Un Nicolas Bonnal en pleine forme vous règle un conte ici, inspiré par une mystérieuse enfance tunisienne…

Le marchand de livres

 

Toujours je garderai en mémoire ce vieux quartier colonial où je vivais enfant avec ma mère. Il y avait ces maisons hautes et lumineuses, ces grandes fenêtres ouvragées, ces allées couvertes de figuiers et de platanes importés, ces rues silencieuses et ombragées, cette place lointaine et royale, couverte de kiosques où m’emmenait jouer la bonne. Je me rendais aussi chez mes amis d’enfance, dans l’espoir de quêter quelque livre ou de jouer une partie de football. Comme on me considérait comme le plus méditatif de la bande, je faisais le gardien ; et je me réveillais à temps pour arrêter les tirs peu violents de mes camarades.

 

Cette vie de quartier qui n’en était pas une, paradoxalement je l’adorais. J’aimai ce silence, cette lenteur d’une vie qui devenait végétale. Je sentais à peine le flux des saisons, je goûtais l’énergie des arbres, j’admirais des maisons plus grandes que la nôtre. Sans doute le deuil familial qui nous avait frappés m’avait-il préparé à cette retraite enfantine. Et je me réfugiai dans les livres.

Ma mère avait un mot que je ne compris jamais. C’était un marchand qui allait et venait dans nos rues, sa petite charrette tirée par un âne, et qui vendait ou achetait. Il faisait son circuit tous les matins, et les habitants du quartier, ou leurs domestiques, descendaient, échangeant avec lui des mots et des denrées. Pour moi ce chariot était comme couvert d’or, sous sa couverture usée en peau de chameau. Mais je ne descendais pas. J’étais tellement accoutumé au silence de la rue que l’idée d’y effectuer quelque commerce m’incommodait. Du reste on m’avait toujours recommandé d’éviter le bonhomme ou quelque adulte que ce fût dans la rue. J’accompagnais ma mère au portail, je la voyais sortir et fouiller la charrette du marchand. Ce dernier avait son visage sombre dissimulé sous un épais foulard. – Il doit avoir une maladie de peau, me disait ma mère, qui ne m’encourageait pas à venir voir les trésors de notre marchand mystérieux.

 

Je rentrai de l’école à pied. Un jour ma bonne ne put venir me chercher. On m’apprit que ma mère viendrait me chercher Au lieu de faire appeler, je descendis seul, fuyant la surveillance des pions, et je regagnai à pied mon quartier et ma maison. Je découvris de nouvelles artères, de nouveaux arbres. Le temps était couvert, le ciel plombé plongeant dans une torpeur tiède la zone résidentielle. Je croisais quelques ombres et des chiens noirs ; et je vis mon charretier. Il apparut dans la petite de rue de T… qui offre la particularité d´être bordée de cyprès.

Je m’arrêtais. Mais lui continua et Mème me fit signe. Son âne brun se rapprocha de moi, et je començais à trembler. Mais l’homme sourit et le précéda et même ôta son foulard. Je vis qu’il avait un beau visage glabre.

  • J’ai des livres pour toi, me dit-il. Je vends des livres maintenant. Je fais la tournée des maisons, j’achète ou j’échange des livres. Si tu veux m’en vendre ou faire un échange, tu le peux.

 

Il retira la cape gigantesque et noire qui ce jour-là recouvrait la charrette. Il y avait une montagne de livres brochés de cuir, d’or, de vieilles bandes dessinées, des encyclopédies décimées. Tout ce monde lointain me tendait les mains désormais.

  • Ta mère a peur que tu ne lises tous ces livres ? me demanda-t-il d’un air narquois.

 

Il me raconta sa vie. Il avait gardé des troupeaux et puis un jour un homme riche et bon qui vivait dans les champs lui avait appris à lire, à reconnaître les jolies choses. Puis il était mort. Les héritiers l’avaient chassé de la ferme et il avait erré jusqu’au moment où il avait pu vivre de ce petit comerce. Il ne pouvait cesser, ayant gardé les bêtes, d’aller et venir.

  • J’aime promener mes idées, me dit-il gravement. Je ne suis pas sûr d’avoir encore compris cette phrase.

 

J’avais déjà parlé avec des adultes. Un d’eux m’avait appris à jouer aux échecs, un autre m’avait permis les secrets de la pêche dans les rochers de la mer. Ils me semblaient plus utiles que les enfants, vu que les jeux de mon âge m’ennuyaient. Et je n’avais pas l’impression d’en tirer profit vu mon âge.

Nous convînmes avec mon marchand de nous voir régulièrement, en des heures et des lieux précis. Il me donna en cadeau de bienvenue de sa bibliothèque un livre sur les mondes imaginaires. Je rentrai à la maison, où j’eus droit à ma remontrance : j’invoquai la distraction, promis de ne pas commettre de nouvelle infraction, demandai en même temps plus de liberté de mouvement : j’étais assez grand pour me promener seul, et prendre garde à moi.

  • Mais méfie-toi des hommes, dit ma mère. Le plus dangereux ne sera jamais celui que tu crois.

 

Pendant qu’elle prononçait ces paroles, je serrai mon livre contre moi, caché sous mon tablier. Je remontai dans ma chambre, le dévorai une partie de la nuit durant. Je voyais ces mondes, ces îles, ces déserts interdits, je découvrais ces utopies, ces continents disparus, ces rêves de guerriers, d’amants, de chercheurs d’or, je voyais ces têtes de monstres, ces héros blonds, ces grands corps noirs qui fuyaient des monstres aussi imaginaires. Le livre m’ôta le sommeil plusieurs jours. On m’emmena chez le médecin qui prescrivit le repos. Je gardai le lit.

Un après-midi, alors que je reposai seul, j’entendis le bruit d’un sabot qui frappait le pavé de la rue. Je me précipitai : c’était mon homme, avec son âne et son chariot. Je gagnai le portail, le saluai. Mais la bonne avait bien sûr fermé la serrure. Le marchand de livres s’approcha quand même : je lui rendis son livre.

  • Il t’a plu ?

 

Je ne sus que lui dire. Le livre m’avait perturbé et enchanté à la fois. Je le lui rendis et lui donnai un petit livre d’enfants dont je n’avais plus fait usage depuis longtemps. Il me remercia et regagna son chariot.

  • Je t’ai trouvé quelque chose qui va t’intéresser. C’est une biographie, tu sais, qui raconte la vie des gens. Le garçon s’appelle comme toi, et il vit avec sa mère. On va me le donner bientôt.

 

Pour me faire patienter, il me remit un prospectus de voyage. Et je recommençai mes rêves d’ailleurs, mes élégies utopiques. Le soir, ma mère me vit perturbé, mais elle ne fit aucune observation. Elle semblait plus soucieuse que moi.

 

Je guettai avec impatience mon marchand. Et je le croisai un jour tout près de l’école. Il me remit le livre. Et il disparut après m’avoir dit, de son air narquois : – Je ne t’ai trouvé que le tome I. Il ne va peut-être pas te plaire, mais il va te marquer. Le tome 2  doit contenir beaucoup plus de mystères.

C’était une biographie, comme il me l’avait dit. L’histoire d’un orphelin de père qui vivait dans une grande maison perdue dans un pays oublié. Mais le garçon grandissait et connaissait une petite vie triste. Il se réfugiait dans les livres et les voyages. Et puis un jour, alors qu’il devait rencontrer l’amour et parvenait à l’âge de ses grandes décisions. Mais le tome I s’achevait là.

Je n’y pris pas garde au début : plus tard je sus user au mieux du terme de coïncidence. Mais comme je ne rencontrai plus mon marchand, je relus le livre, y trouvant de plus en plus de coïncidences. L’auteur donnait des détails sur l’enfance de son personnage, sur les origines de sa famille. Je vis aussi que d’autres traits correspondaient, dont j’avais connaissance.

Je m’en ouvrai à ma mère, lui posant des questions sur sa famille. Elle me répondit, me demandant d’où venait ce subit intérêt. Un jour que je posai une question trop précise (certaines questions son trop savantes), elle s’énerva, me demanda d’où je tirais ces informations. J’avais pris soin de cacher le livre. Mais sa conscience était en alerte maintenant. Elle me menaça, me traita de retors, m’affirma que quelqu’un cherchait à me manipuler. Je devins plus secret.

 

Je ne voyais plus mon marchand. Je me demandai si elle n’était pas intervenue pour que ce dernier changeât de circuit dans la ville ; ou si même elle ne l’avait pas acheté. Ce tome II me manquait bien ; mais bientôt le tome I me manqua aussi. Il disparut de mon repaire ; je ne sus qui l’avait dérobé, et je ne pouvais bien sûr accuser ma mère ou la bonne, à qui je trouvais maintenant un air narquois. Peut-être m’avait-elle vu un jour lire le livre et le ranger.

 

Les années passèrent, confirmant le tome I de ce qui constituait en fait ma vie. J’arrivai à mes vingt et quelques années, essayant de me remémorer ce que j’avais lu enfant. J’en oubliai presque mon avenir. Ma vie se passa ensuite sans soubresaut, sans grand projet aussi. Je rêvai de ce tome II qui devait contenir tous grands mystères, me mener sur la voie du succès ou de la gloire. Je rêvai aussi de grandes utopies, de somptueux voyages. Je finis d’ailleurs pas partir : je vis des villes oubliées et remplies de touristes, des forêts vierges muées en parcs, des aventuriers transformés en opérateurs de voyages. Rien ne me redonna la confusion onirique du premier livre interdit que j’avais dévoré enfant.

Un jour pourtant je reçus un pneumatique. Ma mère était tombée malade et elle désirait me revoir. Je reconnais que je mis du temps à rentrer. Je sentais que la situation familiale n’était pas bonne, et que j’aurais droit à des reproches. Notre situation financière n’était guère meilleure, et nous avions peur maintenant de la situation politique. Je reçus un deuxième télégramme : c’était la bonne qui me réclamait cette fois. Je dus rentrer.

 

Ma mère était très basse. Elle vivait dans l’obscurité presque totale. Je ne sus que lui dire. Elle regretta ma vie. Pour me justifier, je décidai de lui évoquer alors cet épisode de mon enfance. Je lui contais mes sorties en cachette et mes lectures interdites, et le fantastique secret : le livre de ma vie colporté par un mage qui me l’avait remis. Je lui décrivais ce marchand comme un dieu qui effectuait des rondes, et remettait à ses lecteurs élus…

Elle me regarda avec effroi, me fit un petit signe de la main. Je me dirigeai vers sa bibliothèque qu’elle me montra, il y avait une enveloppe.

  • Donne.
  • Elle sortit le livre de la pochette. Mais en deux tomes. Et elle me dit.
  • Lui c’était un employé que papa avait chassé, un espèce de sorcier. Il volait aussi chez nous. C’était pour cela que je ne voulais pas que tu le rencontres. J’ai essayé de l’éloigner de nous, mais il était trop tard. Regarde ce qu’il a fait de ta vie.

 

Je m’irritais.

  • Mais maman… tu avais le tome 2 et tu ne me l’as jamais donné.

 

J’ouvris frénétiquement le livre. Il ne comportait que des pages blanches. Je le feuilletai avec rage, tout en sueur. Il n’y avait pas un caractère écrit. Je pensais à une ruse, à de l’encre sympathique, je levai la tête : ma mère était morte, son visage tout pâle éclairé par une bougie.. Et tandis que je la contemplai désolé, je vis, progressivement, de petites lettres se dessiner sur son visage épargné par le temps.

 

 

 

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Absence de beauté et civilisation industrielle

Absence de beauté et civilisation industrielle

 

L’absence du besoin de beauté est une infirmité qui n’est pas sans rapport avec la laideur inévitable de l’ère machiniste, et qui s’est généralisée avec l’industrialisme; et comme il est impossible d’échapper à celui-ci, on fait de la dite infirmité une vertu et on calomnie la beauté et le besoin de beauté, conformément à ce proverbe : «Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage». Ceux qui ont intérêt à l’assassinat public de la beauté cherchent à la discréditer au moyen de mots tels que «pittoresque» ou «romantique», — exactement comme on étouffe la religion en l’appelant «fanatisme», passer la laideur et la trivialité pour le «réel»; c’est réduire la beauté à un luxe de peintres et de poètes. Le culte du hasard — du hasard laid et trivial — trahit la même intention ; le «monde comme il est», c’est la laideur et la trivialité cueillies dans le chaos des coïncidences.

Nicolas Bonnal en Italie (en italien…) : journée dantesque avec Baudelaire et le fou rire !

https://comedonchisciotte.org/quando-un-hitler-sconfitto-prevedeva-lautodistruzione-americana-e-i-nostri-turbamenti/

https://comedonchisciotte.org/baudelaire-e-la-cospirazione-geografica/

La culture moderne comme arme de destruction massive

La culture moderne comme arme de destruction massive

Cet essai se veut un rappel pour certains, une piste à suivre pour d’autres. Mais à l’heure où l’électeur-téléspectateur est conditionné comme jamais, il nous semble important de rappeler comment nous en sommes arrivés là.

 

Sun Tsé  écrit déjà :  » Un habile général ne se trouve jamais réduit à de telles extrémités : sans donner de batailles, il sait soumettre l’ennemi ; sans répandre une goutte de sang, sans tirer l’épée, il fait tomber les villes ; sans franchir la frontière, il conquiert les royaumes…  »

Alexandre Soljenitsyne avait fini par reconnaître qu’en union soviétique  » on donnait une culture classique au peuple « . Et en occident ? Ne lui donne-t-on pas au contraire une inculture classique, au peuple ou ce qu’il en reste?

La culture de masse planétaire née dans les années 1920 se fait à coup de cinéma puéril en 3D, de livres d’ésotérisme déments, de jeux vidéo sadiques, de soap opéras pour sourdes-muettes, de drugstores bourrés de sucreries et de best-sellers sélectionnés par le NYT et tous ses relais. Comme disait déjà Adorno :

« La répétitivité, la redondance et l’ubiquité qui caractérisent la culture de masse moderne tendent à automatiser les réactions et à affaiblir les forces de résistance de l’individu. »

La culture contemporaine postérieure à la première guerre mondiale m’a toujours répugné sous sa forme élitiste ou massifiée. Je n’ai jamais été bien seul à le penser, précédé par Céline ou Hermann Hesse, mais il était trop tard… La culture dans laquelle nous vivons, et qui a tourné le dos à notre patrimoine, qu’il s’agisse de Lady Gaga, du bouquin Millenium, du jazz, du rap, de  » la peinture contemporaine  » ou du film Avatar, n’est pas fortuite, elle n’est pas le fruit des goûts du public et du génie naïf de ses initiateurs. Cette culture, remarquait déjà le comte Tolstoï, n’est plus chrétienne, n’est plus enracinée dans l’histoire d’un peuple ou dans un sol ; elle est liée au conditionnement de masse, elle est abstraite et massifiée, elle a des buts abscons et des objectifs précis, mondialisés, qu’on peut aussi retracer à travers l’histoire de  » l’alittérature contemporaine  » ou du cinéma postclassique. La musique moderne doit rendre fou, disait déjà Adorno. La pollution sonore sert à détruire la personnalité humaine. Cela s’est du reste toujours su : Plutarque évoque le terrorisme sonore des parthes avant la bataille, dans sa vie de Crassus.

On sait que le jazz a été fabriqué à l’époque de Gershwin et il a sciemment remplacé les negro spirituals traduits par la grande Marguerite Yourcenar. Il a contribué à la déchristianisation des noirs américains, chose visible aussi dans le biopic de Taylor Hackford sur Ray Charles. Ces noirs US ont été rendus amers et dépendants par le système dans les années 60, et je me souviens qu’Alain Daniélou, musicologue de l’UNESCO, l’observait déjà dans ses mémoires. Quant aux rappeurs, ils ont accompagné le million de jeunes noirs américains tués en trente ans pour quelques trottoirs de drogue… A chacun ses vices : le cinéma classique hollywoodien lui-même devient pénible pour qui observe que tout le temps on voit des personnages fumer des Marlboro (dans chaque scène parfois, pour John Wayne ou Errol Flynn) ou absorber le whisky Seagram des Bronfman, les financiers de l’ADL…

On sait que cette culture a été lancée pour contrôler les activités de la jeunesse politisée. Le marxisme-léninisme a été court-circuité de cette manière par la CIA qui promotionnait des agents d’influence, des artistes comme Pollock et Kooning. Le film Daddy Long-Legs (1957) décrit le conditionnement psychique d’une jeune orpheline française et sa possession physique et psychique par son mécène amateur d’art moderne Fred Astaire, clone ici des Rockefeller (tout le cinéma de Fred Astaire fut lié au soft power US). Dans un texte passionnant Manfred Holler rappelle que la CIA est dirigée par les familles Illuminati (au sens strict : éclairées, lumineuses) et richissimes de Wall Street qui orientent l’humanité vers leurs goûts modernes ou dégénérés. Pensez à François Pinault reprochant au grand public de n’être « pas assez éduqué » pour comprendre le génie de sa collection de peintures de Rothko (de qui se fout-il ?…).

On sait depuis peu aussi que l’intronisation des drogues et de la contre-culture correspondait à un projet policier et politique : on peut citer les projets MK-Ultra, Cointelpro, Artichoke dont Hollywood s’inspira peu et mal à une époque plus rebelle. Ken Kesey, l’auteur du vol au-dessus d’un nid de coucous, essayait les drogues pour les programmes de contrôle mental. Le message pseudo-rebelle de ce film antisystème dissimulait comme d’habitude un agenda plus sinistre et perturbant que prévu. Les univers parallèles ont été plus faciles à contrôler que les partis politiques à noyauter. Tu veux fuir ce monde ? On va t’aider et même te guider… c’est l’arc-en-ciel du magicien d’Oz (pauvre destin de Judy Garland) que l’on retrouve après dans le testament de Kubrick Eyes Wide Shut.

Quant à la révolution sexuelle, elle était déjà perçue comme un remède à l’esprit contestataire par les tyrans antiques. La Boétie parle des tavernes et des bordels pour travailler le contrôle de la population de Lydie, qui a donné le mot de ludique. A notre époque ce contrôle social a débouché sur une pornographie de masse accessible à tous sur le réseau mais aussi sur les meutes hargneuses du politiquement correct. Mais le sexe n’est pas la seule arme de destruction massive du monde actuel. L’œil du voyeur fusionne avec celui du délateur. Le corps du petit monstre des télétubbies, émission emblématique chargé de conditionner les…bébés (mondialisme, héliotropisme, sociabilité de bonobo, animalisation, consumérisme) est déjà orné d’un énorme écran blanc. L’enfant est un hardware qui marche et qu’on programme jusqu’à l’âge adulte. Si vous lui demandez plus tard un dessin, il vous dessinera tous les canons lasers du monde destructeur de ses jeux vidéo.

Dans le même esprit bien sûr, toute la culture  » sexe drogue et rock’n’roll  » de la génération du Baby-Boom a eu un seul but : abrutir la jeunesse et pour plusieurs générations, répandre le consumérisme, l’hédonisme et le nihilisme, détourner et canaliser ainsi toutes ses énergies : il faut se transformer en canal, en Ipod (cosse de l’oignon, en anglais, qu’on retrouve dans les cosses des body snatchers), en tube (you…tube ?). Cette possession – ou connexion – induit bien sûr la référence au satanisme, qui a été évidente dans la musique heavy metal puis dans la littérature pour enfants et la culture pop contemporaine via des bourriques comme Rihanna, Gaga ou Beyonce qu’un œil expert comme celui de Daniel Estulin invite à voir avec leur symbolisme maçon, illuminé ou autre…

Dans son beau discours de Harvard, Soljenitsyne parle des  » musiques insupportables  » qui nous envahissent et nous abêtissent de tous côtés. L’auteur du Petit Prince Antoine de Saint-Exupéry s’était fait insulter pour avoir écrit que l’on pouvait écouter du Mozart à l’usine… mais en union soviétique. Ce n’est pas un hasard d’ailleurs si dans les films hollywoodiens les nazis et les tortionnaires sont présentés comme des hommes cultivés (Hannibal, Shutter Island). Pour être bien vu il faut être un crétin. Le cinéma intelligent et artistique est d’ailleurs depuis longtemps réservé aux maîtres russes comme Tarkovsky, Kravtchouk ou Sokurov !

Le désarmement moral de la culture de masse américaine est allé de pair avec les délocalisations et la désindustrialisation forcée. On a ainsi liquidé avec les syndicats les risques de mobilisation populaire et on a dispersé tout le monde avec l’automobile (Mumford). Mais le grand outil de l’arme silencieuse est resté la télévision, avec sa propagande et ses pseudo-événements décrits par Boorstyn (le sport, les élections, la météo, la mode, le people…). Comme le cinéma, mais en permanence, la télévision fournit un modèle mimétique. Il faut créer le troupeau d’animaux bien dociles, comme disait le génial Céline. L’offensive philosophique a été menée en Amérique par la publicité, issue de la propagande de guerre (Edouard Bernays) puis par l’école de Francfort et par exemple sa chasse systématique à la figure autoritaire. On ainsi promu comme le prévoyait l’irréprochable Adorno la figure de l’homosexuel, on a diabolisé le père de famille autoritaire, on a transformé la femme en madame Bovary de série, éternellement endettée, stressée et divorcée, on a créé l’ado rebelle (conforme) insatisfait et demeuré avec sa casquette retournée ; revoyez l’équipée sauvage de Brando qui remplace dès 1953, avec le suicidaire James Dean, les héros traditionnels comme John Wayne et James Stewart. On a détruit la famille puis l’idée de nation, jugée fascisante par les banquiers, et enfin celle de civilisation. On ne parlera pas de la race ou du sexe puisqu’ils n’ont (heureusement) jamais existé…

Pour liquider la contestation de type communiste, il fallait inciter à une perte de temps et à un désordre mental. Lucien Cerise rappelle que l’on a créé le modèle du jeune voyageur qui veut découvrir le monde, ses plages, ses drogues, ses bières, ses innovations sexuelles ! Pensez à Kerouac, à la génération du routard qui gesticulait pour rien (revoir dans cet esprit la balade inepte des deux motards junkies d’Easy rider). Cette bougeotte inepte (Di Caprio toujours, dans The Beach) ne vaut pas mieux que la geste clownesque du touriste massifié qui clique tout le temps sur son appareil numérique dans un paysage réifié et recyclé. Geroge Foster, un épisode de Patrick McGoohan dans Destination danger, explique aussi bien ce rôle pervers de la culture capitaliste.

La culture comme arme de destruction massive est plus redoutable que les bombardements. Elle nous sépare de notre histoire, de notre espace, de notre prochain, de nos compatriotes. Elle crée un  » avatar  » d’individu en marge de ce monde et prêt à être capté par la matrice technologique du commerce américain qui peut ainsi imposer partout ses projets, ses guerres et ses jouets transformés. L’usine à rêve prépare la prisonplanet.com et ce camp de concentration indolore dont parlait Aldous Huxley vingt après son Meilleur des mondes. La matrice virale américaine est difficile à substituer aujourd’hui car elle a envahi tous les cerveaux après avoir dévoré son pays. Ce n’est qu’en étant armé moralement contre elle que l’on peut s’en défendre avec son âme, sa famille, sa classe, sa nation.

 

 

 

Bibliographie

 

Adorno – Horkheimer- The Culture Industry: Enlightenment as Mass Deception

Jean Baudrillard – La société de consommation

Nicolas Bonnal – La culture comme arme de destruction massive ; Stanley Kubrick et le génie du cinéma (Kindle) ; le salut par Tolkien (Avatar)

Daniel Boorstyn – Les Américains (Bouquins_Laffont)

Daniel Estulin – Tavistock Institute

Gouverner par le chaos (Editions Max Milo)

Manfred J. Holler – Artists, secrets and CIA’s cultural policy

Huxley – Retouches au meilleur des mondes

La Boétie – Le discours de la servitude volontaire

Alexandre Lebreton – MK, abus rituels et contrôle mental

Jérémy Lehut -le monde des comics (Omnia Veritas)

Herbert Marcuse – L’homme unidimensionnel

Sun Tsé : l’art de la guerre, III

Tolstoï – Qu’est-ce que l’art ?

 

 

10 000 vues et trois mille visiteurs ! Pas mal, ce Nicolas Bonnal ! Pourtant je fais pas sa pub car je comprends rien à ce qu’il gratte ! Et si j’allais relire un peu de Musso ?

Les maîtres carrés (extrait)

 

 

Vrai chapitre cette fois : qu’est-ce que l’asinellisme ?

 

 

Nous sommes sur les grands boulevards, et il y a plein d’italiens. Il fait un temps de chien, avec de la nuit et des braillards.

Varions les rimes en Er, lecteur, du nom de cet illustre, de toi seul méconnu, personnage de la république de Platon : qu’allait-il faire de Horbiger ? Qu’allait-il faire dans cette galère ? Qu’allait-il faire dans ces panzers ? Qu’allait-il faire dans ce bunker ? Qu’allait-il faire dans ce Läger ? Ou qu’allait-il encore faire en cet Enfer, dans ces affaires, ou dans cette aire scolaire ?

C’est ce qui est donc arrivé à notre pauvre Silvain, enfermé dans l’école des cours particuliers avec ses joyeux cours. Nous devons retrouver Silvain, mais il est loin, dans le sud de cette Hexagonie. Il n’a pas plus été en contact avec Maubert au cours de l’enlèvement de ce dernier parqué par Pastrami – ou Panzani ? – dans son petit camp sexuel, modèle Geschlecht – et privé de messages. C’est donc Anne-Huberte qui de son cap Misène a asséné 124 SMS horaires – record d’Europe – pour s’occuper de Silvain captif de son horreur pour les horaires mais fasciné par une nouvelle philosophie transcendantale et occidentale, l’asinellisme.

Silvain est donc au sud, dans une principauté d’opérette dorée, un des pôles du Richistan, toute pleines d’argents immobilier et d’argents de police, planétarium des ultra-riches, les nouveaux dieux du monde mort.

 

L’argent mouvement autonome du non-vivant. L’argent mouvement autonome du non-vivant.

 

Les petits Gavnuks qui ont tous revêtus des casques de martiens, de Varègues et de Templiers sont alléchés à l’idée de retrouver Silvain qui sait plein de choses. Mais tout le monde bute sur ce mot : asinellisme, comme moi lecteur, qui ne sait que t’en dire.

Anne-Huberte n’en sait pas plus. Qu’est-ce que l’asinellisme, nous demandons-nous tous.

– C’est vrai quoi, tudieu, qu’est-ce que l’asinellisme ?

– C’est ce qui retient Silvain pour l’instant prisonnier dans la principauté.

– Cela on le sait, mais conceptuellement…

– Con quoi ?

– L’asinellisme est une science exceptionnelle réservée aux riches et aux idiots.

– Qui a dit ça ?

– C’est moi, Superscemo !

 

(…)

 

 

– Sono la piu bella. Sono la piu ricca.

– Benissimo, Asinella.

– La mia nonna ha speso tanti soldi per me. E la piu ricca delle nonne.

– Benissimo, Asinella.

– Sono anche la piu Bella della classe. Quest’inverno, ci andiamo a Megeve dove la mia nonna ha comprato un palazzo nuovo. Abbiamo quindici palazzi in Monte Carlo e dodici in Londra.

– Benissimo, Asinella.

– Sono la piu bella, sono la piu ricca. Quest’anno ho lasciato tutti i miei fidanzati. Troppo poveri, troppo brutti, troppo cattivi.

– Bon, au travail, bourrique.

– Ooooh, Silvain, t’es pas gentil.

Après cette ouverture que n’eût pas reniée Rameau, dont comme toi, lecteur, je n’ai plus de nouvelles depuis longtemps, ce dont je me repens, après cette ouverture dis-je, la leçon commença. Nous nous faisions le plus discrets possibles, quoique notre présence ne parût pas gêner la bougresse. Et ce fut un plaisir, prélude et non plus ouverture cette fois à la conférence grande.

– Deux et deux, Asinella ?

– ???

– Des deux et des deux ?

 

Un jury de blondes l’assistait par visioconférence. Le suspense régnait dans l’atmosphère, une harmonie sphérique comme n’en n’eût pas rêvé Pythagore. Nous restions pantois.

 

– C’est le crépuscule des deux…

– Asinella, combien de sous a ta nonna ?

– Je ne sais pas. Sono la piu ricca.

– Si elle avait deux milliards d’horions, combien cela ferait avec deux milliards d’horions de plus ?

– Quatre. Je ne sais compter qu’en millions. Sono la piu ricca.

 

Tout le monde acclama la réponse de la petite bergère de l’ultralibéralisme finissant qui savait compter en milliards, et pas en unités, comme tout cerveau sensé. Seules les blondes, à leur tête Kitzer, présidente de leur Blonde Academy, demandèrent que Silvain lui laissât une autre chance…

 

A suivre…