Jules César et la Gaule de Clochemerle

 

 

 

Ah, les Gallois…

Prenez le livre VI de la Guerre des Gaules, chapitres 11 et 12.

«  Au point où l’on est arrivé, il n’est pas sans doute hors de propos de parler des mœurs de la Gaule et de la Germanie, et de la différence qui existe entre ces deux nations. Dans la Gaule, ce n’est pas seulement dans chaque ville, dans chaque bourg et dans chaque campagne qu’il existe des factions, mais aussi dans presque chaque famille : ces factions ont pour chefs ceux qu’on estime et qu’on juge les plus puissants ; c’est à leur volonté et à leur jugement que sont soumises la plupart des affaires et des résolutions. »

Et Jules César d’expliquer pourquoi :

« La raison de cet antique usage paraît être d’assurer au peuple une protection contre les grands : car personne ne souffre que l’on opprime ou circonvienne ses clients ; si l’on agissait autrement, on perdrait bientôt tout son crédit. Ce même principe régit souverainement toute la Gaule : car toutes les cités sont divisées en deux partis »

Le peuple gaulois veut de la sécurité, de la nourriture, de la protection, donc le peuple devient esclave ; tout cela deux mille ans avant Tocqueville, qui ne se faisait guère d’illusions sur la capacité des Français à résister à la montée en puissance de la modernité étatique.

Mais restons-en à nos divisions évoquées plus haut. Dans le latin de César qu’on a tous étudié en troisième (ce n’est ni Salluste ni Tacite), cela donne :

« Haec eadem ratio est in summa totius Galliae: namque omnes civitates in partes divisae sunt duas ».

 

Le grand homme poursuit avec humour :

« Lorsque César vint dans la Gaule, les Héduens étaient les chefs d’une de ces factions, les Séquanes, ceux de l’autre. Cum Caesar in Galliam venit, alterius factionis principes erant Aedui, alterius Sequani. »

Et là cela devient carrément du Astérix :

« L’arrivée de César changea la face des choses : les Héduens reprirent leurs otages, recouvrèrent leurs anciens clients, en acquirent de nouveaux par le crédit de César, parce qu’on voyait que ceux qui entraient dans leur amitié jouissaient d’une condition meilleure et d’un gouvernement plus doux ; et ils obtinrent dans tout le reste un crédit et un pouvoir qui firent perdre aux Séquanes leur prépondérance.  À ceux-ci avaient succédé les Rèmes ; lorsqu’on remarqua que leur faveur auprès de César égalait celle des Héduens, ceux que d’anciennes inimitiés empêchaient de s’unir à ces derniers se ralliaient à la clientèle des Rèmes, qui les protégeaient avec zèle pour conserver le nouveau crédit qu’ils avaient si rapidement acquis. Tel était alors l’état des choses que les Héduens avaient, sans contredit, le premier rang parmi les Gaulois, et que les Rèmes occupaient le second. »

On répète encore en latin :

« Eo tum statu res erat, ut longe principes haberentur Aedui, secundum locum dignitatis Remi obtinerent. »

Le Clochemerle des Gaulois, c’est tout de même quelque chose !