Augustin Cochin et les phrases du jour

Augustin Cochin et les phrases du jour

« La volonté générale, croit-on, serait celle du nombre. Il n’en est rien. Le mythe de la volonté active, réelle, de tous, s’imposant à chacun, n’a qu’une valeur de fiction légale, aucune, réelle. Ce qu’on entend par la volonté de tous, c’est celle de quelques-uns… »

 

« Désagréger la matière votante, isoler les individus, pour les rendre inorganiques – ce qui s’appelle liberté -, indifférents et homogènes – ce qui s’appelle égalité -, leur imposer néanmoins cette mutuelle adhérence qu’on nomme fraternité ; en un mot les réduire à un magma docile et périssable, tel est l’effet du machinisme. »

 

« Il n’est pas d’exemple dans l’histoire d’une plus profonde et plus complète dissolution sociale.

La libre-pensée a tué la société parce qu’elle avait tué la personne humaine. Dissociant l’homme et l’isolant de toute attache naturelle ou morale, elle l’a livré comme une épave au flot social.»

Cochin : « avec le régime nouveau les hommes disparaissent, et s’ouvre en morale même l’ère des forces inconscientes et de la mécanique humaine. Le régime pousse son chemin de désastre en désastre, produisant une forêt de lois contre-nature dont le succès dans les sociétés et le vote à la Convention sont aussi fatals, que leur exécution dans le pays est absurde ou impossible. »

Nicolas Bonnal diffuse la bonne parole d’Augustin Cochin ce matin (sur réseauinternational.net)

Il y a longtemps qu’Augustin Cochin avait exposé sa théorie de la confiscation dans nos modernes démocraties, républiques ou autres nations unies. Cochin, écrivain catholique et grand lecteur de deux grands chercheurs juifs, Durkheim et le russe Ostrogorski, analyste des campagnes politiques états-uniennes, expliquait pourquoi ce sont toujours « eux » qui décident et pas « nous » ; on est en 1793, quand les sociétés de pensée ont décidé de refaire l’Homme, la Femme, la France, l’Humanité avec un cercle intérieur.

« La société fondée, il est fatal qu’un cercle intérieur se forme qui la dirige à son insu. Où la liberté règne, c’est la machine qui gouverne. Ainsi se forme d’elle-même, au sein de la grande société, une autre plus petite, mais plus active et plus unie, qui n’aura pas de peine à diriger la grande à son insu. Elle se compose des plus ardents, des plus assidus, des mieux au fait de la cuisine des votes. »

Le terme de machine fascine aussi Ostrogorski qui en fait le titre d’un de ses chapitres. Au final triomphe le bosseur, celui qui a la meilleure organisation, la meilleure santé aussi.

Il n’y a pour Ostrogorski aucune conspiration, simplement il n’y a pas de démocratie en démocratie, puisque le parti est machinerie et conclaves secrets (ce passage marquera grandement Cochin) :

“A corrupt minority may dictate laws. Freedom of speech is as much annihilated as freedom of vote, and legislation by discussion under the eye of the public is replaced by secret conclaves.”

Enfin les partis sont naturellement vendus aux intérêts du capital.

“The contributions of private individuals, of wealthy zealots of the party, are large enough. They sink, however, into insignificance beside those of the corporate, financial or industrial corporations. These latter are the great pillars of the Machine and in fact its partners.”

Et dire qu’Ostrogorski devait remettre un rapport au Tzar !

Mais revenons à Cochin, son disciple Cochin. Lui explique comment la cabale fonctionne, deux siècles après Molière.

« Chaque fois que la société s’assemble, ils se sont assemblés le matin, ont vu leurs amis, arrêté leur plan, donné leur mot d’ordre, excité les tièdes, pesé sur les timides. Comme leur entente date de loin, ils tiennent en main toutes les bonnes cartes. Ils ont maté le bureau, écarté les gêneurs, fixé la date et l’ordre du jour. »

Il y a donc ceux qui combinent et ceux qui roupillent, ceux qui conspirent et ceux qui se contentent de rentrer à la maison ou de respirer, le grand public inconscient. Hippolyte Taine aussi se montrait très déçu par la passivité de la plèbe attablée aux cafés lors des massacres de septembre 1792.

Cochin encore sur cette mécanisation de l’homme par la politique, l’automation des hommes qui riment avec la pseudo-autonomie des temps démocratiques :

« Avec le régime nouveau les hommes disparaissent, et s’ouvre en morale même l’ère des forces inconscientes et de la mécanique humaine. Celui-ci (le régime) pousse son chemin de désastre en désastre, produisant une forêt de lois contre-nature dont le succès dans les sociétés et le vote à la Convention sont aussi fatals, que leur exécution dans le pays est absurde ou impossible. »

Mais Cochin distingue la méthode. Tout est dans la méthode. Et à propos de la Révolution :

« Il s’agit, non d’une doctrine définie, c’est-à-dire d’un ensemble de connaissances positives et d’exigences déterminées ; mais d’une méthode…

La révolution Française ne relève pas de la conspiration (les royalistes eux-mêmes ne vont cesser de devenir conspirateurs, et pour le pire, et pour le ridicule même). Elle relève de la mécanisation du social et de l’humain, de l’ingénierie sociale comme on dit aujourd’hui (voyez le livre Gouverner par le chaos). C’est beaucoup plus grave et beaucoup plus menaçant pour nous. Le révolutionnaire est et sera en fait le chef d’œuvre de Vaucanson.

Cochin donc :

« L’histoire de la Défense républicaine fait de la Révolution l’œuvre du peuple ; l’histoire de fait y voit un coup monté, intrigue de quelques ambitieux, thèse aussi fausse que la première. »

Et il explique donc que l’on confond le social et le psychologique (le premier va triompher car le monde devient réifié) :

« L’erreur provient toujours de la même source : on fait un problème psychologique de ce qui est un problème social : on rapporte à l’action personnelle ce qui est le fait d’une situation, de la force des choses.

Ce n’est point la psychologie du jacobin qui sera le dernier mot de l’énigme révolutionnaire ; ce sera la sociologie du phénomène démocratique. »

Et d’ajouter ces maîtres propos :

« Le secret de l’union, la loi du progrès sont dans le fait d’association, avant d’être dans la volonté des associés. Le corps, la société de pensée, prime, domine et explique l’âme, la conviction commune. C’est bien ici la société qui précède et crée l’idée collective ; on est uni pour et non par la vérité. Le « progrès des Lumières » est en son principe un phénomène social qui ne devient moral et intellectuel que par contrecoup.

De là son premier caractère : l’inconscience. »

La meilleure conspiration est la conspiration inconsciente, qui se limite à respirer un air pas frais et sans s’en faire. Nous sommes bien d’accord. Peu de films et livres grand public nous l’auront hélas dit.

Nicolas Bonnal
En savoir plus sur http://reseauinternational.net/augustin-cochin-et-le-genie-des-comploteurs-modernes/#xJ2fkocsySCdt6mR.99

Les élites contrôlent, par Augustin Cochin…

La théorie de la conspiration est très à la mode ; car si elle ne sert pas aux majorités silencieuses à comprendre, elle sert aux minorités au pouvoir à menacer. C’est la police de la pensée et les imbéciles qui utilisent à tort et à travers cette gluante expression. Tout en pratiquant la « conspiration ouverte » évoquée en 1945 par H.G. Wells, nos élites et les médias dénoncent puérilement et en trépignant une très utile théorie de la conspiration.

Il y a longtemps qu’Augustin Cochin avait exposé sa théorie de la confiscation dans nos modernes démocraties, républiques ou autres nations unies. Cochin, écrivain catholique et grand lecteur de Durkheim et du russe Ostrogorski, analyste des campagnes politiques états-uniennes, expliquait pourquoi ce sont toujours « eux » qui décident et pas « nous » ; on est en 1793, quand les sociétés de pensée ont décidé de refaire l’Homme, la Femme, la France, l’Humanité, le reste. Et le triste programme est toujours le même depuis cette époque :

« La société fondée, il est fatal qu’un cercle intérieur se forme qui la dirige à son insu. Où la liberté règne, c’est la machine qui gouverne. Ainsi se forme d’elle-même, au sein de la grande société, une autre plus petite, mais plus active et plus unie, qui n’aura pas de peine à diriger la grande à son insu. Elle se compose des plus ardents, des plus assidus, des mieux au fait de la cuisine des votes.

Chaque fois que la société s’assemble, ils se sont assemblés le matin, ont vu leurs amis, arrêté leur plan, donné leur mot d’ordre, excité les tièdes, pesé sur les timides. Comme leur entente date de loin, ils tiennent en main toutes les bonnes cartes. Ils ont maté le bureau, écarté les gêneurs, fixé la date et l’ordre du jour. »

​‌”

Il y a donc ceux qui combinent et ceux qui roupillent, ceux qui conspirent et ceux qui se contentent de respirer, le grand public inconscient. Hippolyte Taine aussi se montrait très déçu par la passivité de la plèbe attablée aux cafés lors des massacres de septembre 1792. La plèbe est toujours Charlie.

Cochin encore :

« Avec le régime nouveau les hommes disparaissent, et s’ouvre en morale même l’ère des forces inconscientes et de la mécanique humaine. Celui-ci (le régime) pousse son chemin de désastre en désastre, produisant une forêt de lois contre-nature dont le succès dans les sociétés et le vote à la Convention sont aussi fatals, que leur exécution dans le pays est absurde ou impossible. »

​‌”

Absurdes et impossibles, c’est bien comme cela que nous apparaissent les intentions du Parlement socialo, de l’OTAN et de la grosse Commission de Bruxelles.

Alors soyons clairs : nous n’avons pas voulu de cette Europe et de l’euro, nous les avons ; nous n’avons pas voulu de cette immigration, nous l’avons ; nous ne voulons pas d’un conflit avec la Russie, nous l’aurons grâce aux faucons US. Elle est là, la « conspiration », et pas dans les « théories de la conspiration » qui obsèdent tant nos médiatiques.