Philippe Grasset et notre terminale “fatigue”…

 

…“Fatigue”, en effet, – le mot est dit. Dans ce parcours du retournement incroyable des perceptions de cette époque terrible, où s’entrechoquent Renaissance, Réforme, pourriture papale portée à son sommet par le “Borgia pape !” de Nietzsche, licence et libération des mœurs, haute culture et sublimation du grand art, “anarchie intellectuelle” et pessimisme, magie et humanisme, guerre des religions et classements à la fois logiques et faussaires des acteurs, confusion des valeurs trompeusement érigées en principes et contrainte des jugements, tous les ferments de la modernité à la fois rêvée et réelle, tout cela couronné par la déstructuration du Christianisme et le “Grand Siècle de l’Intolérance”, – dans ce tourbillon et à cause de ce tourbillon se trouvent la graine et le ferment d’une terrible fatigue de la psychologie. Elle seule, et nullement le complot, ni le parti pris, ni les idées, ni les jugements faussés et confus sans qu’on ait la moindre appréciation de celui qui se rapproche d’une réalité satisfaisante et moins encore de la Vérité elle-même, elle seule, la fatigue, explique l’évolution des esprits par une sorte d’“enchevêtrement cadencé”, mécanique, de la psychologie durant les deux siècles qui suivent. Elle seule, la fatigue, explique que les plus hautes intelligences, les plus superbes talents, tenant pour acquises ces perceptions permises et forcées par le désordre d’événements emplis de ces contradictions qu’on a observées, vont se trouver dans un état d’extrême vulnérabilité lorsqu’interviendra cette force historique immense qui prend naissance au cours du XVIIIème siècle et s’affirme décisivement au tournant des XVIIIème et XIXème siècles… Cette force, attirée par cette fatigue psychologique et la vulnérabilité qui s’ensuit, ou bien profitant d’elles, comme si elle existait déjà, cette force, aux aguets, tapie dans les profondeurs de la matière, bien avant que l’occasion ne se manifeste ? – Question déjà posée, comme un avertissement fondamental, que nous retrouverons plus loin, sans aucun doute, qui tient la clef fondamentale de notre appréciation générale…

Ce que j’entends décrire ici, je le répète avec la plus grande force possible, – force contre force, – n’est pas une évolution spécifique de la pensée occidentale (la modernité, les Lumières, etc.), même si c’est de cela qu’il pourrait sembler s’agir à première vue ; mais l’évolution de la pensée occidentale emportée d’abord parce que la fatigue de la psychologie, construisant, installant et absorbant ces retournements incroyables de la perception, donne à la pensée, avec cette psychologie, un outil usé, perverti, qui n’a plus rien de la précision et de la rigueur d’emploi qui font sa force. La psychologie fatiguée, épuisée, de l’Occident entrave la logique et la rigueur de la pensée, amollit cette pensée, la ferme à l’influence sublime de l’intuition haute et l’ouvre au sentimentalisme, à la sensiblerie du raisonnement. (La maladie viendra ensuite, conséquence de la fatigue, lorsque la “force historique immense” signalée plus haut se sera installée en triomphatrice, après le tournant du XVIIIème au XIXème siècle ; ce sera la névrose moderniste, qui fera renaître dans ses extrêmes catastrophiques la maniaco-dépression caractéristique de la psychologie humaine en crise terminale.) Dans cette période, avec ce paroxysme des Lumières, au cœur de ce XVIIIème siècle tant chéri, la pensée reste haute, la plume est superbe, le talent immense, comme on les trouve dans les grands esprits de la période, mais tout cela est frappé de la vulnérabilité qu’implique la fatigue de la psychologie ; c’est la ruse ultime du Mal que de n’avoir pas abaissé les esprits avant de les subvertir, mais de les avoir subvertis pour mieux qu’ils s’abaissent eux-mêmes… Fatigue et vulnérabilité sont des états qu’on peut réparer ou tenir à distance, donc de peu d’importance pour le caractère et pour le jugement ; lorsqu’elles affectent la psychologie, on ne les distingue pas, ou bien on les tient comme choses négligeables si l’on s’en avise un instant. En conséquence de tout cela, avec contradictions et paradoxes dans le sens qui importe, nous tenons au contraire qu’il s’agit de facteurs essentiels, qui installent la scène terrible du drame qui va se nouer à la fin du XVIIIème siècle.

L’outil de la pensée, la psychologie qu’on a vue épuisée, intervient dans l’orientation de la pensée avant que la conscience et sa raison n’abordent le labeur de concevoir, d’ordonner et de formuler cette pensée. L’outil est distordu par la fatigue, il a perdu subrepticement sa fonction d’outil au service de l’esprit pour devenir quelque chose qui oriente, qui influence l’esprit par sa faiblesse et sa fourberie involontaires, – l’influence, l’arme des faibles et des fourbes. Son influence est toute entière marquée par l’imprégnation à laquelle il cède d’une conception émolliente et sentimentale des choses. Littéralement, c’est-à-dire mécaniquement, l’outil est gauchi. Dans le cours de ce même processus d’épuisement de la psychologie résultant des bouillonnements des XVème, XVIème, XVIIème siècles, que sais-je, avec les interprétions auxquelles on était conduit, d’apparence séduisante mais également épuisante par les paradoxes et les contradictions, il se développa quelque chose que nous pourrions désigner comme une sorte de “pensée conformée” ; mais il s’agit d’une “conformation” vile et basse, cédant au plus tentateur ; et, dans cette sorte, le résultat est, avant que le processus de la pensée véritable n’intervienne, une façon conformiste de penser inscrite dans un schéma lui-même d’un conformisme très puissant, très prégnant, puisque formé à partir de tous les accidents historiques qu’on a décrits et qui sont tous interprétés dans le même sens. En quelque sorte, l’essence faussaire (le conformisme né de la psychologie épuisée) a précédé la substance pervertie (la pensée) ; et cette pensée pervertie par la psychologie conformée, évidemment dans le sens de la confusion, de la mollesse, de la faiblesse même, de la vulnérabilité à la tentation des subversions évidentes mais fort joliment maquillées.

Il s’ensuit ce fait que l’esprit pris dans son sens le plus vaste et le plus sublime, celui qui le place au-dessus de la raison lorsque l’intuition haute et sa logique métahistorique l’investissent de toute sa puissance glorieuse, s’en trouve dans ce cas affaibli et rendu stérile, infécond, par sa propre fermeture à cette intuition qui dérange sa conformation, voire son conformisme. L’intelligence d’un tel esprit ainsi abaissée n’a plus le rôle qu’un grand caractère doit lui assigner et la grandeur éventuelle de cette intelligence peut devenir une tromperie d’une grandeur au moins égale, si cette intelligence elle-même est le produit de cette psychologie transformée en un outil usé et gauchi qui en fait une inspiratrice intrigante. Les intelligences les plus puissantes peuvent le rester effectivement mais elles peuvent en même temps porter la marque de la fatigue de la psychologie comme nous l’avons décrite, et être faussées à mesure, c’est-à-dire fort puissamment. Une terrible mécanique de perversion de la pensée se met en place, où le sophisme va s’installer, appuyé sur le diktat de la vertu morale et la tentation du confort de l’irresponsabilité intellectuelle qui se manifeste dans l’acceptation de ce diktat.

Il est nécessaire d’affirmer clairement et énergiquement que, dans la description de cette hypothèse à la fois psychologique et historique, nous induisons l’affirmation d’une indépendance considérable et d’une différence également très grande des deux processus, entre le processus de la psychologie et le processus du développement de la pensée sous la conduite de la raison et, pour les meilleurs, le gouvernement de l’intuition. La psychologie considérée comme un outil, et comme un outil autonome pouvant ingérer des influences qui lui sont propres (ou des influences extérieures qui lui sont devenues propres) et qui auront un effet sur la pensée, subit une fatigue qui n’est pas un simple dysfonctionnement biologique mais qui a une influence intellectuelle. La psychologie est “fatiguée”, comme on l’a vu, comme l’on dit à un conducteur “vous fatiguez votre voiture” parce qu’il la fait fonctionner en première vitesse ou en seconde vitesse à très haut régime alors qu’il devrait enclencher la troisième vitesse ou la quatrième vitesse ; il s’agit de la “fatigue” d’un usage à contretemps, pris à contre-pied… Mais l’essentiel dans cette erreur qu’on décrit volontairement au plus bas, comme mécanique, est qu’elle s’exprime finalement par des contresens et des faux-sens qui vont influencer la pensée. Le contretemps et le contre-pied mécaniques s’expriment, lors du passage de la psychologie à la pensée, par des contresens et des faux-sens qui affectent l’intelligence du monde, à ce point fondamental du passage entre le domaine de la perception inconsciente de la situation du monde conduite par un processus psychologique épuisé et celui de la formation de la pensée, et le jugement qui s’ensuit. Le résultat est en effet cette situation terrible où la plus haute intelligence, la pensée et le talent les plus élevés ne sont plus du tout une garantie assurée d’un jugement mesuré de la situation du monde, ni une garantie de justesse et de sagesse alors que l’esprit croit au contraire que ces vertus évidentes sont toujours présentes et actives.

Le lecteur garde toujours à l’esprit que nous ne sommes nullement dans le domaine de la critique de la pensée, de l’opinion que cette pensée exprime, du jugement qu’exprime cette opinion. Nous nous plaçons en deçà de ce processus intellectuel au sens le plus large, chronologiquement avant que ce processus n’ait lieu. Nous tentons de décrire comment la pensée occidentale a “progressé” (nous aurions préféré le terme “évolué” mais l’on comprendra la logique du choix puisqu’il s’agit d’évoluer vers la “pensée progressiste” caractéristique de la modernité) pour parvenir à une situation où la catastrophe a été rendue possible, où elle s’est effectivement déclenchée et répandue comme une traînée de poudre conduisant à l’apparition catastrophique d’une peste épouvantable enfin reconnaissable comme telle. Au point de fusion de cette “apparition catastrophique” de la peste se trouve la conjonction de trois événements qui eux-mêmes renvoient, comme en un cercle vicieux qui serait le piège d’une histoire à cet instant totalement subvertie, à cette même “progression” de la pensée occidentale, – la catastrophe, avec nos “trois Révolutions”, entre 1776 et 1825, pour prendre au plus large, entre la Déclaration d’Indépendance des USA et la fameuse phrase qui épouvanta Stendhal (« Les Lumières, c’est désormais l’industrie »), – Révolution américaniste, Révolution Française et révolution du choix de la thermodynamique.

L’évolution des affaires du monde et de la civilisation qui prétend mener ce monde pressait dans le sens où l’on pouvait voir et interpréter ce spectacle général comme une “progression”, – bien cela, “progression” et non “évolution”. Les progrès des sciences, la grandeur des arts et des lettres, l’éblouissement des Lumières et d’une incomparable civilisation toute entière inspirée par le brio français, laissent à penser à l’historien qui se contente des apparences que l’évolution des idées suivait évidemment cette sublime progression de la civilisation. Mais la fatigue psychologique était à l’œuvre et poussait à des termes politiques nouveaux, suggérés par la “pensée conformée” de et par cette même fatigue psychologique déjà elle-même porteuse de conformisme. La liberté grandissante des esprits engendre en général, lorsque ces esprits sont privés de la structure solide d’une psychologie saine, un besoin presque sensuel de liberté toujours plus grand marqué par l’aveuglement des perspectives et l’inattention pour les effets, qui se traduit par la lassitude méprisante de l’ordre et le besoin exaspéré, presque névrotique, de sacrilège. (Nous donnons à ce mot son sens le plus large, au-delà du sens religieux, et certainement plus proche du sens métaphysique : un sacrilège contre le rangement naturel, harmonieux et équilibré, du monde.) Observer cela dans le cours du XVIIIème siècle, c’est annoncer ce qui serait le caractère de confrontation extrême et sauvage de la “deuxième civilisation occidentale”, avec sa rupture d’équilibre au profit de l’idéal de puissance exprimé par l’hybris (la démesure), brusquement dressé contre l’idéal de perfection. Ainsi le XVIIIème siècle enfante-t-il ce qui, à son terme, sera la trahison de lui-même selon ce qu’il aurait dû lui-même vouloir être. La pente est ouverte au sacrifice du sens au profit de la liberté déchaînée comme une licence de l’esprit de s’affranchir de toute règle et de toute mesure, cette liberté si exaltée, si ivre d’elle-même qu’elle serait bientôt l’accoucheuse du besoin de puissance. La fatigue psychologique, qui conduit en vérité ce processus, ou plutôt ce déraillement du processus de la civilisation, renforce encore ce déraillement jusqu’à envahir l’esprit du vertige de la puissance qui va naître comme naturellement de cette spirale catastrophique.

 

La stratégie du pipi rate américain… Ou pourquoi cela ne sent pas le roussi pour la Russie (selon Philippe Grasset)

Du drone à la “stratégie du chaos”

Dans la nuit du 5 au 6 janvier 2018, une attaque massive de drones armés utilisés par des terroristes a eu lieu contre les bases russes en Syrie de Hmeimim et Tartous, a indiqué lundi le ministère russe de la défense. Depuis, d’autres précisions ont été diffusées En tout, treize drones portant chacun une charge offensive ont été lancés à partir d’une distance d’une cinquantaine à une centaine de kilomètres semble-t-il. Les drones ont été repérés et “pistés” très vite après leur lancement, puis identifiés comme des attaques à proximité des deux bases. La riposte russe a annihilé l’entièreté de l’attaque.

Le guidage de six des drones a été intercepté et pris en charge par les défenses de guerre électronique russe, avec le résultat de trois engins qui se sont écrasés et trois autres contrôlés et guidés pour se poser sans dommages sur les bases russes. Les sept autres ont été détruits par des système de tir mixte (canons/missiles) contre les objectifs rapprochés, les fameux Pantsir-C. L’ensemble, telle que l’opération de défense est décrite (voir par exemple ZeroHedge.com) représente une démonstration remarquable de l’utilisation coordonnée de tous les moyens moderne de défense antiaérienne et de contrôle de zone, – surveillance et repérage, électronique pure de défense et batteries sol-air à guidage électronique.

Nous avons consulté les plus mauvaises sources possibles, soit les sites russes RT et Sputnik.News, qui donnent des informations venues du ministère de la défense sur ces attaques, puis des commentaires, jusqu’à la nouvelle la plus récente d’un avion de surveillance et de contrôle électronique P-8 Poseidon en vol dans la région, à “distance opérationnelle”, durant toute l’attaque. Le P-8 passait par là mais il a beaucoup trainé (4 heures).

(Le ministère russe de la défense, comme il en prend de plus en plus l’habitude, n’est pas avare de détails, de supputations et d’hypothèses pour cette opération. La récupération d’au moins trois drones intacts, immédiatement photographiés pour notre édification, devrait permettre aux Russes de parvenir à de nouveaux constats techniques qui seront sans doute rendus publics.)

• Sur l’attaque elle-même, le ministère de la défense a précisé que les terroristes ont utilisé « des techniques modernes de guidage comme les coordonnées satellitaires GPS. […] Tous les drones auxquels les terroristes ont eu recours lors de cette attaque ont été munis de capteurs biométriques et de servomoteurs commandant les gouvernes de profondeur. Des détonateurs de fabrication étrangère ont été utilisés dans les engins explosifs improvisés attachés aux drones. » Le commentaire du ministère insiste particulièrement sur cette aide qu’ont reçue directement les terroristes :

« Le fait que les terroristes aient eu recours à des drones témoigne qu’ils ont reçu des technologies permettant de commettre des actes terroristes par le biais de drones dans tout pays… […] Les techniques d’ingénierie auxquelles les terroristes ont eu recours lors de l’attaque contre des objectifs russes en Syrie n’ont pu provenir que d’un des pays possédant de hautes capacités technologiques qui assurent la navigation satellite et le largage d’engins explosifs improvisés conçus d’une manière professionnelle dans les coordonnées de destination. »

• L’expert russe en questions militaires et de terrorisme Igor Korotchenko a été consulté par Sputnik.News, notamment sur deux aspects de cette opération, sa signification générale et la question des moyens : « On peut dire que c’est une nouvelle page dans l’histoire du terrorisme international. Il est à noter qu’en Syrie, les drones ont été lancés d’une assez grande distance. Maintenant, c’est une menace réelle que tous les services spéciaux du monde devront prendre en compte. […] Aujourd’hui, des dizaines de pays produisent des dronesIl est […] peu probable que les terroristes aient organisé sans aide extérieure un raid massif de drones équipés d’engins explosifs improvisés. En outre, le mécanisme de largage de ces mini-bombes n’est pas arrivé tout cuit dans une assiette. »

• … Bref, si “nouvelle page” (de l’histoire du terrorisme) il y a, il n’est pas inintéressant de savoir qui a fourni le stylo et l’encre, et guidé la main pour l’écrire. Un fait bienvenu a été révélé, toujours par le ministère russe de la défense, sur la présence en vol, pendant toute la durée de l’opération, d’un avion de surveillance, de renseignement et de contrôle P-8 Poseidon. Cette présence est donc qualifiée de “drôle de coïncidence” : « Pourquoi durant la période de l’attaque de drones des terroristes contre les sites militaires russes en Syrie, y avait-il justement un avion de renseignement des Forces armées américaines Poseidon qui a patrouillé pendant plus de quatre heures à une altitude de 7.000 mètres au-dessus de la Méditerranée, [dans une zone] entre Tartous et Hmeimim ? »

• Enfin, toujours du ministère de la défense, il y a la mise en cause du commentaire du Pentagone aux premières nouvelles de l’attaque. A des questions concernant l’accès à ces technologies électroniques des drone offensifs, le porte-parole avait expliqué d’une façon assez leste, aussi sommaire que souriante et qui semblait prendre ses interlocuteurs pour des scribouillards assez primaires, que les terroristes avaient utilisé des technologies accessibles partout “sur le marché” (“facilement disponibles sur le marché”) : « De quelles technologies s’agit-il, où se situe ce “marché” et quels services spéciaux y vendent les données de renseignement spatial ? »

« “Simplement pour programmer les contrôles de gestion de drones […] et le largage des munitions par le système GPS, il est nécessaire d’avoir des savoirs acquis dans une bonne école d’ingénieurs d’un pays développé”, a souligné le ministère, avant d’ajouter que n’importe ne peut pas réussir à déterminer des coordonnées précises en se basant sur les données de renseignement. »

… Bref, toutes ces FakeNews (marque déposée) permettent de considérer avec bienveillance l’hypothèse que la très-très-grande puissance à laquelle tout le monde est évidemment conduit à penser se trouve bien entendu à la manœuvre, comme à son habitude, pour faire évoluer d’un cran les capacités de nuisance des terroristes, ou des supposés-“terroristes” dans ce cas comme dans tant d’autres. Elle semble même assez peu préoccupée de s’en dissimuler, comme le montre la présence du P-8 en patrouille opérationnelle, ou bien pense-t-elle comme elle en a l’habitude selon sa psychologie d’un exceptionnalisme exacerbé, se trouver par décret divin au-dessus de tout soupçon.

Nous dirions donc que, plutôt qu’à une « nouvelle page dans l’histoire du terrorisme international », nous sommes conviés avec cette affaire de drones attaquant les bases russes à la lecture d’une “nouvelle page” de la pseudo-“stratégie du chaos” de cette très-très-grande puissance. On peut à cette occasion, faire plusieurs remarques remontant aux origines de l’actuelle séquence (depuis 9/11), étant bien entendu que la connivence avec les terrorismes de tous poils remonte bien au-delà du 11 septembre, notamment dans l’histoire de la CIA parmi les divers services disponibles de la très-très-grande puissance pour ses entreprises.

Il est acquis aujourd’hui, par la narrative qui fut écrite après coup, que la “stratégie” déclenchée par 9/11 était bien celle d’une remise “en ordre” du monde, essentiellement du Moyen-Orient pour commencer. Les tenants de cette thèse s’appuient, notamment sur une vidéo fameuse du général Clark (en visite au Pentagone quelques jours après l’attaque) dont nous jugeons évidemment, – il suffit de bien suivre ce qui est dit, – qu’elle nous signifie exactement le contraire, savoir qu’il n’y avait strictement aucune stratégie au soir du 11 septembre et dans les jours qui suivirent, et les semaines etc. Qu’importe, les neocons s’employèrent, après-coup comme c’est leur spécialité, à donner a posteriori du sens à ce qui n’en avait aucun.

La “stratégie du chaos” fut donc développée parce qu’“il fallait bien faire quelque chose”, entraînant destruction sur destruction, et saccageant en fait des domaines sur lesquels les USA exerçaient une influence incontestable qu’ils gaspillèrent à grandes enjambées, pour la gloriole de la destruction et la fortune habituelle de leurs marchands de canon (“statégie du chaos” ou pas, cette fortune était assurée). Le chaos qu’ils créèrent ainsi l’étaient essentiellement sur les domaines qu’ils contrôlaient, jusqu’à se mettre en position vulnérable et à voir effectivement cette influence entrer dans une phase d’érosion fatale à partir d’août-septembre 2013 et la reculade d’Obama devant la perspective d’une attaque de la Syrie.

Cette décision d’Obama d’août-septembre 2013 était sensée, mais comme toute la stratégie US était invertie, elle agit comme un accélérateur de cette inversion. C’est à partir de ce tournant que les USA, qui avaient déjà une activité soutenue dans ce domaine, se lancèrent à corps perdu dans le soutien aux divers composants du terrorisme, pour tenter de le manipuler contre des adversaires qu’ils s’étaient eux-mêmes créés (l’Iran, la Syrie et la Russie ne demandaient, autour de 2001, qu’à coopérer avec les USA, en acceptant plus ou moins leur influence dominante par le biais de la globalisation américanisée).

C’est de ce point de vue que l’utilisation massive des drones pour la première fois par des terroristes sortis des grandes universités et des instituts secrets de la CIA, avec l’aide affectueuse d’un P-8 de renseignement et de contrôle de l’US Navy, constitue “une nouvelle page”. C’est de ce point de vue que l’on comprend que la “stratégie du chaos” a enfin un sens : tenter de dissimuler la déroute des USA en tentant de frapper indirectement ceux (les Russes) qui les ont remplacés ; tenter d’instaurer un chaos-nouveau, un “chaos de défense”, sur la situation de chaos qu’ils ont eux-mêmes provoquée.

L’apparition des drones terroristes dont nul ne peut ignorer la provenance suggère elle-même des effets potentiels importants, notamment pour notre décompte, de trois ordres :

• La mise en évidence de plus en complète de la duplicité des USA, – déjà évidente dans diverses opérations, notamment à partir de la création de Daesh ; cette fois avec des systèmes d’armes offensifs dont les Russes notamment on beau jeu d’annoncer qu’ils constituent un tournant opérationnel stratégique de grande importance.

• La mise en évidence opérationnelle, à assez bon compte parce que les drones sont parmi les cibles les moins difficiles à toucher, de la précision et de l’efficacité mortelle de la défense aérienne des Russes est un avantage russe incontestable dans cette affaire, surtout lorsqu’il s’agit de l’élimination ou de la “capture” de tous les participants à une attaque de masse de cette sorte. Ceux qui doutent des capacités militaires russes en tireront les conclusions qu’ils veulent, avec les habituelles pirouettes de dialectique, le fait n’en reste pas moins d’une réelle puissance. Ce facteur purement opérationnel renforce un facteur politique essentiel : une contribution significative, avec son effet dissuasif rendant toute la Syrie et d’une façon générale une grande partie du Moyen-Orient dépendant de la puissance russe.

• D’une façon plus générale enfin, la dotation du monstre qu’ils (les USA) ont créé (le terrorisme) de systèmes d’armes de plus en plus sophistiqués, constitue une politique de renforcement qualitatif significative. Dans le cas de ce système d’arme aussi symboliquement effrayant qu’opérationnellement dévastateur qu’est le drone, le geste de renforcement a un très fort impact politique. Pour ce qui est de cet impact politique, nous parlons moins ici de l’évolution des terroristes que du soutien américaniste à l’évolution des terroristes qui apparaît comme un fait de plus en plus avéré, comme une réalité qu’il devient pathétiquement impossible de continuer à tenter de dissimuler. Outre les habituels “ennemis”, “axes du mal” divers à la sauce washingtonienne, ce sont désormais des pays alliés, comme les pays européens notamment, qui peuvent arriver à la conclusion qu’ils sont visés par une menace extrêmement graves que les USA alimentent directement.

… Lorsque nous en serons à ce point de dévastation de l’influence US jusqu’à quasiment passer pour un ennemi aussi dangereux de pays “allié”, nous saurons alors que la “stratégie du chaos” est devenue une véritable stratégie pour les USA. Naturellement, il s’agit d’une stratégie de l’autodestruction d’une puissance mondiale transformée en centre de gangstérisme et de piraterie, ayant choisis comme moyen d’action, outre les sempiternelles sanctions, le terrorisme sous toutes ses formes. Rien ne semble devoir arrêter la chute des USA dans le trou noir de l’autodestruction. C’est une réelle bonne nouvelle, une de ces FakeNews capables de faire trembler le Système sur ses bases.

 

Mis en ligne le 10 janvier 2018 à 13H29

Philippe Grasset et les érections américaines…

Tourbillon sexuel

17 décembre 2017 – Depuis le scandale Weinstein (10 octobre), les USA tourbillonnent au rythme des “scandales sexuels”, jusqu’à introduire un nouvel élément politique majeur dans la grande crise de “D.C.-la-folle”. On peut donc parler de “crise sexuelle”, avec l’aide d’une puissance de communication sans égale, – car, bien entendu, dans toute cette chronique, comme dans bien d’autres, le manipulateur central et le Deus/Diabolus ex machina(dimension-Janus), c’est la communication.

(On notera aussitôt que je ne parle que des USA. Dans d’autres pays, il y a eu des “affaires sexuelles”, certaines très sévères, comme celle de Tariq Ramadan en France. Mais nulle part, rien de semblable à ce qui se passe aux USA, – non pas nécessairement pour la gravité des affaires mais pour le fantastique effet de communication producteur d’une formidable résilience ; cela qui entraîne des affaires si étonnantes de banalité pour ces territoires des mœurs considérablement dissolues [Hollywood, tu parles !], vers les hauteurs supposées de la politique au plus haut niveau, de la plus grande puissance que le monde ait jamais connue.)

Luke Rosiak, de The DailyCaller annonce une “bombe” de révélations qui va secouer la Chambre des Représentants dans les 72 heures et provoquer la démission « de plus d’une douzaine de députés ». (On verra ça demain puisque l’article est du 15 décembre.) Le même DailyCaller, si vous consultez sa première page ce matin, détaille deux nouvelles affaires. (Je cite DailyCaller puisque j’y étais, je n’ai pas fait de recherches extensives…) Le site WSWS.org, qui a pris avec une vigueur sans égale position contre cette vague de “répression” et de “dénonciation”, publie un long articledétaillant toutes les affaires en cours, estimant (ou espérant ?) qu’une réaction contre cette “crise” est en train de s’ébaucher mais observant également sa dimension politique fondamentale par l’exploitation qui en est faite, bien entendu sous la forme d’une manipulation complotiste des usual suspects.

« Depuis le début de la présidence de Trump, les démocrates ont cherché à canaliser l’opposition populaire à l’administration derrière un programme de droite basé sur les demandes de puissantes factions de l’appareil de renseignement militaire. D’où la campagne sur les “fausses nouvelles”, le Russiagate et maintenant le harcèlement sexuel. Thomas Edsall, dans une chronique publiée cette semaine (“The Politics of #HimToo”), reconnaît que la campagne est largement motivée par des considérations politiques. La chronique est d’autant plus significative qu’elle apparaît dans le New York Times, la voix dominante dans la poursuite de la chasse aux sorcières.

» “La question de l’inconduite sexuelle a émergé comme une pièce maîtresse de la stratégie démocratique pour s’attaquer au président Trump et au parti républicain”, écrit Edsall. “Pour les démocrates, qui ont lutté pour trouver des munitions dans leurs batailles avec l’administration, l’explosion des allégations a créé une ouverture pour mettre l’accent sur Trump – un développement grandement amélioré par la débâcle de Moore.” Il s’agit d’une référence à la défaite du républicain fasciste Roy Moore [accusé de pédophilie] par le démocrate de droite Doug Jones lors de l’élection de cette semaine au Sénat américain en Alabama. »

J’arrête là pour les nouvelles illustrant cette transmutation de ce qui fut au départ un “scandale sexuel” comme on en connaît beaucoup, – quoique l’on pense du personnage central, – en une nouvelle forme de la crise politique fondamentale qui déchire “D.C.-la-folle”. On avait d’ailleurs eu un avant-goût de la chose durant la campagne présidentielle, avec les attaques contre Trump, dont on a vu qu’elles se poursuivent et vont même être réactivées.

Ce qui m’intéresse ici, c’est le mélange, la confrontation, la transmutation pas d’autre mot de plusieurs matières d’habitude si étrangères l’une de l’autre, jusqu’à une intégration générale dans le “tourbillon crisique”. Il y a déjà eu des cas individuels de ce genre, où une affaire de sexe débouchait sur une affaire politique, mais cela restait toujours un cas individuel, une occurrence conjoncturelle. On en restait à une “affaire de sexe” ou un “scandale sexuel” impliquant un personnage politique jusqu’à sa chute par exemple, sans passer à la notion de crise et à la dimension crisique qui s’étend et se multiplie sur le terme et s’inscrit dans la Grande crise Générale. Ce qui est remarquable aux USA, et aux USA seuls comme je l’ai dit plus haut, c’est justement qu’il y a ce passage “à la dimension crisique qui s’étend sur le terme et s’inscrit dans la Grande crise Générale” par le biais d’accusations et de dénonciations qui font sentir leurs effets avant même que l’institution judiciaire ait tranché, ni même n’ait été saisie, tout cela emporté à un train d’enfer par le système de la communication.

Le mélange qui aboutit à cette dimension que ne connaît aucun autre pays est singulièrement étonnant, et s’avère explosif au bout du compte. Étonnant et détonant, je l’avoue le mot est tentant… D’une part, il y a une évolution accélérée des mœurs, cette espèce de “révolution sociétale” qui touche peu ou prou tous les pays du bloc-BAO, qui peut être considérée et identifiée comme ayant les caractères d’une extrême licence et d’une libération de ces mœurs autant que des habitudes culturelles et sociétales, donc par conséquent et notamment, une “libération sexuelle” quasiment sans entraves. D’autre part, il y a certains constituants parmi les plus puissants de cette “révolution sociétale” qui entend se caractériser par une “libération” dans tous les sens, qui s’érigent de plus en plus en accusateurs, dénonciateurs et censeurs, qui sont le contraire de quelque “libération” que ce soit et plutôt du type oppressif sinon terroriste. Pour ce qui nous concerne ici, je veux parler du féminisme dans son expression la plus extrême à partir d’un mouvement dont on pouvait et même devait au départ juger bien entendu qu’il était complètement justifié. (*)

Enfin, il y a cerise sur le gâteau, celle qu’est le fond très puissant de puritanisme qui forme le cimier et la poutre-maîtresse de la culture américaniste, qui prône aussi bien la dénonciation des abus sexuels que l’encouragement à la dénonciation des auteurs de ces abus. (Ce sont les phénomènes du puritanisme sexuel et de “la chasse aux sorcières”.) Je crois que ce fond des comportement et caractère américanistes qui subsistent quels que soient les sujets en cause, fournit l’explication principale à la formidable ampleur qui fait que l’on soit passé d’un “scandale sexuel” à des “scandales sexuels”, et maintenant à une “crise sexuelle” qui absorbe tout le reste, qui monte au niveau politique avec déjà cinq démissions de parlementaires et d’autres à venir, qui a eu la peau du candidat-sénateur républicain Moore dans l’Alabama, qui pourrait notamment servir de moteur à une action législative contre Trump, et ainsi de suite.

Le plus extraordinaire des paradoxes, c’est que le féminisme, qui se veut un mouvement d’ultra-libération de la licence sexuelle, postmoderne, déconstructeur sinon libertaire, se trouve conforté jusqu’à s’y mélanger par le vieux fond de puritanisme, ultra-rigoriste, c’est-à-dire cette sorte de caporalisation des mœurs tenant la société dans une structure rigide et repoussant avec une hargne brutale toute licence sexuelle. Les deux manient avec une maestria similaire l’hystérie de l’accusation en place publique jusqu’à la terrorisation de sa proie, la chasse aux sorcières, etc. Le site WSWS.org, dont la rigueur doctrinale qui est aussi de type puritain après tout ne cesse de me ravir, a bien du mal, le pauvre, à nous convaincre que les dénonciateurs des “abuseurs sexuels” sont des fascistes d’extrême-droite, réactionnaires, antidémocratiques, etc., – on connaît la musique… « La campagne de harcèlement sexuel est de droite, antidémocratique et politiquement réactionnaire. Cela n’a rien à voir avec les intérêts des travailleurs, hommes ou femmes. »

Voici ce qui me ravit, – je parle de l’étonnement presque joyeux de l’esprit devant la cosmique stupidité de Nos Temps-Derniers qui s’expose avec autant d’empressement débridé… Ce qui me ravit c’est cet étrange mélange des extrêmes les plus divers et, en général, qui s’opposent avec une violence extrême et qui se retrouvent, volens nolens, côte-à-côte, engagés dans des combats si différents, mais pourtant si extrêmes qu’ils finissent par se confondre dans la méthode, dans l’état de l’esprit. Ce qui me ravit c’est de voir que ce qu’on nomme très-vulgairement “des affaires de cul” débouchent sur ce qu’on nomme bien exagérément “la grande politique”. Ce qui me ravit est de voir que ceux qui croient accomplir une “révolution sociétale“ à partir d’une situation qu’ils jugent intolérables d’oppression et d’inégalité, font une “révolution” selon le sens que rappelait Hanna Arendt, c’est-à-dire une ellipse qui revient à son point de départ, eux-mêmes (les “libérateurs”) évoluant à grande vitesse vers la promotion d’une situation “intolérable d’oppression et d’inégalité”. Ce qui me ravit c’est que tout cela s’accomplit dans une fièvre démocratique, républicaine, où les vertus les plus extrêmes ne cessent de s’affirmer pour la grandeur des États-Unis d’Amérique et la beauté des lendemains de la postmodernité-qui-chante, pour alimenter comme le napalm le fait des missions d’éradication de l’USAF, le désordre le plus complet, le chaos le plus décisif et je l’espère le plus subversif possible, – le “tourbillon crisique” dans sa variante charmante du “tourbillon sexuel”

Bref, l’extase ! (J’allais dire “l’orgasme”… Mais non, décidément il s’agit de “grande politique” et il est temps, morbleu, de redevenir sérieux.)

 

Note

(*) Ce dernier point devrait rassurer les sentinelles vigilantes qui scrutent chez PhG un fond de machisme abruti et indigne jusqu’à la détestation la plus justifiée.

Philippe Grasset : « Il est désormais très possible que les Russes commencent à comprendre qu’il n’y a même plus à trop craindre de réactions dangereuses d’un tel État-voyou, superpuissance transformée en une masse incohérente et trop couarde sur le fond pour affronter un adversaire qui pourrait fort bien la battre et l’humilier en découvrant ce qu’elle est précisément. »

http://www.dedefensa.org/article/zapad-2017-poutine-nous-terrorise

Philippe Grasset et l’hyper-impuissance américaine

Philippe Grasset et l’hyper-impuissance américaine

 

Pourquoi ce théâtre aux armées ? Pourquoi ne rase-t-on pas gratis les ennemis pour faire plaisir à BHL et sa presse-système ? Pourquoi le monde libre des Madelin, Hollande et consorts ne détruit-il pas mieux le monde ?

Mais que se passe-t-il donc enfin ? La démocratie reculerait devant la miette chinoise et le nanisme russe, devant la bébête immonde iranienne et le microbe vénézuélien ou nord-coréen ?

Laissons parler un des rares experts, notre ami Philippe Grasset, qui publie dimanche un texte essentiel dans Dedefensa.org. Le texte se nomme nûment : « taper sur Kim ? Avec quoi ? ».

 

« Tout cela a par ailleurs suscité des réactions de plus en plus nombreuses, quoique de façon discrète, de commentateurs et de techniciens de la chose quant aux capacités réelles des USA contre la Corée du Nord. Récemment une voix très-officieuse et secrètement dissidente de la hiérarchie dans Pacific Command se demandait avec quoi le président Trump prétend effectuer ces attaques alors que personne, dans les principales bases US dans le Pacifique, n’est prêt à une attaque de cette importance, et qu’il faudrait « au moins six mois de préparation pour disposer des forces disponibles et utilisables dans des conditions telles qu’elles pourraient lancer de telles attaques et être en même temps prêtes à repousser des contre-attaques nord-coréennes… »

 

Et comme si ce mal ne suffisait pas, Philippe ajoute férocement mais simplement :

 

« Depuis des précisions nouvelles sont apparues. Elles viennent essentiellement du Général Deptula, qui assura la planification de l’offensive aérienne contre l’Irak en 1991 (première guerre du Golfe) et qui fait partie actuellement du Mitchell Institute. Nommé d’après le Général Billy Mitchell, prophète des forces aériennes stratégiques, cet institut très spécialisé dans la guerre aérienne est l’une des machineries d’influence de l’Air Force Association, le principal lobby de l’USAF. (L’AFA est à la fois une émanation officieuse de l’USAF et une machinerie de communication agissant en-dehors des normes officielles [langue de bois, garde-à-vous, etc.] pour rendre publiques les véritables préoccupations et exigences de l’USAF.) Deptula a donné une interview à Army Times, en faisant quelques commentaires sur les disponibilités réelles des bombardiers dd l’USAF. Lorsqu’on va au cœur des statistiques, on découvre que l’expression “locked and loaded” (“verrouillées et chargées”) de Trump pour décrire l’état des forces aériennes qui pourraient être lancées contre la Corée du Nord paraît singulièrement décalée par rapport à ces chiffres-là… »

 

Après c’est la peau de chagrin, comme on dit. Car il faut faire le décompte des forces réelles à engager côté US :

« Pour ce qui concerne toute la flotte des bombardiers stratégiques dont dispose l’USAF : sur les 75 B-52 de frappes conventionnelles et nucléaires dont dispose l’USAF, 33 sont réellement prêts à effectuer leur mission de guerre ; pour les 62 B-1 à capacités conventionnelles, on tombe à 25 ; pour les 20 B-2 à capacités conventionnelles et nucléaires, c’est à 8 avions qu’on est réduit, soit 38% de l’effectif, avec cette précision supplémentaire et assez étrange que 51% de l’effectif disponible (les 38%) sont vraiment “disponibles”… Ce qui conduit à penser que l’estimation de Deptula, lorsqu’il s’agit des B-2 par exemple, concerne la disponibilité de deux unités seulement à cause de diverses et innombrables contraintes…  Bref, c’est encore moins que les porte-avions, d’ailleurs en équivalence de prix de départ puisque le B-2 originel coûte de 2,2 à 6 $milliards l’unité selon les estimations. (Aujourd’hui, avec les modernisations en cours affectant et plombant les B-2, deux par deux, on ne vous dit pas, – d’ailleurs, on ne le sait pas, et personne ne le sait vraiment…) ».

C’est l’armée du magicien d’Oz.

 

Philippe ajoute cruellement un peu plus loin :

 

« La puissance militaire US repose essentiellement, sinon exclusivement sur la communication (presseSystème, Hollywood, etc.). Pour l’essentiel, elle évite tout affrontement direct avec des forces armées à sa mesure (la Russie, par exemple, dont le parc de matériel est quasiment complètement renouvelé dans les 15 dernières années, avec des matériels ultra-modernes qui ne sont pas englués dans le monstrueux technologisme qu’affectionne le Pentagone). »

 

L’hyper-impuissance US reposerait non sur la statue de la Liberté bombardant le monde, mais sur la bureaucratie, l’étatisme et le gaspillage :

« Sa puissance repose sur une bureaucratie pléthorique et sur ses lobbies d’influence, ainsi que sur les ventes forcées de matériels dépassés à l’exportation. Cette situation n’est pas officiellement admise mais elle constitue une contrainte sournoise qui explique les positions ambiguës des chefs du Pentagone, soutenant une rhétorique belliciste mais freinant en général des quatre fers lorsqu’une confrontation sérieuse (l’Iran, la Corée du Nord, sans parler de la Russie bien entendu) se profile à l’horizon. »

 

Dans son roman-fleuve et crypté Nietzsche au Kosovo, Philippe Grasset ajoute que :

« L’industrie de l’entertainment est devenue la première des industries américaines. Par entertainment, on comprend tout ce qui charrie une information, nécessairement accompagnée ou substantivée visuellement par des images, qui est organisée comme un “spectacle” sans préjuger de la véracité, de la justesse, de la moralité, de l’orientation et de la destination de cette information. »

 

Et comme dit le vieil Abe, on ne peut pas tromper tout le temps tout le monde !

 

Sources

Philippe Grasset – Frédéric Nietzsche au Kosovo (bookelis.com, Amazon.fr)

Philippe Grasset- Dedefensa.org : taper sur Kim avec quoi ?

Charlottesville : Philippe Grasset dégomme les antisystèmes à la solde du système…

Une séquence brutale a eu lieu vendredi et samedi dans la ville de Charlottesville, en Virginie, État où naquirent notamment Thomas Jefferson, rédacteur de la Déclaration d’Indépendance de 1776 et troisième président des USA, et Robert E. Lee, général commandant en chef de l’Armée de la Virginie du Nord, en réalité de facto principal officier général de toutes les forces armées de la Confédération des États sudistes durant la Guerre de Sécession. C’est autour d’une statue de Robert E. Lee sur le point d’être abattue et du Parc Lee qui doit être rebaptisé Parc de l’Emancipation (des esclaves, supposerons-nous), qu’eurent lieu les bagarres entre deux groupes, l’un des AltRight (autour de 300, qui avaient organisé la manifestation initiale) et l’autre des Antifa (en contre-manifestation), avec l’incident d’une auto conduite par un “suprémaciste blanc” fonçant dans le groupe Antifa et tuant une personne, et en blessant plusieurs. En fait, l’essentiel de la bataille s’est livré ensuite, avec un formidable déluge “antifa” (antifasciste), c’est-à-dire anti-raciste, anti-blanc, bien entendu anti-Trump, etc.

« Ce qui cependant divisera encore plus ce pays, écrit Ben Domenech de “The Federalist”, c’est le fait que les élites de droite dans la politique et dans les médias se précipitent pour capituler dans cette bataille avant même d’avoir commencé à y participer, sans penser une seconde vers quoi ce comportement conduira… […] La situation vers où tout cela nous conduit est infiniment pire que celle où nous nous trouvons actuellement, – puisqu’il s’agit d’un conflit d’une nation en guerre avec elle-même à propos de son caractère et de sa nature. Cette guerre finira affreusement, quelle qu’en soit l’issue. Et toute cette histoire se terminera par le démantèlement de Monticello, pierre après pierre. »

Monticelllo est le nom de la demeure de Thomas Jefferson, né à Charlottesville et mort dans cette superbe demeure qu’il s’était fait construire à 10 kilomètres de la même Charlottesville, après avoir notamment créé dans cette ville l’une des plus prestigieuses universités des USA, l’Université de Virginie. C’est dire si l’affrontement de la fin de la semaine dernière est plein de symbolisme dans tous les sens, qu’il acquiert une démesure significative à cause de ce symbolisme, qu’il est lié à la crise actuelle en lui donnant sa dimension métahistorique puisqu’elle renvoie à deux grands hommes des deux principaux événements de l’histoire de cette puissance.

Il nous apparaît totalement inutile, fastidieux, hypocrite et simplement stupide de nous attarder à la narrative dans laquelle s’ébat, en extase sinon en orgasme, toute la presseSystème du bloc-BAO plus que jamais constituée en bloc inaltérable d’une extraordinaire barbarie de l’inculture. Prendre une poignée de pseudo-nazies hirsutes venus des quatre coins des USA, sans aucune représentativité, sans la moindre audience, etc., pour en faire une “menace” semblable aux unités puissantes, armées et déterminées, tenant la rue d’une main de fer balayant tout sur leur passage, des SA de Röhm en 1931-1932, quel que fût leur recrutement, ne mérite pas une ligne de discussion sérieuse.

(Il faudra voir d’ailleurs dans quelle mesure cette bande incertaine et plus qu’à son tour manipulée par des sous-marins du FBI infiltrés dans ses rangs, comme le firent les SR italiens dans les groupuscules fascistes italiens dans les années 1970, – les “Années de Plomb” de la “Stratégie de la Tension”, – dans quelle mesure ce rassemblement si limité représente en quoi que ce soit le phénomène dit de l’AltRight qu’Hillary Clinton nous sortit de sa manche dans un discours à guichets fermés, il y a un an.)

Par contre, les Antifa méritent toute notre attention. Ils ont une longue histoire dans toute la sphère occidentale, et notamment aux USA. Un des deux articles de The Federalist repris ci-dessous se charge de nous en donner quelques détails. Ils sont devenus l’aile marchante, sinon l’aile cognante des démocrates eux-mêmes devenus frénétiquement progressistres-sociétaux. Leurs ébats sont bien plus considérables, incomparablement plus nombreux, mieux organisés, bien rémunérés (Soros fait teinter sa caisse enregistreuse) que ceux des pseudo-nazis sortis d’une sorte de parc d’attraction à la-Mad Max. Domenech fait un rappel de ces incidents violents provoqués par les Antifa, qui sont autant de phases du type-“révolution de couleur”, qui obtinrent en général comme commentaires de la presseSystème de longues analyses de compréhension et d’approbation pour la manifestation de leur juste colère destructrice : Oakland 2009, Akron 2009, Pittsburgh 2009, Santa Cruz 2010, Oakland 2010, Los Angeles 2010, Oakland 2011, Chicago 2012, Anaheim 2012, Brooklyn 2013, Ferguson 2014, New York City 2014, Baltimore 2015, Anaheim 2016, Chicago 2016, St Paul 2016, Milwaukee 2016, Charlotte 2016, Standing Rock 2016, Oakland 2016, Portland 2016, Washington DC 2017, Berkeley 2017, Anaheim 2017, Berkeley (à nouveau) 2017, Berkeley (à nouveau à nouveau) 2017, Olympia 2017, et Portland 2017.

Nous ignorons quelles sont les penses secrètes, les orientations réelles s’ils en ont, les idéaux, les utopies de tous ces Antifa qui se placent bien entendu à l’extrême-gauche, ou ultra-gauche progressiste-sociétale. Là aussi, inutile de s’attarder dans les descriptions complotistes et autres, puisqu’il suffit de parvenir à la conclusion évidente que leur action est absolument et totalement au service du Système, directement ou par l’intermédiaire du Deep State et du parti démocrate qu’importe. La rapidité et la perfection de la mise en scène générale de Charlottesville, et le déferlement de communication qui a suivi montrent évidemment que ces actions entrent dans le scénario général de la guérilla postmoderne de la communication, et dominé sinon activé d’une façon irrésistible par les passions de la haine hystérique qui ne cesse de se révéler d’une durabilité et d’une capacité de régénération exceptionnelles. La séquence anti-Trump a eu bien entendu sa place, avec la fureur formidable devant sa réaction immédiatement dénoncée comme complice-approbatrice de l’AltRight, nous faisant comprendre là aussi que la présence du président constitue pour l’instant un motif considérable, type-muleta, d’aliment de cette haine hystérique que l’on voit poursuivre sa course. (L’ancien gouverneur Huckabee a observé que si « Trump avait sauté dans son hélicoptère jusqu’à Charlottesville, s’était rendu à la prison [où se trouvait le chauffeur de la voiture qui avait foncé dans la foule], l’avait abattu d’une balle entre les yeux, on l’aurait tout de même critiqué à cause du choix du calibre de la balle… »).