Saint Paul et saint Cassien contre paresse et dépression (extraits de notre livre)

Saint Paul et saint Cassien contre paresse et dépression (extraits de notre livre)

 

La religion sait depuis toujours comment lutter contre la dépression et la paresse ! Par la prière, par le travail, et qui plus est le travail manuel.

Cassien cite saint Paul et les épitres aux Thessaloniciens.  Il décrit l’agitation brouillonne de ces moines frappés de paresse, d’acédie et comme par hasard voués au prétexte humanitaire pour se détourner de leur vraie vocation.

Maintenant savourez ces merveilles…

 

« Notre sixième combat est contre la paresse, qui est un ennui, un engourdissement du coeur ; elle a par conséquent beaucoup de rapport avec la tristesse, et elle attaque surtout les religieux qui vivent dans l’inconstance et l’isolement. C’est l’ennemi le plus dangereux et le plus acharné des solitaires ; il les tourmente principalement vers l’heure de sexte, et leur donne alors comme une sorte de fièvre réglée qui allume, dans leur âme malade, les plus violentes ardeurs. Aussi quelques Pères l’ont-ils appelée le démon de midi, dont il est parlé au psaume 90, 5.

Lorsque la paresse s’empare d’un pauvre religieux, elle lui inspire souvent l’horreur de son couvent, le dégoût de sa cellule, le mépris de ses frères qu’il trouve négligents et peu spirituels. Elle le rend sans force et sans ardeur pour tout ce qu’il doit faire dans sa cellule ; elle ne lui permet pas d’y rester et de s’y appliquer à la lecture. Il se plaint souvent de ne pas faire de progrès, depuis si longtemps qu’il est dans la communauté ; mais il dit en soupirant qu’il ne peut espérer aucun avancement, tant qu’il sera en pareille compagnie. Il gémit de perdre ainsi le fruit de ses peines, de ne pouvoir édifier personne par ses exemples et ses conseils, lui qui pourrait conduire les autres et être utile à tant d’âmes. Il loue les couvents qui sont éloignés du sien, et déclare que c’est là qu’il serait plus facile de faire son salut ; il vante la société édifiante et douce des religieux qui s’y trouvent, tandis que rien n’est plus fâcheux que tout ce qui l’entoure.

Sa maladie lui fait multiplier les visites d’honnêteté et de charité, et il aime aller voir les malades qui sont très éloignés de lui. Il pratique par paresse d’autres bonnes œuvres. Il s’informe des personnes qui peuvent être ses parents, pour avoir des occasions plus fréquentes de les voir. S’il y a une femme pieuse et consacrée au service de Dieu, qui n’a pas de famille, il s’imagine que c’est un acte très méritoire de la visiter souvent et de lui procurer tout ce qui peut lui manquer dans son abandon. Il se persuade qu’il vaut bien mieux s’occuper de ces œuvres extérieures de charité que de rester inutilement dans sa cellule, sans aucun profit pour son âme.

Dès que ce vice s’est emparé d’un religieux, on le voit rester oisif dans sa cellule, sans y faire le moindre progrès spirituel ; ou bien, il en sort sans motif et sans but, errant de cellule en cellule dans tout le monastère. Il est incapable de remplir ses devoirs, et sa seule préoccupation est le premier repas qu’il doit prendre. L’esprit du paresseux ne veille que pour penser à ce qu’il va manger, à moins qu’il ne rencontre quelque homme, quelque femme, aussi portés que lui à perdre le temps, et qu’il se mêle de leurs affaires. »

 

Les solutions de Paul :

 

« Appliquez-vous, leur dit-il,  à vivre en repos ; c’est la première chose ». La seconde : « Faites ce que vous avez à faire ». La troisième : « Travaillez de vos mains, comme nous vous l’avons recommandé ». La quatrième : « Soyez honnêtes à l’égard de ceux qui sont hors de l’Église ». La cinquième : « N’ayez rien à désirer de personne » (1 Th 4, 11).

 

Voilà où voulait arriver saint Paul, en disant tout ce qui précède :

« Appliquez-vous à  vivre en repos », c’est-à-dire à rester dans vos cellules, pour que les agitations qui naissent des désirs et de l’entretien des oisifs, ne vous tourmentent pas et ne vous fassent pas tourmenter les autres. « Appliquez-vous à faire ce que vous avez à faire », et non pas à rechercher par curiosité ce qui se passe et ce qui se dit dans le monde, pour nuire ensuite à la réputation de vos frères, au lieu de songer à vous corriger de vos défauts et à acquérir des vertus.

« Appliquez-vous à travailler de vos mains comme nous vous l’avons ordonné ». C’est pour leur faire éviter ce qu’il leur avait défendu, c’est pour les empêcher de s’inquiéter, de s’occuper des affaires des autres, de se répandre au dehors et de désirer le bien d’autrui, qu’il leur dit de travailler de leurs mains ; et il montre ainsi que l’oisiveté est la cause évidente des désordres qu’il vient de condamner. Car on ne peut être inquiet et occupé des affaires des autres, qu’en ne s’appliquant pas au travail des mains.

Et aussitôt, comme un habile médecin, il applique le fer spirituel, il retranche les membres corrompus qu’il n’a pu guérir avec de doux remèdes. « Séparez-vous, leur dit-il, de tout frère qui se conduit d’une manière déréglée et qui ne vit pas selon les traditions que vous avez reçues de nous ». Il ordonne ainsi de se séparer de ceux qui ne veulent pas travailler, de les retrancher comme des membres corrompus par l’oisiveté, dans la crainte que la contagion de la paresse ne se répande comme un venin dans les parties saines des autres membres.

Pour ne pas paraître, en travaillant, leur donner un bon exemple, sans leur faire un commandement, l’Apôtre ajoute : « Aussi, quand nous étions avec vous, nous vous avons déclaré que celui qui ne veut pas travailler, n’est pas digne de manger » (2 Th 3, 10).

« Nous avons appris, dit-il, que quelques-uns parmi vous vivent dans le désordre et sans rien faire, s’occupant seulement de ce qui ne les regarde pas » (2 Th 3,11).

Dans son épître aux Éphésiens, saint Paul recommande encore le travail : « Que  celui qui dérobait, dit-il, ne dérobe plus, mais plutôt qu’il travaille de ses mains à quelque ouvrage utile, afin qu’il puisse avoir les moyens de secourir le pauvre qui souffre » (Éph 4, 28).

Cela termine sublimement :

« Vous êtes devenus riches, par le Christ, en toutes choses, de tous les dons de la parole et de la science » (1 Co 1, 5)

 

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Saint Cassien et saint Paul contre paresse et dépression (extraits de notre livre)

Saint Cassien et saint Paul contre paresse et dépression (extraits de notre livre)

 

La religion sait depuis toujours comment lutter contre la dépression et la paresse ! Par la prière, par le travail, et qui plus est le travail manuel.

Cassien cite saint Paul et les épitres aux Thessaloniciens.  Il décrit l’agitation brouillonne de ces moines frappés de paresse, d’acédie et comme par hasard voués au prétexte humanitaire pour se détourner de leur vraie vocation.

Maintenant savourez ces merveilles…

 

« Notre sixième combat est contre la paresse, qui est un ennui, un engourdissement du coeur ; elle a par conséquent beaucoup de rapport avec la tristesse, et elle attaque surtout les religieux qui vivent dans l’inconstance et l’isolement. C’est l’ennemi le plus dangereux et le plus acharné des solitaires ; il les tourmente principalement vers l’heure de sexte, et leur donne alors comme une sorte de fièvre réglée qui allume, dans leur âme malade, les plus violentes ardeurs. Aussi quelques Pères l’ont-ils appelée le démon de midi, dont il est parlé au psaume 90, 5.

Lorsque la paresse s’empare d’un pauvre religieux, elle lui inspire souvent l’horreur de son couvent, le dégoût de sa cellule, le mépris de ses frères qu’il trouve négligents et peu spirituels. Elle le rend sans force et sans ardeur pour tout ce qu’il doit faire dans sa cellule ; elle ne lui permet pas d’y rester et de s’y appliquer à la lecture. Il se plaint souvent de ne pas faire de progrès, depuis si longtemps qu’il est dans la communauté ; mais il dit en soupirant qu’il ne peut espérer aucun avancement, tant qu’il sera en pareille compagnie. Il gémit de perdre ainsi le fruit de ses peines, de ne pouvoir édifier personne par ses exemples et ses conseils, lui qui pourrait conduire les autres et être utile à tant d’âmes. Il loue les couvents qui sont éloignés du sien, et déclare que c’est là qu’il serait plus facile de faire son salut ; il vante la société édifiante et douce des religieux qui s’y trouvent, tandis que rien n’est plus fâcheux que tout ce qui l’entoure.

Sa maladie lui fait multiplier les visites d’honnêteté et de charité, et il aime aller voir les malades qui sont très éloignés de lui. Il pratique par paresse d’autres bonnes œuvres. Il s’informe des personnes qui peuvent être ses parents, pour avoir des occasions plus fréquentes de les voir. S’il y a une femme pieuse et consacrée au service de Dieu, qui n’a pas de famille, il s’imagine que c’est un acte très méritoire de la visiter souvent et de lui procurer tout ce qui peut lui manquer dans son abandon. Il se persuade qu’il vaut bien mieux s’occuper de ces œuvres extérieures de charité que de rester inutilement dans sa cellule, sans aucun profit pour son âme.

Dès que ce vice s’est emparé d’un religieux, on le voit rester oisif dans sa cellule, sans y faire le moindre progrès spirituel ; ou bien, il en sort sans motif et sans but, errant de cellule en cellule dans tout le monastère. Il est incapable de remplir ses devoirs, et sa seule préoccupation est le premier repas qu’il doit prendre. L’esprit du paresseux ne veille que pour penser à ce qu’il va manger, à moins qu’il ne rencontre quelque homme, quelque femme, aussi portés que lui à perdre le temps, et qu’il se mêle de leurs affaires. »

 

Les solutions de Paul :

 

« Appliquez-vous, leur dit-il,  à vivre en repos ; c’est la première chose ». La seconde : « Faites ce que vous avez à faire ». La troisième : « Travaillez de vos mains, comme nous vous l’avons recommandé ». La quatrième : « Soyez honnêtes à l’égard de ceux qui sont hors de l’Église ». La cinquième : « N’ayez rien à désirer de personne » (1 Th 4, 11).

 

Voilà où voulait arriver saint Paul, en disant tout ce qui précède :

« Appliquez-vous à  vivre en repos », c’est-à-dire à rester dans vos cellules, pour que les agitations qui naissent des désirs et de l’entretien des oisifs, ne vous tourmentent pas et ne vous fassent pas tourmenter les autres. « Appliquez-vous à faire ce que vous avez à faire », et non pas à rechercher par curiosité ce qui se passe et ce qui se dit dans le monde, pour nuire ensuite à la réputation de vos frères, au lieu de songer à vous corriger de vos défauts et à acquérir des vertus.

« Appliquez-vous à travailler de vos mains comme nous vous l’avons ordonné ». C’est pour leur faire éviter ce qu’il leur avait défendu, c’est pour les empêcher de s’inquiéter, de s’occuper des affaires des autres, de se répandre au dehors et de désirer le bien d’autrui, qu’il leur dit de travailler de leurs mains ; et il montre ainsi que l’oisiveté est la cause évidente des désordres qu’il vient de condamner. Car on ne peut être inquiet et occupé des affaires des autres, qu’en ne s’appliquant pas au travail des mains.

Et aussitôt, comme un habile médecin, il applique le fer spirituel, il retranche les membres corrompus qu’il n’a pu guérir avec de doux remèdes. « Séparez-vous, leur dit-il, de tout frère qui se conduit d’une manière déréglée et qui ne vit pas selon les traditions que vous avez reçues de nous ». Il ordonne ainsi de se séparer de ceux qui ne veulent pas travailler, de les retrancher comme des membres corrompus par l’oisiveté, dans la crainte que la contagion de la paresse ne se répande comme un venin dans les parties saines des autres membres.

Pour ne pas paraître, en travaillant, leur donner un bon exemple, sans leur faire un commandement, l’Apôtre ajoute : « Aussi, quand nous étions avec vous, nous vous avons déclaré que celui qui ne veut pas travailler, n’est pas digne de manger » (2 Th 3, 10).

« Nous avons appris, dit-il, que quelques-uns parmi vous vivent dans le désordre et sans rien faire, s’occupant seulement de ce qui ne les regarde pas » (2 Th 3,11).

Dans son épître aux Éphésiens, saint Paul recommande encore le travail : « Que  celui qui dérobait, dit-il, ne dérobe plus, mais plutôt qu’il travaille de ses mains à quelque ouvrage utile, afin qu’il puisse avoir les moyens de secourir le pauvre qui souffre » (Éph 4, 28).

Cela termine sublimement :

« Vous êtes devenus riches, par le Christ, en toutes choses, de tous les dons de la parole et de la science » (1 Co 1, 5)

 

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Saint Thomas et les sources de notre hébétude intellectuelle

Saint Thomas et les sources de notre hébétude intellectuelle

En latin, dans mon dictionnaire Quicherat, hebetudo désigne une chose (arme) émoussée, et par suite la stupidité.

C’est Jean Baudrillard qui avait parlé de l’hébétude collective que répandent les médias. L’expression m’avait rendu euphorique, et je la retrouve sous la plume sublime du docteur angélique. Lui aussi a parfaitement analysé la question : pourquoi faisons-nous la bête ? Et s’il n’avait pas connu l’abrutissement collectif de l’ère industrielle-communicante (nous finirions comme les abeilles, disait Alexandre Kojève), du moins l’avait-il analysé comme personne à l’état de nature :

« Maintenant il doit être question de l’aveuglement de l’esprit et de l’hébétude du sens qui s’opposent au don d’intelligence. »

Lisez bien ici :

« Le troisième principe de la vision intellectuelle est un principe intelligible qui permet à l’homme d’avoir l’intelligence d’autres choses. A ce principe intelligible l’esprit de l’homme peut s’appliquer ou ne pas s’appliquer. »

Car on peut refuser l’intelligence. Dix mille connexions pour écouter un Heidegger, un milliard pour écouter Gaga ou Rihanna, avec un bon million de commentaires !

Thomas évoque une phrase sublime des psaumes – je rajoute un peu de latin pour Simon : ~ 74 ~

« Il lui arrive de ne pas s’y appliquer de deux façons. Parfois cela vient de ce que l’homme a une volonté qui spontanément se détourne de la pensée d’un tel principe, selon la parole du Psaume (36, 4):  » Il a refusé l’intelligence du bien (noluit intelligere ut bene ageret.).  » Ou encore, l’homme a l’esprit occupé à d’autres choses qu’il aime davantage et qui détournent sa pensée de regarder ce principe-là, selon la parole du Psaume (58, 9 Vg).  » Le feu est tombé sur eux « , entendez: le feu de la concupiscence,  » et ils n’ont pas vu le soleil « (supercecidit ignis, et non viderunt solem.). Dans ces deux cas, l’aveuglement de l’esprit est un péché. »

Je repense à Eyes Wide Shut, le chef d’oeuvre qui résume si bien mon époque. J’ai rapproché Isaïe du film biblique de Kubrick. Je le cite ici de nouveau :

Isaïe et les aveugles:

« Soyez étonnés et soyez stupéfaits ! Aveuglez-vous et soyez aveugles ! Ils sont enivrés, mais non de vin ; ils chancellent, mais non par la boisson forte. Car l’Éternel a répandu sur vous un esprit de profond sommeil ; il a bandé vos yeux ; les prophètes et vos chefs, les voyants, il les a couverts. »

Toujours un peu de latin : Quoniam miscuit vobis Dominus spiritum soporis ; claudet oculos vestros : prophetas et principes vestros, qui vident visiones, operiet.

Je reviens au docteur angélique :

« Il semble que l’hébétude du sens ne soit pas autre chose que l’aveuglement de l’esprit. Car les contraires s’opposent un à un. Or l’hébétude s’oppose au don d’intelligence, comme le montre S. Grégoire; et l’aveuglement de l’esprit s’y oppose aussi, puisque l’intelligence désigne un principe de la vision de l’esprit. Donc l’hébétude du sens est la même chose que la cécité de l’esprit. » ~ 75 ~

Dans l’hébétude, l’esprit n’est plus aigu, il est émoussé. Thomas devient poète ici :

« L’hébétude s’oppose à l’acuité. On dit qu’un instrument est aigu lorsqu’il est pénétrant. On appelle donc hébété ce qui est émoussé et ne peut pénétrer. Or, on dit par comparaison que le sens corporel peut pénétrer le milieu en tant qu’il perçoit son objet à une certaine distance ou en tant qu’il peut, par sa pénétration, percevoir ce qu’il y a de plus petit ou de plus intérieur dans l’objet. »

Petit détour par le si précieux et disparu sens olfactif (Bernard de Clairvaux écrivit trois sermons sur les parfums) :

« Aussi, dans le domaine corporel, dit-on que quelqu’un a un sens aigu lorsqu’il peut percevoir un objet sensible de loin, par la vue, l’ouïe ou l’odorat. Au contraire, on attribuera un sens hébété, ou émoussé, à celui qui ne perçoit les objets sensibles que s’ils sont proches et de grande taille. »

S’ensuit cette conséquence merveilleusement dite :

« Donc l’hébétude du sens, en matière intellectuelle, implique une certaine débilité de l’esprit dans la considération des biens spirituels. La cécité de l’esprit implique une totale privation dans la considération de ces biens. L’une et l’autre s’opposent au don d’intelligence par lequel on connaît les biens spirituels dès qu’on les appréhende, et l’on pénètre finement dans ce qu’ils ont de plus intime. »

Sublimité de l’expression suivante, qui annonce notre époque obsédée par Gaga, la bourse et Ronaldo :

« L’hébétude comme la cécité spirituelle ont raison de péché en tant qu’elles sont volontaires. Cela est évident chez celui qui, attaché aux biens charnels, n’éprouve qu’ennui ou négligence à scruter finement les réalités spirituelles. »

Le maître rappelle Saint Augustin (avant de le rétracter quelque peu) :

« S. Augustin avait dit dans ses Soliloques  » Ô Dieu, qui avez voulu que les purs seuls sachent le vrai.  »

L’hébétude est-elle liée aux péchés charnels ? Pas forcément :

« Mais les vices spirituels sont plus proches de l’esprit que les vices charnels. Donc la cécité de l’esprit et l’hébétude du sens sont causés par les vices spirituels plus que par les vices charnels. »

La luxure est dangereuse (Eyes Wide Shut toujours) :

« C’est pourquoi, par de tels vices, l’intention de l’homme s’applique au maximum aux réalités physiques, et par conséquent son activité dans le domaine intelligible s’affaiblit, mais davantage par la luxure que par la gourmandise, dans la mesure où les plaisirs sexuels sont plus violents que ceux de la table. C’est pourquoi la luxure engendre l’aveuglement de l’esprit qui exclut pour ainsi dire totalement la connaissance des biens spirituels; mais la gourmandise engendre l’hébétude du sens qui rend l’homme débile devant de telles réalités intelligibles. »

Abstinence et chasteté ne sont donc pas prêchées pour rien dans notre tradition. Elles aiguisent l’arme intellectuelle :

« Au contraire, les vertus opposées, c’est-à-dire l’abstinence et la chasteté, sont ce qui dispose le mieux à la perfection de l’activité intellectuelle. D’où cette parole en Daniel (1, 17):  » A ces jeunes gens « , qui étaient abstinents et continents,  » Dieu a donné science et instruction en matière de lettres et de sagesse.  »

Mais certains (j’en connais) demeurent très subtils malgré cette addiction aux sens – comme on dit :

« Il y a des gens asservis aux vices charnels, qui sont parfois capables de voir finement certaines choses dans le domaine intelligible, à cause de la bonne qualité de leur esprit naturel, ou d’un habitus surajouté. Cependant il est fatal que leur intention soit privée la plupart du temps de cette finesse de contemplation, par suite des plaisirs corporels. Ainsi les impurs ont bien la capacité de savoir du vrai, mais leur impureté leur est en cela un obstacle. »

On répète :

« L’hébétude comme la cécité spirituelle ont raison de péché en tant qu’elles sont volontaires. Cela est évident chez celui qui, attaché aux biens charnels, n’éprouve qu’ennui ou négligence à scruter finement les réalités spirituelles. »

 

 

 

Bibliographie

Isaïe – 29, 10

Psaumes – 36,4 ; 58, 9

SOMME THEOLOGIQUE IIa-IIae, question 15

Nicolas Bonnal – Stanley Kubrick et le génie du cinéma (Eyes wide shut et les mystères de la globalisation).

Saint Thomas et la condamnation absolue du désespoir (note : les textes de Thomas sont dans le recueil publié)

Saint Thomas et la condamnation absolue du désespoir

 

Il est rarement aussi définitif, notre grand Docteur ;

 

« Les péchés qui s’opposent aux vertus théologales sont, par leur genre même, plus graves que les autres péchés. Puisque les vertus théologales ont Dieu pour objet, les péchés qui leur sont opposés impliquent directement et principalement une aversion loin de Dieu; en effet, si l’on pouvait opérer une conversion au bien périssable sans aversion loin de Dieu, encore que cette conversion serait désordonnée, elle ne serait cependant pas péché mortel. C’est pourquoi le péché qui, en premier lieu et de soi, implique une aversion loin de Dieu est ce qu’il y a de plus grave parmi les péchés mortels. »

 

Et Saint Thomas de souligner alors la puissance et la gravité du désespoir :

 

« Or, aux vertus théologales s’opposent l’infidélité, le désespoir et la haine de Dieu. La haine et l’infidélité, comparées au désespoir, se manifesteront plus graves, si on les considère en elles-mêmes, c’est-à-dire d’après ce qui constitue leur espèce propre. L’infidélité en effet vient de ce que l’homme ne croit pas à la vérité même de Dieu, la haine de Dieu est provoquée par le fait que la volonté de l’homme s’oppose à la bonté divine elle-même; le désespoir vient de ce que l’homme n’espère pas participer lui-même à la bonté de Dieu. Cela montre que l’infidélité et la haine de Dieu s’opposent à Dieu dans son être même, mais que le désespoir s’oppose à Dieu dans la participation que nous prenons à sa bonté. Aussi y a-t-il plus grand péché, si l’on parle des péchés pris en eux-mêmes, à ne pas croire à la vérité de Dieu, ou à haïr Dieu, qu’à ne pas espérer obtenir de lui la gloire. »

 

Les conséquences sociales du désespoir sont catastrophiques :

 

« Mais si l’on compare le désespoir aux deux autres péchés par rapport à nous, alors le désespoir est plus périlleux, car c’est par l’espérance que nous nous détournons du mal et que nous commençons à rechercher le bien. C’est pourquoi, lorsque l’espérance a disparu, les hommes, sans aucun frein, se laissent aller aux vices et abandonnent tout effort vertueux. D’où, sur le texte des Proverbes (24, 10):  » Si, tombé, tu désespères au jour de ta détresse, ta force s’en trouvera diminuée  » (pour Simon : Si desperaveris lassus in die angustiæ, imminuetur fortitudo tua.), la Glose commente  » Il n’y a rien de plus exécrable que le désespoir; celui qui désespère n’a plus aucune constance dans les travaux de cette vie, et, ce qui est pire, dans le combat de la foi.  » Et S. Isidore déclare:  » Commettre un crime c’est la mort de l’âme; mais désespérer, c’est descendre en enfer. « 

 

On répète cette merveille :

« Le désespoir vient de ce que l’homme n’espère pas participer lui-même à la bonté de Dieu. Cela montre que l’infidélité et la haine de Dieu s’opposent à Dieu dans son être même, mais que le désespoir s’oppose à Dieu dans la participation que nous prenons à sa bonté. »

 

Cassien est paru ! Présentation !

Les secrets de Cassien

Christianisme traditionnel et développement personnel

Ce recueil suit comme mes autres livres de chroniques une suite de textes, ici précisément centrés sur le même sujet : christianisme et développement personnel. Il suit un livre sur le bilan lourd et rugueux du monde moderne, il précède sans doute d’autres recueils du même genre. L’art de vivre religieux nous a toujours fasciné, d’autant qu’en allant mon oncle René Bonnal au couvent de la Grande-Chartreuse pendant plus de quarante ans, nous avons pu approcher et étudier les ressources spirituelles psychologiques et physiques qui permettent à nos religieux de s’en sortir, depuis près de deux mille ans. Comme dans le domaine de l’architecture (Feng Shui), nous allons chercher sur les brises du bouddhisme des solutions qui vivaient chez nous. On ne refera pas notre inconséquence moderne.

Nous expliquons pourquoi et comment nous avons découvert Cassien et ses prestigieuses institutions, en écrivant la première version de notre livre sur le Graal il y a déjà vingt-quatre ans. Les facilités du web, que nous avons soulignées dans un autre livre, réédité et traduit en portugais, permettent à tout un chacun maintenant de s’abreuver à la source la pure et la plus spirituelle ; et si nous préférons consulter le réseau pour une autre raison, c’est notre problème.

En relisant Cassien (1) et en l’approfondissant, nous sommes rendu compte que ses solutions monastiques et ses diagnostics aussi, sont actuels, éternels, universels. Et qu’ils peuvent s’applique à nous tous. Le livre n’a pas d’autre prétention que de présenter idées, solutions et extraits des textes de ce saint homme soumis lui aussi à de gros problèmes quotidiens. Le hasard de la lecture furtive et papillonnante dont nous raffolons nous a fait aussi prendre en considération  des textes de notre saint le plus docte, saint Thomas d’Aquin sur des sujets comme l’hébétude (ô combien pratiquée aujourd’hui), la sottise ou le désespoir. Nous avons rajouté par plaisir une pincée d’Augustin, patron de cette Afrique chrétienne où nous sommes nés, et que Thomas citait d’abondance. Nos saints ne cessent de se citer les uns les autres, de pratiquer la communion des textes comme on dirait. Alors profitons-en.

 

Le recueil n’a aucune prétention dogmatique, théologique ou scientifique ; il ne manquerait que ça. Nous l’avons conçu au fil de nos plaisirs (la délectation dont parle le plus grand de nos rois, David) et de celui de nos lecteurs qui vibrent avec nous sur ce sujet depuis des semaines. Une grande surprise est venue de notre mince succès sur cette question pleine d’acuité. Alors nous avons continué, remettant à un lendemain incertain la conception d’un ouvrage encore plus complexe et structuré (comme on dit encore) sur cette ombrageuse question : la psychologie humaine, à une époque décérébrée et déracinée comme la nôtre.

 

  • Ioannis Kassianos / Ιωάννης Κασσιανός / Ioannes Cassianus, appelé Jean Cassienen français, né entre 360et 365en Scythie mineure et mort entre 433 et 435 à Marseille, est un moine et homme d’Église méditerranéen qui a marqué profondément les débuts de l’Église en Provence au Ve siècle.

 

Saint Thomas et la condamnation absolue du désespoir

Saint Thomas et la condamnation absolue du désespoir

 

Il est rarement aussi définitif, notre grand Docteur ;

 

« Les péchés qui s’opposent aux vertus théologales sont, par leur genre même, plus graves que les autres péchés. Puisque les vertus théologales ont Dieu pour objet, les péchés qui leur sont opposés impliquent directement et principalement une aversion loin de Dieu; en effet, si l’on pouvait opérer une conversion au bien périssable sans aversion loin de Dieu, encore que cette conversion serait désordonnée, elle ne serait cependant pas péché mortel. C’est pourquoi le péché qui, en premier lieu et de soi, implique une aversion loin de Dieu est ce qu’il y a de plus grave parmi les péchés mortels. »

 

Et Saint Thomas de souligner alors la puissance et la gravité du désespoir :

 

« Or, aux vertus théologales s’opposent l’infidélité, le désespoir et la haine de Dieu. La haine et l’infidélité, comparées au désespoir, se manifesteront plus graves, si on les considère en elles-mêmes, c’est-à-dire d’après ce qui constitue leur espèce propre. L’infidélité en effet vient de ce que l’homme ne croit pas à la vérité même de Dieu, la haine de Dieu est provoquée par le fait que la volonté de l’homme s’oppose à la bonté divine elle-même; le désespoir vient de ce que l’homme n’espère pas participer lui-même à la bonté de Dieu. Cela montre que l’infidélité et la haine de Dieu s’opposent à Dieu dans son être même, mais que le désespoir s’oppose à Dieu dans la participation que nous prenons à sa bonté. Aussi y a-t-il plus grand péché, si l’on parle des péchés pris en eux-mêmes, à ne pas croire à la vérité de Dieu, ou à haïr Dieu, qu’à ne pas espérer obtenir de lui la gloire. »

 

Les conséquences sociales du désespoir sont catastrophiques :

 

« Mais si l’on compare le désespoir aux deux autres péchés par rapport à nous, alors le désespoir est plus périlleux, car c’est par l’espérance que nous nous détournons du mal et que nous commençons à rechercher le bien. C’est pourquoi, lorsque l’espérance a disparu, les hommes, sans aucun frein, se laissent aller aux vices et abandonnent tout effort vertueux. D’où, sur le texte des Proverbes (24, 10):  » Si, tombé, tu désespères au jour de ta détresse, ta force s’en trouvera diminuée  » (pour Simon : Si desperaveris lassus in die angustiæ, imminuetur fortitudo tua.), la Glose commente  » Il n’y a rien de plus exécrable que le désespoir; celui qui désespère n’a plus aucune constance dans les travaux de cette vie, et, ce qui est pire, dans le combat de la foi.  » Et S. Isidore déclare:  » Commettre un crime c’est la mort de l’âme; mais désespérer, c’est descendre en enfer. « 

 

On répète cette merveille :

« Le désespoir vient de ce que l’homme n’espère pas participer lui-même à la bonté de Dieu. Cela montre que l’infidélité et la haine de Dieu s’opposent à Dieu dans son être même, mais que le désespoir s’oppose à Dieu dans la participation que nous prenons à sa bonté. »

 

Reprise vespérale : Jean Cassien et le remède chrétien contre la tristesse

Les deux tristesses selon saint Cassien

 

 

Notre société est dominée par « l’euphorie perpétuelle » dont parlait un essayiste. Gare à qui n’est pas là pour ricaner ou pour s’amuser.

De l’autre côté elle passe son temps, cette bonne société à se catastropher (racisme, cyclones, Russie, etc.), et à déprimer en se bourrant de produits toxiques.

Voyons une rapproche plus rationnelle alors. On nous a dit plus de Platon et moins de prozac, passons à plus de pères de l’Eglise et à moins de prozac ! Certains se référeront aussi à mes essais sur Sénèque ; j’y reviendrai.

 

J’ai déjà évoqué les splendides institutions de Cassien, le grand disciple d’Evagre, disponibles sur Patristique.org. Ici il combat la tristesse, autre maladie de l’âme qui n’a pas attendu la modernité pour se manifester.

 

Cassien rappelle qu’avant d’accuser les autres il vaut mieux d’étudier et s’éduquer soi-même :

 

N’est-ce pas une preuve évidente que ce ne sont pas toujours les défauts des autres qui nous troublent, mais que nous avons, au contraire, en nous les causes de nos chagrins et les semences de tous les vices, qui se développent et portent leurs fruits, lorsque la pluie des tentations vient à tomber sur nos âmes ? »

 

Il définit cette redoutable maladie de l’âme que l’on nomme tristesse :

 

« Le cinquième ennemi dont nous avons à repousser les attaques, est la tristesse qui consume le cœur. Si dans les événements incertains et variés de la vie, nous la laissons envahir notre esprit, elle nous éloigne à chaque instant de la contemplation divine. Elle affaiblit notre âme et lui fait perdre cette pureté qu’elle devait avoir. Elle ne lui permet plus de faire ses prières avec la ferveur accoutumée. Elle la détourne des lectures saintes qui lui seraient utiles. Elle nous empêche d’être calmes et doux à l’égard de nos frères, et nous rend impatients et désagréables dans tous nos actes et devoirs religieux. Après nous avoir fait perdre la lumière des bons conseils et l’énergie du cœur, elle nous jette dans une sorte d’ivresse et de folie. Elle nous brise et nous précipite dans l’abîme du désespoir. »

 

Comme d’habitude, Cassien a recours à l’apôtre Paul qui s’exprime poétiquement :

 

« Si nous désirons bien combattre dans les combats spirituels dont parle saint Paul, nous devons apporter autant de vigilance à guérir cette maladie que les autres vices de l’âme : « la teigne nuit au vêtement, et le ver au bois, comme la tristesse nuit au cœur de l’homme » (Pr 25, 21). L’Esprit Saint exprime ainsi clairement la force et les ruines de cette passion dangereuse. »

 

Et notre poète chrétien s’exprime encore plus poétiquement, plus architectonique que jamais, comme on va voir :

 

« … lorsque l’âme est dévorée par la tristesse, elle devient impropre à ce vêtement sacré où coule, selon le prophète David, « ce baume du Saint Esprit qui descend du ciel, pour se répandre sur la barbe d’Aaron et jusque sur le bord de son vêtement » (Ps 132, 2). Elle ne peut plus servir à la construction et à l’ornement de ce temple spirituel, dont, selon saint Paul, le sage architecte a posé les fondements lorsqu’il a dit : « Vous êtes le temple de Dieu, et l’Esprit de Dieu habite en vous » (1 Co 3, 16) ; ce temple dont l’Épouse des Cantiques a décrit les matériaux : « nos solives sont de cyprès, et les lambris de nos demeures sont de cèdres » (Cant 1, 16). Les bois choisis pour le temple de Dieu sont tous incorruptibles et d’une bonne odeur ; on rejette ceux qui sont trop vieux et rongés par les vers. »

 

Puis il étudie les causes de cette formation de la tristesse :

 

« Les causes de la tristesse sont quelquefois un mouvement de colère que nous avons eu, un désir trompé, un profit perdu, le regret de n’avoir pas obtenu ce que nous avions espéré. Quelquefois, sans aucune cause apparente qui puisse nous faire tomber dans cet état fâcheux, la malice du démon nous jette tout à coup dans un tel abattement, que nous ne pouvons plus recevoir avec une joie ordinaire les personnes que nous aimons le mieux et qui nous sont le plus utiles. Tout ce qu’elles nous disent pour nous être agréables, nous paraît ennuyeux et superflu. Nous ne savons plus leur dire une bonne parole, tant notre cœur est rempli d’ennui et d’amertume. »

 

On nous recommande souvent de fuir les hommes. Or :

 

« Les occasions de trouble qui nous feraient fuir les hommes, ne nous manqueront jamais dans nos rapports avec eux ; mais en nous en séparant, nous n’éviterons pas les causes de notre tristesse ; nous en changeront seulement. »

 

Notre douceur adoucira le monde et même les animaux (pensez à la fameuse zoophilie des saints, au loup de Gubbio) :

 

« Nous devons donc nous appliquer avant tout à corriger nos défauts et à réformer nos cœurs. Car, lorsque nous l’aurons fait, nous pourrons vivre facilement, non seulement avec les hommes, mais encore avec les bêtes féroces, comme il est dit dans le livre de Job : « Les bêtes de la terre s’adouciront pour vous » (Jb 5, 23). »

 

Enfin on arrive à la distinction de ces deux tristesses :

 

« Il y a encore une tristesse plus détestable, c’est celle qui, au lieu de porter l’âme coupable à régler sa vie et à fuir le vice, la jette dans l’abîme du désespoir : c’est celle qui empêcha Caïn de se repentir après son fratricide, et qui empêcha Judas de réparer son crime après sa trahison, et l’entraîna à se pendre. »

 

Point de vue colossal de Paul sur les deux tristesses, dont une est du monde, l’autre de Dieu :

 

« La tristesse ne nous est utile que quand elle nous vient du repentir de nos fautes, du désir de notre perfection ou de la pensée du bonheur qui nous attend au ciel. C’est de cette tristesse que l’Apôtre a dit : « La tristesse qui est selon Dieu, produit une pénitence efficace pour notre salut, tandis que la tristesse du siècle donne la mort » (2 Co 7, 10).

 

 

Et Cassien distingue pour nous ces deux tristesses !

 

Il y a une tristesse qui mène au salut, une tristesse sainte :

 

« La tristesse sainte qui produit une pénitence efficace est soumise, affable, humble, douce et patiente, parce qu’elle vient de l’amour de Dieu, comme de sa source. Le désir de la perfection fait que l’âme accepte avec empressement les souffrances du corps, et qu’elle s’excite sans cesse à la contrition du cœur. Elle est heureuse cependant et se nourrit de ses espérances. Elle conserve toujours l’onction de la douceur et de la bonté, parce qu’elle possède tous ces fruits de l’Esprit Saint dont parle l’Apôtre : « Le fruit de l’Esprit est la charité, la joie, l’humanité, la bonté, la bienveillance, la foi, la douceur, la continence » (Ga 5, 22). »

 

Et puis il y a l’autre, la tristesse à redouter, celle du monde.

 

« L’autre tristesse, au contraire, est aigre, impatiente, dure, pleine de rancune et d’inutiles chagrins. Elle porte au désespoir celui dont elle s’empare et l’empêche de profiter de la douleur. Elle perd la raison, et non seulement elle nous prive du secours de la prière, mais elle détruit tous les fruits spirituels que nous devions en attendre. »

 

C’est la tristesse créative contre la tristesse destructrice !

 

 

 

Sources

 

Cassien – Institutions, de la tristesse (Patristique.org)

Sénèque – Lettres à Lucilius

Nicolas Bonnal – Le livre noir de la décadence romaine (Amazon.fr)