Nicolas Bonnal commenté par Le Monde en 2001. Le livre prophétique traduit en anglais, en russe et en portugais, commenté par un docteur espagnol (Reginaldo Rodrigues de Almeida) sur le futur dystopique Brainlords/techno-serfs

http://www.dedefensa.org/article/comment-internet-et-linformatique-ont-cree-notre-dystopie

Pourquoi notre société se rapproche du modèle Huxley

Pourquoi notre société se rapproche du modèle Huxley

 

  • les castes supérieures :
    • Les Alphaen constituent l’élite dirigeante. Ils sont programmés pour être grands, beaux et intelligents. Ils sont vêtus de gris.
    • Les Bêtaforment une caste de travailleurs intelligents, conçus pour occuper des fonctions assez importantes. Ils sont vêtus de rose.

 

  • les castes inférieures :
    • Les Gammaconstituent la classe moyenne voire populaire. Ils sont vêtus de vert.
    • Les Delta(vêtus de kaki) et les Epsilon (vêtus de noir) forment enfin les castes les plus basses ; ils sont faits pour occuper les fonctions manuelles assez simples. Ils sont programmés pour être petits et laids (les Epsilon sont presque simiesques).
  • rappel de Nicolas Bonnal (texte sur Davos repris partout)
  • Rappelons que Davos est le lieu où se déroule la Montagne magique de Thomas Mann, qui nous offrait de belles discussions entre dionysiaques et apolliniens – ces derniers ayant bien sûr perdu la joute. Ce livre ouvrait les thèmes de la mondialisation à l’époque où Edmond Husserl évoquait l’Europe et ses sempiternelles crises de la culture.

    Le développement forcé et forcené de l’informatique depuis deux générations a abouti à la création d’un Etat postmoderne renforcé, plus totalitaire et espionnant que jamais ; et à l’émergence d’une surclasse de manipulateurs de symboles, un nouveau clergé planétaire dont les riches et les plus puissants se réunissent en Suisse pour voir comment contrôler et soumettre le troupeau de viande – pour parler comme William Gibson – qui inquiète par son nombre et sa consommation, l’élite écolo et friquée de la planète perdue. J’avais marqué la distinction dans mon livre sur internet entre les techno-serfs et les techno-lords que le monde virtuel, le monde de la richesse et de l’apparence recréait sur un fond de mysticisme techno et de féodalisme retrouvé.

     

    En 1991 un futur secrétaire du travail  de Clinton, le professeur Robert Reich, avait publié un livre pour montrer que les Etats et leurs marqueurs nationaux avaient totalement disparu. Reich ne faisait que reprendre les travaux de professeurs marxistes, quand ces derniers dénonçaient sous les moqueries du patronat planétaire et de ses News magazines les multinationales, « ces templiers des temps modernes » (Claude Cheysson).

    Plus innovante était sa vision (à Reich) de trois classes séparées dans chaque pays, dont la dominante, celle des manipulateurs des symboles donc, avaient pour but – en bon parasite – d’altérer la réalité par les logiciels. Les produits financiers, les « innovations technologiques » (qui n’en sont plus vraiment, comme l’a rappelé l’historien Stanley Payne), les effets spéciaux, les mutations des produits bancaires, les lapsus juridiques, tout cela était le fait des manipulateurs de symboles, qui finalement reprenaient le flambeau des clergés de temps plus anciens, qui s’arrogeaient ensuite le droit de prélever leur dîme et même de redistribuer les récoltes. J’avais souligné la dimension archaïque et prophétique de tout cela dans mon livre sur internet : voyez la Genèse, 45, 18 : « vous mangerez la graisse du pays… ».). Encore un pharaon et nous aurons le royaume mondialisé promis dans Isaïe, 60 (« tu suceras le lait des nations… »).

     

    On distinguera donc une élite cléricale moyenne, (les 20% dont parle Reich qui sont moins maintenant en Europe ou en Amérique, car eux aussi on les remplace par l’externalisation techno et l’automation) et une élite cléricale monstrueuse, celles des dominateurs des symboles, qui aujourd’hui, rappelait un commentateur antisystème, remplacent le Christ, non seulement en tant que classe qui fait le bien, mais qui est le bien en tant que tel. Disons-le nûment : on (c’est ce que font tous vos portails internet matin midi et soir) adorera leurs milliards parce que leurs milliards sont et font le bien, parce que leurs milliards sont Dieu. L’opium distribué sous forme de news russophobes en bandeaux, de jeux vidéo ou de couplets people suffit à calmer presque tout le monde.

     

    Dans le talon de fer, Jack London décrivait des oligarques bienveillants :

    « Ils se croyaient les sauveurs du genre humain, et se considéraient comme des travailleurs héroïques se sacrifiant pour son plus grand bien. »

    Il reste que je préfère maintenant la notion de néo-clergé à celle d’oligarchie. Car la domination se veut morale et spirituelle.

     

    Cette élite virtuelle (plus ou moins bien évoquée dans le film Elysée avec Jodie Foster) n’a plus aucune attache avec son pays et ses racines. Elle a été mondialisée, comme le disait Jean-Pierre Chevènement, elle a été convaincue que l’Etat-nation est « une monstruosité » et elle se moque de son cheap ex-concitoyen voué aux gémonies et diabolisé comme populiste, bon à être jeté dans les poubelles de l’histoire. Le remplacement de population, elle s’en accommode mieux que les autres puisque les populations elle n’est pas pour les côtoyer, mais pour les exploiter. Cette classe bobo-techno est transhumaine sans le savoir… Elle marche plus vite que ses robots.

     

    Addendum : le modèle de Reich se rapproche sans le dire de celui d’Aldous Huxley (on y revient bientôt, et à son brave new world d’inspiration shakespearienne).

    Chez Reich, il y a les manipulateurs de symboles  (il dénonce leurs inquiétants excès car ils bâtissent une dystopie avec leurs algorithmes), les fonctions routinières de production, laminées par la mondialisation et les fonctions inférieures, liées aux services.

    Aldous Huxley distingue :

     

    • les castes supérieures :
      • Les Alphaen constituent l’élite dirigeante. Ils sont programmés pour être grands, beaux et intelligents. Ils sont vêtus de gris.
      • Les Bêtaforment une caste de travailleurs intelligents, conçus pour occuper des fonctions assez importantes. Ils sont vêtus de rose.

     

    • les castes inférieures :
      • Les Gammaconstituent la classe moyenne voire populaire. Ils sont vêtus de vert.
      • Les Delta(vêtus de kaki) et les Epsilon (vêtus de noir) forment enfin les castes les plus basses ; ils sont faits pour occuper les fonctions manuelles assez simples. Ils sont programmés pour être petits et laids (les Epsilon sont presque simiesques).

     

     

     

    Bibliographie

     

    Nicolas Bonnal – Internet nouvelle voie initiatique ; Ridley Scott, les mythologies de sa science-fiction ; Littérature et conspiration (Amazon.fr)

    Robert Reich – The work of nations

    Jack London – Le talon de fer

    Huxley – Le meilleur des mondes

    Thomas Mann – La montagne magique (ebooksgratuits.com)

Les six piliers du NOM (très bon constat, venu des voisins)

 -reseauinternational.net

 

Dans une certaine mesure, le terme Nouvel Ordre Mondial (NOM) semble être en train de disparaître à mesure que la guerre de l’information continue. Avec tant de corruption et de perversion exposées dans tous les secteurs de la société, qui a le temps de considérer l’idée primordiale qui en constitue le fondement idéologique?

« Je ne pense pas qu’il soit juste de définir le Nouvel Ordre Mondial comme étant nécessairement une politique ou un groupe. Je pense que cela fait davantage partie d’une idéologie du globalisme qui a été explicitement articulée de diverses manières par diverses personnes qui sont liées, mais pas toujours directement comme on pourrait le penser. »  James Corbett

Pour manifester une idée aussi grande que celle-ci pour le monde entier, il faut apporter des changements radicaux à la façon dont les gens vivent, à ce qu’ils croient, à ce qu’ils valorisent, et comment ils interagissent les uns avec les autres. C’est, essentiellement, une révolution culturelle. Ceci est accompli par la normalisation lente mais régulière des idées et des pratiques dans la culture populaire, de sorte qu’avec le temps, les choses une fois inacceptables deviennent omniprésentes.

C’est la marmite proverbiale de l’eau, faisant lentement cuire la grenouille qui ne remarquera pas l’augmentation de la température jusqu’à ce qu’il soit déjà trop tard pour sauter pour s’échapper. Nous nous dirigeons vers un territoire dangereux, et bien qu’il y ait un contrecoup contre de nombreux aspects de cette situation, il est avantageux de prendre note de l’ensemble des changements sociétaux auxquels nous assistons aujourd’hui.

À titre d’exemples, voici six choses qui sont en cours de normalisation, tout autour de nous. Ce sont des questions qui modifient radicalement la psychologie et le comportement des gens d’une manière qui réduit la liberté individuelle et l’individualisme, de sorte que le monde est plus facilement conduit à la gouvernance mondiale et à la tyrannie descendante.

  1. Une Guerrepermanente

Nous avons été avertis par Orwell que le totalitarisme exige une guerre permanente, renversant le scénario pour que la guerre soit la paix. Randolph Bourne nous a expliqué que la guerre est la santé de l’Etat. Nous sommes en guerre maintenant sans interruption depuis seize ans, et c’est devenu une partie si ordinaire de la vie, que personne ne se soucie où les guerres sont ou comment nous nous sommes impliqués. Personne ne se soucie de la dépendance de notre économie à l’égard du ravitaillement des bombes et des armes qui déstabilisent le monde.

« L’impact de la guerre sur la ‘société’ est encore plus dramatique. » Bourne écrit: « … en général, la nation en temps de guerre atteint une uniformité de sentiment, une hiérarchie de valeurs qui culmine à l’apogée incontesté de l’idéal d’État, qui ne peut être produit par aucune autre agence que la guerre. incarnant son principe de fonctionnement du temps de paix – «vivre et laisser vivre», la société adopte le principe d’un «groupe» agissant «dans ses aspects agressifs ».

  1. Le déni de la nature humaineet de la loi naturelle

La société se développe de telle sorte que les valeurs ne peuvent plus être acceptées, et que les valeurs qui vont à l’encontre de la nature sont mises au premier plan de la conscience publique. La confusion sur l’identité de genre est peut-être le meilleur exemple de cela, car nous voyons maintenant le gouvernement promulguer des lois pour punir les personnes qui insistent sur le fait que notre nature biologique est et sera toujours indiscutablement claire.

« Le nihilisme survient dans une société après que les valeurs ont été dévaluées. C’est comme si les valeurs n’existaient plus. Lorsque le système de valeurs de la société tente de contrôler le monde naturel d’une manière qui ne peut pas être contrôlée, le système échouera, et il semblera alors que la société manque de valeurs. » Lauren Rose

  1. La société sans numéraire

Sans micro-gestion des finances de l’individu, les humains sont toujours libres d’agir en dehors du système en utilisant de l’argent pour échanger des biens et des services sans surveillance directe de la part des autorités. Cependant, cela prend rapidement fin, car de nombreuses avancées vers une société sans argent sont en train de se faire, et ce, à un rythme de plus en plus rapide.

Si nous n’avons pas la capacité de commercer entre nous sans autorisation, chaque achat que nous faisons, même pour la nourriture, est soumis à l’approbation d’un gouvernement inhumain et exploiteur.

Parmi la longue liste d’articles regroupés par consensus, les marchands de réalité sous la bannière de la «théorie du complot» sont un monde sans argent – où les technocrates dominent la population, et tout et n’importe quoi est échangé via des puces plastiques et RFID.

Dans cette société high-tech Orwellienne stérile et contrôlée, l’idée de faire passer de l’argent de main en main serait aussi archaïque que l’idée de transporter un sac à dos de bâtons de pointage aujourd’hui. Patrick Henningsen

  1. Surveillance totale et fin de la vie privée

Tout comme dans le cas d’Orwell en 1984 où les téléspectateurs surveillent tout le monde grâce à une communication bidirectionnelle, le monde d’aujourd’hui est conçu pour accepter et même aimer une surveillance totale. La peur a été la principale tactique utilisée pour pousser cette idée dans la conscience publique, et la volonté pour la fin de la vie privée a commencé sérieusement après le 11 septembre.

Aujourd’hui, avec la menace omniprésente des attaques terroristes, la surveillance semble être une bonne idée pour beaucoup de gens, mais la vie privée est presque inexistante maintenant même au niveau du consommateur. Les produits volontairement achetés par des clients satisfaits comprennent les technologies les plus invasives qui soient. Les gens paient pour placer des appareils chez eux, qui écoutent et voient tout et sont en communication constante avec les bases de données de l’entreprise. La technocratie se referme.

« Bien qu’ils comprennent que les plates-formes et appareils connectés peuvent mener à des résultats négatifs, ils pensent que les mauvaises choses arriveront à quelqu’un d’autre ou, s’ils souffrent à certains égards, ils se poseront encore sur leurs pieds. »

  1. Cannibalisme

C’est presque trop bizarre pour y penser, mais le cannibalisme est normalisé dans la culture dominante. Le thème a souvent été récurrent dans les films, les programmes et les vidéos musicales, et les reportages sur le cannibalisme se retrouvent fréquemment dans les médiasgrand public en tant que nouvelles de première page.

Le cannibalisme semble être une aberration dans l’agenda du NWO, mais il joue un rôle particulièrement important dans la dévaluation de la vie humaine et encourage les gens à participer volontairement à la zombification de soi.

« Les écrivains et les directeurs qui ont recadré le cannibalisme comme une affliction de l’esprit plutôt que du corps l’ont transformé en un nouvel archétype complexe et souvent en conflit. La plupart des nouvelles histoires cannibales traitent leurs sujets non pas comme des monstres, mais comme des êtres humains se débattant avec le désir dévorant de faire quelque chose de révoltant. Ils sont comme des zombies avec une conscience. »

  1. Perversion sexuelle radicale et perversion du corps humain

Au milieu de révélations massives sur la prédation sexuelle d’Hollywood, il est impératif de reconnaître que la perversion sexuelle et la perversion du soi en général sont déjà pleinement normalisées aujourd’hui. C’est une partie largement connue et tacitement acceptée du nihilisme dans notre société aujourd’hui.

Nous constatons une augmentation du nombre de pédophiles et de réseaux de trafiquants sexuels, et nous espérons voir davantage de pédophiles d’entreprises et de gouvernements. Le fait qu’il y ait tant de bustes est une indication de la taille de ce problème.

Pendant ce temps, les médias grand public continuent de glorifier et de donner une large couverture des modifications extrêmes du corps chirurgical et des changements de sexe chez les enfants. Cela renforce l’idée que l’être humain est une invention imparfaite et que se donner entièrement à l’ego est parfaitement acceptable. Une fois que l’individu est totalement perdu à l’intérieur de son propre corps, la conscience n’aura aucun centre.

Dernières pensées

Pour que le Nouvel Ordre Mondial se réalise, beaucoup de gens doivent consentir volontairement à des usurpations de plus en plus larges des libertés naturelles par un gouvernement toujours croissant. Pour que cela se produise, les gens doivent être programmés avec l’idée que les individus sont inférieurs au groupe, que les êtres humains ne valent pas la peine d’être sauvés. Notre culture doit être radicalement modifiée pour accepter un nouvel ensemble de valeurs.

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Techno-serfs, hackers et techno-lords

Techno-serfs, hackers et techno-lords

 

Extrait d’Internet, nouvelle voie initiatique, Les Belles Lettres, 2000, traduit en brésilien par l’institut Piaget. Pensez aux campeurs d’Amazon en Ecosse, à la fortune de qui l’on sait, pensez aussi à cette émergence d’un moyen âge sans Dieu auquel on assiste.

 

Si le programme de la nouvelle économie est la l’information pour tout le monde, la réalité est autre. Robert Reich avait déjà remarqué en 1990 que l’informatique ne nourrissait pas son homme. Il distingue une élite et des mainteneurs, chargés de vider ou de recharger les machines. L’assemblage des ordinateurs ne coûte guère non plus, quand il est fait au Mexique ou en Malaisie.

L’externalisation vers les pays les plus pauvres est contemporaine de cette explosion de richesses soudaines concentrée entre les mains de quelques-uns. 85 % de la croissance boursière américaine est restée entre les mains des 1% les plus riches de la population (il ne manquerait plus que cela, que la richesse se répande). En France même, paradis autoproclamé du socialisme, les richesses boursières ont décuplé en dix ans ; et pendant que les médias célèbrent les stock-options et les richesses en papier des créateurs de start-up, ils passent sous silence les difficultés de dix millions de personnes.

L’émergence d’une nouvelle économie techno-féodale qui distingue les information-rich et les information-poor (certes il ne suffit pas de se connecter au réseau et de cliquer pour être information rich) fait les délices des polémistes. Le gourou du management moderne Peter Drucker dénonce cette société qui fonctionne non plus à deux mais à dix vitesses : « Il y a aujourd’hui une attention démesurée portée aux revenus et à la richesse. Cela détruit l’esprit d’équipe. » Drucker comme Töffler, devraient se rappeler que Dante les mettrait au purgatoire en tant que faux devins ; ils font mine de découvrir que la pure compétition intellectuelle génère encore plus d’inégalités que la compétition physique. Les forts en maths deviennent milliardaires, les forts en thème rament, les forts tout court triment. C’est bien pour cela que les peuples dont les cultures symboliques sont les plus anciennes se retrouvent leaders de la Nouvelle Économie.

C’est encore un artiste, un écrivain de science-fiction, qui a le mieux décrit l’e-monde en train d’émerger, et qui disloque les schémas keynésiens archaïques. William Gibson, l’inventeur du cyberspace, imaginait en 1983 une société duale gouvernée par l’aristocratie des cyber-cowboys naviguant dans les sphères virtuelles. La plèbe des non-connectés était désignée comme la viande. Elle relève de l’ancienne économie et de la vie ordinaire dénoncée par les ésotéristes. La nouvelle élite vit entre deux jets et deux espaces virtuels, elle décide de la consommation de tous, ayant une fois pour toutes assuré le consommateur qu’il n’a jamais été aussi libre ou si responsable. Dans une interview diffusée sur le Net, Gibson, qui est engagé à gauche et se bat pour un Internet libertaire, dénonce d’ailleurs la transformation de l’Amérique en dystopie (trois millions de prisonniers, six millions de contrôlés,  quarante millions de travailleurs non assurés …). Lui-même souffre d’agoraphobie cyberspatiale et ne se connecte jamais ; mais il encourage les pauvres, l’underclass, à le faire pour oublier ou dépasser le cauchemar social américain ! Et de regretter que pendant les émeutes de Los Angeles les pauvres ne volassent pas d’ordinateurs, seulement des appareils hi-fi … Semblable à nos intellectuels, Gibson n’admet pas que les pauvres ne veuillent pas leur bien. Une classe de cyber-shérifs obligera sans doute un jour les pauvres et les autres à se connecter pour leur bien. Pour Michael Vlahos, dans la Byte City de l’an 2020 qu’il décrit sur le Web, les castes dirigeantes regrouperont les gens les mieux informés. Ce sont les brainlords.

Viennent ensuite les cyber-yuppies puis les cyber-serfs, le peuple perdu. L’inégalité n’est ici pas dénoncée avec des larmes de crocodiles, elle est au contraire encouragée et célébrée avec cynisme. Pendant longtemps les forts en thème et en maths n’ont pas été riches ; ils le deviennent avec le réseau, la technologie et le néocapitalisme qui ne récompense plus seulement les meilleurs, mais les plus intelligents. C’est à une domination néo-cléricale qu’il faut s’attendre maintenant. Les rois de l’algorithme vont détrôner les rois du pétrole. Les cours de bourse des technos seront plus forts que les cours du brut.

Les malchanceux ont un internaute fameux, Bill Lessard, qui dénonce cette nouvelle pauvreté de la nouvelle économie. Lessard évoque cinq millions de techno-serfs dans la Nouvelle Économie, qui sont à Steve Case ce que le nettoyeur de pare-brise de Bogota est au patron de la General Motors. Dans la pyramide sociale de Lessard, qui rappelle celle du film Blade Runner (le roi de la biomécanique trône au sommet pendant que les miséreux s’entassent dans les rues), on retrouve les « éboueurs » qui entretiennent les machines, les travailleurs sociaux ou webmasters, les « codeurs » ou chauffeurs de taxi, les cow-boys ou truands de casino, les chercheurs d’or ou gigolos, les chefs de projet ou cuisiniers, les prêtres ou fous inspirés, les robots ou ingénieurs, enfin les requins des affaires. Seuls les quatre derniers groupes sont privilégiés. Le rêve futuriste de la science-fiction est plus archaïque que jamais. Et il est en train de se réaliser, à coups de bulle financière et de fusions …

 

Gibson reprend le thème gnostique du rejet du corps.

Case « taille des ouvertures dans de riches banques de données», il est donc un hacker. Puni, il voit son système nerveux endommagé par une myxotonine russe, et c’est la Chute. Dans les bars qu’il fréquentait du temps de sa gloire, l’attitude élitiste exigeait un certain mépris pour la chair. Le corps, c’était de la viande. Case était tombé dans la prison de sa propre chair. »

Gibson a popularisé le cyberspace. Le héros Case, un cow-boy donc, avait «projeté sa conscience désincarnée au sein de l’hallucination consensuelle qu’était la matrice». L’expression « hallucination consensuelle » évoque les univers conditionnés de Philip K. Dick, elle évoque surtout le réseau des réseaux, paramétré pour nous faire vivre une seconde et meilleure vie. « La matrice tire ses origines des jeux vidéo, explique Gibson, des tout premiers programmes holographiques et des expérimentations militaires … une guerre spatiale en deux dimensions s’évanouit derrière une forêt de fougères générées de manière mathématique, démontrant les possibilités spatiales de spirales logarithmiques … le cyberspace est une représentation graphique extraite des mémoires de tous les ordinateurs du système humain … des traits de lumière disposés dans le non-espace de l’esprit. »

Cet univers algorithmique et non-spatial est dominé par des Modernes, « version contemporaine des grands savants du temps de ses vingt ans … des mercenaires, des rigolos, des techno-fétichistes nihilistes ». Gibson nous fait comprendre de qui ces Modernes sont les héritiers : « Pendant des milliers d’années, les hommes ont rêvé de pactes avec les démons. »

 

Le monde dystopique de Gibson, où l’on est identifié par son code de Turing, est dirigé comme celui de Dick par des multinationales à qui il donne le nom nippon de zaibatsus. Ces derniers, « qui modèlent le cours de l’histoire humaine, avaient transcendé les vieilles barrières. Vus comme des organismes, ils étaient parvenus à une sorte d’immortalité ». Le Neuromancien s’achève par la vision d’une araignée cybernétique qui tisse sa toile pendant le sommeil de tous.

 

L’injustice moderne génère alors ses hérétiques et ses rebelles, les hackers. Les hackers, ou pirates du Web, sont les nouveaux brigands de la société techno-féodale. Sans scrupules et surdoués, ils reproduisent les archétypes des voleurs de Bagdad et des Mandrins d’antan. C’est sans doute pour cela qu’ils sont rarement condamnés sévèrement : ils suscitent trop d’admiration. Ils sont susceptibles d’autre part de pirater les puissants, sociétés, administrations, portails importants, et donc de venger l’internaute moyen. Ils font peur, comme le dieu Loki de la mythologie scandinave qui passe des farces et attrapes au Ragnarok ; car ils peuvent déclencher l’apocalypse virtuelle qui fascine tout le monde et justifient les stocks d’or ou les garde-manger des milices et des paranoïaques.

 

Le hacker représente le dernier bandit de l’histoire, et le premier pirate du cyberspace oligarque (…).