imaginez que souvent le moins blaireau de tous les petits rongeurs et bestiaux  que Tex a inventés se met à vous parler, à vous mettre à contribution.

 

Comment appeler cela ? Métafiction ? Mise en abyme ? ¨Parodie ? Il y a une parodie de film noir très drôle (qui a tué qui ?) avec un vieux château, un solitaire effrayé et les rites spectaculaires dont a parlé Bergson dans son Rire. La parodie du chaperon rouge, Tex l’adore car comme Perrault il explique que le loup ce n’est pas un carnassier, ou plutôt oui, que c’est un carnassier vraiment affamé de chair fraîche et puis de jolies filles (on comprend que Tex n’est plus adapté à notre époque passée par la case hermaphrodite).

Perrault donc (Bettelheim le détestait) qui ici montre la voie au dessinateur subversif :

Je dis le loup, car tous les loups

Ne sont pas de la même sorte ;

Il en est d’une humeur accorte,

Sans bruit, sans fiel et sans courroux,

Qui privés, complaisants et doux,

Suivent les jeunes Demoiselles

Jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles ;

Mais hélas ! qui ne sait que ces Loups doucereux,

De tous les Loups sont les plus dangereux.

 

Tex n’a peur de rien, il se moque de tout, souvent en sept minutes.  Cela suffit à ceux qui ne sont pas contents de ce monde et de ses codes, de ses storytelling, pour le refaire ou le défaire – une dernière fois. Notre drôle de lièvre a eu raison des mièvreries de Walt Disney (pas si mièvre, revoyez Bambi, festival pédophile, car le gardien des « valeurs familiales » est tout sauf ce gardien).

Mais Tex n’est pas un optimiste et il sait que le dessin c’est comme la journée des barricades, tout cela n’a qu’un temps. Le génie se lassa de tout remettre en question en sept minutes et l’on retomba sur nos pieds. Les animaux devinrent plus vulgaires, les idées moins destructrices, et Disney l’emporta au final (« le bien –américain – triomphe toujours »). Règne de la quantité… Après on retombe dans la fin de l’histoire ou le présent perpétuel, c’est comme vous voulez !

 

Et comme on fait de la philo avec Tex Avery, on cite Bergson qui écrit là comme s’il avait vu un dessin animé:

Ou bien encore il faudra penser à une grande route forestière, avec des croix ou carrefours qui la jalonnent de loin en loin : à chaque carrefour on tournera autour de la croix, on poussera une reconnaissance dans les voies qui s’ouvrent, après quoi l’on reviendra, à la direction première. Nous sommes à un de ces carrefours. Du mécanique plaqué sur du vivant, voilà une croix où il faut s’arrêter, image centrale d’où l’imagination rayonne dans des directions divergentes. Quelles sont ces directions ?

 

 

La cata des experts…

Nous vivons au siècle des experts, dont le patriarche Joseph, le conseiller de Pharaon, est le fondateur (voyez ou relisez Genèse, 41 à 48).

Le domaine par excellence de l’expertise est celui de la science économique : ce n’est pas pour rien que, dans Le Monde, les économistes comme Piketty avaient décrété que le programme de Hollande était le meilleur pour sortir de la crise. Mais dans un petit film intitulé « Pourquoi les experts se trompent » , le documentariste John Freed a relevé les inepties de tous les caïds concernés.

Pourquoi un tel recours aux experts ? C’est le nombre de chaînes de télé qui devient prodigieux, confirmant que l’humanité ne fait plus rien ou presque. On regarde 6.000 chaînes de télé et on a besoin d’experts sur tous les sujets pour savoir quoi penser en matière de sommeil, de nourriture, de sexe, d’atomisme nord-coréen ou de hamsters transgéniques.

Et qu’est-ce qu’un expert ? C’est un hâbleur qui dispose d’un jargon (philo, éco, psycho, théo, techno-quelque chose) et surtout d’un réseau média qui le réinvite jusqu’à la nausée. C’est qu’un expert, pour devenir médiatique, doit se régler en conséquence. Il est là pour produire une technicité du discours politiquement correct, justifier la chute d’un avion, la diabolisation des uns et le bombardement des autres.

Le film de Freed commence par le vin, sujet a priori œcuménique. Il nous apprend que l’on a organisé un concours qui engageait la science de 54 sommeliers ou œnologues… Tout le monde a jargonné : « Il est lourd, sa robe est souple, il sent la cerise, il y a du cuivre – surtout au Chili ! – et du camphre », etc. Mais il n’y a pas eu de vainqueur car personne ne n’est rendu compte qu’il n’y avait pas… de vin rouge ! Il y avait un vin blanc qui avait été maquillé pour paraître rouge. Personne ne l’a su, sauf l’ingénieur moléculaire farceur qui avait organisé le show. Un bon viticulteur bourguignon confirma, guilleret, les escroqueries de ce milieu huppé et explique qu’aucun vin, même un montrachet ou un romanée-conti, ne devrait coûter plus de quinze euros. Le reste est une simple affaire de réclame. Pardon : de prestige.

Le film continue sur sa lancée : l’art moderne avec ses copies indécelables et ses toiles blanches ; la météo avec son réchauffement climatique ; la bourse, bien sûr, avec la fameuse parabole du singe qui ne se trompe pas plus qu’un analyste payé des fortunes.

Puis il s’arrête. Nous continuons.

L’affaire devient plus grave, en effet, quand il s’agit d’experts « néo-cons » en terrorisme, en islamisme, en néo-soviétisme, en n’importe quel « isme ». Mais quand il s’agit de faire la guerre à l’Irak ou à la Russie et de détruire l’Europe, pourquoi ne pas se tromper ?

Vivement un comité d’experts faisant la chasse aux experts ! Car l’expert est devenu une âme de destruction massive.

« Quant aux gens, il les réduisit en servage, d’un bout à l’autre du territoire égyptien. » (Genèse, 47, 21)

Nicolas Bonnal
En savoir plus sur http://reseauinternational.net/pourquoi-il-faut-avoir-peur-des-experts/#F9RdVzmB0eGZC4XD.99

J’ai l’immoral ! Grâce à mes sponsors et au grand turc cardigan, on Bosphore ! Je suis soutenu par les farces vives de la nation et bientôt j’envoie une fusée aryenne à mon amie Guyane ! Nicolas me conseille aussi Les Hébrides et Feydeau !

On purge bébé, Feydeau

ACTE PREMIER
SCÈNE I
FOLLAVOINE, PUIS ROSE.
Au lever du rideau. Follavoine, penché sur sa table de travail, la jambe gauche repliée sur son fauteuil
de bureau, la croupe sur le bras du fauteuil, compulse son dictionnaire.
FOLLAVOINE,
son dictionnaire ouvert devant lui sur la table.
Voyons : « Iles Hébrides ?… Iles Hébrides ?… Iles Hébrides ?… » (On frappe à la porte.— Sans
relever la tête et avec humeur.) Zut ! entrez ! (À Rose. qui paraît.) Quoi ? Quʼest-ce que vous voulez ?
ROSE,
arrivant du pan coupé de gauche.
Cʼest Madame qui demande Monsieur.
FOLLAVOINE,
se replongeant dans son dictionnaire et avec brusquerie.
Eh ! bien, quʼelle vienne !… Si elle a à me parler, elle sait où je suis.
ROSE,
qui est descendue jusquʼau milieu de la Scène,
Madame est occupée dans son cabinet de toilette ; elle ne peut pas se déranger.
FOLLAVOINE.
Vraiment ? Eh bien, moi non plus ! Je regrette ! je travaille.
ROSE,
avec indifférence.
Bien, Monsieur.
Elle fait mine de remonter.
FOLLAVOINE,
relevant la tête, sans lâcher son dictionnaire.— Sur le même ton brusque.
Dʼabord, quoi ? Quʼest-ce quʼelle me veut ?
ROSE,
qui sʼest arrêtée à lʼinterpellation de Follavoine.
Je ne sais pas, Monsieur.
FOLLAVOINE.
Eh ! bien, allez lui demander !
ROSE.
Oui, Monsieur,
Elle remonte.
FOLLAVOINE.
Cʼest vrai ça !… (Rappelant Rose. au moment où elle va sortir.) Au fait, dites donc, vous…
ROSE,
redescendant.
Monsieur ?
FOLLAVOINE.
Par hasard, les… les Hébrides… ?
ROSE,
qui ne comprend pas.
Comment ?
FOLLAVOINE.
Les Hébrides ?… Vous ne savez pas où cʼest ?
Domaine public – Texte retraité par Libre Théâtre 3
ROSE,
ahurie.
Les Hébrides ?
FOLLAVOINE.
Oui.
ROSE.
Ah ! non !… non !… (Comme pour se justifier.) Cʼest pas moi qui range ici !… cʼest Madame.
FOLLAVOINE,
se redressant en refermant son dictionnaire sur son index de façon à ne pas perdre la page.
Quoi ! quoi, « qui range » ! les Hébrides !… des îles ! bougre dʼignare !… de la terre entourée dʼeau…
vous ne savez pas ce que cʼest ?
ROSE,
ouvrant de grands yeux.
De la terre entourée dʼeau ?
FOLLAVOINE.
Oui ! de la terre entourée dʼeau, comment ça sʼappelle ?
ROSE.
De la boue ?
FOLLAVOINE,
haussant les épaules.
Mais non, pas de la boue ? Cʼest de la boue quand il nʼy a pas beaucoup de terre et pas beaucoup
dʼeau ; mais, quand il y a beaucoup de terre et beaucoup dʼeau, ça sʼappelle des îles !
ROSE,
abrutie,
Ah ?
FOLLAVOINE.
Eh ! bien, les Hébrides, cʼest ça ! cʼest des îles ! par conséquent, cʼest pas dans lʼappartement.
ROSE,
voulant avoir compris.
Ah ! oui !… cʼest dehors !
FOLLAVOINE,
haussant les épaules.
Naturellement ! cʼest dehors.
ROSE.
Ah ! ben, non ! non je les ai pas vues.
FOLLAVOINE,
quittant son bureau et poussant familièrement Rose vers la porte pan coupé.
Oui, bon, merci, ça va bien !
ROSE,
comme pour se justifier.
Y a pas longtemps que je suis à Paris, nʼest-ce pas… ?
FOLLAVOINE.
Oui !… oui, oui !
ROSE.
Et je sors si peu !
FOLLAVOINE.
Oui ! ça va bien ! allez… Allez retrouver Madame.
ROSE.
Oui, Monsieur !
Elle sort.
Domaine public – Texte retraité par Libre Théâtre 4
FOLLAVOINE.
Elle ne sait rien cette fille ! Rien ! quʼest-ce quʼon lui a appris à lʼécole ? (Redescendant jusque devant
la table contre laquelle il sʼadosse.) « Cʼest pas elle qui a rangé les Hébrides » ! Je te crois, parbleu !
(Se replongeant dans son dictionnaire.) « ZʼHébrides… ZʼHébrides… » (Au public.) Cʼest
extraordinaire ! je trouve zèbre, zébré, zébrure, zébu !… Mais de Zhébrides, pas plus que dans mon
œil ! Si ça y était, ce serait entre zébré et zébrure. On ne trouve rien dans ce dictionnaire !
Par acquis de conscience, il reparcourt des yeux la colonne quʼil vient de lire

– Nicolas Bonnal, que pensez-vous du grand remplacement ? – Nada. Moi je promeus le grand déplacement !

Bonald : pourquoi l’homme noble doit émigrer et ne pas confondre son pays et sa patrie…

 

Il y tient beaucoup au distinguo. Bon à rappeler alors pour célébrer ce sol célébré par des andouilles rabelaisiennes comme Péguy on perdit et l’honneur (en 1940) et trois millions d’hommes :

 

Le sol n’est pas la patrie de l’homme civilisé ; il n’est pas même celle du sauvage, qui se croit toujours dans sa patrie lorsqu’il emporte avec lui les ossements de ses pères. Le sol n’est la patrie que de l’animal; et, pour les renards et les ours, la patrie est leur tanière. Pour l’homme en société publique, le sol qu’il cultive n’est pas plus la patrie, que pour l’homme domestique la maison qu’il habite n’est la famille. L’homme civilisé ne voit la patrie que dans les lois qui régissent la société, dans l’ordre qui y règne, dans les pouvoirs qui la gouvernent, dans la religion qu’on y professe, et pour lui son pays peut n’être pas toujours sa patrie.

Bonald écrit sur l’époque révolutionnaire, alors que les sots reprochent à certains de s’être exilés volontaires…

« Dès lors, l’émigration fut une nécessité pour les uns, un devoir pour les autres, un droit pour tous. »

Nicolas Bonnal, les pamphlets de Céline ne seront pas publiés par Gallimard ! – Très bon. Odi profanum vulgus et arceo.

https://nicolasbonnal.wordpress.com/2017/12/29/humourapocalypse-louis-ferdinand-celine-adolf-et-le-derriere-de-la-pharmacienne-1944/