Les tontons c’est enfin une façon de défendre la Tradition et de dire merde à la jeunesse ! Un peu de Céline à ce sujet :

La nièce est une petite conne jouée par une actrice allemande (la rebelle va devenir bonne ménagère d’ailleurs, sacré Audiard !). Ils écoutent du Johnny Hallyday toute la journée et cela nous rappelle Céline encore.

Notre livre :

 

Et puis on passe aux jeunes. Place aux jeunes ? Pas de problème.

On sait que Céline n’aime pas les jeunes, il a souvent raison (les bons meurent sur les champs de bataille ou finissent routards en temps de paix). On a créé la culture jeunes pour les contrôler alors jeunes ils ne le sont plus depuis cent ans. Dans le Voyage il note qu’ils rigolent de leur vie d’esclaves. On le cite, c’est quand il est rentré d’Amérique :

 

« Les jeunes semblaient même comme contents de s’y rendre au boulot. Ils accéléraient le trafic, se cramponnaient aux marchepieds, ces mignons, en rigolant. Faut voir ça. »

 

Là avec le professeur Y il en rajoute une louche :

« …la jeunesse aime l’imposture comme les jeunes chiens aiment les bouts de bois, soi-disant os, qu’on leur balance, qu’ils courent après ! ils se précipitent, ils aboyent, ils perdent leur temps, c’est le principal !… »

 

Dans Rigodon il la décrète conne absolue la jeunesse… elle a le cinéma pour elle !

Après un autre problème essentiel ; la fin de la description en littérature rendue inutile et obsolète par le cinéma.

« Vous êtes tellement abruti Professeur Y que faut tout vous expliquer !… je vais vous mettre les points sur les i ! écoutez bien ce que je vous annonce : les écrivains d’aujourd’hui ne savent pas encore que le cinéma existe !… et que le cinéma a rendu leur façon d’écrire ridicule et inutile… péroreuse et vaine !…

– Comment? comment? »

 

C’est exactement ce que nous avons vécu personnellement.

On va lui expliquer que comme en Amérique –sic- tout doit être écrit en vue d’une adaptation cinématographique même Burroughs et Céline.

 

« – Parce que leurs romans, tous leurs romans gagneraient beaucoup, gagneraient tout, à être repris par un cinéaste… leurs romans ne sont plus que des scénarios, plus ou moins commerciaux, en mal de cinéastes !… le cinéma a pour lui tout ce qui manque à leurs romans : le mouvement, les paysages, le pittoresque, les belles poupées, à poil, sans poil, les Tarzan, les éphèbes, les lions, les jeux du Cirque à s’y méprendre ! les jeux de boudoir à s’en damner ! la psychologie !… les crimes à la veux-tu voilà !… des orgies de Voyages ! comme si on y était ! tout ce que ce pauvre peigne-cul d’écrivain peut qu’indiquer !… ahaner plein ses pensums ! qu’il se fait haïr de ses clients !… il est pas de taille ! tout chromo qu’il se rende ! qu’il s’acharne ! il est surclassé mille !… mille fois ! »

 

La littérature est bien impossible après James Bond et le cinoche.

Les tontons, c’est certainement un goût aussi pour les explosifs et la volatilité verbale !!! Le moteur à explosion verbal !

Encore un peu de Céline

Ah, la bagnole : lisons Bonnal, toujours !

Céline est mort au début du désastre terminal mené par la politique gaulliste en France et bien décrit par Godard dans Deux ou trois choses ou dans Week-end par exemple. Il n’aura donc pas vu voir le stade ultime de la liquidation de sociétés mais il aura bien dénoncé le phénomène du transport en commun… Curieusement en Amérique il ne crie pas trop contre la voiture. Le phénomène ne l’a pas trop marqué là-bas, même s’il a décrit comme personne les usines Ford et le travail abrutissant qui s’y passe.

 

Il note pendant l’Occupation le grand silence : «  on n’a pas vu d’automobile depuis des mois… même des « gazogènes »…

Ailleurs, il évoque le monde actuel : « le monde nouveau, communo-bourgeois, sermonneux, tartufe infini, automobiliste, alcoolique, bâfreur, cancéreux, connaît que deux angoisses : « son cul ? son compte ? » le reste, s’il s’en fout ! Prolos Plutos réunis ! parfaitement d’accord !… nous là, cloches traqués, nous n’avions pas à dormir !… »

 

Après toujours dans les pamphlets il évoque le pétomane gazeux contemporain (on associe bagnole, restau, pets, digestion, bon dimanche et télévision). Cela donne cette belle envolée lyrico-mécano-comique :

 

« Qui plantureusement soupe et dîne, deux fois par jour, trouve à digérer tel malaise, tel aria de ventre que tout son esprit disloque, astreinte de pancréas, bile de feu, chyle et boyasse distendus, muqueuses dévorées de chloride ! Pauvre sagouin tout saccagé d’expulsions de gaz, tympanique partout, tambour brimé de convenances, surpasse un moteur en péteries, d’où l’innommable promenade, de sites en bosquets du dimanche, des affolés du transit, à toutes allures d’échappements, de Lieux-dits en Châteaux d’Histoire. Ça va mal ! »